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Titre: Essais d'avant-propos : L'idée maîtresse développée ci-dessous concerne l'existence d'un pont de reconnexion possible entre ce
Auteur: pab

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FOLIE & SPIRITUALITE / Yvan Blanchard, automne 2013

L’expérience d’unité psychotique,
Etude d’une spiritualité entachée

L'article de Caroline Brett, une autre lecture de la folie à la lumière de la spiritualité :
"Psychotic & mystical states of being - connexions & distinctions"
http://www.yogapsychology.org/art_psychoticandmystical.html

L'étude présentée ci-dessous vise à mettre en évidence la portée d'un lien pouvant exister entre ce qu'on
appelle l'expérience d'unité psychotique et le vaste champs de la spiritualité, dont cette expérience est le
fruit de l'aspect le plus sombre ou tout du moins mitigé. Le sens de la spiritualité réclame avant tout d'être
précisé parce qu'il diffère dans une large mesure de celui de la religion auquel on ne le réduit que trop
souvent. Ce thème fera donc l'objet de la 1ère partie de cette réflexion.
Puis l'on en viendra à exposer les diverses caractéristiques par lesquelles cette première "spiritualité
psychotique" peut être définie. Ensuite de quoi on en arrivera naturellement à se pencher sur la perspective
de soin "psychotico-spirituel" pouvant se dessiner sur la base d'une telle expérience surgissant de ces
formes spécifiques de folie.
D’autres éléments d’introductions sont présentés en page 9 parce qu’ils adoptent un angle d’éclairage
intéressant mais soumis à un choix nécessaire…

Présentation
La masse des souffrances associées à la folie ne permet pas toujours d'en distinguer les lettres de noblesse.
Celle dans laquelle je sombrai adolescent témoigne d'une qualité en plein enfer : l'expérience d'un état de
pleine santé fondamentale, garant d'une opportunité d’un soin psychotico-spirituel, je l'ai compris depuis.
Mais j'ai du chercher longtemps pour ça, sans avoir jamais pu trouver aucune information dans le champ de
la psychiatrie mais dans celui de la spiritualité seulement, ignoré du premier. C’est donc principalement
pour combler ce vide que je partage ici mes conclusions de 25 années, dont une bonne moitié ont été
éclairées par une pratique méditative quotidienne sous l'égide d'une tradition non duelle.
Cette quête du sens de l'expérience m'a d'abord conduit à lire Voyage à travers la folie, écrit par Mary
Barnes et son médecin le Docteur Joseph Berk, l'un des pères fondateurs de l'antipsychiatrie dont on peut
regretter la mise en opposition à une institution gagnant à s’enrichir de ses idées novatrices. Dans ce livre,
Mary qui développa une psychose à partir de sa 40ème année, rejoignit la communauté expérimentale de
Kingsley Hall, où elle fut non seulement autorisée mais surtout invitée à être ce qu'elle se ressentait le
besoin d'être au plus profond d'elle-même, indépendamment de toute forme de jugement. Ce "voyage" est
un chemin de guérison par le fond, à la façon dont Mary put ainsi "régresser" sur le plan affectif, au point
d'habiter l'enfant qu'elle demeurait intérieurement. Le récit de cette aventure extraordinaire révèle
l'évidence d'un lien entre la folie dont elle souffrait et la spiritualité comme chemin de guérison. Ce livre
m'a bouleversé, j'ai eu le sentiment en le lisant de cheminer en même temps qu'elle. Merci Mary,
infiniment ! D'autres travaux témoignant d'une qualité de sagesse "extra-mondaine" dans certaines formes
de folie m'ont beaucoup touché, telle l'Autobiographie d'un schizophrène de John Perceval dit Le Fou, dont
un résumé est proposé par le Docteur Edward Podvoll dans la 1ère partie de Psychose et guérison... Depuis,
des lectures spirituelles telles que les Fiorettis de Saint François d'Assise, la Petite Philocalie des Pères

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orthodoxes, ou d’autres de tradition soufique, ne manquèrent jamais, à l'évocation du but visé par chacune
d'elles, de faire vibrer en moi la corde du souvenir toujours vivace de l'expérience. Mais c'est le
Bouddhisme dans sa forme tibétaine qui m'ouvrit ses portes en me permettant, tel que j'étais à ce moment là,
d'utiliser les moyens mis à disposition du novice pour progresser à partir de là où chacun en est. Désormais
engagé dans cette voie, j'écris de façon compulsive et donc pathologique sur le thème d’un lien pouvant
exister entre folie et spiritualité s’il est confirmé par une expérience devant répondre à certains critères pour
ce faire. Ainsi ce travail d'écriture acharné m'est-il devenu progressivement thérapeutique, quand il fut
mené en parallèle d’un réengagement au sein d’une tradition éclairante du sens profond par-delà les
extrêmes. La difficulté attenante à cette réflexion fut de ne prêter ni plus ni moins d'importance qu'elle en a
effectivement, mais en essence surtout, à cette dimension spirituelle de l'expérience d'unité psychotique.
Car la tentation est grande de se saisir de cette qualité potentiellement reconnaissable à la folie ; et à
l'inverse sans que cela vaille réellement mieux, de l'évincer complètement sous couvert de sa trop rare
optimisation effective. Oui il y a bien ici quelque chose de cet ordre là, que j'espère être parvenu à
distinguer dûment de tout ce qui y manque encore aussi.

Le statut de la parole du fou : une perspective socio-historique
http://www.promentesana.org/upload/application/222-lt52juin2011.pdf
: Pour le sociologue Krzysztof Skuza, le statut de la parole du fou n’a guère évolué depuis l’époque
médiévale : rebaptisé malade mental, il est toujours condamné au silence. Notre société dénie à sa parole
toute valeur et signification : "sa parole ne serait nécessairement qu’une production verbale inopinée,
intempestive et absurde (…). Ce qui est exclu, ce n’est pas le fou en tant que personne, mais bien
l’énonciation de la folie à la première personne. Le levier de cette exclusion, qui a adopté de multiples
justifications d’ordre moral ou thérapeutique, est l’assimilation du sujet de l’énonciation (le fou) au sujet de
l’énoncé (la folie). Parmi les justifications d’ordre moral, citons l’interdiction de l’insane littérature ou de
l’écriture folle qui, dès l’avènement des asiles, a privé les aliénés de papier et de plume et a permis la
confiscation et la destruction systématiques de leurs écrits. Le célèbre cas d’Agnes Richter (…), internée
contre son gré pendant plus de 18 ans et qui a contourné l’interdiction en brodant son récit sur sa veste
d’asile, constitue désormais le symbole du besoin de communiquer de tant de patients psychiatriques."

