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YVES SAINT LAURENT
GRAND RÔLE, PETIT FILM
CULTURE – LIRE PAGE 10

LES FRANÇAIS ADORENT
LES SÉRIES AMÉRICAINES
CAHIER ÉCO – LIRE PAGE 2

VALLS-HOLLANDE
ASSOCIATION DE RIVAUX
BONNES FEUILLES – LIRE PAGE 17

Mercredi 8 janvier 2014 - 70e année - N˚21453 - 2 ¤ - France métropolitaine - www.lemonde.fr ---

Comment
Marine Le Pen
exerce le pouvoir
au Front national

Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directrice : Natalie Nougayrède

LA TUNISIE TOURNE LE DOS À LA CHARIA, LA LOI ISLAMIQUE
t La nouvelle Constitution, en cours d’adoption, garantit la «liberté de conscience» LIRE PAGE 2

t Le FN a le vent en poupe pour les municipales

et veut rafler le titre de premier parti de France
aux européennes de mai
t Une question inédite taraude les cadres du parti :
Marine Le Pen est-elle capable d’exercer le pouvoir ?
t La présidente du FN dirige en solitaire avec
son adjoint Florian Philippot, énarque trentenaire
me
t Si ses décisions sont jugées « justes », M Le Pen
est qualifiée de « cassante » et « manipulable »
LIRE PAGE 6

L’Assemblée nationale
constituante tunisienne,
le 3 janvier.
AIMEN ZINE/AP

Très chère culture, fer de lance de l’économie française

L

a culture coûte cher. Pas un mois sans
qu’un rapport ne vienne rappeler le
poidsde la flotte culturelleetde ses différents vaisseaux dans notre économie en guerre. En septembre, c’était le cabinet Ernst & Young. En décembre, c’était au
tour de la Cour des comptes de souligner le
coût élevé du cinéma français. Mais si la
culture coûte, elle rapporte aussi. C’est tout
l’intérêt du rapport livré le 3 janvier par les
inspections générales des finances et des
affaires culturelles, qui chiffre la part de la
culture dans la richesse nationale.

UK price £ 1,80

ÉDITORIAL
Un tel rapport, signé par deux ministères
qui ont plus l’habitude de se chamailler que
de travailler ensemble, est inédit. Critiqués
dans les milieux artistiques pour avoir, deux
années de suite, diminué un budget auquel la
droite n’avait osé toucher, les deux administrations dévoilent l’ampleur des dépenses
globales de l’Etat pour la culture : 13,9 milliards d’euros, quand les collectivités territo-

LE REGARD DE PLANTU

riales accordent 7,6 milliards d’euros.
D’un point de vue méthodologique, on
pourras’étonner d’y voircomptabiliséla totalité des crédits accordés à la télévision, dont la
nature « culturelle» peut prêter à discussion.
Reste que la facture pèse de façon non négligeable sur les dépenses publiques.
Il convient dès lors de se montrer exigeant
dans l’utilisation de ces crédits. Si l’on peut se
féliciterde disposer,en France, avec les 28millions d’euros de l’avance sur recette, d’un système quidonne sachance auxcinéastesdébutants, est-il normal de voir des professionnels
confirméscontinuerde profiterd’une « avance » qui n’en a que le nom puisque la quasitotalitédes films aidés perdent de l’argent? Et
si le dispositif des intermittents du spectacle
soutient à raison des artistes à l’activité par
définition fragile et discontinue, peut-on
accepter qu’il profite à des employés permanentsde l’audiovisuel? L’effortde transparence de l’administration devrait, ici, s’accompagner d’un effort de cohérence.
Mais le principal mérite du rapport est de
cerner la façon dont ces dépenses publiques
contribuent à doper l’économie. Il chiffre ain-

si à 57,8 milliards d’euros, soit 3,2 % du PIB, le
poids de la culture dans la richesse nationale.
Autant que l’agriculture et l’agroalimentaire,
deux fois plus que les télécommunications,
sept fois plus que l’industrie automobile.
N’en déplaiseaux adeptes de l’art pour l’art, le
secteur ne fait pas qu’élever les âmes. Il nourrit 670 000 professionnels; 870 000 si l’on y
ajoute les emplois culturels dans les entreprises des autres secteurs.
Encoreles deux inspections n’ont-ellespas
comptabilisé les effets induits – hôtellerie,
restauration, attractivité – toujours délicats à
mesurer. Nombre de grandes villes savent
pourtant les bénéfices qu’elles tirent de
dépenses culturelles qui dépassent souvent
20 % de leur budget. D’autres ont fait de leur
festival leur meilleure carte de visite. Et que
dire des pays du Golfe qui rivalisent de chantiers culturels : ils ont compris que, pour attirer les cadres de haut niveau, de hauts salaires ne peuvent suffire. Dans la compétition
internationale, la culture est bien un enjeu
central.Or, dans ce domaine,la France joue en
première division. Ce rapport rappelle qu’il
importe qu’elle y reste. p

AUJOURD’HUI
Formation
des profs : les
premiers pas
de la réforme

Premières
interdictions
des spectacles
de Dieudonné

Les Européens
s’endettent
à taux bradés

Les nouvelles écoles
supérieures du
professorat doivent
mettre l’accent sur
les savoir-faire plutôt que les savoirs.
Mais les résistances
sont fortes.

Après Bordeaux,
Nantes s’apprête à
interdire le spectacle de « l’humoriste». Les arrêtés
devraient se multiplier après la circulaire de M.Valls.

Les taux d’intérêt
espagnols et italiens ont retrouvé
leur plus bas
niveau depuis
mai2010. Les marchés veulent croire
que la crise
des dettes est finie.

FRANCE – PAGE 7

FRANCE – PAGES 8 ET 18

CAHIER ÉCO – PAGE 3

SCIENCE
& MÉDECINE

Providentiels
fossiles
du Maroc
a Les mines de phospha-

tes, au sud de Casablanca,
sont aussi une source
inépuisable d’ossements
d’animaux fossilisés
SUPPLÉMENT

SOLDES

-30% -40%
boutiques ouvertes
dimanche 12 janvier

boutique en ligne et liste des points de vente
sur www.defursac.fr

Algérie 150 DA, Allemagne 2,40 ¤, Andorre 2,20 ¤, Autriche 2,50 ¤, Belgique 2 ¤, Cameroun 1 800 F CFA, Canada 4,50 $, Côte d’Ivoire 1 800 F CFA, Croatie 19,50 Kn, Danemark 30 KRD, Espagne 2,30 ¤, Finlande 3,80 ¤, Gabon 1 800 F CFA, Grande-Bretagne 1,80 £, Grèce 2,40 ¤, Guadeloupe-Martinique 2,20 ¤, Guyane 2,50 ¤, Hongrie 950 HUF, Irlande 2,40 ¤,
Italie 2,40 ¤, Liban 6500 LBP, Luxembourg 2 ¤, Malte 2,50 ¤, Maroc 12 DH, Norvège 28 KRN, Pays-Bas 2,40 ¤, Portugal cont. 2,30 ¤, La Réunion 2,20 ¤, Sénégal 1 800 F CFA, Slovénie 2,50 ¤, Saint-Martin 2,50 ¤, Suède 35 KRS, Suisse 3,40 CHF, TOM Avion 450 XPF, Tunisie 2,40 DT, Turquie 7 TL, USA 4,50 $, Afrique CFA autres 1 800 F CFA

2

international

0123

Mercredi 8 janvier 2014

La Tunisie officialise le renoncement à la charia
La Constitution, discutée à l’Assemblée, contient des dispositions progressistes inédites dans le monde arabe

L

a liberté deconscienceest inscrite dans la future Constitution tunisienne. Adopté le
4 janvier à une large majorité, toutes sensibilités confondues, de
149 députés et rejeté seulement
par 23 élus, l’article stipule que
« L’Etat est le gardien de la religion.
Il garantit la liberté de conscience
et de croyance et le libre exercice du
culte ». Une disposition exceptionnelle dans le monde arabe, votée
qui plus est dans une Assemblée
dominée par des islamistes représentés par le parti Ennahda, issu
des Frères musulmans.
Moyennant une concession,
« l’Etat est le protecteur du sacré »,
le texte tourne définitivement le
dos à la charia, le droit islamique,
un débat au demeurant déjà enterré par Ennahda : la Tunisie est un
« Etat civil » comme le précise le
préambule de la Constitution également adopté. Lundi 6 janvier, le
délicat chapitre des droits et libertés a confirmé cette orientation,
avec l’inscription de l’égalité entre
les citoyens et les citoyennes,
« égaux devant la loi sans discrimination ». Bien que limitée à la
citoyenneté, cette disposition,
adoptée par 159 voix sur 169
votants,a été saluéepar AlhemBelhadj, figure de l’Association tunisienne des femmes démocrates,
comme « une victoire ».
Les « libertés d’opinion, de pensée, d’expression, d’information et
d’édition sont garanties », tout
comme le droit syndical et le droit
de grève, ou bien encore « l’inviolabilitédes logements, la confidentialité des correspondances, des communicationset desdonnéespersonnelles».Latorture«moraleetphysique », qualifiée de « crime imprescriptible», est proscrite. Il est interdit de déchoir de sa nationalité un
citoyen,de l’exiler, de l’extraderou
de l’empêcher de retourner dans
son pays comme cela a été le cas
dans le passé. Pas à pas, les députés
tunisiens progressent dans l’espoir de boucler et d’adopter (par
un vote des deux tiers) la Constitution, le 14 janvier, trois ans jour
pour jour après la chute de Zine
El-Abidine Ben Ali. En décembre, la
Tunisie a marqué dans la morosité, l’anniversaire de sa révolution.
Sur les 146 articles de la future
Constitution, un tiers du chemin a
jusqu’ici été parcouru. Les débats
ne sont pas exempts d’énervement ou de dérapages. Dimanche,
l’opposition laïque a obtenu le
vote d’un amendement interdisant les « accusations d’apostasie
et l’incitation à la violence » après
qu’unéludegauche a été pris à par-

Au cours d’un débat à l’Assemblée nationale constituante, à Tunis, le 3 janvier. FETHI BELAID/AFP

tie par un député islamiste. « Les
constituants tunisiens du camp
islamiste ou du camp dit démocrateontvoté contrela liberté d’expression », a aussitôt regretté Amira
Yahyaoui, présidente de l’association pour la transparence de la vie
publique Al-Bawsala, se faisant le
porte-parole de plusieurs ONG.
Cahin-caha, et sauf incident
majeur, l’Assemblée nationale
constituante tunisienne avance.
Elle revient de loin si l’on songe à la
paralysie totale qui s’était emparée de ses travaux après l’assassinat, le 25 juillet 2013, de Mohamed
Brahmi, un député de l’opposition
tué par balles comme l’avait été
avant lui, le 6 février, Chokri
Belaïd, une figure de la gauche. Ce
deuxième assassinat politique
avait plongé le pays dans une profonde crise, menaçant la fragile
transition tunisienne.
A l’issue de plusieurs semaines

de négociations menées par des
acteurs de la vie civile, comme
l’UGTT,la puissantecentralesyndicale tunisienne devenue le principal médiateur de la crise, un
accord a finalement été trouvé :
l’achèvement de la Constitution et

Pasà pas, les députés
tunisiensprogressent,
dansl’espoirde
bouclerla Constitution
à ladateanniversaire
du14janvier
l’organisation de nouvelles élections contre la promesse arrachée
à Ennahda de céder la direction du
gouvernement à une équipe de
technocrates gestionnaires censés
apaiser le climat général. C’est la
nouvelleétape prévue : d’icià quel-

ques jours – jeudi 9 janvier au plus
tard, a exhorté le secrétaire général de l’UGTT, Houcine Abassi –, le
premier ministre Ali Larayedh
devrait céder son fauteuil à Mehdi
Jomaa, actuel ministre de l’industrie mais sans étiquette partisane
connue. Une page serait ainsi tournée : celle des élections d’octobre 2011 qui avaient porté au pouvoir, pour la premièrefois, des islamistes encore dans la clandestinité à peine moins d’un an plus tôt…
Cette situation inédite, bien
que marquée par des épisodes tendus, repose sur la préoccupation
constante, de la part de tous les
acteurstunisiens,de nejamaisparvenir au point de rupture qui a vu
d’autres pays du « printemps arabe » sombrer dans le chaos, ou la
répression.
La tragédie syrienne et plus
encore l’évolution de la situation
en Egypte, où les Frères musul-

mans de plus en plus impopulaires ont été chassés brutalement du
pouvoir, ont beaucoup pesé. Ce
« retour de bâton » a contraint les
islamistes tunisiens à faire davantage de concessions tandis que, du
côté de l’opposition, les plus radicaux ont dû se résoudre à négocier, faute de forces.
Les confrontations de rue sont
ainsi restées contenues du fait de
la faible mobilisation d’une population davantage préoccupée par
les difficultés, grandissantes, de la
vie quotidienne, que par les
batailles politiques ou idéologiques. Lundi, indifférents aux
débats des députés sur la Constitution, des jeunes chômeurs s’en
sont pris à un poste de police dans
le gouvernorat de Gafsa. C’est dans
cette région minière et frondeuse
que les germes du soulèvement de
2011 ont poussé. p
Isabelle Mandraud

Des listes paritaires
aux prochains scrutins ?
Le projet réunit toutes les sensibilités politiques. Soutenu par le
groupe des femmes élues à l’Assemblée nationale constituante
tunisienne, un amendement prévoit d’inscrire dans la future
Constitution l’obligation pour
les partis de présenter des listes
paritaires lors des prochains
scrutins électoraux.
L’amendement devait être présenté mardi 7 janvier, dans le
cadre de la poursuite de la discussion, article par article, de la
future loi fondamentale, notamment autour des dispositions
qui prévoient que « l’Etat garantit l’égalité des chances entre
l’homme et la femme dans l’exercice des différentes responsabilités ».

«Pour les islamistes, ce qui s’est passé en Egypte a agi comme un coup de semonce»
Entretien
Franco-tunisienne, Leyla Dakhli
est historienne, chargée de recherches au CNRS spécialisée sur le
Maghreb et le Moyen-Orient.

Les députés de l’Assemblée tunisienne ont commencé à adopter
les articles de la future Constitution, dont l’un instaure la liberté
de conscience. Comment analysez-vous cela ?

C’est un pas d’autant plus
important que l’on a eu parfois
l’impression que cette Constitution n’aurait pas de portée symbolique! Elle en a une, et ce texte,
autour duquel les députés discutent avec beaucoup d’ardeur, est
passionnant. La polarisation du
champ politique [entre islamistes
et opposition laïque] a dominé les
débats, mais quand on regarde en
détail les votes, on s’aperçoit que
les frontières sont plus floues.
Les paroles sont parfois très fortes pour défendre les libertés de la
part des élus d’Ennahda, et cela fait
bouger les lignes. Ce n’est pas seulement dans les dispositions adoptées mais dans les détails que se
niche l’importance de ce texte: il y

a eu ainsi des majorités fortes pour
la liberté de conscience ou l’égalité
entre les citoyens et les citoyennes.
Beaucoup d’autres points ont
pu être discutés, malgré les tensions et des échanges parfois
même inquiétants de la part de la
frange radicale d’Ennahda. Vu le
contexte dans la région et l’évolution en Egypte, c’est très réconfortant. Cela dit, des Constitutions
progressistes dans le monde arabe
ont déjà existé dans les années
1920. Tout dépendra des régimes
qui prendront ensuite le pouvoir.
L’égalité entre citoyens et
citoyennes est une autre étape.
Qu’est-ce qui a pesé ?

Partie d’une rumeur, l’idée
d’une complémentarité entre
l’homme et la femme a suscité
beaucoup de réactions et, finalement, on en arrive à l’égalité entre
citoyens et citoyennes. Les élues
d’Ennahda n’ont donc pas été aussi conservatrices qu’on le croyait !
La portée de cette disposition doit
être tempérée, car elle ne concerne que la citoyenneté, mais cela
peut aider à lever le dernier verrou de l’inégalité autour de l’héritage. Certains élus islamistes sont

des défenseurs des libertés, mais
d’autres y ont été acculés.
La vigilance citoyenne, notamment la veille exercée par des associations, féministes ou autres, a été
très importante. Les constitutionnalistes tunisiens n’ont jamais cessé de regarder les avancées du texte. Les acteurs sociaux comme
l’UGTT [la centrale syndicale] ou
l’Utica [le patronat] ont été essentiels dans tout le processus. L’opposition a joué son rôle, en réagissant
sur les assassinats politiques, en
pesant sur les débats, même si cette bipolarisation ne représente pas
toute la diversité en Tunisie. Encore une fois, tout dépendra des régimes qui se mettront en place.

une longue histoire marquée par
la répression. Après le 14 janvier
2011 [date de la chute du président
Zine El-Abidine Ben Ali], ils sont
passés d’une expérience traumatique à l’exercice du pouvoir, et
donc à une période d’ajustement.
Ennahda n’est pas un parti
homogène et parmi ses députés,
tous ne sont pas des militants
aguerris. Ceux-là n’ont pas été
marqués par la culture de la clan-

Par la force des choses, les islamistes tunisiens se démarquent.
Ce qui s’est passé en Egypte a agi
comme un coup de semonce, et
certains se sont dit que la conquête immédiate du pouvoir n’est
pas tout. Ils sont sur une autre
temporalité. Non parce qu’ils sont
religieux mais parce qu’ils ont

destinité, mais se sont trouvés
confrontés aux débats politiques
permanents, à la société. Cette
période est un terrain d’apprentissage individuel et collectif pour
les militants islamistes. Vont-ils
rester soudés après cela, nul ne le
sait. En interne, il reste une
culture forte de solidarité et de dis-

Les islamistes tunisiens se distinguent-ils des autres dans une
région où le « printemps arabe »
a parfois tourné à la tragédie ?

«Lavigilance
citoyenne,notamment
laveilleexercée
pardesassociations,
féministesouautres,
aététrèsimportante»

cipline quand bien d’autres partis
ont déjà explosé en vol. Surtout,
Ennahda a eu l’intelligence de faire évoluer sa stratégie.
Les islamistes égyptiens ont
commis des erreurs énormes.
C’était de leur part complètement
illusoire de penser qu’ils pourraient gérer seuls un pays aussi
grand que l’Egypte, avec le poids
de l’armée que l’on connaît, et non
avec le soutien d’une coalition,
même factice, comme en Tunisie.

