TDM 012 0011 .pdf



Nom original: TDM_012_0011.pdfTitre: 1Cairn.infoAuteur: 2Cairn.info

Ce document au format PDF 1.4 a été généré par PDFsharp 1.0.898 (www.pdfsharp.com) / PDFsharp 1.0.898 (www.pdfsharp.com) (Original: mbt PDF assembleur version 1.0.26) / PDF PT 3.30 (pdf-tools.com), et a été envoyé sur fichier-pdf.fr le 02/10/2013 à 13:53, depuis l'adresse IP 80.13.x.x. La présente page de téléchargement du fichier a été vue 821 fois.
Taille du document: 139 Ko (18 pages).
Confidentialité: fichier public


Aperçu du document


LA MÈRE DUCHÊNE ET LES POISSARDES
Naissance de la presse destinée aux femmes du peuple pendant la Révolution française
Ouzi Elyada
Nouveau Monde éditions | Le Temps des médias
2009/1 - n° 12
pages 11 à 27

Article disponible en ligne à l'adresse:

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------http://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2009-1-page-11.htm

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Elyada Ouzi, « La mère Duchêne et les poissardes » Naissance de la presse destinée aux femmes du peuple pendant
la Révolution française,
Le Temps des médias, 2009/1 n° 12, p. 11-27. DOI : 10.3917/tdm.012.0011

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Distribution électronique Cairn.info pour Nouveau Monde éditions.
© Nouveau Monde éditions. Tous droits réservés pour tous pays.

La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les limites des
conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre
établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière que
ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en
France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit.

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

ISSN 1764-2507

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 11

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

Ouzi Elyada*

semble du public populaire sans distinction. Mais face au rôle politique
important joué par les femmes du
peuple, notamment à partir d’octobre
1789, on note l’apparition dans l’espace public parisien de publications
destinées de manière de plus en plus
explicite au public populaire féminin.
Cet article examine l’évolution de ce
genre d’imprimés, la nature de son
message et son usage.

La presse destinée aux femmes
existe depuis le milieu du XVIIIe siècle.
Ces journaux, comme le Journal des
Dames publié en 17591, visent un
public féminin appartenant à l’élite.Les
premières publications pamphlétaires
périodiques visant les femmes du
peuple sont publiées quelques dizaines
d’années plus tard,pendant la Révolution française.
Avant la Révolution, il existait des
imprimés périodiques destinés au
public populaire.Les placards,imprimés
en recto sur une feuille de grand format et les canards, sous la forme de
livrets d’environ douze pages étaient
rédigés dans un langage visuel, passionné, simple et concret ; ils véhiculaient des nouvelles singulières ou prodigieuses (Seguin, 1961 et 1964 ;
Elyada, 2000). Mais il est difficile de
discerner parmi cette abondante production les textes conçus explicitement pour les femmes du peuple.Au
début de la Révolution,les auteurs des
textes continuent à s’adresser à l’en-

Sur le pamphlet poissard
Le média imprimé est employé
depuis le début de la Révolution française comme moyen principal de communication avec le petit peuple de
Paris. Les rues sont inondées de pamphlets et de publications périodiques
qui visent explicitement le milieu artisanal et le petit commerce urbain.Ces
publications sont lues, en général, à
haute voix dans la rue, à l’atelier, au
cabaret et,à partir du printemps 1790,
à l’intérieur des sociétés populaires qui

* Université de Haïfa.

N °1 2 – printemps-été 2009

11

Le Temps des M édias

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

La mère Duchêne et les poissardes.
Naissance de la presse destinée aux femmes
du peuple pendant la Révolution française

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 12

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

Paris, madame Saumon, madame
Engueule, la mère Simon, Catherine,
ou Margot. Dans certains textes rédigés sous forme de dialogues,on trouve
également des personnages masculins :
pêcheurs, forts des Halles, artisans et
apprentis de toutes sortes.Mais les personnages masculins jouent un rôle
secondaire par rapport aux femmes du
marché.Ces dernières sont toujours au
centre du discours, expliquant les
causes de la misère populaire et proposant des solutions fondées sur le sens
commun populaire.Certains dialogues
mettent en scène des controverses
entre hommes et femmes, mais le dialogue se termine toujours par la victoire de ces dernières et l’acceptation
de l’autorité des poissardes par les
hommes2 (Franz, 1982 ; Elyada, 1988).
On trouve également pendant la
Révolution des pamphlets rédigés sous
forme de monologue;la voix féminine
est en général collective : l’ensemble
des marchandes de fruits et de légumes
de la Halle où celles de la place Maubert s’adressent aux représentants de
la culture d’élite.Parmi les personnages
politiques visés par cette voix,on note
le Roi,la Reine et les députés du Tiers
État. L’appel prend des formes rhétoriques traditionnelles : « Avis »,
« Adresse », « Argument », « Compliment » ou « Harangue » ; les femmes y
demandent des reformes en faveur du
petit peuple de Paris, désignent ses
ennemis et expriment leur admiration
à l’égard des amis du peuple, dans un
langage affectif, figuratif et mal formulé3.

sont fondées par les différents groupes
politiques intervenant sur la scène
révolutionnaire.Elles sont ouvertes à la
fois aux femmes et aux hommes du
peuple.On y lit et explique les décrets
de l’Assemblée Nationale, et on y
interprète les événements révolutionnaires par cette lecture intensive des
pamphlets et des journaux (Chartier,
1997 ; Monnier, 1989 et 1994).
Pour établir un rapport efficace avec
le public populaire, les producteurs de
ces imprimés utilisent une technique
particulière de communication, fondée sur le principe du camouflage.
L’auteur cache son identité et son
appartenance sociale derrière le
masque d’un personnage populaire
imaginaire, situé dans le discours
comme le sujet principal d’énonciation.Avec ce personnage-masque,l’auteur essaie de représenter une voix
populaire « authentique »,qui exprime
des opinions sur les affaires révolutionnaires de manière indépendante,
sans l’intervention des représentants de
la culture des élites. Pour cela, il
emploie un langage passionné, imagé
et injurieux,avec des expressions tirées
de l’argot populaire parisien.Les textes
sont rédigés sous la forme de monologues,dialogues et récits fantastiques.
Le personnage imaginaire parle toujours à la première personne (Elyada,
1997)
Pendant la première année de la
Révolution,l’espace public parisien est
inondé par les pamphlets centrés sur
des personnages féminins de poissardes : les marchandes des halles de
12

