Play with me 3 Passionnement (Collectio Shawn, Ursula .pdf



Nom original: Play with me 3_ Passionnement (Collectio - Shawn, Ursula.pdf
Titre: Play with me 3: Passionnément (Collection Eros) (French Edition)
Auteur: Shawn, Ursula

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Play with me
Episode 3 : Passionnément

De Ursula Shawn

Tous droits réservés, y compris droit de reproduction totale ou partielle, sous toutes formes.

©2013Les Editions Sharon Kena
www.leseditionssharonkena.com
ISBN : 978-2-36540-380-1

Ursula Shawn est l'une des deux auteures du duo " Thelma et Louise". Pour des raisons personnelles, Louise n'a pas pu poursuivre la co-écriture de
la saga "Play with Me" et c'est donc avec plaisir que Thelma va prendre la relève sous le pseudonyme " Ursula Shawn" pour une romance sensuelle
avec des personnages attachants, et un soupçon d'humour ! Les épisodes sont écrits au fur et à mesure selon l'inspiration - nous vous assurons que
ce n'est pas un roman découpé !

Son ex ?
Nous étions tous trois assis à une table du bar de l'hôtel. J'avais commandé un jus de fruits. Je mélangeai nerveusement ma boisson teintée de rouge.
Une orange sanguine pressée... avec un soupçon de citron et de mandarine. Il ne manquait à ce cocktail qu'une bonne rasade de vodka pour m'aider à
supporter cette situation.

Qu'est-ce que tu fiches ici ? Pars ! Laisse ces deux-là ensemble ! songeai-je.
— Lucas, tu ne nous présentes pas ? s'enquit la délicieuse créature blonde d'un ton mélodieux.
J'y faisais immédiatement une violente réaction allergique.
— Joyce, je te présente Zoé Talmont... Zoé, voici Joyce Laudt. Si vous voulez bien m'excuser, je me rends aux commodités.
Je l'assassinai du regard car il osait me laisser seule à seule avec son ancienne fiancée. Il feignit d'ignorer l'envie de meurtre qui brillait dans mes
prunelles pour se diriger vers les toilettes du bar de l'hôtel. Il fuyait, le salaud !
— Vous baisez avec lui ?
Quelle entrée en matière ! Tant de délicatesse et de subtilité dans une seule et même personne était impressionnant.
Je me retournai vivement vers la jeune femme dont le sourire sirupeux m'agaça prodigieusement.
— En quoi cela vous regarde ? rétorquai-je froidement.
Mademoiselle Laudt afficha un sourire glacial tout en sortant un portefeuille de son sac à main de marque. Je l'observai ensuite saisir un stylo bille
doré.
— Combien pour que vous dégagiez ? lâcha-t-elle en clignant à peine de l’œil.
— Pardon ?!
— Combien ? réitéra-t-elle seulement.
— Seriez-vous en train de me proposer de l'argent pour que... je vous laisse le "champ libre" ? demandai-je d'une voix blanche de fureur contenue.
J'hallucinais !
— Oh mais c'est qu'elle comprend vite... Mille euros, cela vous suffit ? Jolie somme pour aller respirer l'air ailleurs, non ?
Je n'avais absolument pas prévu le geste qui allait suivre, cela relevait uniquement du réflexe, comme ces actions que l'on réalise sans réellement y
penser.
Ma délicieuse boisson aux agrumes se retrouva la seconde suivante à dégouliner sur le visage de l'ancienne petite amie de Lucas. Embaumant l'air de
son parfum fruité et sucré, pour ma plus grande satisfaction personnelle. Je jubilai férocement de contempler sa mimique choquée, horrifiée et
indubitablement poisseuse. Joyce était hors d'elle... manque de bol : moi aussi.
— Je ne sais pas pour qui vous me prenez, crachai-je les dents serrées, mais agitez-moi encore votre fichu argent avec ce genre de chantage digne
d'une série télévisée... je vous jure que je vous l'enfonce dans le gosier !
— Mais que se passe-t-il, ici ?!
Mon regard rencontra celui abasourdi de Lucas et, pour unique réponse, je pinçai vivement mes lèvres l'une contre l'autre.
— Il me semblait pourtant que l'endroit bénéficiait d'une climatisation performante...
Je saisis violemment mon sac à main.
—... mais se rafraîchir au jus de fruits, c'est bien aussi... termina-t-il dans un souffle.
Sa plaisanterie tombait à plat, c'était le moins que l'on puisse dire.
— Ton ex estime que notre relation ne vaut pas plus de mille euros... et toi, à combien tu l'évalues ? Par simple curiosité.
Le silence choqué de monsieur "Smoking" fut presque aussi jouissif que la tête détrempée à la mandarine de Joyce. Je n'attendis pas que ce sale
vaurien dise quoi que ce soit et filai droit vers la sortie à une vitesse pouvant dépasser le mur du son.
J'étais parvenu à prendre quelques secondes d'avance tout en sachant pertinemment qu'il devait être sur mes talons.
Une fois à l'extérieur, je m'apprêtai à héler un taxi lorsque ses deux mains puissantes se posèrent sur mes épaules afin de me faire pivoter telle une
poupée de chiffons. Je me dégageai vivement.
— Tu peux m'expliquer ? gronda Lucas.
Un léger ricanement remonta le long de ma gorge pour s'échapper furtivement.
— Lucas Domeo... vous êtes une usine à problèmes. Vous semblez les fabriquer, avant même d'avoir épuisé votre stock. Entre les femmes mariées et

