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Entre corps et parole .pdf



Nom original: Entre corps et parole.pdf
Titre: 1Cairn.info
Auteur: 2Cairn.info

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Daniel Tarnopolsky

Entre corps et parole

La thérapie psychomotrice souvent appelée thérapie
corporelle, psychothérapie du mouvement ou psychothérapie à médiation corporelle, nous conduit à nous interroger
sur la relation existante entre ces divers types de thérapeutiques. En effet, des points de convergence et des orientations cliniques concomitantes se retrouvent entre la pratique
psychomotrice et celle des psychothérapies.

Lors de ce bilan, du point de vue de la psychomotricité,
nous cherchons à comprendre les difficultés du patient en
tant que symptomatologie et langage communicationnel :
quelle est l’origine du trouble ? Comment s’est structuré
l’enfant pour que tel ou tel secteur de son développement
reste enclavé ?
POURQUOI

ORIENTER VERS UNE THÉRAPIE CORPORELLE

?

Les patients reçus régulièrement en psychomotricité
présentent des troubles évolutifs globaux et combinés, qui
regroupent autant des aspects comportementaux que
relationnels, l’action corporelle et l’apprentissage. Ce sont
des enfants instables ou gravement inhibés, présentant des
troubles diffus autant dans leur tonicité que dans leur orientation spatio-temporelle, de latéralisation, de graphisme. Ou
bien ce sont des enfants avec des retards massifs ou des
blocages communicationnels, qui ne semblent pas pour
autant souffrir d’un déficit génétique ou neurologique. Ces
enfants vivent dans leur corps leurs difficultés affectives et
présentent comme symptomatologie des blocages évolutifs

Daniel Tarnopolsky, psychomotricien,
L’Aubier, Centre psychologique du
tout-petit, 7e Intersecteur des
Hauts-de-Seine, 92340 Bourg-la-Reine.

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Nous sommes régulièrement confrontés au besoin de
proposer pour certains de nos patients des doubles prises en
charge, ou bien à réaliser un minutieux diagnostic différentiel, pas toujours aisé, afin de décider la meilleure orientation à donner à la thérapie.

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Psychothérapies

Daniel Tarnopolsky,
psychomotricien et
thérapeute en relaxation
travaille à L’Aubier. Centre
psychologique du Tout Petit.
7e Intersecteur des
Hauts-de-Seine.
Il pratique le « toucher
sensori-moteur » avec des
nourrissons présentant des
difficultés d’évolution et la
relaxation psychothérapique
avec des patients présentant
des troubles
psychosomatiques.

plus ou moins importants. L’indication de psychomotricité ne fait
pas de doute dans ces situations.
Mais, devant de nombreux autres cas d’enfants, nous restons
dubitatifs : l’enfant s’exprime bien, il explique aisément ses besoins,
autant lui-même que ses parents sont au clair quant à la base des
problèmes, voire ses origines. Alors, pourquoi de la psychomotricité ? Pourquoi le médecin de ville, le psychiatre ou le psychologue
qui l’a reçu l’oriente-t-il vers une thérapie corporelle ?
Même si la parole a souvent une place apparemment vraie dans
ces familles, c’est le vécu qui prime. La demande de thérapie passe,
inconsciemment, par le besoin de revivre dans l’action les situations
traumatisantes, conflictuelles, mais métaphorisées par la présence du
thérapeute.