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

DOSSIER : LA CAUSE DES FEMMES

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 13

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

tante dans les processions municipales et
on leur garde toujours la place d’honneur les jours de spectacles gratuits.Leur
rôle de porte-parole du milieu populaire est également reconnu par la Cour.
Lors de la naissance d’un fils de Roi,les
poissardes se rendaient en corps constitué àVersailles,et étaient successivement
admises dans les appartements particuliers de la Reine,du Roi et du Dauphin,
qu’elles complimentaient à genoux
dans leur argot. On leur offrait ensuite
au palais un magnifique souper (Franklin, 1906, p. 580; Mercier, 1783, p 27).
Les femmes des marchés parisiens
doivent leur statut de symbole du petit
peuple aux auteurs du théâtre
comique.Dès le milieu du XVIIIe siècle
et tout au long de la Révolution, les
poissardes sont représentées dans les
comédies burlesques et grotesques du
théâtre de boulevard et de la foire. Sur
la scène théâtrale de l’Ambigüe Comique
ou des Grands danseurs du Roi,on pouvait voir des personnages tels la mère
Saumon, madame Engueule, et ses
commères de la Halle dansant, chantant et exprimant leur avis par des
grands gestes et de bruyantes exclamations (Moore, 1935 ;Albert, 1969 ;
Isherwood, 1986). L’association avec
l’univers du théâtre comique transforme les pamphlets en spectacle
divertissant, comme en témoignent
l’usage fréquent de dialogues et l’emploi de textes mêlant prose et vers. Le
fait que la plupart de ces pamphlets
soient conçus pour être lus à haute
voix sur les places publiques et dans les
cabarets convertit l’acte de lecture

Comment expliquer le choix de
poissardes comme porte-parole du
peuple ? Une première réponse est
fondée sur le rôle central attribué à la
femme dans la société populaire traditionnelle. L’image de la femme est
associée à la reproduction, à la nourriture, à la joie, aussi bien qu’au pouvoir surnaturel (magie noire et
blanche), et au bon sens domestique
(Muchembled, 1978). Dans la société
paysanne,ce rôle est tenu par les vieilles
femmes, tandis que dans les villes et à
Paris en particulier, il est identifié aux
poissardes. Depuis le Moyen-Âge, ce
groupe, qui vend des fleurs, des fruits
frais et secs,des légumes,du beurre,du
fromage et du poisson frais, est considéré comme l’authentique gardien du
ventre de la ville. Ce rôle central associe les poissardes avec le rêve populaire
de l’abondance, des plaisirs matériels,
de la joie et de la prospérité (Franklin,
1906 ;Godineau,1988).L’élément qui
a contribué à la réputation des poissardes est leur argot : la parole poissarde.
Cet argot est composé d’énoncés mal
construits sur le plan syntaxique et
morphologique ayant un caractère
passionné, (usage de phrases exclamatives),imagé et injurieux.Cet argot fait
des femmes du marché le symbole de
la franchise, de la spontanéité et de la
sagesse populaire (Nisard,1872 ;François, 1966).
Depuis le XVIe siècle, les poissardes
parisiennes sont reconnues par les autorités municipales comme les représentantes authentiques du petit peuple de
la ville.Elles occupent une place impor13

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

Naissance de la presse destinée aux femmes du peuple pendant la Révolution française

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 14

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

y accusent le duc d’Orléans d’être
l’instigateur des journées d’octobre,
demandent son arrestation et prêchent
pour une politique de réconciliation
entre l’ancien et le nouveau régime 5.
A partir du mois de février 1790, la
droite anticonstitutionnelle commence elle aussi à se servir des poissardes.Dans ces textes,les femmes attaquent les Jacobins et les groupes Fayettistes et expriment une opinion réactionnaire, dénonçant le nouvel ordre
révolutionnaire qui a,selon elles,rendu
le petit peuple plus misérable. Elles
décrivent l’Ancien Régime comme
l’âge d’or où le petit peuple vivait dans
l’abondance, la joie et la sécurité6.
Pourtant, au-delà des messages politiques contradictoires transmis par les
poissardes, les pamphlets publiés en
1789-1790 portent un message plus
profond qui met d’accord l’ensemble
des femmes de marché autour de la
représentation des rapports qui doivent
exister entre culture populaire et
culture officielle.A travers les femmes
des marchés parisiens, les différents
groupes politiques transmettent une
image fondée sur deux principes, la
séparation et la soumission.
Le principe de la séparation entre la
culture populaire et la culture des élites
se manifeste dans les rapports établis
entre les femmes de marchés et les
grands hommes politiques de la Révolution.Dans le monologue,les femmes
s’adressent aux hommes politiques
sous la forme d’une voix collective.A
travers ce genre discursif, l’homme
politique est représenté comme un

publique en représentation théâtrale.
Les poissardes sont donc plus qu’un
symbole : elles sont le canal de communication qui établit un rapport
familial avec le public populaire et qui
facilite le processus de la manipulation
à travers des formes variées de divertissement.
Depuis 1789,les personnages féminins sont employés par diverses formations politiques comme moyen de
propagande. Les premiers pamphlets
de ce genre sont diffusés par le groupe
lié au duc d’Orléans.A partir du mois
de mars 1789, les poissardes attaquent
les ennemis d’Orléans, notamment la
Reine et les frères du Roi.Dans l’un de
ces pamphlets, elles comparent la
femme d’Orléans avec Marie-Antoinette. Si la première est considérée
comme une brave patriote, la
deuxième est qualifiée d’Autrichienne
suspecte,préférant les intérêts étrangers
à ceux de la France. La Reine et son
entourage sont considérés par les poissardes comme responsables de la cherté
du pain dans la capitale. Ce dernier
thème, qui est diffusé en septembre
1789, prépare le terrain pour les journées d’octobre 4.
Un deuxième groupe politique,
dirigé par le chef de la garde nationale,
La Fayette, commence de son côté à
utiliser les personnages féminins dès le
lendemain de la prise de la Bastille.Les
poissardes Fayettistes font l’éloge du
Roi et de la Fayette et attaquent le
groupe Orléaniste. Fin octobre 1789,
les Fayettistes produisent la première
publication périodique : les poissardes
14

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

DOSSIER : LA CAUSE DES FEMMES

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 15

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

tons que dans toutes les descriptions de
ce type, la femme du peuple raconte
qu’elle a vu de loin le grand homme,
mais ne lui a pas adressé la parole.Cette
distance existe à la fois dans les pamphlets orléanistes, fayettistes et dans
ceux de la droite. Dans l’ensemble, les
auteurs transmettent donc au petit
peuple une représentation qui ne diffère pas beaucoup de celui de l’Ancien
Régime. Le petit peuple y apparaît
comme un groupe qui reconnaît ses
limites. Mal éduqué, il est incapable
d’appréhender le monde, sinon à travers une optique instinctive,émotionnelle, schématique, simpliste et superstitieuse. Face à la culture d’élite, la
femme reconnaît l’infériorité populaire. Elle est consciente que le peuple
ne peut être responsable de son destin,qu’il a besoin d’un guide,d’un bon
père, pour mener ses affaires.