les ex-fiancées qui payent pour évincer leurs rivales... je ne sais que choisir. Mon cœur balance entre les deux.
— Mais enfin ! Je ne suis pas responsable des agissements de Joyce ! Jamais je n'aurais pensé que...
Je posai brutalement un index sur son torse viril, et ce, plusieurs fois d'affilée.
— Exactement ! Tu... ne... penses... pas. Réfléchir avant d'agir est un concept totalement abstrait pour les personnes dans ton genre... pourtant, je
t'assure que parfois, faire fonctionner sa matière grise peut éviter les situations délicates telle que celle dans laquelle nous nous retrouvons. On ne
laisse pas une ex, qui s'incruste, seule avec sa toute nouvelle relation. Extrêmement réfractaire, la relation. Très, très anxieuse, la relation. Surtout avec
une enragée du porte-monnaie. Mais vous croyez, quoi, vous, les bourgeois ? Que tout s'achète ? Non, l'argent n'achète pas tout !
L'expression de Lucas devenait de plus en plus sombre au fur et à mesure que je débitais mon petit discours, puis il croisa les bras dans une pose
faussement nonchalante. Cette dernière contrastait avec la lueur colérique luisant dans ses prunelles à la couleur hypnotique.
— Cite-moi une seule chose qui ne s'achète pas. Et ne me sors pas "l'amour" sinon je risque de mourir, victime d'un fou rire inextinguible.
J'ouvris la bouche pour la refermer promptement.
Quelque chose qui ne pouvait pas s'acheter ?
— L'air, lâchai-je, très satisfaite de ma trouvaille. L'air que tout un chacun, même toi, peut respirer librement sans débourser un centime.
Un demi-sourire étira la bouche injustement sensuelle de Lucas.
— Tu es vraiment rusée, ma douce, dit-il avec une teinte de fierté dans la voix.
Je me détournai aussitôt afin de camoufler mon expression victorieuse et tentai à nouveau d'arrêter un taxi.
— Je ne suis pas ta douce et, en parlant d'air, je vais suivre la suggestion de ta petite copine : j'en change et sur-le-champ.
— Ce n'est pas ma petite copine ! s'énerva-t-il.
— Entre nous, je me contrefiche de ce qu'elle est ! Je ne veux plus jamais vivre ce genre de situation humiliante ! Avant de me poursuivre, tu aurais
dû faire ton lit pour te coucher convenablement... mais où sont passés ces satanés taxis ?! Personne ne veut gagner de l'argent honnêtement, ce soir ?!
— Zoé !
J'avais crié, lui aussi, juste avant de m’attraper par le bras et me tirer brutalement pour essayer de m'étreindre. Je ne lui facilitais pas la tâche en me
débattant.
Nous commencions à attirer les regards des riverains voire de plusieurs clients de l'hôtel. Même le portier en habit pourpre n'osait pas intervenir, il
avait certainement dû reconnaître Lucas.
À force inégale, toute lutte est vaine, pensai-je amèrement en me retrouvant prisonnière contre son torse.
— Tu as raison, je n'aurais pas dû te laisser seule avec Joyce... c'est compliqué... j'étais tellement choqué de la revoir... bredouilla Lucas.
Lorsque je relevai la tête vers lui, tout en essayant encore de le repousser, je remarquai une expression familière très significative et me figeai.
— Tu me subjugues, souffla Lucas. Comment une telle beauté a pu rester célibataire aussi longtemps ? Cela défie toute logique.
— La flatterie ne te mènera à rien, tu le sais ?
— Je ne... je suis sincère, Zoé. Dès que je me retrouve près de toi, je deviens obsédé et n'ai qu'une seule envie : celle de te déshabiller et te faire
l'amour. M'as-tu jeté un sort ?
— Lucas, lâche-moi.
Mais il ignora ma requête et, bien au contraire, resserra sa prise.
— Je n'ai jamais connu ce genre d'attirance puissante... irrépressible, au point que je...
Il inclina son visage au-dessus du mien sans terminer sa phrase et je sus ce qu'il s'apprêtait à faire. Mon esprit se rebellait mais mon corps, ce traître,
savourait par avance le contact délicieux de ses lèvres sur les miennes. Une de ses mains quitta ma taille pour glisser vers ma nuque. Mes doigts
devinrent hypersensibles au tissu de sa chemise sur laquelle ils étaient posés.
Moi non plus je n'avais jamais connu un tel désir incontrôlable pour un homme. Dès qu'il apparaissait, l'air semblait crépiter autour de nous comme si
des millions d'électrons se mettaient à vibrer simultanément. Sa bouche effleura la mienne dans une caresse à peine perceptible, un frôlement doux, très
tendre. J'étais perdue, cette fièvre qui prenait possession de mon être, à chaque fois que Lucas me touchait, se mit à courir dans mes veines,
transformant mon sang en lave en fusion. Ses lèvres s'aventurèrent jusqu'au lobe de mon oreille puis le discret halètement qu'elles soufflaient sur le

fragile et sensible morceau de chair m'électrisa. Je perçus ensuite la pointe de sa langue quand Lucas se mit à taquiner mon lobe. Des frissons me
parcoururent entièrement, de la pointe des orteils au sommet de mon crâne.
— Lucas... murmurai-je, d'un timbre complètement chaviré, laisse-moi partir, s'il te plaît.
Mon monsieur " Smoking" relâcha légèrement la pression de ses mains, mais juste pour mieux les placer sur la chute de mes reins. D'un mouvement
brusque, il unit nos hanches. Impossible d'ignorer son désir.
— Je ne veux pas, dit-il, d'un air farouche.
— On a pas toujours ce que l'on veut, dans la vie.
— Moi, si.
Un petit rire amer m'échappa tandis que je me libérais lentement de ses bras.
— Parce que tu es Lucas Domeo ? lançai-je, sarcastique.
— Exactement. Parce que je suis un homme qui obtient toujours ce qu'il désire et ce que je désire en ce moment... c'est toi. Je te veux dans mon lit...
ou ailleurs. Peu importe l'endroit, en fait. Je veux jouir en toi, avec toi. Je veux admirer ton visage quand tu t'oublies entièrement sous l'emprise de
l'orgasme. Ça me plaît.
— Pour l'instant, tu as Joyce Laudt, il me semble que...
— Elle n'a rien à voir avec toi et moi ! Pourquoi la mets-tu entre nous ? Parce que cela va te permettre de fuir ? C'est ce que tu cherchais ? Une
excuse ? Je suis persuadé que tu es heureuse qu'elle te fournisse un prétexte de me rejeter !
— C'est faux ! m'écriai-je. Cette femme vient de me proposer une somme d'argent si je débarrassais le plancher ! Je crois qu'elle s'est interposée un
peu toute seule, non ?!
Une colère froide figea les traits de Lucas tandis qu'il reculait de quelques pas.
— Au moins, elle se donne les moyens d'obtenir ce qu'elle convoite.
Mes yeux s'agrandirent sous la stupéfaction.
— Tu trouves ce genre de choses admirable ?! Vraiment, nous n'avons rien à faire ensemble !
Un long silence tendu accueillit ma dernière déclaration.
— Tu ne pourras pas m'éviter indéfiniment, Zoé. Tu n'auras pas le choix... je ne te laisserai pas ce choix, fit-il en martelant chaque syllabe en
prononçant cette phrase.
Puis il se dirigea d'un pas souple, presque félin, vers le portier, ce dernier s'était appliqué à feindre ignorer notre dispute. Lucas sortit son portefeuille
de la poche intérieure de sa veste et lui tendit deux billets.
— Arrêtez un taxi et réglez la course. Que le chauffeur garde la monnaie et s'il arrive quoi que ce soit à cette jeune femme... je le retrouverai. Compris,
George ?
— Bien, monsieur, accepta l'homme en tenue avec déférence.
Mon adepte du " Smoking" opina, visiblement satisfait, et, après un ultime regard indéchiffrable dans ma direction, il rentra dans l'hôtel.
Dès que Lucas ait disparu dans le hall, le portier contacta une compagnie de taxi via un téléphone portable.
J'éprouvais subitement un immense vide dans le cœur. Une espèce d'anesthésie locale qui parvenait à se répercuter jusque dans mon esprit.
Une voiture blanche arborant sur son toit le néon typique des taxis se gara à mon niveau. George se précipita afin de m'ouvrir la portière arrière avant
de s'adresser au conducteur pour l'informer des instructions de son illustre client... diplomatie et subtilité en plus concernant ma sûreté.
Puis je lui indiquai mon adresse pour laisser mes pensées se faire happer par le défilement des lumières de la ville à travers ma vitre. La nuit était
rapidement tombée... Le temps passait toujours trop vite dans les bras de Lucas.
Une fois devant chez moi, je remerciai succinctement le chauffeur sans vraiment le regarder.
J'avais besoin d'un bon bain pour me détendre et de sommeil. Manger un simple en-cas me suffirait, n'ayant pas réellement faim.
Je déverrouillai ma porte d'entrée telle une automate pour ôter machinalement mes escarpins. Je venais à peine de déposer mon sac sur le guéridon
prévu à cet effet, pour décider la seconde suivante de fouiller l'intérieur à la recherche de mon téléphone et appeler Lisa. Au bout de quatre sonneries,
son répondeur se déclencha.