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Le cœur du sujet

L'expérience d'unité psychotique est précieuse parce qu'elle correspond à un palier de progression sur
l’escalier spirituel. A ce titre, cette étape est riche d'un potentiel de transformation spirituelle. Mais la folie
qui en constitue la voie d’origine oppose en contre partie de grands obstacles à l’optimisation de ce fruit.
La Spiritualité dans cette perspective diffère grandement du champ de l’irrationnel dans lequel on a
l’habitude d’englober toutes sortes d’autres sujets. Elle s’entend ici dans le seul sens d’un chemin
d’émancipation des limitations égotiques, dont il apparaît important de préciser le cadre exact, dans lequel
s'inscrira ensuite celui de cette pré-spiritualité psychotique.

Spiritualité par-delà les religions, une réhabilitation nécessaire

Pour introduire ce coeur du sujet, voici quelques textes traitant du chemin de la dévotion en lequel
consiste la voie d'une spiritualité dite essentielle ou universelle, présente dans la branche mystique
de toutes les grandes religions :
- http://www.wicca-life.com/article-28574795-6.html#anchorComment : "Philosophia Perennis" de
Aldous Huxley.
- http://venerabilisopus.org/fr/bibliotheque/pdf/100/109_vivekananda-bhakti-yoga-francais.pdf : Le
chapitre traitant du Bhakti yoga, le chemin de la dévotion, extrait des "Quatre yogas pratiques" de
Swami Vivekananda.
- http://www.vedaveda.com/les_vedas/nectar/entre/krsna.html : Même si des textes d’autres
traditions traitent aussi de ce sujet, le thème de la dévotion donne lieu au plus grand nombre de
développements dans la tradition Hindouist.
- http://www.danielodier.com/french/laVoie.php : De superbes texxtes et un aperçu d'une
graduation adaptée aux diverses dispositions spirituelles des pratiquants.
- http://www.fichier-pdf.fr/2013/11/08/la-liberation-naturelle-par-la-vision-nue/ : Et enfin un
superbe texte issu de la tradition des "terma" et écrit par Padma Sambhava (Guru Rinpoché), parce
qu'il est très beau et donc très inspirant.

Notre Occident laïque ne manque pas de raisons pour rejeter la religion. Mais de la spiritualité comme
remède à nos égoïsmes, on aurait tort de se couper en jetant le bébé avec l'eau du bain ! Rappel du sens : La
spiritualité constitue le socle fondateur, gardien du sens profond, unique et inaltérable, des religions qui en
forment l'expression relative, plurielle et imparfaite. Une spiritualité universelle est en cela reconnaissable à
travers une même trame commune présente dans chaque branche mystique des religions. La voie de cette
spiritualité essentielle ou universelle dépend de notre façon intérieure de mener notre pratique extérieure ;
soit d'une compréhension ayant germé en nous, ou pas, du caractère "vacuitaire" de toutes choses, dont
aucune n'existe véritablement "en soi" autant qu'elle peut nous le sembler pourtant. Ainsi une part de
qualité est déjà contenue en essence dans chaque défaut apparent, à partir de laquelle toute situation s'offre
potentiellement à pouvoir être transformée. Cette compréhension donne lieu à une expérience initiatrice :
une compréhension expérientielle de ce qui constitue le but de toute voie et confère la certitude de sa
possible réalisation. Cette expérience marque l'entrée dans la spiritualité. Elle prédestine à la voie qui
consiste à stabiliser ou actualiser pleinement ensuite ce qui fut éprouvé à travers elle. Outre qu'elle ait
valeur de guide éclairant sur le reste du chemin parce que la connaissance en laquelle elle consiste
s'applique à toutes choses exactement, cette expérience a aussi la particularité d'extraire de toute
temporalité liée au monde - ce qui lui confère alors la qualité d'une authentique réalisation consistant en la
1ère marche de l'escalier spirituel.
La tradition capable de conduire au plein mûrissement de ce fruit devra être maintenue vivante par le digne
et inspirant exemple de maîtres qui en incarnent le but pour se révéler authentique. Le lien de dévotion
unissant le disciple à son maître, ce dernier incarnant physiquement le but dont cette 1ère réalisation se fait
l'écho intérieur, est le véhicule de cette spiritualité capable de tout transmuter. Ainsi ce 1er fruit

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éminemment spirituel se trouve-t-il au carrefour des 2 chemins, qui sont le chemin général de l’étude
appliquée et celui de la réalisation. Le premier consiste à préparer le terrain de cette expérience primordiale
mais non encore advenue. Il en passe obligatoirement par l’étude, puis la réflexion ou contemplation de ce
qui fut étudié, et enfin par la mise en application ou intégration par la méditation de ce qui fut ainsi compris.
Quand le second se suffit d’une pratique de dévotion envers tout support convenu, mettant en lien avec le
but déjà éprouvé ou "réalisé" intérieurement. Ce dernier chemin est qualifié de grand (Maha-yana) parce
que, faisant feu de tout bois, il inclut toutes choses et englobe chacun exactement. Ainsi cette voie non
duelle a-t-elle vocation reliante à révéler plus grande complémentarité qu'opposition des contraires
apparents. Elle invite à cheminer avec et pour tous, plutôt que contre ou sans ; répondant ainsi au souhait
extraordinaire né de cette expérience qui le rend seule réalisable, de voir ce fruit resplendir de tous ses
bienfaits pour tous.
La Spiritualité prend tout son sens sur la base d’une exigence d’absolu concernant le bonheur qu’on
recherche tous plus ou moins véhémentement seulement ; et d’une expérience pouvant y faire suite quand
bien même on s’y sera pris comme on l’aura pu dans un premier temps pour parvenir à la susciter. Cette
expérience peut aussi nous être prodiguée par la grâce du maître spirituel auquel on s’en sera préalablement
remis. Mais cela n’est pas l’unique façon de l’éprouver, certains chemins des excès, tels que la folie y
consiste dans certains cas, peuvent y conduire aussi…
Autrement dit : Sur la base de cette expérience qualifiée d’unité, de transcendance ou de pleine santé
fondamentale, la voie menant à l’Eveil total, insurpassable et définitif nous ouvre sa grande porte ; cette
expérience y consistant déjà pleinement en essence, qui ne demande alors plus qu’à être actualisée ou
stabilisée tout le long du chemin restant encore à parcourir pour cela.
Avant d’avoir pu y être initié par ce premier stade, premier palier qui constitue la première marche de
l’escalier spirituel s’agençant à partir de là, un autre aspect de la voie est accessible, dont l’enjeu, cette
"petite porte", est de nous amener à éprouver cette expérience incontournable, qui résume tout le sens de la
spiritualité.
Mais dès lors que ce premier fruit est atteint, et qu’une relation unit étroitement le disciple avec un guide
spirituel, celui que l’irrépressible saveur de l’Eveil a marqué de son sceau indélébile saura, sans qu’il ne
puisse y avoir aucun doute à ce sujet, conjuguer tous ses efforts avec ceux de son maître pour cheminer
jusqu’au but, appelé état de sainteté.

