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Nom original: La traversée des Aravis.pdfAuteur: fragilbonce

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-Naissance d’un projet

-Préparatifs

-Les tentatives

-La traversée intégrale

Magland

Marlens

Difficile de vivre en Haute Savoie sans être confronté à la chaîne des Aravis. Que ce soit de
Sallanches, Megève ou Cluses, impossible de ne pas voir cette ribambelle de sommets s’élevant tous
au-dessus de 2000m d’altitude et ayant pour point culminant la Pointe Percée (2750m).
Et tous les montagnards se sont frottés au moins une fois à l’un de ces sommets, que ce soit en
ballade, ski de rando ou escalade.
Habitant Sallanches, les Aravis me font de l’œil tous les jours et j’ai donc commencé, comme tout le
monde, à gravir ces sommets de multiples façons. Jusqu’au jour où j’ai remarqué que cette chaîne
était en fait une immense crête allant de Marlens à Magland. C’est vrai que la quasi-totalité des
sommets, à part quelques-uns comme le Croisse Baulet ou la Miaz, sont alignés de façon à former
une immense arête presque parfaite.
D’où la question qui m’est venue : pourquoi ne pas enchaîner tous ces sommets d’un seul coup en
suivant l’arête de A à Z ?
J’étais bien loin de savoir ce que cela représentait, mais en tout cas, un projet était né !

Je ne suis , bien sûr , pas le seul à m’ê tre in té ressé à cette traversée. La co rdée
Berhault-F rendo a par cour u l’i tinéraire en ja nvier 20 00 et une équipe de 4 guides
dont Julien Dese cures l ’a par cou ru a ussi en j uillet 201 0. Leurs comp tes rendus me
seront d ’une aide p récieuse pou r élabo rer m on pr ojet même si leurs traversées
sont dans le sens inverse de la mienne. Par a illeurs, la version h ivernale de
Berhault-F rendo me laisse a dmiratif.
Mais en lisan t bien ces comp tes ren dus , je m ’aper çois q ue ces é quipes évite nt
quelques se ctio ns d ’arê te, terminen t leur s p arcou rs au Charvin e t son t ravitaillées
en eau et nou rriture tous les soirs en re fuge . Et moi, j ’aimerais faire la totalité du
parco urs s ans ravitaillement! Vu que ce s alpi nistes o nt un niveau technique bien
plus élevé que le mien e t q u’ils ont qua nd m ême souffer t pendan t ce périple, mon
projet ressemble pour l’ins tant à une mission imposs ible

L e v i s ag e marq u é p ar
l ’arê t e N o rd du Mt Fl e u ri !

Pour q ue le p roje t s oit p arfait, les règles que je me fixe son t les suivante s :

-Traversée intégral e. Je dois don c par tir de tout en bas, c’es t -à-dire de la rivière
de La Chaise à Marlens et finir a ussi tou t en bas de l’au tre c ô té, c’es t-à-dire à la
rivière de L ’Arve à Magland. Je dois aussi s uivre la ligne de crê te e t d onc ne pas
con tour ner de s se ction s d ’arê te.
-Autonomie totale . Au cune aide ex térieure n e doit être u tilisée pour ce tte
réalisation. Cela signifie don c que je d ois tra nspor ter moi -même n ourriture, eau et
cou chage d u début à la fin. Je m’inte rdis de poser à l’ava nce des ravitaillement s
intermédiaires ce qui reviendrait au même q u’une aide ex térieure.
-Escalade en lib re. Je m’impo se de fran chir tous les passages d’es calades en libre ,
c’es t-à-dire sans me tracter sur des câbles o u cordes qui se raient en place. Je
m’autorise simplement les des centes en rap pel (ouf!).

L’échelle du Rocher de Marlens.
Il faudra passer à côté.

C’est sûr qu’avec des règles aussi draconiennes il me sera difficile de trouver un partenaire. D’autant
plus que la chaîne des Aravis n’est pas la plus sauvage des montagnes. Elle est facilement accessible
par des pistes ou même des routes, possède des remontées mécaniques, des refuges et même des
commerces.
Il peut donc paraître absurde de marcher sur une route ou de passer à côté d’un magasin sans
pouvoir se ravitailler. Mais ça fait partie du jeu!

On imagine touj ours l’aven ture à l’a utre bo u t d u mon de e t c’es t vr ai qu ’on n ’est
pas vraiment dépaysé à la maison. P ourtant, en Haute - Savoie, on a la chan ce
d’avoir un terr ain de jeu ex cep tionnel. Avec un peu d ’imagination on peu t, sans
aller très loin , co nstr uire des pro jets origina ux, hors des sentiers ba ttus.
Les sommets des Aravis so nt par cour us très souvent, les to pos ne ma nquen t pas e t
on pe ut don c se deman der comment o n pe ut encore vivre une aven ture ici. Et bien

ce pa rco urs in tégral de l’arê te, avec tou tes ces co ntrain te fixées, m ’a permis de
vivre une réelle aven ture avec plusieurs pass ages encore vierges e t d ans une
ambiance ex traor dinaire.

Si p ro c h e e t s i l o i n !

La première question qui se pose pour ce projet est : est-il possible de porter pendant près d’une
semaine le matériel nécessaire à cette traversée ?
Personnellement, il ne me paraît pas possible de grimper plusieurs jours avec un sac de plus de 15kg.
Certains passages très ponctuels peuvent être franchis sans le sac mais cela prend beaucoup de
temps car il faut laisser le sac au relais, grimper et ensuite redescendre chercher le sac. Donc la quasitotalité de l’arête doit être franchie avec le sac sur le dos d’où l’importance d’un sac léger.

Auto-assurance dans la
4è longueur des Parrossaz.

Je ne garde donc que le matériel nécessaire à ma survie, c’est-à-dire qui me permet de boire,
manger, dormir. Et pour ce projet, il me faut aussi grimper.

C’est l’élément indispensable dont je pourrai difficilement me passer, même pour une journée.
J’estime à 3 litres mes besoins journaliers.
Malheureusement, ce n’est pas en restant sur des crêtes que je vais pouvoir facilement remplir ma
bouteille. Les rares endroits où je vais pouvoir faire le plein doivent donc être bien repérés.
Les voici : lac du Charvin, col des Aravis, lac de Tardevan, refuge de Gramusset

le lac du Charvin, une source sûre!