— Lisa, tu es virées, dis-je dès que le bip sonore m'y autorisa avant de raccrocher en appuyant sur la touche adéquate.
Je revis mentalement la dénommée Joyce Laudt tout en prenant un sachet de pain de mie sans croûte dans l'un des nombreux placards de ma cuisine.
Elle paraissait aussi fragile que j'avais l'air d'une dure à cuire. Elle était aussi blonde que j'étais brune. Nous nous ressemblions en rien et je n'arrivais
pas à me décider si cela était une bonne chose ou non.
Suite à la réaction évidente de Lucas face à l'apparition de son ex, il était facile d'en déduire que cela devait faire plusieurs années que ces deux-là ne
s'étaient pas croisés.
Je coupai avec un peu trop de violence quelques tranches de gouda. Difficile d'occulter ce sentiment de jalousie qui s'insinuait en moi. Il
m'empoisonnait les idées, m’envahissant d'une émotion peu plaisante.
Le bain, l'en-cas... rien n'avait réussi à me détendre. Cela faisait plus d'une heure que je tournais et virais dans le lit, seulement obnubilée par ma
conversation avec monsieur "Smoking". Je me repassais encore et encore la discussion dans la tête, essayant de trouver de meilleures répliques, de
meilleures réactions. De justifier mon raisonnement, tentant de me persuader qu'il avait tort et moi raison.
Immergée totalement dans ce remake fantasmé, je n'entendis pas immédiatement la sonnette, pourtant retentissante, de ma porte d'entrée.
Il n'y avait que Romain pour se pointer chez moi à une heure aussi tardive, je me préparai mentalement à subir ses remontrances, ces dernières
seraient sûrement accompagnées de judicieux conseils que je me ferais un devoir d'entendre que d'une seule oreille.
Une fois face au pan de bois délicatement sculpté et d'époque, je perçus en tendant l'oreille, une espèce de miaulement. Je m'approchai doucement de
la porte afin de mieux écouter, nullement certaine d'avoir affaire à un véritable matou.
Le gémissement félin recommença suivi d'un rire étouffé.
— Qu'est-ce que... commençai-je en tournant le verrou.
J'ouvris brusquement et tombai nez à nez sur Lucas.
Au vu de ses vêtements débraillés, de ses cheveux partant dans tous les sens et de ses prunelles étrangement brillantes, je devinai que monsieur
"Smoking" devait avoir un taux non négligeable d'alcool dans le sang.
Un sourire enfantin sur les lèvres, il écarquilla les yeux, feignant d'être surpris de me découvrir sur le seuil de ma maison.
— Quelle étrange coïncidence que le chauffeur censé me ramener m’ait déposé devant chez toi... ! Cela doit être le destin... je ne vois que ça.
Pour toute réponse à ce mensonge éhonté, je claquai furieusement la porte.
Un énième "miaulement" se fit aussitôt entendre, bien plus bruyant que les précédents. Je restai immobile, indécise sur l'attitude à adopter. Force
était de constater qu'il n'était pas avec la fameuse mademoiselle Laudt, ce qui lui donnait forcément de bons points.
Ce fut en soupirant que je rouvrais la porte. Les doigts encore sur la clenche, me tenant prête à de nouveau la refermer au moindre signe alarmant
quant aux intentions louches de ce fils de milliardaire.
— Je n'invite pas chez moi les chats qui ont autant de puces sur le dos, lâchai-je, mon regard rivé au sien.
Ce à quoi il arqua les sourcils.
— Miaou ? fit-il, une expression innocente sur le visage.
— Il n'y a pas de "miaou" qui tienne, monsieur Domeo, vous possédez certainement une spacieuse tanière pour vous et vos parasites. Inutile de me
demander asile. Suis-je claire ? Bonne nuit, Lucas.
Je n'eus pas le temps de repousser la chaussure qu'il glissa dans l’entrebâillement et l'encadrement afin de m'empêcher de refermer la porte une bonne
fois pour toutes.
— Je veux seulement parler, Zoé... me supplia-t-il.
L’intonation de sa voix me parut assez sincère pour que je lui cède, poussée autant par la curiosité que par le besoin inavouable de le sentir près de
moi.
— Entre.
Lucas Domeo obtempéra puis jeta un rapide coup d'œil circulaire, en s'abstenant néanmoins de commenter mon goût prononcé pour la récupération.
Tous mes meubles étaient des achats chinés dans les brocantes et restaurés par mes soins. Je détestai le gaspillage et économiser était devenue une
obsession depuis ma plus "tendre" enfance. Et pour cause... je m'appliquais constamment à me différencier de ma mère. Me comporter comme son
parfait opposé était pour moi la seule façon d'y parvenir.
— Je t'en prie, assieds-toi, l'invitai-je en désignant mon canapé d'un geste de la main.