Ennahda devrait bientôt céder
certes sous pression, mais volontairement, la gestion du gouvernement. Cela aussi est inédit…

C’est exceptionnel parce que
les circonstances le sont. C’est aussi stratégiquement très intelligent, une façon de préparer les
prochaines élections en évitant de
prendre trop de coups. Mais ce
besoin de confier, comme l’opposition l’a réclamé, un pays toujours
en ébullition à des gestionnaires
me laisse sceptique. Jusqu’ici, les
débats ont porté plus sur des questions identitaires que sur les questions économiques et sociales.
Ennahda en est le premier responsable car il est au pouvoir, mais

c’est vrai aussi des autres partis.
L’adoption de la Constitution
aura une forme de solennité, une
forme de fierté de ne pas se retrouver dans une situation aussi dramatique qu’ailleurs, mais ce ne
sera pas un blanc-seing. La première préoccupation des Tunisiens,
les enjeux sociaux, reste ignorée.
L’élan qui a suivi la chute de Ben
Ali a cédé la place à un repli lié à la
question sécuritaire. L’énergie de
cette révolution est en train d’être
réaffectée à autre chose comme la
peur, les alertes permanentes,
alors que le niveau de violence reste relativement bas en Tunisie.
Mais beaucoup de personnes,
notamment les jeunes, sont
conscientes de cela. Globalement,
ils pensent qu’il faudra retourner
dans la rue car ils ont le sentiment
que ce sont un peu toujours les
mêmes, que la corruption n’a pas
disparu. On est passés directement
de la dictature à l’âge du scepticisme démocratique. Comme avant,
le maître-mot, chez ces jeunes, reste les « chaises» pour désigner le
pouvoir. Et en Tunisie, on n’a pas
fini de renverser les chaises… p

Propos recueillis par I. M.

0123

international & europe

Mercredi 8 janvier 2014

3

EnIsraël,lesréfugiés
africainsmobilisés
contrelesexpulsions
Manifestations, sit-in et grèves se multiplient
contre les centres de rétention de clandestins
Reportage
Tel-Aviv
Envoyé spécial

D

esjeunes Israéliennesbronzées, écouteurs collés aux
oreilles, font leur jogging
en short sur l’avenue Hayarkon, la
promenade du front de mer. Le
ciel est limpide, il fait 20 degrés, ce
lundi 6 janvier. Elles longent à
moins de deux mètres une haie
humaine formée de visages noirs :
des milliers d’Africains ont pris
possession du trottoir, disciplinés,
y compris pour reprendre à l’unisson des slogans répétés pendant
des heures : « Liberté, liberté ! Plus
de prisons! »
Le regard des joggeuses et des
automobilistes,qui longent au pas
cettefouleessentiellementmasculine, ne s’attarde pas : deux mondes aux antipodes l’un de l’autre.
Les Africains sont des réfugiés, originaires à plus de 90 % du Soudan
et d’Erythrée, entrés clandestinement en Israël par le Sinaï égyptien,avantquela barrièredesécurité qui court maintenant sur les
240 kilomètres de la frontière n’interdise toute infiltration. Leur
errance s’est achevée dans le parc
Lewinsky de Tel-Aviv, la ville-symbole du dynamisme économique
d’Israël qui les attire.
La foule de quelque 3 000 réfugiés s’allonge sur l’avenue baignée
de soleil ; se concentre face aux
ambassades des Etats-Unis et de
France. Plus tard, des délégations
serendrontdevantd’autresambassades, ainsi que devant les
bureaux du Haut-Commissariat
des Nations unies pour les réfugiés
(HCR), de l’Union européenneet de
l’Union africaine, pour y remettre

une pétition. « Nous faisons appel
à vous pour soutenir activement
notre lutte pour nos droits de réfugiés. Environ 50 000 demandeurs
d’asile africains et réfugiés vivent
enIsraël.Nous avonsfui lespersécutions, la conscription militaire forcée, la dictature, les guerres civiles
et le génocide. Au lieu d’être traités
en réfugiés par le gouvernement
d’Israël, nous sommes traités comme des criminels», indique le texte
de la pétition.
Il aura fallu unelongue négociation avec la police pour que l’Erythréen Filemon Rezeme et le
Soudanais Kunda puissent, au
nom de leurs camarades rassemblés dans un sit-in compact, franchir le cordon de sécurité et remettre leur requête à une diplomate
américaine. Ils attendaient aussi
que les caméras soient là : « Nous
voulons attirer l’attention de la
communauté internationale »,
explique Filemon Rezeme devant
les micros.
La veille, plus de 20 000 Africains s’étaient massés sur la place
Rabin de Tel-Aviv et une grève de
trois jours avait été lancée par tous
les réfugiés africains qui occupent
des petits boulots dans les restaurants et hôtels de Tel-Aviv.
Au cœur de leurs revendications, l’abrogation de l’« amendement scélérat » voté le 10 décembre 2013 par la Knesset, le Parlementisraélien,enréponse à ladécision de la Cour suprême de déclarer inconstitutionnelle la loi permettant d’incarcérer sans jugement pendant trois ans des
migrants illégaux.
Désormais, ceux-ci seront détenus dans des centres « ouverts »
(comme celui de Holot, dans le
Néguev) ou « fermés » (la prison de

Manifestation de migrants africains devant l’ambassade américaine à Tel-Aviv, le 6 janvier. BAZ RATNER/REUTERS

Saharonim). Dans les premiers, la
durée de la détention est sans limite ; dans les seconds, leur emprisonnement ne pourra dépasser un
an.
Israël,a souligné,lundi,le ministère des affaires étrangères, est
dans une position « bien plus complexe que celles des autres pays
développés » pour lutter contre
l’immigration clandestine, puisqu’il a une frontière terrestre avec
l’Afrique.Il s’efforcedonc de «trouver un équilibre» entre la nécessité
de contrôler celle-ci et « de protéger les droits de l’homme de ceux
qui entrent » sur son territoire.
Droits de l’homme?
Bsow, un Soudanais âgé de
30 ans, raconte son histoire, semblableà celled’autresrécits de réfugiés. Il est arrivé en décembre 2011,
après un périple éprouvant à travers le Sinaï, marqué par les exactions et le racket organisé par les

tribus bédouines. Cueilli par l’armée israélienne, il est resté dixsept jours à la prison de Saharonim, dont les organisations de
défense des droits de l’homme ont
dénoncé les conditions de détention. Il a eu de la chance : « Je

«Au lieu d’être traités
en réfugiés, nous
sommes traités en
criminels», peut-on
lire sur la pétition
des manifestants
connais des gens qui y sont restés
deux ans », insiste-t-il.
Bsow nous montre le certificat
de « libération conditionnelle »
qu’il a obtenu des autorités israéliennes. Plus tard, il a trouvé un
emploi de serveur dans un restau-

Le milliardaire Andrej Babis, homme fort du prochain
gouvernement de coalition en République tchèque

Bohuslav Sobotka dirigera un exécutif associant sociaux-démocrates, populistes et centristes
Prague
Correspondant

A

ndrejBabis,deuxièmefortune tchèque, ne voulait pas
entrer en politique. Cet
homme d’affaires, à la tête d’un
empire de plusieurs centaines
d’entreprises de l’agroalimentaire, de la chimie et du bois, a fondé en 2011 le mouvement ANO
(pour Action des citoyens mécontents, mais qui signifie aussi
« oui » en tchèque), « car il ne supportait plus d’entendre les politiques mentir et la gabegie qu’ils
entretenaient».
Ilsouhaitaitresterdans l’opposition afin de ne pas répéter l’erreur
de jeunes et petits partis tchèques
propulsés dans le passé aux affaires et qui ont disparu avant même
la fin d’une législature. Mais après

une campagne efficace et populiste, il a obtenu 20 % des suffrages
lorsdesélectionslégislativesanticipées d’octobre 2013, un point et
demide moins que le vainqueur, le
Parti social-démocrate (CSSD) de
Bohuslav Sobotka. M. Babis, 59 ans,
a donc dû accepter de participer à
une coalition gouvernementale et
il a joué un rôle-clé dans la composition du gouvernement.
Lundi 6 décembre, les deux
chefs de parti ont signé un accord
de gouvernement et sont convenusdela compositiond’ungouvernement dominé par le centre gauche auquel participe aussi l’Union
chrétienne-démocrate (KDU), qui
compte 13 députés au Parlement
(contre 50 sièges au CSSD et 47 au
mouvement ANO).
Et M. Babis, qui n’envisageait
pas de devenir ministre, s’apprête

La Lettonie désigne une femme premier ministre
Le président letton, Andris Berzins, a chargé, lundi 6 janvier,
Laimdota Straujuma, une économiste de 62 ans, de former un
nouveau gouvernement de coalition. Mme Straujuma deviendra
ainsi la première femme chef du
gouvernement de ce pays balte
de 2 millions d’habitants, membre de la zone euro depuis le
1er janvier. « J’ai confiance dans
le fait que cette coalition de centre droit pourra travailler de
façon efficace », a-t-elle déclaré,
entourée de représentants des
quatre partis de sa coalition

qu’elle dirigera jusqu’aux élections d’octobre. Mme Straujuma,
dont les médias soulignent la
ressemblance avec Angela Merkel, était ministre de l’agriculture depuis 2011. Elle a rejoint
dimanche le parti Unité (centre
droit) pour être son candidat
officiel. Sa désignation intervient après la démission, le
27 novembre 2013, du premier
ministre Valdis Dombrovskis,
qui avait endossé la responsabilité de l’effondrement du toit d’un
supermarché de Riga. 54 personnes avaient été tuées.

à prendre le portefeuille des finances. « Il va falloir que j’apprenne
comment fonctionne l’administration, et le ministère en particulier,
tout comme l’élaboration du budget », a confié le milliardaire aux
journalistes lors d’une conférence
de presse. « Je n’ai jamais exercé
dans la fonction publique et tout
cela sera nouveau pour moi », a-t-il
même ajouté.

Résistances du président
M. Babis aura peu de temps
pour « apprendre », car il devra
rapidement redresser la situation
économique du pays et composer
avec la récente dévaluation de la
couronne tchèque, décidée sans
consultation par la Banque nationale. Il lui faudra aussi réaliser des
prouesses pour maintenir le déficit budgétaire dans la limite de 3 %,
comptetenudesgénéreusesmesures sociales prévues par l’accord de
gouvernement, qui exclut toute
augmentation d’impôts.
M. Babis a en effet contraint les
sociaux-démocrates à renoncer à
deshaussesde taxespour les entreprises (en particulier les banques
et les opérateurs téléphoniques,
très rentables) et les hauts salaires
pourfinancer la relance.En contrepartie, il a dû a accepter d’augmenter les retraites, les salaires dans la
fonction publique, le salaire minimum ou de baisser les impôts des
familles avec deux enfants et plus.
Le ministre des finances devra
créer en 2015 un second taux de
TVA réduit à 5 % pour quelques

produits (livres, médicaments,
couches,etc.).
M. Babis est convaincu qu’il
sera possible de financer toutes les
dépenses et niches budgétaires
supplémentaires grâce à une
meilleure gestion et une lutte efficacecontre le clientélismeet la corruption. La lutte contre la gabegie
étatique a été le cheval de bataille
de sa campagne et lui a valu son
succès auprès des électeurs, et le
milliardaire n’acceptera d’augmenter les impôts que lorsque la
gestion du budget aura été assainie. Ambitieux programme.
La question des hausses d’impôts est l’un des points faibles de
cette coalition hétéroclite qui s’appuie néanmoins sur une confortable majorité à la Chambre.L’avenir
ministériel de M. Babis reste suspendu à son passé. Cet ancien
membre de l’aristocratie rouge est
soupçonné d’avoir informé la Stasi locale, ce qu’il dément.
La nomination de la nouvelle
équipe gouvernementale est entre
les mains du président Milos
Zeman, qui fait de la résistance et
n’a annoncé aucun calendrier.
Après avoir tenté d’empêcher
M.Sobotka (42 ans) de devenir premier ministre en soutenant un
putschavortéà l’intérieurduCSSD,
M. Zeman rechigne dorénavant à
nommer plusieurs des ministres
proposés par la coalition car, selon
lui,«ils ne sontpas desspécialistesà
leur place » ou tout simplement
par animosité personnelle. p
Martin Plichta

rant de Tel-Aviv. Comme lui, des
milliers de Soudanais et d’Erythréens peuplent les quartiers
sud de la deuxième ville d’Israël,
suscitantune hostilité grandissante de la population blanche.
Le certificat de libération conditionnelle doit être renouvelé tous
les deux mois par le ministère de
l’intérieur. Parfois il ne l’est pas, et
le risque est grand d’être interpellé
par la police et reconduit à Saharonim. « Nous demandons la libération de tous les prisonniers, insistent Bsow et Kunda, et le respect
d’un minimum de droits de l’homme : nous n’avons pas de droits
sociaux, pas de permis de travail,
pas d’assurance-santé, pas d’existencelégale et nos enfantsne peuvent aller à l’école ! »
Protégés du risque d’expulsion,
puisqu’Israël n’a pas de relations
diplomatiques avec le Soudan et
l’Erythrée, les réfugiés ne peuvent

davantage espérer obtenir le droit
d’asile. « Toutes les demandes sont
traitées », assure le ministère des
affaires étrangères, sans mentionner qu’aucune d’entre elles n’a été
acceptée depuis trois ans !
Pour impressionnante qu’elle
soit, la mobilisation des quelque
53 600 réfugiés africains (selon les
chiffres officiels) résidant en Israël
ne fera pas bouger d’un iota la
détermination du gouvernement
israélien.
Le premier ministre, Benyamin
Nétanyahou, l’a réaffirmé lundi :
« Les protestations et les grèves ne
changeront rien. En 2013, nous
avons expulsé 2 600 infiltrés, soit
six fois plus que l’année précédente. Cette année, nous en expulserons davantage.» Il ne s’agit pas de
réfugiés, a-t-il proclamé, mais de
« travailleurs migrants illégaux
qui seront traduits en justice ». p
Laurent Zecchini

SYRIE

Les quatreotagesfrançaissont
détenuspar lesdjihadistesd’EIIL

PARIS. Le sort des otages français en Syrie se précise. Interrogé à
l’occasion de la soirée de solidarité avec les journalistes otages en
Syrie, lundi 6 janvier à la Maison ronde de Radio France à Paris,
Peter Bouckaert, directeur des urgences de l’ONG Human Rights
Watch, a déclaré que « les quatre journalistes sont entre les mains
de l’Etat islamique en Irak et au Levant [EIIL] ». Didier François
(grand reporter à Europe 1) et Edouard Elias (photographe) sont
retenus en Syrie depuis 213 jours, Nicolas Hénin (Le Point, Arte) et
Pierre Torres (photographe indépendant) depuis 197 jours.
Une grande offensive, menée par l’Armée syrienne libre et des
groupes islamistes plus modérés, est en cours depuis vendredi
contre EIIL, principal groupe djihadiste, qui a subi de graves
défaites ces trois derniers jours.
Une cinquantaine de prisonniers, tous Syriens, ont été libérés
lundi des geôles de l’Etat islamique. Mais aucun étranger n’a été
retrouvé. La chute d’autres villes et villages aux mains de l’EIIL
s’est accompagnée de massacres de prisonniers, sans que ces
informations, recueillies par l’intermédiaire de militants
syriens, puissent être vérifiées. p Christophe Ayad

ESPAGNE

Unefilledu roi d’Espagne
miseenexamen

MADRID. L’infante Cristina, la seconde fille du roi d’Espagne
Juan Carlos, a été mise en examen pour blanchiment de capitaux
et fraude fiscale dans le cadre de l’enquête pour corruption qui
vise son époux, Iñaki Urdangarin. Le juge l’a convoquée pour
une audition le 8 mars. Iñaki Urdangarin est accusé par la justice
d’avoir utilisé son appartenance à la famille royale pour obtenir
des financements publics des gouvernements régionaux de
Valence et des Baléares en contrepartie de prestations largement
fictives. L’enquête de la justice espagnole porte sur 5,8 millions
d’euros perçus par l’Institut Noos, très lié au gendre du roi. Le
juge soupçonne une implication de l’infante Cristina dans la gestion de ces fonds litigieux à travers la société Aizoon, qu’elle détenait avec son époux. p

Cuba Les interpellations d’opposants en hausse

LA HAVANE. La Commission cubaine pour les droits de l’homme
et la réconciliation nationale, qui n’est pas reconnue par le pouvoir, a dénoncé, lundi 6 janvier, la répression de l’opposition par
la multiplication des arrestations de courte durée. En 2013, la
Commission a enregistré 6 424 interpellations pour motifs politiques contre 2 000 en 2010. – (EFE.)

4

0123

international & planète

Mercredi 8 janvier 2014

Affaibli par les luttes internes, le premier
ministre turc s’attaque à la justice
Recep Tayyip Erdogan n’exclut pas de faire rejuger les militaires condamnés pour complot
Istanbul
Correspondance

Les associations écologistes pointent la
passivité de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande
Sydney
Correspondance

E

n invitant les militaires dans
lejeu, Recep TayyipErdogana
donné un nouveau tour à la
crise politique qui ébranle le pouvoir en Turquie. Des centaines d’officiersdel’arméeturque,emprisonnés depuis 2008 pour une série de
complots présumés contre le gouvernement islamo-conservateur,
et condamnés à de lourdes peines,
pourraient en effet être rejugés, si
l’on en croit les déclarationsdu premier ministre, dont plusieurs proches se trouvent à leur tour dans le
collimateur de la justice pour une
retentissante affaire de corruption
et de blanchiment. « L’idée d’un
nouveau procès ne nous pose pas
problème,à conditionqu’il y ait une
base légale. Nous sommes prêts à
faire notre possible », a confirmé
M.Erdogan dimanche 5 janvier.
L’annoncea redonné espoir aux
familles des prisonniers de l’immense pénitencier de Silivri, dans
la banlieue d’Istanbul, qui dénoncent delonguedate une purgepolitique de la part du Parti de la justice et du développement (AKP,
islamo-conservateur, au pouvoir)
et une procédure bâclée fondée
surdes preuvesfabriquées.Lespartisans de la confrérie de Fethullah
Gülen, qui mènent la fronde judi-

LesJaponaisaccusés
dechasserla baleine
dansun sanctuaireaustral

S

Un prisonnier d’Ergenekon emmené dans un véhicule blindé de la police, le 5 août 2013, à Istanbul. O. KOSE/AFP

ciaire contre le premier ministre
et son entourage dénoncent, eux,
un contre-feu pour détourner l’attention des affaires de corruption.
Le premier ministre turc a violemment attaqué le système judiciaire, accusé de mener « une sale
opération», d’abriter «un Etat dans
l’Etat » et d’être noyauté par des

De l’affaire Ergenekon au procès Balyoz
Juin 2007 Découverte d’une
cache d’armes à Istanbul, marquant le début de l’affaire Ergenekon.

21 septembre 2012 325 officiers
de l’armée sont condamnés à des
peines de 12 à 20 ans de prison
dans l’affaire Balyoz.

Juillet 2008 Début de l’instruction du dossier Ergenekon, un
réseau militaro-putschiste
influent dans les rouages de l’Etat
(armée, police, justice) et dans
les médias.

5 août 2013 Le verdict tombe
pour 275 accusés du procès Ergenekon. 254 sont condamnés à
des peines allant de 2 ans à la perpétuité et 21 sont relaxés. La
défense a fait appel.

