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Titre: Mise en page 1

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extrait de

moN CarNet
de voyage

NarrimaN-Zehor SadouNi

N a r r i m a N - Z e h o r

S a d o u N i

Critique d'art uNeSCo

ait de

arNet
yage

hor SadouNi

Le guépard de l’Ahaggar ? C’est une blague, il n’y a pas plus de
guépards dans le désert que de girafes à Alger,
Karim avait le sens de l’humour, j’ai mis ça sur le compte de sa
bonne humeur.
«Non, je suis sérieux, le réalisateur t’expliquera tout sur place,
il me faut un bon scripte car tu as la charge de la rédaction et de la
lecture du commentaire, tu verras, les chercheurs sont très sympathiques, Amel et Farid Belbachir, un couple d’enseignants engagés,
ils sont convaincus qu’il existe encore des guépards dans le désert
algérien, cela fait quatre ans qu’ils sont sur ce projet.»

d e
C a r N e t
m o N

Vingt octobre 2010, alors que je revenais de Dakar, le téléphone
sonne, c’est Karim, mon producteur : ‘’J’ai une commande de documentaire, l’OPNA* doit archiver les travaux de deux chercheurs, vous
partirez dans trois jours sur les traces du guépard de l’Ahaggar’’.

d e

Dix jours étaient passés, l’eau se faisait rare, le puit le plus proche
se trouvait à cent cinquante kilomètres. L’équipe désespérait, aucune
trace du guépard,

e x t r a i t

A

ce moment précis, j’ai compris que nous étions tous
quelque part des nomades. Hamma courrait dans tous
les sens, le sable avait envahit les moteurs, il fallait lever
le camp et quitter Oued Tekbenna.

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rt uNeSCo

Tamanrasset, couchée sur son lit de sable se dessinait sous nos
pieds, l’avion atterrit, pas une minute à perdre, réunion avec les chercheurs, les guides, les chauffeurs et l’équipe de télévision.
Sept véhicules tous terrains pleins à craquer, il fallait y tasser les
vivres, les couvertures, les tentes, les sacs de couchage, l’eau et les
effets de chacun.

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*OPNA : Office National du Parc de l’Ahaggar

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‘’Le désert comme l’indique son nom ne vous offrira rien, ce soir
vous prendrez votre dernière douche qui sera remplacée pendant le
périple par les lingettes. Pour le reste il faudra se débrouiller’’.

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-

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En effet, Karim était sérieux, il fallait être à Tamanrasset dés mercredi pour préparer le grand voyage, comme dans ces safaris que
nous voyons à la télévision. Je ne connaissais de Tamanrasset que
l’Assekrem, et pour moi c’était la limite du désert. Si loin de la ville.
Ce lieu de retraite qui m’avait inspiré la série des prêtresses bleues du
Sahara, ces superbes grâces que j’exposais pour raconter mes racines,
mais j’ignorais tout de cet univers que j’ai osé peindre et présenter au
public avec une parfaite conviction que je le connaissais. Je ne savais
rien de cette planète minérale, cette enclave d’un ailleurs qui se veut
là, qui s’impose et qui décide, qui possède l’intelligence de l’objet, qui
se suffit à elle-même et que j’allais par ma présence déranger. Je
m’aperçois aujourd’hui que cette mission m’a tout appris sur ce vide
suspendu où ni temps ni espace ni matière n’ont d’importance.

J

e me souviens de ce départ tumultueux, l’aube se faisait fraiche
guettant les premiers rayons pour sécher la rosée qui s’était endormie. L’équipe filmait chaque geste de ces guides qui communiquaient entre eux en tamashek. Ils avaient chargé les véhicules la
veille et opéraient à un dernier contrôle, Boubekeur, leur chef, un polyglotte, le meilleur des GPS nous a confié que notre mission ne sera
pas vaine. ‘’Le désert vous enseignera tant de choses que vous ignorez
encore, il faudra tout d’abord oublier le téléphone, la connexion
internet, vous serez à la merci de ces espaces interminables, des espaces qui se renouvellent. Là bas c’est la nature qui commande. Vous
ne serez rien sinon un grain de sable que le vent pourrait emporter. Ah,
vous, enfants des grandes villes, vous avez tant de choses à apprendre ! ‘’
La route goudronnée était déjà bien loin, nous avons parcouru
cent vingt kilomètres, un horizon de poussière ocre orangée s’élevait
tel un brouillard. Le jeune cameraman Mourad demanda au guide :
‘’Où sommes-nous ?‘’ à Oued Ahans Nawelemden répondit Hamma,

Farid sourit : « Il était temps » il ouvrit la portière de la voiture et
se perdit, comme avalé par des cendres, il faisait chaud et l’air s’était
assoupi à l’ombre des brumes brûlantes.