Il faudra donc faire avec ça. Je peux, bien sûr, redescendre à tout moment dans les vallées et trouver
de l’eau mais cela correspond à un aller-retour de 1000m de dénivelé et risque d’entamer
sérieusement mon physique.
Je pars donc avec 2 bouteilles de 2 litres ce qui me permet une réserve maximum de 4 litres d’eau.
Le but est quand même de les remplir le moins possible (poids oblige!) pour atteindre le
ravitaillement suivant avec le minimum d’eau.
En moyenne, mon sac est chargé à 1,5 kg d’eau par jour (3kg en début de journée, 0kg à la fin).

Moins indispensable que l’eau, la nourriture est un paramètre difficile à gérer quand on part
plusieurs jours. Cette fois-ci, comme je ne compte pas chasser le bouquetin, aucun moyen de se
ravitailler en cours de route. La nourriture que j’emporte au départ doit impérativement répondre à
mes besoins énergétiques de tout le parcours.
J’estime à environ 2800kcal mes besoins journaliers et j’estime aussi que la traversée va durer
environ 6 jours. Il me faut donc environ 15000 kcal pour boucler l’aventure.
Après de nombreuse recherches, j’en conclue que ce sont les fruits secs types cacahouètes, amandes
et noisettes qui sont les plus rentables (650kcal /100g) donc ils seront mes principaux aliments.
J’emporte aussi du couscous et du muesli, légèrement moins énergétiques (450kcal/100g), mais
combien plus faciles à assimiler.
J’emporte donc au total 3,5kg de nourriture répartis ainsi :

-cacahouètes …1000g
-mélange noix de cajou, noisettes, raisin…1000g
-amandes…500g
-muesli…500g
-couscous, bouillons de cubes…500g
Bon appétit !

Evidemment je n’emporte pas de réchaud. Le couscous arrive à s’imprégner d’eau froide en une
vingtaine de minutes et le muesli à l’eau froide reste bien assimilable. Mes seuls accessoires pour la
nourriture sont un sachet vide alu (faisant office de gamelle) et une cuillère en plastique.
En fait j’ai mangé beaucoup moins que prévu (pas étonnant quand on voit la qualité des repas) et la
traversée n’a duré que 5 jours donc je n’ai mangé au total que 1,5kg de nourriture. C’est

certainement très insuffisant vu la quantité d’efforts déployés tous les jours et cela représente
surtout 2kg transportés pour rien!
A l’arrivée, j’ai perdu pas loin de 5kg ! La gestion de l’alimentation est donc peut être à revoir.

Encore un paramètre qui n’est pas fait pour alléger le sac.
Le but du jeu est de passer environ 5 nuits entre 2000 et 2500m d’altitude. La température nocturne
devrait tourner aux alentours de 0deg et il faut être prêt, éventuellement, à subir la pluie.
Je décide donc de chercher ce qui se fait de plus léger comme tente mais je ne trouve rien de
satisfaisant (soit trop lourd, soit pas assez efficace).
Finalement, je construis moi-même mon abri très inspiré de « l’abris Olivier » mais auquel j’ajoute un
tapis de sol. La matière que j’utilise est assez bluffante, c’est du Polycree, une sorte de film pvc
transparent très résistant et très léger (18g /m2). L’inconvénient est qu’il n’est pas ripstop, donc le
moindre accroc éventre rapidement la tente en 2. A manier avec délicatesse !

Les premiers tests en version 2 places

C’est donc une construction très satisfaisante qui ne pèse que 500g et qui permet d’abriter assez
confortablement 2 personnes (testée sous la pluie et le vent modéré).
Le couchage proprement dit est ensuite composé d’un duvet en plume confort -5 (1300g) et d’un
matelas gonflable thermarest (350g).
Au total le matériel de couchage avoisine les 2kg et m’a permis de dormir confortablement sans
souffrir du froid (malgré des nuits descendant régulièrement en dessous de0).

Bivouac au passage de la Grande Forclaz

Bienheureux sont les chamois qui côtoient les endroits les plus escarpés sans corde et sans jamais se
poser de question. Pour ma part, je me sens souvent plus rassuré avec une corde, surtout sur du
rocher extrêmement friable !
L’arête des Aravis se présente la plupart du temps comme un itinéraire très effilé alternant passages
horizontaux, montées et descentes, tout cela sur du rocher très instable. En fait, les passages
verticaux sont peu nombreux mais c’est surtout eux qui rendent la corde indispensable.

Rappel dans la traversée des Pointes Longues

Pour le reste du parcours (c’est-à-dire la quasi-totalité), et lorsque l’on est seul, la corde ne sert à rien
et il faut donc faire du solo! D’où l’importance d’un sac le plus léger possible.
Sur les parties verticales descendantes, le rappel s’impose. J’emporte un brin de corde jumelée de
30m (7,7 mm de diamètre) et une cordelette de 50m (5mm de diamètre) ce qui me permet, avec la
technique cordelette, de pouvoir tirer des longueurs de 30m. Total : 1,5 kg + 1kg = 2,5kg de corde.
Certains amarrages de rappel sont en place (par exemple sur la descente de l’arête du doigt à la
Pointe Percée) mais sur les autres tronçons il faut improviser avec les moyens du bord.
Donc il faut trouver tout simplement des becquets fiables (et non pas friables !) qui permettent
d’installer une sangle puis la corde (ou parfois directement la corde autour du becquet) et de tirer le
rappel. J’emporte donc une dizaine de petites sangles pour me faciliter la tâche.
Sur les parties verticales montantes, c’est l’escalade en tête qui s’impose. Et tout seul c’est un sacré
problème de franchir tout ça en sécurité.
Je bricole donc un Shunt avec des élastiques qui coulisse sur la corde pendant que je monte et qui
est censé bloquer la chute en actionnant la gâchette (à condition d’avoir posé des protections
intermédiaires !). Difficile d’expliquer tout ça mais au final, il faut donc escalader une première fois la
longueur en tête, redescendre en rappel dans cette longueur pour récupérer les protections et le sac,

et enfin remonter sur la corde fixe au sommet de la longueur. C’est un sacré chantier qui prend pas
mal de temps et que j’entreprends donc uniquement lorsque je ne me sens pas en mesure de
franchir le passage en solo intégral. En plus, ces escalades se font sur un brin simple de corde
jumelée et avec peu de protections intermédiaires, donc autant dire que la chute n’est pas la
bienvenue.

Equipement d’une longueur
sur le doigt de la Pnte Percée

Bref, la traversée des Aravis ressemble à une escalade facile et peu raide mais malheureusement
continuellement en solo intégral, avec un gros sac, une paire de tennis aux pieds et le tout sur du
rocher très instable. Il faut être concentré en permanence et tester toutes les prises car le faux pas
n’est généralement pas permis. Au bout d’un moment ça devient dur pour le moral !