Janvier 2010 Le quotidien Taraf
reçoit une valise de documents et
révèle l’affaire Balyoz, un plan présumé de coup d’Etat imaginé en
2003.

9 octobre 2013 La Cour suprême
approuve le jugement de l’affaire
Balyoz qui condamne 237 personnes, dont de nombreux militaires,
pour « tentative de complot ».

À LA HAUTE COUR DE JUSTICE
DIVISION DE LA CHANCELLERIE
TRIBUNAL DES SOCIÉTÉS

N° 5125 / 2013

DANS L’AFFAIRE CONCERNANT
METLIFE INSURANCE LIMITED
METLIFE EUROPE INSURANCE LIMITED

- et -

PORTANT SUR LA LOI DE 2000 SUR LES SERVICES ET
MARCHÉS FINANCIERS
AVIS

Avis est par les présentes donné, conformément à l’article 114 de la Financial
Services and Markets Act 2000, la loi de 2000 relative aux services et marchés
financiers (« la Loi »), qu’en date du 13 décembre 2013, une Ordonnance a été
rendue par la Haute Cour de Justice d’Angleterre et du pays de Galles en vertu
de l’article 111 de la Loi, sanctionnant un projet de transfert de la totalité de
l’activité d’assurance de MetLife Insurance Limited à MetLife Europe Limited
et MetLife Europe Insurance Limited. Ce transfert a pris effet le 1e 1 janvier 2014.
À la suite du transfert, certains titulaires d’assurance n’auront plus le droit de se
prévaloir du United Kingdom Financial Services Compensation Scheme («
FSCS »), le régime d’indemnisation du secteur financier en application au
Royaume-Uni. Pour tout renseignement complémentaire concernant le FSCS,
les titulaires d’assurance sont libres de consulter le site Internet à l’adresse
www.fscs.org.uk.
Les titulaires d’assurance résidents d’un des pays de l’EEE suivants, à savoir
l’Autriche, la France, la Grèce, la Belgique, la Pologne ou à Jersey et qui n’ont
plus le droit de se prévaloir du régime FSCS, peuvent, s’ils le souhaitent, résilier
leur police sans pénalité dans les 60 jours (ou dans les 3 mois pour les titulaires
d’assurance polonais) à compter de la date de publication du présent avis, ou le
cas échéant pendant une période plus longue, et à des conditions plus
avantageuses dès lors où la loi de l’État de l’EEE visé au paragraphe ci-dessus
le permet.
En sus du droit de résiliation susmentionné, lorsque, s’agissant d’une police
incluse dans le transfert prouvant l’existence d’un contrat d’assurance, l’État du
risque est un État de l’EEE autre que le Royaume-Uni (conformément aux
conditions définies dans la Loi ou aux fins d’application de la Loi) et que le
titulaire d’assurance est en droit de résilier sa police suite au transfert en vertu
de la loi de l’État de l’EEE concerné, cette police peut être résiliée durant les 60
jours qui suivent la date de publication du présent avis, ou le cas échéant pendant
une période plus longue, et à des conditions plus avantageuses dès lors que la loi
de l’État de l’EEE concerné en dispose ainsi. En ce qui concerne la Pologne, le
délai de résiliation applicable est de trois mois à compter de la date de
publication du présent avis.
Afin d’exercer l’un quelconque de ces droits de résiliation, les titulaires
d’assurance sont invités à écrire au Part VII Communications Manager auprès
de MetLife à l’adresse ci-dessous.
Daté le : 7 janvier 2014
Part VII Communications Manager
CMS Cameron McKenna LLP
MetLife, Level 50
Mitre House
One Canada Square
160 Aldersgate Street
London E14 5AA
Londres EC1A 4DD
Royaume-Uni
Royaume-Uni
Tél. : +44 (0) 207 367 3000
Les avocats de MetLife Insurance Limited, MetLife Europe Limited et de
MetLife Europe Insurance Limited.

magistrats séditieux favorables au
mouvement Gülen. Le nouveau
ministre de la justice, Bekir Bozdag,
a laissé entendre qu’il pourrait initier une procédure de révision des
procès contre les militaires, qualifiés d’« injustes».
La stratégie du gouvernement
étonne. M. Erdogan avait fait de la
purge de l’armée l’une de ses priorités en arrivant au pouvoir. Les
affaires Ergenekon, une cellule
militaro-nationaliste au sein de
l’Etat démantelée à partir de 2007,
et Balyoz, du nom d’un plan présumé de coup d’Etat en 2003, ontpermis la mise au ban de centaines
d’officiers, marquant ainsi la
revanche des islamistes sur l’aile
nationaliste de l’armée.
Ces procès-fleuves devant des
cours pénales à compétence spéciale chargées des affaires antiterroristes ont mis en évidence l’instrumentalisation politique de la
justice. Contre les militaires, mais
aussi contre les journalistes d’opposition, les avocats, les militants
kurdes et plus récemment contre
les manifestants de la place Taksim, dont plusieurs dizaines ont
été inculpés pour « terrorisme».
Le président de l’Union des barreaux de Turquie, Metin Feyzioglu, a dénoncé l’existence d’une
véritable« justiceparallèle»,disposant de « pouvoirs excessifs et arbitraires ». Lors d’une entrevue avec
M. Erdogan, lundi, il a réclamé
l’abolition des cours spéciales.
L’état-major des armées a déposé, la semaine dernière, un recours
pour que soient rejugés ses officiers. Les preuves retenues, prétend-il, manqueraient de crédibilité. « Si le premier ministre, le ministre de l’intérieur disent qu’il existe
un Etat parallèle au sein de la justice et que les forces armées ont été

victimes d’un complot, il est impossible de l’ignorer», a déclaré M. Feyziogluaprèsavoirrencontréleprincipal détenu dans l’affaire Ergenekon, l’ancien chef d’état-major
Ilker Basbug. « Deux belles années
volées à ma vie, à ma famille et à
mes proches », a estimé l’ex-général dont la demande de remise en
liberté a été rejetée lundi.
Les adversaires de M. Erdogan
dénoncent une tentative de diversion. Après avoir décapité l’armée
grâce au soutien du mouvement
Gülen, le premier ministre aux
abois serait-il tenté de s’allier aux

M. Erdogan a accusé
le système judiciaire
d’abriter
«un Etat dans l’Etat»
militaires pour neutraliser la
confrérie et conserver la mainmise sur les tribunaux ? « S’il peut
mettre en évidence la fabrication
et la manipulationdepreuves dans
cesprocès, alorsil discréditeradirectementle mouvementGülen», estime l’analyste Gareth Jenkins, qui
fut l’un des premiers à souligner
les failles du dossier Ergenekon.
Car après avoir été longtemps
aux mains des militaires qui
contrôlaient les hautes cours jusqu’en 2008, la justice turque est
l’objet d’une nouvelle bataille
entre les deux forces dominantes
de la mouvance islamiste. Les partisans de M. Gülen qui ont subi
dans les années 1990 la répression
de l’armée ont fortement soutenu
les grands procès pour complots,
notamment dans les colonnes de
leurjournal, Zaman. Ils s’opposent
à présent à leur réouverture. p
Guillaume Perrier

urle Nisshin-Maru, trois cadavres de baleines de Minke
gisent sur le pont. Plus loin, le
sol est recouvert de sang et des restes d’un quatrième animal, probablement de la même espèce, qui
vient juste d’être dépecé. Quelques marins sont en train de nettoyer la scène. Pour les baleiniers
japonais, partis du port de Shimonoseki (sud-ouest du pays) début
décembre 2013, la chasse est de
nouveau ouverte.
Ces images ont été filmées
dimanche5 janvier depuis un hélicoptère de l’ONG Sea Shepherd,
qui lutte depuis une dizaine d’années contre les baleiniers japonais.
Ses militants affirment avoir surpris la flotte japonaise près des îles
Balleny,surle cerclepolaireantarctique, au cœur du sanctuaire baleinier de l’océan Austral, une aire
marine de 50 millions de km² dans
laquelle toute pêche commerciale
à la baleine est bannie.

« Expéditions scientifiques »
Depuis, les trois navires de Sea
Shepherd ont donné la chasse à la
flotte japonaise sur près de
600km, la repoussant au nord du
60e parallèle, en dehors du sanctuaire. « Il n’y a pas eu de contact
direct », assure Bob Brown, président de la branche australienne de
SeaShepherd,quicoordonne l’opération. Confrontés aux militants
écologistes, les baleiniers choisissent le plus souvent la fuite : « Ils
veulent éviter qu’on prenne des
images honteuses d’eux », explique l’ancien sénateur des Verts.
Cet épisode n’est que le début
d’un jeu de cache-cache entre les
deux flottes qui devrait durer jusqu’enmars,quandlafindel’étéaustral rendra impossible la pêche
dans ces mers. Le Nisshin-Maru et
les autres vaisseaux japonais repiquerontsansdouteverslesuddans
lesprochainsjours,espérantéchapper à la vigilance des militants de
Sea Shepherd et se donner ainsi le
temps de pêcher d’autres baleines.
Les confrontations entre l’ONG
et les chasseurs ont parfois tourné
à l’affrontementviolent ces derniè-

res années, sans faire de victime,
mais avec l’utilisation de canons à
eau, le jet de fumigènes ou d’acide
butanoïque (substance non toxique, mais très malodorante) ou
encore la dégradation des propulseurs des bateaux.
Pourjustifierl’envoidecesbaleiniers, le Japon affirme qu’il s’agit
d’expéditions scientifiques, non
concernées par le moratoire sur la
pêche à la baleine. Selon Tokyo, les
recherches ainsi menées permettraientdemieuxconnaîtrelesbaleines et d’améliorer leur protection.
Maisl’ampleurdecettepêche–l’objectif est de capturer jusqu’à
935 baleines de Minke et jusqu’à
50rorquals d’ici au mois de mars –,
la mise à mort systématique des
individus et la commercialisation
deleur viandemettenten doutecet
objectif.«La prétendue pêchescientifique à la baleine du Japon n’est
pasdutoutscientifique»,ajugélundi Murray McCully, ministre néozélandais des affaires étrangères.
En juin2013, son pays s’est joint
à une plainte de l’Australie auprès
de la Cour internationalede justice,
qui vise à établir le caractère non
scientifique de la pêche japonaise,
laquelle aurait entraîné la mort de
10 000 rorquals depuis 1987. La
décision de La Haye est attendue
danslesprochainsmois,maisinterviendra sans doute après la fin de la
saison. Misant sur cette procédure
et sur la diplomatie, Wellington
refuse d’intervenir et d’envoyer
des navires intercepter les baleiniers japonais dans les eaux internationales. Dans l’immédiat,
M.McCully a seulement réitéré son
« appel au Japon pour arrêter son
programme de pêche à la baleine».
A Canberra, Greg Hunt, ministre australien de l’environnement,
n’a pour le moment pas réagi. Il
s’était pourtant engagé, à l’été
2013,durant la campagne électorale,à envoyer unvaisseauafind’empêcher la chasse à la baleine. Mais,
la Royal Australian Navy est
concentrée au nord du pays pour
lutter contre l’immigration clandestine et M. Hunt a finalement
annoncéen décembre l’envoi d’un
avion patrouilleur. Les ONG ne
l’ont pas encore vu. p
Colin Folliot

Sanctuaire baleinier de l’océan Austral
Equateur
OCÉAN PACIFIQUE

AUST R A L I E

40 e parallèle
N O UV E L L EZÉLANDE

60 e parallèle

Iles Balleny
A n t a rc t i q u e

Angela Merkel contrainte au pilotage à distance

A

peine formé, le nouveau
gouvernement allemand a
connu un faux départ lundi
6janvier. Ce jour qui devait marquer l’entrée en fonction effective
de la nouvelle équipe Merkel a été
dominé par une annonce qui a
pris tout le monde de court. Victime d’une chute en ski de fond,
Angela Merkel souffre d’une fêlure au bassin qui nécessite « qu’elle
reste le plus longtemps possible
allongée» durant trois semaines,
a expliqué son porte-parole.
Steffen Seibert avait manifestement comme consigne de relativiser l’événement. Il ne faut surtout
pas laisser penser que Mme Merkel
est incapable de remplir sa mission. La chancelière va « se concentrer sur un nombre réduit de rendez-vous à la chancellerie et à Berlin [et] accomplira le reste de son

travail chez elle», a ajouté le porteparole. Steffen Seibert n’a donné
aucun détail. Ni la date, ni le lieu,
ni les circonstances de l’accident
n’ont été rendus publics. On sait
juste que la chancelière était en
vacances en Suisse, dans les Grisons. Angela Merkel « a d’abord
cru qu’il ne s’agissait que d’une
contusion, même si la blessure
était déjà très douloureuse, mais
vendredi, elle a appris (…) qu’il
s’agissait d’une fêlure. Elle suit
donc les conseils des médecins
pour une guérison optimale», a
souligné M.Seibert.
Même si Angela Merkel entend
travailler de chez elle et se rendre
à la chancellerie lorsque c’est indispensable, notamment pour présider le conseil des ministres mercredi 8 janvier, il va être difficile
de laisser croire que son accident

constitue un non-événement. La
chancelière a d’ores et déjà annulé
plusieurs rendez-vous.

Premières difficultés
Elle ne se rendra pas à Varsovie
mercredi comme prévu initialement et, signe que la douleur doit
être vive, elle ne recevra pas le lendemain à la chancellerie le nouveau premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel. De
même, le nouveau président des
patrons allemands, Ingo Kramer
(BDA), attendra avant d’être reçu.
Cet incident intervient alors
que la grande coalition entrée en
fonction le 17 décembre connaît
ses premières difficultés. La libre
circulation des Bulgares et des
Roumains dans l’Union européenne depuis le 1er janvier a provoqué
des tensions entre l’Union chré-

tienne-sociale (CSU) bavaroise,
qui dénonce « ceux qui veulent
profiter du système social allemand» et le Parti social-démocrate (SPD). La conservation des données numériques oppose déjà le
ministre de la justice, Heiko Maas
(SPD), et son collègue de l’intérieur, Thomas de Maizière (Union
chrétienne-démocrate, CDU).
Dans cette période de mise en
route du gouvernement, Angela
Merkel souhaite d’autant moins
rester en retrait qu’en cas d’indisponibilité, c’est le vice-chancelier
qui assure l’intérim et préside le
conseil des ministres. Mme Merkel
n’entend manifestement pas faire
ce cadeau à son nouveau numéro
deux, Sigmar Gabriel, ministre de
l’économie et président du SPD. p

Frédéric Lemaître
(Berlin, correspondant)

france

0123

Mercredi 8 janvier 2014

5

L’UMP embarrassée par le virage de M.Hollande

En tendant la main aux entreprises lors de ses vœux, le chef de l’Etat a semé le trouble au sein du parti de droite

P

our une fois, on ne les a pas
entendus. D’habitude, à chaque discours de François Hollande, les responsables de l’UMP se
précipitent dans les médias pour
condamner son intervention. Là, la
droite est restée sans voix. Aucun
leader ne s’est élevé contre le « pactederesponsabilité»pourlesentreprises proposé par le chef de l’Etat
lors de ses vœux télévisés, le
31décembre. Il a fallu une semaine
avantquedesténorsdupartiréagissent,tel Jean-PierreRaffarin.Leprésident du parti, Jean-François Copé,
n’a prévu de s’exprimer que mercredi sur ce pacte, qui consistera à
proposerauxentreprisesdesréductions de charges et une simplification administrative contre des
embauches et plus de dialogue
social.
Et pour cause: en assumant une
politique sociale-démocrate, voire
sociale-libérale, le président a coupé l’herbe sous le pied de l’UMP.
Moins de charges sur les entreprises, moins de dépenses publiques,
moins d’impôts… Le nouveau programmeéconomiquedeM.Hollande colle aux revendications du parti de droite, qui avait acté cette
orientation libérale lors de son
séminaire de travail, le 18 décembre. «Il est urgent de baisser drastiquement les impôts, les charges
sociales et la dépense publique, de
supprimer sans trembler toutes les
réglementations absurdes », répétait encore M. Copé le 30décembre,
lors de ses vœux aux Français. Sans
imaginer que le chef de l’Etat prendraitdes engagementsdans ce sens
le lendemain.

Une politique de l’offre
En assumant un « socialisme de
l’offre», François Hollande a moins
cherché à piéger l’opposition qu’à
relancer l’emploi. Il n’empêche :
son discours a déstabilisé la droite,
qui ne s’attendait pas à entendre le
président tenir des propos ressemblant à ceux de MM. Copé ou Fillon.
«Si on fermait les yeux en écoutant
FrançoisHollande,onauraitpucroire à celui d’un leader de droite,
remarque le politologue Jérôme

M. Copé répondra mercredi
aux vœux du président
Silencieux lors de la trêve des
confiseurs, Jean-François Copé
et François Fillon effectueront
leur rentrée de manière séparée.
Le président de l’UMP tiendra
une conférence de presse mercredi matin au siège parisien du
parti, lors de laquelle il devrait
répondre aux mesures proposées par François Hollande à l’occasion de ses vœux télévisés. De
son côté, l’ancien premier ministre organisera un meeting le
15 janvier, à la Maison des Polytechniciens, à Paris, où il compte réunir ses proches.

Jean-Pierre Raffarin, François Fillon, Jean-François Copé et Alain Juppé au siège de l’UMP, le 18 décembre 2013. MARTIN BUREAU/AFP

Fourquet, sondeur à l’IFOP. C’est
notamment le cas quand il évoque
les économies nécessaires, en se
disant convaincu qu’on peut faire
mieux avec moins, alors que la gauche réclame traditionnellement
plus de moyens. Idem lorsqu’il pointe les “abus” et les “excès” de la Sécurité sociale, cela rappelle le discours
anti-assistanat de l’UMP.»
Reprendre des propositions du
camp adverse rappelle la stratégie
de la triangulation utilisée par le
candidat Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007. L’ancien ministre du budget, Eric
Woerth,s’étonnede voir M.Hollandeinvestiraussifranchementleterrain de la droite. « Baisser les charges des entreprises,mettrele paquet
pour la compétitivité et assumer

une politique de l’offre, c’est notre
politique! Cela correspond au programme de Nicolas Sarkozy.»
Compliqué alors, pour l’UMP, de
trouverletonappropriépourriposter…«Ladroiteestgênéeauxentournures car elle se retrouve privée de
son angle de tir favori, qui consiste à
critiquer une gauche dépensière,
incapable de rétablir les comptes
publics autrement qu’en augmentant massivement les impôts »,
observe Jérôme Fourquet. L’UMP se
retrouve face à un problème stratégique: soit elle approuve – dans la
foulée du Medef – le cap fixé par
M.Hollande, en se disant vigilante
sur l’application des annonces, soit
elle le rejette d’un revers de la main,
au risque d’être perçue comme une
opposition caricaturale.

