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FATAH HIMENE

La Kabylie
Wikipedia
« Un peuple qui ne connaît pas son passé, ses origines et sa

culture ressemble à un arbre sans racines. »

TAQ- http://kab.wikipedia.org/wiki/Tamurt_n_Iqbayliyen
FR- http://fr.wikipedia.org/wiki/Kabylie EN- http://en.wikipedia.org/wiki/Kabylie DEhttp://de.wikipedia.org/wiki/Kabylei

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Sommaire

1 Géographie
1.1 Toponymie
1.2 Localisation
1.3 Relief et subdivisions
1.4 Climat
1.5 Flore et faune
1.6 Répartition spatiale de la population
1.7 Transports et voies de communication
2 Histoire
2.1 Préhistoire et Protohistoire
2.2 Antiquité
2.3 Islamisation et dynasties musulmanes
2.4 Royaumes kabyles et présence ottomane
2.5 Colonisation française et mouvement national
2.6 La wilaya III dans la guerre d'Algérie
2.7 Depuis l'indépendance algérienne
3 Population, économie et société
3.1 Démographie
3.2 Peuplement
3.3 Situation linguistique
3.4 Économie
3.5 Situation religieuse
3.6 Sport
4 Architecture et habitat traditionnels

4.1 Taddart (le village)
4.2 Axxam (la maison)
4.3 Ouvrages civils et religieux
4.4 Ouvrages militaires
5 Artisanat
5.1 Tissage et broderie
5.2 Poterie
5.3 Travail du bois
5.4 Bijoux
5.5 Signes et symboles
6 Patrimoine culturel
6.1 Vie paysanne et environnement
6.2 Cuisine
6.3 Musique
6.4 Littérature orale
6.5 Institutions et évènements culturels

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Kabylie
La Kabylie est une région historique et ethnolinguistique située dans le nord de l'Algérie, à l'est d'Alger.
Terre de montagnes densément peuplées, elle est entourée de plaines littorales à l'ouest et à l'est, au nord par la
Méditerranée et au sud par les Hauts Plateaux. Dénuée d'existence administrative globale, elle tient son nom
des Kabyles, population de culture et de traditions berbères dont elle est le foyer. Son histoire a fait d'elle un pôle de
résistance aux conquérants successifs, mais aussi le point d'appui de plusieurs entreprises dynastiques et l'a placée
au premier plan des mouvements pour la reconnaissance de l'identité amazigh dans l'Algérie et l'Afrique du
Nord contemporaines. Son relief essentiellement montagneux est le siège d'un écosystème varié et
d'une biodiversité protégée par plusieurs parcs nationaux. Le développement d'une agriculture principalement
arboricole étant limité par les conditions naturelles, la Kabylie est aussi, traditionnellement, un important centre de
production artisanale et une terre d'émigration.

Géographie
Toponymie
En français, « Kabylie » dérive de « Kabyle », que l'étymologie
la plus couramment admise fait dériver de l'arabe qabā'il1,
pluriel de qabila, « tribu ». Au sens premier,
les Kabyles seraient donc simplement les « gens des tribus ».
Dans l'histoire précoloniale de l'Afrique du Nord, la tribu est la
forme d'organisation sociale qui s'est maintenue contre ou
malgré toutes les tentatives de soumission des États
(makhzen) émergentsnote 9. Les officiers français, successeurs
dumakhzen ottoman, se sont d'abord servis du terme pour
distinguer moins une ethnie ou une région précises qu'un type
d'adversaire particulièrement opiniâtre : le montagnard. Mais le
mot fut aussi employé pour désigner de façon plus spécifique
les seuls montagnards berbérophones ou encore, en un sens plus général, tous les Berbères sédentaires, voire tous
les sédentaires d'Afrique du Nord2.
L'introduction du toponyme semble due aux voyageurs européens : on n'en trouve pas de trace plus ancienne chez
les auteurs d'expression arabe3. Les berbérophones de la région la nomment en kabyle « Tamurt n Leqbayel »
(en tifinagh :
), « pays des Kabyles »4, ou plus simplement « Tamurt », qui signifie
« terre natale », « patrie ». Les arabophones l'appellent « ‫( » دَب دَل د القبائل‬prononcé [blæd ləqbæyəl] en arabe algérien),
littéralement « pays des tribus ».

Localisation
Initialement la dénomination « Kabylie », au singulier ou au pluriel, était appliquée à toutes les régions peuplées de
Kabyles, à tous les sens de ce terme, et avait donc la mêmepolysémie que lui. Mais elle prit à partir du milieu
du XIXe siècle une signification plus précise, pour être progressivement réservée à l'ensemble d'un seul tenant que
forment lesmontagnes telliennes entre Alger et Constantine, autour des massifs du Djurdjura et des Babors5. Le mot
« Kabyle » se vit à son tour redéfini pour ne plus s'appliquer qu'à la population habitant ou originaire de la région ainsi
circonscrite, qui était encore presque entièrement berbérophone6. De fait, la géographie physique ne suffit pas,
notamment vers l'est, à borner précisément cet espace généralement décrit comme une juxtaposition de « Kabylies ».
Il peut encore s'étendre, en s'en tenant aux sources contemporaines, tantôt jusqu'au contact des confins algérotunisiens7, tantôt jusqu'en vue d'Annaba8, tantôt jusqu'à la péninsule de Collo9,10, cette dernière définition renvoyant,
au-delà de la géographie physique, à une unité humaine marquée sinon partout par une même langue, du moins par
un même mode de vie paysan10.
Toutefois l'usage courant, avalisant l'importance de la langue, tend à faire sortir de cet ensemble ses franges les
plus arabisées et notamment, à l'est, celles situées, dans l'organisation territoriale de 1984, aux marges
des wilayas de Mila, Constantine et Skikda. Chez les Kabyles des années 1950 déjà, le mot Aqbayli, bien que sans
traduction territoriale rigoureuse, renvoyait grossièrement à un espace compris entre Thenia d'un côté, Sétif et Jijel de
l'autre11, périmètre qui englobe, dans le découpage de 1984, les wilayas de Tizi Ouzou et Béjaïa, l'est de celle

de Boumerdès, le nord de celles de Bouira, Bordj Bou Arreridj et Sétif et l'ouest de la wilaya de Jijel12,note 10. Les cartes
en circulation dans la mouvance régionaliste contemporaine reprennent le cadre de ces sept wilayas 13. Enfin, selon
une forme de métonymie, l'étude de la Kabylie se borne souvent de fait à sa partie nord-occidentale, la Grande
Kabylie14, étendue tout au plus jusqu'à l'ouest de Béjaïa pour inclure la majeure partie de l'aire kabylophone actuelle15.

Relief et subdivisions
Composante de l'Atlas tellien située en bordure de la mer Méditerranée,
la Kabylie tire son unité physique du relief montagneux qu'évoque son
surnom traditionnel de Tamurt idurar, « pays des montagnes ». L'altitude
y connaît cependant des variations et des ruptures qui sont le support de
plusieurs subdivisions. La principale est celle qui sépare Grande et Petite
Kabylies. Sa délimitation usuelle, qui correspond à celle des dialectes
« occidentaux » et « orientaux » du kabyle, passe dans sa partie
méridionale sur les hauteurs duDjurdjura, recoupant ainsi une distinction
traditionnelle, selon l'altitude des habitations, entre « ceux d'en-haut »
(Seff Ufella) et « ceux d'en-bas » (Seff Wadda)17 ; au nord, en revanche,
elle n'a pas de support naturel nettement défini, mais suit une ligne de
partage historique utilisée à diverses reprises : wilayas algériennes, départements d'Alger et de Constantine sous
la colonisation française, beyliks de Médéa et de Constantine sous la Régence d'Alger18.
La Grande Kabylie se distingue par son altitude des régions voisines et s'étend, du nord au sud, de la côte
méditerranéenne jusqu'aux crêtes du Djurdjura. Trois ensembles montagneux en occupent la plus grande part 19 :


au nord, jusqu'à la mer, et à l'est, les hauts massifs boisés de la Kabylie maritime, région côtière qui culmine
au mont Tamgout(1 278 m), et de l'Akfadou, qui marque le début de la Petite Kabylie ;



au sud, la chaîne calcaire du Djurdjura, surplombant au nord-ouest la dépression Draa El Mizan-Ouadhia, au
sud la vallée de l'oued Sahel-Soummam, et culminant au Lalla-Khadîdja (Tamgut Aâlayen), plus haut sommet de
l'Atlas tellien (2 308 m)20 ;



entre les deux, bordées au nord par le bassin du Sebaou, jouxtant le Djurdjura au sud-est, profondément
entaillées par de nombreuses gorges, les montagnes anciennes du massif de l'Agawa, le plus densément peuplé,
avec huit cents mètres d'altitude moyenne19. C'est là que se trouvent Tizi Ouzou, principale ville de Grande
Kabylie, et Larbaâ Nath Irathen, centre urbain le plus élevé de la région, à environ mille mètres d'altitude.

Le territoire de la Grande Kabylie recouvre aujourd'hui la wilaya de Tizi Ouzou et une partie de celle de Bouira. Les
expressions de « Haute Kabylie » ou de « Kabylie du Djurdjura » sont souvent employées comme synonymes de
« Grande Kabylie », l'une ou l'autre de ces appellations pouvant aussi désigner, plus spécifiquement, la partie située
au sud duSebaou21. Les franges méridionales de la région, au sud du Djurdjura, autour de la vallée de l'oued Sahel,
peuvent être considérées comme un ensemble à part, distinct des Grande et Petite Kabylies et centré sur la ville de
Bouira22.
La Petite Kabylie gravite quant à elle autour de Béjaïa,
l'antique Saldae, la plus grande ville de Kabylie,
surnommée Bgayet n Lejdud(« Béjaïa des ancêtres »)23. Son
territoire reprend en partie les contours de l'ancienne province de
Bougie décrite par Ibn Khaldoun. Elle englobe la vallée de la
Soummam jusqu'à la côte et se poursuit par la « Corniche kabyle »,
qui surplombe la Méditerranée entre Béjaïa etJijel. Plus au nord,
elle s'étend sur les versants du Djurdjura oriental et de
l'Akfadou (point culminant à 1 623 m). Elle se prolonge vers le sud
jusqu'à la chaîne des Bibans et vers l'est par celle des Babors, dont
le mont éponyme est le plus haut sommet de la sous-région (2 004 m) et qui est elle-même bordée au sud par
le Guergour. Les définitions les plus larges y ajoutent le massif de Collo, qui forme l'hinterland du cap Bougaroun,
voire les montagnes qui bordent la plaine d'Annaba8.

Par sa superficie, la Petite Kabylie n'est pas plus « petite » que la Grande, mais plus étendue si on ne la limite pas à
la wilaya de Béjaïa. Toutefois elle est morcelée par le relief, à tel point qu'on peut parler de plusieurs « Petites
Kabylies »15 : Kabylie de la Soummam, parfois rattachée, du moins pour son versant nord, à la Grande Kabylie ;
Kabylie des Babors, parfois considérée comme « la » Petite Kabylie stricto sensu7 ; Kabylies des Bibans et du
Guergour24 ; Kabylie de Collo et Kabylie orientale, qui peuvent aussi être traitées comme des ensembles à part 8,25.
L'expression de « Basse Kabylie », fréquemment utilisée comme équivalent de « Petite Kabylie », sert également à
désigner une autre partie de la région, celle qui s'étend entre laMitidja et la basse vallée du Sebaou. Premier sousensemble kabyle rencontré en venant d'Alger, c'est un espace de transition entre plaine et montagne 26. Beaucoup
moins étendue que ses voisines, la Basse Kabylie est aujourd'hui englobée dans la wilaya de Boumerdès.