Comme dans tou t proje t, la réu ssite dépend d e plusieurs paramè tres.
La pré para tion, la mé téo ou les par tenaires de cordée son t des éléments
importan ts e t lors qu ’un proje t é cho ue, c’es t souvent que l’u n d ’en tre eux a été
négligé.
Mais les é checs peuven t aussi res ter de bons souvenirs et doiven t su rto ut servir à
rebondir pour orga niser le p rochain essai (m ême si, su r le cou p, on a plutôt le
moral à zé ro!).
Deux tenta tives se son t s oldées par un é che c. A cha que fois je faisais cordée avec
Germain. Germain est un pers onnage épata n t déjà p our avoir a dhéré à ce pr ojet
farfelu, et pou r avoir ten u le co up mo raleme nt malgré les ma uvaises condi tions
dans lesquels no us avo ns parcouru une par ti e de l ’arête.

G e rmai n d an s un e amb i an c e
P l u t ô t h u mi d e !

Notre p remière ten ta tive se dér oule a u mois de j uin 2 01 2. C’es t la première fois
que n ous ten tons la traversée don c la motiva tion es t au top. Le matériel es t aus si
assez bien cal culé mais les sacs res tent, à m on goû t, trop lourd s ( 16 ou 17kg
chacun). Mais le plus gros pr oblème vient de la météo qui s’a nnon ce assez
catas tro phique , sa ns comp ter q u’il res te peu t -être de la neige sur l’it iné raire.

Deuxième problème, n ous n’av ons fait aucun repérage des p arties techniques de
l’arête.
Nous par to ns q uand même sou s u ne pluie ba ttan te e t un brouillard compa ct. Il
nous faudra une grosse jo urnée à se battre contre le ro cher glissant e t les
problèmes d ’itinéraire ( hé oui, on peu t mêm e se per dre s ur une a rête lorsque le
brouillard s ’en mêle!) pour rej oindre le lac d u Charvin.
Malgré cela, n ous s ommes s tupéfaits pa r la b eauté e t l ’étr oitesse de l’arête. Il es t
même surprenan t que les équipes pré céden tes aient évitées cette p artie.
La de uxième jour née es t déj à plus ens oleillée mais aussi plus tech nique. Nou s
équipons en r appel la desce nte de la Goen ne dans du ro cher très instable et très
raide. Il est quasiment sûr que no us s oyons les p remiers à passer ici e t nous
compren ons pour quoi les au tres éq uipes ava ient con tour nées cette se ction.
Mais arrivé à Ma ndall az, un rapide coup de f il nous prévoit une météo hor rible
pour les pro chains jo urs. Nou s dé cidons do n c d ’aba ndon ner e t de rej oindre au plus
facile le col des Aravis (con tour nement de la section Etale -Blonnière).

L ’E t al e , d e rn i e r s o mmet
av an t l ’ab an d o n .

La de uxième ten tative se passe en sep tembr e 20 13 et ce tte fois ci le proje t es t
mieux ficelé . Les sacs ne pèsen t plus que 1 4k g mais surt ou t n ous avons fait des
journées de repérages s ur des se ction s tech n iques de l ’arê te.
Notamment sur l’arê te Nord de l’Etale ( descente s ur Blo nnière) q ue n ous avions
con tour née pré cédemment et qui nou s pa raissait pr oblématique. N ous é quipons
sur celle-ci un rap pel de 30m mais no us ne r encon tro ns a uc u n amarr age. Sommes nous les premiers à passe r ici?

L ’arê t e N o rd d e L ’E t al e.

Les 2 premières jour née s se déro ulent sans a ccr oc et nou s cond uisent au col des
Aravis, lieu de no tre 2è bivo uac. C ’est là q ue ça se gâ te. La pluie prend le relai et
nous e ntamo ns n otre 3è jo urs s ous des avers es et un bro uillard à cou per a u
cou teau. Si bien que nous perd ons 4h à cher cher le co uloir d ’a ccès à l ’arête de
Borderan.
Au sommet de B orderan , nous en tamons la d escente de l’arê te Est vers la Porte
des Aravis à l’aide de 5 ra ppels o ù n ous ne tr ouvons encore a ucu n amar rage en
place. La qualité du ro cher est vraiment épo uvantable et c’ est la première fois de
ma vie que je vois du ro cher aussi p ourri . No us purge ons des ton nes de blo cs j uste
en les tou chan t du bou t d u d oigt, et no us p a ssons un temps fou à trouver des

becque ts s tables pou r éq uiper n os r appels. Il semble évident que ce tte section
n’avait jamais é té pa rco uru avant n ous.

L ’arê t e E s t d e
B o rd e ran

Arrivé à la p orte des Aravis, n ous sommes co ngelés, déshy dratés et toujo urs dans
le brouillard. Mais la mo tivation est toujo urs là et no us a ttaquo ns la fameuse
arête de s Parr ossaz , s ans s avoir en core que c’es t le passage le plus dur de la
traversée car nou s ne l’avo ns p as re péré a u préalable.
Après 2 longueurs fran chies péniblement da ns le br ouillard, l’es calade semble
devenir tr op technique. La paroi devient plu s raide, le r ocher es t touj ours aussi
friable et nous ne voyons pas à 10m.

L a p o rt e d es A rav i s e t l a p arro i
d e s P arro s s az d an s s a ve rs i o n
e n s o l e i ll é e .

Il ne nou s semble pas possible de fra nchir ce mur de 1 00m sans l ’avoir é quipé e t
travaillé préalablement. De plus , la météo d es jour s suivan ts s’an non ce e nco re
très in certaine. C’est do nc, une fois de plus , avec regret q ue n ous arrêtons no tre
course et que no us re joignons le col des Ara vis. Nous aurio ns p u con tou rner to ute
cette se ction en 15mn ( comme l’on fait les é quipes pré céden tes) , mais nou s
n’aurio ns alor s pa s res pecté les règles du jeu .
Cette arê te Oues t des Parr ossaz n ’a certaine ment jamais du ê tre par cour u
auparavan t e t n ous l’avo ns trop négligée.
Quelques temp s ap rès j ’ai d on c fai t u ne j our née de repérage en mon tan t a ux
Parrossaz par la voie normale e t en des cend ant l ’arête Ouest en rappel. Relais e t
prote ctio ns in termédiaires en plac es , cette s ection paraîssai t fr anchissable.
Septembre 20 13 , voila plus d ’u n an que n ous ne s ommes pas retourné d an s les
Aravis. Il faut dire que ce n ’est pas for cémen t éviden t de pren dre une semaine
complète pou r ce pr ojet. En tre la météo , le travail, la vie de famille et les
partenaires , c’e st to ujou rs u n vrai casse - tête pour que tous les par amètres soient
réunis.

