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La laideur ne mérite pas de date de commémoration
Ce qui est bien, c’est que j’ai oublié la date. Le moment précis où tout ça a commencé.
Mais le flou qui entoure le début de l’histoire, malheureusement, je m’en souviens bien.
C’était Noël après Noël, ou le jour de l’an après le jour de l’an, enfin, une fête qui devait
rassembler une partie de ma famille pour célébrer le Noël ou le jour de l’an en question
où nous n’avions pas pu se réunir à cause de l’horaire de rock star de tous et chacun.
Alors on se retrouve en tout début de janvier 2010. Félix-Antoine, mon fils aîné qui avait
alors à peine vingt ans, s’inquiète de « bosses » qu’il a au cou. Bon, j’ai déjà eu des
kystes synoviaux, on en parle un peu, mais ça tombe mal, je ne suis pas médecin et
personne ne l’est parmi les invités. Ça tombe mal aussi parce qu’Internet existe et que
lorsqu’on est inquiet, les scénarios catastrophes; on les trouve! Bref, passons bien des
détails et arrivons à ce constat : une visite à l’hôpital s’impose où l’on garde fiston sous
observation. Combien de jours? Ne sais plus. Trop. Verdict? Le crabe est bien installé
dans le corps de Félix-Antoine et le chaos vient de rentrer dans la maison. Les maisons.
Beaucoup de maisons. Car tout ce beau monde (la mère, le fils, le frère et moi) vit à des
adresses différentes et que plusieurs personnes jalonnent sa route, que plusieurs
personnes l’aiment. Et tout ça n’est pas très joli. Laides : les radios, les taches, les
métastases. Laid : tout le vocabulaire nouveau qui entre dans nos têtes. Laides aussi,
parfois, souvent, nos réactions. On a les outils qu’on a. Et là, les mots rentrent autant
qu’ils manquent pour décrire la patente. Je pourrais décrire le tout cliniquement, sortir
des chiffres, des probabilités et parler globules. Mais pour qui, pourquoi, décrire ce boutlà? Parlons plutôt marathon.
Rayon de soleil sous la pluie de janvier (en pleine course à pieds et en plein soir)
Bon, comment puis-je rester en équilibre au milieu de tout ça et faire passer le tsunami
d’émotions qui me ronge de l’intérieur? En courant. Une fuite en avant? Oh que non.
Prenez un chien, une belle bête, et laissez-le se morde les idées des heures durant sans le
faire courir et je ne donne pas cher de la main qui voudra le consoler. Alors disons que je
suis un animal. Et ma blonde aussi (quoique ça serait bien de lui demander si on peut
l’appeler ainsi). Bref, on court. Beaucoup. Et depuis longtemps. Elle depuis plus
longtemps que moi. Enfin, c’est plus compliqué que ça. Disons qu’il y a eu des trous dans
mon parcours. J’y reviendrai. Alors, nous courons. Six jours semaines depuis quelques
années déjà. On fait des demi-marathons surtout, parfois des dix kilomètres et on a peur
des cinq kilomètres comme de la maladie. Trop intense. Justement, parlons intensité et
maladie. Ah, seulement quelques mots, ce qu’il faut pour expliquer la genèse de la
patente.
Alors nous sommes au foutu mois de janvier de 2010 et j’ai les idées sombres. Les
voisins d’en face m’énervent, la qualité des journaux m’énervent, les politiciens qui les
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