Le «pactede responsabilité»
laisseles syndicatsen ordredispersé

Réunis lundi 6janvier, les grandes centrales ont constaté leurs divisions
après la main tendue aux entreprises par le président de la République

D

ubitatifs sur le « pacte de
responsabilité » proposé
par François Hollande aux
entreprises, les syndicats sont
dans l’incapacité d’adopter une
position commune. Lundi 6 janvier, la CGT, la CFDT, la CFTC, la FSU
et l’UNSA se sont réunies pour
adopter, conformément à ce qu’elles avaient décidé le 25 novembre
2013, des revendications communes. Mais elles ont constaté leur
absence d’accord sur l’initiativedu
président de la République.
A l’exception de la CFTC – dont
le président, Philippe Louis, juge
que « la période n’est pas propice à
des manifestations communes» et
qui met en avant « beaucoup de
sujets où nous sommes opposés les
uns aux autres » –, la CGT, la CFDT,
la FSU et l’UNSA devraient finaliser le 13 janvier une déclaration
commune dont les grands axes
ont été posés. Elle mettra en avant
la demande de mise en œuvre
d’un plan européen d’investissements préconisée par la Confédération européenne des syndicats
(CES) à laquelle appartiennent la
CGT, la CFDT, la CFTC et l’Unsa.
Les quatre syndicats devraient
préconiser une négociation sur
l’emploi des jeunes et des seniors.
« Il y aura des positions communes,
a indiqué Véronique Descacq,
secrétaire générale adjointe de la
CFDT, sur l’emploi, les classifica-

tions des rémunérations, la conditionnalité des aides fiscales et la fiscalité. » Chaque organisation
devait trouver les bases d’une proposition commune sur chaque
sujet, la CFDT sur la fiscalité, l’UNSA sur l’emploi,la CGT sur les salaires.«La CGT, souligneunresponsable syndical sous couvert d’anonymat, n’a rien fourni. Elle est dans les
choux. On a un gros maillon faible
dans l’histoire, c’est la CGT. Elle ne
saitpas oùelle habiteet elleestincapable d’assumer une ligne. »

« Mano a mano »
L’épisode de l’accord sur la formation – où la direction de la CGT,
favorable à la signature, a plié
devant le refus de sa délégation – a
pesé lourdement dans la réunion
du 6 janvier. Alors que la commission exécutive de la centrale doit
entériner, mardi 7 janvier, ce refus
de signer, la CGT a déjà décidé
d’une journée d’actions le
6 février. La CFDT et l’UNSA ne lui
emboîteront pas le pas, de même
que la CFTC qui, pour autant, n’a
pas quitté l’intersyndicale.
Sur le pacte de responsabilité,
Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, a marqué ses réserves, se déclarant hostile, lundi sur
France Info, à un « mano a mano
entre le gouvernement et le patronat.» « Un pacte de responsabilité,
a-t-il souligné, ce n’est pas pleurni-

cher d’un côté et demander des
aides et ne pas s’engager de
l’autre. » M. Berger, qui souhaite
que les syndicats soient associés à
des négociations, a réclamé des
contreparties, « d’abord en direction des salariés sur la qualité des
emplois proposés, la baisse de la
précarité, sur l’embauche des jeunes, le type de contrat » ainsi que
sur les salaires et l’investissement.
L’Unsa juge, de son côté, qu’un
« pacte équilibré pour l’emploi »
nécessite des « contreparties indispensables pour les salariés et les
moyens de les faire respecter. »
Dans L’Humanité du 6 janvier,
Mohammed Oussedik, secrétaire
de la CGT, a réclamé le droit pour le
comité d’entreprise de suspendre
les aides aux entreprises « quand
elles sont mal utilisées. »
Très critique, Jean-Claude
Mailly, le secrétaire général de FO,
ne cache pas son inquiétude. « Ce
sont des annonces dangereuses,
déclare-t-il au Monde. Je ne sais pas
s’il s’agit d’un socialisme de l’offre
mais il y a une accentuation d’une
politique économique de l’offre
avec l’objectif d’une baisse des
impôts.» « Je ne vois pas comment,
ajoute M. Mailly, en allégeant les
cotisations patronales, M. Gattaz
[le président du Medef] va avoir
une quelconque autorité pour dire
aux entreprises d’embaucher.» p
Michel Noblecourt

Les rares voix qui se sont exprimées à droite tentent une synthèse
entrecesdeuxpositions,enmettant
en garde sur l’application concrète
des mesures annoncées. «François
Hollande doit préciser en détail ce
qu’il veut faire. Pour l’instant, son

pacte n’est qu’une formule de communication », estime Eric Woerth.
PourlesarkozysteFrédéricLefebvre,
l’UMPdoitsaisirl’occasiondeseprésenter comme une force d’alternance responsable et constructive: «Ce
changement de politique acté par le

président de la République, il faut
que l’opposition l’accompagne plutôtquedecritiquerenpermanence.»
« Si François Hollande passe aux
actes, évidemment que je le soutiendrai», a assuré Jean-Pierre Raffarin,
mardi, sur Europe 1. « On ne va pas
jouer l’opposition stérile alors que
cela fait un an et demi que l’on
attend un tournant plus favorable
aux entreprises », convient l’exministre du budget, Valérie Pécresse. Mais, comme d’autres élus UMP,
elle craint que les promesses de
réformes du président s’apparententàdesvœuxpieux.«Onadesraisons de douter de sa sincérité, car il a
trop changé de piedet multiplié les
habiletés», se désole-t-elle, appelant
à son tour François Hollande à «traduire ses paroles en actes». p
Alexandre Lemarié

6

0123

france

Mercredi 8 janvier 2014

Comment Marine Le Pen dirige le Front national

Malgré ses succès, la présidente du FN est critiquée, en interne, sur son mode d’exercice du pouvoir
Enquête

C

’est un petit bâtiment sans
âme, au fin fond de Nanterre. Bleu et gris clair, il est surnommé le « Carré » par les militantsdu Front national. C’est le siège du parti d’extrême droite
depuisque des difficultésfinancières ont obligé le FN à quitter le
Paquebot, son ancienne adresse à
Saint-Cloud.
Le Carré n’est pas une ruche,
loin de là. Un calme presque étouffant règne entre la statue de Jeanne d’Arc à l’entrée et le coq géant
dans une sorte de cour intérieure.
Chacunépieles mouvementstactiques de ses rivaux et cherche à se
placer. A la méfiance s’ajoute la
jalousie lorsqu’un nouveau venu
obtient un bureau plus proche de
celui de la « présidente » que le
sien. Car Marine Le Pen règne ici
sans partage.
Si bien que les critiques les plus
précises contre la présidente frontiste ne viennent pas aujourd’hui
de ses adversaires, mais de ses propres troupes, et parfois de hauts
responsablesdu parti. Avec des termes parfois très durs : « Autoritaire », « cassante », « manipulable »,
« pas faite pour diriger un parti ».
Ces critiques, les frontistes ne
les adressent pas directement à
leur présidente. Trop peur de sa
réaction. Les militants et les
cadres acceptent de rencontrer les
journalistes sous stricte condition
d’anonymat. La parole, alors, se
libère et les témoignages prennent la forme d’un flot de reproches.

Marine Le Pen lors d’un meeting à Mazan (Vaucluse), le 30 novembre 2013. BERTRAND LANGLOIS/AFP

Les succès de
Marine Le Pen

Marine Le Pen, elle, n’a pas souhaité répondre aux sollicitations du
Monde.

Voilà bien le paradoxe. Jamais,
sans doute, leparti d’extrême droite n’a été aussi influent. En tant
que chef de parti, Marine Le Pen
peut s’enorgueillird’un bilan positif. Son parti enregistre de nouvelles adhésions, les ralliements se
succèdent,les sondages sont excellents. Sur le fond, le Front national
parvient, de plus en plus souvent,
à déterminer l’agenda politique et
à peser sur la ligne de la droite
républicaine.
Mais, trois ans après l’accession
de Marine Le Pen à la tête du parti
d’extrême droite, une question
taraude de plus en plus de cadres :
leur présidente serait-elle capable
de diriger le pays ? Marine Le Pen
ne dirige rien sauf le Front national. Ses mandats – élue régionale
et européenne – ne permettent
pas de voir ce à quoi ressemblerait
un exécutif piloté par la présidente du FN. Son parti, si.
Nous avons donc interrogé des
acteurs qui se trouvent tout au
long de la chaîne de commandement. Depuis la direction jusqu’à
la base, celle des « petites mains »
qui travaillent au siège à Nanterre.

Solitude du pouvoir
Les militants critiques évoquent une ambiance de courtisans, une structure patrimoniale,
où la présidente glisse d’une
influenceà l’autre sans jamais passer par la case collective. « Marine
écoute les personnes qui posent les
problèmes mais elle ne les résout
pas. Elle doute. Et si elle arrive au
pouvoir? Ce sera pareil? », s’inquiète ainsi un dévoué lepéniste.
Lui qui se donne corps et âme
pour le parti ne comprend pas ce
qu’il s’y passe. Et regrette le temps
où Jean-Marie Le Pen dirigeait le
Front. Ce militant ajoute : « Marine
saits’entourer depersonnescompétentes. Mais c’est celui qui la flattera le plus qui remportera la mise. »
« Je suis déçu, ça me mine. Ce n’est
pas elle le problème. Il faudrait
qu’elle puisse s’appuyer sur une
équipe, mais elle n’a personne. »
Un dirigeant historique du FN
abonde. Il reconnaît cependant
que Marine Le Pen « fait un gros
boulot, et fait beaucoup de sacrifices ». Et avoue sans mal « l’admi-

rer ». Cependant, il lâche : « Marine est extrêmement autoritaire,
cassante, bien plus que Jean-Marie
Le Pen. Et personne ne dit rien. Il y a
beaucoup moins de débats
qu’avant, l’atmosphère est pesante. Les gens font acte de présence. Je
ne sais même pas si elle s’en rend
compte.»
Ce cacique décrit un mode de
fonctionnement « dérangeant» et
solitaire: « Elle ne sait pas insuffler
d’esprit d’équipe. Elle s’occupe de
tout, ne délègue rien. Elle n’a
confiance en personne. Je me
demande si ce n’est pas pour ressembler à son père qu’elle est autoritaire comme ça. Mais lui, il avait
une autorité naturelle, il n’avait
pas besoin de cela. »
Un jugement sévère que
dément Steeve Briois, secrétaire
général du FN. « Marine Le Pen est
juste – dans le sens de la “justice” –
dans ses décisions. C’est toujours
argumenté, c’est la meilleure. Elle
n’est pas partisane. Ceux qui disent
qu’elle prend des décisions seule se
verraient bien seul conseiller de la
présidente», plaide ce fidèle de la
dirigeante du Front national, candidat à la mairie d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Un autre
cadre l’assure : « Elle n’est pas des-

2014, année décisive pour le FN
APRÈS DEUX SEMAINES de silence, Marine Le Pen a fait sa rentrée
politique mardi 7 janvier, en présentant ses vœux à la presse. La
présidente du FN n’a pas rompu
sa trêve hivernale, même pour réagir à la polémique autour de Dieudonné. Elle a laissé son numéro
deux, Florian Philippot, assurer la
présence médiatique.
L’année 2014 est décisive pour
le Front national. La formation
lepéniste mise beaucoup sur les
échéances municipales et européennes. De bons résultats valideraient la stratégie de Marine
LePen, qui vise à devenir la troisième force politique du pays. A
défaut, un échec marquerait le
premier temps d’arrêt dans la progression du FN depuis l’élection
de Mme Le Pen à sa tête en 2011.
Les municipales de mars diront
si le FN a su reconstituer son ancra-

ge local qui, en 1995, lui avait permis de conquérir trois villes. Surtout, l’attitude des candidats UMP
entre les deux tours pourrait modifier profondément la physionomie de l’opposition à la gauche. En
effet, le FN est sûr qu’à cette occasion, «des ponts» seront constitués entre candidats de droite et
d’extrême droite.

Maillage territorial
Certains que « la conquête du
pouvoir commence par la base »,
le parti d’extrême droite veut non
seulement gagner des villes, mais
surtout envoyer le plus d’élus possible dans les conseils municipaux. Marine Le Pen considère en
effet qu’être élu municipal d’opposition est la meilleure école de
formation.
Un maillage territorial qui sera
utile au FN non seulement pour

les régionales de 2015 et les législatives de 2017, mais aussi pour les
élections sénatoriales qui auront
lieu en septembre.
Mais, malgré ses ambitions, le
Front national ne sera pas présent
sur tout le territoire (Le Monde du
14octobre 2013). Et même là où des
listes ont été lancées, des démissions commencent à poindre ici et
là, laissant présager des trous dans
le maillage frontiste.
Autre moment fort pour le FN
en 2014 : les européennes. A cette
occasion, Mme Le Pen veut faire du
Front national le « premier parti
de France», en faisant une campagne europhobe et antieuro. Elle a
aussi commencé à tisser des alliances avec d’autres partis d’extrême
droite en Europe, comme le PPV
de Geert Wilders aux Pays-Bas ou
encore le FPÖ autrichien. p
A. Me

potique. Elle respecte les gens dans
leurs prérogatives.»
Louis Aliot, vice-président chargé de la formation, reconnaît qu’il
pensait que la direction du FN
« allait travailler en équipe». « C’est
plus un groupement d’individualités qu’un travail collectif. » Mais,
selon lui, « plus on monte dans la
hiérarchie,plus on est seul. Cela fait
partie du job ». Un cadre confirme:
« Les dirigeants du Front national
ne se parlent pas entre eux. Marine
Le Pen fait le “go-between”.»

«Cloisonnement»
Les décisions sont prises de
manière bilatérale, presque au cas
par cas, selon la personnequi émet
des avis. Un peu comme si l’information restait confinée en de multiples points. La présidente du
Front national se place ainsi
devant un écueil : celui de l’absence de débat et de confrontations
d’idées. Mais cela lui permet aussi
d’éviter les situations de blocages.
« Le mode de direction de Marine Le Pen est extrêmement complexe », explique un cadre du parti
qui laconnaîtbien.«Elleest très respectueuse des instances du parti –
lebureaupolitiqueet le bureauexécutif – qui fonctionnent. Mais sontce des lieux de pouvoir ? C’est une
autre question. Le cloisonnement
et la relation individuelle sont, en
règle générale, de mise », ajoute-t-il.
Un ancien conseiller de la présidente, pourtant très critique, le
reconnaît volontiers : « Marine Le
Pen marche au feeling. C’est très
agréable de bosser avec elle. Elle
apporte beaucoup dans les discussions et ne suit pas aveuglément ce
que l’on dit. Elle est capable de se
remettre en question.»
Steeve Briois assure aussi que
sa patronne respecte les instances
collectives du parti : « Les grands
sujets font l’objet de débats au
bureau politique [BP]et au bureau
exécutif [BE]. Elle a des conseillers
et c’est normal. Elle ne se limite pas
à un ou deux. Elle consulte beaucoup de monde.»
Louis Aliot, concède, lui, que « le
bureau de Marine Le Pen est un
lieu de pouvoir, tout comme le
bureau exécutif ». Derrière le jeu
de mots, l’on perçoit l’ambivalen-

ce du pouvoir lepéniste : collectif
dans la forme, certes, mais d’abord
personneldans laréalité.Une anecdote illustre parfaitement ce paradoxe. Récemment, Marine Le Pen
a justementdemandé au BP l’autorisation de constituer seule les listes aux élections européennes. En
clair, Marine Le Pen demande à
une instance collective l’autorisation d’exercer un pouvoir solitaire…
Un dirigeant décrit la manière
dont sont prises aujourd’hui les
décisions au FN : « Cela se fait dans
les instances, mais souvent les décisions importantes sont faites en
direct avec Marine Le Pen. Chacun
monte au créneau. Il faut être là
physiquement et aller dans son
bureau.Souvent,elle donnele sentiment à ses interlocuteurs que sa
décision est prise alors que ce n’est
pas le cas. »
Il précise : « Elle ne cherche pas
à faire des synthèses mais des équilibres. Ce qui explique que personne n’est totalement content. » Et
surtout, il souligne un paradoxe
chez celle qui entend exercer les
plus hautes responsabilités politiques : « Elle n’a pas envie d’être en
première ligne et veut que les choses se passent de la manière la plus
confortable possible.»

«La cuisine de
Marine Le Pen»

« Le lieu de pouvoir du FN ? La
cuisinede MarineLe Pen!», plaisante quant à lui l’ancien conseiller de
la présidente. Mais au-delà de cette boutade, se cache une réalité
bienfrontiste : les relationsprivilégiées qu’entretient Marine Le Pen
avec ses conseillers successifs. Ces
visiteurs du soir viennent au
domaine de Montretout, à SaintCloud (Hauts-de-Seine), où Marine
Le Pen vit, pour y tenir des réunions de travail.
L’un des principaux reproches
adressés à Marine Le Pen est que
les décisions stratégiques échappent pour beaucoup à la discussion collective. Les affiches ou les
campagnes thématiques ont parfois été décidées en petit comité,
hors de toute instance. « Tout est
décidé entre elle et Philippot », se
désole un soutien de longue date
de la présidente.

Florian Philippot a une grande
influence sur Marine Le Pen. Ce
jeune énarque – il est trentenaire –
prend de plus en plus de place au
sein du FN. Vice-président chargé
de la stratégie et de la communication, candidat à Forbach (Moselle)
pour les municipales, il a l’oreille
deMarineLe Pen.Mais cefonctionnement exclusif n’est pas nouveau au FN et n’a pas commencé
avec l’arrivée de M. Philippot.
« Avec Marine Le Pen, c’est toujours pareil : il y a un coup de foudre soudain, la personne obtient
tout, puis, sans raison, tu deviens
moins que rien, tu es jeté au rebut »,
explique un dirigeant historique.
Il ajoute : « C’est paradoxal avec
l’aspiration à occuper les plus hautes fonctions. Marine Le Pen se fait
manipuler, elle est influencée. Elle
ne sait pas faire la différence entre
courtisans et gens loyaux.»