Le déb ut du mois de Sep tembre ne semble p as favora ble à un nouvel es sai. Pluie et
neige à basse altitude s ’en chaînen t e t les Aravis sont bien blancs. Mais voila que la
météo s ’ann once très fav orable pendan t une semaine à par tir du 2 0 Se ptembre. Il
faut absolumen t partir maintena nt, c’es t cer tainement le dernier cré nau possible
avant l ’hiver pr ochain. Mais malheureuseme nt, pers onne n’e st disponible pour
m’accompagner.
Au débu t, l’idée de p arcourir l ’arête en solo me rebute. Lo rs des 2 premières
tenta tives avec Germain , n ous étions plusieu rs fois encordés sur des sections très
effilées. Est- ce bien raiso nnable de faire la même chose sans securité?

A c h e v al s u r u n e l ame
De ras o i r

Après longue réflexion, je décide finalement de ne pas laisser ce tte semaine de
beau temps s ’echaper et de ten ter, seul, cette traversée intégrale des Aravis.

Jour 1 : la bavante.

Bivouac 1

Marlens

IL est 6h00 , ce matin du 20 Septembre, quand je laisse ma voiture à Marlens près d’un pont
enjambant la rivière de La Chaise. Il fait nuit mais la pleine lune éclaire bien le relief et, de ce côté,
l’arête est déjà bien dessinée dès le départ.
Première chose, toucher la rivière pour valider le départ.

La Chaise (450m), départ validé !

Puis je part avec mon sac d’environ 14kg , d’abord sur le goudron, puis rapidement sur le sentier qui
mène au Rocher de Marlens. Une échelle de 5m permet de fanchir ce 1er obstacle mais je passe juste
à côté sur la dalle bien glissante.

Le Rocher de Marlens,
1er obstacle

Puis, je quitte définitivement les sentiers pour un parcours forestier, raide et encombré de
broussailles. C’est sûrement la section la plus moche et la plus galère mais elle a le mérite de
respecter l’itinéraire.

Dans les broussailles

La suite est une interminable montée en sous-bois entrecoupée de quelques vieux chalets. Enfin,
vers 1800m je sors de la forêt et le parcourt de la crête devient plus esthétique. La Pointe 2132 est le
premier véritable sommet et marque aussi le début des réelles difficultés.

V e rs l a P n te 2132, l e
c al me av an t l a t e mp ê t e !

Là, ça se complique. L’arête devient plus raide mais sur tou t beau coup plus effilée.
La corde me manq ue e t je me re trouve à plu sieurs reprise à califour chon sur une
lame de rasoir en tourée de vide. Je fran chis les Aiguilles du Mon t e t a ttein t le pied
du Charvin où , enfin , les difficultés se calment.

L ’arê t e d e s A ig u i l le s d u Mo n t ,
t rè s e ff i l ée .

La mon tée au Charvin suit la classique via fe rrata , je suis don c s cru puleusement
les câbles sans jamais les tou cher et atteint sans pr oblème le célèbre s ommet d u
Charvin.

So mme t d u Ch arv i n ( 2409m)

De l’au tre côté , la desce nte est bien tra cée mai s le sentier s’é carte trop de l ’arête
et je le laisse d onc po ur s uiv re la crête raide et délitée. J’a tteins enfin le col puis
je desce nds rejoindre le Lac du Charvin, pre mier ravitaillement en ea u.

R e mp l i s s ag e au L ac d u Ch arv i n

En théo rie ma j ourn ée devrait s’arrêter là m ais il me reste en core quelques heures
de jou r d onc je co ntinue en direction de la G oenne
Le ressa ut de la Goen ne es t u n sérieux obs ta cle consti tué d’u ne ver ticale d ’enviro n
50m da ns du r ocher très ins table. Heure use ment, dans ce sens , il se fra nchi t à la
descen te mais je comprends les éq uipes p réc édentes qui l’on t con tour né à la
montée.

L e re s s au t d e
la Goenne

Avec Germain n ous avions descen du la premi ère par tie en désescalade mais
encordé s. Puis n ous avions ins tallé un rap pel de 25m pour atteindre le bas de la
verticale. Mais aujo urd ’hui, seul, je ne me se ns pas de desce ndre sans assura nce.
Je cher che alors désespérémen t u n be cque t pour é quiper un rappel mais ne tro uve
absolument rien. Je commence d onc, peu ras suré, à de scen dre en solo à la
recher che d’u n amarr age. Après 5m très déli cats , je trouve enfin un becq uet à peu
près fiable e t peu alo rs en tamer les rappels ( 20m + 25m).

1 e r rap p e l d e l a G o e n n e

Au pied d u ress aut, la des cente contin ue. C’est touj ours bien r aide et la
désescalade sans co rde me demande beau co up de conce ntra tion. P uis, j’a tteins un
col en herbe où la te nsion dispara ît.
L’arê te es t main tenan t principalement herbe use et rep osante. Je pas se le s ommet
de la Tête de l ’Aulp et redes cends au pi ed de la Pointe de Man dallaz o ù je peux
enfin installer m on bivouac.

1 e r b i v o u ac au p i e d
d e Man d al l az

Bilan de la journée : une g ross e bavante hor s sentie r qui cumul e plus de 25 00m
de dénivelé . Le s pas sa ges t echniques sont c ourts ma is intenses avec de s port ions
raides ou trè s effilé s.

Jour 2: les rappels

Bivouac 2

Bivouac 1
Samedi 21 Sep tembre. Il fai t en core nuit qu a nd je quitte le bivoua c e n direction de
Mandallaz, en core fatigué de la veille. La ple ine lune m’accompagne to ujou rs e t
m’aide à fran chir la Pointe de Mand allaz pui s l’Etale.

So mme t d e l ’E t al e au
l e v e r d u j o u r ( 2483m)

Le jo ur se lève au moment où j ’attaque les di fficultés , c’es t -à- dire la descen te de
l’arête Nord de l ’Etale. Cette section , q ue n o us avon s repérée et équipée avec
Germain, mérite largement d’ê tre f ran chie e ncor dée. Sauf qu ’au jourd ’h ui il faud ra
faire sans!
Je descen ds p rudemment dos au vide u n p re mier tron çon bien raide qui mériterai t
un ra ppel. Puis, une vire me perme t de trave rser po ur re joindre une par tie moins
souten ue. Le ro cher est insta ble mais la pente s’a dou cie sur plusieurs dizaines de
mètres. Les difficul tés re prennen t alors s ur l ’arête qui devient plus é troite et très
raide. Dos au vide, je des cend s pr udemment en assur ant toutes mes prises e t
j’atteins, av ec so ulagement l’anneau de rapp el mis en en place il y’a quelque s
mois. Rappel de 30m , e nco re u ne déses calad e scab reuse e t un dernier r appel s ur
amas de blocs me cond uisent au pied de l’ar êt e o ù la tension redes cend d ’un cr an.

