Fichier PDF

Partage, hébergement, conversion et archivage facile de documents au format PDF

Partager un fichier Mes fichiers Convertir un fichier Boite à outils PDF Recherche PDF Aide Contact



humanology2 .pdf



Nom original: humanology2.pdf

Ce document au format PDF 1.7 a été généré par Adobe InDesign CS5 (7.0.4) / Adobe PDF Library 9.9, et a été envoyé sur fichier-pdf.fr le 06/07/2013 à 12:46, depuis l'adresse IP 83.204.x.x. La présente page de téléchargement du fichier a été vue 670 fois.
Taille du document: 6 Mo (21 pages).
Confidentialité: fichier public




Télécharger le fichier (PDF)









Aperçu du document


Projet de portraits photographiques & sonores
créé et réalisé par camille m.
camille_m@orange.fr
# +33 6 7 100 1000
https://vimeo.com/channels/524985/
www.camillemorin.com

contexte
Susanne, p.3

concrètement
Sephora, p.7
protocole
Jorge, p.5

les trois temps
Barbara, p.11
parti pris visuel
Joshua, p.9

bio
Louison, p.17
de toi à moi
Laure, p.13
Pierre, p.15

contact
Vanessa, p.19

Contexte

Face à la sensation de plus en plus tenace de déshumanisation de notre société, à cette obligation de faire
entrer un individu dans une case, le définir par sa fonction, son type, son appartenance, sa classe sociale,
j’ai ressenti le besoin de revenir à la matière première, fondamentale de toute société : la personne. Cette
chose trop souvent oubliée et pourtant tellement évidente - je suis là, et j’existe. Tout simplement.
À l’origine d’Humanology, il y a tout d’abord eu le désir de la forme. Je développe le processus des «arrêts sur image»
depuis un certain temps déjà, mais j’avais envie de pousser quelque peu ce processus, en plus d’une observation visuelle
au plus près de la personne, faire entendre sa voix pour s’approcher encore du sujet, de son identité, sa singularité.
Est ensuite venu ce besoin d’aller à la rencontre de l’autre, en faisant son portrait, de recueillir un témoignage, une
trace de vie, un moment d’existence partagé. En ce sens, j’établis une filiation avec le projet de Boltanski «Bibliothèque
des cœurs» auquel j’ai participé en 2010 en enregistrant les battements de mon propre cœur.

« Pour ma propre retraite oui, enfin, dans des moments
de dépression grave, oui, je pourrais me faire un peu
de soucis... mais autrement, non. Ça fait pas partie de
mes soucis quotidiens ! Vraiment pas. Mais j’ai une grosse
dose d’inconscience aussi. Mais je pense que c’est pas ça
la vie c’est pour ça que ça me sauve, parce que tout de
suite j’ai mon petit podium qui me dit «C’est pas ça la
vie. Y’a d’autres choses dans la vie. Y’a les étoiles aussi.»
(...) L’autre jour je marchais dans la rue, et je vois un arcen-ciel, magnifique. Personne l’a vu. Les gens marchaient
la tête par terre, comme ça.Y’avait une jeune fille à côté
de moi - j’ai dit «Regardez» et ben elle a mis du temps
pour... «Ah» et elle rebaissé la tête tout de suite. Ça, ça
me... Je sais pas. J’arrive pas à.. voilà, ça c’est plutôt ma
dimension, ça. (...) »

Il s’agit aussi, d’une certaine manière, de recueillir un état des lieux de notre société. À travers ces rencontres et témoignages, découvrir comment ces sujets voient leur vie, le monde dans lequel ils vivent. En ce sens, j’établis une autre
filiation avec l’œuvre d’Edgar Morin et Jean Rouch, «Chronique d’un été».
Contrairement à mon mode opérationnel habituel, le propos de ce projet n’est pas venu en amont, mais se construit à
mesure des entretiens et des rencontres. Les thèmes qu’abordent les sujets varient, me surprennent et bien que j’établis
des ponts au fil des discussions, aucune réponse n’est jamais la même. Les réactions diffèrent également, certains acceptent le portrait, d’autres jouent le jeu, d’autres encore refusent la diffusion. Ce sera à moi, au terme de cette aventure
d’en tirer les conclusions et par là même, de faire mon propre portrait en quelque sorte.
Une chose cependant rassemble tous ces sujets : l’enthousiasme de participer à cette aventure. Ainsi, bien que ce projet
se construise de jour en jour, parfois sans vraiment savoir où il va me mener, je suis portée par leur envie de prendre
part à une expérience qui va les relier les uns aux autres, à travers le tissage de ce réseau de portraits d’hommes et de
femmes d’aujourd’hui.