S a d o u N i

il nous reste trois cent quatre vingt kilomètres à parcourir, c’est la
première porte qui s’ouvre à nous. Sais-tu que le désert est une succession de portes qui s’ouvrent et qui se referment, ce sont des paysages si différents qui se succèdent… Des montagnes noires calcinées
par des laves volcaniques, la roche essuie ses rides millénaires contre
le grain de sable. Ici, l’érosion parle et déclame les rimes du cosmos.
C’est notre première escale, nous en profiterons pour y faire une
pause déjeuner.

extrait
N a r r i m a N - Z e h o r

moN Car
de voya

NarrimaN-Zeho

Durant quatre années, Farid et Amel Belbachir ont mené des
recherches dans le grand sud algérien pour confirmer l’existence du
guépard. Leur travail a été en grande partie financé par l’Institut
de Zoologie et le Département d’ Anthropologie de l’Université de
Londres. Ils ont installé une quarantaine de caméras trap, une sorte
de ‘’pièges d’images’’ qui se déclenchent au moindre mouvement.
Nous devions contrôler chaque carte mémoire, la visionner et suivre
la démarche entreprise par le couple.
Je me souviens de cette nuit où par surprise j’ai embarqué Farid
et Amel dans une discussion intimiste. Ils ont évoqué à mon micro
leur passion pour le désert mais aussi celle qu’ils nourrissent l’un pour
l’autre, j’en conserve l’enregistrement et avec leur permission, je l’ai
diffusé sur les ondes de la radio. La piste est longue et le crépuscule

m o N

‘’Nous n’allons tout de même pas nous retenir’’ chuchota Mourad.

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‘’Il va polluer le désert’’ répondit Boubekeur, ‘’le désert a horreur
de ça’’.

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Mais où va t-il ?

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Critique d'art u

annonce les prémices d’une nuit sans lune, ni étoiles, une nuit sombre
sans rêves. Nous installons notre camp à Nouhawa. Aflane prépare
le repas l’équipe de télévision filme cette première nuit.
‘’Demain nous irons très tôt contrôler les premières cameras trap’’
Farid était anxieux, son seul et unique espoir : découvrir des traces
du guépard.

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‘’Je dormirai à la belle étoile’’ s’exclama Amel.
‘’Mais quelle étoile ? Le ciel est si sombre ce soir.’’ Mohamed Belghoul Chef de bord OPNA aimait taquiner Amel, il la contredisait,
une vraie amitié s’était installée depuis quatre années entre les chercheurs et l’équipe de l’Office du Parc de l’Ahaggar.
Dés les premiers rayons, l’odeur du café avait pénétré ma tente
jaune, Aflane était debout depuis bien longtemps. Ce vieux guide
que personne ne voudrait voir partir en retraite. Lui, il sait que le guépard est tout prés, il est là, il l’a vu des centaines de fois se confondre
avec le paysage. Aflane parle très peu, c’est un enfant du désert qui
perçoit la musique du vent et le chant de la solitude. Sa communion
avec la nature, le rend pluriel, il est capable de faire mille choses à la
fois, toujours, le sourire accroché à ses lèvres. Je venais de constater
que son café était bon.
‘’Le désert vous dit de ramasser vos bouteilles en plastique, vos
sachets multicolores, vos lingettes, vous les brûlerez, il ne veut aucune
trace de votre passage’’.
‘’Le désert vous dit qu’il est temps de partir’’.
Le cameraman filme le départ des véhicules, la poussière nous
brûle les yeux, après trois heures de piste, le décor se transforme. Des
rangées de montagnes sculptées par le temps se dressent, nous nous

xtrait de

N CarNet
e voyage

aN-Zehor SadouNi

Critique d'art uNeSCo

frayons un chemin pour atteindre le plateau de Tihoret, nous empruntons le passage de Oued Toundjaymet.
Curieuse végétation, des acacias épars à l’allure chétive nous regardent. Ils ont tant de choses à dire,

Farid et Amel ont terminé le contrôle des premières cameras trap.
Des images de lièvres et de dromadaires, rien de réconfortant, le guépard n’est pas passé par là,
L’équipe plie le pied de la caméra, et tous, tête baissée, nous rejoignons nos véhicules.
Nous avions l’impression partagée de tourner en rond dans un
cercle sans fin, cette nature si cruelle et si bonne à la fois dominait
avec force, nous essayions de négocier mais elle semblait intransigeante comme pour nous faire payer les erreurs des siècles passés.
Elle nous fixait de son regard triste et humide, elle semblait se souvenir de ces vagues immenses qui couronnaient sa chevelure argentée. Lorsque les poissons, les algues, les coraux cohabitaient en ses
fonds… Des sédiments qui disent le temps, terre féconde, royaume

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Le discours de Fawzi était si pur, si vrai, je retrouvais en lui cette
quête éternelle de quiétude que nous avons tous en nous enfuie sous
les décombres du quotidien du nord.