A u p i e d d e l ’arê t e
N o rd d e l ’E t al e

Tou t devien t alors plus calme avec l ’arête de Blonnière e t je rej oins sa ns diffi culté
le haut de la combe à Ma rion.
Ici, le p arcour t n ’est plus très ne t. L ’arê te co ntinue vers la P ointe de Merdassier e t
le col de la Croix Fry mais la logi que veu t qu e la tr aversée pa sse p ar le col des
Aravis (ligne de par tage des eaux). Je qui tte donc l’ambian ce «arê te» po ur
descendre la gran de combe à Marion et retr ouve la civilisati on au célèbre Col des
Aravis.

A mb i an c e p l ut ô t t ran q u i l le
au c o l d e s A rav i s

Il est 1 2h0 0 don c p as q uestio n de bivoua que r ici. Je remplis d ’ab ord mes 2
bouteilles en tièrement (4l) car la pr ochaine source ne sera qu ’au la c de Tardevan ,
c’es t à dire au mieux demain s oir. Puis je file en directio n de l’arê te de B orderan ,
suite logique de la traversée.
Après une longue face herbeu se, j’a tteins le pied du fameux co uloir qui permet de
rejoindre l ’arête.

A u p i e d d u c o ul o i r
d ’ac c è s à B o rd e ran

Pour gravir ce couloir , il f aut fra nchir 2 petites longueurs , sé parées par de r aides
pierriers. Avec le sa c s ur le dos , l ’asce nsion me parait tr op in certaine d onc je
laisse celui -ci a u pied de cha que lo ngueur et le hisse une f ois arrivé au relai. En
haut de ce co uloir, j’a tteins l’arê te de B orde ran e t re trouve l’ambian ce aérien ne
de la traversée. La mo ntée sur ce lapiaz d ’ altitude es t in terminable e t l’aiguille de
Borderan est a tteinte péniblement.

So mme t d e l ’ai g u il l e
d e B o rd e ran ( 2493m)

La sui te, l’arê te Est de Borde ran , je la connai s et je la redo ute. Il s ’agit d’une
descen te très r aide, très effilée avec du ro ch er complètement po urri et qui plonge
vers la po rte des Aravis.
Après une section sca breuse de dése scalade , je me répare à a tta quer les rap pels.
Lors de notre der nier pass age avec Germain, nous n ’avons laissé au cu n amarrage
en place mais cette f ois -ci je prévois de laiss er plusieurs sangles p our des r appels
plus confo rtables.

R ap p e l s u r b e c q ue t
p l u s o u mo i n s s o l i d e !

Je progresse sur un vrai châtea u de carte où je dois e ncore p urger de s tonnes de
blocs pour trouver des becq uets po tables. En 5 rappels plutô t malsains, j’a ttein s
enfin la p orte des Aravis. S’il avai t fallu fran chir cette se ctio n à la mon tée, ça
aurait é té un tou t autre chalenge, voir u n sui cide!

L ’arê t e E s t d e B o rd e ran
d e p u i s l a p o rt e d e s A rav i s

La sui te, elle est en face de m oi. C’est la fam euse arê te Ouest des Parross az qui
nous a bl o qués l ’an dernier. Je n’ a urai certai nement p as le temps de la fran chir
entièrement aujo urd ’hui e t je préfè re ass ure r ici u n b on empla cement de bivoua c.
Comme il me reste e nco re pa s mal de jo ur, j e décide qua nd même de grimper la
1 è r e longueur afin d’av oir la cor de en fixe p o ur demain ma tin. Au pied de l’arê te,
au niveau d’une ligne de faiblesse sur la gau che, j ’acc ro che mon sac et , pour la 1 è r e
fois de la traversée, je grimpe auto -assu ré. L e shun t coulisse le long de la cor de e t
je place 3 sangles de pr ote ctions pen dan t ce tte longueur de 25m. S ans tro p de
difficulté, j ’atteins le 1 e r relai où je peux fixe r ma corde , puis rej oindre le bas de la
longueur en rap pel. C’est tout p our aujou rd’hui!

ère

1
longueur des
P arro s s az é q u i pé e

Il me faut maintena nt tr ouver un bon emplacement de bivoua c. Ce n ’es t pas si
facile car , ici, to ut est en pen te. Je trouve né anmoins, en m ’écar tan t d’u ne
cinquan taine de mètre de la p orte , une petite platef orme c onvenable avec un
panorama de rêve!

B i v o u ac d e rê v e à l a
p o rt e d e s A rav i s

Bilan de la journée : enco re une grosse jour née dont le s diffi cultés pr incipale s se
situent sur le s de scente s d’arêt es avec de s r appels assez dél icats. Cette fois - ci, la
météo est avec moi et je s ens que l’aventur e va enco re continuer un peu .

Jour 3 : le crux
Bivouac 3

Bivouac 2
Cette n uit, le ven t a so ufflé et ma petite te n te a été mise à r ude é preuve mais elle
a ten u le cho c.
Il fait en core nuit qua nd je rej oins le bas de ma cor de ins tallée la veille. J’atteins
donc rapidemen t le 1 e r relai et me prép are à affron ter la suite du mur des
Parrossaz. C ’est cer tainement le crux de la tr aversée des Aravis (du moins je
l’espère) car il ne me semble pas avoir vu de passage aussi long , ver tical e t
instable à fran chir sur la suite du par cou rs.
Touj ours dans la n uit, j ’accro che cha que fois mon s ac au relai et grimpe au to assuré chaq ue longue ur. Puis je redes cends chaque f ois ré cupérer mon sa c e t
remonte , grâ ce à mon shun t, su r corde fixe. L’ambian ce es t assez irréelle.

G ran d e amb i an c e d ans l ’e s c al ad e
n o c t u rn e d es P arro s s az

Le pass age le plus raide e st au dépar t de la 3 è longueur avec une fissure ver ticale
suivie d’un ré tablissement sur une dalle très f riable. Les sangles de pr ote ction s
posées lors du repér age son t une vr aie béné diction et me ré conf orte nt.

San g l e d e p ro te c t i o n
d an s l e s P arro s s az

Le jo ur se lève pen dant la 4è longue ur e t je me sens s oudain tout pe tit f ace au
vide qui m’e nto ure.

