Mimoun par Jazy.PDF


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MES

VICTOIRES,

MES DÉFAITES,

MA

VIE

— On n'attend pas d'être à Melbourne ?
I l se retourna le p o i l hérissé, la moustache
agressive, le regard noir, furieux. Je n'oublierai
jamais ce regard. I l m'empoigna par le col du
survêtement et me parla dans le nez.
— Mais q u i es-tu toi? U n international? C'est
ça u n coureur international? Ça pose des questions pareilles? T u ne sais donc pas que l'entraînement doit être quotidien? A tout p r i x ,
quoi q u ' i l arrive, et n'importe où, t u dois c o u r i r
chaque j o u r t u entends? chaque j o u r ! Si t u
arrêtes l'entraînement vingt-quatre heures t u
perds en fait trois o u quatre j o u r s . Si t u ne
cours pas t u régresses d ' u n j o u r ou deux. T u
perds donc cela, plus ce que t u n'as pas fait
ce jour-là. Retiens bien ça petit. Si t u veux
être autre chose qu'une « danseuse », t u dois
t'entraîner chaque j o u r t u m'entends? Chaque
j o u r . N'oublie jamais. Maintenant, allons-y !
Je demandai timidement :
— Où allons-nous nous entraîner ?
I l répliqua bougon :
— J'ai d i t hier soir à tous les dirigeants qu'ils
étaient des incapables et des imbéciles. Figuretoi que notre hôtel est en plein centre de la
ville, le stade et le parc le.s plus proches sont
à 7 ou 8 kilomètres, donc impossible d'y aller.
Nous allons c o u r i r i c i .
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HYPNOTISÉ

PAR

MIMOUN

— Comment i c i ?
— I c i dans l'hôtel, dans les couloirs, dans les
escaliers. T u as v u i l y a des tapis partout, donc
ça ne nous fera pas m a l aux jambes et on ne
risquera pas d'attraper de tendinite. Allez suismoi !
Avant d'avoir bien saisi, j'avais pris la foulée et suivais sa mince silhouette de trottemenu u n peu penchée sur la gauche.
Et c'est ainsi qu'en une heure nous avalâmes,
sous l'œil stupéfait d u personnel et des clients
de l'hôtel, une bonne douzaine de kilomètres à
travers les longs couloirs doucement éclairés.
Je compris ce jour-là ce qu'était vraiment la
course à pied et ce que réclamait une carrière
de champion : de la m i n u t i e , de la volonté et
du fanatisme. Je n'ai jamais oublié la leçon de
M i m o u n ! Jamais.
Toutefois, u n peu plus t a r d je n'osai pas
l'accompagner par crainte d u ridicule. A u cours
d'une t r o p longue escale, je ne sais plus où, le
« Vieux » soudain tomba la veste et galopa une
bonne demi-heure à travers l'aérodrome.
J'ai eu t o r t de ne pas le suivre car i l n'était
pas ridicule. I l savait ce q u ' i l voulait. C'est tout.
A Melbourne, je partageai encore sa chambre.
I l m'imposa son mode de vie. Je le suivais aveuglément. J'étais fasciné.
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