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Comment se fait-il qu’il soit blond ? Tout le monde se pose la
question et Mourad, le plus jeune d’entre nous a osé lui dire : « Fawzi,
il est rare de rencontrer un targui aux yeux bleus, tu ressembles tellement à Laurence d’Arabie avec ton chèche.’’ Fawzi éclata de rire, se
mit à danser en chantant : ‘’Je suis un enfant de Belcourt, algérois de
père et de mère. Là, j’ai appris des choses que vos universités ne m’auraient jamais enseigné. La vérité de chacun de nous est ici ! Dans ce
désert qui vous fait si peur. Vous êtes perdus comme ces oiseaux qui
tombent du nid. Je vous ai observé hier, vous vous regardiez dans le
blanc des yeux. Apprenez à vivre, à apprécier les choses dans leur
nudité. Moi, j’ai tout quitté, mon commerce, ma maison et avec ma
femme nous avons décidé de fuir les bruits de la ville, loin de cette
misère mentale qui habite les Hommes des grandes cités, loin de la
course effrénée derrière le sous, loin des tic-tac de vos montres, de
ces murs de béton qui asphyxient la terre. Vous pourrez tout mondialiser sauf le désert !’’

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‘’Ils ont certainement vu passer un ou deux guépards mais nous
ne le saurons jamais, les enfants du désert préservent le secret des
anciens’’. Fawzi le chauffeur du véhicule numéro six avait un sens de
l’humour très particulier.

des dinosaures, puis tout à coup, une nuit sans fin interrompue par
le bruit des machines qui venaient à tour de rôle pomper l’histoire
des strates.

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Nous nous arrêtons à Tellagh Tebba. L’horizon se dissimule dans
la poussière grise. Le zénith frappe de toutes ses forces et une chaleur
torride s’abat sur nous. Les chercheurs contrôlent de nouvelles
caméras, toujours rien, qu’un passage curieux d’un fennec ou d’un
chat du désert.
Nous déjeunons et dans un silence absolu interrompu par les
bruits du moteur nous nous enfonçons dans ces terres inconnues et
mystérieuses, ce désert habité d’ombres et de cendres nous scrute et
surveille chacun de nos mouvements.
Nous installons notre camp à Oued Tinhaggane et le matin très
tôt, les chercheurs profitent de la fraîcheur pour contrôler les trois
cameras trap alentours. Rien, toujours rien. Seul, le café d’Aflane avait
gardé ce goût qui nous donne du plaisir.
Les jours se ressemblaient, et la déception grandissait. Je notais
tout, préparais mes commentaires et mes interviews et en secret je
me retirais. Enfin seule face à ces forces incomprises du Sahara qui
se ressource de l’énergie des Hommes, qui les vide de leur sève, qui
les transforme. J’étais face à cette puissance radioactive qui m’avait
irradiée dés les premiers instants. Je savais que je n’allais pas en sortir
indemne et que j’en garderai les stigmates. Seule avec ce désert complice. Je répétais la même phrase comme un automate :
‘’Que c’est beau !’’ J’étais consciente de cette notion de Beau, de
perfection, de plénitude. Il y avait autour de moi des milliers d’anges
qui glorifiaient ce Beau, j’étais seule à les voir. Aflane les a certainement croisés sur son chemin et quelques uns d’entre eux sont peutêtre ses amis. J’étais ce grain de sable parmi ces centaines de milliers
de grains de sable, semblable à un atome dans cette étendue où le
rationnel se travesti en ésotérisme et où l’invisible devient visible. Où
la raison n’a plus lieu d’exister. Un autre regard nous habite, ce contact
avec le sol, ce rapport tactile avec la roche, aucun obstacle ne venait
obstruer ma vue. Le lointain est si proche, tout se fige… La terre est
plate.
Je reviens à la nature première de l’homme, sa théorie de la
planète et je crie tout fort : ‘’La terre est plate’’, personne ne pourra
me contredire, d’ailleurs Galilée est mort et même Eratosthène est
mort mais le Désert vit encore.

‘’Allez du côté de Timsnanine, les nomades vous diront tout.
Je sais que vous ne me croyez pas, je suis un chef, je ne mens pas et
je dis vrai.’’