Là encore, mon monsieur " Smoking" obéit sagement... en titubant, certes.
— Je suis saoul, Zoé, annonça-t-il en se laissant choir sur les coussins moelleux.
— C'est ce que j'ai cru comprendre, dis-je sobrement. Café ?
— Tu n'as rien de plus fort ?
Il avait posé la question, un sourire incertain sur les lèvres.
— Je ne crois pas cela soit bien judicieux vu ton état.
Lucas grimaça puis hocha brièvement la tête.
— Tu ne veux pas faire l'amour avec moi ? tenta-t-il avec humour.
Cependant, je décelai un accent de vérité, empreint d'urgence désespérée.
Était-il possible que le sexe soit, pour lui, la réponse à tous ses problèmes ?
— Je croyais que tu voulais discuter.
— Baiser est une forme de discussion... les réconciliations sur l'oreiller en sont la preuve formelle.
— Lucas...
Il leva les mains en l'air en signe de paix.
— Joyce a été mon premier grand amour... le seul, en fait. Je la connais depuis le collège et je pense que j'ai eu ce que les gens nomment le "coup de
foudre".
Apprendre cette information ne m'aidait pas à vouloir poursuivre notre relation, bien au contraire. Cela me fit mal, me blessa tout en étant consciente
que ce sentiment incontrôlable était ridicule. Vu son statut social, sa popularité auprès de la gent féminine, logique qu'il fut tombé amoureux au moins
une fois dans sa vie.
— Nous sommes sortis ensemble durant quatre ans, j'avais même prévu de l'épouser malgré sa famille de basse extraction. J'avais également
officialisé la chose auprès de mon père et n'en démordait pas malgré ses menaces de me déshériter si je m'entêtai à faire de Joyce ma femme. Puis elle a
disparu du jour au lendemain avec sa mère, ne laissant derrière elle qu'une lettre scotchée aux volets de la fenêtre de sa chambre, m'expliquant qu'elle ne
m'avait jamais aimé, qu'elle n'était avec moi que pour l'argent, le prestige... comme se rendre à l'école en limousine. J'ai été dévasté et ma confiance,
qu'elle soit en moi ou aux femmes, s'en est retrouvée sérieusement ébranlée. J'ai essayé de la haïr, j'ai cru sincèrement y être arrivé... seulement, en la
revoyant aujourd’hui, je me rends compte que ce n'est pas le cas.
Mon cœur venait d'être broyé dans un étau douloureux, glacial et impitoyable. J'aurais voulu jamais entendre cette histoire.
— C'est très honnête de ta part de me raconter cela, Lucas. Mais en quoi cela nous concerne ? Essaies-tu de me dire que tu souhaites renouer des
liens avec elle ? Si c'est le cas, un coup de fil aurait été suffisant, il était inutile de faire le déplacement jusqu'à chez moi, déclarai-je froidement.
Monsieur "Smoking" bondit hors du canapé pour marcher de long en large devant moi, tel un lion en cage. Il passa nerveusement les doigts dans
ses cheveux, le regard fuyant.
— Je ne sais pas... franchement, je n'en ai pas la moindre idée. Peut-être... ou peut-être pas. Penses-tu que je devrais tenter ?
Un rire hystérique secoua mes épaules.
— Tu me poses la question ? Vraiment ?
— Oui, je te la pose. Ça peut paraître abominable de ma part d'aborder le sujet avec toi... mais ce soir, Joyce m'a avoué m'aimer et que si elle était
partie aussi brutalement en me mentant, c'était uniquement à cause de mon père qui lui avait proposé, à l'époque, une très grosse somme d'argent, que
sa mère l'avait pressée d'accepter vu l'état de leur finance. Ce jour-là, elle a décidé de ne revenir vers moi que lorsqu'elle aurait une situation et un
compte mirobolant. Visiblement, c'est chose faite. Je connais mon père et je suis absolument sûr qu'elle m'a dit la vérité.
— Oh, je te crois sur parole... vu que ton ex a employé exactement cette technique pour m'évincer, rétorquai-je avec aigreur. Mais tu ne me dois rien,
Lucas. Notre relation n'était pas si profonde que cela, libre à toi de faire ce que tu veux et avec qui tu veux. Par contre, effectivement, c'est ignoble de ta
part de me demander conseil ou de prendre la décision à ta place.
— C'est parce que... Zoé. Zoé... répéta-t-il, rembruni. J'ai peur de faire une énorme erreur si je te laisse partir... même si tu me repousses
continuellement. Il suffit que je me remémore une de nos conversations pour sourire bêtement, toutefois... Avec toi, j'ai l'impression d'essayer d’attraper
de l'eau avec les doigts. Je ne sais pas ce que tu souhaites réellement, tu es si mystérieuse... tu me fascines et m’agaces. Tu clames vouloir une relation
sérieuse et pas seulement du sexe, quant à moi je ne suis pas prêt pour ça.

— Mais avec Joyce, tu pourrais avoir une relation sérieuse, j'ai raison ? Je n'ai pas besoin d'un type aussi paumé dans ma vie, alors je pense que ton
choix va être vite fait, m'énervai-je en croisant les bras sur ma poitrine.
— Je connais Joyce, c'est mon premier amour, Zoé. Toi et moi, nous ne savons rien l'un de l'autre...
— C'est exact, et c'est d'ailleurs une très bonne chose, je trouve. Cours après ton passé si ça te chante, moi je préfère l'oublier.
Le regard de Lucas se riva brutalement au mien à me clouer sur place.
— Quel est-il ? demanda-t-il avec douceur.
— Quoi donc ?
— Ce passé que tu désires tant effacer...
— Tu ne mérites pas que je me confie à toi.
Dans un premier temps, monsieur "Smoking" digéra silencieusement ma réflexion, puis il serra les poings, seul signe visible de sa colère.
— Ton chef cuistot le connaît ? s'enquit-il en serrant les dents.
— Bien sûr, susurrai-je, perfide.
Vu l'expression qu'il affichait, il mourrait de jalousie et je m'en réjouissais car moi aussi, je haïssais le fait que ma "rivale" ait un tel vécu avec lui.
Lucas réduisit la distance nous séparant en quelques pas puis saisit mon menton entre son index et son pouce, me forçant ainsi à le regarder droit
dans les yeux.
Il n'avait plus l'air saoul, ni même perdu.
Venait-il de jouer la comédie ?
— C'est cruel de ta part de me rendre fou de toi... Tu vois à quoi j'en suis réduit ?
Il avait bel et bien joué la comédie.
Je retins de justesse une terrifiante envie de le gifler, cette dernière me démangeait follement les doigts.
— Tu m'as menti... murmurai-je, les yeux emplis de fureur.
— Pas tout à fait. Joyce m'a effectivement raconté tout cela, mais je n'ai pas l'intention de remettre le couvert avec elle... je reconnais cependant
t'avoir testée. Tu es insaisissable, Zoé. Je ne sais plus comment t'amener à moi... et lorsque je crains de perdre, je deviens passablement manipulateur.
— Ose prétendre que son retour ne te trouble pas ! m'exclamai-je férocement.
Lucas me relâcha méchamment sans cesser de me fixer avec intensité.
— Bien sûr que je suis déstabilisé par sa soudaine réapparition, mais je ne suis plus un môme de seize ans. Je t'avouerai néanmoins que ta jalousie
me procure une certaine joie... termina-t-il avec un sourire enfantin.
Mon estomac se contracta violemment sous ses prunelles avides.
— Je refuse de coucher avec toi, balbutiai-je.
— C'est ennuyeux parce que j'en ai très envie, là...
Joignant le geste à la parole, Lucas frôla la pointe de mon sein du dos de sa main et, même entravé par le tissu de mon pyjama de coton, celle-ci réagit
promptement en se dressant.
— Ta bouche dit une chose, qui est souvent l'exact contraire de ce que veut ton corps. J'aime ce paradoxe... il m'excite. J'ai l'impression de devoir te
conquérir encore, et encore. C'est un jeu qui n'a jamais de fin avec toi.
Cette seule caresse suffit à perturber le rythme de ma respiration.
Mon monsieur "Smoking" attrapa ma chemise au niveau du ventre et tordit le tissu entre ses doigts afin de me tirer vers le canapé tandis que luimême s'asseyait dessus. Là il écarta les jambes, croisa élégamment ses mains puis pencha la tête sur le côté pour m'observer entre ses cils.
— C'est quoi cette horreur que tu portes sur le dos ? s'enquit-il en souriant légèrement.
Je restais figée, face à lui, à la fois furieuse et curieusement émoustillée par l'ambiance qu'il parvenait à instaurer entre nous.