Folie et spiritualité
...Tandis que la folie, quand elle consiste en une demie-spiritualité appelant à un réengagement sur cette
voie, tire sa force d'une dynamique inverse d'opposition entre Fond et Forme, qui en limite d'autant les
bienfaits attendus pour tous, détournés au seul profit personnel et prioritaire de l'individu. Ce qui peut être
appelé folie ici n'y consiste peut-être pas seulement quand ce type d'expérience en émerge, qui suffit seule à
attester qu'une dimension effectivement spirituelle y participe, au moins. Outre cette validation par le fruit,
la spiritualité de ces folies spécifiques se vérifie aussi à travers la double quête d'absolu et de vérité qui y
préside par la base, et par laquelle se définit toute spiritualité en essence. Dans ces cas de cheminement par
soi-même jusqu'à ce 1er fruit, ce qu'on appelle "délires" en vertu du caractère irrationnel et pour cela
incompris de ces "épisodes", correspond aussi selon une lecture plus spirituelle aux nombreux écueils
connus pour jalonner tout cheminement isolé des prévenances éclairées d'un guide - dont toutes les
traditions s'accordent à souligner l'importance pour en prémunir. Sur la base du 1er fruit pouvant être atteint
par cette voie encombrée, par cette spiritualité corrompue ou subversive, l'opportunité existe de pouvoir en
réorienter les effets dans le sens du seul bienfait de tous. C'est pourquoi, cette perspective répondant au
souhait profondément ancré depuis cette expérience à partir de laquelle tout devient possible, il ne saurait
être question de ne pas y consacrer tous ses efforts à venir.

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Un pont entre ces 2
Ainsi la Voie de cette spiritualité universelle semble-t-elle pouvoir remédier aux imperfections liées à celle
de ces folies spécifiques. Car son dessein, visible à travers l'exemple des maîtres éveillés, vise à libérer de
tout dysfonctionnement égotique : tant névrotique que psychotique. Cette vue déroge de celle du monde en
ce sens qu’elle outrepasse le simple retour habituellement recherché de l’état psychotique à celui d'une
névrose jugée acceptable quand elle est généralisée. Une plus pleine et profonde guérison semble en effet
escomptable dans la perspective spirituelle de ces cas de folie. Car la "réalisation par soi-même" qui
marque leur particularité est réputée pouvoir conduire au plein fruit de la voie en moins de temps qu’il n’en
faut d’ordinaire. Pour autant, ce potentiel néanmoins avéré souffre dans ces cas spécifiques d’être empêché
ou retardé par des obstacles équivalents à cet avantage supposé - qui s’en trouve ainsi rééquilibré et révèle
par là même sa nullité. Une égalité de fond prévaut en réalité avec tous, par-delà les forces et faiblesses de
chacun, les défauts de nos qualités. Le chemin de ces fous n’est donc absolument pas plus aisé que celui
identiquement accessible à d’autres types d’individus pouvant être jugés plus classiques de par leur
moindre excessivité coutumière. Simplement il peut effectivement les conduire plus rapidement au but
insurpassable qui constitue la seule issue possible dans leur situation, par-delà toute forme de conseil qu'il
serait vain de leur adresser tant cette exigence ne saurait souffrir aucune autre alternative pour pouvoir
conduire à son terme.

Expérience & réalisation
Les critères qui permettent d'établir la plus grande portée d'une authentique réalisation spirituelle comparée
au moindre bénéfice qu'offre une simple expérience dénuée du même pouvoir transformateur : Le terme
"expérience" désigne la durée limitée de ce qui est éprouvé ici, une fois ramené à la temporalité de ce
monde. Mais on l’appellera "réalisation" quand avant de s’y voir ramené justement, ce qui est réalisé dans
l'esprit extrait de toute temporalité liée au monde, en délivrant la conscience du besoin d'en référer au
décompte du temps. Ainsi une réalisation répond-elle apparemment au critère d'une durée limitée qui est
celui d'une expérience. Mais elle s'en distingue d'une autre façon quand on s'apercevra que ce qui fut réalisé
semblant avoir déserté l'esprit à un moment donné, y demeure toutefois accessible par-delà cette impression
première. Une expérience donne de surcroît un certain aperçu de ce en quoi consiste le but de toute
spiritualité, dont elle laissera ensuite la trace d’un souvenir inspirant. Tandis qu'une authentique réalisation
imprime la marque d’un tournant définitif dans l'esprit, qui l’empêchera désormais de se méprendre autant
qu’avant sur le sens des réalités. Elle éveille certaines qualités de sagesse qui invitent au recheminement de
mise pour les optimiser : telles une connaissance réputée certaine du but de toute spiritualité, qui ôte toute
place au doute le concernant ; un éclairage intérieur sans erreur apte à guider ensuite jusqu’à la pleine
actualisation de ce qui ne fut éprouvé qu’un temps auparavant ; ou autre sagesse discriminante rendant apte
à distinguer en toute chose ensuite, entre l’essence inaltérable gardienne du sens véritable et les apparences
relatives, plurielles et imparfaites, soit entre le Fond et la Forme.
(Rajout :) Cette expérience a une immense valeur, pas juste celle d’un progrès parmi d’autres sur la voie.
Elle correspond déjà à un grand degré de progression parce qu’en elle déjà, le plein et insurpassable Eveil
est contenu en essence, non différent d’elle, qu’il ne manque plus que d’actualiser ou stabiliser de façon
continue par-delà les impressions d’intermittence restantes. Cela même est déjà là à ce 1er stade véritable,
sans que rien ne puisse être vu y manquer. Ceci est capital pour comprendre que cette expérience, si elle
répond bien aux critères qui sont ceux d’une réalisation pouvant sembler partielle tant qu’elle ne délivre
apparemment pas encore de toutes les souffrances, fait passer à un tout autre palier de la voie, dont elle
rapproche désormais davantage du but que de l’origine. Important de comprendre aussi que la voie, vue
sous cet angle si difficile à préciser, réputé indicible, transcende ou surpasse toute la manière linéaire dont
on considère la réalité habituellement. Ici c’est l’infini qui l’emporte sur les limitations imposées par les
conditions relatives de notre existence. Sans que cela devienne nullement un problème d’ailleurs car l’esprit
n’aspire qu’à s’ouvrir sans cesse davantage, sans réel intérêt pour quelque point d’arrivée que ce soit ni le
sentiment de finitude associé ; il y recouvre au contraire son espace, sa dimension originels. Alors la
longueur de temps nécessaire d’ordinaire pour atteindre ce 1er niveau de réalisation, importe aussi peu que
celle à venir encore ensuite sur les autres chemins* correspondant à l’évolution toujours nécessaire à partir
de ce point. Chaque progrès effectué ne manque jamais de rassasier du goût de sa liberté recouvrée…