personnage puissant et invisible. On
s’adresse à lui, mais il ne répond pas.
Face au peuple,il est absent et lointain,
mais en même temps il entend
l’adresse du peuple,donc il est partout,
capable d’écouter et de le voir tout en
restant invisible pour lui.Le peuple,en
revanche, est représenté comme un
groupe agenouillé et soumis, qui
reconnaît l’existence de barrières
sociales et institutionnelles infranchissables, séparant le monde officiel du
monde populaire7.Cette attitude soumise des poissardes se manifeste aussi
dans le dialogue. Au mois de mars
1790,on trouve madame Saumon parlant devant ses commères de la Halle
des députés de l’Assemblée nationale.
La femme poissarde y joue le rôle d’un
intermédiaire culturel. Elle est allée à
l’Assemblée, elle a vu et entendu les
députés patriotes, et en particulier
Mirabeau, Camus, l’abbé Grégoire, La
Fayette et Barnave, puis elle transmet
ses impressions à ses commères.Le rapport entre le petit peuple et le monde
officiel est représenté de manière imagée :

La domination de personnages
populaires masculins et la
réponse de la droite
Le personnage masculin joue en
1789-1790 un rôle secondaire dans les
publications poissardes. Il y est représenté comme entièrement dépendant
de la femme,car restant seul,il agit toujours sans réfléchir en laissant exprimer
d’abord ses émotions et ses pulsions. Il
peut être brave et bon patriote, mais
sans la sagesse et le bon sens féminins,
il se montre stupide et enfantin. Cette
image dévalorisée de l’homme du
peuple change durant l’été 1790. A
partir de cette période, on trouve à

« Quand quelqu’un de ceux-là
monte la tribune, je ne me sens pas à
l’aise :quand il ouvre la bouche,je suis
toute oreille, je n’ose pas respirer de
peur de perdre un mot des belles et
bonnes choses qu’il dit.Je resterais tout
un jour à l’entendre sans boire,ni manger »8.

A travers ce récit, l’auteur transmet
une image divine des députés face au
peuple agenouillé et adorateur.Ajou15

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

Naissance de la presse destinée aux femmes du peuple pendant la Révolution française

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 16

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

trop exalté, pouvait mieux servir les
groupes politiques comme symbole
mobilisateur du petit peuple de Paris
(Monnier, 1994, p 31-92). Depuis
l’automne 1790 les auteurs des périodiques Père Duchesne patriotes,notamment Jean René Hébert, Antoine
Lemaire et l’abbé Jean-Charles Jumel
lancent une campagne ridiculisant,
mais aussi diabolisant, les chefs de la
droite anticonstitutionnelle. Pour
répondre à cette campagne, la droite
utilise plusieurs stratégies. L’une
consiste à contrefaire les journaux
populaires de la gauche,avec à partir du
début 1791 des journaux Père Duchesne
de droite. La deuxième stratégie aussi
importante consiste en un retour vers
les poissardes. Déjà vers la mi-octobre
1790,on trouve à Paris un pamphlet de
droite intitulé Le Club des Halles.Le dialogue confronte les poissardes qui attaquent la Révolution et les forts des
Halles qui la défendent10. La scène se
déroule dans une société populaire établie à la nouvelle Halle, ci-devant le
charnier des Innocents.Le président du
club, un colporteur nommé Craquefort,essaie de lire aux participants un de
numéros du Père Duchêne ;
« Je crois qu’il serait à propos d’ouvrir la séance par une lettre du Père
Duchesne sur le choix des nouveaux
ministres.Son style,à la portée de tout
le monde, répandant un jour nouveau
sur les conduites de ceux qui sont à la
tête du gouvernement, pourra nous
donner des connaissances utiles »11
Ces propos suscitent la colère d’une
poissarde, la mère Simon :

Paris de plus en plus de pamphlets et de
journaux centrés sur des personnages
imaginaires masculins comme le marin
Jean Bart, le soldat Sans Quartier, le
général La Pique et surtout l’ancien
marin devenu marchand de fourneaux
à Paris, le Père Duchesne9. Ce dernier
personnage devient à l’automne 1790
l’instrument principal de communication avec le petit peuple de Paris.Au
cours du seul mois de mars 1791, on
trouve le père Duchesne à la tête de six
périodiques publiés simultanément à
Paris, dont trois liés à la gauche Jacobine, un au centre Fayettiste et deux
soutenant la droite anticonstitutionnelle (Elyada,1991,p.62-146).Le succès du père Duchesne change profondément la représentation des rapports
entre personnages masculins et féminins.Dès lors,le personnage féminin va
occuper un rôle secondaire, laissant
aux personnages masculins le rôle de
porte-parole principal de l’opinion
publique populaire.
La modification des symboles populaires révolutionnaires s’explique par la
radicalisation du conflit politique dans
la capitale, notamment depuis l’été
1790.En effet,le conflit entre Jacobins
et Fayettistes d’une part, et entre ces
deux derniers et la droite anticonstitutionnelle d’autre part,crée,à notre avis,
le besoin d’une attitude populaire plus
active et plus violente, pouvant être
employée comme arme contre l’ennemi. Le symbole féminin ne pouvait
pas servir ce but car il n’était pas assez
subversif et violent. Par contre, le personnage masculin guerrier, à caractère
16

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

DOSSIER : LA CAUSE DES FEMMES

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 17

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

publié pour défendre l’abbé Maury,
chef de la droite anticonstitutionnelle
à l’Assemblé, et il répond directement
au Père Duchesne d’Hébert qui avait
publié quelques jours auparavant un
numéro représentant l’abbé Maury
fouetté par le Père Duchesne14.L’abbé
Buée répond à Hébert en représentant
le Père Duchesne insulté, fouetté et
enfin chassé de la maison par son
épouse furieuse. Le pouvoir persuasif
de ce discours ne tient pas à son argumentation mais à sa mise en scène
comique exprimée par un renversement des rôles. Mais la presse Père
Duchesne de la gauche continue à ridiculiser l’abbé Maury. Cette campagne
s’accélère début janvier 1791 avec le
lancement d’une campagne contre les
prêtres réfractaires, refusant de prêter
serment civique à la nation. L’abbé
Maury apparaît désormais presque
chaque jour dans ce Père Duchesne,
incarnant à la fois l’aristocrate corrompu et le prêtre hédoniste qui
méprise le peuple et cherche toujours
à le terroriser et à le dominer en propageant l’ignorance et la superstition
(Elyada, 2005).
Face à cette campagne de la gauche
qui propage déjà en 1791 une vision
du monde laïque, l’abbé Buée décide
de se servir de nouveau du personnage
de la mère Duchesne,mais cette fois de
manière plus systématique,sous forme
de périodique. La formule permet de
perpétuer et de systématiser une campagne de propagande visant à réfuter la
thèse de la gauche et à renforcer une
vision cléricale du monde15.Cette Mère