— Montre-moi tes seins, chérie. J'ai soif de les regarder, de les goûter...
— Tu peux toujours rêver, Lucas. Rentre chez toi.
— Je partirai à condition que tu me donnes ce que je te demande.
— Et si je refuse ?
— Ça me convient tout à fait de passer le restant de mes jours ici.
— Tu plaisantes ?! m'écriai-je, ahurie.
Lucas haussa un sourcil, visiblement amusé.
— Non, tu ne plaisantes pas, en conclus-je après l'avoir longuement scruté. Très bien, je te montre mes seins et ensuite tu déguerpis, nous sommes
d'accord ?
— Non, fit-il à son tour, irrité. Tu me laisses jouer avec ton corps et ensuite je partirai.
— C'est-à-dire ?
— Viens par là, je vais t'expliquer.
— En parlant d'explication, comment as-tu trouvé mon adresse ?
Mon ténébreux et problématique amant eut un petit rire de gorge typiquement masculin.
— Pas très discret ton changement de sujet... Je connais le directeur de la compagnie de taxi qui possède un contrat avec l'hôtel. Je suis Lucas
Domeo, obtenir ton adresse a été ridiculement aisé. Approche, m'ordonna-t-il en ronronnant.
— Nous ne coucherons plus ensemble tant qu'il y a ton ex entre nous, annonçai-je le plus fermement possible.
— Joyce se mettra entre nous que si tu l'y places, Zoé. Et c'est très précisément ce que tu es en train de faire, gronda Lucas d'une voix sourde, les
yeux accrochés à ma poitrine.
Je me sentais nue sous son regard vorace. Mais au lieu de me faire fuir, comme j'aurais dû raisonnablement réagir, je désirai entrer dans son jeu, une
fois de plus.
Le sexe mène le monde, songeai-je amèrement. Le sexe et l'argent... les pouvoirs suprêmes. Comme toujours, comme pour ma mère... comme pour
mon père.
Le fol besoin de ne plus penser à "ça" éradiqua mes dernières résistances. Mon impossible séducteur de femmes mariées allait m'aider, à son insu...
Je voulais oublier, tout oublier et, dans ses bras, j'y arrivais jusqu'à m'anesthésier l'âme.
Je défis un à un les boutons de la chemise de mon pyjama tandis que Lucas se débarrassait de sa ceinture, nos regards liés l'un à l'autre, sans
éprouver l'envie de dire un seul mot. Il avait compris ma reddition et ne se risquait pas à tout gâcher avec une parole malheureuse.
Je m'installai sur lui sans m'appuyer complètement sur son entrejambe, ma position l'obligea à garder la tête légèrement inclinée vers l'arrière s'il
désirait continuer à contempler les fenêtres de mon âme. Je le regardai droit dans les yeux, lui aussi, et je sus. Il avait deviné que je n'étais plus dans
mon état normal. Tout mon être envoyait des signaux clairs : ce n'était pas Lucas qui utilisait le sexe comme réponse à son problème ; c'était moi.
Les mois et les mois de travail acharné avec mon psychiatre n'avaient servi à rien, j'étais revenu à la case départ.
— Baise-moi, Lucas, dis-je dans un souffle ténu.
Cette requête, supplique même, émise en termes crus, provoqua une lueur dans ses beaux yeux verts, une expression que je détestais aussitôt car
trop proche de la tristesse. Lorsque mes doigts glissèrent dans les boucles brunes et soyeuses de ses cheveux, elle fut vite remplacée par le désir brut,
et je m'en satisfaisais.
— À tes ordres, mon cœur, chuchota-t-il avant de baisser son visage vers ma poitrine offerte.
Il saisit délicatement le mamelon gauche entre ses dents et, tout en le maintenant prisonnier, l’agaça du bout de la langue, plusieurs fois, durcissant
un maximum la pointe afin de transformer cette caresse en délicieuse torture. Je rejetai la tête en arrière, les ongles plantés dans le cuir de ses cheveux.
Mes propres gémissements résonnaient telles des complaintes lascives que je libérais sans aucune pudeur. Puis il abandonna ce sein au profit de
l'autre pour lui administrer le même traitement. Je sentais le gonflement reconnaissable de son sexe qui se pressait désormais contre le mien. C'était
agréable, excitant, une caresse sensuelle sans en être véritablement une... il y avait de l'égoïsme à éprouver du plaisir physique dans ce contact
involontaire mais je le prenais. Je voulais atteindre rapidement la jouissance, je désirais plus que tout en cet instant bénéficier de son pouvoir
libérateur, et vite, très vite. Ce désir cupide m'incita à frotter voluptueusement mon bassin contre son membre durci. Malgré l'entrave de son pantalon et
le mien, les va-et-vient me déclenchèrent les vagues de sensations électriques si convoitées, partant de mon clitoris pour remonter dans le reste de mon
corps, telles des ondes chaudes d'un lac enivrant. Lucas plaça vivement ses paumes au bas de mes reins afin de m'aider tout en accentuant avec plus