4è l o n g u e u r d e s P arro s s az

La diffi culté e st sur tou t liée à la qu alité du r ocher qui e st, comme d ’ha bitude ,
épouvan table malgré la sé ance de purge que nous avo ns fai te. Enfin , ave c
soulagement, j ’atteins le dernier relai. La co rde rangée dans le sa c, je co ntinue sur
la crête effilée mais peu diff i cile jusq u’au so mmet . Le crux est fran chi!

So mme t d e s P arro s s az ( 2556m)

Quelques déses calades suivies d ’un peti t ra p pel me conduisen t s ur une se ctio n
plus accueillante. J ’arrive ainsi au pied de la Grande B almaz, sommet d’ampleur
puisque c’es t le 2è poin t le plus ha ut de s Aravis (261 6m).
La mon tée à ce s ommet, plus impressio nnan te que difficile, es t un e nch aînement
de pierriers s uspend us, sé paré s pa r des pe tites barres ro cheuse s. S ans e ncom bre,
j’atteins don c l ’imposan t pa nneau solaire de la Grande Balmaz.

L a G ran d e B al maz ( 2616m)

Alors que je m’attends à une partie beau cou p plus roulan te, la de scen te de la
Grande B almaz me p araît bien raide et me d emande pas mal de conce ntra tion.
Je réussi, non sans mal, à a tteindre le col et l’arrivée du télésiège de Balme.
J’enchaîne avec la mo ntée bien raide en her be qui me mène a u somme t de la
Roualle.

L a R o u al l e ( 2589m)

De l’au tre côté c’est toujo urs s ou tenu. Je pe nsais que le par co urt serait une
promenade mais c’est un vrai terrain à cham ois où le faux pas es t inte rdit.
L’arê te res te aérienne j usqu ’au pied de Tête Pelouse où je rencont re enfin un vrai
sentier de ran donne urs. J ’emprun te celui -ci j usqu’au s ommet.

So mme t d e Tê t e P e l ou s e ( 2537m)

Ensuite , l ’arête file en direction de R oche Pe rfia. C’est une section assez sou tenue
et pa rfois bien étroite mais je l ’ai déjà repér ée don c pas de su rprise cette f ois -ci.

L a j o n c t i o n T ê te Pe l o u s e - R o c he Pe rf i a

Peu avant Ro che Perfia, une longueur , que j ’avais déjà é quipée, m’oblige à grimper
auto- assuré. C ’est co urt mais bien verticale avec des grosses prises qui ne
demandent qu ’à par tir!

L e re s s au t d e
R o c h e P e rf i a

Petit à peti t, le s difficultés s’es tompen t, je p asse le sommet de Ro che Perfia et
descends vers le Tr ou de la Mou che. Ju ste av ant celui -ci , l’a rête se sép are en 2 et
je bifurq ue à droi te en directio n de la Tête de Paccaly.

A p ro xi mi t é d u T ro u
d e l a Mo u c h e

Avec beau cou p de bo nheur , je mar che main tenant sur un bon sen tier pa rsemé de
nombreux rand onneurs. Quel calme! J’a rrive ainsi sans problème a u s ommet de la
Tête de Pa ccaly.

T ê t e d e P ac c al y ( 2467m)

Mais le calme ne dure pas bien long temps. A la des cente , l’arê te es t à no uveau
très r aide et effilée. Je suis à 2 d oigts d’i ns taller des rap pels et je dois rester
con centré p our bien négo cier cette se ctio n. Rien à voir avec la pr omenade que je
pensais trouver ici!

L ’arê t e E s t d e P ac c al y

En bas, j ’arrive au pied de l ’Ambrevetta. C’es t aus si ici q ue j ’ai prévu de des cendre
300m de dé nivelé jusqu ’au lac de Tardeva n p our re faire le plein d’ea u.
Mais 5 0m en co ntre bas, je tr ouve u ne flaq ue terre use alimentée par un névé.
Cette flaq ue fera d onc l’af faire et m’éviter a un sa cré aller -retou r au lac de
Tardevan. Ainsi, je me r etrouve avec des bou teilles pleines d’u n mélange d’ea u e t
de ter re, auquel j’a jou te q uelques pastilles p urificatrice.

De l ’e au as s e z do u t e u se !

Une fois dés altéré, je co ntinue vers l ’Ambrevetta et redes cends de l ’au tre cô té su r
le passage de la Gra nde For claz. Beau pa nora ma sur la Miaz et le Gran d Croisse
Baulet q ui ne fon t pas partie de mo n pa rcour t. La des cente est, encore une f ois,
plus rude que ce que je pensais e t je rej oins le passage de la Gra nde For claz as sez
éprouvé. C’es t là que j’ins tallerai mon bivou ac.

So mme t d e l ’A mb re v e t t a ( 2463m)

Mais ce qui me fait sou cis, po ur l ’insta nt, c’e st u n pe tit sommet très poin tu que
j’aper çois a u dé part de l’arê te du Mt Fleuri. Ce gendarme fait par tie intégra nte de
l’arête et, demain matin , il fa udra bien q ue j e le fran chisse si je veux valider ma
traversée. L a voie normale du Mt Fleuri pa ss e 50m sous ce gendarme et suit l’arê te
Sud j usqu ’au sommet, il serai t tellement plu s simple de la suivre!

G e n d arme Su d
d u Mt Fl e u ri

Je laisse mon s ac au col pou r faire un rapide repérage de ce t o bsta cle. J’es calade
donc la p remière par tie , c’est étr oit e t péteu x mais ça doi t p ouvoir se fr anchir. On
verra bien demain!
De retour au col , je cherche u n emplacemen t de bivouac. C’est do nc 5 0m en
con trebas du passage de la Grande F orclaz q ue j’ins talle mon campement avec un
point de vue magique su r la Miaz , le Croisse Baulet e t le Mt Blanc.

Mag n i f i q u e b i v o u ac au
P as s ag e de l a G ran d e Fo rc l az

Bilan de la journée : l e crux de s Par rossa z e st franchi (ouf!) mai s je re ste ass ez
éprouvé des desc entes de la Roualle, Pac cal y et A mbrevetta que je ne pensai s pas
aussi soutenues.
Cette nuit, je me couche ass ez ne rveux. Quelque chose me dit que la journée de
demain va me rés erve r de mauvaise s surpr ises sur ce Mt F leur i!

Jour 4 : l’enfer du Mt Fleuri.
Bivouac 4

Bivouac 3
La n uit a été assez fraî che (glace sur le d uvet) et je s uis en core un peu engourdi
lorsque je qui tte mon bivouac à 5h 00 du matin.
Premier objectif, gravir le Gen darme S ud du Mt Fleuri. Le repérage de la veille me
facilite grandemen t la tâ che et, ave c be auco up de pré cau tions, je me hisse e n h aut
de ce peti t s ommet (j ’y co nstr uis d ’ailleurs u n peti t cairn).