«Le FN est
irréformable»

Marine Le Pen dirige donc le
Front national en privilégiant les
relations individuelles. Chacun se
voit, ou s’espère, être le conseiller
de la reine. La présidente du FN
joue-t-elle des rivalités qui agitent
son parti, comme le faisait jadis
sonpère ? Pendantsalonguepériode de présidence (1972-2011), JeanMarieLe Pen s’était fait une spécialité de se maintenir en permanence sur la ligne de crête, au point de
rencontre des influences, veillant
à ce que, par leur lutte constante,
aucun des clans ne puisse l’emporter et remettre en cause sa position d’arbitre.
Pour les plus compréhensifs,
comme Louis Aliot, la faute en
revient aux structures. En clair, ce
ne sont pas les dirigeants intuitu
personae qui exercent une forme
autocratique du pouvoir mais l’architecture du parti qui implique
cette solitude à la tête du FN.
Pourlesplus sévères,au contraire, la faute en incombe à la famille
Le Pen. Cet ancien conseiller en est
convaincu : « Le Front est irréformable. La conception patrimoniale duFN estirréformable.La conception féodale du pouvoir chez les Le
Pen est irréformable : le FN est un
fief que l’on se concède.» p
Abel Mestre

0123

france

Mercredi 8 janvier 2014

7

Lesécolesdeprofs
apprennentencore
peuàenseigner
L’ambition de Vincent Peillon de mettre
l’accent sur la pratique de l’enseignement autant
que sur les savoirs se heurte à des résistances

A

u-dessus de la porte d’entrée trônent encore les quatrelettres IUFM,pour« institut universitaire de formation des
maîtres ». En apparence, rien ne
semble avoir changé à l’école des
professeurs de l’académie de Créteil, à Bonneuil (Val-de-Marne).
Comme si la réforme de la formation des enseignants, lancée à l’initiative du ministre de l’éducation,
Vincent Peillon, n’était pas passée
par là. Seule une timide pancarte,
fraîchement installée à l’accueil,
indique le nouveau sigle de l’école
depuis le 1er septembre: ESPE, pour
« école supérieure du professorat
et de l’éducation ».
Lepari de cetteréforme– centrale dans l’éducation, mais occultée,
ces derniers mois, par la contestation contre les rythmes scolaires –
estde « professionnaliser» uneformation des enseignants à qui l’on a
longtemps reproché de mettre
trop l’accent sur les savoirs, et pas
assez sur les savoir-faire. Mais le
premier trimestre de fonctionnement l’a confirmé, les résistances
sont fortes. Le nouvel équilibre
entrethéorieet pratiquen’apas été
simple à trouver dans les trente
nouvelles ESPE. Fruit d’intenses
négociations, il est même encore
assez éloigné des objectifs initiaux.
« Enseigner est un métier qui
s’apprend», martèle pourtant Vincent Peillon depuis son arrivée rue
de Grenelle. Le professeur de

demain ne doit pas seulement être
un détenteur de connaissances, il
doit aussi être capable de bien les
transmettre.
Dans une salle, une dizaine de
futurs professeurs des écoles – des
filles exclusivement – apprennent
à « enseigner avec le numérique».
Inscrites en première année du
nouveau master « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la
formation» (MEEF), elles font partie de la première génération de la
réforme Peillon. « J’étais en licence
de gestion quand la gauche est arrivée au pouvoir, raconte Asmaa
Lajnef,22ans. Je voulaisme réorienter et j’ai entendu qu’il y aurait une
nouvelle formation des profs, des
réformes pour l’école, beaucoup de
recrutements… Je me suis dit que
c’était le moment de se lancer! »
Ces étudiantes voient plutôt
d’un bon œil la réforme en cours,
qui rétablit l’année de formation
en alternance. « Je connais des personnes qui sont passées par l’ancien système, certains ont démissionné. Je m’estime mieux lotie »,
souligne Sandrine Malo, 38 ans,
ancienne contractuelle. Sous la
réforme très contestée de Xavier
Darcos, instaurée en 2010, les étudiants passaient le concours en
master 2, puis étaient directement
parachutés dans les classes, avec
seulement quelques modules de
formation. Cette année, ils passeront le concours en master 1. Ils

Le ministre de l’éducation, Vincent Peillon, à l’université Toulouse-I-Capitole, le 26 août 2013. LYDIE LECARPENTIER/REA

seront stagiaires à mi-temps en
master 2, payés à temps plein.
A Créteil, le temps de formation
des futurs professeurs du primaire
s’est réduit au profit du stage. Il est
de769heuresdanslenouveaumaster, contre plus de 900 heures
avant. Pas facile à accepter pour les
enseignants, qui se plaignent de
voir leur matière amputée. « En
sciences et technologies, on a perdu
plusdela moitiédesheures»,déplore Christophe Le François, professeur du cours « enseigner avec le
numérique».Mêmechoseensciences de la vie et de la Terre et en histoire. « Douze heures pour voir tout
de la préhistoire à nos jours, c’est
irréaliste!, lance Sandrine Malo. Je

ne pensais pas que le cursus allait
être aussi chargé, compressé.»
Pour la formation des enseignants de collège et lycée, ce n’est
pas tant le volume de la formation
qui a évolué que son contenu. « La
formation professionnelle occupe
une plus grande place dans le master, assure Brigitte Marin, l’administratrice de l’ESPE. Dès le master 1, nos étudiants bénéficient de
quatre semaines de stage, d’abord
en observation, puis en pratique
accompagnée,et enfinen responsabilité, seuls dans leur classe. »
La formation se divise en quatre
blocs : un « bloc disciplinaire »,
pour parfaire ses connaissances
danssa discipline,un « bloc didacti-

Les admissibles contractuels, «génération sacrifiée»
ENSEIGNER, elle en rêvait. Sylvie
(le prénom a été modifié), 50 ans,
élève seule ses trois enfants. Après
une carrière dans le commerce,
elle décide, il y a sept ans, de
reprendre ses études : diplôme
d’accès aux études universitaires
– l’équivalent du bac –, puis licence et master de lettres. En
juin2013, elle réussit les écrits
d’admissibilité du capes (les
oraux sont prévus en juin2014).
« J’ai sauté de joie, raconte-t-elle.
Mais à la rentrée, la déception a été
totale. Aujourd’hui, j’ai la boule au
ventre tous les matins.»
Sylvie fait partie d’une génération intermédiaire de futurs professeurs – entre la dernière promotion de la réforme Darcos de la formation des enseignants, en 2010,
et la première « promotion
Peillon». On les appelle les «admissibles contractuels». Une « génération sacrifiée», selon le SNES-FSU,

pour laquelle « rien n’a été prévu».
Il est vrai que l’éducation nationale n’a pas épargné sa nouvelle
recrue. Premier problème : son
affectation dans un lycée professionnel difficile de l’académie de
Versailles, qui plus est à une heure d’autoroute de son domicile.
Seconde déception: Sylvie, qui n’a
pas été formée et ne sait « même
pas faire un cours », se retrouve
avec des classes à examen – BTS et
terminale technologique.

« Personne ne veut y aller »
Troisième douche froide: l’état
du lycée. « A l’abandon! s’insurge-t-elle. Avec un proviseur dépassé, des enseignants qui essaient
d’empêcher le navire de couler et le
bazar dans les classes.» Les élèves
n’ont « aucun savoir-vivre, aucune
ambition. Je ne fais que la police. Je
pense que j’ai été mutée ici parce
que personne ne veut y aller…»

Cerise sur le gâteau, Sylvie a dû
attendre le 4 novembre pour toucher ses salaires de septembre et
octobre. « On m’a fait du chantage, accuse-t-elle. J’ai signé en août
un contrat de 15 heures par semaine pour 1 300 euros net mensuels.
Le rectorat m’appelle en septembre pour me dire qu’il y a eu une
erreur et que je dois passer à 9 heures pour 1 000 euros. Impossible
vu ma situation. On m’a répondu
que si je voulais être payée, je
devais signer le nouveau contrat. »
Déception aussi pour la formation
proposée: trois jours d’accueil fin
août et trois jours de formation en
novembre et décembre.
Sur le papier, les rectorats
devaient pourtant faire preuve de
bienveillance auprès des admissibles contractuels. « Vous veillerez,
dans la mesure du possible, à ne
pas [les] affecter dans les établissements les plus difficiles», indique

une circulaire ministérielle. Il fallait aussi que « des actions de formation professionnalisante (…)
soient proposées ». Au rectorat de
Versailles, on assure que « six journées de formation pédagogique»
sont prévues, que « tous les
contractuels ont un tuteur » et que
« les établissements les plus difficiles ont été évités».
Sylvie est-elle un cas isolé ? Pas
pour le SNES, qui dit jouer un rôle
de bureau des plaintes depuis la
rentrée. « On a géré des dizaines
de problèmes d’affectation, d’organisation, de retard de paiement,
de tuteurs ou de formation inadaptée», rapporte Nadège Muzard,
déléguée syndicale. A Versailles,
une vingtaine de contractuels a
démissionné depuis la rentrée
dans le secondaire (sur 500). En ce
retour de vacances, Sylvie est bien
tentée de leur emboîter le pas. p
Au. C.

que », pour apprendre à l’enseigner, un « bloc recherche » et un
« bloc de mise en situation professionnelle », qui comprend des
cours de psychologie de l’enfant, la
prévention de la violence, les pratiques en éducation prioritaire…
La réussite de la réforme repose
sur les concours de recrutement,
qui ont été rénovés pour la session
2014.Si ceux-ci demeurenttrès disciplinaires, la formation en amont
le restera aussi, et inversement.
Dans certaines matières, les jurys
ont bien respecté la consigne de
professionnaliser les épreuves.
C’est le cas en sciences économiques et sociales,où une épreuve de
didactique a été introduite. « On
aura cinq heures pour préparer un
cours avec exercices, évaluation… », rapporte Virginie Panici,
25 ans, étudiante du master de professeur de sciences économiques
et sociales. « Au départ, je pensais
préparer le capes en candidate
libre, en bachotant. Mais quand j’ai
vu le nouveau type d’épreuve, j’ai
réalisé que j’allais avoir besoin
d’une formation professionnalisante », raconte-t-elle.
En lettres modernes ou en histoire en revanche, l’évolution est
plus modeste. « Les grandes épreuvesdisciplinairessont restées,souligne Marie-Emmanuelle Plagnol,
enseignante en littérature. Les spécificités du capes de lettres ont été
préservées.»
« Globalement, les jurys vont
avant tout vérifier si les candidats
sont bons dans leur discipline »,
déplore un formateur de l’ESPE
qui a souhaité garder l’anonymat.
«Il faut relativiserl’affichagepolitique. Les masters sont, certes, plus
professionnels que sous la réforme
Darcos, mais on se rapproche de la
configuration d’avant 2010. »

Le présidentdu ConseilConstitutionnelfait partde son agacement
A l’occasion des vœux, Jean-Louis Debré a adressé un sévère rappel à l’ordre sur les «malfaçons législatives»

L

ors des vœux du président de
la République au Conseil
constitutionnel, lundi 6 janvier à l’Elysée, Jean-Louis Debré a
adressé un sévère rappel à l’ordre
sur les travers de la production
législative. « Le Conseil constitutionnel a aujourd’hui à connaître
de lois aussilongues qu’imparfaitement travaillées», a-t-il déploré. Le
président du Conseil constitutionnel fustige l’abondance de « dispositions incohérentes et mal coordonnées », de « textes gonflés
d’amendements non soumis à
l’analyse du Conseil d’Etat », de
« modifications récurrentes des
mêmes règles ».
La critique des « lois bavardes»,
deslois « mal faites», n’estpas nouvelle. D’autres gouvernements et
d’autres majorités avant ceux-ci
s’y sont exposés. Mais le président

du Conseil constitutionnel s’alarme, en outre, de devoir « subir des
bégaiementsetdes malfaçonslégislatives ». Cible de son propos : un
mouvement qu’il juge « préoccupant » qui consiste à réintroduire,
d’une année sur l’autre, des dispositions qui ont déjà été censurées.
M.Debréy voit «uneremise en cause de l’autorité de la chose jugée ».
« Il est bien sûr naturel et conforme à l’esprit de la Ve République
qu’à la suite d’une censure le gouvernement et le Parlement puissent chercher à atteindre l’objectif
qu’ils s’étaient fixé par d’autres
voies, désormais conformes à la
Constitution, admet le président
duConseil.C’est ce quele gouvernement a fait, par exemple, pour la
taxation dite à 75 % des hauts revenus. » Qui, dans sa nouvelle version, a cette fois été validée.

En revanche, M. Debré s’agace
des dispositions législatives adoptées « alors qu’elles contrevenaient
directement à l’autorité de la chose
jugée par le Conseil ». Il en est allé
ainsi de la nouvelle mouture des
« clauses de désignation » pour les
complémentaires santé, rebaptisées « clauses de recommandation » dans la dernière loi de financement de la Sécurité sociale, une
nouvelle fois censurée par le
Conseil constitutionnel.

« Situation préoccupante »
De même, sont revenus dans la
loi de finances pour 2014 des articles qui avaient déjà été annulés
l’année précédente sur les droits
de succession en Corse, sur le plafonnement de l’impôt de solidarité sur la fortune ou sur la cotisationfoncièresur lesbénéfices com-

merciaux.Le Conseil « n’a alors pu
que les censurer une deuxième, ou
plutôt, j’espère, une dernière fois »,
regrette M. Debré, qui fait également état de l’instruction donnée
en juin par le ministre du budget,
Bernard Cazeneuve, sur les
contratsd’assurance-vie,qui reprenait une disposition retoquée six
mois plus tôt par le Conseil.
«Cettesituationest préoccupante, insiste M. Debré dans ses vœux
au président de la République.
L’Etat de droit est fondé sur le respect de la règle de droit et des décisions de justice. » Il rappelle que, au
titre de la Constitution, l’autorité
des décisions du Conseil « s’impose aux pouvoirs publics et à toutes
les autoritésadministrativeset juridictionnelles».
« Le respect de la Constitution
n’est pas un risque, c’est un

devoir », avertit M. Debré, s’adressant à celui qui, par ses fonctions,
est chargé d’y veiller. Le président
du Conseil constitutionnel presse
François Hollande d’agir en ce
sens. Il espère voir se concrétiser la
volonté exprimée par le chef de
l’Etat,à l’occasiondu 55e anniversaire de la Constitution, de « dispositions législatives mieux préparées,
plus cohérentes et désormais stables».
Dans son discours, M. Hollande
a indiqué avoir « demandé au gouvernement que la confection des
projets de loi respecte » les recommandationsduConseil.«Lasimplification est un devoir qui s’impose
au législateur », a-t-il poursuivi,
soulignant que « la loi doit veiller à
être claire et intelligible ». Il n’y a
plus qu’à… p
Patrick Roger

Ce résultat mitigé est le fruit
d’un compromis entre les formateurs de l’IUFM et les universitaires.Lespremiersdéfendentuneformation professionnelle, les
seconds sont plus souvent dans
une posture de défense des savoirs.
« C’est une crainte récurrente des
universitairesdevoirlabalancepencher trop du côté de la transmission
des savoirs, et pas assez du côté des
savoirseux-mêmes»,souligneJean-

«C’est une crainte
récurrente des
universitaires de voir
la balance pencher
trop du côté
de la transmission
des savoirs»
Jean-Louis Auduc
ancien directeur d’IUFM

Louis Auduc, ancien directeur
adjoint de l’IUFM de Créteil. « En
mettantfinàlaprééminencedu disciplinaire,c’estunpeuunereconversion qu’on leur demande, poursuit
l’historienClaudeLelièvre.Celasuppose qu’ils se préoccupent davantage de la formation professionnelle,
alors que ce n’est pas là qu’ils trouvent leur légitimité, leurs valeurs.»
«L’université est historiquement
du côté de la connaissance et de la
recherche, pas du côté des métiers»,
conclut M. Auduc. C’est d’ailleurs
ce qui explique pourquoi les écoles
de magistrats, d’ingénieurs ou de
vétérinaires se sont construites en
dehors de l’université. Une tradition qui pèse et risque de peser
encore longtemps sur la réforme
de Vincent Peillon. p
Aurélie Collas

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8

0123

france

Mercredi 8 janvier 2014

A Paris, la dure bataille
du 5e arrondissement

I

NKM: « Je suis heureux de venir la
soutenir pour la troisième fois
depuis quelques semaines.»
Mais évidemment, il était là
pour appeler à l’union, alors que
Dominique Tiberi paraît déterminé à maintenir sa candidature
contre la candidate investie par
l’UMP: « Il faut penser à l’intérêt
général de Paris. L’unité est toujours possible, quelle que soit la
légitimité des ambitions de chacun. L’intérêt général c’est de se rassembler», a exhorté M.Fillon. Et il
n’a pas manqué de souhaiter « que
NKM soit maire de Paris».
Aux côtés de son « amie » et
alliée de premier tour du
MoDem, Marielle de Sarnez,
Mme Kosciusko-Morizet a dit son
attachement au 5e : « J’ai fait mes
études rue Saint-Jacques, j’ai habité rue Le Goff ». Puis elle a lancé sa
critique fétiche: « On ne veut pas
faire comme les sortants qui remplacent un clan par un autre ».
Mme Berthout a fait campagne
sur le départ de l’université Censier vers le 12e, décidé par son
adversaire: « Je suis scandalisée,
nous allons nous battre contre ce
déménagement», a-t-elle promis.
Comme Dominique Tiberi. p

l fallait courir vite, lundi 6 janvier, pour attraper quelques
phrases d’Anne Hidalgo venue
inaugurer la permanence de la
candidate de gauche à la mairie
du 5e arrondissement, Marie-Christine Lemardeley, et ne pas manquer, à 400 mètres de là, l’arrivée
de François Fillon qui inaugurait
celle de la candidate de droite, Florence Berthout.
C’est dans cet arrondissement
symbolique qu’a commencé la
bataille de Paris, aujourd’hui théâtre d’une guerre de tranchées où
les obus commencent à pleuvoir
dru. Et pas que sur l’ennemi. Bronzé, impeccable, l’ancien premier
ministre a administré à Nathalie
Kosciusko-Morizet, une leçon un
peu perverse. Et la candidate a fait
grise mine en entendant encore
vanter les Tiberi, sa bête noire.

« L’unité est possible »
« J’ai beaucoup de respect pour
Jean Tiberi, qui a été un excellent
maire du 5e arrondissement et qui
a joué comme maire de Paris, et
aux côtés de Jacques Chirac, un
rôle souvent bien méconnu», a
commencé M. Fillon. Le député de
la circonscription a aussi glissé cette petite vacherie à l’adresse de

Béatrice Gurrey

MUNICIPALES

L’UMPne présenterapas
de candidatà Neuilly

Le nom de l’ancienne ministre Michèle Alliot-Marie avait circulé,
mais l’UMP a finalement décidé de ne pas présenter de candidat
aux élections municipales à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine),
l’ancien fief électoral de Nicolas Sarkozy (61 000 habitants). Lundi 6 janvier, la fédération départementale de l’UMP des Hauts-deSeine a décidé de soutenir le maire UDI sortant, Jean-Christophe
Fromantin, élu en 2008, candidat à sa propre succession. Un sondage récent a donné M.Fromantin en tête du scrutin municipal
qui aura lieu les 23 et 30 mars. p

Justice L’affaire des bébés morts de Chambéry
transférée à Marseille

Une juge du pôle de santé publique de Marseille va instruire l’affaire des bébés morts contaminés par des poches alimentaires à l’hôpital de Chambéry, a annoncé le parquet lundi 6janvier. Le ministère de la santé a de son côté déclenché «de nouvelles inspections»
sanitaires. Le laboratoire normand Marette a reconnu avoir fourni
des poches alimentaires à l’hôpital, mais assure que rien ne permet de mettre en cause son «professionnalisme». – (AFP.)