Climat
La Kabylie comporte plusieurs zones climatiques. Le littoral et la Kabylie
maritime sont de climat méditerranéen. L'hiver y est plutôt doux comparé au
reste de la région, avec une température de 15 °C en moyenne. La période
estivale, rafraîchie par les vents marins, présente une température moyenne
de 35 °C environ27. Sur les hauteurs, le climat est beaucoup plus rude, avec
parfois des températures négatives et une neige abondante l'hiver et des
étés très chauds, très secs, notamment vers le sud où la pluviométrie est
moindre. Cependant, dans les parties les plus élevées, la température
estivale est modérée par l'altitude. Dans les vallées intérieures, l'hiver est
sensiblement identique à celui des hauteurs. Mais en été, du fait de
l'enclavement ou de l'exposition aux vents du sud, les températures sont
particulièrement élevées : c'est le cas à Tizi Ouzou, où la température peut
atteindre les 46 °C quand elle est de35 °C à Dellys, comme à Akbou, dans
la vallée de la Soummam, couloir de passage du sirocco28.

Hiver

Froid,
neigeux et
pluvieux

Printemps

Ensoleillé avec des
épisodes de pluie
fréquents

T° entre -5° et
T° entre 20° et 35°
15°

Été

Automne

Très chaud et
sec, épisodes
orageux

Très pluvieux
avec du soleil
parfois

T° entre 30° et
45°

T° entre 15° et
25°

La Kabylie bénéficie d'une pluviométrie relativement abondante qui a facilité le développement d'une agriculture
typique. En Grande Kabylie, les régions intérieures sont plus arrosées en raison de l'ascension et de la
décompression des vents humides : ainsi à Larbaâ Nath Irathen, la pluviométrie est de 1 059 mm contre 833 mm à
Tizi Ouzou27.
Une ligne de crête qui traverse la région en joignant l'Atlas blidéen, le Djurdjura, les Babors, le massif de Collo et
l'Edough, sépare une zone nord très pluvieuse (plus de 800 mm de précipitations par an) d'une zone sud moins
arrosée (de 600 à 800 mm par an). Cette différence de pluviosité aurait eu pour conséquence une végétation naturelle
plus ou moins dense : aux versants nord, initialement couverts d'une forêt peu hospitalière, devenus plus tard terres
de vergers, s'opposeraient ainsi des versants sud plus facilement et sans doute plus précocement peuplés, car plus
immédiatement propices à la culture et à l'élevage. Ce facteur introduit un élément supplémentaire de distinction entre
Grande et Petite Kabylies. En effet la première, si l'on en exclut le versant sud du Djurdjura (comme le fait le tracé de
l'actuelle wilaya de Tizi Ouzou), se trouve entièrement en zone de forte pluviosité. Au contraire, en Petite Kabylie les
orientations combinées du littoral et du relief ne laissent que peu de profondeur aux versants nord. Elles font plus de
place aux zones moins humides, comme le Guergour et le Ferdjioua qui s'étendent entre Babors et Hauts Plateaux29.

Flore et faune
En raison des différences topographiques et climatiques dont elle est le cadre,
la Kabylie possède une grande diversité d'espèces dont certaines
sont endémiques. Elle abrite trois des huit parcs nationaux de l'Algérie
septentrionale : le parc national du Djurdjura, le parc national de Gouraya, à
l'ouest de Béjaïa, et le parc national de Taza, sur la Corniche kabyle, entre
Béjaïa et Jijel30. Ces aires protégées ont été classées par l'UNESCO dans les
« réserves de biosphère mondiales », zones modèles conciliant conservation de
la biodiversité et développement durable31.
La végétation, principalement méditerranéenne, prend les formes du maquis et
de la forêt. Celle du parc du Djurdjura se compose en majorité d'une combinaison, variable selon l'altitude, de chêne
vert et de cèdre de l'Atlas. Elle illustre les trois types d'essences méditerranéennes qui composent les forêts kabyles :
essences à feuilles persistantes, dont les principales sont le chêne vert, le chêne-liège et le houx ; essences à feuilles
caduques, au nombre desquelles l'érable à feuille obtue, l'érable de Montpellier, l'érable champêtre, le merisier et
le chêne zéen ; essences résineuses, telles le cèdre de l'Atlas, le pin noir, le pin d'Alep et l’if. Les forêts qui constituent
le parc, comme celles d'Aït Ouabane et de Tigounatine, comptent parmi les plus riches de la région 32. On retrouve
dans le parc de Taza le chêne zéen et le chêne-liège, qui constituent avec le chêne afarès les essences principales
de la forêt de Guerrouche33. Le parc de Gouraya se singularise par la présence d'euphorbes, espèce très menacée ;
on y trouve également des formations de garrigue où se côtoient le chêne kermès et l'olivier sauvage, accompagnés
de quelques spécimens de pin d'Alep, de genévrier et d'absinthe34.
S'agissant du chêne-liège et dans un pays qui représente lui-même plus de la moitié de la superficie occupée par
cette essence sur la rive sud de la Méditerranée, la Kabylie et l'ensemble du Nord-Est algérien constituent la région
des plus grandes subéraies : elles s'y étendent, le long du littoral, depuis Alger jusqu'à la frontière tunisienne et du
bord de mer jusqu'à 1 200 m d'altitude35. La seule wilaya de Jijel peut atteindre jusqu'à 50 % de la production
nationale de liège36.
Les massifs kabyles abritent de nombreux mammifères sauvages parmi
lesquels le macaque berbère (ou singe magot), espèce endémique d'Afrique du
Nord, la mangouste, le chacal doré, la genette, le porc-épic, le sanglier et
le chat sauvage ; la hyène rayée, la belette, le renard roux, le lièvre brun et
le hérisson d'Algérie sont signalés dans les parcs du Djurdjura et de Taza,
le lapin de garenne à Taza et Gouraya et le lynx caracal à Gouraya et dans le
Djurdjura, où la présence du serval est également probable. Les sommets de la
région sont le gîte de plusieurs espèces de rapaces dont l'aigle de Bonelli,
le vautour fauve, la chouette hulotte et le hibou grand-duc ; dans le Djurdjura se
rencontrent encore le gypaète barbu et le percnoptère d'Égypte ; l'aigle royal et le faucon crécerelle, également
présents à Taza ; et la buse féroce, signalée aussi à Gouraya37,38. Les hauteurs de Petite Kabylie abritent en outre
la sittelle kabyle, espèce de passereau endémique qui n'a été découverte qu'en 1975, sur le mont Babor39, et
retrouvée plus récemment, en 1989, dans la forêt de Guerrouche 33. La salamandre algire, amphibienvulnérable, est
présente dans le parc du Djurdjura40.
Les eaux littorales kabyles présentent également une faune et une flore remarquables. L'aire marine du parc de
Gouraya abrite quatre espèces protégées de mammifères marins : marsouin et dauphin communs, dauphin
souffleur et cachalot41 ; ses fonds recèlent six paysages d'intérêt international : encorbellements à Lithophyllum
lichenoides (en), trottoirs à vermets (en), bourrelets à Corallina elongata (en), forêts à Dictyopteris
membranacea, herbiers tigrés à Posidonia oceanica et récifs-barrières à Posidonia oceanica42. Les eaux adjacentes
au parc de Taza incluent le « banc des Kabyles », classé « aire spécialement protégée d’importance
méditerranéenne » (ASPIM) par la convention de Barcelone : riches d'une communauté de corail en bon état de
santé, elles abondent en plusieurs des espèces menacées répertoriées dans le cadre de la convention, ainsi qu’en
espèces « bio-indicatrices » des eaux non polluées43.
Répartition spatiale de la population
La population est nombreuse pour une région à dominante montagnarde et rurale, notamment en Grande Kabylie où
se rencontrent pourtant les altitudes les plus élevées. Le phénomène n'est pas nouveau et il a particulièrement frappé

les colonisateurs français. Il est d'autant plus original que la taille des
localités de plaine est longtemps restée limitée, le gros villagede
montagne, niché sur les crêtes, étant la forme principale
d'agglomération15. À l'est de la Soummam, l'habitat traditionnel se fait
plus dispersé, prenant la forme de hameaux de clairière7.
Toutefois l'exode rural a profondément modifié cette situation. Relayant
une tradition pré-coloniale d'émigration temporaire, lacolonisation
française en a fait un phénomène massif, alimentant largement, dès le
début du XXe siècle, les premières vagues d'émigration
maghrébine vers la France ; après l'indépendance algérienne, le flux s'est orienté vers les grandes villes du pays, à
commencer par sa capitale44. La population kabylophone a ainsi constitué une diaspora estimée à deux millions ou
deux millions et demi de personnes (dont près d'un million en France) pour trois millions à trois millions et demi en
Kabylie45.
L'exode rural se poursuit vers les villes situées aux portes mêmes des montagnes kabyles, principalement Alger, Tizi
Ouzou, Béjaïa, Jijel, Constantine, Skikda et Annaba. Toujours très peuplée, la région est marquée par un dualisme qui
oppose le monde du village ou du hameau, surtout habité de femmes, d'enfants et de personnes âgées, et celui de
la ville, lieu des activités industrielles et de services, des équipements et des habitats collectifs, qui attire la majeure
partie des hommes adultes7. Aujourd'hui, les trois quarts environ de la population active masculine de Kabylie vivent
en dehors de la région46.
Transports et voies de communication
À l'intérieur de la région, les axes de communication terrestres tirent parti
des dépressions du relief : la route d'Alger à Béjaïa passe par la vallée
du Sebaou, celle de Béjaïa à Sétif emprunte sur huit kilomètres
les gorges de Kherrata (Chabet El Akra, le « défilé de la mort »)9. Les
montagnes kabyles représentent cependant un obstacle que contourne
par le sud le tracé du grand projet d'autoroute Est-Ouest47. Son
tronçon Alger-Constantine, aujourd'hui achevé, permet de
desservir Sétif, Bordj Bou Arreridj et Bouira, ville à proximité de laquelle a
été construit le viaduc d'Aïn Turk, le plus grand d'Afrique48 ; néanmoins les
pénétrantes autoroutières qui doivent en assurer la liaison
avec Béjaïa49 et Tizi Ouzou50 sont encore à venir. Les lignes ferrovaires ont bénéficié à la fin des années 2000 d'une
modernisation du matériel roulant, qu'illustre la mise en service en 2009 d'un autorail sur la ligne Béjaïa-Alger51. La
ligne Tizi Ouzou-Alger, rouverte en juillet 2009 après être restée fermée depuis les années 1990 pour raison de
sécurité, reste soumise aux aléas de l'hiver montagnard 52.
Les ports du littoral kabyle tiennent des rôles variables entre les échelons local et international. Celui
de Béjaïa occupe le deuxième rang en Algérie par son volume d'activité, derrière celui d'Alger ; débouché important
pour une partie de la production régionale (minerais, vins, figues, prunes ou liège), il a donné depuis les années
1960 une place grandissante au pétrole et aux produits pétroliers tirés du Sahara (les hydrocarbures représentent
86 % de ses exportations en 2005)53. En 2008, il a été intégré au projet européen des « autoroutes de la mer » (ADM),
aux côtés de Gabès, Agadir et Haïfa54. Le port de Djendjen, non loin de Jijel, est destiné à devenir un hub portuaire de
niveau mondial : la voie rapide qui doit le relier à Sétif est en travaux et une liaison ferroviaire à grande vitesse est à
l'étude55. À une échelle plus modeste, le port de Collo assure l'embarquement de la production locale de liège 9. En
matière de transport aérien, la région est reliée aux grandes villes étrangères via les aéroports de Béjaïa - Soummam
- Abane Ramdane, de Sétif - 08 Mai 1945 et d'Alger - Houari Boumédiène.

