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Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Cinéma

Pacific Rim, original mais sans scénario
C’est le blockbuster de l’été, Pacific Rim doit battre tous les records. Pourtant, malgré l’intention
de Del Toro de faire un film original et passé les scènes d’action, on s’ennuie ferme.

©Warner Bros Pictures

La critique
Connaissez-vous le tonkori ?
Un instrument de musique de grande
taille ressemblant à une cithare et faisant intégralement partie de la culture
aïnous, les animistes nippons. À cette
question quelque peu saugrenue dans
les colonnes d’une critique cinématographique, 98% des lecteurs répondront par la négative.
Concernant les kaijus, le problème est
à peu près identique. Au centre de la
nouvelle méga production de Legendary Pictures, Pacific Rim, ces gigantesques créatures font partie intégrante
de la culture cinématographique japonaise. Le kaiju eiga est un genre à part
entière dans l’ancienne contrée impériale. Des monstres attaquant des villes
et détruisant tout sur leur passage, tel
est le crédo de ce déroulement scénaristique inventé et largement exploité
par Ishiro Honda, créateur et référent
en la matière.
Pour Guillermo Del Toro, la tâche
s’avérait dès lors ardue. Même si
l’intéressé avoue sans vergogne être un
fan inconditionnel des films kaiju eiga
comme Godzilla ou Gamera, il lui
fallait conquérir un public « occidental » moins ou peu habitué à ce
genre vernaculaire. Cependant, il faut
bien avouer que le public américain,
bercé par la culture du comics, est déjà
enclin à ce style apocalyptique où se
rejoignent la science-fiction et le
patriotisme. En Europe, les mentalités
sont plus frileuses et hermétiques à
cela malgré les séries mangas s’ins-

pirant parfois allègrement de ces
fameux kaijus. Bref, Guillermo Del
Toro tentait le pari louable de nous
faire découvrir un genre et nous avons
été, au final, déçus du résultat.

minutes d’action, le récit s’embourbe
pour ne ressortir qu’une bonne heure
plus tard, alourdi par un scénario
semblant pédaler dans la semoule.

Le contrecoup médiatique

Guillermo Del Toro, un réalisateur
contestable

Ces dernières semaines, personne ne
pouvait passer à côté de Pacific Rim.
Production dotée d’un budget pharaonique de 200 millions de dollars, elle
se devait d’être vue par tous, ce qui
implique forcement la mise en place
d’une campagne médiatique à sa
hauteur. Affiches, spots télévisés,
bande-annonce, extraits,… Tous les
moyens furent employés pour installer
la sortie du film dans l’inconscient
collectif. Cette campagne volontairement agressive et masculinisée
mettait en avant un long-métrage où
l’action prenait le pas sur tout autre
chose et où les monstres et les machines se livraient une lutte acharnée et
sans merci.

Choisir un réalisateur pour son affinité
avec l’histoire peut être une erreur.
Comment transposer une histoire,
traduire un genre, adapter une culture
si ce dernier n’est pas objectif par
rapport à ce qu’il crée ? De fait, et
comme précité dans cet article,
Guillermo Del Toro s’est fait plaisir en
réalisant son rêve de gosse. Cela plaira
sans nul doute (et on le comprend
aisément) aux fans du genre. Mais
qu’en est-il du spectateur lambda ? Du
néophyte en la matière ? Il se sent
oublié sur le bord de la route. Obligé
de se rattacher à une histoire mortellement ennuyante où le synopsis ne
sert qu’à nous souffler l’épilogue de
l’histoire.

Gonflés à bloc, nous nous sommes
donc installés dans la salle de projection pour savourer une baston
mémorable de plus de deux heures.
Mais, tel un enfant à qui l’on a fait
miroiter un parc d’attraction pour
finalement l’emmener chez le dentiste,
nous sommes tombés sur un film
d’une toute autre facture. Un film
d’action certes, mais rythmé par une
histoire pseudo dramatique accentuée
d’une trame romantique à faire pâlir
Barbara Cartland. Et oui, après quinze

Maintenant, nous entendons d’ici les
halte-là des cinéphiles qui nous prouveraient, à juste titre, que bon nombre
de cinéastes furent passionnés d’un
sujet avant de le transposer à l’écran de
manière magistrale. Pour éclaircir
notre réflexion, nous estimons plutôt
qu’il s’agissait alors de transposer une
histoire et non un genre. Une amplitude cinématographique de taille.
Dès lors, Guillermo était-il le mauvais
cheval sur lequel miser ? Probablement.

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