So mme t d u G e nd arme
Su d d u Mt Fl e u ri

Puis je rej oins la v oie no rmale et suis l ’arête Sud jusq u’ a u Mt Fleuri. Pour l’in s tan t
tou t va bien!

So mme t d u Mt Fl e u ri ( 2511m)

Il fait en core nuit qua nd j’a tta que la des cente de l ’arête Nord. Je suis méfian t car
l’équipe de Julien Desé cures a cara ctérisé ce tte par tie de « délicate».
Alors que le jour commence à se lever , l’arê te devient de plus en plus é tro ite et je
vois apparaî tre de gran des pe ntes vertigineu ses de cha que cô té de mes pieds. La
tension monte d ’un cr an.
Et soud ain, c’est l’en fer! L’a rête devient en dents de s cie, il fau t négo cier e n
désescalade des petits ressa uts entourés de grandes dalles plongeant vers le vide,
et le tou t s ur du r ocher complètemen t pourr i. Je suis parf ois o bligé de pas ser à

flanc de la crête , sur ces dalles très aérien ne s qui ne pa rdon neron t pas la moindre
glissade.
Un peu plus loin , u n ress aut d ’à peine 3m me paraît infran chissable sans la corde.
Je cher che partou t u n be cque t pour équiper un mini rap pel mais impossible de
trouver un cail lou qui ne b ouge pas. Même e n remon tan t la pe nte plusieurs
mètres, to us les ro chers bougen t e t ne perm etten t même pas la pose d ’un
coince ur. Alors je creuse la ter re e t finis par faire ressor tir u ne pe tite écaille qui
me permet de cro chete r la cor de e t des cend re ce ressau t.

Su r l ’arê t e N o rd
d u Mt Fl e u ri

Derrière, c’est toujo urs très délicat. De nom breux genda rmes d oivent ê tre fran chis
tantôt sur le fil, tan tô t à flan c. Cha que mouv ement me prend beau cou p d ’énergie
aussi bien physique que mentale e t je passe un temps f ou à tester toutes les p rises
qui se présente nt. Sans assura nce , cette se ction est un enfer!
Enfin, aprè s u ne longue ba taille, j ’atteins un col u n pe u plus a ccueillant qui semble
marquer le débu t d ’une remon tée vers le M t Charvet.

,

L ’arê t e N o rd d u
Mt Fl e u ri

Progressivement, les difficul tés s ’a ttén uent et je repren ds pe u à peu mes esp rits.
La mon tée au Charve t es t beaucoup plus rep osante et la confian ce revient petit à
petit.

So mme t d u Ch arv e t ( 2538m)

Depuis le Charve t, il fau t descen dre d ans la grande fa ce r ocheuse pour rejoin dre
l’arête de Chomb as. C’es t ici que j’ai droi t ma plus gro sse fraye ur. Alors que je
désescalade dos au vide da ns u n terrain très pentu , une gr osse p rise que je tenais
main droite ca sse s oudaineme nt! Je se ns tou t mon corps par tir en arrière et je
m’agrippe de toute mes f orces au graton que je tiens main gauche. De juste sse,

j’arrive à me plaq uer a u r oche r e t finis par r etrouver l’équilibre. V oilà un bel
avertissement, il es t clair que toute ce tte d e scente mériterait d ’être équipée en
rappel et j ’ai failli le payer cher. Je finis néa nmoins ma désescalade et pren ds pied
sur l’a rête de Chomb as.

Un b o u q u e ti n b ie n p ai si b l e
au b as d u Ch arv e t

La crête qui s’ens uit es t très esthétique. Bien qu ’elle soit effilée, le cal caire es t à
présent plus sain e t j ’arrive à pr ogresser plu s sereinemen t.
Je passe s uccessivement par la Pointe de Chombas, la Poin te des Ver ts e t je rej oins
le col des Ver ts au pied de la Poin te Per cée. Cette se ction es t pe ut -ê tre la plus
belle de la traversée , elle est composée d ’innombrables petites poin tes fran c hies
tantôt en escalades aériennes , tan tô t en rap pel.

L a mag n i f i qu e arê t e
d e Ch o mb as

La mon tée s ur la Pointe Percée est assez tra nquille (voie normale des cheminées
de Sallanches) e t je ne suis p as se ul lorsque j ’arrive à son sommet. Ca y’es t, je suis
sur le p oint culminant des Aravis!

L a P n t e P e rc é e ( 2750m)

La des cen te pa r l’arête Nord n ’est autre q ue la classique « arête du doigt » q ue j ’ai
déjà par co urue à la m ontée. Sauf qu ’elle n ’est pa s vraiment équi pée po ur ê tre
descend ue en rap pel car je ne tro uve qu asiment a ucu n maillon ra pide su r les
relais. J e me retr ouve d on c fré que mment sus pendu sur une unique plaque tte en
priant pour que la cor de coulisse q uand même arrivé au relai suivan t.

R ap p e l d an s l ’arê t e
d u d o i gt

Sur d ’au tres sections horiz ontales je s uis o bligé de progresse r san s pr ote ctio ns,
comme un fu nambule su r u n ras oir, en regar dant défil er les s pits qui ne me
servent à rien.
Finalement je suis asse z s oulagé lorsq ue je touche le bas de la Poin te Per cée sa ns
trop de bob o. Par co ntre , ma corde a be auco up moins aimé ca r elle est bien
ton chée à plusieurs endr oits. Espér ons que j e n’ai pas tr op à m’e n resse rvir!

L a c o rd e e n f i n d e v ie !

Comme je dois refaire le plein d ’eau, je descends comme prévu , depuis ce col ,
200m de dé nivelé pour rejoi n dre le refuge d e Gramusse t. C’es t au ssi par là q ue
j’installe mo n bivou ac, a près av oir fait l e ple in d’ea u e t sympa thisé ave c Thierry ,
un ra ndon neur de p assage (q ui, lui , d ormira au refuge).

Der ni er bi vouac sous
l e r efuge de G r am usset

Bilan de la journée : une journée éprouvante physi quement mai s surtout
morale ment. Le fait de n’avoir ja mais droit à l’er reur devient lourd et j’e spère
que la journée de de main (qui sera peut - êtr e bien la de rniè re) ne me ré serve ra
pas d e mauvai se surpr ise .