Histoire
Pas plus hier qu'aujourd'hui, la Kabylie n'a connu de frontières fixes et rigoureusement définies. Mais son histoire
montre d'autres permanences : une continuité linguistique qui remonte à plusieurs millénaires avant notre ère 56 ;
l'usage perpétué de systèmes de signes et de symboles issus de la Protohistoire57 ; une forme d'organisation tribale,
attestée dès l'Antiquité, restée caractérisée par le contrôle direct et rigoureux de dirigeants désignés et constamment
opposée à l'émergence d'un pôle de pouvoir unique et centralisé. Bien qu'intérieurement divisée, la région a trouvé

son unité, vis-à-vis de l'extérieur, en se faisant le refuge de tous ceux
qui, dans les populations environnantes, ont voulu résister à l'emprise
des conquérants successifs ou des États en construction. Selon les
circonstances, ses contours se sont réduits aux bastions les plus
montagneux, hors d'atteinte de l'ennemi ou d'une autorité centrale
parfois reconnue nominalement, mais en pratique ignorée ; ou se
sont étendus sur les plaines voisines, dans les périodes de
récupération et de reconquête3.
Plusieurs auteursnote 11 soulignent la place qu'occupent aussi, dans la
singularité de la région, les cités et les États dont elle a connu l'essor,
de même que les rapports qu'ils ont entretenus avec les sociétés montagnardes : ils invitent à ne pas faire des
« républiques villageoises » le produit d'un « isolat kabyle » muré dans sa pureté originelle ; mais d'une histoire liée à
l'histoire urbaine, ainsi qu'à celle des chefferies, seigneuries ou royaumes dont le monde rural lui-même a vu plusieurs
fois l'émergence58.
Préhistoire et Protohistoire
Dans la wilaya de Sétif, les vestiges archéologiques découverts
à Aïn Hanech, non loin des montagnes kabyles, ont permis de faire
remonter à 1,7 million d'années environ l'expansion
des hominidés en Afrique du Nord59,60 ; des galets
aménagés semblables ont été signalés près de l'oued Sebaou61.
Dans les Babors, les résultats des fouilles de la grotte d'Afalou et
des abris voisins indiquent la pénétration du massif, entre 15 000
et 11 000 ans avant notre ère, par une population de CroMagnons africains, dite de Mechta-Afalou, porteuse de la
culture ibéromaurusienne : ils y ont laissé des sépultures et des
figurines modelées, zoomorphes et anthropomorphes62. La Kabylie maritime a fourni, à Takdempt, des outils de pierre
taillée plus anciens, caractéristiques de l'Acheuléen63 ; mais aussi des vestiges néolithiques, comme la hache de
pierre polie, les tessons de poterie et les fragments d'objets en peau retrouvés à Dellys64.
À partir du IIe millénaire av. J.-C., l'Afrique septentrionale, isolée du reste du continent par la désertification du Sahara,
bascule vers lemonde méditerranéen65. Les monuments mégalithiques que la Protohistoire a laissés en Kabylie,
souvent dotés comme à Aït Raouna d'une grande allée couverte, sont très proches de ceux de Sardaigne57,66. Des
poteries s'ornent de signes et symboles dont l'emploi s'est perpétué jusqu'à nos jours dans l'artisanat de la région,
ainsi que dans celui de l'Aurès : leur technique pourrait être venue, à l'âge du bronze, de la péninsule italienne et des
îles de Méditerranée occidentale57,67.
Antiquité
De l'Antiquité proviennent les stèles libyques où apparaît une
écriture dont le tifinagh est le descendant actuel68,note 12. Les
communautés, patriarcales et endogames, que le latin
appelle tributes et dont la désignation en arabe a donné plus
tard son nom à la région, existent déjà. Mais aussi des États :
plusieurs royaumes berbères, originellement des confédérations
tribales, apparaissent à partir du IVe siècle av. J.-C., se
surimposant plus qu'ils ne les soumettent aux tribus qui restent
relativement en marge de leurs centres de pouvoir 69. À plusieurs
reprises, l'embouchure de l’Ampsaga (oued El Kebir)note 13 est
prise pour frontière : au IIIe siècle av. J.-C. entre le royaume desMasaesyles, à l'ouest, et celui des Massyles, comme
entre les territoires maurétanien et numide autour de l'an 100 av. J.-C., avant de tenir le même rôle pendant les cinq
siècles de domination romaine70.
Les Phéniciens, dont les réseaux commerciaux commencent à s'implanter vers 1100 av. J.-C. sur les côtes d'Afrique
du Nord, créent dans la région les comptoirs d'Igilgili (Jijel), Rusazus (Azzefoun) et Rusuccuru (Dellys). Après la
fondation de Carthage, l'influence punique et, par son intermédiaire, l'empreinte grecque, s'étendent à partir de la

façade maritime. Elles marquent toutefois moins les campagnes que les villes, qui pour leur part, sur la côte,
maintiennent sans doute à l'égard des pouvoirs autochtones une quasi-autonomie 71.
Les premières interventions des Romains remontent aux guerres puniques : ils cherchent alors, parmi les chefs
berbères, des alliés pour contrer la puissance de Carthage 72. Celle-ci vaincue, les royaumes de Numidie puis de
Maurétanie sont progressivement assujettis et finalement annexés en tant que provinces 73. À l'est de l'Ampsaga, en
Numidie, le port de Chullu (Collo) est inclus
avec Cirta(Constantine), Milev (Mila) et Rusicade (Skikda) dans une
« confédération cirtéenne » dotée d'un statut administratif particulier74. À
l'ouest, sur les pourtours du Mons Ferratus (la « montagne de fer »,
généralement identifiée au Djurdjura), pays des Quinquegentiani (les
« Cinq Tribus »)75, sont établies d'autres colonies : sur la côte,
à Igilgili, Saldae (Béjaïa) et Rusuccuru76 ; vers l'intérieur, entre ces deux
derniers ports, le long de la voie qui sur l'itinéraire d'Antonin et la table de
Peutinger passe par la vallée de la Sava (Soummam),
àThubusuptu (Tiklat), puis par Bida (Djemâa Saharidj)
et Taugensis (Taourga)77 ; et plus au sud, à Auzia (Sour El-Ghozlane).
Elles relèvent de la Maurétanie « césaréenne », administrée depuis Caesarea (Cherchell)76. À la fin du IIIe siècle, l'est
de la Sava en est détaché pour constituer autour de Sitifis (Sétif) une Maurétanie « sétifienne »78.
Dans l'ensemble, les villes, qu'elles soient colonies ou simples municipes, restent dans la région relativement peu
nombreuses et les montagnards berbères relativement peu perméables à la romanité dont elles sont les foyers79. Il y
existe pourtant un christianisme actif, de l'expansion duquel témoignent ce qui subsiste à Tigzirt, alors Iomnium, d'une
basilique du Ve ou VIe siècle75,80, ou la présence à la même époque d'évêchés à Saldae75 ouBida81. La Kabylie paraît
même avoir été un des hauts-lieux du donatisme, mouvement religieux sur lequel le général rebelle Firmustenta de
s'appuyer lors de la révolte qu'il conduisit au IVe siècle contre les légions75.
Les principaux vestiges romains de la région se trouvent à Djemila, l'antique Cuicul, dans les moyennes montagnes
de Petite Kabylie : le site, inscrit par l'Unesco au patrimoine mondial82, atteste, au travers de ses ruines et de ses
mosaïques remarquablement préservées, de la vie florissante d'une colonie animée par une oligarchie locale
prospère83. À Akbou subsiste un mausolée haut de 13 mètres84, probablement construit au milieu de ses terres pour un
grand notable85. D'autres sites restent à fouiller, comme à Azzefoun celui deRusazus, la plus riche des villes de
Kabylie à l'époque d'Auguste, où ont été signalés murailles, conduites d'eau et thermes 86.
Les récits des auteurs latins relatent l'alternance de replis défensifs et d'expansions sur les plaines des guerriers
montagnards, qui forcent régulièrement les colons à se réfugier derrière les fortifications des cités 87. Le pouvoir de
Rome se heurte à plusieurs reprises à de vives résistances, de Tacfarinas, tué en l'an 24 sous les murs d'Auzia,
jusqu'à Firmus et Gildon, tous deux fils d'un grand chef tribal des Bibans88. L'invasion des Vandales, qui atteignent la
Kabylie en 429-430, ne rencontre guère d'opposition dans une population où beaucoup l'accueillent sans doute
comme la fin de l'oppression romaine. Sur les débris de l'ordre impérial, leur royaume(439–534), qui inclut Saldae et
ses environs, la ville de Saldae (actuelle Béjaïa) la capitale d'un puissant royaume germanique, qui laisse se
constituer dans son arrière-pays, parmi les Berbères alors appelés « Maures », des principautés pratiquement
indépendantes. Les Byzantins, sous Justinien, parviennent à reprendre le contrôle d'une partie de l'Afrique du Nord.
Cependant ils suscitent l'hostilité des Maures et leur pouvoir reste d'une grande fragilité 89.
Islamisation et dynasties musulmanes
En 647, les cavaliers arabes et musulmans mènent leurs premières razzias en Ifriqiya90. À l'ouest, dans les
montagnes qui entourent Saldae (Béjaïa), l'opposition à laquelle ils se heurtent est telle qu'ils baptisent la région el
aadua, « l’ennemie »91. Ici, comme ailleurs sous l'impulsion de chefs tels queKoceila ou la Kahena, les
tribus berbères, parfois alliées aux Byzantins, résistent pendant plusieurs décennies avant que le califat omeyyade,
en 710, puisse faire du Maghreb entier une de ses provinces. Comme ses prédécesseurs, le nouveau pouvoir pèse
d'abord sur les populations citadines. Cependant la religion des conquérants progresse rapidement 92. Le souci
d'échapper à l'inégalité juridique et fiscale qui frappe les non-musulmans joue sans doute un rôle important dans les
conversions ; il peut aussi y entrer, comme auparavant dans l'adhésion au donatisme, une composante de
protestation sociale75,93. En 740, des tribus autochtones se révoltent contre la politique fiscale et la traite des esclaves
conduites par les représentants de Damas94 ; de l'Atlas marocain jusqu'à la Libye, les armées berbères rassemblées

au nom de l'égalitarisme kharidjite reconquièrent sur les troupes
du calife sunnite la plus grande partie de l’Afrique du Nord, d'où la
présence arabe disparaît pour un temps95.
En Kabylie, la période du VIIIe au XIe siècle voit se cotoyer, sur un
territoire qui s'étend alors de Cherchell àAnnaba et de
la Méditerranée aux premières montagnes sahariennes, trois groupes
de tribus berbères aux dialectes proches et généralement alliés : à l'est
de la Soummam, les Ketamas ; à l'ouest de Dellys, lesSanhadjas ;
entre eux, les Zouaouas87. Les Ketamas, après avoir fait bon accueil
aux prêches millénaristes dudai ismaélien Abu Abd Allah, soutiennent
la constitution, au début du Xe siècle, du califat chiite des Fatimides. Au
service de cette cause, ils font la conquête de l'Ifriqiya, puis de l'Égypte96. En 969, ils y fondent Al-Kahira (Le Caire) et
la mosquée Al-Azhar97. Une fois établis en Égypte, les Fatimides laissent aux Zirides, famille alors à la tête de la
confédération sanhadja, la charge de défendre le Maghreb contre les tribus zénètes, alliées du califat de Cordoue. La
nouvelle dynastie s'installe en Ifriqiya. Par la suite, sa branche hammadide s'en détache et prend le contrôle
du Maghreb central, qu'elle place en 1015 sous l'obédience abbasside. En 1048, à leur tour, les Zirides d'Ifriqiya
reconnaissent la légitimité du califat de Bagdad et rompent avec le chiisme98. En représailles, les Fatimides envoient
les Arabes Beni Hilal au Maghreb, qu'ils leur donnent en fief99.
En 1067, pour mieux se protéger des attaques hilaliennes, mais aussi mieux tirer parti d'une évolution des échanges
favorable au commerce méditerranéen, les Hammadides construisent sur le site de Saldae la ville de Béjaïa. Ils y
déplacent leur capitale, précédemment établie à la Kalâa des Béni Hammad, fondée soixante ans plus tôt dans
le Hodna98. Pour relier les deux cités est construite une route encore appelée de nos jours abrid n'soltan, « l'itinéraire
du roi »100. Entretenant avec l'Europe des relations commerciales soutenues101, centre politique du « royaume de
Bougie », Béjaïa, qui acquiert le surnom de « perle de l'Afrique », est aussi un foyer de savoir et de culture dont le
rayonnement s'étend à l'échelle de la Méditerranée, rivalisant avec Cordoue. C'est à travers elle, par l'intermédiaire du
mathématicien italien Fibonacci, venu y étudier, que les chiffres arabes et la notation algébrique sont diffusés en
Europe102. C'est aussi un centre religieux de premier plan, « la petite Mecque de l'Afrique du Nord », lieu de résidence
de nombreux savants et mystiques. Certains deviennent des saints vénérés par la population locale, comme Sidi
Boumédiène, dont le nom est encore honoré dans le Maghreb contemporain. Cependant la tolérance envers les nonmusulmans est réelle, comme en témoigne la correspondance entre le sultan hammadide Al Nacir et le pape Grégoire
VII95.
C'est à proximité de Béjaïa que se rencontrent
vers 1120 Abdelmoumen, alors jeune étudiant dans la cité, et Ibn
Toumert, réformateur religieux qui en a été expulsé, dont il devient le
disciple avant de prendre à sa suite la tête du mouvement almohade103.
Parti de « l'extrême Maghreb » (l'actuel Maroc), il s'empare de Béjaïa
en 1151 et défait les Arabes hilaliens l'année suivante près de Sétif 104.
Renversant les royaumes en place, la dynastie qu'il fonde rassemble
sous une autorité unique le Maghreb et une partie de la péninsule
Ibérique105. Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, l'empire almohade
s'effondre à son tour et laisse la place à une tripartition du Maghreb
entre Mérinides (Maroc actuel), Zianides (Maghreb central)
et Hafsides (Ifriqiya). L'espace compris entre Béjaïa, dans l'orbite du pouvoir hafside de Tunis, et Dellys, jusqu'où
s'étendent depuis Tlemcen les possessions zianides, devient enjeu de rivalités entre les deux royaumes. Au cours des
deux siècles suivants, les États maghrébins, en conflit permanent, font venir en renfort tantôt des mercenaires
européens, tantôt les tribus arabes, jusque là cantonnées plus au sud. De plus en plus affaiblis par leurs rivalités et
les batailles de succession internes, ils finissent par laisser se constituer dans les villes principales des centres de
pouvoir pratiquement autonomes, tandis que les campagnes sortent de tout contrôle 106.
Prise dans son ensemble, la période qui va de la seconde moitié du XIe jusqu'au XIVe siècle montre, sous l'effet d'abord
des attaques hilaliennes, puis de l'emprise des dynasties successives, une réduction continue du domaine contrôlé
par les trois confédérations tribales. Les pourtours ouest, sud et est des montagnes kabyles, plus ouverts, sont les
plus rapidement touchés. À l'approche de l'an 1400, seule la confédération centrale, celle des Zouaouas, maintient