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A travers Fond et Forme
Fond et Forme comme 2 subdivisions d'une même réalité non résultante de leur somme, sont d'abord objets
de discorde avant de se révéler complémentaires. Chacun use en effet de sa prétendue supériorité sur l'autre,
qui s’en ressent implicitement illégitime, invalidé, exclu. Ainsi s’opposent les tenants du sens sur les
apparences et les trop ardents défenseurs d'un ordre établi socialement sur ce même règne des apparences.
Cette dynamique est universelle en ce sens qu'elle nous emporte tous dans sa tourmente. Chaque marque
d'irrespect ainsi manifestée par l'un au détriment de l'autre conduit systématiquement à la même réaction
inverse, renforcée pour plus d'efficacité. A ce jeu de dupes auquel on cède tous plus ou moins
consciemment seulement, chaque victoire remportée apparemment nous laisse tous perdants en réalité, tant
elle ne parvient qu’à grossir le cercle infernal et vicieux de nos réactions enchaînantes. La paix doit y être
ramenée, qui semble à plus grande portée du Fond (incarné ici par ses tenants), sur la base de cette
compréhension elle-même et de la charge leur en incombant donc. Car aucun des deux ne saurait prévaloir
en réalité, tant que le Fond auquel cela peut devoir revenir finalement reste soumis en attendant aux mêmes
astreintes identitaires que l'autre, qui l'acculent à s'affirmer tout autant lui-même au détriment de l'autre.
Outre qu'elle puisse relever d'un état de fait objectif, la vue de cette situation procède peut-être aussi, ou
davantage selon toutes vraisemblances, de l'état d'esprit résultant de ces "folies spiritualisées" par voie
d'opposition. Telle n'est peut-être que l'expression visible dans le monde, de l'esprit d'où tout découle. A
chacun d'en juger s'il trouve dans l’analyse de cette situation l'écho à ce qu'il peut constater lui-même. Mais
il n'en demeure pas moins que seul le Fond a le pouvoir de transcender cette situation parce qu'il en a
conscience et n'aspire qu’à donner priorité au seul bienfait de tous en réalité. A partir de là, c’est à ses seuls
tenants qu’il revient de s'entraîner à ne pas réagir aux atteintes pourtant endurées, et ainsi progressivement
parvenir à désamorcer ou neutraliser la cause, en lui-même, de toutes les souffrances qui continuent
autrement d'être suscitées pour tous, exponentiellement.

Extrait de Machik Labdron femme et dakini du Tibet (Jérome Edou, http://www.shambhala.com/) On
traduit généralement l’expression tibétaine lha.dre par "dieux et démons", mais il vaudrait sans doute
mieux le rendre par dieu-démon, ces deux termes ne formant en tibétain qu'un seul et même concept,
comme dans la tradition occidentale, d’ailleurs, où le terme démon désigne un "être surnaturel, bon ou
mauvais, inspirateur de la destinée d’un homme ou d’une collectivité". La tradition populaire a tendance à
considérer ce qui est bénéfique et plaisant comme un dieu et ce qui est nuisible ou néfaste comme un
démon. Mais Machik nous met en garde contre ce genre de superstition car la nature de ces dieux-démons
est instable et aléatoire : un dieu, si plaisant ou bénéfique soit-il, peut se transformer en un démon, et ce qui
semble démoniaque à première vue peut se révéler à long terme bénéfique. Note annexe : Ces derniers sont
instables et peuvent être bénéfiques ou nuisibles selon les circonstances et le regard qu’on leur porte.