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Dans d’autres cas de demande de psychomotricité, il s’agit de
patients suivis en psychothérapie, pour lesquels le besoin d’un
travail corporel se fait sentir, afin de faciliter l’accès à la parole,
bloqué ou interdit.
Il s’agit souvent d’enfants où les affects sont impossibles à représenter, tellement ils sont angoissants et terrifiants. La reconstruction
corporelle permise par le travail psychomoteur, en restructurant les
bases primaires du soi, va aider à la libération fantasmatique, en lui
assurant des soubassements psychocorporels stables et solides.
ENVELOPPES

CORPORELLES ET TONUS

Dès l’état embryonnaire, le futur enfant structure un mode de
communication interne, avec lui-même, original et individuel, qui
servira de base à son entrée dans le monde.
À la naissance, les interactions plurisensorielles qui s’établissent
avec la mère vont tisser des liens avec le bagage neuromoteur et
génétique pour donner comme résultat un mode personnel de
développement. La relation avec l’entourage– soutien corporel, bain
de paroles, la chaleur du contact, maintien peau à peau –, assure la
mise en place des enveloppes corporelles de base et va servir de
point d’ancrage à l’évolution qui s’en suivra…
L’enfant va évoluer en fonction de son potentiel génétique et des
possibilités offertes par l’entourage qui va lui permettre d’épanouir
ses potentialités ou, au contraire, les restreindre.

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Le consultant avait pressenti cette demande, d’ailleurs confirmée
par la mise en place par l’enfant, dès la première séance du bilan,
d’un scénario, construction pleine de transmission symbolique. La
salle de psychomotricité, cadre spécifique qui invite à l’exploration
et au mouvement, ainsi que les épreuves du bilan en lui-même, où le
corps est le centre d’attention, favorisent l’émergence des affects par
l’action.

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Dans la thérapeutique psychomotrice, l’attention sera dirigée au
préalable vers le vécu tonico-émotionnel de l’enfant et de sa famille,
canevas de sensations, de pensées et d’actions qui structurent la
symptomatologie et sur lequel il faudra s’appuyer au début de la
prise en charge.
La structuration spatio-temporelle, le rythme propre à l’enfant
dans ses actions et ses mouvements, celui des interactions avec ses
proches, les intonations de la voix, le développement de la latéralité,
la structuration viso-motrice, la mise en place de l’image du corps
(instance psychique) et sa relation avec le schéma corporel (structure
neurologique), sont autant d’éléments à prendre en compte, avec
leurs dimensions neurophysiologiques et psychologiques, afin de
comprendre l’évolution de l’enfant.
LA

QUESTION DE LA PULSION MOTRICE

Le désir de mouvement, ou son absence, font partie du vaste
monde des pulsions archaïques.

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Chez les nourrissons, la psychomotricité, faite de « toucher
sensori-moteur », de mouvements plus ou moins actifs, de jeu sensoriel, contribue à une meilleure intégration psychocorporelle. Elle va
permettre un début de dépassement du tout somatique pour donner
naissance à une ébauche d’élaboration psychique. Il s’agit pour le
bébé de profiter au maximum des possibilités offertes par le stade
sensori-moteur, pour évoluer vers une existence du corps comme
moyen de relation et de lieu de vie des affects, mais différenciés l’un
de l’autre.
On a l’impression que les enfants plus âgés qui souffrent de
troubles psychomoteurs n’ont pas pu dépasser ce stade de base où
toutes les sensations et les affects sont directement inscrits dans le
corps, sans symbolisation possible. La pulsion motrice prime et le
langage corporel, comme chez le nourrisson, reste le moyen princeps
de communication.
GENÈSE

DE LA SYMPTOMATOLOGIE PSYCHOMOTRICE

Il s’agit ici d’une des difficultés nodales de la psychomotricité et
c’est là où le diagnostic différentiel est hautement indispensable.
La clinique des nourrissons nous est d’une grande aide pour
comprendre le fait corporel. Chez les bébés, où « tout est psychomoteur », nous constatons un développement commun et simultané
des structures neurologiques et des capacités psychoaffectives. L’un
ne va pas sans l’autre, il ne peut pas y avoir de mise en place satisfaisante du système psychique si les structures neurologiques n’évoluent pas correctement.

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Présente chez le nourrisson, confondue avec les pulsions d’agrippement et d’emprise, la pulsion motrice devient indépendante et se
retrouve à la base de toute l’évolution corporelle, restant toujours en
intime relation avec l’affectif.