humanology 4

Susanne, extrait

Jorge, extrait

protocole

Tout commence par un mail de «prise de contact» que j’ai pu lancer dans mon réseau, ou qu’un participant aura diffusé dans le sien. Je ne fais aucune sélection quelle qu’elle soit de mes sujets. Toute personne souhaitant participer est la
bienvenue et fera à son tour, une fois le portrait terminé, tourner les informations concernant le projet à toute personne
de son choix Il peut s’agir d’hommes, de femmes, d’enfants, de 5 à 90 ans.
L’entretien vidéo a lieu chez le sujet et dure une heure environ. Je commence par poser deux questions, les mêmes pour
tous les participants. Puis, en fonction des réponses et des besoins, j’interviens en posant de nouvelles questions, entamant parfois une discussion, autour de points qu’a lancé le sujet. Certains parleront de leur vie de manière concrète,
d’autres resteront abstraits. À nouveau, aucun témoignage n’est semblable au suivant, malgré certains thèmes sociétaux
qui reviennent de manière quasi systématique. Et comme je le répète à chaque sujet avant le début de l’entretien, il n’y
a pas de bonne ou de mauvaise réponse.
Bien que ce projet s’enracine dans une démarche documentaire, je suis bien consciente de la totale subjectivité qui
entre en jeu à la seconde où je pousse la porte du sujet, par la sélection du cadre par exemple, ou encore à travers les
questions posées. J’essaie néanmoins d’oublier tout avis ou opinion qui pourraient être les miens, le but étant, lors de
cet entretien, de saisir au mieux qui est mon interlocuteur et quelle est sa vision du monde, de manière à pouvoir le
restituer le plus fidèlement possible - à travers mon spectre à moi - dans son portrait.
Une fois le portrait terminé, je l’envoie au sujet qui me donne alors son autorisation de le diffuser - ou non.

humanology 6

« Tous les ans je fais un voyage comme ça.Y’a deux ans
on est allé au Guatemala. On est allé à la rencontre de
descendants des Mayas qui sont au fin fond des montagnes dans des villages hyper reculés où il n’y a pas
d’électricité. Et on a dormi une nuit chez l’habitant. (...)
J’avais gardé un groupe de huit élèves. On arrive, c’était
une petite maison paumée dans un petit village avec
plein de petits cochons qui trainent dans la rue, avec
tous mes élèves musulmans qui flippaient de voir des
cochons (...) On arrive dans la maison, les lits c’était une
planche de bois, le toit des sacs plastiques. Tout de suite
je me suis dit «c’est chaud, je suis responsable d’enfants,
les emmener dans des conditions pareilles, les parents
ils vont me tuer ! (...) J’ai le souvenir d’un élève avec sa
capuche et son Ipod, je vais le voir, il me dit «là j’ai juste
besoin de penser à chez moi, de penser à ma mère et
d’oublier où je suis». Ils étaient tous un peu traumatisés,
ils étaient tous là «Ouais, on est en train de vivre Khô
Lanta. C’est Pékin Express ! C’est horrible.» (....) Finalement aujourd’hui ils sont super fières d’avoir «survécu»
à ça. Ils m’ont dit «maintenant quand je me plains parce
que je peux pas regarder mon émission à la télé, finalement c’est ridicule.» Alors qu’eux ne vivent pas non plus
dans des conditions faciles, ils habitent dans des HLM, à
plein dans un tout petit appartement mais ils m’ont dit
«même nous, parfois, on se plaint pour des trucs ridicules alors qu’il y a plein de gens qui vivent de manière
beaucoup plus simple sans se plaindre.» Du coup ça les
fait relativiser et j’ai trouvé ça vachement important et
vachement bien. »