« Eh ben, oui, lisez-nous tant que
vous voudrez,les bougresses de ce gens
foutre du Père Duchesne,qui couvert
d’un manteau aussi noir que le cul du
diable, se fout de nous et nous excite
à faire tout ce qui est favorable à l’Assemblée, dont il est le porte gueule,
pendant qu’elle se gausse du pauvre
monde,et qu’elle nous ruine,en faisant
semblant d’être pour le peuple… Eh
bien,écoutez ce foutu Père Duchesne,
qui ne jure nationalement, que parce
que c’est le mode à l’Assemblée : il
espère qu’en prenant le ton de l’écurie
du manège, il séduira le pauvre
monde »12

Ce discours de la mère Simon est
soutenu par ses commères, qui font
front commun contre les partisans du
Père Duchesne.
Quelques semaines après la parution
du Club des Halles, la droite améliore
sa technique de persuasion en transformant la femme de la Halle en Mère
Duchesne,épouse du héros populaire.
Cette transformation permet à la
droite de provoquer des affrontements
directs entre le nouveau symbole masculin et l’ancien symbole féminin.
Cette modification est due à l’abbé
Adrien Buée (1748-1826),qui occupe
alors le poste de secrétaire du chapitre
de Notre-Dame (Michaud, 1943, vol
VI, p 115-116 ; Braesch, 1938).Vers la
mi-novembre 1790, Buée publie le
premier pamphlet de ce genre intitulé
La Mère Duchesne corrigeant son mari
pour avoir dit du mal de monsieur l’abbé
M…, son confesseur13. Le pamphlet est
17

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

Naissance de la presse destinée aux femmes du peuple pendant la Révolution française

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 18

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

Duchesne est publiée de la fin janvier
1791 jusqu’au début de février 1793.
La Bibliothèque Nationale n’en conserve que sept numéros dont quatre de
1791, deux de 1792 et un seul de
179316. Il s’agit de grosses brochures
d’une trentaine de pages, format
octavo,sans numérotation ni datation17.
Les numéros étaient imprimés chez
Crapart qui imprime déjà le journal
Père Duchesne de la droite. La production de Buée se distingue de celle du
Père Duchesne de gauche,par le rythme
de parution mensuel et par la longueur
des textes.Ces textes devaient toucher
un large public grâce à leurs caractéristiques théâtrales.
Si la lecture à haute voix du Père
Duchesne ressemble à une courte
parade de quelques minutes, sur des
tréteaux de foire, celle de Buée ressemble à une pièce du théâtre comique
en deux actes,représentée à l’intérieur
d’un théâtre populaire.L’aspect formel
des pamphlets de Buée les rapproche
également du théâtre.A la deuxième
page, on trouve toujours la liste des
participants avec l’indication de leurs
noms,métiers ou statut familial.En bas
de page s’y lit la description de la scène,
située sans exception dans l’espace
populaire parisien.Tous les pamphlets
sont rédigés sous la forme de dialogues,
organisés selon un axe dramatique.Les
personnages apparaissent et disparaissent ;leurs mouvements,leurs gestes et
l’intonation de leur parole sont précisés par une série d’indications scéniques, insérées tout au long du dialogue. Buée construit ici un véritable

spectacle comique, mobilisé à des fins
explicites de manipulation
Au centre du dialogue, on trouve
toujours la mère Duchesne désignée
comme marchande de vieux chapeaux. Son discours est une sorte de
synthèse qui combine les anciennes
expressions poissardes transcrites phonétiquement avec les nouvelles expressions injurieuses de son mari. En face
d’elle, on trouve un grand nombre de
personnages populaires : le mari, père
Duchesne,des voisines,des habitués du
cabaret et des marchands des Halles.
Comme dans le Club des Halles,les participants se divisent en un peuple
« sage » composé notamment des
femmes et dirigé par la mère Duchesne
et un peuple « naïf »,représenté par les
hommes,le père Duchesne à leur tête.
Sont « sages » ceux qui restent attachés
à la tradition et montrent une attitude
respectueuse à l’égard de l’ancien ordre
social et religieux. Les « naïfs », eux,
sont cette partie du peuple persuadée
par les « fausses » argumentations des
meneurs révolutionnaires.Le parcours
narratif de chaque dialogue représente
le processus de « conversion » des
hommes « naïfs » par les femmes
« sages » sous la forme d’une sorte de
duel entre les arguments pour et contre
l’Eglise réfractaire. La mère Duchesne
joue le rôle principal dans ce duel qui
se termine toujours par la victoire des
« sages ». Mais l’auteur ne laisse pas la
mère Duchesne convaincre ses adversaires. Dans trois des quatre dialogues,
on trouve à côté d’elle un intermédiaire culturel, un homme cultivé qui
18

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

DOSSIER : LA CAUSE DES FEMMES

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 19

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

mère Duchesne ne pourraient-elles être
considérées comme des démonstrations
du modèle de comportement que le
destinataire est supposé imiter? Si le discours Mère Duchesne est une sorte
d’exemple, à qui demande-t-on de le
suivre ? En suivant ce raisonnement, il
nous semble que l’auteur vise d’abord
un destinataire féminin.Le personnage
de la mère Duchesne est conçu comme
un modèle d’identification pour un
public populaire. Cette hypothèse est
confirmée par l’examen de la réaction
de la gauche : pour répondre à l’abbé
Buée, elle lance un journal Mère
Duchesne pro-Jacobin.A l’opposé de la
publication de Buée, où l’identité du
destinataire n’est pas claire, le nouveau
journal Mère Duchesne de la gauche se
présente explicitement comme une
publication destinée aux femmes.

