Despatie Roman Ironman.pdf


Aperçu du fichier PDF despatie-roman-ironman.pdf - page 6/46

Page 1...4 5 67846



Aperçu texte


La promesse
Vers la fin de l’été, au plus fort de l’entraînement du marathon pour nous et au sommet
des traitements pour mon fils, une découverte des plus laides noircit notre horizon : deux
tumeurs venaient de naître sur le cœur de Félix-Antoine pendant la chimio. Son corps
rejette les traitements. Dehors il fait beau. À l’intérieur, c’est le torrent. Et puis? Et puis
tout est possible, on peut toujours se battre et renverser la situation, chavirer le monde
jusqu’à ce que le ciel redevienne bleu comme dans les petites boules de verre avec de la
neige dedans. Je le sais, je le peux. Mon fils le peut aussi, mais le sait-il? Son chien
souffre d’un cancer semblable et s’en va, faute de solution. Notre chienne, Bulle, se bat
aussi, au même moment avec une énergie peu croyable. Elle encaisse les traitements
comme une guerrière. Mais mon fils, comment le vit-il au fond de lui? Je m’inquiète,
certes, mais surtout, je crois en lui et en ceux qui le soigne. Je crois en son regard, à sa
génétique, et je crois en la science, aux humains qui la font avancer et qui se démènent. Je
crois aussi au pouvoir qui réside dans le développement d’une bonne attitude. Je crois à
l’action. Je crois qu’il faut saisir tous les outils. Je dois croire à tous ça, il le faut.
Lorsque nous avons appris la nouvelle du rejet des traitements, nous marchions sur la rue.
Je devais ressembler à un zombie. Corinne dit alors « s’il y a quelqu’un quelque part qui
nous écoute, une force, n’importe quoi; guérissez-le et je ferai un Ironman. » En
quelques secondes j’ai appuyé le projet et j’allais faire pareil. Comme pour le marathon,
on le ferait ensemble. C’est tombé comme ça. Bêtement. Probablement parce que le
marathon représentait un dépassement et que ce dépassement nous avait, je crois, tous
aidé, on cherchait un dépassement « de type inatteignable » pour lutter, comme FélixAntoine, pour transformer l’épreuve en une autre forme d’épreuve. Pour être dans la vie,
pour ne pas être sur l’accotement. Pour ne pas devenir fou ni agressif. Pour ne pas se
rouler en boule. Pour faire quelque chose, pour avancer. Et on ramasserait des fonds pour
la recherche.
En novembre 2010, je marche sur les Champs-Élysées (j’y suis toujours dans ces eaux-là
pour un salon du livre) lorsque Félix-Antoine me téléphone pour m’apprendre que le
crabe est parti sans laisser de trace. Je ne vous dis pas le nombre d’inconnus croisés
auxquels j’ai souri. Je ne vous dis pas le montant du pourboire laissé à la vendeuse de
cannelés (une fausse Bordelaise?) achetés pour fêter la nouvelle (je ne trouvais rien de
mieux en marchant sur la rue) sans quitter le téléphone. Pour ceux qui connaissent Paris,
sachez que j’ai écouté mon fils me parler en marchant des Champs-Élysées (près de l’Arc
de Triomphe), en passant par le pont Alexandre-III, jusqu’à la place Saint-Sulpice. Au
diable les frais, au diable le temps; je marchais au rythme d’un cœur guerrier. Un cœur
gagnant. Un cœur en vie. Et dans ce cœur, naissait enfin des projets.

6