Sephora, extrait

concretement
J’ai débuté ce projet en mars 2013, je prévois un développement d’environ deux ans pour réaliser la totalité des portraits : une centaine exploitable.
Les portraits sont d’ores et déjà visibles et diffusés sur le web, à travers une chaîne Vimeo ainsi que sur la page Facebook
du projet. Néanmoins, je compte réaliser un site internet dédié au projet et qui sera la première vitrine d’Humanology. Les portraits y seront a priori présentés sous forme de vidéos, alliant donc image et son sur le même support.
Dans un deuxième temps, je cherche des partenaires pour créer une exposition et présenter les photographies
tirées sur papier, auxquelles sera associé un casque ou douche sonore diffusant l’extrait sonore correspondant. Idéalement, j’aimerais présenter ces portraits dans un espace public et ouvert - un hall de gare, les rues d’une
ville, ou dans un espace suffisamment vaste pour re-créer une impression de foule.
Je développe les portraits principalement sur Paris pour le moment, mais cherche des résidences d’artistes pour
pouvoir continuer à développer ce projet dans des villes de province ou des campagnes de différentes régions
de France.
J’espère également pouvoir développer ce projet à l’international - Humanology dans le monde, de la France à
l’Afrique en passant par la Chine, le Brésil etc... Étant bilingue, je peux me charger des pays francophones et anglophones, il s’agirait ensuite de trouver des artistes partenaires qui prendraient en charge les entretiens dans leurs propres
pays, ou encore des interprètes qui m’accompagneraient.

humanology 8

« On a des rêves et les rêves qu’on a c’est porteur,
motivant, et ça peut emmener plus loin. Sauf que c’est
quoi «emmener plus loin» ? Voilà. Est-ce que aller plus
loin c’est un but à atteindre ? Est-ce que être là où
on est c’est pas déjà le but en soi ? C’est de se dire,
oui, je suis comme ça mais ça me suffit. Mais dans le
«ça me suffit» c’est «ça me va». Et d’être toujours à
la recherche d’une chose qu’on atteindra jamais ou
peut être qu’on atteindra justement parce qu’on la
recherche pas. Et que d’y être on se dira ben en fait
non. Là où j’étais avant c’était bien en fait. Et c’est des
petits moments en fait où on y est et du coup pouvoir
en profiter et pouvoir les savourer parce que sinon
on est jamais bien où on est. On se dit toujours Ok,
mais un jour.... Un jour j’aurai une villa à New York. Ben
ouais mais bon peut être que t’auras un pavillon à
Montreux quoi, tu vois ? Et ben ouais, y’a des gens dans
les pavillons à Montreux qui sont super bien ! Enfin
tu vois. Et donc se défaire du jugement qu’on porte
nous sur ce qu’on est. Au delà du regard des autres.
J’ai jamais été très affectée par le regard des autres,
enfin il me semble. Après si, sûrement mais... mais la
joie quoi ! La joie. Trouver la joie. Trouver sa joie. C’est
quoi ma joie ? Après, pendant longtemps j’ai été révoltée. Par les fonctionnements socio-économiques. Par
des espèces de constats, oui, j’ai pas d’autres mots que
«absurdes». Sur un fonctionnement de vie, tu te dis
Bon ok, 10% des richesses du monde sont partagées
par 90% de la population, c’est à dire qu’il y a en gros
10% des gens qui vivent avec tout et le reste qui vit
avec rien. Bon c’est nul. C’est juste nul. C’est juste con.
Mais en même temps, comment résister à ça ? C’est
quoi la résistance  ? Comment on résiste ? Chacun à
son échelle on résiste. Et on fait comme on peut quoi.
Mais comme on peut ça peut être bien. »