encore son existence. Elle a perdu ses terres des Hauts Plateaux mais hérite d'une partie de celles de ses anciennes
voisines, dont elle accueille les réfugiés. Dès lors et au cours du siècle qui suit, son autonomie se consolide sur un
territoire compris, d'ouest en est, entre les oued Boudouaou et Agrioun, et de la Méditerranée jusqu'à une ligne
joignant Sidi Aïssa à Sétif87. Cependant plusieurs historiens ont relevé, dans les sources médiévales, la trace qu'il a
existé, entre les tribus et l'État berbère musulman hammadide puis hafside, une relation « harmonieuse », qui montre
qu'il n'était pas pour elles un corps étranger, que Béjaïa était « leur propre capitale » et qu'en retour elles étaient à la
base de la puissance étatique. En témoigne leur mobilisation pour défendre le Béjaïa hammadide contre les
Almohades, puis aux côtés de ses Hafsides tentant de s'affranchir de ceux de Tunis, ou contre les incursions zianides,
mérinides et, pour finir, espagnoles107.
Royaumes kabyles et présence ottomane
En 1510, sur la lancée de la Reconquista, les Espagnols s'emparent
de Béjaïa et organisent à partir de cette position des razzias dans
l'arrière-pays. C'est à ce moment108, ou dans le dernier quart du
siècle précédent87, qu'émergent en Kabylie trois seigneuries ou
principautés que les Espagnols appellent les « royaumes » des Aït
Abbas, de Koukou et d'Abdeldjebbar. Le premier s'installe à
la Kalâa des Beni Abbès, au cœur de la chaîne desBibans, avant
que sa famille dirigeante, les Mokrani, ne le déplace plus au sud,
dans la Medjana, se rapprochant ainsi des lieux d'origine des
royaumes ziride et hammadide. Le deuxième se constitue sur les
terres des Belkadi, descendants du juriste Al Ghobrininote 14. Le
dernier s'implante à une trentaine de kilomètres de Béjaïa, dans la vallée de la Soummam108.
La Kalâa devient la nouvelle capitale des habitants des environs de Béjaïa quand, après la prise de la ville, ils
cherchent protection à l'intérieur des terres. Le site, ancienne place forte hammadide et étape sur l'abrid n'sultan, a
été retenu par Abderahmane, prince bougiote, pour des raisons de sécurité. Initialement alliée des Hafsides, la
dynastie s'en émancipe. Abdelaziz, petit-fils d'Abderahmane, prend le titre berbère d'amokrane. Sous son règne, la
Kalâa gagne en importance : au cœur du royaume des Aït Abbas (dit aussi « de la Medjana »), la cité compte à son
apogée70 000 habitants, rivalisant avec Tunis ; elle se dote de fabriques d’armes, en s’aidant du savoir-faire des
renégats chrétiens109 et des Andalous chassés d’Espagne, qu’elle accueille en grand nombre110.
Pour reprendre Béjaïa, le sultan hafside de Tunis fait appel à des corsaires ottomans, les frères Barberousse111. Au
printemps 1515, après une première tentative infructueuse, ils parviennent à emporter le vieux fort 112, avec le soutien
décisif de combattants venus par voie de terre de la côte de Béjaïa et de Jijel et emmenés par Ahmed Belkadi, prince
alors au service des Hafsides113. Ils échouent toutefois à déloger les occupants du château neuf et doivent lever le
siège112.
Ahmed Belkadi, venu s'établir chez les Aït Ghobri, d'où sa famille
est originaire, prend alors la tête du royaume de Koukou114, qui
durera deux siècles115. Béjaïa n'est définitivement reprise aux
Espagnols qu'en 1555, par la pression combinée du corsaire Salah
Raïs Pacha, agissant pour le compte de la régence d'Alger, et des
royaumes tribaux116,117. Entretemps les Hafsides ont été évincés de
leurs possessions, en Kabylie comme dans tout l'est algérien. Dès
la première moitié du XVIe siècle, les Ottomans implantent dans la
région plusieurs forts (borj) en vue de la contrôler87. Ils s'y heurtent à
une résistance qui s'organise autour du royaume de Koukou en
Grande Kabylie, de celui des Aït Abbas dans les Bibans et la vallée
de la Soummam118 : les communautés rurales, tout en défendant leur autonomie face à l'hégémonisme de ces
seigneuries, les soutiennent pleinement face aux tentatives « prédatrices » de l'État que mettent en place les
Ottomans58.
En 1520, Ahmed Belkadi, attaqué par Khayr ad-Din Barberousse, le défait dans la plaine des Issers et s’empare
d’Alger. Il y règne plusieurs années avant d'être à son tour vaincu par Khayr ad-Din, allié pour la circonstance aux Aït
Abbas. Abdelaziz, sultan des Aït Abbas, est tué en 1559 au cours d’une bataille contre les Ottomans qui exposent sa
tête une journée entière devant la porte de Bab Azzoun, à Alger, avant de l’enterrer dans une caisse en argent 119.

Conséquence durable de l'intervention ottomane : à partir du XVIe siècle, Béjaïa laisse à Alger le rôle de principal
centre urbain et de réceptacle des populations de Kabylie 99.
Le royaume des Aït Abbas se maintient en Petite Kabylie pendant toute la période de la Régence. En 1664, le duc de
Beaufort, envoyé par Louis XVI, lance une expédition contreJijel. Après quatre mois d'hostilités avec les tribus locales,
les Français abandonnent la ville. Les Aït Abbas gardent comme trophée les pièces d'artillerie en bronze de Louis XVI,
dont l'une a été retrouvée à la Kalâa120,121. Le royaume contrôle les défilés des Portes de Fer (appelées par les
Kabyles Tiggoura, « les Portes », et Demir kapou par les Turcs), point de passage stratégique sur la route reliant
Alger à Constantine. La régence d'Alger doit verser un tribut pour le passage de ses troupes, dignitaires et
commerçants. C'est dans l'Algérie d'alors le seul endroit où le pouvoir makhzen paye un tribut à des populations
locales insoumises122,note 15.
Entre le XVIIe siècle et le XIXe siècle, plusieurs conflits opposent les royaumes kabyles et la régence d'Alger. Les
principaux prennent place en 1609 (les Kabyles dévastent la Mitidjaet menacent Alger), puis entre 1758 et 1770 (dans
toute la Kabylie) et enfin entre 1805 et 1813 (dans la vallée de la Soummam)110. En 1823 encore, les Kabyles entrent
en révolte et coupent les voies de communication entre Alger et Constantine. Ce n'est qu'après plusieurs mois de
combats que le chef militaire de la Régence, l'agha Yahia, parvient à négocier la soumission des tribus. En 1824 est
signé le dernier traité de paix123.
Globalement les royaumes, qui bénéficient d'une certaine reconnaissance internationale (représentations
diplomatiques en Espagne, notamment), contribuent à préserver l'autonomie de la région 124. Vis-à-vis de la Régence,
après une période de rivalité exacerbée où alternent phases de paix et de guerre pour le contrôle d'Alger, les relations
se stabilisent à l'époque des deys. L'autonomie kabyle fait l'objet d'une reconnaissance tacite qui marque une étape
importante dans la constitution de l'identité régionale 87. À Alger, les commerçants kabyles sont autorisés à tenir leur
propre souk.[réf. nécessaire] Afin de contrebalancer le pouvoir des janissaires, de nombreux corsaires, miliciens et notables
de la Régence sont recrutés localement, y compris parmi les Kabyles.[réf. nécessaire] Un dignitaire de l'importance d'Ahmed
Bey, dernier bey de Constantine, est à plusieurs titres un proche parent des Mokrani 125.
À cette époque et probablement depuis celle des Hammadides, il existe dans certains villages une tradition écrite
entretenue principalement par une élite de lettrés. La bibliothèque du cheikh El Mouhoub, des Beni Ourtilane, un
érudit du XIXe siècle, en est l'exemple le plus connu depuis son exhumation par les chercheurs de l’université de
Béjaïa, au milieu des années 1990. Avec plus de 1 000 volumes en provenance de lieux et d'époques variés, de
l'Andalousie à l’Extrême-Orient et du IXe siècle au XIXe siècle126, elle couvre des domaines divers : astronomie,
sciences, médecine, droit coutumier local, savoir religieux (fiqh) et comporte aussi des manuscrits
en tamazight transcrit en caractères arabes127,128. Une partie de ces ouvrages été détruite durant la période coloniale,
l'autre est étudiée à l'université de Béjaïa
Colonisation française et mouvement national
En 1830, les Français se lancent à la conquête de l'Algérie. Au début,
l'expédition est dirigée contre Alger. Mais très tôt, les envahisseurs cherchent à
occuper l'ensemble du pays, notamment la Kabylie contre laquelle sont
dirigées plusieurs expéditions. Les tribus kabyles se mobilisent fortement et
combattent sur tous les fronts, d'Alger jusqu'à Constantine. En 1844, la vallée
du Sebaou est conquise, puis la partie de la Petite Kabylie comprise
entre Collo et Jijel, soumise en mai-juin 1851 par Saint-Arnaud129. En Haute
Kabylie, Lalla Fatma N'Soumer, issue d'une famille maraboutique, prend la tête
de la résistance à la conquête130. La domination française n'est complètement
établie sur la région qu'après la bataille d'Icheriden, en 1857. Encore suscite-t-elle des soulèvements périodiques, qui
culminent avec la « révolte des Mokrani » : en mars 1871, le cheikh El Mokrani, grand propriétaire foncier, se soulève
et parvient à entraîner avec lui la Rahmaniya ; en dépit de sa mort le 5 mai, puis de la soumission de la confrérie le 30
juin, la rébellion n'est entièrement vaincue qu'en janvier 1872 ; la répression se solde par une énorme amende de
guerre et la confiscation de 446 000 hectares129, de nombreuses arrestations et des déportations en NouvelleCalédonie(c'est l'origine des « Kabyles du Pacifique »)131. La colonisation se traduit aussi par une accélération de
l'émigration vers d'autres régions du pays et vers l'étranger.
L'administration française, à travers ses « bureaux arabes », procède à l'arabisation des noms de famille et de lieu.
C'est ainsi que, par exemple, Iwadiyen devient les Ouadhias, Aït Zmenzer est transformé en Beni Zmenzer ou