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Conclusion

Dans les Cent Mille Chants de Milarépa, diverses rencontres sont relatées entre des êtres ou entités appelés
"démons" et Milarépa qui reconnaît leur grand pouvoir sur le monde mais aussi leur absence de maîtrise sur
l'esprit. Eux sont attirés par l'excellente méditation du yogi sur le chemin du plein Eveil, parce que sa pure
pratique spirituelle est parente de leur spiritualité encombrée, noire ou mitigée selon les cas. Aussi sur leur
demande pressante, celui qui allait devenir le maître de plusieurs lignées du Bouddhisme tibétain concédat-il à certains les précieuses instructions libératrices requises, quand il se contenta d'en "lier" d'autres par un
serment leur enjoignant de cesser de nuire aux autres êtres. Un autre maître appelé Guru Rinpoché ou
Padmasambhava, grand initiateur du Bouddhisme dont il prépara la venue au Tibet 2 siècles avant Milarépa,
est connu pour son pouvoir de "subjuguer les démons" créateurs d'obstacle à la diffusion de l'Enseignement
du Bouddha. Ainsi "liés", ces derniers sont devenus de précieux Protecteurs des dits enseignements et de
ceux qui les mettent en pratique. On voit donc bien qu'il existe certaines conditions, propices ou limitantes,
pour que ces êtres puissent poursuivre leur cheminement sur la base de ce qu'ils en ont déjà effectué par
eux-mêmes... Je crois me rappeler que Machik Labdron nous donne de brèves indications au sujet de ces
conditions, relatives à une trop forte identification ou à un moindre attachement à ce qui conforte
l'existence des personnes concernées dans le monde ; soit à leur altruisme, pouvant se révéler supérieur à un
intérêt contraire lors de l'expérience. Dans Machik's Complete Explanation of Chod, son fils Tsönyön qui
était réputé fou, devint par son application à mettre en pratique les instructions reçues de sa mère, un
détenteur de la précieuse lignée maternelle du Tcheu. Et aussi Carl Gustav Jung de nous rappeler avec un
nombre croissant d'autres spécialistes que "Devenir fou n'est pas un art. Mais de la folie extraire la sagesse,
voilà le comble de l'art."

La spiritualité telle qu'exposée ici semble pouvoir répondre, moyennant de dépasser certaines difficultés
pouvant être surmontées parfois, aux véritables besoins des personnes psychotiques concernées par cette
expérience. Je ne crois pas le monde, et avec lui la psychiatrie, capables de réellement venir en aide à ceux
qui ont aux ainsi cédé à l'appel de cette spiritualité psychotique (pour raison d'un désagrégement spirituel
des religions). Par le souhait émanant d’elles d’aider à l’émancipation de tous oui, du fait de nos visions
étriquées et réhaussables par elles concernant la réalité. Mais quant à l’aptitude du côté de l’ordre établi
socialement à concevoir quelque "avantage spirituel" dont bénéficier de la part de ces fous qui lui sont
tellement plus utiles pour asseoir sa prétendue santé d’esprit… L’espoir demeure permis pourtant, au regard
de l’égalité précitée entre tous qui ne stipule nulle "supériorité" à reconnaître chez ces déviants, mais une
simple égalité de fond, partagée entre tous. Car, toujours selon moi, ces derniers ont tout autant besoin de
se voir rappelée l’importance, et le respect en découlant, dus à la Forme ; que ses tenants et plus ardents
défenseurs, au Fond. C’est ce dont il conviendrait de pouvoir se gratifier mutuellement dans le cadre
psychothérapeutique de mise en vue de cette aide. Mais c’est aussi ce que j’ai toujours manqué d’y trouver
moi-même quand tout thérapeute en définitive, semble plus attaché à la valeur que lui confère son activité
d’aidant (supposé), qui reflète assez généralement je le crains, notre premier besoin de faire pour être.
L’anti-psychiatrie et d’autres réflexions telles que celle du Dr Podwoll soulèvent ce point que je juge
primordial : l’accord mutuel entre le soignant et la personne soignée pour se laisser enrichir, l’un l’autre,
comme deux individus d’humaine valeur à part entière. Cette exigence j’en suis certain autant que je le
déplore, peine à se vérifier autant qu’elle le devrait…

Un aperçu de cette folie et de son traitement final
Une réaction tristement classique à l’adolescence face à l’utopie révélée de l’idéal d’amour universel,
consiste à opposer à cette vérité déchue l’égoïsme régnant dans l’esprit de chacun. Car toute vérité s’exige
absolue, de se voir confirmée par extension de toutes parts. Mais face à l’inflexible refus du monde de
s’adapter à l’esprit, nul autre choix que d’adapter l’esprit au monde…

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L’adolescence est âge de tous les possibles, fort d’une fougue infinie, réorientable. Une confiance aussi
noble que naïve en l’intelligence présupposée de l’Homme en assure la participation escomptée à l’effort
minimum d’amour du prochain en vue d’apporter le bénéfice maximum d’amour universel en découlant
pour tous.
L’amour vérité est conditionnement inconscient et prédominant, aspiration ne se conjuguant que dans
l’unique sens d’amour d’autrui seulement, exclusivement, d’où toute forme d’égoïsme contraire se trouve
proscrite absolument. Jusqu’à ce que, toute réversibilité confondue à l’aune du remaniement de mise, c’est
à l’installation de la seule vérité offrant de pouvoir y être substituée que tout l’élan absolutiste sera consacré
désormais, en vue de pouvoir vérifier en soi-même l’exactitude de quelque vérité émergente. Seul l’absolu
bonheur prime ici, dont il est entrepris de sauver l’exigence, spirituelle par excellence ! L’Absolu quand
bien même, quel qu’il soit et coûte que coûte, est l’unique cri lancé envers et contre tout. Mais avec et pour
tous aussi, quand la certitude éprouvée à terme a vocation à être révélée, partagée, à resplendir de tous ses
bienfaits pour tous.
Tout, entièrement, est reconsidéré alors. Rien de ce qu’on avait été jadis ne subsiste plus. Cet entier
sacrifice est la condition pour parvenir vraiment à devenir ce que l’on n’a plus d’autre choix que d’être
désormais. Tout, entièrement, est déconditionné et reconditionné, sans la moindre retenue, fatale autrement.
Toute façon, tout mode ou sens de vouloir, d’être, d’aimer et de penser, renversé diamétralement ! Tels sont
les termes, les pôles, de cette folie destructrice, reconstructrice selon ses seules modalités ; à l’instar de
chacun dans le monde qui s’y trouve emporté, entremêlé, en des liens d’interdépendance ainsi noués, pour
le pire d’abord, pour le meilleur…
Car une certitude fut éprouvée effectivement, par soi, à travers tous, à terme. Révélation, illumination,
transcendance, en sont les piètres noms. L’amour renaquît de ses cendres, du tréfonds de l’erreur égoïste
fondamentale. Par l’aveu à soi-même de l’inaliénable besoin d’autrui, les uns des autres, pour parvenir à
construire un bonheur, ce sens suprême fut redéfini par sa base, rejaillissant ! Une grande paix inonda
l’esprit soudain et l’être tout entier, en place de sa réconciliation d’avec tous, d’avec soi-même, d’avec tout
ce qui restaure la vie, cessation du décompte sécurisant du temps passant, inutile désormais. La pleine
conscience est omniscience de cette seule connaissance, suffisante. Reliaison, reconnexion en soi, à tous, à
travers une même conscience, fibre humaine : juste place, importance, primauté rendue à l'autre, dans
l'esprit de chacun et de tous. Plus rien de ce qui coûtait auparavant, comme effort pour être, n'entamait plus,
jamais, ce qui suffisait d'être, enfin.
La voie dévotionnelle à appliquer en tant que remède à ces cas spécifiques de folie spirituelle (spiritualisée
par l’expérience) fait fi de toute autre façon d'appréhender la voie selon l'usage. Toute situation y participe
pleinement dans ce cas, sans qu'absolument rien ne puisse en être considéré d'extérieur. Ainsi en va-t-il de
toutes les difficultés survenant alors, directement reliées au "défaut" d'informalité de la folie comme 1ère
voie : soit à sa non religiosité, son irrespect de la forme normalement religieuse de la spiritualité. Ce déni
de la forme (cette informalité) s’étend à toute autre façon dont il est courant de se relier habituellement à
toutes choses et à chacun. La religion elle-même donc, comme le chemin qu'on peut s'attendre à y trouver,
peine tout autant alors à se dessiner comme souhaité. Les incompréhensions dues aux libertés prises par ces
cas particuliers seront légion, perçues comme irrespectueuses. Et ce pendant longtemps ! Mais le jour
viendra finalement où, moyennant d'avoir persévéré dans ce seul souhait de fond, le prétendant à l'Eveil à
travers la seule relation au maître spirituel, réunira indépendamment de sa seule volonté consciente et
personnelle cette seule condition requise, suprême par-dessus toutes. Ceci en vertu du pouvoir conféré à sa
volonté formant l'énergie vive de l'esprit, de voir ses souhaits et besoins les plus profonds et essentiels se
réaliser spontanément. Rien, nul autre obstacle survenant sur la voie ne devra pouvoir l'en détourner jamais.
Car tel est l'unique besoin véritable qui, peinant à se voir satisfait avant longtemps pour quantités de raisons,
est assuré d’y parvenir finalement parce que cette exigence de l’esprit est suprême par-dessus toutes. La vie
n’a ainsi d’autre choix que de l’honorer au terme de toutes les épreuves devant être endurées pleinement, en
attendant.

