SHDC LE PONT DES SUICIDES 8 juin 1890.pdf


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QUARTIER SUD-EST

La profondeur de son regard nous met mal à l’aise
et nous descendons expressément notre verre comme pour
protéger notre esprit.

28 SE
S’il y a bien un lieu dans lequel nous redoutons
d’entrer, c’est bien l’Asile d’aliénés de Bethlehem.
Redouté parcequ’inconnu et bercé de ragots londoniens
quant à la population qu’il accueille. A la grille d’entrée
nous sommes inspectés de la tête aux pieds par deux
gardes armés puis un infirmier nous conduit au bureau
du Dr Cornuault. Les hurlements de l’autre côté des
portes blindées nous serrent l’estomac tandis que la porte
s’ouvre brusquement pour nous faire sursauter.
« Entrez messieurs, j’ai déjà été informée de votre
venue. »
Une psychiatre d’une quarantaine d’années au style
sévère nous fait asseoir dans deux grands fauteuils en
cuir ciré et nous acceptons volontiers les rafraichissements
qu’elle nous propose.
« Le patient Neweil. Oui je m’en souviens
plutôt bien. Il a effectué un séjour à Bethlehem d’à
peine un an à la suite de son incarcération à Millbank
où il fit une violente décompensation psychique avec acte
de violence. Fondamentalement délirant à son arrivée,
nos entretiens furent peu productifs. Il semblait souffrir
d’une régression intellectuelle et cognitive qui le plaçait
dans un état d’infantilisme. Il n’était plus capable de se
nourrir et se laver seul, il baignait sans gênes dans ses
excréments et marmonnait sans cesse sur des histoires de
pirates et de trésors enfouis à l’Archbishop’s Park.
Grace aux efforts de nos équipes, il a peu à peu refait
surface et la source de son état se dessina : un chagrin
d’amour. Il disait avoir été trahis par la seule femme
qu’il n’avait jamais aimée. Sachez-le, la passion
amoureuse a vite fait de vous perdre dans les méandres
de votre esprit Mr Wiggins. »

33 SE
Nous prenons place sur un tabouret face au
comptoir où nous commandons un verre de cognac qui
devrait éveiller nos instincts d’enquêteurs. Dans un coin
de la salle, un pianiste déchainé anime la salle avec une
passion véritable. Sur différentes tables boisées
impeccablement entretenues, divers groupes d’hommes
s’adonnent à leurs activités favorites : certain jouent aux
cartes, d’autres au billard, tandis que deux anciens
dégustent un cigare. De sublimes jeunes dames
encouragent leurs maris sans sembler s’ennuyer.
Alors que nous finissons notre verre, une beauté
qui rappelle les îles s’assied à nos côtés et demande au
serveur de nous offrir une deuxième tournée.
Après 30 minutes à rire et bavarder ensemble, nous
coupons la conversation en ayant pris soin de refuser les
nombreux
verres
proposés.
Absorbés par nos rêves de plage et d’exotisme, un
homme d’une élégance remarquable s’installe prêt de
nous.
« Vous pouvez y aller avec celle là, je vous la
recommande. »
« Excusez-moi Mr mais nous avons bien peur
de ne pas vous comprendre. »
« Quand elle vous grimpe dessus c‘est une vraie
lionne ! Non…ne me dites pas que vous vous êtes fait
avoir ? Toutes ces filles sont consommables mon ami. »
Un sentiment intense de gêne nous fait rougir de
la tête aux pieds alors que nous apercevons notre métisse
assise sur les genoux du vieux fumeur de cigare en train
de parcourir son corps de sa main libre.
« Lâchez-vous mon brave, elles sont payées pour
ça et si vous commandez quelques bouteilles la plupart
peuvent proposer leurs services en vous conduisant dans