Jour 5 : la délivrance.
Magland

Bivouac 4
Comme tous les matins , dépar t de nui t é clairé par la pleine lune et un ciel q ui
annon ce en core une par faite mé téo.
Je retou rne d’a bord au col au pied de la P ointe Per cée puis me dirige en direction
des Pointes L ongues que je crois être le plus gros obs ta cle de la jo urnée. En fait
les Pointes Longue s so nt encore bien loin et il me faut d ’abor d fr anchir une
multitude de pe tites poin tes f ormées p ar u n immense lapiaz. Cette section es t
assez su rnaturelle, ce d oit cer tainement être le royaume de la spéléo mais je ne
suis pas là p our ça aujo urd ’hui.

A rê t e d e l ap i az av an t
l e s P oi n t e s L o n g ue s

Ce grand labyrin the me prend pas mal de te mps et en plus, jus te ava nt le pied des
Pointes Longues , je tombe s ur une se ctio n tr ès raide e t exp osée. Par une grande
désescalade plutôt malsaine , je pa rviens à fr an chir ce tte crê te e t rej oins le col
sous les Pointes L ongues.

L e c o l ap rè s l ’arê t e
d e l ap i az

Une bonne mon tée s ur u n terrain à chamois me mène au dépar t de la traversée
des Pointes longues.
L’arê te passe à côté de la Poin te de Bellacha , p uis devient très aérien ne. C’es t
bien exposé et en plus le ro cher es t vraiment p ourri. J’avance t rès lentemen t sur
cette p ortio n e t, pou r a tte ind re le pied de l’Eperon Nord , je s uis obligé d ’installer
un ra ppel de 15m sur sangle.

L a t rav e rs é e d e s
P n t e s L o n g u es

J’enchaîne avec la mo ntée sur l’Eperon Nord , puis j ’en tame la redesce nte de
l’autre côté. Malheureusemen t, 5 0m plus ba s, je me ren d s comp te q ue ce n ’es t p as
la bonne arê te de des cente! Si je con tinue à descendre , je con tou rne tou te l ’arête
Nord et ne validerai pas le pr ojet. A contre cœur, je remo nte au sommet de
l’Eper on No rd pour m’engager sur la bo nne a rê te.
Sauf que cette f ois ci c’es t vraiment verti cal. Il me fau t me préparer à équiper
plusieurs rap pels sur un te rrain certainement vierge. J ’enchaîne 2 ra ppels de 3 0m
dont le 2è à moitié e n fil d ’araignée. La cord e n’a pas belle allure mais elle tient
encore le cho c! Une dernière désescalade m e co nduit au pied de l’Eper on No rd.

L ’arê t e d e l ’E p e ro n N o rd

Ici, la co nfiance revient. P our la première f ois, j ’ai l ’impression que la victoire
appro che. Je repars en directio n d u p rochain obs tacle : la Tê te de la For claz.
Alors que j’espè re a tteindre ce so mmet san s encombre , je bu te au dernier momen t
sur une pe tite falaise bien ver ticale comp osé e de 2 murs su ccessifs. L ’escalade es t
souten ue (j ’évalue le 2è mu r à 5B) , mais le r ocher est par ticulièrement sain don c
je décide de to ut fran chir e n s olo in tégral.

E s c al ad e so u s l a
T ê t e d e l a Fo rc l az

J’atteins d onc la Tête de la For claz , p uis je r edescends sur le col de la F orcla z e t
rejoins ra pidement la Pointe des Arbennes.

P o i n t e d e s A rb e n n e s ( 2478m)

C’est presque gagné mais il me reste une section délicate à fr anchir p our tran siter
vers la Poin te d ’Areu ( dernier s ommet de la traversée). Une s uccession de
gendarmes trè s effilés en ro cher instable se présente devan t moi. Il me faut
encore me faire violence pour affr on ter cette par tie très vertigineuse.

L ’arê t e A rb e n n e s -A re u

Prudemment, je passe les gendarmes uns par uns et termine par un rappel de 15m.
Le so urire me revien t car je pe nse av oir fra n chi le de rnier gros ob sta cle. Je range
donc la corde (n ormalement pour toujo urs) e t file vers la Poin te d ’Areu.

L a P n t e d ’A re u ,
d e rn i e r s o mme t ! ( 2462m)

A présent, il ne me reste qu ’à descen dre s ur Magland, 20 00m plus bas. Ici , l’a rête
des Aravis se tra nsforme en u ne gran de fa ce qui plonge vers la vallée de l’Arve.
Comme je ne con nais pa s cette, section j’ess aie de bien suivre la petite se n te q ui
serpente su ccessivement entre crêtes , vires et couloirs.

De s c e n t e de l a P n t e d ’A re u

Et enfin, au bo ut d ’une dernière vire herbeu se, je reconnais un lieu trè s fré quen té.
C’est le plateau du quel pa rt le passage du Sa ix et q ui d oit me co nduire à Magland.
Pour moi, c’es t la délivrance. Tou te la pressi on a ccumulée retombe d ’u n seul co up
car je sais , à présen t, que rien ne peux m ’arr êter.

L e p as s ag e d u Sai x

La sui te n ’es t q u’u ne longue pr omen ade s ur piste e t r oute. Au fur et à mesure que
je desce nds , les signes de civilisation ap para issent. Puis j ’arrive à Magland e t
traverse tou s les lo tissements en direction d e la rivière.
Il est 1 9h0 0 quand , après 5 jour s de combat , je tou che enfin l ’Arve.

L ’A rv e ( 500m) , l a t rav e rs é e
e s t v al i dé e !

Et après?
Il m’a fallu quelques heure s voir quelques jo urs p our redesce ndre réellement sur
terre a près la traver sée. Mais une fois bien a tterri , il m’a pa ru in téressan t de faire
un bilan général de ce périple.
D’ab ord , il fa ut reconnaître q ue la mé téo a é té ex trêmement génére use ave c moi
duran t cette semaine. Il es t p roba ble qu ’un ou de ux j ours de mauvais temps
m’auraient fait aba ndon ner une f ois de plus.
Ensuite , je cons tate que ce n ’est pas un pr oj et ada pté au solo. Tro p de par ties s ont
exposées e t dema nden t u ne con centration contin ue. S’il es t possible de res ter
serein quelques heures sur du ro cher sain , il est très é prouvan t de f aire la même
chose pend ant 5 jou rs s ur d u r oche r ins table . Comme sur u n glacier ouver t, l e fait
d’être en cordé enlève q uand même un cer tai n poids et perme t peu t -ê tre de
pardon ner le faux pas.

Ce qui est sûr , c’est que ce tte tr aversée es t une vérita ble aventure. Peu t -être
qu’elle do nnera de l ’inspiratio n à d ’au tres é quipe? A quan d la même traversée
dans l ’autre sens o u en hiver?
Pour ma par t, en terminan t ce p rojet, une pa ge s’est tournée.


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