Yvan Blanchard, Eté 2013

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D’autres éléments d’introduction…

1. Avant-propos
L'idée maîtresse développée ci-dessous concerne l'existence d'un pont de reconnexion possible entre
certaines formes de psychose et la spiritualité. Mais il serait hasardeux de relier cela à la tradition des "fous
divins" car ces derniers étant parvenus au terme de la voie spirituelle ne sont appelés "fous" par la société
qu'en vertu de leur non-conformisme. Alors que les cas dont il sera question dans ces pages font se côtoyer
d'authentiques souffrances psychotiques avec la dimension d'une qualité spirituelle en devenir, porteuse
d'une opportunité de succès sur la voie. Peut-être les deux seront-ils amenés à se confondre à terme, mais la
qualité pleinement acquise dans le 1er cas ne saurait être confondue avec sa progression encore nécessaire
pour ce faire, dans le second.
La dimension spirituelle de l'expérience d'unité psychotique est très difficile à cerner parce qu'elle procède
de ce qu'on appelle "l'ego" et se propose ainsi surtout de tromper... Mais il peut pourtant bien y avoir ici
quelque chose de cet ordre là, dont un enjeu majeur est de se défaire de la pseudo valeur ainsi conférée pour
qu'un plus grand bienfait puisse en surgir ensuite, indépendant de toute récupération identitaire. Plusieurs
auteurs ont posé cette limite : les empêchements à dire cette "spiritualité qu'à demie", encombrée et
imparfaite, dont je fais toutefois l'objet de la présente étude.

2. Dernière formulation, le sujet résumé
Force m’est de constater depuis que cette expérience a germé de ma folie comme cela arrive à d’autres
aussi, qu’un malentendu subsiste entre ce que l’on pressent alors en soi-même dans sa continuité directe et
l’insondable méconnaissance du monde (de la société comme de la psychiatrie) à son sujet… C’est parce
qu’une incompréhension y préexiste de tout temps déjà, creusant un fossé dualiste entre ce qu’on tient pour
"le monde" et le champ de la spiritualité. Et c’est la tache que je me propose d’accomplir depuis plus de 25
ans que d’avancer vers la résolution de cette mésentente.
L’étude de ce qu’on a appelé la "philosophia perennis" est intéressante pour avancer dans l’analyse de la
dimension spirituelle inhérente à cette expérience d’unité psychotique parce qu’elle permet d’extraire ce
qui fait l’essence même de toutes spiritualités, présente dans ce qui constitue leur socle commun
(inaltérable et universel).
Cette base indépendante des traditions formelles chargées de la véhiculer consiste en le chemin de la
dévotion, adapté aux pratiquants ayant déjà réalisé le premier stade de la voie.
Aussi, même s’il peut être pertinent de s’interroger sur le caractère trompeur d’une telle comparaison,
l’expérience issue de la folie (comme voie) peut bien avoir valeur intrinsèque, une fois débarrassée de tout
ce qui y contrevient encore en terme de récupération égotico-identitaire, d’authentique réalisation soit-elle
partielle de la nature ultime de la réalité.
Soit, en ce sens, ne pas être si différente alors de n’importe quelle "autre" première réalisation constituant la
première marche de l’escalier (spirituel) restant encore à parcourir ensuite, sans qu’il puisse être tellement
fondé d’établir une graduation entre diverses sortes d’imperfection… L’élément de perfection contenu dans
l’expérience a en effet l’inaliénable vocation à pourvoir, de par sa nature même, à toutes traces
d’imperfection dont il est couru qu'elles demeurent avant le terme convenu de la voie, sans que cela
contrevienne complètement à la qualité d'authenticité de ce qui put néanmoins être réalisé ici.
Ainsi, quelles que soient les imperfections de sa voie d’origine, cette expérience est-elle porteuse d'un
grand pouvoir soignant de tous les désordres qui l’entourent. Elle est la marque formant l’une des lettres de
noblesses de la folie, outre toute la masse des souffrances qui y sont associées aussi sans en interdire la
coexistence. Car comme le titre de "grand médecin" revient de plein droit à tout initiateur d'une voie
authentique, la spiritualité n'a d'autre sens ni vocation que d'apporter la guérison de tous nos maux et
dysfonctionnements tant névrotiques que psychotiques, à l'instar des maîtres et des saints en incarnant
l'exemple vivant et inspirant, seule référence valable pour tous.