Parti pris visuel
Une fois l’entretien terminé, je visionne la vidéo en image par image (25 images par seconde). Le but étant d’isoler une
image dans laquelle je reconnais une émotion, une composition, une expression représentative du sujet puis je prends
une photographie de mon écran, d’où l’expression que j’utilise pour qualifier cette technique : «les arrêts sur image».
La méthode et les outils utilisés sont ceux de notre génération. Je me sers d’une petite caméra numérique et d’un appareil photo numérique. La qualité moyenne de la caméra fait ressortir les pixels - matière numérique, le fait de prendre
mon écran en photo - mise en abyme de l’image - fait apparaître la trame de celui-ci. L’image ainsi obtenue produit un
«grain numérique», celui de son temps, bien que le résultat final soit à l’opposé de ce que l’on attend de la photographie
numérique. L’ultra netteté du numérique m’a toujours gênée. Je me sens esthétiquement beaucoup plus proche des la
matière photographique et filmique des années 50, où l’image était matière et laissait la place au mystère, à l’aura du
sujet, ce que j’essaie de créer à nouveau grâce à ce processus.

« Et la colombe elle s’appelle Violette. C’est drôle
parce que Violette c’est un mâle. Alors c’est drôle.
C’est drôle, pas vrai ? Euh ça c’est... Alors, alors en fait,
en fait, tu sais pourquoi elle mange la mouche ? Parce
que comme on avait horreur de toucher ça, j’ai pris
une pince à épiler, et je l’ai pris, mais j’étais horreur
de prendre ça. Ça me dégoûtait. C’est dégoutant une
mouche. Pour quoi c’est dégoûtant ? Ça va sur le caca
de vache. J’adore les animaux, et j’aime aussi les animaux préhistoriques. Est-ce que tu connais beaucoup
de choses ou pas ? »

L’ironie de cette technique, est qu’elle met en lumière une barrière alors qu’elle abaisse toutes les autres. En effet, ce
procédé m’offre une possibilité d’observation totale de mon sujet. Le luxe de revenir en arrière, d’arrêter le temps, de
décomposer un mouvement. En somme, elle me permet de voir tout ce qui m’aurait échappé à l’œil nu.
Une fois l’image extraite, il s’agit de lui associer un extrait sonore - généralement entre une et cinq minutes. De même
qu’il n’y a aucune manipulation de l‘image, je n’effectue aucun montage sonore. Je sélectionne une ou plusieurs phrases,
qui fonctionnent indépendemment du reste de l’entretien et qui viennent compléter la photographie. A nouveau, bien
que j’essaie d’être la plus respectueuse du sujet et fidèle à ses propos, les sélections d’image et d’extrait sonore n’en sont
pas moins que ma vision du sujet, un reflet de ma sensibilité et de mon expression personnelle et artistique.

humanology 10

Joshua, extrait

Plus qu’une simple matière numérique, cette trame rend visible la barrière généralement ineffable et immatérielle qui
sépare le photographe de son sujet. Elle laisse une trace de mon passage en quelque sorte. Ainsi, lorsque le spectateur
se place devant la photographie et l’observe, il se trouve dans la même position que moi, derrière mon écran. Nous
partageons cette frontière.

les trois temps
Humanology se développe selon moi en trois temps.

« Non. je pense pas ça. Je pense que le parcours de
chacun, avec tout ce qui constitue une histoire, fait que
plus on vieillit, plus on a un point de vue et du recul sur
ce que la vie a apporté, sur ce qu’on a semé, sur ce à
quoi ça sert. Mais bon, moi je suis plutôt tranquille par
rapport à ça. J’ai pas eu une vie très difficile. J’ai fait des
études, j’ai toujours travaillé, jamais souffert de la faim.
Donc voilà, je pense que quand on a la chance de faire
un métier qu’on aime, d’être dans une situation privilégiée, d’avoir des enfants en bonne santé, d’avoir un
chemin finalement pas très compliqué, c’est presque
un devoir quoi, de donner du temps aux autres, de
s’intéresser à ce qu’il se passe, de se poser des questions qui peuvent être les mêmes que celles qu’on se
posait à vingt ans avec des réponses parfois différentes.
Mais moi j’ai pas dans l’idée que la vie est une lutte.
J’ai plutôt dans l’idée que la vie c’est un cadeau. C’est
quelque chose de beau, de précieux. Qu’il faut bien
s’en occuper. »