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Psychothérapies

Le nourrisson exprime par son fonctionnement somatique et
moteur son état affectif et inversement, tout plaisir corporel ou toute
souffrance physique est en même temps ressenti au niveau psychologique.
Au fur et à mesure que l’enfant grandit, une certaine différenciation s’établit au niveau conscient, entre le somatique et le psychique.
Les enfants bien portants peuvent expliciter les origines des petits
malaises du quotidien, bien que, même à l’âge adulte, vécus corporels et affectifs continuent à être interdépendants.
L’expérience montre que, mis à part des lésions neurologiques ou
génétiques objectivables, la symptomatologie psychomotrice est le
résultat de l’action combinée des difficultés de maturation neurologique et psychogène. Les uns dans les autres, les conflits se juxtaposent et se potentialisent, sans que l’on puisse définir lequel a été à
l’origine des traumas.

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Il est probable que, chez nos patients, dès leur plus jeune âge, des
difficultés se sont installées, puis cristallisées dans leur corps, probablement à cause de l’impossibilité même de leur seule représentation
psychique. Il est possible que les enveloppes corporelles de ces
patients se soient déjà retrouvées fragilisées par des défauts d’organisation primaire, rendant ainsi incertaines les possibilités de mise
en place des structures psychiques secondaires. À défaut d’une
instance psychique suffisamment solide pour servir de réservoir aux
affects traumatiques, ceux-ci restent greffés dans la structure
archaïque, siège de toutes les émotions et lieu de vie des pulsions
primaires : le corps lui-même.
ORIENTATIONS

THÉRAPEUTIQUES

Le propre de la thérapeutique passe par la mise en relation de
l’image du corps avec le vécu tonico-moteur et la réalité de l’action
motrice sur l’environnement.
À ce carrefour entre le psychisme (inconscient, affect), le tonicomoteur (structures neurologiques, musculaires et les organes) et
l’action dans le monde (mise en place de relations et de déplacements entre l’interne du sujet et l’extérieur) se noue l’essentiel de
l’action thérapeutique.
Dans le cas de difficultés à composante fortement psychogène, la
question de la stratégie à adopter se pose : double prise en charge
(psychothérapie et psychomotricité) en parallèle, ou approche
unique (et, dans ce cas, laquelle privilégier ?).
Nous constatons souvent que, outre leur symptomatologie, ces
enfants présentent un mode de fonctionnement opératoire sans

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Nous pourrions alors poser l’hypothèse d’une origine combinée
des symptômes, car les difficultés psychomotrices trouvent très
souvent leur racine dans les premiers mois de vie de l’enfant, au
moment où la différenciation corps-psyché n’existe point.

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grande possibilité d’élaboration fantasmatique, leur corps devenant
le seul moyen d’expression des conflits. Tout comme chez les
nourrissons, les divers secteurs de leur personnalité ne sont pas différenciés et ils gardent un mode de fonctionnement somato-psychique
archaïque.
La technique psychomotrice leur est donc très profitable, tout ou
moins dans un premier temps, car elle leur donne la possibilité
d’investir, en tant qu’outil thérapeutique, le seul moyen qu’ils
connaissent, l’action motrice. Cependant, il s’agit d’essayer de la
faire devenir dialogue, transmission d’un message.
La « régression » et la parole

