Le Vieux Bibliothécaire.pdf


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m'a ouvert les yeux aux mystères des Lettres, à la magie de la littérature. Je lui dois
tant de soirées passées en compagnie de ces monstres sacrés du fantastique, de même
que tout ce qu'il m'a été donné d'apprendre sur l'Autre Monde ; tout ce que j'ai pu
entrevoir au delà du rideau du réel qu'il a un peu soulevé pour moi. Tant de choses
secrètes...
-:Je continue d'apprendre, bien sûr. C’est pourquoi je quitte aujourd'hui la
bibliothèque avec deux livres sous le bras ; une nourriture de l'esprit bienvenue car, en
ce qui regarde l'imagination, mon quotidien trop réglé crie famine. J’étais arrivée à
l’heure de la fermeture mais Le Hibou a néanmoins pris le temps de guider, avec sa
serviabilité coutumière, mon choix parmi cette forêt de reliures que nul ne connaît
comme lui. Il me suggéra Shakespeare ; je répondis que ma lecture de Hamlet, au
cours de français, ne m’en avait pas laissé un bon souvenir. Cependant, il sut une fois
encore trouver les mots justes et me convaincre : « Ne le boude pas indéfiniment
avant d’avoir lu Macbeth. Dans celle-là, il y a des sorcières… » Il me poussa le livre
dans les mains et je l’acceptai, prête déjà à lui donner raison d’ici quelques jours, car
Le Hibou ne se trompe guère en distillant ses conseils. Dans la foulée, il me confia
aussi La Sorcière de Michelet, arguant que les deux s’associent à merveille, avant de
me raccompagner à la porte d’un joyeux : « À bientôt, Audrey ! »
Je suis à mi-chemin de l’arrêt de bus lorsque, de gros nuages se massant à
l’horizon,

je me rends compte que j’ai oublié mon parapluie à l’entrée de la

bibliothèque. Or l’air ambiant me laisse présager que j’en aurai vite besoin ; Monsieur
De Coster doit toujours être occupé à faire le compte des pièces que, faute d’une
véritable caisse, il range dans une antique boite à couture sur son bureau : ni une, ni
deux, je décide de retourner le chercher. Quelques minutes plus tard, je pousse la
lourde porte branlante, qui rend son cri habituel en griffant d’un sempiternel quart de
cercle les dalles de l’entrée, et entre dans la grande pièce toujours éclairée, un peu
surprise qu’aucun « On est fermé ! » ne se fasse entendre depuis les rayonnages, en
réponse à mon intrusion. Mon parapluie est là où je l’ai laissé, rangé dans un antique
sceau à charbon, mais, alors que je pourrais simplement le prendre et courir attraper
mon bus, je capitule devant ma curiosité et décide de découvrir où se cache le
pittoresque habitant des lieux. Il n’est pas à son bureau, où je trouve sortie une fiche


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