encore Aït Yahia en Ould Yahia. Après la révolte de 1871, cette action prend le caractère d'une politique systématique
de dépersonnalisation132 : pour casser la cohésion de la société kabyle, l'état civil est généralisé en attribuant des
noms arbitraires et différents aux membres d'une même famille. Pourtant, le droit coutumier berbère est globalement
maintenu dans la région, alors qu'il est aboli en pays chaoui au profit du droit musulman. Autre traitement particulier :
des missionnaires chrétiens y mènent des campagnes d'évangélisation jusque dans les villages les plus reculés 133.
Enfin, l'enseignement du français jusqu'au certificat d'études y est assez courant alors que partout ailleurs, c'est la
scholastique coranique, enarabe classique, qui est favorisée.
Ces différences entretenues n'empêchent nullement une présence kabyle massive dans les différentes formes de
résistance qui s'organisent face à la colonisation. Nombreux sont les Kabyles à participer à la création, en 1913 à
l'Amicale des Instituteurs Indigènes puis en 1931 à l'association des Oulémas algériens. Plus tard, les membres
fondateurs de l'Étoile nord-africaine sont aussi pour moitié originaires de la région134. La Kabylie est touchée de plein
fouet par les événements du 8 mai 1945, à Kherrata et dans la région de Sétif, qui font des milliers de morts parmi la
population civile135.
La wilaya III dans la guerre d'Algérie
Pendant la guerre d'indépendance algérienne, la Kabylie, alors wilaya III, se trouve
au cœur de la résistance au colonialisme français136. C'est aussi, avec les Aurès, la
région la plus touchée par la répression du fait de l'importance des maquis et de
l'implication de ses habitants. Le FLN y recrute plusieurs de ses dirigeants
historiques, parmi lesquels Abane Ramdane, Krim Belkacem et Hocine Aït Ahmed,
ainsi que des chefs militaires comme le colonel Amirouche Aït Hamouda137. C'est
également en Kabylie que se tient en 1956 le congrès de la Soummam, le premier
du FLN. Au plus fort des combats, les effectifs de l'ALN rassemblent en
Kabylie 12 000 hommes qui disposent d'un fond de 500 millions de francs
algériens138.
Bastion de l'ALN, la région est aussi le lieu de certaines des plus marquantes de
ses victoires, comme la bataille de Bouzegza139. Les tentatives d'infiltration menées par l'armée française sont souvent
tenues en échec, voire parfois retournées contre elle comme dans le cas de la « Force K » de 1956, officiellement
commando armé par l'armée française pour combattre le FLN et en réalité cellule de collecte d'armes et d'espionnage
pour le compte de la wilaya III140. Deux années plus tard, les services spéciaux français ripostent en lançant dans le
maquis kabyle la fameuse « bleuite », vaste opération d'intoxication qui provoque des purges dévastatrices dans les
rangs de la wilaya III, sous les ordres du colonel Amirouche.
Cependant la mobilisation de la région résiste à la répression des populations civiles (destruction des ressources
agricoles, pillage, fouille et destruction de villages, déplacement de populations, création de zones interdites,
etc.)141 comme à l'ampleur des moyens militaires déployés, notamment en 1959lors de l'opération « Jumelles », dans
le cadre du plan Challe142. Après la mort d'Amirouche le 29 mars 1959 et sous l'impulsion de son successeurMohand
Oulhadj, la wilaya III se réorganise en éclatant ses grosses unités en formations plus petites et en rapatriant
les moussblines (agents de liaison avec la population) dans les maquis. Après le plan Challe, les femmes prennent
petit à petit un rôle accru : non soupçonnées par l'armée française, ce sont elles qui de plus en plus souvent assurent
le renseignement et le rôle de police dans les villages143. En 1961, l'ALN parvient à occuper plusieurs postes militaires
français144.
Depuis l'indépendance algérienne
Depuis l'indépendance, la Kabylie a été le cadre de plusieurs
mouvements de contestation du régime d'Alger. Dès 1963,
le FFS (Front des forces socialistes) emmené par Hocine Aït
Ahmed et Yaha Abdelhafid met en cause l'autorité du parti unique.
Entre 1963 et 1965, l'ANP (Armée nationale populaire) mène une
répression qui fait plus de quatre cents morts dans la région 145. En
avril 1980, émeutes et grèves éclatent à Tizi-Ouzou ; la Kabylie et les
universités algéroises connaissent plusieurs mois de manifestations
réclamant l'officialisation de la langue berbère : c'est le « Printemps
berbère ». D'autres affrontements ont lieu à Tizi-Ouzou et Alger

en 1984 et1985129. Accompagné en 1989 de la création d'un nouveau parti, le RCD (Rassemblement pour la culture et
la démocratie) de Saïd Sadi, le réveil culturel s'intensifie en réaction au durcissement de l'arabisation que connaît
l'Algérie dans les années 1990146. En 1994-1995, l'année scolaire fait l'objet d'un boycott appelé « grève du
cartable147 ».
En juin et juillet 1998, la région s'embrase à nouveau après l'assassinat du chanteur Lounès Matoub et à l'occasion de
l'entrée en vigueur d'une loi généralisant l'usage de la langue arabe dans tous les domaines148,149. En avril 2001, un
jeune lycéen est tué dans une gendarmerie ; il s'ensuit de graves émeutes qui accentuent la rupture avec les
autorités : c'est le « Printemps noir », au cours duquel l'intervention des services de l'État fait 123 morts et deux
milliers de blessés, dont certains mutilés à vie 150,151. La révolte amène le gouvernement à négocier avec le Mouvement
citoyen des Aarchs, mobilisé autour de la plateforme d'El Kseur. Ses revendications, qui portent avant tout sur des
mesures sociales et se veulent un remède au « mal algérien » dans sa globalité (justice sociale, économie, etc.), sont
jugées par le gouvernement régionalistes et menaçantes pour l'union et la cohésion du pays 152. Toutefois, en 2002, le
tamazight est reconnu en tant que langue nationale 153.
Alors que le FFS et le RCD, fortement implantés dans la région, se donnent toute l'Algérie pour cadre de leur action,
une revendication autonomiste, qui restait jusque-là le fait de quelques individualités, est aujourd'hui portée par
le Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie (MAK) que dirige Ferhat Mehenni. D'autres encore, comme le
Mouvement citoyen des Aarchs, demandent une reconnaissance réelle de l'identité berbère comme élément constitutif
de la pluralité culturelle dont bénéficie l'Algérie.

Population, économie et société
Démographie
Les sept wilayas qui englobent le périmètre Thenia - Sétif - Jijel totalisent une population d'environ six millions de
personnes155 dont, suivant les estimations, de trois à trois millions et demi de kabylophones 45. Selon le recensement de
2008, la wilaya de Tizi Ouzou compte plus d'1,1 million d'habitants, répartis en 67 communes156, alors que les 52
communes de la wilaya de Béjaïa rassemblent près d'un million d'habitants157. Le reste des populations kabylophones
de la région se répartit sur la moitié est de la wilaya de Boumerdès, la moitié nord de lawilaya de Bouira, le nord de
la wilaya de Bordj Bou Arreridj et le nord-ouest de la wilaya de Sétif.
La densité démographique reste élevée, atteignant jusqu'à 375 hab./km2 dans la wilaya de Tizi Ouzou. Toutefois
l'accroissement de la population est relativement faible par rapport à l'ensemble du pays, son taux n'étant que de
0,2 % dans la wilaya de Tizi Ouzou et de 0,6 % dans celle de Béjaïa154.
Peuplement
Les Kabyles contemporains font partie du vaste ensemble des héritiers des premiers Berbères, dont les origines ont
donné lieu à une multitude d'hypothèses. Les spécialistes restent partagés entre tenants d'un foyer initial moyenoriental ou africain ; les estimations de l'époque d'apparition du berbère en Afrique du Nord varient de 8 000 à 2 500
ans avant notre ère158. Les données archéologiques et linguistiques disponibles ne permettent pas de trancher mais
elles établissent suffisamment l'ancienneté et la continuité de la présence des Berbères dans leur espace actuel pour
qu'on puisse les qualifier d'autochtones159.
La question de l'origine des hautes densités montagnardes kabyles divise encore les historiens. Aux extrêmes
s'opposent la thèse d'un peuplement dense très ancien, antérieur à la présence romaine, et celle d'un afflux tardif,
consécutif à l'arrivée des Arabes160. Toutefois, un relatif consensus se dégage sur plusieurs points. Pour commencer,
une distinction semble s'imposer, pour l'ensemble de l'Afrique du Nord, entre un premier peuplement berbère, « paléomontagnard », caractérisé par la pratique des cultures en terrasses, s'étendant progressivement depuis les Aurès et
l'Atlas saharien jusqu'aux Hautes Plaines ; et un second, « néo-montagnard », ignorant la technique des terrasses et
propre aux massifs du Tell : c'est à cette seconde vague, plus tardive, que l'on rattache les premières populations de
Kabylie161.
La présence de populations dans l'ensemble de la région, dès l'époque romaine au moins, paraît également attestée,
le seul point encore en débat portant sur le peuplement du territoire relativement restreint, mais aussi le plus
densément peuplé, que constitue le massif de l'Agawa. Enfin, il est généralement admis que ce peuplement initial
s'est trouvé accru, à partir du Xe siècle, de l'apport de populations d'agriculteurs menacés par le processus de
pastoralisation des plaines puis, à partir du XIVe siècle surtout, par les prélèvements fiscaux du makhzen162. Les
traditions locales paraissent corroborer l'hypothèse d'une dualité historique du peuplement kabyle.