élabore et traduit les arguments mal
présentés de l’héroïne en un langage
bien construit, raisonné et poli.
Dans le premier dialogue intitulé De
par la Mère Duchesne, Anathèmes très
énergiques contre les jureurs, l’intermédiaire culturel est le bouquiniste
M.Recto,qui l’aide à convaincre deux
hommes du peuple de l’invalidité de la
Constitution Civile du Clergé18. Le
deuxième dialogue, Grande colère de la
Mère Duchesne19, se déroule au marché,
la mère Duchesne y est aidée à la fois
par le bouquiniste Recto et par le perruquier M.Auvrai. Dans le troisième
dialogue, Grande conversion du Père
Duchesne par sa femme, qui se déroule
dans la maison de l’héroïne,c’est le garçon boulanger Grospain qui aide la
mère Duchesne à transformer son
mari en grand partisan des prêtres
réfractaires20. Enfin, le quatrième dialogue Grand jugement de la Mère
Duchesne, traite du mariage : cette fois
la mère Duchesne affronte toute seule
un couple qui vient de se marier chez
un prêtre constitutionnel. La femme,
une blanchisseuse nommée Manon,est
très vite convaincue de l’invalidité de
son mariage.L’essentiel de la confrontation se déroule donc entre l’héroïne
et le mari, convaincu in fine21.
Ces scènes de confrontation entre
femmes et hommes du peuple posent le
problème de leur destinataire. Le discours Mère Duchesne,comme le discours
Poissard de 1789 a peut-être visé un
public composé aussi bien d’hommes
que de femmes du peuple.Pourtant,ces
scènes de conversion réalisées par la

La gauche et la Mère Duchesne
Le premier Mère Duchesne patriote
est publié vers la fin février 1791.Il est
intitulé Lettres bougrement patriotiques de
la Mère Duchesne. L’apparition de ce
journal conçu explicitement pour les
femmes du peuple de Paris n’est pas
seulement une réponse à la campagne
de la droite ; elle s’explique également
par une série d’événements auxquels
furent mêlées ces femmes.
En février 1791, la gauche jacobine
lançait,par sa presse et ses sociétés populaires,une campagne contre la Cour,à la
suite de l’annonce du prochain départ
de Mesdames, tantes du Roi, pour un
pèlerinage à Rome.La presse populaire
19

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

Naissance de la presse destinée aux femmes du peuple pendant la Révolution française

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 20

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

posé de 18 numéros publiés, selon
notre datation,du 26 février au 26 avril
1791, à un rythme bihebdomadaire25.
Le titre du journal est emprunté au
Père Duchêne d’Antoine Lemaire26. Le
journal est imprimé par Guilhaumet,
au 23 rue du Serpent à quelques centaines de mètres de l’imprimerie de
l’abbé Buée. Les Lettres Bougrement
patriotiques de la Mère Duchêne sont
rédigées sous forme de monologues
épistolaires adressés par la mère
Duchesne, soit aux lecteurs, désignés
explicitement comme des femmes du
peuple, soit aux personnages et
groupes politiques (La Reine,les tantes
du Roi,les émigrés).Chaque lettre est
signée « Pétronille Machefer femme
du Père Duchesne ».
Qui, caché sous le masque de la
mère Duchesne, était l’auteur de cette
publication ? Il est possible que ce soit
une femme.Dans son Année des Dames
nationales de 1794, Restif de la Bretonne attribuait ces Lettres à la femme
d’Hébert, Françoise Goupile27, ce qui
n’est pas improbable.Nous savons que
l’auteur du Jean Bart ou suite de je m’en
F… et Hébert entretenaient de bonnes
relations et qu’ils avaient le même
imprimeur (Braesch, 1938). Françoise
Goupille, ex-religieuse, pas encore
mariée à Hébert, a donc pu trouver,
grâce aux relations de son futur mari,
le poste de rédactrice des Lettres.
L’aversion particulière qui s’y manifeste envers les religieuses pourrait
inciter à confirmer cette hypothèse.
Le personnage de la mère Duchesne
des Lettres se distingue de celui de

dénonça ce projet comme une tentative
de fuite et un prélude à l’émigration de
l’ensemble de la famille royale. Le
peuple était réquisitionné pour empêcher ce départ22.Les femmes étaient tout
particulièrement appelées à la vigilance.
Ainsi une délégation des marchands des
Halles se présenta le 14 février 1791
devant le roi, le suppliant d’annuler le
voyage de ses tantes (Lacroix, 1906, p
569-570). Vivement soutenue par la
presse populaire, une nouvelle délégation de femmes du peuple se dirigea,le
18 février, vers le château de Bellevue,
résidence de Mesdames. Cette manifestation précipita leur départ pour l’Italie (Bourdin,1937,p 237-238).Agitées
par leurs journaux et sociétés, les
femmes du peuple poursuivirent leur
action.Elles se portèrent à la tête d’une
immense foule devant le palais de
Luxembourg, demeure de Monsieur,
frère du Roi, qui reçut une délégation
et proclama devant elle son attachement
et celui de la famille royale à la Révolution23.Cette déclaration ne calma pas
les femmes qui se ressemblèrent à nouveau,le 24 février 1791,devant le palais
de Tuileries pour exiger du roi le retour
de ses tantes et empêcher tout nouveau
départ (Lacroix, 1906, p 719-727).
Cette forte présence des femmes du
peuple dans la vie politique,entre le 14
et le 24 février 1791, peut être considérée comme l’une de principales
causes de l’apparition de la presse
patriotique destinée aux parisiennes du
peuple24.
Le Mère Duchesne patriote, publication périodique de la gauche,est com20

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

DOSSIER : LA CAUSE DES FEMMES

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 21

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

la contradiction entre femmes « sages »
et hommes « naïfs » est remplacé par un
nouveau rapport de confrontation
entre femmes patriotiques et femmes
aristocratiques. C’est à travers ce nouveau rapport que la mère Duchesne
attaque la Reine dans son premier
numéro. Le discours se réfère ici aux
rumeurs selon lesquelles la Reine va
suivre les tantes du Roi et quitter la
France avec le Dauphin. Elle commence son discours en parlant de sa
langue populaire

l’abbé Buée par son caractère guerrier
et violent. A partir du troisième
numéro, l’auteur insère en tête de son
journal une vignette imagée représentant la mère Duchesne : une jeune
femme debout, fumant une longue
pipe est habillée d’une cuirasse, à la
Jeanne d’Arc ; elle tient dans sa main
gauche une quenouille et dans sa main
droite un long sabre menaçant. Le
caractère patriotique de l’héroïne est
mis en valeur par l’inscription « Vivre
libre ou mourir », placée au-dessus de la
vignette.
La mère Duchesne transmet donc
une image tout à fait nouvelle de
femme du peuple : à l’opposé de
l’image soumise de l’héroïne de la
droite, qui accepte toujours l’autorité
d’hommes représentant la culture
d’élite,la mère Duchesne de la gauche
porte une représentation égalitaire de
la femme du peuple. L’auteur fait des
efforts pour effacer les origines poissardes du personnage.On n’y trouve ni
les expressions poissardes,tant utilisées
par la Mère Duchesne de Buée, ni les
transcriptions phonétiques.Par contre,
la mère Duchesne continue à injurier
son mari. Les relations entre l’héroïne
et son mari témoignent du rapprochement que l’auteur opère entre sa
mère Duchesne et les symboles populaires guerriers.Les rapports de contradiction et de confrontation disparaissent ; la mère Duchesne considère son
mari comme un partenaire et un collaborateur qui partage avec elle le
même zèle patriotique et la même
haine contre les aristocrates28. L’axe de

