Despatie Roman Ironman.pdf


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Courir pour vrai, je l’ai appris, ne veut pas dire courir bien tout le long. Je me suis
d’ailleurs surpris à courir moins vite que certains bénévoles affectés au ravitaillement
marchaient. Pour faire bref, disons qu’au 36è kilomètre, mon fils était sensé être là à
m’encourager. Disons qu’avec 35 kilomètres au corps et une nutrition inadéquate (autre
chose apprise plus tard…); les idées noires faisaient leur chemin. Je n’avais pas vu
Gabriel, mon fils cadet, sur le parcours, et j’avais vraiment besoin de voir Félix-Antoine
sur Rachel, près de Pie-IX, comme prévu. Il n’y était pas. Ça m’a frappé comme un mur.
Mur que j’ai frappé quelques secondes plus tard. J’étais inquiet et me sentais…vraiment
mal. Corinne ne me lâchait pas et me poussait du mieux qu’elle pouvait. Moi qui avais
l’habitude de m’exciter en compétition, là, elle devait me soutenir afin que je mette un
pied devant l’autre. En fait, mon fils craignait de manquer notre arrivée et avait décidé de
se rendre directement au deuxième « spot » prévu. Une bonne idée, s’il en est. Mais je ne
le savais pas et j’élaborais des scénarios catastrophes. Parenthèse : pour les supporteurs
qui l’ignorent; vous voir sur le parcours fait toute une différence pour un athlète (le mot
semble toujours curieux pour me définir), un participant. Enfin, disons que le reste du
parcours, jusqu’au coin des rues Sherbrooke et Viau, s’est fait au rythme le plus lent de
ma vie. Mais sur Sherbrooke, avec les groupes rock et l’énergie débordante des
spectateurs, j’ai repris du poil de la bête (au grand plaisir de Corinne qui devait
commencer à désespérer même si elle ne me l’a jamais fait sentir, et au grand damne de
mes jambes de cycliste qui n’avaient pas besoin d’une couche de duvet supplémentaire).
Notre arrivée, main dans la main, fut une des plus belles histoires de ma vie. Et là j’ai vu,
au milieu de la foule, mon fils dans les estrades comme la cerise sur le sundae. Ce 5
septembre 2010, j’ai eu l’impression que toute ces démarches (levée de fonds des plus
réussies, entraînements pendant les traitements, etc) avait un sens. Que cela avait insufflé
une belle énergie dans l’esprit de mon fils pour poursuivre sa bataille. Quelques jours
plus tard, il devait démarrer les traitements de radiothérapie suite à l’échec de la chimio.
Et l’Ironman dans tout ça? J’y arrive.

Avec Félix-Antoine, le 5 septembre 2010.

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