de force ce mouvement rythmé de mes hanches.
Lui aussi prenait du plaisir, ce sentiment d'utiliser l'autre pour atteindre les sommets de la volupté, au lieu de nous doucher, nous excitait
horriblement.
La bouche de Lucas déserta mes seins et il me renversa, dos contre les coussins du canapé pour baisser à mi-cuisses le pantalon de mon pyjama.
Presque totalement au-dessus de moi, il introduisit un doigt, puis deux à l'intérieur de ma chair intime et humide.
Il imita à merveille l'acte de pénétration, même s'il y avait une large différence avec son sexe, la vigueur et la cadence prirent rapidement le pas sur
cette inégalité de circonférence. Je demeurai prisonnière du vêtement malgré ma volonté d'écarter un maximum les cuisses pour mieux l'accueillir.
L'élastique de mon bas de pyjama finit par me faire mal mais je m'en fichais, au contraire, cette douleur intensifiait, exacerbait les afflux de jouissance.
Soudain la bouche de mon monsieur "Smoking" s'écrasa violemment sur mes lèvres et j'acceptai sauvagement son baiser, savourai goulûment sa
langue qui s'enroulait avec passion autour de la mienne alors que ses doigts ne cessaient de me prendre avec une frénésie m’amenant aux bord de
l'extase.
Lucas se détacha de moi, et quand il retira son index mais aussi son majeur, je poussai un cri aigu de frustration, j'étais si près d'atteindre l'orgasme !
Il sourit avec une satisfaction féroce tout en m'enlevant le bas de mon pyjama pour ensuite libérer son membre plus que prêt, sans même baisser
franchement son pantalon. Il me saisit par les hanches afin de me faire comprendre de me retourner à plat ventre, sur le sofa. J'obtempérai, fiévreuse,
seulement dominée par l'envie de le sentir en moi. Il suréleva mon bassin jusqu'à ce que la position lui convienne pour me pénétrer et, lorsqu'il le fit, une
myriade de sensations se répercuta dans la totalité de mon corps. J'avais pleinement conscience de son sexe et du mien, mais surtout du plaisir qu'il
déclenchait le long de ma colonne vertébrale. Je ne pus retenir les gémissements rauques que je poussais à chacun de ses fougueux coups de reins.
Heureusement qu'il me maintenait, les doigts enfoncés dans la chair de ma croupe, sinon je me serai écroulé sous sa force. Entendre ses doux râles
devenir de plus en plus forts aiguisait mon propre plaisir et enfin j'accédais à l'ultime volupté, celle qui anéantissait toute pensée plus ou moins
cohérente. J'en venais à croire que mes membres risquaient de se détacher sous l'assaut d'un tel orgasme. Lucas s'effondra sur moi, son torse contre
mes omoplates. Percevoir ses muscles virils me procurait davantage de bien-être. Il y avait quelque chose de rassurant dans la chaleur qui émanait de
lui, je fermai les yeux, me laissant bercer par cet apaisement inouï, celui du corps repu de jouissance.
Après m'avoir tendrement embrassé la nuque, mon monsieur "Smoking " se retira délicatement et j'entendis nettement le bruit distinctif du préservatif
que l'on ôte. Lucas y avait pensé cette fois-ci... bizarrement, cette précaution ne m'apporta aucune sérénité. J'avais dû être dans un sacré état
d'excitation pour ne pas avoir calculé le moment où il en avait déchiré la protection.
Il me souleva gentiment les mollets afin de s'asseoir sur les coussins du canapé sur lequel je restais allongée, puis les reposa sur ses cuisses.
— Tu n'as rien à me dire ?
— D'accord, tu peux passer la nuit ici, marmonnai-je d'une voix lourde, comme ensommeillée.
Lucas éclata d'un rire essoufflé.
— C'est trop aimable, mais ce n'était pas à cela que je faisais allusion.
— Ah. Et à quoi faisais-tu allusion ?
— Tu ne semblais pas vouloir qu'on s'envoie en l'air, nous devons ce changement radical à quatre-vingt-dix degrés à quoi ?
— Si je te dis que c'était extraordinairement bon, tu pourrais t'en contenter ?
Un petit silence m'indiqua qu'il réfléchissait sérieusement à la question.
— Pour ce soir, oui, répondit-il, un sourire dans la voix.
— Merci.
— Tout le plaisir était pour moi, rétorqua Lucas, l'inflexion ironique.
Sa paume vint flatter doucement mes fesses pendant que je m'entêtais à demeurer dans la même posture. Ce contact suffit à raviver les flammes de
mon désir et lorsque sa caresse tendre voire innocente le devint beaucoup moins, je compris qu'il éprouvait la même chose.
J'écartai instinctivement les cuisses dans une invitation explicite. J'aimais ressentir la sensation d'être complète quand Lucas et moi étions unis,
charnellement parlant. Au fond de moi, il ne me manquait qu'une certaine confession de sa part pour approcher la douce lumière du bonheur. Je tombais
amoureuse de lui. De son corps, de son odeur, de sa voix, de sa présence, de ce sentiment d'être vivante dès qu'il me touchait. Mais je désirai plus et ce
constat m’éblouit à me rendre aveugle. Je le perçus se déplacer et lorsque je devinais son visage contre la partie la plus charnue de mon anatomie, ma
peau devint subitement hypersensible.
— Je n'arrive pas à me lasser de toi, ma chérie. Plus je te goûte, plus je te veux. Tu me rends insatiable.
Sa langue vint lécher avec une langueur exquise l'épiderme délicat se trouvant à l'intérieur du haut de ma cuisse, à la croisée du chemin de mon
postérieur et des lèvres de mon sexe. Lucas y mettait une application diabolique, ce qui contracta violemment les muscles de mon bas-ventre, à
nouveau affamé de lui. Sa bouche se rapprochait à une lenteur insoutenable de son objectif, pas faute de lui faciliter les choses en m'ouvrant

impudiquement. Je l'entendis rire devant mon empressement à lui offrir le cœur de mon intimité.
— J'adore connaître tes faiblesses sexuelles... ça me donne l'impression que tu m'appartiens, chuchota-t-il avant de souffler sur la chair humide et
impatiente, comme pour la narguer.
Je frémis des orteils à la tête.
— Toutes les femmes affectionnent ce genre d'attention... et il me semble que les hommes apprécient également ce type de caresse.
— Je reconnais que quatre-vingt-dix-neuf pour cent des mecs aiment que leur partenaire les prenne dans leur bouche... mais j'ai connu des femmes
qui étaient exclusivement "vaginales". Les embrasser à l'endroit précis dont tu raffoles les laisse de glace.
— Elles ne savent pas ce qu'elles ratent, murmurai-je d'une voix étranglée. Oh mon Dieu... gémis-je.
Mon impétueux amant venait de plonger avec délectation sa langue, le plus loin possible, à l'intérieur de moi, pour ressortir aussitôt et torturer ce
fabuleux bouton de plaisir capable de me dévaster. Il alterna tour à tour taquinerie vive de la pointe durcie de sa langue et léchage langoureux. Je
subissais ses attaques, criant des mots sans suite, ni véritable sens. Son prénom venait régulièrement se répercuter dans mon salon. Mes doigts
s'agrippèrent au tissu rugueux du sofa suivis de mon visage qui s'enfouit dans le coussin, afin de laisser libre cours oralement sans réveiller la totalité
de mon voisinage. Nous venions de faire l'amour et mon corps avait gardé une certaine sensibilité, la caresse que m'octroyait Lucas était tout
simplement en train de me tuer. Je ne savais pas jusqu'à aujourd'hui qu'il était possible de mourir de plaisir, mais au vu des spasmes incontrôlables qui
m'agitaient, j'aurais pu facilement parier sur la véracité d'une telle éventualité.
Mon bassin s'arqua à l'instar de mon entrecuisse, fervent de lui donner un libre accès. En cet instant, il m'avait entièrement en son pouvoir, j'étais
prête à lui dire, lui donner ce qu'il voudrait. Il le saisit d'instinct et s'arrêta brusquement.
Je poussai un cri de rage et me retournai à demi vers lui, le regard suppliant. Le sien brûlait d'une flamme passionnée mais également impitoyable.
— Zoé... m'aimes-tu ?
— Qu... quoi ? fis-je, désorientée et en me tournant complètement sur le dos.
Lucas posa ses mains sur les genoux de mes jambes repliées et les écarta légèrement, sans me lâcher des yeux. J'étais prisonnière de leur teinte de
pomme acidulée.
— Je te demande si tu es amoureuse de moi.
— Lucas... bafouillai-je, le regard fuyant.
Il n'attendit pas la réponse à sa question, puis posa à nouveau sa bouche sur le tendre morceau de chair érigé et palpitant, celui qui réclamait
fébrilement ses attouchements humides.
Les yeux clos, je mordis sauvagement ma main pour éviter de hurler à tue-tête que oui, je l'aimais. Je l'aimais de cette passion dévorante qui ravage
tout sur son passage.
Lorsque j'ouvris les yeux plusieurs heures s'étaient écoulées. Les lueurs du jour envahissaient ma chambre à coucher. Je ne gardais aucun souvenir
sur la façon dont j'avais fait le trajet depuis le canapé du salon mais je me doutais que monsieur Domeo y était sûrement pour beaucoup.
J'avais la gorge et les lèvres desséchées. La soif me poussa à trouver la motivation nécessaire pour sortir du lit.
Je me dirigeai d'un pas mal assuré vers la cuisine, les paupières alourdies de sommeil. En pénétrant dans la pièce, je ne fus qu'à moitié surprise d'y
retrouver Lucas, le postérieur accolé à l'évier en train de boire un café. Il m'adressa un sourire par-dessus la tasse avant d'avaler une longue gorgée.
— Déjà debout ? dis-je pour la forme, en ouvrant le frigidaire.
Au début, je ne prêtais pas attention à son étrange silence, uniquement concentrée à déboucher ma bouteille d'eau minérale et en ingurgiter un
maximum le contenu, tout cela en retenant machinalement ma respiration.
Quand enfin ma soif irrépressible fut apaisée, je rangeai l'eau à sa place initiale et me tournai dans sa direction, perplexe.
— Lucas... quelque chose ne va pas ?
Monsieur "Smoking" déposa lentement sa tasse dans le bac en inox. Je pus admirer la musculature parfaite de son torse, des pectoraux aux
abdominaux.
— Tu as reçu un appel ce matin, vers neuf heures, commença-t-il.
Une impression indéfinissable, mais fort inquiétante, dans le ton de sa voix fit battre mon cœur plus rapidement dans ma poitrine.
— Romain ? tentai-je, pleine d'espoir.