« Excuse-moi, si je jure, c’est une
foutue habitude que j’ai contractée
depuis long-tems avec mon BarbeSale.Tout en jurant, j’ai pourrai pourtant vous foutre de bonnes raisons,car
le peuple, avec son langage grossière,
approche plus souvent de la vérité que
tous nos beaux discours. »

Ensuite, se référant au départ des
tantes, elle met en garde la Reine :
« Si l’envie vous prenait par hasard
de voyager je vous garantis,foi de Mère
Duchesne, que vous auriez une nombreuse secourt.Toutes les femmes de
Paris seraient en l’air : elle culbuterait
le cocher,les postillons,tout,jusqu’aux
chevaux et carrosse.Tout serait envoyé
au foutard… On aurait grand soin de
s’emparer de votre sacrée personne et
de la mettre en lieu de sûreté. Nous
autre françaises, nous sommes généreuses : nous rendons toujours le bien
pour le mal… Imitez notre exemple »29

Cette représentation conflictuelle
entre femmes se répète dans plusieurs
21

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

Naissance de la presse destinée aux femmes du peuple pendant la Révolution française

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 22

DOSSIER : LA CAUSE DES FEMMES

ces fières amazones qui ont été la gloire
et l’honneur de notre sexe, si la patrie
était en danger, si l’aristocratie voulait
attenter à notre liberté, les armes à la
main. »31

Cette représentation égalitaire des
femmes se répète à travers tous les
numéros du journal. L’auteur des
Lettres présente ainsi sa mère Duchesne
sous un double aspect :d’une part c’est
une femme violente et vulgaire qui
injurie et menace ses ennemis, mais
d’autre part, elle se montre aussi
comme une femme éclairée et cultivée
qui transmet une vision égalitaire des
femmes à ses lectrices.
Cette culture de l’héroïne se manifeste à travers le vif intérêt qu’elle porte
aux affaires considérées comme tabou
pour les femmes : l’administration,
l’économie, les finances et le système
judiciaire.Tous ces thèmes sont examinés dans leur rapport avec les
femmes32. En examinant les anciennes
et nouvelles institutions de la France,la
mère Duchesne se montre assez optimiste à l’égard des travaux de l’Assemblée Nationale, supposant que ceuxci vont permettre aux femmes d’agir
en parfaites égales des hommes.
La mère Duchesne remplit dans les
Lettres une double fonction :d’une part
c’est une meneuse dont les discours
sont conçus pour agiter et mobiliser les
lectrices contre la droite ;mais,d’autre
part, elle joue le rôle d’un intermédiaire culturel, qui transmet au public
féminin populaire le système de
valeurs de l’élite révolutionnaire, liée

« Quelle satisfaction pour moi,
quand je vois mon sexe lutter de courage et d’intrépidité avec les hommes
qui abandonnaient autrefois d’un air
dédaigneux les soins domestiques aux
femmes, qui les regardaient presque
comme des animaux qu’il faut renfermer dans une ménagerie.Non,foutre,
non, les femmes ne sont point ce
qu’on pense. Elles peuvent manier la
quenouille et l’épée avec le même succès. On verrait renaître les Jeanne
D’Arc, les Jeannes Hachette et toutes

22

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

Lettres publiées en mars et avril 1791.
On y voit la mère Duchesne attaquant
les tantes du Roi et les religieuses30.
L’attaque contre ces dernières commençait déjà dans son n°12 d’avril
1791. La mère Duchesne y lance une
série d’injures contre les sœurs de
Sainte-Anne et menace de les fouetter.
Notons que ce discours se réfère à un
événement réel,où plusieurs sœurs de
ce couvent furent fouettées par des
femmes de la Halle (Lacroix,1906,t.3,
p 479-481). L’attaque contre les religieuses continue dans le numéro 15,
où sous forme d’un récit fantastique,
l’héroïne raconte l’histoire de sa visite
à Sainte-Anne et sa confrontation avec
les sœurs. Enfin dans le numéro 16,
publié vers le 19 avril 1791, elle
demande d’interdire aux religieuses
l’éducation des jeunes filles.
En s’opposant aux femmes aristocrates,la mère Duchesne transmet à ses
lectrices une image tout à fait nouvelle
des femmes patriotes comme en
témoigne la cinquième lettre, parue
vers le 15 mars 1791 :

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 23

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

nistes ;elle s’occupe surtout des affaires
domestiques et accepte l’autorité de
son mari. Ce nouveau rapport
homme/femme est manifeste dans les
trois numéros de ce journal. Le discours est en effet centré autour du personnage du père Duchesne,tandis que
sa femme n’est là que pour suivre et
soutenir les opinions du mari. Le père
Duchesne est ici l’éducateur de sa
femme. Il lui révèle la nature aristocratique de la Reine et du Roi, puis
quand la mère Duchesne devient dans
l’un de ces numéros la gouvernante de
la dauphine,c’est toujours son mari qui
lui explique les principes patriotiques
selon lesquels il faut instruire le petit
prince34. La fonction principale de la
mère Duchesne est ici de transmettre,
sans commentaire,les idées de son mari
aux lecteurs.Ce rapport entre homme
et femme du peuple ressemble à la
représentation du journal clérical de la
droite. Mais, dans le journal de la
droite,l’homme appartient à la culture
d’élite tandis que dans le journal de la
gauche la mère Duchesne obéit à un
homme du peuple. Pour cette publication, la notion de la souveraineté
populaire réside d’abord chez les
hommes.
Les numéros du Journal des Femmes
sont publiés fin mars 1791, mais il est
possible que cette publication continue à paraître en avril car le journal
fayettiste Le Lendemain mentionne
dans ces numéros des 4 et 9 avril 1791
l’existence de deux journaux Mère
Duchesne de la gauche35.Le personnage
mère Duchesne atteint le sommet de

au club jacobin. Notons que l’aspect
éducateur de la mère Duchesne est utilisé pour dissimuler les différences
sociales entre peuple et élite. Cette
technique permet de camoufler les
contradictions sociales et de projeter
aux lectrices une image du peuple uni,
prêt à lutter ensemble contre ses ennemis.
Les Lettres bougrement patriotiques de
la Mère Duchesne devaient avoir un certain succès,car,dès la fin mars 1791,on
trouve sur le marché une publication
concurrente également liée à la
gauche. Le nouveau journal, dont on
ne connaît que trois numéros,porte le
titre de La M. Duchesne, journal des
femmes33. Bien qu’il s’agisse d’une
publication liée aux Jacobins,la représentation de la mère Duchesne est
complètement différente. Si l’héroïne
des Lettres est représentée comme un
personnage dominant,guerrier et viril,
l’auteur du Journal désigne sa mère
Duchesne comme une femme soumise, dominée par son mari et dont la
fonction principale est comique.Cette
nouvelle image est illustrée par une
vignette représentant le père et la mère
Duchesne, débout à côté d’une table :
le père Duchesne domine la scène avec
une pipe allumée dans la bouche et
deux pistolets à la ceinture. En
revanche, la mère Duchesne n’est pas
armée : elle tient une quenouille dans
la main gauche et tient dans la main
droite une bouteille de vin, dont elle
sert un verre à son mari. La mère
Duchesne est devenue ici un personnage soumis, sans prétentions fémi23

