Pm.Réf.Clini.pdf


Aperçu du fichier PDF pm-ref-clini.pdf - page 5/13

Page 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13



Aperçu texte


xp Spirale interieur-v3.3

12/03/08 13:40

Page 187

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.134 - 09/06/2013 16h55. © ERES

sables et partageables avec moi dans cette histoire mise en mots – que
Shéhérazade se regarde subitement et semble se voir « comme pour la première fois », en souriant, un peu gênée. Elle dit alors qu’elle se reconnaît
physiquement, avec une sorte d’étrangeté de la découverte de soi par les
mots et par l’histoire d’une reconnaissance « supposée », plus qu’elle ne l’a
jamais fait dans un quelconque miroir, ni même dans les yeux d’un amant,
ni d’aucune amie ou personne proche… Elle est une très belle femme métissée en effet, et je m’autoriserai alors à lui dire ; « comme tout droit sortie
d’un conte des Mille et une nuits ». Encore faut-il qu’il y ait des mots pour
le dire (!) et un conteur pour faire place à cette image du corps-là.
Suite à cet échange, un souvenir revient du fin fond de l’oubli : préadolescente, elle part passer une semaine de vacances avec sa famille
d’adoption à Marrakech… Et elle se rappelle d’un sentiment bizarre devant
les connivences des gens du pays avec elle, et les rires adressés à ses
parents pour insister sur le fait qu’elle « était sûrement de par là cette
petite » ! Point d’énigme véritable pour elle à cette époque-là. Énigme
qu’elle avait aussitôt refoulée de toute appréhension subjective, malgré la
bizarrerie apparente et stimulante du propos.
Peut-on habiter, investir et reconnaître son corps d’adulte dans le commerce avec soi-même, comme dans le commerce avec les autres (singulièrement sur la scène amoureuse), si notre corps d’enfant n’a pas été reconnu
et investi pour ce qu’il était… au temps de l’infans ou de l’enfant grandissant. Reconnu et investi dans sa forme acceptée, et dans le corps à corps
intime des enjeux relationnels précoces avec les partenaires princeps de
notre petite enfance, reconnu et inscrit symboliquement dans les mots de
notre histoire transgénérationnelle par les acteurs même de notre filiation.
Shéhérazade a dû souffrir dans son corps méconnu, dans une image du
corps évanescente et jamais adéquate, et dans une kyrielle de symptômes

du corps du désir, tant qu’elle n’a pas
été reconnue de son abandon et de
son identité. Ce point d’origine de
notre identité corporelle aurait pu
(car c’est un point de fuite qui peut
s’autoriser de déplacer toujours sa
source et sa vérité) se constituer plus
tard dans le corps à corps de ceux –
et singulièrement de celle – qui
l’avaient adoptée. Sinon qu’à un
abandon traumatique s’est substitué
pour elle un élevage « opératoire »,
et qu’au trauma du vide se sont substitués les mots absents de la tendresse nécessaire et d’une possible
histoire d’amour.
Il aura fallu, avec l’aide d’un
tiers pour l’écouter et articuler
quelques mots en guise d’accusés de
réception, que Shéhérazade se
raconte ses mille et une nuits, son
mythe originaire ; et par là se
redonne corps… Avant, son corps
non reconnu d’enfant, son corps de
bébé abandonné et d’enfant peu
choyé, était resté le seul interlocuteur véritable derrière le corps visible
de la jolie jeune femme absentée.

187

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 41.137.23.134 - 09/06/2013 16h55. © ERES

J’ai mal à mon corps d’enfant !