Situation linguistique
Les Kabyles font partie des Berbères (Imazighen). Leur langue,
le kabyle (taqbaylit), parlée par la grande majorité de la population 45,
est une variété du berbère (tamazight).
Si le territoire de Grande Kabylie compte peu d'habitants de langue
maternellearabe, Basse et Petite Kabylies ont été davantage
arabisées. En Basse Kabylie, l'arabisation remonte à la période
ottomane. À cette époque, des terrains de la région ont été concédés à
quelques familles d'origine turque ou arabe ainsi qu'à la tribu
des Iamriwen, constituée d'aventuriers et de proscrits des autres tribus kabyles 163. En même temps que la garde et
l'usage des terres de plaines, ils recevaient de leurs commanditaires un cheval avec la charge de tenir en respect les
populations avoisinantes. Leur contrôle s'est étendu jusqu'en Haute Kabylie, sur toute la moyenne vallée du Sebaou ;
là, comme dans les basses plaines, le makhzen s'est montré un puissant facteur d'arabisation. Toutefois, on a assisté
depuis à une rekabylisation partielle de ces territoires164.
En Petite Kabylie, le kabyle était encore majoritairement parlé au XIXe siècle jusqu'au-delà de l'oued El Kebir. Si Jijel et
ses environs étaient déjà arabisés, vers l'intérieur il n'y avait pas encore de rupture territoriale entre les parlers kabyle
et chaouïa. Aujourd'hui le Guergour est à moitié arabophone et le Ferdjioua, en totalité. À l'est, l'expression
de Kabyles el hadra a été créée pour désigner les montagnards arabisés du Nord-Constantinois 165.
En Grande Kabylie et dans la partie de la Petite Kabylie où le kabyle prévaut, il est la langue maternelle et quotidienne
de la presque totalité de la population45. Là où populations kabylophones et arabophones sont en contact, un
bilinguisme kabyle-arabe algérien est pratiqué de part et d'autre45. À Béjaïa et à Tizi Ouzou, où la population urbaine
traditionnelle était majoritairement arabophone, l'exode rural qui a suivi l'indépendance a généralisé la diffusion du
kabyle166. Quant à l'arabe littéral, son emploi est cantonné au système d'enseignement et aux administrations de l'État
central45. En pratique, c'est plutôt le français qui est employé pour les usages écrits ou savants et, de façon presque
exclusive, dans le commerce et la publicité167.
Économie
Jusque vers 1900, la base de l'économie régionale reste une arboriculture de montagne dont l'olivier et
le figuier constituent les deux piliers168. Les productions céréalières sont l'apanage des quelques propriétaires de
terres de fond de vallées mais, après la révolte de 1871, celles-ci sont confisquées au profit des colons. Quant à
l'élevage, principalement caprin, quelquefois ovin ou bovin, il est limité par l'exiguïté des sols disponibles pour les
pâturages168.
Avant la conquête française, l'une des principales sources de revenus extra-agricoles est constituée par l'artisanat et
en particulier la fabrication des armes, le travail du bois et letissage. La perte de l'indépendance entraîne la fermeture
des fabriques d'armes et la confiscation des forêts. Le tissage se maintient jusqu'à nos jours grâce à la demande
persistante de burnous et de couvertures de laine mais a largement perdu de son importance économique. Beaucoup
d'activités artisanales ont disparu et celles qui subsistent, comme la bijouterie, apparaissent très menacées168.
L'émigration est l'autre grande source de revenus complémentaires de la Kabylie précoloniale. Elle s'étend alors à
toute l'Algérie et à une partie de la Tunisie, tout en conservant très généralement un caractère temporaire. À la suite
de la colonisation, qui en élargit le champ à la métropole française, elle devient un phénomène massif. En 1948, pour
une famille kabyle moyenne qui tire de ses terres un revenu annuel de 50 000 francs169, l'émigré, qui rapporte en
moyenne 100 000 francs par an, représente souvent un complément de revenu indispensable 170.
Les équipements de base des villages comme les routes secondaires, les écoles, les bibliothèques, la rénovation des
puits, l'entretien des moyens d'irrigation et les mosquées ont souvent été financés avec les revenus de l'émigration.
Dans les pays d'accueil, les immigrés reconstituaient les assemblées de village (tajmaat) pour décider des projets
pouvant bénéficier à la population. Cette dynamique explique que les villages kabyles aient su résister dans une
certaine mesure à l'émigration massive de leurs habitants171. L'aide de ladiaspora constitue toujours un facteur de
dynamisme. En même temps, les fonds ainsi apportés, collectés et gérés par les assemblées villageoises accentuent
l'autonomie des villages kabyles172.
Le secteur agroalimentaire a connu un certain développement dans la région, avec la constitution d'une multitude
d'unités de production de produits laitiers et de glaces, mais aussi l'implantation d'usines de grands groupes
comme Cevital ou la société d'eaux minérales Ifri. L'agriculture de montagne laisse peu à peu la place à une industrie

manufacturière locale (électroménager avec la société Sonalec) cependant plutôt axée vers les Hauts Plateaux. Par
ailleurs, la Kabylie fournit une grande partie de l'eau potable aux régions fortement urbanisées qui la bordent à l'est et
à l'ouest173.
Le tourisme est une autre activité pour laquelle la région, parfois surnommée la « petite Suisse »174, bénéficie d'atouts.
Dans la wilaya de Béjaïa, le groupe Cevital a obtenu en2008 une assiette foncière de 26 hectares à l'intérieur de la
zone d’expansion touristique (ZET) d’Agrioun, à Souk El Ténine (une station balnéaire située à une trentaine de
kilomètres à l’est du chef-lieu de wilaya) pour l’implantation d’un complexe touristique moderne 175.
Pourtant les limites du développement régional se traduisent par un chômage endémique important, qui frappe en
particulier la jeunesse. En 2006, le nombre de chômeurs se monte officiellement à 25,6 % de la population active
dans la wilaya de Tizi Ouzou176.
Situation religieuse
La religion majoritaire est l'islam sunnite. La région lui a fourni jusqu'à nos
jours des représentants éminents, comme Abderrahmane Chibane, qui a été
président des oulémas algériens177. Les musulmans suivent en Kabylie la
doctrine malékite, comme dans la plus grande partie de l'Algérie. Leur pratique
religieuse présente toutefois plusieurs particularités. Ainsi la fête de
l'achoura (taachourt) se voit donner une importance spéciale, qui renvoie peutêtre au chiisme des Fatimides91. Le mouvement des marabouts et celui
des zaouïasont aussi imprimé leur marque. Comme l'a écrit Mouloud
Mammeri :
« Aux Almoravides, le maraboutisme doit son nom et en partie la vocation […] La baraka du marabout est un pouvoir
surnaturel, il a opéré des miracles et pour cela, il est le lieu à la fois de tous les espoirs et de toutes les craintes 178. »
Aujourd'hui, l'influence des marabouts subsiste dans l'attraction que continuent d'exercer certains mausolées, à la fois
lieux de visite, de mémoire populaire et de pèlerinage local. Celui de Cheikh Amokrane à Aït Zelal draine ainsi les
foules pendant les fêtes de taachourt et du mouloud179.
Se rencontrent aussi des minorités chrétiennes, catholiques ou protestantes de diverses
confessions : anglicans, baptistes et plus récemment évangéliques180. Les juifs, qui ont presque tous quitté le pays à
l'issue de la guerre d'Algérie, avaient vécu dans les wilayas de Sétif et de Béjaia. Dans la ville de Béjaia, on trouve le
quartier juif Karamane : on y trouve encore l'ancienne synagogue181.
Venant après les traductions de la Société biblique britannique, une édition d'émanation catholique des quatre
évangiles en kabyle a été publiée de 1987 à 1991182. Des travaux entrepris pour la traduction du Coran et la rédaction
d'un lexique religieux en kabyle ont abouti à une parution en 1998 183.
Sport
Parmi les équipes de football de la région, la Jeunesse sportive de
Kabylie (JSK) se distingue nettement par la richesse de son palmarès. C'est
aujourd'hui la première équipe d'Algérie par le nombre de coupes
gagnées184. Le club, qui n'a jamais connu la relégation depuis son accession
en première division en 1969, remporte son premier championnat d'Algérie
quatre ans seulement après celle-ci, en 1973. Il conserve son titre la saison
suivante ; 12 autres suivent, le dernier en 2008. La JSK a également
remporté cinq coupes et une supercoupe d'Algérie. Lors de la première, en
1977, les « jaune-et-vert » gagnent également le championnat d'Algérie : le
club réalise ainsi son premier doublé coupe-championnat, exploit qu'il réédite en 1986.
Les « vert-et-jaune » s'imposent aussi sur le plan continental en remportant deux coupes des clubs champions, en
1981 et 1990, ainsi que la coupe des coupes en 1995. La JSK a également gagné trois coupes de la CAF d'affilée, en
2000, 2001 et 2002. Depuis 2010, le club a le statut de professionnel à la suite d'une réforme du championnat.
L'autre grand club de football de la région est la JSM Béjaïa. Son ascension en première division a fait naître le derby
kabyle185.

La Kabylie est aussi un fief du volley-ball algérien, notamment à Béjaïa, considérée comme le pôle national de la
discipline. Les joueuses de l'équipe d'Algérie de volley-ball féminin, qui ont remporté la coupe d'Afrique des nations,
sont majoritairement issues des clubs de Béjaïa, qui dominent dans les compétitions nationales 186.

Architecture et habitat traditionnels
Taddart (le village)
Taddart, le village kabyle, est généralement placé sur une crête (tawrirt) ou un
plateau élevé (agwni), emplacement dont souvent son nom rend compte
(exemple : Tawrirt Mimoun). Il est composé d’un ensemble de ruelles et de
maisons, d'une fontaine, d'une mosquée et du lieu d'assemblée, tajmaat. Les
maisons sont étroitement regroupées de façon à ce que leur ensemble, vu de
l'extérieur, forme un bloc unique. En élévation, elles paraissent se chevaucher,
chaque pignon dépassant le pignon voisin en montant vers le sommet.
Pressées les unes à la suite des autres au long des lignes du relief, elles
forment de véritables agglomérations descendant rarement en dessous de cinq
cents habitants. Cette répartition dense est sensiblement identique à celle des casbahs187.
Ce type de village répondait notamment, avant l'apparition de l'artillerie, à des préoccupations défensives 187. À partir
du XXe siècle et surtout de la guerre d'Algérie, le déclin de l'agriculture et l'exode rural le mettent progressivement en
concurrence avec les villes qui offrent toutes les commodités 188. Simultanément son architecture se trouve
sérieusement menacée par l'introduction du béton189.
Axxam (la maison)
La maison kabyle, dite axxam, est une construction traditionnelle de montagne,
plus ou moins décorée et ornée selon l'importance sociale et la richesse du
propriétaire, de sa famille ou de sa tribu190. Il y a deux grands types de maison, à
tuile et à terrasse, certaines constructions mêlant les deux structures. Les
fondations sont des tranchées comblées avec de grosses pierres (adrar) et du
mortier d'argile. Pour les murs, deux techniques sont principalement employées,
le mur de pisé avec un coffrage en bois (tabbadit) et le mur de pierre (taghaladt).
La charpente est faite de poutres (isulas), la poutre centrale (asulas alemmas)
étant souvent la plus importante. Les poutres reposent sur les murs et parfois
sur des piliers de bois (tikjda). La toiture est faite de roseaux (ighunam) ou de branches d'olivier (tachita n tazemmurt)
et de tuiles d'argile (karmoud)191. Souvent, plusieurs maisons sont regroupées autour d'une cour centrale
appeléeoufrag.
Les fonctions économiques de la maison sont réparties en trois espaces distincts : addaynin pour le
bétail, takanna pour les provisions et takaat, dans lequel est disposé le métier à tisser187. Le travail intérieur
concernant le sol et les murs revient aux femmes. Les murs sont crépis à l’aide d’un enduit composé d’argile
schisteuse passée au tamis, à laquelle on ajoute de la bouse de vache et de la paille fine pour éviter les fissures. Les
fresques murales ont recours à des symboles variés, aux significations multiples. La décoration extérieure concerne
les portes, sur les battants desquels le menuisier incise au moyen d’une pointe de fer des motifs faits de lignes
droites, de points, de petits cercles, de rosaces et de croix qui forment des compositions d’ensemble 192.
Ouvrages civils et religieux
La région possède un patrimoine civil encore vivant. C'est le cas par exemple
des salinestraditionnelles (tamellaht), comme celles que l'on peut rencontrer
dans les Bibans : elles sont constituées de bassins d'argile de couleur ocre
dans lesquels l'eau, issue d'une source naturellement salée, s'évapore
lentement193.
Le patrimoine religieux de Kabylie est riche d'une multitude de mausolées
(taqubet, littéralement « le tombeau »). D'architecture généralement assez
simple, ce sont des lieux de mystique et de mémoire. Parmi les plus célèbres
figurent ceux de Yemma Gouraya et de Mohand Ou Lhocine. Certains
recoivent toujours un grand nombre de visites194. Un des plus connus et des