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

Naissance de la presse destinée aux femmes du peuple pendant la Révolution française

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 24

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

sa popularité au début avril 1791. On
la trouve au centre de publications de
la gauche, de la droite mais aussi sur la
scène théâtrale. Puis, à partir du printemps 1791, la mère Duchesne disparaît des scènes théâtrales et pamphlétaires. La gauche préfère employer un
symbole masculin pour s’adresser à la
fois aux hommes et aux femmes du
peuple. On trouve encore un périodique Mère Duchesne républicain en
l’an V, avec trois numéros, mais le personnage féminin y est employé pour
s’adresser à l’ensemble du petit peuple,
et non aux femmes en particulier36.
Le fait que la gauche ne publie plus
de presse destinée aux femmes du
peuple s’explique par sa stratégie de
mobilisation populaire. Pour rallier le
menu peuple à la révolution, elle

défend l’image d’un peuple uni qui
agit ensemble, hommes et femmes,
contre ses ennemis. En revanche, la
droite adopte une stratégie opposée
visant à susciter parmi le peuple un
conflit intérieur entre hommes et
femmes. En conséquence, la droite
continue à viser séparément le public
populaire féminin, à l’aide de personnages imaginaires comme la mère
Duchesne, mais aussi par la mère saumon et la mère Gérard37. La tentation,
en 1791, de créer un mode de communication particulier pour les
femmes du peuple ne fut donc pour la
gauche qu’un court épisode,tandis que
pour la droite, cette année fut le point
de départ d’une longue pratique qui va
continuer tout au long du XIXe siècle
(Braesch, 1938, p. 87).

Annales historiques de la Révolution française,
271, janvier-mars 1988, p. 1-16.
- Lettres bougrement Patriotiques de la Mère
Duchesne suivi du Journal des femmes, Paris,
Les Éditions de Paris/EDHIS, 1989.
- Presse populaire et Feuilles volantes de la révolution à Paris, Paris, Société des études
robespierristes, 1991, p. 22-37 et 216240.
- « La représentation populaire de l’image
royale avant Varenne », Annales Historique
de la Révolution Française, 3, 1994.
- « L’usage de personnages imaginaires
dans la presse et le pamphlet pendant la
Révolution Française », Revue d’Histoire
Moderne et Contemporaine, 44-3, 1997, p
484-503.

Bibliographie
M.Albert, Les Théâtres de la foire 1660-1789,
réimp. Slatkin, Genève, 1969.
I. Bourdin, Les Sociétés populaires à Paris pendent la Révolution, Paris, 1937.
F. Braesch, Le Père Duchesne d’Hébert, Paris,
Alcan, 1938.
Roger Chartier,“Lecture et lecteurs “populaires” de la Renaissance à l’âge classique”,
in G. Cavallo et R. Chartier (éd), Histoire de
la lecture dans le monde occidental, Paris, 1997,
p. 315-330.
O. Elyada :
- « La mère Duchesne, masques populaires et guerre pamphlétaire 1789-1791 »

24

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

DOSSIER : LA CAUSE DES FEMMES

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 25

Naissance de la presse destinée aux femmes du peuple pendant la Révolution française

S. Lacroix ; Actes de ma Commune de Paris,
Paris, 1906, 2e série,T. II.
S. Mercier,Tableau de Paris, Paris, 1783.
Michaud,Biographie universelle ancienne et moderne, Paris, 1843
R. Monnier :
- « La lecture en milieu populaire dans le
département de Paris », Dix-huitième
Siècle, n° 21, 1989, p. 226-231.
- L’Espace public démocratique :étude de l’opinion à Paris de la Révolution au Directoire,
Paris, 1994.

A. François, « La renaissance poissarde », in
Histoire de la langue française,sous la direction
de A. Brunet. Paris,A. Colin, 1966,VI/2, p
1215-1216

A.F. Moore, The genre poissard and the French
stage in the 18 th century. New York, 1935.

A.Franklin,Dictionnaire historique des arts,métiers et professions exercés dans Paris depuis le treizième siècle, Paris,Welter, 1906.

Robert Muchembled,Culture populaire et culture des élites dans la France moderne (XV e-XVIII e
siècle), Paris, 1978, p. 85-119.

P. Frantz, « Travestis poissards », Revue des
Sciences Humaines, n° 190-2, 1982-1983, p
7-20.

C.Nisard,Étude sur le langage populaire de Paris
et de sa banlieue, Paris, 1872.

D.Godineau,Citoyennes tricoteuses,les femmes
du peuple à Paris pendant la Révolution Française,Aix, 1988.

J.-P. Seguin :
- L’information en France de Louis XII à
Henri IV, Genève, Droz, 1961
- L’information en France avant le périodique.
517 canards imprimés entre 1529 et 1631.
Paris, Maisonneuve et Larose, 1964.

Robert, M. Isherwood, Farce and fantasy, popular entertainment in eighteen-century Paris,
New York, 1986.

fort de la nouvelle Halle et Catherine,marchande
de marée au marché des Quinze-Vingt (Bibliothèque Nationale (BN) 8° Ld4 -3252), Le
Divorce,dialogue entre madame Engueule et madame Saumon,harengères et M.Mannequin,fort
de la Halle (BN Res.Ye-3069).

Notes
1 Cette publication de 120 pages coûtait
chère, entre 12 livres pour Paris et 15 livres
pour la province en 1864. Le journal visait
les femmes éduquées. Il publiait des mélanges d’histoires, des comptes rendus des
livres nouveaux et des nouvelles amusantes.
Louis Trenard,Histoire générale de la presse française, Paris, PUF, 1969, p. 315- 321

3 Voir Motion curieuse des dames de la place
Maubert (BN 8° Lb39-2412), Réclamation de
toutes les poissardes avec un petit mot à la gloire
de notre bonne duchesse d’Orléans, (BN Lb39
2352),

2 Pour des exemples de dialogues démontrant la supériorité de la femme, voir Grand
sabbat des prêtres inutiles,Dialogue entre Jérôme,

4 Pour des exemples des pamphlets Orléa-

25

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

- « Divertir et faire lire – stratégies éditoriales de la presse populaire », Études de
Linguistique Appliquée, 119, 2000, p 305316.
- « La mise en pilori de l’abbé Maury :
imaginaire comique et mythe de l’antihéros pendant la Révolution »,Annales
Historique de la Révolution Française,2005,
341, p 1-24.