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Se pose dans cette situation la question de la verbalisation et de
l’interprétation. L’élaboration fantasmatique n’est pas toujours
possible avec la seule « interprétation corporelle » où le mouvement,
l’action du thérapeute, suffirait pour dénouer des conflits. Le
passage par la parole s’avère indispensable et cette verbalisation, au
fur et à mesure du traitement, devient de plus en plus présente. Le
passage de l’action motrice symptomatique vers une parole symbolisante, fait partie de l’avancée de la thérapeutique.
Nous sommes alors confrontés à la question du passage vers une
psychothérapie (dans le sens strict du terme).
Nous devons envisager la situation autour du moment évolutif de
la thérapie, des signes de stagnation ou de poursuite des mouvements positifs. Tant que le cadre reste fertile, le travail peut se
poursuivre, même si la parole prend une place de plus en plus importante dans la clinique.
Mais il arrive des moments où le patient exprime le désir d’initier une nouvelle étape, d’aller voir ailleurs afin que les situations
soient analysées sous un nouveau regard. Il est temps alors de passer
la main.
Le psychomotricien s’adresse à des enfants qui se situeraient
encore quelque part entre le « moi-peau » et le « moi-pensant », sans
pouvoir complètement se libérer du premier pour entrer de plainpied dans le second.

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En psychomotricité, la régression est une tentative de retour vers
les origines du symptôme, en amont de la cristallisation de la structuration pathologique. Un double mouvement s’établit alors, car
dans sa réalité motrice, l’enfant doit chercher à rétablir les patterns
de mouvement et d’action mal structurés, parcours le long duquel il
est « obligé » de revivre son histoire corporelle pour la remodeler.
En même temps, il va se confronter aux conflits inconscients qui s’y
greffent et le bloquent. La compréhension des fantasmes inconscients entremêlés avec les conflits instrumentaux s’avère alors indispensable pour le dépassement des blocages.

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Psychothérapies

Les développements théoriques d’auteurs comme Wallon,
Winnicott, Sami-Ali, Esther Bick, Anzieu (autour des idées de
dialogue tonico-émotionnel, holding et handling, image du corps,
enveloppes musculaires, moi-peau) constituent autant de références
pour la recherche et la pratique en psychomotricité.
Dans le champ des psychothérapies (au sens large) la psychomotricité est surtout une thérapie du corporel, dans le sens où le corps
y est considéré tout autant comme une courroie de transmission entre
l’inconscient et le conscient que comme un lieu de vie en soi, où se
retrouvent des conflits à résoudre.

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Mots-clés
Développement
somato-psychique,
enveloppe corporelle,
pulsion motrice, vécu
tonico-émotionnel,
corps affectif/corps
somatique, parole
cachée/parole
représentée.

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RÉSUMÉ
Des points de contact et des orientations cliniques concomitantes
se retrouvent entre la pratique psychomotrice et celle des psychothérapies, tout en gardant chacune des spécificités dans leurs
indications et leurs pratiques.
En se centrant sur le corps, son vécu et son action, la psychomotricité se situe dans un carrefour où le psychisme, le neuromusculaire et le relationnel sont pris en compte de manière contemporaine et simultanée.
La place de la parole métaphorisée par le mouvement ou bien
exprimée par le langage constitue un des points clés de l’interaction entre ces disciplines voisines.

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BIBLIOGRAPHIE
ANZIEU, D. 1985. Le Moi-peau, Paris, Dunod.
BICK, E. 1980. « L’expérience de la peau dans les relations d’objets précoces », dans
D. Meltzer et al. Explorations dans le monde de l’autisme, Paris Payot, p. 240-244.
BOWER, T.G.R. 1977. Le Développement psychologique de la première enfance,
Éditions Pierres Mardaga.
DOLTO, F. 1984. L’Image inconsciente du corps, Paris, Le Seuil.
MONTAGU, A. 1971. La Peau et le toucher (un premier langage), Paris, Le Seuil.
ROBERT-OUVRAY, S.B. 1997. Intégration motrice et développement psychique, Desclée
de Brouwer, coll. « Re-connaissances ».
SPITZ, R. 1965. De la naissance à la parole. La première année de la vie, Paris, PUF,
coll. « Bibliothèque de psychanalyse ».
WALLON, H. 1949. Les Origines du caractère chez l’enfant, Paris, PUF, coll. « Sup ».
WINNICOTT, D. 1969. De la pédiatrie à la psychanalyse, Paris, Payot.


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