plus ornés est celui de Cheikh Amokrane, à Aït Zelal, auquel Cheikh El Hasnaoui a consacré une chanson179. Cheikh
Aheddad, héros de la révolte des Mokrani, possède aussi le sien dans son village de Seddouk Oufella 195.
Une caractéristique de la région est la densité du réseau de ses zaouïas, qui
ont historiquement joué le rôle de « Mecque des Kabyles » : en plus d'un
savoir religieux, elles enseignaient les règles sociales du pays. Leurs élèves
venaient de toute l'Algérie, y compris des grandes villes et du Sahara.
Cependant elles ont connu au cours du XXe siècle un net déclin de leur
influence196. Parmi les plus connues figurent celles de Sidi Saïd à Akbou, de
Sidi Mansour El Djennadi, fondée en 1635 à Fréha, de Sidi Mhand Oumalek,
de Tassaft, etc. Pour la seule wilaya de Tizi Ouzou on compte
encore 21 zaouïas en activité, où étudient 500 talebs. Elles possèdent
toujours un important patrimoine mobilier, architectural et agricole 197.
Les mosquées de Kabylie connaissent une grande variété de styles. Entourée de vestiges puniques et romains,
la jamaa El Kevir du vieil Azeffoun a pour minaret une antique tour de garde construite sous l'empereur Auguste ;
deux colonnes romaines supportent le toit de sa salle de prière 189. Ses pierres massives contrastent avec les
mosaïques mauresques de la jamaa Sidi Soufi de Béjaïa. Dans cette même ville, les murs de la mosquée de
la casbah, en attente d'un programme de restauration, conservent la mémoire des cours qu'y a donnés Ibn
Khaldoun198. Béjaïa possède aussi une ancienne synagogue, trace d'une présence juive citadine181, au dôme
multicolore199.
Ouvrages militaires
La forme de structure défensive la plus ancienne et la plus répandue est l'organisation des villages kabyles et leur
situation sur des points stratégiques, tirant parti du relief de la région 187. Cependant au cours de l'histoire, les dynasties
musulmanes locales, soucieuses de protéger le siège de leur pouvoir, ont doté leurs capitales respectives de
citadelles et de murailles : en témoignent celles élevées successivement par les Hammadides à la Kalâa des Béni
Hammad et à Béjaïa.
La casbah de Béjaïa, bâtie en 106798 et située au cœur de la cité historique,
s'étend sur 160 mètres du nord au sud et occupe une surface de 20 000 m2,
enceinte d'un mur de 13 mètres de hauteur198. La ville conserve également une
partie de ses murailles d'époque hammadide, notamment Bab el Bahr, la
« porte de la Mer », qui servait d'arc de triomphe198,200. Les Espagnols, qui l'ont
occupée entre1510 et 1555, y ont laissé des édifices comme le Borj Moussa,
construit en pleine ville à partir d'un palais hammadide, devenu musée
d'antiquités tout en ayant gardé son aspect massif et ses meurtrières ; ou
le Borj Yemma Gouraya, bâti à 670 mètres d'altitude autour d'un ancien poste
d'observation, qui surplombe Béjaïa et son golfe. L'architecture actuelle du fort est due aux militaires français qui à
leur arrivée dans la région en ont remanié les structures en fonction de leurs besoins, comme ils l'ont fait pour d'autres
ouvrages militaires201. Ayant d'abord été le lieu du tombeau de la sainte patronne de la ville, Yemma Gouraya, il reste
un but de pèlerinage pour les populations locales qui font l'ascension de la montagne pour visiter les lieux 198.
La Kalâa des Aït Abbas, bâtie en 1510 au cœur de la chaine des Bibans, est l'ancienne capitale fortifiée du royaume
des Aït Abbas. Elle reprend l'architecture des villages kabyles, très agrandie et complétée de fortifications, de postes
d'artillerie et de guet, de casernes, d'armureries et d'écuries pour les unités de cavalerie 202. Une grande partie de ces
structures, bombardée durant la guerre d'Algérie, est aujourd'hui dans un état délabré. Mais le site garde des joyaux
comme sa mosquée d'architecture berbèro-andalouse194.
La Grande Kabylie également est parsemée de nombreux forts, comme le Borj Boghni et le Borj Tizi Ouzou, qui ont
été édifiés à partir du XVIe siècle par la régence d'Alger pour encercler et contrôler la région et faire rentrer l'impôt.
D'architecture simple, ils ont souvent été enlevés par les tribus locales soucieuses de garder leur autonomie 203.
À Bordj Bou Arreridj, le Borj Mokrani, bâti sous Hassan Pacha, a été pris par les Mokranis à plusieurs reprises au
cours du XVIIIe siècle, ce qui lui vaut son nom actuel204

Artisanat

Les Kabyles ont perpétué un artisanat ancestral, source d'un revenu
complémentaire longtemps important et aussi moyen d'expression d’un
« peuple artiste »205. Cette production entrait dans un système d'échange
économique et culturel où chaque région ou tribu de Kabylie avait sa
spécialité. Les villages avaient chacun leur jour de marché, qui donnait
l'occasion aux artisans locaux d'exposer leurs créations206. De nos jours ces
marchés traditionnels ont fait place aux foires organisées dans les principaux
centres de production artisanale : « fête de la poterie » de Maatkas207, « fête
du bijou » desAït Yenni208, « festival du tapis » des Aït Hichem209, etc.
Cependant, comme dans le reste de l'Afrique du Nord et à la suite du déclin de la société traditionnelle dont il était
l'expression, l'artisanat est aujourd'hui menacé.
Tissage et broderie
La broderie, pratiquée exclusivement par les femmes, est principalement
utilisée dans la confection des habits traditionnels portés à l'occasion des
fêtes, en particulier des mariages. Elle fait vivre encore de nos jours un nombre
important de familles.
Le tissage utilise comme matière première la laine du mouton, ou plus
rarement celle du dromadaire. Il sert à réaliser de nombreux objets qui ont une
grande importance sociale, comme les burnous (ibidhiyen)210, les tapis, les
couvertures, les takchabit ou les takendourt, pour la production desquels
l'activité se maintient bien qu'elle soit menacée jusque dans la transmission du
savoir-faire.
Les tapis de Kabylie sont faits de laine et confectionnés par les femmes. Ils sont destinés à un usage domestique, sur
le sol ou les murs, ou religieux, pour la prière. Bien que menacé, l'art du tapis se conserve dans quelques villages de
Grande Kabylie.
À l'image de l'ensemble de l'artisanat kabyle, le tissage emploie une variété importante de couleurs et des motifs
géométriques qui remontent à un passé très ancien. On note par ailleurs une très forte ressemblance entre les
productions de Kabylie et de la vallée duMzab, autre région berbérophone. D'une manière générale, le
tapis amazigh est très coloré et constitue un objet de décoration très demandé 21
Poterie
La poterie kabyle (ideqqi) révèle un ancrage africain en même temps que des relations très anciennes
avec l'art méditerranéen dont elle s'est enrichie (formes arrondies et moulées, décors peints).
Faits d'argile de différentes couleurs selon les gisements, les objets créés s'illustrent par la pureté de
leurs formes et la simplicité de leur décor mais aussi par la complexité des motifs et des techniques
employés. Les signes et les symboles utilisés pour la décoration remonteraient au Néolithique212. Le
répertoire des coloris issus notamment de l'oxyde ferro-manganique, du kaolin et de la résine de pin est
également très ancien213.
Au contraire de la fabrication des tuiles, effectuée par les hommes, l'essentiel de la poterie à
usage domestique est un travail réservé aux femmes.
Son utilité est aussi religieuse : les familles s'en servent pour orner mosquées et mausolées des
saints soufis et des marabouts. C'est en particulier la fonction du mesbah, un chandelier utilisé
aussi lors des festivités (mariages notamment), qui peut évoquer le "ménorah" des Hébreux (la
lumière symbolisant Dieu)[réf. nécessaire].
La poterie tient un rôle important dans les fêtes, par exemple pour la cérémonie du henné, mais
également dans la vie quotidienne, avec les jouets pour enfants qui sont des figurines
représentant des animaux212.
Travail du bois
Le travail du bois (takhdimt n'wasghar) intervient dans la fabrication d'objets tels que les coffres
(sendouk), les portes (tigourra), les tables et, de façon aujourd'hui marginale, les armes. Les essences utilisées vont
du pin d'Alep au chêne-liège en passant par le cèdre. Les ouvrages sont souvent ornés de motifs géométriques
(pointes, rosaces...). Historiquement le sendouk est le meuble caractéristique de la région située à l'est de

la Soummam, chez les Aït Abbas, les Aït Ourtilane et dans le Guergour. Actuellement les productions traditionnelles
disparaissent au profit de la réalisation de coffrets, d'objets-souvenirs 214 et de petits articles comme les ustensiles de
cuisine, par exemple les cuillères et les tabaqit (une sorte de djefna). Le centre principal de cette activité est le village
de Djemâa Saharidj en Grande Kabylie, également connu pour sa production de vannerie9.
Bijoux
Les bijoux de Kabylie sont très connus au Maghreb pour leurs couleurs vives
et leur raffinement. Constitués d'argent, ils sont ornés decoraux récoltés en
Méditerranée et parfois d'émaux215. Typiquement berbère, leur art s'est enrichi
des apports des Andalous qui ont fui l'Espagne lors de la Reconquista. Il y a
plusieurs sortes de bijoux qui correspondent à des usages particuliers :
broches de front ou de poitrine (tavrucht) et fibules (tabzimt), qui retenaient les
robes en divers points, ceintures (tahzamt), colliers (azrar), bracelets (azevg),
bagues (tikhutam) et boucles d'oreilles (talukin). Les orfèvres kabyles les plus
illustres sont les Aït Yenni de Grande Kabylie. Il existe enPetite Kabylie un
type de bijou forgé semblable à ceux des Aurès216.
Signes et symboles
Activité économique, l'artisanat est aussi l'un des modes d'expression de la
culture traditionnelle. À travers ses différentes formes se retrouve un ensemble
de signes et de symboles également employés dans la décoration murale des
maisons et dans les tatouages. Ce répertoire graphique remarquablement
stable est constitutif d'une « écriture spécifiquement féminine », à signification
ésotérique magique217, et qui est peut-être la survivance d'une « écriture-mère »
elle-même « à la source des écritures alphabétiques méditerranéennes, de
l'Ibérie au Moyen-Orient218 ».

Patrimoine culturel
La culture kabyle appartient à l'ensemble culturel berbère, comme celles des Chaouis, des Touaregs, des Chenouis,
des Mozabites, ainsi que des autres berbérophones d'Afrique du Nord. De par l'histoire et la proximité, elle a
considérablement influencé la culture urbaine des villes d'Algérie, comme Alger ou Constantine219. Mais elle est par
nature variée et diverse, comme l'a écrit Mouloud Mammeri :
« Chaque village est un monde. Un sol bourré de valeurs, de traditions, de saint lieux, [...] d’honneur ombrageux, de
folles légendes et de dures réalités220. »
Vie paysanne et environnement
Les rapports entretenus par les populations de Kabylie avec leur environnement
montagnard se sont traduits par un savoir-faire local agricole, un art de vivre et
des rites dont la transmission est remise en cause de nos jours par l'exode
rural221. Deux arbres sont emblématiques de la région tant au niveau
économique que culturel : l'olivier et le figuier. La cueillette des olives constitue
encore dans beaucoup de villages kabyles à la fois un rite et un moment de fête
où se manifeste la tradition de solidarité appelée tiwizi222. Souvent ces coutumes
prennent la forme d'une véritable fête de l'olivier223.
L'olivier est surtout cultivé pour la production de l'huile d'olive (zzit uzemmur),
réputée l'une des meilleures du bassin méditerranéen222. Avec une production annuelle de près de 17 millions de litres,
soit un tiers de la production nationale, la wilaya de Béjaïa est leader dans la production d’huile d’olive, Béjaïa, Tizi
Ouzou, Bouira et Jijel représentant ensemble 80 % de la production nationale224. Il existe différentes variétés, parmi
lesquelles celle de Tablazt, médaillée à l'exposition universelle de Bruxelles en 1910, celle d'Illoula, de couleur verte
jade, ou encore celle, rose et orangée, de Seddouk222. L'huile était très utilisée dans la médecine traditionnelle,
alimentait les lampes et constituait un ingrédient important dans la confection du savon noir (combinée à la cendre du
laurier rose) ou d'autres produits de beauté comme le khôl (tazoult)225,226. Le bois de l'olivier s'emploie comme bois de
chauffe pour surmonter les hivers rigoureux et enneigés tandis que le feuillage et les fruits de mauvaise qualité (tout
comme ceux des autres cultures) servent à l'alimentation du bétail.