Affaire Leonarda : le rapporteur public conclut
au rejet des requêtes de la famille Dibrani

Le rapporteur public du tribunal administratif de Besançon a prôné, mardi 7 janvier, le rejet des requêtes déposées par la famille
de la jeune Kosovare Leonarda Dibrani, expulsée de France le
9 octobre 2013, pour obtenir un titre de séjour en France. La décision du tribunal devrait être rendue dans deux ou trois semaines. – (AFP.)

« Je suis critique, mais pas
vent debout »
Emmanuel Maurel, leader de l’aile gauche du PS, affiche son
scepticisme après la proposition de M. Hollande d’un « pacte de
responsabilité» avec le Medef, estimant que « le seul pacte qui
vaille, c’est celui passé entre le président et ses électeurs ».

Mercredi 8 janvier à 20h30

Bruno LE MAIRE
Invité de

Emission politique présentée
par Frédéric HAZIZA
Avec :

Françoise FRESSOZ, Sylvie MALIGORNE et Marie-Eve MALOUINES

Et

sur le canal 13 de la TNT, le câble, le satellite, l’ADSL, la téléphonie mobile, sur iPhone
et iPad. En vidéo à la demande sur www.lcpan.fr et sur Free TV Replay.
www.lcpan.fr

M.Vallsfournitauxpréfetsl’arsenalpour
interdirelesspectaclesdeDieudonné
L’avocat du polémiste a indiqué que chaque décision d’interdiction serait contestée en justice

C

’est une circulaire ministérielle qui ressemble à un pari
juridique. Lundi 6 janvier,
Manuel Valls a adressé à tous les
préfetsuntextequileurexposel’arsenal légal permettant aux maires
d’interdire les spectacles de Dieudonné M’bala M’bala. Sa tournée
nationale doit débuter le 9 janvier
au Zénith de Nantes, situé à SaintHerblain(Loire-Atlantique).Pourle
ministre de l’intérieur, la « réponse » aux propos antisémites de
M. M’bala M’bala « doit avant tout
être d’ordre pénal », par le biais de
poursuites pour « provocation à la
haineraciale».«Néanmoins,l’autorité administrative dispose également de pouvoirs lui permettant de
faire cesser les troubles à l’ordre
public», veut croire M.Valls.
Jusqu’ici, toutes les tentatives
d’interdiction s’étaient heurtées à
la jurisprudence du Conseil d’Etat.
L’arrêt Benjamin de 1933 est le plus
couramment cité : la haute juridiction administrative avait annulé
l’interdiction d’une réunion publique d’un écrivain antisémite par le
maire de Nevers, estimant que le

trouble à l’ordre public n’était pas
suffisamment constitué. « L’arrêt
Benjamin place les maires devant
une impasse car son application
stricte ne permet pas l’interdiction
préventive d’un spectacle », estime
Danièle Lochak, professeur émérite de droit public à l’université de
Paris-Ouest-Nanterre-La Défense
Toutefois, cette jurisprudence a
été infléchie à plusieurs reprises
depuis. « Le libéralisme de l’arrêt
Benjamin s’est souvent trouvé pris
en défaut, le Conseil d’Etat n’hésitant pas à valider l’interdiction de
nombreusesréunionsoumanifestations,qu’ellessoientle fait del’extrême droite juste avant la guerre, des
communistes pendant la guerre
froide,oudesmouvementsindépendantistes avant la décolonisation,
rappelle Mme Lochak. Pour justifier
ces interdictions sans donner l’impressiondetrahirlesprincipes,ilsuffitdegrossirunpeulerisquedetrouble à l’ordre public ou d’invoquer
des circonstances exceptionnelles.»
Dans sa circulaire, le ministre
de l’intérieur s’appuie notamment sur la présence systémati-

que de propos diffamatoires et
antisémites lors des spectacles de
M. M’bala M’bala. Les « infractions
pénales » ainsi constituées « ne
peuvent être regardées comme un
“dérapage” ponctuel qu’expliquerait la libre expression artistique,
mais elles sont délibérées, réitérées
en dépit de condamnations pénales précédentes et constituent un
des ressorts essentiels de la représentation» et elles « sont liées à des
propos ou des scènes susceptibles
d’affecter le respect dû à la dignité
de la personne humaine ». M. Valls
fait ici référence à une autre jurisprudence du Conseil d’Etat, qui
avait validé, en 1995, l’interdiction
d’un spectacle de lancer de nain.

Jurisprudence Dieudonné
Dans la foulée de la publication
de la circulaire, lundi après-midi,
le maire (UMP) de Bordeaux, Alain
Juppé, a annoncé qu’il interdisait
la représentation programmée
dans sa ville le 26 janvier. Quant au
premier spectacle qui doit se tenir
dans le fief de Jean-Marc Ayrault,
le premier ministre a affirmé lun-

din’avoir«aucundoute» surl’arrêté en faveur de son annulation.
L’avocat de M. M’bala M’bala a
annoncé à l’AFP que chaque décision serait contestée devant le tribunal administratif. « Qu’il donne
raison à l’une ou l’autre des deux
parties, la décision du juge sera évidemment soumise au Conseil
d’Etat par la voie de l’appel. On
peut donc penser qu’on s’achemine
vers une jurisprudence Dieudonné », juge Mme Lochak.
Les ennuis de M. M’bala M’bala
pourraient également s’étendre à
son théâtre de La Main d’Or, dans le
11e arrondissement parisien. Selon
lesinformationsdupaparazziJeanClaude Elfassi, à la pointe du combat contre Dieudonné, confirmées
par Libération, mardi 7 janvier, les
propriétaires de la salle – des investisseurs – envisageraient d’expulser son encombrant occupant. Le
bailavaitétéaccordéàuneentreprise, Bonnie Production, aujourd’hui
abandonnée par M. M’bala M’bala
et radiée du registre des sociétés. p
François Béguin
et Laurent Borredon

QuandSergeDassaultsurveillaitses«loustics»auMaroc

Un habitant de Corbeil a porté plainte pour «association de malfaiteurs» contre le sénateur UMP

U

n curieux déjeuner s’est
tenu jeudi 14 février 2013,
au « Rond-point », le siège
du groupe Dassault. Serge Dassault
et Jean-Pierre Bechter, son successeur à la mairie de Corbeil-Essonnes (Essonne), ont convié à leur
table Riad Ramzi, le numéro 2 de
l’ambassade du Maroc à Paris. Officiellement,il est questionde lavente d’avions F16 et du Rafale. Officieusement, on aurait aussi parlé
de Corbeil, de ces « loustics » qui
font chanter l’industriel et sénateur UMP – et du moyen de les
réduire au silence.
C’est en apprenant l’existence
du plan échafaudé par Serge Dassault et son entourage que Fatah
Hou, l’un de ces « loustics», a déposé plainte vendredi 3 janvier pour
« association de malfaiteurs » et
« collecte de données à caractère
personnel ». Son avocate Marie
Dosé dénonce le projet qui visait à
«faire interpeller [son client] par la
policemarocaine(…)etlefaireincarcérer arbitrairement au Maroc »
lors de l’un de ses nombreux voyages sur place. Ce projet est révélé
par des écoutes téléphoniques
entre les mains des juges qui
enquêtent sur le système Dassault.
Fatah Hou est l’un de ceux qui a
voulu dénoncer les pratiques présumées d’achats de votes à Corbeil. Cinq jours après ce déjeuner
au Rond-point, il se faisait fait tirer
dessus par Younes Bounouara,
l’un des proches de l’avionneur, en
plein centre-ville de Corbeil. En
apprenant la nouvelle, Serge Dassault a ri, relève Marie Dosé dans
sa plainte. « Il fit mine d’avoir envie
d’envoyer des fleurs à la victime
avant d’éclater de rire. » « J’ai ri,
c’est comme cela », a expliqué Serge Dassault aux policiers. Mais « à
l’heure d’aujourd’hui, il ne nous
fait plus chier», ajoute l’industriel.
Le maire de Corbeil, Jean-Pierre
Bechter, a veillé avec une attention touteparticulièreà la préparation de ce déjeuner. La veille, il a
téléphoné à Machiré Gassama, le
directeur du service de la jeunesse
et des sports de Corbeil, pour lui
rappeler de lui envoyer au plus
vite « les noms et les adresses précises des deux loustics et les téléphones (…). On a monté le déjeuner
pour ça, hein », insiste-t-il. Le soir
même, il lui faisait un compte rendu détaillé de cette rencontre.
Le conseiller de l’ambassadeur
s’est montré compréhensif, explique-t-il. « Le mec, il se pourléchait
les babines (…): “Oui, oui, oui, on va

Serge Dassault (à gauche) à Corbeil-Essonnes, en juillet 2013. ARNO BRIGNON/SIGNATURES

s’en occuper, Monsieur Dassault, ne
vous inquiétez pas, (…) ces gens-là
vous font chanter.” » Le « nouvel
ambassadeur,vousserezcontentde
l’entendre, c’est l’ancien ministre de
l’intérieur », poursuit M. Bechter
dans un rire. « Je sens que quand ils
vont arriver au Maroc, ils vont être
surpris de l’accueil à la descente de
l’avion.» « Ça, c’est une bonne nouvelle(…), çanousenlèverauneépine,
hein », s’enchante Gassama. « Oh
putain, ça, c’est vrai, répond le maire. C’est les trois derniers emmerdeurs hein quand même.»

Les faits dénoncés
écornent le portrait
de victime
que s’efforcent
de brosser les conseils
de Serge Dassault
Les explications de Serge Dassault sur ce déjeuner furent pour
le moins confuses. Il était question
« qu’ils aillent au Maroc dans leur
famille et qu’on n’en entende plus
parler à Corbeil. C’est ce que je comprends dans ce que vous me dites »,
essaie l’industriel. « Si Fatah Hou
avait été au Maroc,ça lui auraitévité de se faire tirer dessus. »
C’était une tentative de «médiation » avec les parents des « loustics» parce que « les enfants déconnaient », rien d’autre, assure le

directeur de la jeunesse de Corbeil.
Les « noms et les adresses des deux
loustics et les téléphones » ? « Une
histoire de visa », répond Jean-Pierre Bechter, qui confirme tout de
même que « l’organigramme des
réseaux de nuisance sur Corbeil »
retrouvé dans son bureau et sur
lequel figure le nom de Fatah Hou
était la liste des « emmerdeurs qui
nuisaient à Serge Dassault et à moimême dans le cadre de nos activités
à Corbeil-Essonnes».
Younes Bounouara, l’homme
qui a tiré sur Fatah Hou le 19 février
2013, avait lui les idées un peu plus
claires. Il n’était pas présent au
déjeuner, mais Machiré Gassama
l’avait prévenu que « Fatah [aurait]
des problèmes avec la police marocaine ». « J’ai l’impression qu’ils
allaient les faire arrêter pour racket
au Maroc (…) [parce que] la police
française ne faisait rien. (…) Si les
gens rackettent des amis du roi du
Maroc, ça paraît évident que si c’est
des Marocains, il va les remettre à
leur place.»
Les faits dénoncés par Fatah
Houet sonavocate écornentle portrait de victime que s’efforcent de
brosser depuis quelques semaines
les conseils de Serge Dassault. La
date retenue pour leur dépôt de
plainte n’a rien d’anodin. Mercredi
8 janvier, le bureau du Sénat doit se
prononcersur la demande de levée
d’immunité parlementaire de Serge Dassault. Les juges parisiens qui
enquêtent sur le système présumé

d’achats de vote souhaitent entendrel’ancienmairedeCorbeilengardeàvue.LeprocureurdeParisarendu un avis favorable et soutient la
requête des magistrats.
La réaction du camp Dassault
ne s’est pas fait attendre. Lundi
après-midi, ses avocats Mes Pierre
Haïk et Jean Veil dénonçaient une
« instrumentalisation judiciaire »
et ont actualisé la plainte déposée
début novembre 2013 pour « chantage, menace » et « tentative d’extorsion de fonds».
MM. Dassault et Bechter ont
reçuunevingtainedeSMSde«maîtres chanteurs » pendant les fêtes.
« Pour vous souhaiter un bon Noël,
sachez qu’une plainte sera déposée
(…) pour tentative d’enlèvement(…).
Il n’y a que vous qui puissiez arrêter
l’engrenage de cette histoire qui
sera votre fin. » Jean-Pierre Bechter
fut prié « de rendre la raison à SD
[Serge Dassault] », sinon « plus de
mairieetcertainementdansunavenir proche case prison».
Le3janvier,René,unautre«loustic », « fatigué», et « qui ne demande que d’être votre ami », supplie
Serge Dassault de lui accorder
« une discussion à cœur ouvert en
tête-à-tête comme nous le faisions
dans le passé» pour « une paix amicale et définitive ». « C’est toujours
la même histoire. A chaque fois que
M. Dassault est gêné judiciairement, il dépose plainte pour menaces», ironise Marie Dosé. p
Emeline Cazi et Simon Piel

culture

0123

Mercredi 8 janvier 2014

ppp EXCELLENT

ppv À VOIR

pvv POURQUOI PAS

9

vvv ON PEUT ÉVITER

La cinéaste, la caméra et les enfants

Mariana Otero a partagé pendant plusieurs mois le quotidien de jeunes patients d’une institution psychiatrique

A ciel ouvert

comprendre par un subtil travail
de montage entre des scènes de vie
quotidienne filmées avec tendresse et empathie, une belle attention
aux gestes, aux expressions, et
d’autres captées en entretien, ou
pendant des réunions, où se distille une précieuse part de pédagogie sur la psychose, sur les
concepts de base de la théorie lacanienne,que la réalisatricedéveloppe largement par ailleurs dans
A ciel ouvert, entretiens – Le Courtil,
l’invention au quotidien, un livre
d’entretiens qu’elle a conduits
avec une des intervenantes, Marie

ppv

R

emarquée en 2003 pour Histoire d’un secret, beau documentaire dans lequel elle
perçait un secret de famille sur
fond d’avortement clandestin,
Mariana Otero n’avait plus donné
de nouvelles ensuite jusqu’à 2010,
quand est sorti Entre nos mains.
Dans ce dernier film, elle rendait
compte de l’aventure des
employés d’une entreprise de lingerie en faillite qui, en décidant de
la racheter pour la transformer en
SCOP, prenaient leur propre vie en
main.
Tourné au Courtil, une institution psychiatrique située en Belgique, dans laquelle les intervenants,s’inspirantde la théorielacanienne et des principes de la psychanalyse
institutionnelle,
œuvrent à fournir aux enfants un
environnement dans lequel ils
puissent s’épanouir, A ciel ouvert
est son troisième long-métrage. Il
confirme que Mariana Otero est
une cinéaste patiente, qui prend le
temps qu’il faut pour modeler ses
idées, sa matière, jusqu’à ce qu’elles trouvent leur juste forme.
Ilrévèleen mêmetempsla cohérence de son travail qui, film après
film,creuseunsillon ténu, à lalisièrede l’intimeet dusocial.Danschacun de ses films, la même alchimie
est à l’œuvre, qui canalise la charge émotionnelle, souvent violente, des histoires de ses personnages en les inscrivant dans un
contexte institutionnel, historique ou politique plus large. Et qui
leur donne une coloration vibrante particulière.
Dès le premier plan, où l’on voit
Amina, 7 ans environ, assénant à la
cinéaste qu’elle a bien l’intention,
elle aussi, de se procurer une caméraquandelleseraplusgrande,et de
filmer ce qui l’entoure, le principe
du film est donné. Amina s’adresse
à Mariana, la réalisatrice,comme le
feront régulièrement les enfants
dans ce documentaire. Dans la
séquence suivante, une petite fille

Mariana Otero
a toujours assumé
sa présence
dans ses films

Mariana Otero a choisi de tourner au Courtil, une institution psychiatrique située en Belgique. ROMAIN BAUDEAN

touche la lentille de l’appareil,
dans celle d’après, un garçon fait
un doigt d’honneur à la caméra.
Mariana Otero a toujours assumé sa présence dans ses films,
comme pour signifier la transformationque celle-ciopère nécessairement sur le réel. Mais la manière
dontlacinéastes’inscritdansceluici est différente. L’affirmation de
sa présence ne relève pas seulement de la prévention éthique ;
c’est le socle du film.
Dans cette institution où le rapport des enfants au réel ne va pas
de soi, et où il est au centre de toutes les attentions, l’intrusion
d’une étrangère bouleverse l’éco-

système.Il suffit de voir ce qui arrive quand débarque un nouvel
enfant: sa présence au déjeuner, le
premier jour, déchaîne chez ses
camarades de tablée un concert de
cris ininterrompus, insupportable, qui force les adultes à déplacer
une partie du groupe dans une
autre pièce.
Enredéfinissantlesplaces relativesde chacun,le nouveaupensionnaire a brouillé leurs repères, suggérera une des intervenantes au
coursd’une des sessionshebdomadaires au cours desquellesles adultesdu Courtilpartagentleursexpériences et en débattent. Ce cri collectif donnait le sentiment qu’ils

neformaient plusqu’un corps unique, indifférencié.
Au Courtil, la parole est reine.
Pour favoriser l’épanouissement
des enfants, qu’ils soient autistes
ou psychotiques, les adultes tentent de comprendre leur rapport
au monde comme on déchiffrerait
une langue étrangère. Et à y répondre en s’y adaptant. S’ils travaillent
à plusieurs, explique l’un d’eux,
c’est « pour ne pas être le “grand
autre” qui veut jouir des petits
sujets psychotiques mais essayer
d’être un “petit autre”, c’est-à-dire
un semblable». Autre principe qui
en découle : avoir « une demande
nulle » vis-à-vis de ces enfants, et

avoirsoi-même«quelqu’unau-dessus qui dit “tu dois faire ça, tu ne
dois pas faire ça” »… Sinon « on ne
peutrien faireavecun sujet psychotique. Soit il nous tape, soit il
devient l’objet, un objet déchet».
Une grande douceur se dégage,
de fait, des rapports entre enfants
et intervenants, mais aussi de l’atmosphère générale, de la lumière,
de la nature qui entoure cet ancien
grand corps de ferme dont les pensionnaires passent une partie de
leur temps à flâner, à jardiner, à
jouer avec la terre, les végétaux, les
animaux.
Le film entre progressivement
dans leur monde, donnant à le

Brémond,etdont la parution(Buddy Movies, 127 p., 12 euros) accompagne la sortie du film.
S’ils apparaissent d’abord comme des territoires étrangers, des
monades impénétrables, les
enfants finissent, insensiblement,
par s’ouvrir, comme s’ils invitaientle spectateurdans leur monde. C’est dans ce mouvement
d’ouverture que résident l’intérêt
et la beauté du film.
Comment advient-il? Le temps
passé avec les enfants joue son
rôle. La parole de ces adultes qui
les entourent, qui cherchent sans
relâche à comprendre la singularité de leur rapport au monde, donne des clés supplémentaires. Sans
doute ce mouvement traduit-il,
aussi, l’intégration de la cinéaste
dans l’institution. En trouvant sa
place parmi ces enfants, elle instaure avec eux un rapport de
confiance. Quelque chose de leur
douleur, de leurs talents, de leur
personnalité, devient alors sensible, partiellement compréhensible, bouleversant. p
Isabelle Regnier

Documentaire français
de Mariana Otero (1 h 50).