Pourquoi me sentais-je brusquement nerveuse ? Mon esprit paniquait instantanément... alors qu'il n'y avait, à priori, aucune raison valable.
— Un certain monsieur Leoni, du cabinet Leoni et Fouget... ça ne te rappelle rien ?
Chacun de mes membres s’engourdit, comme vidé de force et substance vitale. Mon larynx parut rétrécir au point que respirer me fut extrêmement
pénible. Je m'appuyai aussitôt d'une main contre le mur, alors que l'autre se posait sur ma poitrine, là où mon organe cardiaque pulsait à un rythme
affolé. Ma vision se troubla et devint floue.
Je perçus Lucas du coin de l’œil ; il se précipitait près de moi afin de me soutenir, je me laissais aller dans ses bras, profitant de sa solidité tandis que
la mienne prenait le large.
— Tu devrais me parler, Zoé. Ton... ton ami le cuistot n'est pas le seul qui puisse t'aider. Je peux t'épauler en cas de problèmes... admets que ce n'est
pas seulement une histoire de sexe entre nous !
Je ris mais le son qui sortit de ma gorge ressembla davantage à un bruit rauque éraillé.
— C'est toi qui dis ça ?! Toi qui me chantes depuis le début que nous sommes juste un plan baise ! rétorquai-je, en tentant faiblement de m'éloigner
de lui.
— Parce que c'est ce que j'ai cru vouloir de toi. Parce que j'étais persuadé ne désirer que ça. Es-tu à ce point aveugle ?! Je me comporte comme un
mec qui cherche seulement un plan cul ?! Même moi j'ai fini par m'en rendre compte !
Un téléphone portable se mit à sonner et, vu la musique qu'il émit, ce n'était pas le mien... mais celui de Lucas. Il continuait à chantonner joyeusement
un vieux tube des années soixante dont le titre m'échappait complètement.
Je me dégageai doucement de monsieur "Smoking" pour prendre dans la main son téléphone, placé sur mon buffet, alors qu'il se mettait désormais à
vibrer.
Je me sentais toujours aussi mal mais j'avais besoin d'axer ma peur et ma colère sur autre chose que cet appel du cabinet d'avocats qui s'était jadis
occupé de... "l'affaire".
— Tu ne réponds pas ? C'est peut-être urgent...
Le mutisme de Lucas m'incita à regarder l'écran de son petit gadget dernière génération en matière de téléphonie mobile.
— Diantre ! Quelle surprise de voir le nom de ton ex s'afficher !
— Zoé... ce n'est pas ce que tu crois.
— Ah ? Et tu possèdes, en plus, l'extraordinaire pouvoir de connaître les pensées d'autrui ? Mais quel homme fabuleux vous êtes, monsieur Domeo !
— Zoé...
Je lui tendis méchamment son téléphone tout en lui octroyant un regard glacial au passage.
— Prends tes affaires et fiche le camp rejoindre ta petite fiancée.
— Je t'assure que tu te trompes ! s'énerva Lucas en récupérant son bien d'un geste brusque.
— Ça m'étonnerait beaucoup, vu ton curriculum vitae amoureux.
Nous nous défiâmes longuement avant qu'il ne pousse un soupir excédé.
— Je m'habille et je décampe, satisfaite ? lança-t-il d'un ton aigre.
Je croisai les bras sur ma poitrine.
— Au-delà de mes espérances !
Puis l'adepte du "Smoking" afficha une mimique sarcastique, le regard braqué sur mon humble personne.
— Eh bien ? fis-je, irritée qu'il prenne son temps.
Lucas agita un index en direction de mes seins.
— Ma chemise, lâcha-t-il laconiquement.
Je baissai automatiquement les yeux sur le vêtement que je portais et rougis honteusement. Effectivement, j'étais juste vêtue de sa chemise et...
seulement sa chemise.