De nos jours, l'olivier constitue encore une source de revenus importante pour beaucoup de familles en hiver,
le figuier prenant le relais l'été. Le figuier se décline en plusieurs variétés locales ; la figue, son fruit, se consomme
fraîche ou sous une forme séchée appelée tazart (la plus célèbre est celle de Beni Maouche : il aura suffi d’une
participation, en1986, à la foire de Cherbourg pour que la figue de la région obtienne la reconnaissance des
spécialistes et remporte le premier prix au concours organisé lors de la foire [réf. nécessaire]), toutes deux accompagnées
d'huile d'olive. La figue de barbarie est également présente en Kabylie 227.
À côté de ces deux arbres emblématiques de la région, les cultures céréalières sont importantes par la place qu'elles
tiennent dans la gastronomie locale. C'est principalement le cas du blé et de l'orge qui entrent dans la confection
du couscous et d'une variante locale spécifique228, le seksou s'timzin, un plat d'orge préparé à l'occasion de festivités.
Le blé et l'orge sont moulus dans des meules domestiques (tassirt) afin d'en dégager la semoule et la farine
nécessaires.
Les cultures maraîchères bénéficient de la pluviométrie et des abondantes ressources en eau de la région et dans
pratiquement chaque village existent des vergers de montagne. On y cultive la grenade, le raisin, l'amande et dans la
vallée de la Soummam, l'orange et le citron. Il subsiste encore un savoir-faire pour la confection des colliers en perles
de lait d'amande (azrar n skhav)229. La variété de la patisserie locale permet de valoriser des produits comme le zeste
de citron et l'eau de fleur d'oranger. La population pratique également la cueillette de plantes aromatiques comme
le laurier-rose, qui pousse dans le lit des rivières et évoque dans la poésie kabyle l'amertume 230.
La région est aussi, au niveau de l'Afrique du Nord, un centre majeur pour l'élevage et la production laitière. L'emploi
des feuilles de figuier et des brindilles d'olivier pour l'alimentation des troupeaux permet de préserver les ressources
fourragères231. À chaque pratique agricole correspond une saison dans le calendrier amazigh, où le jour de Yennayer,
le « nouvel an berbère » fêté le 12 janvier, marque le début d'un nouveau cycle de travaux232.
Cuisine
La cuisine kabyle emploie comme céréales de base le blé ou l’orge233, utilisés notamment pour le couscous qui se
définit d'abord comme un plat de semoule roulée (le termekabyle seksu renvoie à imkeskes, « bien roulé »,
« arrondi »)234. Le couscous d’orge (seksou s'timzin), à la viande et avec une sauce de légumes, ou encore l'amakfoul,
le « couscous printanier » aux légumes (petits pois, fèves, carottes), sont des spécialités de la région. Le couscous
peut aussi se servir avec du lait caillé (ighi).
Les céréales sont aussi utilisées pour faire le pain (aghrum), galette de semoule ou amatlou plus épais. La semoule
est employée dans certaines spécialités locales comme letahboult (omelette en sauce) ou le tiqourbabine (boules de
semoule parfumées épicées aux légumes et à la viande), deux plats préparés pour l'Aïd ou Taachourt235.
La cuisine kabyle utilise beaucoup une poudre de piment rouge appelée ifelfel azgwagh, qui sert à relever le goût des
plats. Ainsi le couscous se fait avec une sauce d'accompagnement rouge et pimentée, tandis que
la chorba s'accompagne de blé vert concassé (frik) et de menthe. Les légumes peuvent être cuits puis écrasés pour
donner leahmiss, une salade de poivron et de tomate à l'huile d'olive, ou bien la chakchouka, avec des oignons
notamment. L'olive occupe aussi un grand rôle, pour son huile dont chaque maison kabyle conserve avec soin son
propre stock236, mais aussi entière dans des plats comme le tajine au poulet.
La cuisine kabyle varie d’une localité à l’autre, selon les cultures pratiquées et les influences extérieures. Par
exemple, dans les localités côtières, le poisson est couramment consommé et utilisé dans les plats comme le
couscous d'orge au poisson de Jijel (seksou sel slem), qui nécessite des espèces bien charnus comme le mérou,
la bonite ou lerouget de roche237.
La consommation de fruits est importante, qu'il s'agisse des figues fraîches, des figues de Barbarie, des raisins,
des grenades, des mûres ou, dans la vallée de la Soummam, desoranges. Excepté dans les pâtisseries où les
agrumes comme le citron ou l'orange sont utilisés pour leur zeste, les fruits sont assez peu cuisinés et consommés le
plus souvent frais ou séché, comme la figue ou le raisin 238. Les figues séchées (tazart) sont consommées en
accompagnement des plats principaux (couscous, chorba) ou bien seules avec de l'huile d'olive, comme petit
déjeuner.
La pâtisserie traditionnelle kabyle est elle aussi assez variée. Ouverte aux influences du reste du pays, elle est
traditionnellement réservée aux grandes occasions. Une des préparations les plus courantes est sfenj, le beignet
local. Le tahboult est consommé en guise de dessert, avec du miel et de l'arôme de fleur d'oranger. Une des
pâtisseries les plus connues est le makrout, en forme de losange plat. Diverses pâtisseries aux amandes et à la
semoule accompagnent le café ou le thé à la menthe239.

Musique
La musique kabyle traditionnelle est l'achwiq. On retrouve son influence dans le chaâbi algérien, forme populaire de
la musique arabo-andalouse, dont quelques-uns des meilleurs interprètes sont originaires de Kabylie. C'est le cas
de Hadj M'hamed El Anka et d'Abdelkader Chaou, qui ont interprété dans le registre andalou des textes en kabyle.
D'autres chansons, comme Yal Menfi de Akli Yahyaten, sont des reprises en arabe algérien de chants kabyles
anciens240.
La région possède des troupes de musiciens traditionnels appelés idheballen, qui se produisent à l'occasion des fêtes
de mariage ou pour Yennayer. Il y a deux écoles d'idheballen, celle des Igawawen qui correspond à la Grande Kabylie
et celle des Aït Abbas en Petite Kabylie. Ils utilisent plusieurs instruments locaux 241 :


Abendayer : instrument à mi-chemin entre le tambourin et la caisse claire, il ne comporte qu'une seule face de
percussion. Il est composé d'un cadre circulaire en bois sur lequel est tendue une peau de chèvre.



Lghidha : constitué d'un tube cylindrique de 30 à 50 cm de longueur, en bois tendre (abricotier, jujubier ou
noyer) percé de sept orifices, cet instrument se joue en souffle ininterrompu, ce qui demande au musicien une
grande maîtrise et un effort important.



T'bel : instrument à percussion à baguettes, gros tambour à double membrane.



Thizemmarine : double trompette confectionnée à partir de deux roseaux accouplés et attachés, elle émet un
son analogue à celui de la cornemuse. Elle est percée de quatre ou parfois cinq trous disposés en paires. Les
tuyaux constituant le corps de l'instrument sont prolongés par deux cornes de bœuf ou de gazelle qui amplifient le
son. C'est un instrument utilisé en Grande Kabylie.



Ajouak (flûte) : instrument par excellence de la musique de la solitude, il était généralement utilisé par les
bergers.

Littérature orale
Essentiellement orale encore, la littérature kabyle est principalement représentée par deux genres : la poésie et
le conte242. L'un et l'autre se transmettent dans un registre de langue sensiblement différent de celui employé dans la
vie quotidienne. C'est à la foi un mélange d'archaïsme et d'expressions anciennes, mais aussi de modernité, ce qui lui
donne un cachet littéraire sans constituer un obstacle à sa compréhension par tous les Kabyles243. Plus consciente et
parfois engagée, la poésie semble avoir pris le pas sur le conte qui n'a pas encore débouché sur la prose artistique 242.
La poésie kabyle traditionnelle relève de la tradition orale berbère et africaine. On y distingue plusieurs genres.
Le poème épique est dit taqsit (histoire, geste), le poème lyriqueasfrou (élucidation) et la pièce légère, parfois
chantée, izli (courant d'eau). Cependant le mot asfrou tend de plus en plus à désigner le poème sans distinction de
genre et, au plurielisfra, la poésie en général. Cette évolution rejoint l'usage que les poètes épiques faisaient déjà du
même mot dans leurs exordes, qui débutent parfois par ce vers : « A yikhf iou refd asfrou » (« Ô ma tête, fais jaillir un
poème »). Par ailleurs, le verbe sfrou (élucider, percer l'inconnu), employé sans complément, a le sens exclusif de dire
ou réciter des vers, de la poésie, quel qu'en soit le genre 243. Le poète kabyle traditionnel le plus célèbre est Si Muhand
U M’hand, qui vécut au XIXe siècle.
Le conte démarre toujours par la formule « Machaho ! Tellem Chao ! »244. Les histoires les plus célèbres sont celles
de Mohand Ucen (Mohand le chacal) et de Djeha, personnage rusé propre à l'imaginaire nord-africain 245. Le conte
kabyle a fait l'objet de nombreux travaux d'étude et de synthèse comme ceux de Mouloud Mammeri et de Camille
Lacoste-Dujardinnote 17.
La tradition orale kabyle renferme aussi de nombreux proverbes (inzan). On peut également y intégrer les nombreux
chants interprétés par les femmes : ils sont exécutés, accompagnés du bendir, pour les grandes occasions et
particulièrement pour les mariages, lors de la cérémonie de l'ourar et du henné246.
Institutions et évènements culturels
La ville de Béjaïa possède le musée du Borj Moussa, aménagé dans un
ancien fort espagnol et où sont présentés des vestiges
préhistoriques, romains et de l'époque hafside. Il abrite également une
collection d'oiseaux et d'insectes de toute l'Afrique. Sa collection de peintures
inclut des toiles d'Émile Aubry et de peintres algériens comme Tabekouch et
Farès247. Le musée de Sétif est dédié pour sa part aux antiquités des périodes
romaine, numide et islamique. Il présente une collection de monnaies en

bronze d'époque numide, mais aussi islamique et ottomane. Une salle est dédiée aux mosaïques romaines, une autre
à la calligraphie arabe248.
La maison de la culture de Tizi Ouzou, inaugurée en 1975, est la première du genre en Algérie. Sa mission est la
promotion de la musique, du cinéma et du théâtre local. C'est aussi un lieu de mise en valeur de la culture berbère
traditionnelle, avec notamment des expositions dédiées aux arts populaires 249. La maison de la culture de Béjaïa
possède des ateliers culturels de formation, un café-théâtre, un café littéraire et un café-cinéma 250.
Les institutions culturelles sont ouvertes sur les cultures des autres régions d'Algérie et de toute l'Afrique. Ainsi tous
les ans se tient en juillet à Tizi Ouzou le « Festival arabo-africain des danses folkloriques », dédié aux danses
traditionnelles du continent, avec la participation de délégations de tous les pays africains. Les manifestations ont lieu
dans la rue et animent la ville et ses environs durant plusieurs jours, au rythme des derboukas et des djembés251.
Les villages aussi organisent leurs festivals et fêtes traditionnelles : à Lemcella se tient chaque été une « fête de la
figue » axée sur la culture millénaire de ce fruit et sur l'écologie227 ; en hiver se déroule dans divers villages de la
région une « fête de l'olivier » qui est l'occasion pour les agriculteurs de proposer à la vente les produits du terroir
local comme l'huile d'olive et d'améliorer ainsi leurs revenus223. L'artisanat kabyle a chaque été sa « fête de la
poterie », à Mâatkas, où sont exposées des créations de toute l'Algérie 252. En juillet, la « fête du bijou » des Aït Yenni
permet aux orfèvres de la région de présenter le résultat de leurs savoir-faire jalousement gardés et de vendre leurs
plus belles pièces208. Le « festival du tapis » d'Aït Hichem, où des artisans des Aurès et du Mzab exposent leurs
créations à côté de celles de Kabylie, est aussi l'occasion d'un concours destiné à récompenser la meilleure
tisseuse209.

Informations légales:

Les contenus des articles de ce livre sont les propriétés de leurs auteurs respectifs si vous
souhaitez les retirer, envoyez une simple demande par email à yani77000@gmail.com

« Un peuple qui ne connaît pas son passé, ses origines et
sa culture ressemble à un arbre sans racines. »


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