Trenteans plustard, le diablerevientchercherson dû

Denis Dercourt a fabriqué un thriller qui mêle intelligemment le folklore allemand à la musique et à l’histoire contemporaine du pays
Pour ton
anniversaire

A

ppv

ncien alto solo de l’Orchestre symphonique français
et professeurdepuis plus de
vingt ans d’alto et de musique de
chambre au Conservatoire national de région de Strasbourg, Denis
Dercourtréalise un huitième longmétrage irrigué par la musique et
le conte populaire allemands.
Œuvrant hors des sentiers battus, le réalisateur a embarqué sa
caméra en Allemagne, où il vit
depuis quatre ans. En 2012, il y a
tourné La Chair de ma chair, film
d’horreur cannibale sur une mère

à la santé mentale vacillante. Le
cinéma de Denis Dercourt, à qui
l’on doit encore le thriller remarqué La Tourneuse de pages, en
2006, résulte de ce savant alliage
de culture classique et de cinéma
de genre. Tourné de nouveau en
Allemagne et, cette fois-ci, intégralement dans la langue de Goethe,
Pour ton anniversaire établit ce
fructueux brassage d’influences
puisqu’il convoque à la fois le
Märchen (conte populaire allemand) et le cinéma fantastique.
Le Diable, le fatum, la culpabilité, l’effroi infusent la culture allemande. Denis Dercourt reprend
ces grands thèmes à son compte,
pour les passer au filtre de sa sensi-

10–26 janvier 2014

texte et mise en scène

SaiSon 2013-2014

michel deutsch

mc93 tHÉÂtRe De tOUs Les AiLLeURs / www.mc93.com / 01 41 60 72 72

bilité de musicien puisque son
film est, par ailleurs, viscéralementtravaillépar lesformes musicales.
L’étonnant écheveau que le réalisateur va nouer, du début des
années 1980 jusqu’à nos jours, a
pourorigineunerivalitéamoureuse entreadolescents.Paul est secrètement amoureux d’Anna, la petite amie de son camarade Georg. Le
jour de ses 16 ans, Georg lui « donne » la jeune fille, à condition qu’il
la lui rende à l’identique, quand
bon lui semblera. Après avoir scellé ce pacte, Georg disparaît avec
une autre fille, choisie au hasard.
Trenteans plus tard, Georg réapparaît. Il prend la direction de l’entreprise où officie Paul qui, dans l’intervalle, a fondé une famille avec
Anna. Vient-il reprendre ce qui lui
appartenait?

Frontière fantôme
Filmant la première partie dans
une ex-RDA baignée par une
lumière solaire, Denis Dercourt
rompt avec les tonalités ternes
habituellement affectées à l’Allemagne de l’Est. Une singularité
dont profite l’intrigant récit qu’il
va développer. Bien qu’inscrit
dans la tradition du pacte faustien,
le film emprunte des chemins de
traverse qui suspendent le réalismeet l’accrochentà un cauchemar
engourdi.
Les retrouvailles entre le couple
et le froid et mystérieux Georg ne
tardent pas à distiller une angoisse
prenante. Sylvester Groth, venu
du théâtre de l’Allemagne de l’Est,

dans le rôle du Diable aux desseins
opaques, exerce une séduction
fatale et inquiétante, essentielle à
son rôle. Mais quand on croit qu’il
mène le jeu, une autre facette de
l’histoire se révèle, plus politique.
C’est là toute la richesse de ce
thriller. Intelligemment ficelé, il
rattache le folklore germanique à
la musique et à l’histoire contemporaine du pays.
Pour ton anniversaire parle,
sans nostalgie, de cette Allemagne
coercitive d’avant la chute du Mur
et de la subsistance d’une frontièrefantôme,aulendemaindela réunification. Une frontière physique, autant que psychologique et
sociale pour les personnages. Couple de petits bourgeois, Paul et
Anna incarnent la réussite sur
tous les plans. Georg les renvoie
bientôt à leur culpabilité.Le temps
d’un week-end, le trio d’origine
devient quatuor. Invités dans la
maison de campagne du couple,
Georg et sa femme Yvonne apportent confusion, désordre et menace qui culminent dans une scène
de chasse. Elle libère les conflits et
les rancœurs larvés, pour les faire
éclaterquelques scènes plus loin, à
l’occasion d’un final glaçant où
l’on découvre que le personnage le
plus diabolique n’est pas celui que
l’on pensait.
La variation faustienne laisse
ainsi place à un film de vengeance
sec qu’on n’entrevoyait guère et
que des ressorts dramatiques sans
esbroufe, une mise en scène sobre
etefficace,et une bande-sonà l’avenant parent des plus belles quali-

tés. Pour ton anniversaire confirme Denis Dercourt en amoureux
de films de genre, qu’il revisite à
l’aune d’un romantisme noir
incandescent. p
Sandrine Marques

Film franco-allemand
de Denis Dercourt. Avec Mark
Waschke, Marie Baümer,
Sylvester Groth, Sophie Rois,
Johannes Zeiler, Saskia Rosendahl
(1 h 23).

10

0123

culture

Mercredi 8 janvier 2014

Quelques effluves de Saint Laurent

Malgré l’interprétation remarquable de Pierre Niney, l’adaptation de la vie du couturier déçoit

Yves Saint Laurent
pvv

L

orsqu’il naît, le 1er août 1936 à
Oran, personne ne se doute
que le petit Yves Henri Donat
Mathieu-Saint-Laurent va marquerle siècle du sceaude son génie.
Comment imaginer que ce jeune
hommefragileetdouxtransfigurera les rues du monde entier par la
seule grâce de son trait de crayon.
Dans cette Algérie encore française
dont on ne sait pas qu’elle est en
passe de devenir « la chemise sale
de la France», une mère aimante et
coquette le couve de son regard.
Déjà, danssa petite chambre,il dessine des vêtements comme
d’autresrespirent.Naissanced’une
légende.
Le sait-on à présent ? Mesure-t-on à quel point cet homme,
Yves Saint Laurent, fait partie de
notre vie ? La femme en caban ou
en tailleur-pantalon? C’est lui. Et
c’est toute l’esthétique urbaine qui
s’en est trouvée bouleversée. Cette
révolution aussi bien artistique
que sociologique, Yves Saint Laurent, le film de Jalil Lespert, ne parvient malheureusement pas à en
rendre compte, se contentant de
ramener la vie du couturier à une
simple histoire, un album que l’on
feuillette, qui plus est inachevé et
dont on ne sait pas très bien pourquoi il s’interrompt en 1976.
A artiste de génie, cinéaste de
grand talent : ainsi aurait-il fallu
sans doute poser les termes de
l’équation. En sachant de surcroît
que le comédien choisi pour interpréter Saint Laurent, Pierre Niney,
l’est, lui, formidable. Mais, pour
cela, il lui aurait fallu un metteur
en scène qui, par-delà les images,
aille au plus près de la folie créatrice de cet artiste torturé.
D’Oran, voici le jeune Yves qui
« monte » à Paris. 1955-1957: assistant de Christian Dior, avant de
devenir directeur artistique de cette même maison à la mort de son
fondateur. Interrogé dans Arts,
Saint Laurent confie avoir alors
«éprouvé un vide ». « Ce n’était pas
le vide de la peur, ajoutait-il, mais le
vide du rien. J’avais tellement
confiance en lui [Christian Dior],
confiance dans tout ce qu’il disait,

La vieilledame tranquille
etle journaliste

Dans ce film sensible et sans pathos, un duo
cherche un enfant enlevé autrefois à sa mère
Philomena

I

Yves Saint Laurent (Pierre Niney) et sa muse, Victoire Doutreleau (Charotte Le Bon). TIBO & ANOUCHKA-SND

ce qu’il faisait… Personne n’était là
désormais pour dire : cela est bien,
cela est mal.»
Personne ? Un type curieux,
mi-homme d’affaires, mi-esthète,
jouera dès lors ce rôle auprès
d’Yves Saint Laurent. D’emblée ou
presque, il dit à celui dont il vient
de tomber amoureux : « Yves, je
suis là. Le talent, tu l’as. Le reste, je
m’en occupe. Je serai toujours là
pour toi. » Cet homme, c’est évidemment Pierre Bergé (actionnaire du Monde). Dans le film, c’est
GuillaumeGalliennequil’interprète. Ou plutôt essaie, tant on devine
ses difficultés à forcer sa personnalité. Ne parvenant pas vraiment à
incarner ce Pygmalion dur et autoritaire, Gallienne se réfugie, en bon
comédien qu’il est, dans la gestuelleetlesticsde comportement.L’apparence de Bergé en quelque sorte.
Réforme du service militaire,
éviction de chez Dior, les épisodes
s’égrènent. « Je veux pouvoir dessiner et créer en toute indépendance.
Il faut ouvrir notre propre maison
de couture », lance Saint Laurent à
Bergé. Aussitôt dit, aussitôt fait (ou

presque). Premier défilé, premier
triomphe. Le Figaro note: « Il n’apporte rien de vraiment neuf. L’avenir nous dira s’il s’agit d’un feu de
paille.»
L’avenir a répondu : ce fut une
révolution. Et l’homme qui l’orchestra, un révolutionnaire à sa
façon.FrançoiseGiroudabienrésumé l’affaire: « Le secret qui a rendu
YvesSaintLaurentsouveraindeson
époque, c’est qu’il hait la mode. La
modetelle qu’on l’entend,métronome stupide qui bat l’année à deux
temps – été-hiver, hiver-été – et qui
voudrait croire qu’il donne le la. »
Comme en écho, Pierre Bergé a

l l aurait fallu
un metteur en scène
qui aille au plus près
de la folie créatrice
de cet artiste torturé
écrit ceci: «Quiconquea vu une collection d’Yves Saint Laurent sait
bien qu’il ne s’agit pas que de mode.
C’est tout un univers qui s’exprime,
c’est toute une culture faite de peinture, de musique, de littérature, de
cinéma.»
De tout cela, qui fait que Saint
Laurent est un artiste aussi intemporel que le sont ses vêtements, le
film,quis’estfaitpourtantavecl’accord de Pierre Bergé, ne suggère en
définitive pas grand-chose. On
entraperçoit bien Andy Warhol ou
Zizi Jeanmaire, mais c’est à croire
qu’ilsnesontlàquepourfairetapisserie. Du créateur dont l’unique

regret fut de ne pas avoir inventé le
jean, de l’artiste dont l’obsession
était l’adhésion à la rue, il ne reste
que quelques bribes noyées dans
un personnage cantonné en créateur toxico-maniaco-dépressif.
Alors, puisque l’on n’a guère le
choix, on regarde. La collection
Mondrian (sublime), la découverte
du Maroc et du jardin Majorelle
(ratée),lesfemmes quientouraient
Saint Laurent – Victoire (Charlotte
Le Bon, formidable), Loulou de la
Falaise (Laura Smet), Betty Catroux
(Marie de Villepin). Histoires
d’amours, histoires de baises, déluge de coke, des morceaux épars de
la vie du couple Saint Laurent-Bergé défilent sous nos yeux. En voix
off, Pierre Bergé-Guillaume Gallienne se souvient. 1976 : « Tu es
entré en maladie comme on entre
en religion. Tu n’étais plus heureux
que deux fois par an, au printemps
et à l’automne.»
Il faudra attendre début 2002
pour qu’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé décident de mettre fin à
l’aventure de leur légendaire maisondecouture.«Créationetmarketing ne font pas bon ménage. Cette
époque n’est plus la nôtre », expliquait alors Pierre Bergé en une
magnifique pirouette, clé manquante, parmi d’autres, de ce film
décevant.
Reste Pierre Niney. Plus qu’il ne
le joue, il est Saint Laurent. Epoustouflant. p
Franck Nouchi

Film français de Jalil Lespert. Avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte
Le Bon, Laura Smet (1 h 40).

ppv

l aura fallu biendu temps à Philomena(JudiDench)pourmontrer sa grande blessure : devenue vieille dame, elle raconte un
soir à sa fille l’histoire qu’elle a
cachée à tous. Dans les années
1950, après une nuit sous les étoiles irlandaises avec un garçon au
joli sourire, elle est tombée enceinte. Placée dans une institution
tenue par des religieuses, elle a vu
Anthony naître, grandir, et un
beau jour… partir. Adopté par des
étrangerset emmenévers une destination que l’on n’a jamais voulu
lui apprendre.
Alors que tout espoir de retrouver Anthony semble perdu, Philomena croise le chemin de Martin
Sixsmith (Steve Coogan), un journaliste qui, devinant la matière
d’un article à succès, accepte de
reprendre l’enquête avec elle…
Plus connu du grand public
pour ses talents comiquesque dramatiques, l’acteur Steve Coogan
(Tournage dans un jardin anglais,
2004) a découvert l’histoire de
Philomena Lee dans le journal, et a
immédiatement voulu la porter à
l’écran. Coscénariste et producteur du film, il s’est entouré du
réalisateur Stephen Frears (Les
Liaisons dangereuses, 1988, The
Queen, 2006) et de l’actrice toujours admirable Judi Dench, pour
raconter la quête fragile mais pas
désespérée entreprise par Philomena Lee avec cinquante ans de
retard.
A l’origine de ce récit, une belle
intuition: au lieu d’adapter le livre
à succès de Martin Sixsmith, The
Lost Child of Philomena Lee (édité
en français aux Presses de la Cité,
sous le titre Philomena), les scénaristes ont choisi de faire de la relation peu ordinaire entre la vieille
infirmièreet le journalistedésabusé, qui n’apparaissait pas dans le
livre, le nerf de l’histoire.
Idéalement incarné par les
deux acteurs principaux, ce tandem donne son souffle au film, et
sa saveur particulière. A aucun
moment le pathos n’y aura droit
de cité. C’est dans un bar à salades
populaire que Philomena, tout en
remplissant avec délectation son
bol, raconte pour la première fois
son histoire à un Martin à demi
convaincu, et en l’assaisonnant de
commentaires satisfaits sur les
qualités gustatives du repas. Lui,
qui a connu les hautes sphères du
monde politique, le raffinement
ampoulé des belles manières, est
d’abord réticent à se laisser désarçonner par l’expérience unique à

laquelle cette petite vieille dame si
tranquille l’invite.
Le film déroule longtemps et
toujours justement l’étrangeté
très réciproque qu’ils éprouvent
d’abord. Philomena ne comprend
pas le second degré que Martin
affectionne,et ils ontdumal à trouver les mots pour se comprendre.
Bien pensé, bien construit, très
bien écrit, le scénario de Steve Coogan et de Jeff Pope est un modèle
d’équilibre et de finesse, qui s’apprécie tout particulièrement dans
son traitement des enjeux pourtant polémiques de l’histoire.
Au-delà de la question des mots, ce
sont les regards qui s’opposent.
Etrangèreà touteforme d’acharnement revanchard, Philomena
conserve, à mesure que les découvertes se succèdent, une sérénité
que Martin est incapable de comprendre.
Il voudrait s’approprier le drame, faire dire à la Philomenatransformée ces paroles de rancune et
de jugement qui ne lui viennent

Le scénario
de Steve Coogan
et de Jeff Pope est
un modèle d’équilibre
et de finesse
jamais aux lèvres. Mais lentement, sans jamais faire autre chose que demeurer elle-même, avec
toute sa finesse cachée et la force
extraordinairede sa tolérance,Philomena ouvre les yeux du journaliste à sa version de l’histoire, celle
dont il voulait la priver et à laquelle elle a droit.
Dans un finale aux antipodes
du tragique, Sixsmith finit par
accuser le coup, et la véritable
essence du film se dévoile : au travers de cette rencontre et de l’histoire malheureuse qui l’a orchestrée avec cinquante ans de retard,
c’est bien d’une leçon de morale
qu’il est et a toujours été question.
Voilàqui n’a rien de très sensationnel ni de très attirant, surtout si
l’on venait chercher en Philomena, comme Martin le faisait
d’abord, un parfum d’injustice et
de scandale.
Mais arpentés par ces deux
acteurs extraordinaires, les chemins qui se croisent, de la jeunesse
àla vieillesse,de lapolitiqueà l’intime et de la rancune au pardon,
prennent une beauté saisissante. p
Noémie Luciani

Film anglais de Stephen Frears. Avec
Judi Dench et Steve Coogan (1 h 38).

© ARTE France Cinéma - ZDF/ARTE - Rhône-Alpes Cinéma - Hérodiade - K’IEN Productions - LOOKS Filmproduktionen - Les Films d’Ici 2013.

UnechroniquelycéenneilluminéeparShaileneWoodley

La romance de deux adolescents mal assortis tire sa force d’un casting sans faille
The Spectacular Now
pvv

T

he Spectacular Now, adapté
du roman éponyme de Tim
Tharp, a bénéficié d’un buzz
important au dernier Festival de
Sundance, où ses deux jeunes
comédiens ont reçu un double
Prix d’interprétation. Une distinction méritée, car le film, c’est eux,
ou plutôt elle, Shailene Woodley.
Danscette comédie douce-amère, on ne voit que cette actrice de
22 ans, promise à n’en pas douter à
un avenir glorieux. Elle illumine le
troisième film de James Ponsoldt,
dont les productions antérieures
ne sont pas encore parvenues jusqu’à nous. Toute la force de cette
production indépendante tient
d’ailleurs à son casting sans faille,
qui atténue ses fragilités.
Sutter est un garçon charmeur,
populaire et intelligent. Quand
Cassidy, sa petite amie, rompt
avec lui, son monde s’écroule.

N’étant plus la coqueluche du
lycée, Sutter s’adonne encore plus
qu’à l’accoutumée à la boisson.
Au sortir d’une nuit de beuverie, il atterrit sur un gazon où le
trouve la douce Aimee. Responsable, mature et raisonnable, la
jeune fille est l’antithèse de Sutter.
Mais fidèle au vieil adage selon
lequel les contrairess’attirent, Sutter et Aimee se lancent dans une
romance qui va permettre au garçon d’aborder l’âge adulte avec
sérénité.
Traité sur le mode de la chronique lycéenne, avec son cortège de
passages obligés (le bal de promo,
la remise des diplômes, les atermoiements liés au choix de l’université), le film s’attache davantage à esquisser la psychologie des
personnages qu’à dessiner de réels
enjeux dramatiques. L’action se
réduit à peu d’éléments dans ce
film minimaliste, parfois un peu
trop bavard, qui joue sur la gamme ténue des sentiments.

