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jusqu'à douze millions, sont parfois avancés5. Le potentiel migratoire dépend par
ailleurs de nombreux facteurs : de l'état de cette population, très marquée par la
ponction migratoire de ces dernières années, de l'évolution de la situation interne des
pays de départ comme de celle d'Israël et des possibilités d'émigration vers d'autres
pays. Outre les Etats-Unis, qui ont accueilli à peu près le quart du million de juifs ayant
quitté les nouveaux Etats indépendants depuis le début de la décennie, l'Allemagne
accueille chaque année, depuis 1990, plusieurs milliers de juifs de cette région. Si l'on
se base sur les départs vers Israël de ces dernières années, en tenant compte des
difficultés socio-économiques des nouveaux Etats, notamment de la Russie et de
l'Ukraine, des résurgences de manifestations d'antisémitisme comme celle qui s'est
produite en Russie en novembre 19986, enfin du potentiel, désormais important, en
matière de regroupement familial, on peut penser que cette émigration vers Israël se
poursuivra à un rythme non négligeable. Elle ne fera que conforter une communauté
russe déjà très organisée et influente.

INTEGRATION SANS ACCULTURATION : UNE STRATEGIE D'ADAPTATION ?

L'influence que les Russes exercent dans leur nouveau pays tient tout d'abord à ce
qu'ils sont – une immigration talentueuse – et à la relation qu'ils ont établie avec la
société israélienne. Des quatre modèles de rapport à la société hôte qui ont été
analysés par Tamar Horowitz, auteur de nombreux travaux sur cette communauté
(intégration, assimilation, séparation, marginalisation), trois paraissent d'emblée devoir
être écartés : l'assimilation (définie comme le renoncement à l'identité d'origine et la
volonté d'adopter la culture du pays hôte en se fondant dans la société de ce dernier),
la marginalisation (caractérisée par un double refus, celui de préserver l'identité
d'origine et celui d'adopter la culture du pays d'accueil) et la séparation (c'est-à-dire un
désintérêt à l'égard de l'intégration au sein de la société hôte et une très forte volonté
de préserver la culture d'origine). Le quatrième, l'intégration – qui suppose une volonté
de trouver sa place dans la société du pays d'accueil tout en préservant une identité
culturelle propre – est celui qui semble le mieux convenir pour comprendre l'attitude
des Russes 7. Mais, dans leur cas, l'intégration est d'un type particulier. En structurant
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V. Kolossov, T. Galkina et M. Kouibychev, « La géographie des diasporas et les communautés
arménienne, juive, grecque de l'ex-URSS », L'Espace géographique, 1994, n° 2, p. 162 ; A. Benifand,
« Jewish emigration from the USSR in the 1990s », Innovation in Social Sciences Research, 1991, n°3/4,
p. 36-38.
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Le député communiste russe Albert Makachov a fait alors des déclarations antisémites qui ont suscité
en Russie un émoi d'autant plus vif que le groupe communiste à la Douma a refusé de les condamner.
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Tamar Horowitz, « The absorption of immigrants from the former Soviet Union in Israel : integration or
separatism ? », ch. 4 in Eurosocial Report 54, Integration and Pluralism in Societies of Immigration, pp. 7576 ; du même auteur, voir aussi « Integration without acculturation : the absorption of Soviet immigrants in

Les Etudes du CERI - n°48 - décembre 1998

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