Furieuse envers moi-même, je défis rageusement les boutons sous les prunelles attentives de son altesse Lucas Domeo.
— Surtout, ne te presse pas, le spectacle vaut le détour, dit-il, d'une voix suave.
— Profites-en, le prochain strip-tease n'est pas près d'arriver, crachai-je.
— Oui... jusqu'à ce que mes doigts glissent malencontreusement dans ta culotte, répliqua cruellement Lucas.
Je stoppais net à mi-chemin pour l'assassiner d'une copieuse et vindicative œillade meurtrière.
— Qu'est-ce que tu insinues ? Que je n'ai aucune volonté pour te résister ?
— Je n'insinue rien, je constate.
Je repris, hors de moi, le déboutonnage du vêtement.
— Tu veux parier ? proposai-je, venimeuse à souhait.
Une fois la chemise totalement défaite, je l'ôtai sans cesser de le fixer, courroucée.
Entièrement nue, je ne fuyais pas son regard subitement avide ; il me dévorait, me caressait de ses prunelles assombries par la passion. Malgré moi,
son désir si ouvertement affiché attisait le mien et la pointe de mes seins durcit d'emblée.
Pour couper court à la montée flagrante d'une tension purement sexuelle dans ma cuisine, je lui jetai son vêtement, roulé en boule par mes soins.
Lucas l’attrapa au vol, puis le serra dans ses mains à s'en blanchir les phalanges.
Ses yeux s'attardèrent sur mon mont vénus pour remonter lentement vers ma poitrine et finalement croiser les miens.
— Il me suffit de t'embrasser pour que tu me supplies de venir en toi... je te le prouve ?
— Je ne veux pas que tu me prouves quoi que ce soit, je veux que tu partes.
Il avait raison. Je le savais car chaque pore de ma peau réclamait son corps dur et viril. Son parfum typiquement masculin... dès qu'il me touchait, je
devenais une véritable étrangère uniquement affamée de ses caresses. Et je me détestais d'être si faible face à cette envie que j'avais de lui.
Lucas esquissa un sourire plein de suffisance, légèrement prédateur.
Je n'étais pas en état psychologique pour batailler ou jouer à son petit jeu. Je souhaitais juste qu'il s'en aille pour affronter le retour de mon propre
passé.
— Lucas, si tu as un tant soit peu d'estime pour moi, va-t'en. J'ai besoin d'être seule... tu comprends ?
Peut-être fut-ce à cause de l’intonation tremblotante de ma voix, mais sa mimique arrogante disparut immédiatement pour laisser la place à une
expression beaucoup plus grave et sérieuse.
— Il te faudrait uniquement me parler, t'ouvrir à moi et pas seulement sur le plan sexuel. Je sais que je n'en donne pas l'impression, mais je suis... je
peux être le genre de personne sur lequel on peut compter.
Je secouai doucement la tête.
— Tu as aussi tes problèmes... tes souvenirs à démêler et j'ai les miens. Je ne suis pas apte à te proposer le même secours, il serait malvenu de ma
part d'exiger une telle chose de toi.
Monsieur "Smoking" passa une main découragée sur son visage.
— Pourrais-tu te vêtir convenablement ? J'essaie d'avoir avec toi une conversation sérieuse, mais faire abstraction ou simuler ignorer ta superbe
nudité est un véritable échec.
Un petit rire dénué de joie s'échappa involontairement d'entre mes lèvres.
— Lucas... murmurai-je.
— Je n'ai pas envie de te laisser seule, Zoé.
— S'il te plaît, va régler ton tracas de fiancée sur le retour, quant à moi, je vais gérer le mien.
Un court silence suivit ma déclaration.
— Très bien, tu as gagné cette partie... mais pas la victoire finale.
Sur ces mots, monsieur "Smoking" quitta ma cuisine tout en enfilant sa chemise, irrémédiablement froissée.

Ce ne fut que lorsque j'entendis la porte d'entrée claquer que je me rendis dans ma chambre afin de m'habiller rapidement. Une fois de retour dans
mon salon, je pris le combiné de mon téléphone fixe et composai l'un des rares numéros qui demeurait gravé à jamais dans ma mémoire : celui de Maître
Leoni.
Une voix féminine légèrement atone me répondit :
— Cabinet Leoni et Fouget, bonjour.
— Bonjour, Zoé Talmont à l'appareil ; puis-je parler avec Maître Leoni, s'il vous plaît ?
— Ah, je suis désolée mademoiselle Talmont, Maître Leoni vient juste de partir pour la cour d'assises... mais il m'a avertie que vous appelleriez, je
dois vous passer son numéro de portable, vous avez de quoi noter ?
— Oui, allez-y, répondis-je tout en cherchant fébrilement un stylo et un bout de papier dans le petit tiroir du meuble où se trouvait la base de mon
téléphone. Je vous écoute.
Tandis que j'écrivais en tremblant la série de chiffres énoncée par la secrétaire de l'avocat, ma vue se brouilla à nouveau et mes difficultés
respiratoires revinrent au galop. Je remerciai du bout des lèvres la jeune femme avant de couper promptement la communication.
Je pouvais y arriver. Je pouvais le faire.
Mes yeux fixèrent sans vraiment le voir le combiné et je repris mes esprits en regardant le numéro de Leoni. Je composais anxieusement ce dernier
avec la désagréable sensation que l'orage éclatait au loin, comme lors de cette terrible nuit.
— Mon Dieu... soufflai-je, au bord des larmes, faites que cela ne soit pas ce à quoi je pense... pitié, s'il vous plaît...
Trois sonneries retentirent avant que l'avocat ne réponde.
— Allô ?
— Maître Leoni ? Bonjour, c'est Zoé à l'appareil, excusez-moi de vous déranger mais j'ai eu votre numéro par votre secrétaire et...
— Oui, Zoé, comment allez-vous ?
— Bien, je...
— Je suis sincèrement désolé de ne pas pouvoir y mettre les formes, mais je vais plaider dans quelques minutes... Zoé, monsieur Vaelis a obtenu
une réduction exceptionnelle de sa peine.
— C'est impossible, soufflai-je, sous le choc de l'annonce.
— Ce n'est pas tout, il a eu une remise maximum soit un quart... il sort demain... je suis terriblement navré, Zoé. Si vous avez besoin d'en discuter,
passez dans l'après-midi au cabinet. Je tenais à vous en informer avant que cela passe dans tous les médias.
— Oui... je vais venir... avec Romain.
— Très bien. Je suis heureux d'apprendre qu'il est toujours votre ami et qu'il vous soutient, à plus tard, Zoé.
— À plus tard, murmurai-je, à peine consciente que Leoni avait déjà raccroché.
Le combiné téléphonique m'échappa des mains pour tomber sur le carrelage tandis que je m'écroulai à mon tour, mes jambes ne parvenaient plus à me
soutenir.
Puis je réalisai, je comprenais ce que cela signifiait dans sa vérité la plus horrible et hurlai.
La porte d'entrée s'ouvrit brutalement et quelques secondes plus tard une paire de bras m'entourait.
C'était Lucas. Je reconnaissais son odeur parce que j'étais tatouée de son effluve. Le visage ruisselant de larmes, les paupières serrées l'une contre
l'autre, je me blottis contre sa chaleur rassurante.
— Chut, chut, tenta-t-il de me calmer tout en me berçant telle une enfant.
Ce que j'étais, d'ailleurs... j'avais de nouveau onze ans et j'étais terrifiée.
— Ils... ils vont le laisser sortir de prison, sanglotai-je, les ongles ancrés dans la chair de son épaule, malgré l'épaisseur de sa chemise.
— Qui va sortir de prison, Zoé ? s'enquit-il avec une extrême douceur.
— Mon père, chuchotai-je... mon père...

Fin de l'épisode 3 Rendez-vous dans l'épisode 4 - Play With Me - à la folie.

Couverture réalisée par Eclipse Design
Crédits images : Depositphotos

N° éditeur : 917089-36540
dépôt légal : juillet 2013

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