S a d o u N i

Dix jours étaient passés, l’eau se faisait rare, le puit le plus proche
se trouvait à cent cinquante kilomètres. L’équipe désespérait, aucune
trace du guépard, il fallait se rendre chez les Ait Louwayen, rencontrer
le chef Amghar Hadj Abderrahmane pour obtenir l’autorisation
de puiser de l’eau du puit de la tribu. Notre présence semblait rassurer
le chef, il nous a appris que la veille un jeune dromadaire avait été
attaqué par un guépard. Sceptiques, nous pensions qu’il voulait nous
faire plaisir car il avait lu sur les visages un mélange d’épuisement et
de désespoir.

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moN Ca
de voy

NarrimaN-Zeh

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Critique d'ar

Nous avons fait le plein, un dernier regard en direction des superbes tamaris, d’autres cameras trap nous attendaient.

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‘’Venez voir’’ s’écria Amel, ‘’ne piétinez pas, regardez ce sont des
excréments de guépard’’. Il y en avait partout sur la branche d’un magnifique tamaris solitaire, il y avait même des traces de pattes. Amel
jubilait, il fallait analyser tout ça et contrôler les cameras trap les plus
proches.
Le guépard n’était pas loin, il a passé la nuit tout prés de nous à
quelques centaines de kilomètres seulement, dans cette étendue
absolue où les distances démesurées ne se calculent plus Goog, l’assistant de l’équipe, un petit génie, tremblait de peur. ‘’Je ne dormirai
pas ce soir’’, nous étions heureux de cette découverte mais tous
comme Goog, nous avions peur et pourtant nous étions là pour
confirmer la présence du guépard. Quelle ambivalence ! L’Homme
est si compliqué au point d’aller chercher le danger au bout des
mondes les plus inconnus.
Le chef Amghar avait donc raison.
Pour nous rendre chez les nomades de Timsnanine, il fallait traverser Oued Tekbenna. Une chaîne de montagnes noires interminables défilait de part et d’autre de la piste étroite, il fallait contourner
les blocs de roche sombres échappés aux avalanches.
Le crépuscule s’annonçait doucement, il était à peine quinze
heures mais on aurait dit que le soir était tout proche et l’air qui s’était
assoupi se réveillait, s’étirait, il se rendit compte de la présence de
l’Homme et se mit à tourner dans tous les sens.
Notre caravane métallique s’arrêta, il fallait installer un camp.
Nous étions rodés, chacun sa mission, en un clin d’œil les tentes
étaient alignées au pied des véhicule. Hamma était inquiet et de loin
j’entendais Aflane psalmodier des versets coraniques.
L’air prit l’allure d’un vent, soulevait à son passage des grains de
sable comme pour remuer la terre, la réveiller, lui dire :’’Debout,
l’Homme est là, il te piétine et viole ton sommeil. J’effacerai les empreintes de ses pas, je brouillerai son chemin.’’
A ce moment précis, j’ai compris que nous étions tous quelque
part des nomades. Hamma courrait dans tous les sens, le sable avait
envahit les moteurs, il fallait lever le camp et quitter Oued Tekbenna.
Tim Tabarkaten n’était pas loin, on se rapprochait lentement du
camp nomade de Timsnanine. Aucune visibilité, les chauffeurs
connaissaient la route, Abdelhalim était un des plus anciens, il avait

Il fallait faire vite, filmer, scripter et enregistrer les témoignages
car de gros nuages gris grignotaient un à un les rayons dorés du
soleil.
‘’Il va pleuvoir cette nuit, il est temps de partir, nous installerons
notre camp à Wantazabit, pas très loin d’ici’’ Lorsque Aflane parlait,
il fallait l’écouter.
Wantazabit est un grand plateau entouré de montagnes, un lieu
fantastique qui offrait à la fois une plate forme pour dresser nos tentes
et nous protégeait du froid glacial de la nuit.
Aflane n’avait pas choisi l’endroit par hasard, il savait que trois
caméras y étaient installées. L’une flanquée contre la roche et deux
autres fixées à des troncs de Tamaris.

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Une deuxième adolescente apparue, accompagnée de sa mère.
Deux déesses échappées au néant. Emmitouflées dans une étoffe.
On apercevait leurs visages et leurs mains d’une carnation uniforme
, on aurait dit du bois fraîchement poli. Elles étaient belles, portaient
en elles l’éclat du soleil, transformant l’aridité de la terre en générosité
absolue. Elles nous ont tendu du lait de chèvre et de la galette.