Le deuxième temps est celui du sujet. Le temps de l’entretien. A travers les questions qui lui sont posées et la discussion
qui en découle très souvent, le sujet dispose d’un temps de réflexion pour lui, un temps où il est le héros de sa propre
histoire, à l’occasion duquel il lui est permis de réfléchir aux décisions prises, de faire un bilan, parfois. C’est le temps
de ces questions essentielles que souvent on ne prend pas le temps de se poser. Je vois cela comme un moment privilégié,
centré sur soi, certes mais qui n’exclut pas forcément pour autant puisque très souvent, une remarque du sujet me fera
rebondir sur le témoignage d’un portrait précédent. C’est l’occasion de confronter les points de vue, de se positionner,
pour soi et par rapport à l’autre.
Le troisième temps est celui du spectateur qui va à la rencontre de ces portraits, s’arrête sur un regard, parce qu’il en a
envie et découvre la personne qui se cache derrière à travers sa voix, ses mots. C’est le temps d’une rencontre immédiate,
gratuite, sincère et sans attaches ou obligations. Une rencontre qui lui permettra je l’espère de voir par la suite les anonymes qu’il croisera dans la rue différemment. Plus seulement comme un corps en trop dans une rame de métro bondée,
ou une file d’attente trop longue, mais comme une personne avec une histoire, un avis, des souvenirs et des émotions.

humanology 12

Barbara, extrait

Le premier temps est celui de l’impulsion originale qui m’a conduite à développer ce projet. Mon besoin de connexion,
de rencontre de l’autre. Avec chaque entretien, je fais la connaissance d’une nouvelle personne, parfois proche de moi,
de mon réseau, parfois très éloignée. Et chaque rencontre amène son lot de découvertes, de points en commun. Après
mon précédent projet, DANCE Project, où j’observais les gens marchant dans les rues de Paris sous tous les angles,
allant même jusqu’à faire des portraits en gros plan d’eux, mais restant toujours à l’ecart, comme un narrateur de
l’histoire d’un autre, j’ai eu besoin de rentrer ches eux, de leur parler.

Laure, extrait

de toi a moi
Humanology est un moteur de rencontre(s), mais je le vois aussi comme un vecteur car à travers la rencontre de l’autre,
d’une Susanne, d’un Pierre, d’une Hélène ou d’un Joshua, intervient la découverte de soi.
Fidèle au célèbre adage «Je est un autre», chaque spectateur se voit à la lumière du portrait qu’il découvre le renvoyant
lui-même à sa propre humanité. Il se reconnaitra ou pas, sera en accord ou désaccord. Ces portraits, parce qu’ils sont
«particuliers» dans le sens où ils sont propres à chaque sujet et donc uniques, agissent comme autant de miroirs pour le
spectateur. C’est là je crois qu’intervient l’importance primordiale de la sincérité de chaque portrait, pour que le spectateur puisse se sentir impliqué. Certains sujet me feront ce cadeau, spontanément, d’autres seront plus distants, plus
craintifs, c’est alors à moi de parvenir à trouver la vérité dans un regard, d’exprimer cette distance, ce qui permettra
ensuite au spectateur de lire entre les lignes.
Ainsi, chaque portrait devient en définitive, dans la compréhension de chaque spectateur, son propre portrait. Mais il
me semble qu’à ce jeu là nous sommes tous logés à la même enseigne puisqu’à travers cette subjectivité que j’ai évoquée
plus haut, dans le cadre choisi, les questions, la sélection de l’image, de l’extrait sonore, c’est mon portrait que je dessine
et qui s’exprime en filigrane d’une rencontre à une autre. Je suis le fil rouge qui relie toutes ces tranches de vie. Tout en
essayant au maximum de respecter les propos du sujet, de lui rester fidèle, je sélectionne ce qui me touche, ce dans quoi
je me reconnais aussi, fatalement - soit par analogie ou par opposition, il peut s’agir d’opinions, de points de vue, ou
simplement d’émotions ou encore de traits d’humour. Il est probable qu’une fois tous les portraits réunis, à travers toutes
ces questions posées, ce soit ma vision du monde qui soit exprimée, composée des mots et du vécu de ces autres «moi».
Ce projet est né d’un désir de connexion et se développe avec la rencontre de l’autre, motivée par l’action des particpants.
Avec chaque nouveau portrait, la toile se tisse, le spectateur intégrant lui aussi ce réseau. Je suis le témoin et réceptacle
de tous ces témoignages, je leur donne une expression plastique et laisse à voir dans la contreforme, ma propre identité.
Ainsi, le particulier par sa singularité devient universel, chacun se voit dans et à travers l’autre, irrémédiablement.

