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xp Spirale interieur-v3.3

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belle robe », ou « parce qu’elle n’en avait pas le temps et qu’elle devait sortir… » L’incompréhensible de la réponse masquant mal chez Shéhérazade la
souffrance du rejet explicite, même si (ou justement parce que) totalement
inconscient à cette mère adoptante et « opératoirement » extraordinairement attentive à tous les besoins de ses filles. Souffrance du rejet, avec une
coloration d’abandon répété pour elle, et une image d’elle-même comme
jamais investissable par quiconque.
Shéhérazade a eu une adolescence difficile et conflictuelle, on l’imagine. Puis, grandissant, elle a multiplié les aventures de séduction, rarement
satisfaisantes, mais répétées comme pour restaurer une image d’elle toujours évanescente et tellement fragile narcissiquement : au moins un instant, la réassurance de la captation du désir de l’autre vers elle lui servait
de béquille de sécurité. Au cours de ces années adolescentes, on doit noter
une assez longue et chaotique relation sexuelle (je n’ose pas dire amoureuse tant cette aventure ne se résume qu’à la scène sexuelle et à la manipulation de l’un comme de l’autre comme seuls objets sexuels)… Et évoquer
subrepticement, dans son devenir adulte, un parcours professionnel à la fois
passionné et assez satisfaisant, dans des métiers du soin et disons de la
relation d’aide, avec toutefois des conduites d’échecs répétés du côté des
examens et des validations habituelles. Shéhérazade a une intelligence
vive, elle est débrouillarde et passionnée : elle arrivera à faire son métier
sans diplôme !
Elle a, au moment où je la rencontre, bien stabilisé ses symptômes et
sa souffrance ; elle a organisé une relation à peu près satisfaisante et
durable avec un monsieur qu’elle a épousé et dont elle vient d’avoir son
premier bébé : un garçon ! Mais elle souhaite – je cite : « mieux avancer
dans les impasses les plus fermées de son histoire personnelle » et « enfin
se reconnaître elle-même ».

Dans son début de travail psychothérapique, Shéhérazade évoque
son parcours et amène beaucoup de
rêves, qu’elle fait abondamment
depuis qu’elle vient me voir. Un des
rêves les plus significatifs (les plus
insistants et douloureux) figure une
scène virtuelle mais extrêmement
précise dans les détails : celle de son
abandon à la maternité par sa mère
biologique… Et Shéhérazade de voir
(dans ce rêve répété) sa mère de dos,
quittant seule, désespérément seule,
la maternité avec un petit panier (un
couffin ?) vide, et portant dans sa
posture et sa démarche le poids
mélancolique du vide, de la souffrance, de l’abandon et de la perte…
Elle détaille beaucoup d’éléments de
posture, d’habillage, d’environnement, mais ne peut jamais capter
son visage. Elle ne peut pas plus
s’imaginer « elle », bébé esseulé de
l’autre côté de l’image de la mère et
du champ exploré par le rêve. Toute
figuration de soi s’efface ou se noircit de la tristesse et de la contrainte
à abandonner de cette mère biolo-

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J’ai mal à mon corps d’enfant !