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 26

DOSSIER : LA CAUSE DES FEMMES

14 « Fais beau cul et tu n’auras guerre ou l’abbé
Maury fouetté par le Père Duchesne », dans Le
Père Duchesne d’Hébert (BN 8°LC2 512),T.I,
n° 5.
15 La Mère Duchesne, (BN 8° Lc2-584-589).
16 La Mère Duchesne de l’abbé Buée (BN
8°LC2 584-587, 657, 674, 2567).
17 Nous avons rangé et daté ces pièces
(Elyada, 1991, p. 171-172)
18 BN 8° LC2 586
19 BN 8°LC2 585

5 Pour les pamphlets Fayettistes, voir par
exemple Harangue des dames de la Halle aux
citoyens du faubourg Saint-Antoine prononcée par
madame Engueule,le 26 juillet 1789 (B.H.V.P
12.031, n° 4), Pour le premier journal poissard, voir La Gazette des Halles (BN 8° Lc22268).

20 BN 8°LC2 584
21 BN 8°LC2 587
22 Voir par exemple, Le Père Duchesne d’Hébert, (BN LC2 508) T. I, n°22, Le Père Duchesne de l’abbé Jumel, (BN 8 LC2 513),n°36.
(Elyada, 1994)

6 Pour des pamphlets poissards de la droite,
voir par exemple Le club des Halles, (BN 8
Lb39-9542). Dialogue entre deux commères,
(BN 8 Ld4-3890).

23 (S. Lacroix, 1906, p. 695-702) Voir aussi
Le Père Duchesne d’Hébert,31,32,Le Père Duchesne de Jumel, 47.

7Voir note 6.

24 Lettres Bougrement Patriotiques de la Mère
Duchesne, n° 1 et 2.

8 Le Goûter de la Courtille ou dialogue sur les
affaires présentes entre quatre dames de la halle
(BN 8° Lb39-8416).

25 (Elyada, 1991, p. 173-175) Le journal
parut chaque semaine le mardi et le samedi.
voir, Lettres bougrement patriotiques de la Mère
Duchesne, op. cit., 2, p. 8.

9 Pour des périodiques de ce genre,voir par
exemple Jean Bart ou suite de je m’en F… (BN
8° Lc2- 344-346), Le Tocsin de Richard Sans
Peur, (BN 8 Lc2-557), Le Capitaine Tempête,
(BN 8 Lc2-434), Lettres au général La Pique,
(BN 8 Lc2-598). Sans Quartier où le Rogomiste, (BN 8° Lc2-433). Sur ces journaux,
voir O. Elyada, 1991.

26 (BN 8°LC2 2481).18 nos. Nous avons
publié une édition critique de ce journal,
(Elyada, 1989).
27 Restif de la Bretonne, Année des Dames
nationales (BN Res.Y2 2452),T.XII,p.3818.
28 Voir par exemple Lettres bougrement patriotiques., op. cit. n°3, p. 1-2.

10 Le Club des Halles établi à l’instar de celui
des Jacobins à la nouvelle Halle ci-devant le charnier des Innocents (BN 8°LB39 9542).

29 Ibid, n°1, p. 2.
30 Ibid, nos.1 et 2 (contre les tantes),12,15,
16 (contre les religieuses).

11 Ibid., p. 3-4.
12 Ibid., p. 3-4.

31 Lettres bougrement patriotiques, op. cit. n° 5,
p. 2-3.

13 BN 8°LC2 3884
26

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

nistes,voir Coup de grâce de l’Aristocratie ou dialogue entre Mille-Gueule, Boit-Sans-Soif et
autres citoyens… (BN 8° Lb39-2420), Réclamation de toutes les poissardes avec un petit mot
à la gloire de notre bonne duchesse d’Orléans (BN
8° Lb39-2352). Sur la confrontation entre
presse populaire Orléaniste et Fayettiste,voir
O. Elyada, « L’appel aux faubourgs : Pamphlets populaires et propagande à Paris
1789-1791 », Paris et la Révolution, Michel
Vovelle, (Ed), Paris, publications de la Sorbonne, 1989, p. 185-200.

MPTdM12

2/06/09

12:48

Page 27

Naissance de la presse destinée aux femmes du peuple pendant la Révolution française

36 La Mère Duchesne,(BN 8°LC2 941),Paris,
an V, 3 numéros.

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

37 Buée publie en 1792-1793 trois numéros Mère Duchesne, (BN 8°LC2 657, 674,
2567). Pour les publications poissardes de la
droite en 1792 voir par exemple Les entretiens
de la Mère Gérard (BN 8° LB39 5712),12 dialogues. Dialogue entre deux commères (BN 8°
LC2 3890), Les bienfaits de l’Assemblée Nationale ou Entretiens de la Mère Saumon (BN
Res. Nains-537), 9 dialogues.

33 La M. Duchesne, journal des femmes, (BN
8°LC2 2284), 3 numéros.Voir notre édition
critique (Elyada, 1989, et 1991 p. 176).
34 La M. Duchesne, journal des femmes, op. cit.
n°3.
35 Le Lendemain (BN 8°LC2 466),T.III,numéros des 4 et 9 avril.

27

Document téléchargé depuis www.cairn.info - Université de Sherbrooke - - 132.210.244.226 - 02/10/2013 12h20. © Nouveau Monde éditions

32 Ibid., n°15, (système judiciaire), n° 7 (sur
le droit de succession), nos. 4, 14, (sur l’administration), nos. 4, 10, (économie et finances).


TDM_012_0011.pdf - page 1/18
 
TDM_012_0011.pdf - page 2/18
TDM_012_0011.pdf - page 3/18
TDM_012_0011.pdf - page 4/18
TDM_012_0011.pdf - page 5/18
TDM_012_0011.pdf - page 6/18
 




Télécharger le fichier (PDF)


TDM_012_0011.pdf (PDF, 139 Ko)

Télécharger
Formats alternatifs: ZIP



Documents similaires


tdm 012 0011
drs 089 0017 1
rainer geiger 2015 les procedures d arbitrage
esp 156 0233
excitation et toucher
tas un et multiple g delannoi

Sur le même sujet..