humanology 14

« J’ai toujours su que d’un cas extrêmement négatif,
terrible, horrible, d’abord on se relevait, et qu’on en
tire des leçons qui seront profitables après. Ça je l’ai
toujours su puisque j’ai vécu un veuvage à 29 ans, un
divorce à 39 ans (les 9 ne me vont pas !) et un licensiement économique. (...) De mon veuvage et mon divorce j’en ai tiré qu’il fallait toujours être indépendante,
quoi qu’il arrive dans la vie (...) et là, quand j’ai pris cette
descente financière, même si j’en étais pas fière (...) je
me suis dit, tu vas t’en relever. Et je me rends compte
que moi qui étais très angoissée par l’argent (..) ben
du coup je le suis beaucoup moins. Parce que je me
suis rendu compte que finalement, même si je devais
me re-retrouver dans une situation catastrophique,
toutes les aides accumulées, je peux vivre avec 700
euros par mois, avec deux enfants. Bon c’est pas le top,
mais ça se fait. Donc du coup je suis beaucoup moins
angoissée sur mes choix professionnels ou mes choix
de vie. Là par exemple je travaille à mi-temps alors que
je pourrais travailler à plein temps pour plus d’argent,
et non, je travaille à mi-temps pour garder du temps
pour autre chose, mon bien être, le bien être de mes
enfants, pour pas être prise par le stress, plus avoir de
vie (..) tout ça pour payer plus d’impôts. Voilà. Je dirais
pas que je suis «contente» que ça me soit arrivé mais
de toute façon j’ai pas le choix, il faut que je positive
ça sinon c’est trop se mettre en échec alors qu’on y
est pour rien.
Mais je suis quand même une optimiste maladive depuis que je suis née donc euh... ça m’aide ! »

David
Jorge

Fred
Elise

Sara Jeanne

Aurelie

Barbara

Sephora
Sophie

Joshua

Susanne
Vanessa

Amelie

« On devrait pas avoir à se battre pour chercher un
boulot, ou pour vivre décemment ou pour.. je ne sais
quoi. Là je rejoins mes idéaux quand j’étais plus jeune
mais... si on s’arrête deux minutes et qu’on se dit la vie
en fait, ce serait de chercher un boulot et pas arriver
à joindre les deux bouts parce qu’on gagne pas assez
d’argent et puis du coup on a faim, c’est aberrant. C’est
pas possible de se dire pourquoi tu viens au monde ?
Pour trimer toute ta vie comme un connard. Quel est
le but en fait... tu vois ? Et le plus idiot des hommes ne
peut pas se dire que c’est ça qui serait la vérité. Ça me
semble aberrant. Mais ça sert à une poignée. Donc si
ces gens-là sont contents comme ça, ils vont pas faire
en sorte de revenir à un truc complètement basique.
Je ne vois pas pourquoi quelqu’un crèverait de faim
dans la rue et que ce soit sa destinée ou je ne sais quoi
et qu’un autre ait quatre maisons, enfin n’importe quoi,
mais ça devrait pas se situer à cet endroit là...
Je ne sais plus ce que tu me demandais... »

Julie

Laure L.
Marius

Laure P.