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3. Avant-propos
Discourir sur la folie sous l'angle de sa spiritualité soit-elle partielle est un exercice compliqué et surtout
entêtant, reposant sur l'illusion que le mental ou l'intellect a le pouvoir d'englober cela qui le surpasse par
nature. Et une autre illusion aussi : l'impression d'un progrès dans le rendu de la réflexion... Avec le nombre
des années une amélioration se profile bien sûr, mais qui menace de détourner le profit entendu de cette
expérience dans le seul sens de ce résultat relatif et donc secondaire, comparé à la promesse contenue dans
ce fruit spirituel soit-il entaché, de pouvoir conduire au but suprême de toute spiritualité, qui consiste à
ramener l'ego à sa juste dimension dans l'esprit décontaminé de son règne.
Cet exposé concerne les cas de "psychose" qui consistent en un tel dénaturement de l’esprit qu’ils sont
aptes à produire ou révéler une expérience "renaturante" que j’affirme pouvoir avoir la valeur d’une
authentique réalisation spirituelle, même partielle, de la nature ultime de la réalité. Ce présent compte rendu
de mes réflexions de 25 années sur le sujet oblige à considérer une toute autre référence que celle qu'on a
habituellement. La société représentant "l'ordre établi" n'est pas ici La référence, elle n'a valeur que relative.
Ce préalable se vérifie à la façon dont cet ordre social tire implicitement sa prétendue "santé d'esprit" de
l'existence même des "fous", à travers le défaut desquels il lui est comparativement loisible de s’auto
valider d’une qualité de référence à son seul endroit. Autrement dit, il serait nécessaire de maintenir ceux
qu'on appelle "fous" dans leur folie sans leur permettre vraiment d’en sortir donc, pour que la société puisse
continuer de s’auto proclamer composée de ceux qui ne le seraient pas...
Certains individus victimes d'hallucinations ou autres "délires psychotiques" témoignent aussi se sentir
responsables ou catalyseurs d’une influence sur le monde alentours. Et d'une certaine expérience qu'ils
appellent illumination, révélation ou transcendance.
Or ces déclarations reçues par les psychiatres ont tôt fait d'être rangées par eux dans le même sac des
"délires" dont témoignent aussi ces personnes en souffrance, alors que cela peut indiquer toute autre chose,
mais qui reste ignorée de ces confesseurs...
Un éclairage spirituel est exigé ici pour mieux comprendre ce dont il s'agit vraiment, mais cela demeure
étranger au champ des connaissances psychiatriques.
Un traitement des plus subtils est nécessaire pour distinguer la part de "qualité" potentiellement présente
dans cette expérience ; qu'il est malheureusement bien plus aisé d'étouffer sous la masse des souffrances et
autres négativités qui continuent il est vrai, de l'accompagner cependant.
L’aptitude nécessaire pour distinguer ou discriminer entre ce que cela est et ce que ce n'est pas encore, est
justement ce dont cette expérience rend bien plus capable qu'aucun cursus universitaire spécialisant sur le
sujet.
L'expérience qui se trouve au centre de cette réflexion est éprouvée dans divers cas de psychose. Mais les
personnes concernées ont beau en témoigner auprès des psychiatres qu'elles imaginent chargés de leur venir
en aide, elles se heurtent fatalement à l'ignorance de notre société à son sujet. Pourtant cette expérience est
riche d'immenses bienfaits si elle est correctement considérée et optimisée par la guidance d'un maître
spirituel. Des bienfaits d'ordre spirituel relevant d'une guérison par le fond de tous nos dysfonctionnements
tant névrotiques que psychotiques ; qui incluent donc le soin de la psychose tout en "dépassant" aussi
pourrait-on dire, le seul retour escomptable par la société, de l'individu psychotique à l'état de névrose jugé
"normal" quand il est généralisé.
C'est donc parce qu'il m'apparaît important de signaler ce point à tous ceux qui peuvent le pressentir en eux
sans qu'il leur soit mieux indiqué ou confirmé par ceux à qui il reviendrait pourtant de le faire, que je mène
et partage cette réflexion depuis tant d'années. Parce qu'il m'aurait été utile, c'est sûr, d'y accéder moi-même
en mon temps ; et qu'il m'en consolerait vivement d'éviter à d'autres tout le temps nécessaire à cette
compréhension intérieure...