C a r N e t

Farid enclencha son enregistreur et dit à Boubekeur ‘’ Dis leur de
raconter leur histoire et vérifie bien s’ils disent la vérité’’ en effet, un
jeune garçon avait vu un dromadaire sauvage traqué par un guépard.
‘’Il ressemble à un gros chat’’ dit-il en tamashek.

m o N

Une adolescente courut vers la tente de fortune pour annoncer
la venue d’étrangers. Un homme, certainement le père vint nous
accueillir. Il échangea quelques mots en tamashek avec Boubekeur.

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‘’Nous y sommes’’ s’exclama Mourad. ‘’C’est si précaire, je m’attendais à une vraie kheïma, des chèvres, des dromadaires… ‘’ Mourad
était déjà plongé dans ses mirages.

e x t r a i t

La tempête se dissipait au fur et à mesure que nous nous approchions du camp. La brume de poussière, comme par magie, laissait
apparaitre un pâturage, comme ceux que l’on croise sur les littorales,
des dunes dorées recouvertes de touffes d’acacia ; une autre porte
s’ouvrait dans ce désert et des bruits lointains se faisait entendre
en écho… des clochettes de chèvres.

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parcouru le désert des centaines de fois. ‘’Je vous mets de la musique
?’’ C’était du Ferré que nous écoutions. Notre chauffeur aimait la
chanson à texte, un vrai poète qui à chaque escale s’empressait de
rassembler des brindilles pour allumer un feu ‘’Allez, on se fait une
é Party’’ nous disait-il d’un air coquin.

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‘’Demain, très tôt nous contrôlerons les trois caméras de Wantazabit’’, Farid reprit espoir. Dans sa mallette on pouvait retrouver des
photos de carnassiers de la région et ce soir même il nous lu un
article qui confirme sa recherche
‘’ Le guépard du Sahara (Acinonyx jubatus hecki) est une forme
extrêmement rare de guépard, au pelage très clair, qui vit principalement en Algérie, Togo, Niger, Mali, Bénin et Burkina-Faso. On pense
qu’il n’existe plus que 200 ou 300 individus de ce félin semi-nomade.’’
La pluie avait tout mouillé, les parasols qui protégeaient l’équipe
de l’insolation se sont transformés en abris pour nos cuisines improvisées.
Une boue sablonneuse avait envahi le campement. En un jour,
quatre saisons se sont succédé. Le désert nous chassait, notre présence avait trop duré. Aflane me regardait, il savait que j’avais compris.
Une des trois caméras trap avait filmé une ombre, une espèce de
gros chat, on aurait dit un guépard épuisé, affamé, son allure osseuse
ne laissait apparaître que ses pattes frêles et ses gros yeux, son existence n’était plus à prouver, Farid, désespéré pensait déjà à rassembler
un budget pour protéger cette espèce en voie d’extinction. Amel, les
larmes aux yeux fixait l’image comme une mère désemparée, la mère
de tous ces guépards traqués par les braconniers.

Le désert se moquait de nous, il nous regardait, riait aux éclats,
un désert, maître des vents, des pluies, des chaleurs, des nuits
glaciales, de l’Homme. En quelques jours, il a changé nos habitudes,
nous nous sommes pliés à ses exigences,

Je rentrais dans le monde de l’autre, le mien, était derrière moi.

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Pour ma part je pénétrais dans un vrai désert, celui de la capitale
que je devais rejoindre, de la machine infernale du temps, des espaces
exigus où l’homme se piétine, se tortille et ne se distingue de l’objet
que par la forme, la couleur, l’odeur. En quête d’intelligence. Un jour,
peut-être un jour, lorsque la forme, la couleur, l’odeur n’auront plus
d’importance, il deviendra cet enfant né des entrailles de la terre,
il pourra la parcourir, l’écouter et partager son amour avec le reste
du monde.

m o N

Le désert était derrière nous, paisible et peuplé de souvenirs, sa
mémoire porte le poids de l’Humanité, l’histoire de l’univers. Il nous
regarde passer et pour lui, nous sommes tous pareilles dans nos différences, des perturbateurs de l’écosystème, des destructeurs et des
facteurs polluants.

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La piste du retour nous mena jusqu’à Idles, les premiers fils électriques venaient perturber l’espace sidéral de cet univers, ‘’Tiens, le
réseau de mon téléphone est rétabli !‘’ Mourad s’écria, heureux de
retrouver ce que vous appelez ‘’la civilisation’’.

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‘’Il est temps de rentrer.’’ Aflane voulait dire plutôt qu’il était temps
de sortir. De sortir de ce désert que nous avons remué, retourné dans
tous les sens et qui est resté impassible, indifférent, replié sur luimême et sur sa crainte perpétuelle d’être fouillé et visité comme ces
bêtes de cirque.

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