Louison
Veronique

Roland

Juliette
Helene

Début du réseau....

humanology 16

Pierre, extrait

Pierre

Louison, extrait

Bio
Après un parcours scolaire classique (lycée international, hypokhâgne, khâgne) j’ai intégré l’ESAG Met de Penninghen. Une étape décisive qui révéla ma passion pour l’image en formant mon œil sur les préceptes du Bauhaus.
Ma collaboration avec Bob Wilson fut une deuxième étape essentielle dans ma construction en tant qu’artiste. J’ai
participé à deux reprises au Watermill Center Summer Program ce qui m’a permis de rencontrer maints artistes
qui m’ont grandement influencée (Lucinda Childs, Marina Abramovic) et d’autres avec lesquels j’ai pu collaboré
(Ali Hossaini, producteur de mon court métrage Beethoven’s Toothpaste - New York, et le Shakespeare’s Wild Sisters
Group - Taiwan).
En résidence au Watermill Center, a laboratory for performance, j’ai pu développer mon projet de thèse Over, again.
une pièce de théâtre interactive et visuelle et y ai endossé pour la première fois le rôle de metteur en scène et d’auteur.
J’ai poursuivi mon exploration du médium vidéo avec DANCE Project, un projet d’installation alliant vidéo et
images fixes qui fut présenté le 20 mars 2013 lors du Festival Anthropologies Numériques, au Cube - Paris.

humanology 18

« Au début on a voulu l’enterrer dans une boîte à
chaussures mais comme ça rentrait pas dans le pot,
du coup, j’ai mis son jouet préféré, je lui ai mis un petit
peu de coton et je l’ai enterré. Après on a mis son
décor comme ça, dans le pot et on a mis un petit
pic au bout avec un petit insecte, comme ça. Et après
quand il est mort, y’a une fleur qui a poussé. Parce qu’à
chaque fois qu’on meurt et qu’on se fait enterrer - sauf
nous les humains parce qu’on est dans une tombe - et
ben notre petit cœur il se transforme en graine. C’est
peut être pas une fleur très belle, mais en tout cas on
peut se transformer en quelque chose. Par exemple,
Petit Dop il était pas une fleur, c’était plutôt une mauvaise herbe, mais c’est pas parce qu’il était méchant,
parce qu’il était très gentil, c’était juste parce que voilà,
c’était comme ça qu’il devait renaître. Il restait juste de
la place dans ce corps pour lui. Nous les hommes je
pense qu’on se transforme en animaux, les animaux en
plantes et les plantes en humains. Et que ça tourne. »

« Ah ben oui, je pense que chacun dans son petit chemin peut faire que les choses aillent mieux. Ça c’est sûr,
déjà, je sais pas, en étant à l’écoute, je sais pas, même
rien qu’avec tes amis, avec ta famille, avec tes enfants.
Sentir quand l’autre va pas bien. Pouvoir être là. Se dire
ben non, je vais pas faire ça, je vais l’appeler parce que
je sais qu’en ce moment il va pas bien, je vais lui dire
viens on se fait un resto. Je sais pas, plein de choses
qui font que... d’arrêter d’être juste sur soi et d’être
vraiment dans le partage quoi.
Non mais, c’est des questions qui me préoccupent depuis que je suis petite quoi. Enfin, je pense que, je sais
pas, je sais pas ce qu’il s’est passé dans ma vie, je veux
dire, quand j’étais gamine j’étais très... s’il y a avait un petit
à lunettes qu’on tapait, moi je ne suppportais pas, j’étais
la justicière quoi. En plus, moi j’avais un côté très... je sais
pas, j’avais plein de copines, j’étais très, comme ça, volubile et tout et du coup, j’me disais, voilà, c’est une force
alors j’ai envie d’essayer de faire que ce petit à lunettes...
ben qu’il soit pas.. enfin je sais pas. Enfin tu vois ? »

contact
Camille Morin
18 rue du Poteau, Paris 18
# +33 6 7 100 1000
camille_m@orange.fr
www.camillemorin.com
www.camillem.com
humanology
Page Facebook : https://www.facebook.com/Humanology
Chaîne Vimeo : https://vimeo.com/channels/524985/
Vous pourrez y voir les portraits de Susanne, Laure, Louison, Marius, Barbara, Jorge, Vanessa, Pierre, Sephora,
Joshua, David. Portraits à venir : Aurélie, Fred, Juliette, Véronique, Hélène, Laure P., Sophie, Philippe, Roland,
Sara Jeanne, Julie.

humanology 20

Vanessa, extrait


Documents similaires


prise contact
humanology2
dossier de presse 2
t6yugj9
dp teenagers behavior
dossiermemoiredeprofilsiv 2


Sur le même sujet..