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Certaines tournures sont plus parlantes que d'autres pour énoncer l'opportunité de soin spirituel des cas de
psychose ayant suscité une expérience spécifique. Telle cette nouvelle formulation de la thèse que je
m'escrime autant que je m'évertue à défendre depuis si longtemps :
La spiritualité comme chemin de guérison par le fond de tous nos dysfonctionnements tant névrotiques que
psychotiques, se révèle d’autant plus à même de soigner les cas de psychose dont la dynamique
d’opposition suscite une expérience diversement qualifiée de transcendance, d’unité ou de pleine santé
fondamentale, que cette expérience peut constituer fondamentalement ou en essence une authentique
réalisation soit-elle partielle, de la nature ultime de la réalité, ce qui revient à en faire la première marche de
l’escalier spirituel.
Le possible soin "psychotico-spirituel" que je m’évertue à rendre intelligible dans ces pages n'est 1° pas du
tout "gagné d'avance" et même lourdement encombré d’obstacles nuisibles à sa mise en application
effective ; et 2° encore moins reconnaissable par la norme issue de cet ordre établi socialement, déniant par
nature avant d'y être obligée par un exemple rare et criant, toute valeur à ce qui fait le but spirituel par
excellence. Une grande incompréhension et une quasi incompréhensibilité même sépare ces 2 mondes
propres aux 2 dimensions : de la réalité dite relative et de la réalité ultime, 2 contraires apparents difficiles à
concilier quand cette tache ne semble revenir qu’à ceux des plus engagés sur la voie !
En restituant le droit à ceux auxquels elle appartient en priorité (autant que eux à elle d’ailleurs) de
participer à nos connaissances limitées de la folie, la cause défendue sur cette page peut embler rejoindre
une idée maîtresse de l'Antipsychiatrie : rendre sa valeur humaine au fou, à travers l'aptitude du soignant à
établir une rencontre avec la personne soignée sur la base d'un enrichissement mutuel et non unilatéral.
Toutefois l’élan insufflé ici ne saurait épouser la cause d’une farouche opposition à la psychiatrie
conventionnelle. Comme à l'époque de ce mouvement d'ailleurs, dont il est dommage d’opposer les
avancées à une spécialisation psychiatrique qu'elles se proposent bien plus mais manquent alors ainsi
d'enrichir.
La maladie mentale n’appartient pas aux seuls médecins dont la connaissance demeure théorique,
extérieure et donc limitée. Le pas que j’espère initier ici est de voir participer les malades eux-mêmes à nos
connaissances sur le sujet, dont la quête de guérison motive dans bien des cas une réflexion lucide et
éclairante.
L'hégémonie d'une certaine "normalité" validée par les apparences pourra en être remise en cause... Mais
cela exigera de ne pas en faire le cheval d'une bataille vaine et envenimante du débat qui se profilerait alors.
Car l'opposition des tenants de la Forme et de ceux du Fond est l'une des principales problématiques
soulevée ici, sur laquelle l'enrichissement de l'ensemble doit prévaloir en invitant à s'en extraire.
Il serait une erreur je crois de se laisser happer par un intérêt pour le seul anticonformisme de la proposition
faite ici, d'avec l'ordre établi socialement. Tel est l’écueil dans lequel a sombré le mouvement
antipsychiatrique par exemple, prêtant ainsi le flanc aux réactions défensives du parti ressenti adverse que
l’on aurait tous eu bien plus à gagner de voir enrichi par ses idées novatrices Le seul rappel des petites
lettres pouvant faire la noblesse de la folie ne saurait en reléguer la masse des souffrances associées au
second plan. Ces souffrances restent à considérer en priorité dans toute réflexion sur le sujet.
Après cependant, une fois ce cadre défini, il revient à tout quêteur sincère des vérités cachées de considérer
la totalité des phénomènes observés. Et alors là oui, il peut effectivement bien y avoir dans la folie autant
que dans toute négativité apparente ou dominante, une part de qualité enfouie qu'il pourra s'avérer
intéressant de défricher, de signaler, pour ne plus l'occulter mais mieux pouvoir l'optimiser.
Quand bien même les individus en question (psychotiques concernés par cette expérience) pourraient
s’accorder à se reconnaître fondamentalement plus égaux aux autres, que supposément supérieurs pour
suppléer à leur sentiment d'infériorisation sociale, plus enclins à traiter ainsi (en en reconnaissant l'illusion)
l'orgueil démesuré par lequel se définit spirituellement leur mal, ils se heurtent dans le même temps à
l'absence d'une telle reconnaissance des travers qui nous animent tous de façon moins consciente... Ainsi
sont-ils grandement empêchés de cheminer vers la guérison par le fond de leur problématique psychotique,

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qui exigerait d'y cheminer avec tous, quand ceux porteurs d'une problématique plus névrotique se
caractérisent par une prétention inverse à se réclamer "normaux" ou "sains d'esprit", se révélant ainsi eux
bien moins ou inférieurement capables de se reconnaître tout aussi dysfonctionnant en réalité.
C'est au fin fond de nos inconscients que se joue cette différence, quand les 1ers en ont conscience
justement (ce qui cause leur malheur autant que cela peut les en délivrer) alors que les autres pas.
Certains d'entre nous peuvent certes daigner se reconnaître un tant soit peu ou partiellement
dysfonctionnant. Mais peu ou pas, autant que ceux dont la folie se laisse voir. Et encore moins dans ces
conditions, accepter de s'en faire éclairer eux-mêmes, autant que ces fous en sont d'accord eux, tellement ils
sont conscients de n'en avoir d'autre choix.
Bref, un déséquilibre existe et contamine cette nécessité de leur côté, quand tous ceux avec qui ils
pourraient avoir besoin d'y cheminer peuvent s'en croire et estimer moins obligés : davantage validés
socialement par leur statut professionnel par exemple, l'aptitude à être mieux insérés dans et par le monde
des apparences, qui nous astreint tous tellement à "faire" pour légitimer notre "être".

Propositions de lecture :
- "Quand la Folie se racontait / Récits et antipsychiatrie", Françoise Tilkin ;
- RD Laing / David Cooper (Antipsychiatrie)
- "Le Souffle Ardent de la Dakini / Le principe féminin dans le Bouddhisme Tantrique", Judith Simmer-Brown ;
- "Nourrir ses Démons", Tsultrim Alione ;
- "Le Fou Divin / Drukpa Kunley, yogi tantrique tibétain du XVIè siècle" (auteur anonyme)

Mariage du Ciel et de l'Enfer
Le Chemin des Excès conduit au Palais de la Connaissance.
Si le soleil et la lune avaient des doutes, aussitôt leur lumière s'éteindrait.
L'aigle ne perdit jamais autant de temps que lorsqu'il consentit à recevoir les leçons du corbeau.
William Blake

Un fou qui pense qu'il est fou est pour cette raison même un sage.
Le fou qui pense qu'il est un sage est appelé vraiment un fou. Bouddha
La folie est de toujours se comporter de la même manière
et de s’attendre à un résultat différent. Albert Einstein.
Le coeur du fou est dans sa bouche,
mais la bouche du sage se trouve dans son coeur. B. Franklin.
Ce qui distingue le fou du sage, c'est que le premier
est guidé par les passions, le second par la raison." Érasme
Le fou se croît sage et le sage reconnaît lui-même n'être qu'un fou. Shakespeare
Alors, qu'est-ce que l'amour ?
C'est le comble de l'union de la folie et de la sagesse. Edgar Morin
La sagesse a ses excès et n'a pas moins besoin de modération que la folie. Montaigne

Site : http://aladinsane.over-blog.com Contact : aladinsane@gmx.com
https://www.facebook.com/pages/Secrets-de-folie/713722721977799

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