Le mal-être de Sutter se cristallise bientôt autour de la rencontre
tant désirée avec un père qui s’avérera être un pathétique ivrogne,
campépar un Kyle Chandler(inoubliablecoach Taylorde la série télévisée « Friday Night Lights »), fracassé à souhait. A la suite de cette

Le mal-être du héros
se cristallise autour
de la rencontre tant
désirée avec un père
qui s’avérera être un
pathétique ivrogne
entrevue qui laisse planer le spectre de l’atavisme sur sa tête, Sutter
croit qu’il appartient à la catégorie
des maudits.
Sans en dévoiler la portée, on ne
manquerapas de voir des similitudes dans le final de The Spectacular
Now avec Will Hunting, de Gus Van

Sant, cité dans un plan de voiture
qui fonce vers la bien-aimée, partie faire ses études loin du garçon à
problèmes. En dépit de cet
emprunt, la séduction opère.
L’attrait tout entier du film
tient à la grâce et à l’alchimie des
deux acteurs principaux qui n’ont
pas le glamour éphémère des jeunes premiers, recyclables à l’envi.
Teller et Woodley possèdent, au
contraire, un charme qui n’a rien
de volatil.
Avec son joli « gravillon » dans
la gorge etses yeux immenses,l’actrice Shailene Woodley n’a
d’ailleurs pas laissé insensibles les
studios, qui ont vu en elle la nouvelle Mary Jane dans le prochain
Spider-Man, après Kirsten
Dunst. p
Sandrine Marques

Film américain de James Ponsoldt.
Avec Miles Teller, Shailene Woodley,
Brie Larson, Jennifer Jason Leigh, Kyle
Chandler, Bob Odenkirk (1 h 35).

0123

culture

Mercredi 8 janvier 2014

LES FILMS DE LA SEMAINE
n Retrouvez l’intégralité

de la critique sur Lemonde.fr
(édition abonnés)

ppv À VOIR
A ciel ouvert
Documentaire français
de Mariana Otero (1 h 50).
Pour ton anniversaire
Film français de Denis Dercourt
(1 h 23).
Philomena
Film anglais de Stephen Frears
(1 h 38).

pvv POURQUOI PAS
Yves Saint Laurent
Film français de Jalil Lespert
(1h 40).
The Spectacular Now
Film américain de James Ponsoldt
(1 h 35).
n Les Sorcières

de Zugarramurdi
Film espagnol et français d’Alex
de la Iglesia (1 h 52).
En route vers la frontière française après un braquage à Madrid, un
groupe d’hommes entre dans le
village de Zugarramurdi, le Salem
espagnol, où les vieilles légendes
et les sorcières semblent avoir la
vie dure… Mariant l’humour noir
au fantastique, opposant le féminisme revanchard au machisme
éternel, le film d’Alex de la Iglesia
est une machine délirante et
inventive au rythme effréné qui,
si elle s’égare un peu dans une histoire d’amour convenue, reste des
plus distrayantes. p N. Lu.

go a renoncé à sa carrière par
amour pour Furio. Mais le temps a
passé et c’est à son travail que
Furio consacre désormais son
énergie et sa passion. Margo se laisse gagner par l’angoisse de perdre
l’homme pour lequel elle a tout
sacrifié. Uniquement préoccupée
de l’élégance raide de sa mise en
scène, la réalisatrice fait régner l’artifice à tous les niveaux d’une histoire sans grâce ni force. p N. Lu.
n En parler ou pas

Film français de Marion Lary
(1h 15).
Divisé en trois parties, En parler
ou pas aborde les thèmes du sexe,
de l’engagement politique et de
l’argent à travers trois récits autonomes, chacun porté par une actrice, et par une belle croyance dans
la puissance performative de la
parole. Issue du documentaire,
Marion Lary parvient à faire croire à la véracité de ses personnages,
mais pas à son récit. Il eût fallu
pour cela que ses fictions s’émancipent des questions qu’elles illustrent, qu’elles se délestent du discours bien-pensant, un peu monolithique, qui les sous-tend. p I. R.
n Homefront

Film américain de Gary Felder
(1 h 40).
Un ancien agent des stups, retiré
des affaires, doit reprendre les
armes quand un trafiquant menace sa famille. Sur un scénario écrit
par Sylvester Stallone, Homefront
livre une nouvelle variation sur la
violence et sa légitimité, comme
dans Rambo. Mais la violence
d’Etat laisse ici place à des spécificités individuelles guère passionnantes qu’aggrave une mise en
scène aussi lourdaude que le jeu
des acteurs. p S. Ma.
n Lovelace

vvv ON PEUT ÉVITER
n Les Gouffres

Film d’Antoine Barraud (1 h 02).
Huit gouffres viennent d’être
découverts dans un pays hispanophone non déterminé. Le professeur Lebrun (Mathieu Amalric) s’y
rend avec son épouse, qui, seule
dans un hôtel isolé et désaffecté,
perd la raison pendant qu’il les
visite. Le mari durablement
absent, c’est donc au spectateur de
souffrir ce moment avec elle,
d’autant plus long que le personnage, opaque, et l’intrigue, arbitraire, peinent à le concerner. p J. Ma.
n Cadences obstinées

Film français de Fanny Ardant
(1 h 41).
Violoncelliste de grand talent, Mar-

Film américain de Rob Epstein
et Jeffrey Friedmann (1 h 33).
Elle fut la vedette de Gorge profonde et l’une des premières stars du
cinéma pornographique. Ce récit
biographique tente de dénoncer
l’envers de l’industrie pornographique en montrant comment,
suivant en cela les déclarations
tardives de la vraie Linda Lovelace, l’actrice fut contrainte par son
mari et par les mafieux qui produisirent le film. La dénonciation
est incroyablement puritaine et
bien peu crédible. p J.-F. R.

NOUS N’AVONS PAS PU VOIR
n Destination Love

Film américain de David E. Talbert
(1 h 37).

Les meilleures entrées en France
Nombre de
semaines
d’exploitation

Nombre
d’entrées (1)

Nombre
d’écrans

Evolution
par rapport
à la semaine
précédente

Total
depuis
la sortie

Le Loup de Wall Street

2

600 107

648

! – 26 %

1 613 431

Belle et Sébastien

3

546 034

660

! – 13 %

2 166 069

Le Hobbit :
La Désolation de...
La Vie rêvée
de Walter Mitty
Paranormal Activity :
The Marked Ones

4

506 786

840

! – 40 %

4 278 356

1

373 324

456

373 324

1

320 060

238

320 060

Jamais le premier soir

1

309 193

280

309 193

Le Manoir magique

2

275 888

413

!

–4%

674 277

Albator,
corsaire de l’espace
Hunger Games :
L’Embrasement

2

181 677

251

! – 32 %

525 177

6

135 575

410

! – 35 %

3 050 365

5

124 801

533

! – 34 %

1 394 603

Casse-tête chinois
AP : Avant-première
Source : Ecran Total

* Estimation
(1) Période du 1er au 5 janvier inclus

En temps de crise et d’incertitude, c’est connu, on se rabat sur les
valeurs traditionnelles, on plébiscite le familier au détriment de l’aventure. Un coup d’œil sur les quatre premiers titres de ce tableau le confirme.
Quatre millions d’entrées pour le retour de la princesse Disney (La Reine
des neiges), 1,6 million pour Le Loup de Wall Street, de Scorsese, 2millions
pour un feuilleton français exhumé des sixties (Belle et Sébastien), 4millions pour le cinquième volume de la franchise Hobbit (La Désolation de
Smaug). Voilà pour les films en continuation. Quant aux nouveautés,
c’est le cinquième opus de l’horrifique Paranormal Activity qui rafle la
mise cette semaine avec une moyenne éléphantesque de 1 300spectateurs par copie. Dans ce contexte déprimé, l’audace a le vent en berne,
comme en témoigne Nymph()maniac 1, dont les sulfureuses promesses
n’ont pas mobilisé plus de 50000 spectateurs. Drôle d’époque!

11

Année morose pour le cinéma français
Selon le CNC, le nombre d’entrées en salles, en recul en 2013, s’établit à 192millions

L

e plus gros week-end de l’année, dans les salles de cinéma, a été atteint pendant les
fêtes, entre Noël et le Jour de l’an.
Et le mois de décembre a connu
une embellie de la fréquentation,
avec quelques beaux succès comme Le Loup de Wall Street : sorti le
25 décembre, le film de Martin
Scorsese, avec Leonardo DiCaprio,
a réalisé plus d’un million d’entrées en une semaine… Autres sortiesde fin d’année,La Reine des neiges, de Chris Buck et Jennifer Lee,
Le Hobbit : la désolation de Smaug,
de Peter Jackson, ou encore Belle et
Sébastien, de Nicolas Vanier – qui
vient de franchir les deux millions
d’entrées – ont régné sur le boxoffice.
Mais l’on ne rattrape pas en un
mois une année morose. Et, globalement, 2013 n’a pas connu de
filmstrès porteurs surle plan commercial, c’est la raison principale
de la baisse de la fréquentation en
salles, sur les douze derniers mois.
Ainsi, le nombre d’entrées s’établit
à 192,79 millions en 2013, selon les
données (provisoires) du Centre
national du cinéma et de l’image
animée (CNC), contre 203,56 millions en 2012. Il faut remonter à
2008 pour trouver un moins bon
score – 190,2 millions d’entrées,
malgré l’énorme succès de Bienvenue chez les Ch’tis, de Dany Boon
(20,4 millions d’entrées). Depuis
l’année 2009, le seuil des 200 millions d’entrées avait toujours été
atteint.
Rien de tel en 2013. L’année a été
« marquée par l’absence de très
gros succès et ce, quelle que soit la
nationalité des films », lit-on dans
le communiqué du CNC. Pour la
première fois depuis plus de
dixans, aucun film n’a réalisé plus
de 5 millions d’entrées. En 2013,
seuls huit longs-métrages ont réalisé plus de 3 millions d’entrées. Le

Pour la deuxième fois
au cours des dix
dernières années,
aucun film français
n’a atteint les
5millions d’entrées
trio de tête est composé de films
exclusivement américains : Moi,
moche et méchant 2, de Chris
Renaud et Pierre Coffin (4,6 millionsd’entrées); Iron Man3,de Shane Black (4,4 millions), et Django
Unchained, de Quentin Tarantino
(4,3 millions). Suit, en quatrième
position,le long-métragebritannique et américain Gravity, d’Alfonso Cuaron (4,1 millions), puis le
film français Les Profs, de PierreFrançois Martin-Laval (près de
4 millions d’entrées) – le seul film
français à avoir franchi la barre des
3 millions d’entrées en 2013.
Pour la deuxième fois au cours
des dix dernières années, « aucun
film français n’a atteint 5 millions
d’entrées », note encore le CNC.
Numéro deux, derrière Les Profs,
Les Garçons et Guillaume, à table !,
de Guillaume Gallienne, réalise le
joli score de 2,2 millions d’entrées
– et sa carrière en salles n’est pas
finie –, devant Boule & Bill,
d’Alexandre Charlot et Franck
Magnier (2 millions). Suivent
9 mois ferme, d’Albert Dupontel
(1,9 million d’entrées pour l’instant), puis Jappeloup, de Christian
Duguay (1,8 million). Seize films
français réalisent plus d’un million d’entrées, contre vingt-deux
en 2012. La Vie d’Adèle, d’Abdellatif
Kechiche, Palme d’or à Cannes,
n’en est pas loin, avec
986 000 entrées.
En 2013, les films français ont
représenté seulement un tiers des
entrées (64,19 millions), soit une
part de marché qui chute à 33,3 %,
le plus mauvais score depuis au
moins dix ans – selon les années, le
taux oscille autour de 36 %, 40 %,
voire 45,4 % en 2008, l’année de
sortie de Bienvenue chez les Cht’is.
Par contraste, la part de marché

« Les Garçons et Guillaume, à table ! » , de Guillaume Gallienne, encore en salles, a enregistré, à fin 2013,
le joli score de 2,2 millions d’entrées. THIERRY VALLETOUX

du cinéma américain progresse, et
s’élève à 53,9 %, avec un total de
103,89 millions d’entrées en 2013.
Cette performance n’est pas liée
au score faramineux de quelques
blockbusters,mais à un largeéventail de productions. En effet, quinze films américains ont dépassé
lesdeux millions d’entrées,et trente-cinq au total ont franchi le seuil
du million, soit le nombre le plus
élevé depuis dix ans.
Enfin, les films non français et
non américains réalisent 12,8 %

des entrées totales en 2013, avec
24,72 millions d’entrées.
Certains professionnels pointent du doigt le piratage, lequel
aurait grimpé, depuis la suppression, en juillet 2013, de la sanction
de la coupure d’accès à Internet,
prévue en dernier stade pour les
internautes ayant téléchargé illégalement des œuvres – une sanction jamais appliquée mais qui
pouvait avoir un effet dissuasif. La
crise et la baisse du pouvoir
d’achat expliquent aussi sans dou-

te les mauvais chiffres de 2013.
Pour attirer le jeune public et les
familles, la Fédération nationale
des cinémas français (FNCF) a lancé un nouveau tarif de 4 euros
pour les spectateursâgés de moins
de 14 ans, en vigueur depuis le
1er janvier. C’est aussi un geste de
bonne volonté de la part des
exploitants, visant à répercuter
sur le prix des billets la baisse de la
TVA (taux réduit à 5,5 %) dont ils
bénéficient depuis cette date. p
Clarisse Fabre

12

0123

culture & styles

CINÉMA

JaneCampionprésiderale jury
du Festivalde Cannes

La réalisatrice, productrice et scénariste néo-zélandaise Jane Campion
présidera le jury de la 67e édition
du Festival de Cannes. Palme d’or
1993 pour son film La Leçon de piano, Jane Campion est la seule femme à s’être vue décerner cette prestigieuse récompense. Cas unique
dans l’histoire de Cannes, elle a
également obtenu la Palme d’or
du court-métrage en 1986 pour
Peel. Avant elle, d’autres femmes
ont déjà présidé le jury cannois : Michèle Morgan, Jeanne
Moreau, Françoise Sagan, Isabelle Adjani, Liv Ullmann et Isabelle
Huppert.
Outre La Leçon de piano, Jane Campion a réalisé plusieurs autres
longs-métrages parmi lesquels Sweetie (1989), Un ange à ma
table (1990), Portrait of a Lady (1996), Holy Smoke (1999), In the
Cut (2003), Bright Star (2009). Elle est également l’auteur de la
remarquable série « Top of the Lake », diffusée en 2013 sur Arte.
« Originaire d’un pays et d’un continent où le cinéma est rare et
puissant, Jane Campion fait partie de ces cinéastes qui incarnent
à la perfection l’idée qu’on peut faire du cinéma en artiste et séduire un public planétaire », a déclaré, mardi 7 janvier, le délégué
général du Festival, Thierry Frémaux. Le Festival de Cannes aura
lieu cette année du 14 au 25 mai. En 2013, le jury cannois était présidé par Steven Spielberg. p Franck Nouchi (PHOTO : LOIC VENANCE/AFP)

Mortdu photographe
Jean-FrançoisBauret

Le photographe Jean-François Bauret, auteur de nombreux portraits nus en noir et blanc, est mort le 2janvier à l’âge de 81 ans. On
le connaît en particulier pour un scandale: en 1967 il est l’auteur
d’une publicité pour les sous-vêtements Sélimaille, qui fit sensation en montrant pour la première fois un homme nu. En 1970, il
s’attaque à un autre tabou en signant une campagne pour le lait
Materna montrant une femme enceinte nue avec sa petite fille.
Devenu photographe à la fin des années 1950, il a vu sa carrière
coïncider avec l’essor de la publicité, se trouvant associé rapidement à la pratique du nu et du portrait en noir et blanc. Ses images ont été régulièrement publiées dans les magazines, à commencer par Zoom. Il a été exposé au Centre Pompidou et est aussi
l’auteur de l’ouvrage Portraits nus (éd. Contrejour, 1984). Plus
récemment, il a cofondé le site Photographie.com. p
Claire Guillot

Design

LejaponaisNendosouffle
les250bougiesde Baccarat

Pour ses 250 ans, la cristallerie Baccarat, née en 1764 dans la bourgade lorraine du même nom, annonce une myriade de festivités.
Deux expositions à Paris sont ainsi prévues, dont une au Petit
Palais en fin d’année, un hôtel Baccarat ouvrira bientôt à
NewYork, un livre, Baccarat, deux cent cinquante ans, de Laurence Benaïm et Murray Moss, vient de paraître aux éditions Rizzoli
(420 p., 65 euros)… De son côté, le designer japonais Nendo a imaginé un échiquier en cristal (réalisé en cinquante exemplaires)
qui a nécessité plus de deux cents heures de travail. « Nous partageons la même philosophie, celle de célébrer la matière et de la travailler, en la valorisant, mais en ne cachant rien. Avec le cristal,
pas d’artifice possible ! », estime Daniela Riccardi, directrice générale de Baccarat. Le créateur, lui, salue « le geste, le talent artistique et le savoir-faire unique des artisans dont la générosité et l’implication ont magnifié chaque pièce. Le résultat est enveloppé de
mystère». p Mélina Gazsi (PHOTO : THIERRY PEUREUX/BACCARAT/NENDO)

Musique Les internautes américains découvrent le
nouvel album de Bruce Springsteen avant sa sortie

Les douze chansons de High Hopes, nouvel album du chanteur,
guitariste et auteur-compositeur américain Bruce Springsteen,
sont diffusées, depuis le 5 janvier et pour une semaine, sur le site
Internet de la chaîne d’information et de divertissement CBS.
Seuls les internautes dont les comptes sont enregistrés aux EtatsUnis ont accès aux chansons, diffusées en streaming, tandis que
le reste du monde ne peut écouter que le titre d’ouverture,
HighHopes, qui donne son nom au dix-huitième album de
Springsteen, dont la sortie mondiale est prévue le 14janvier. Le
28décembre 2013, ces chansons avaient été mises en vente par
erreur sur le site américain d’Amazon, avant d’être retirées.

Politique culturelle Journée de mobilisation
des artistes

A l’initiative de divers syndicats et associations, parmi lesquels le
Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles, une
journée de mobilisation est prévue, lundi 13janvier, dans divers
lieux culturels, de la Maison de la culture d’Amiens au Théâtre des
Treize-Vents à Montpellier – onze régions sont concernées. L’événement, intitulé « L’Art en campagne», vise à interpeller les élus
et les citoyens sur la place de la culture dans les politiques locales,
à l’approche des élections municipales de mars. Les organisateurs
dénoncent, également, l’érosion des crédits alloués à la création.

Mercredi 8 janvier 2014

Design Plus enveloppants, plus moelleux, plus sensuels… Les fabricants de meubles

s’adaptent aux nouvelles exigences d’aménagement de l’espace

Une folle envie de canapés nids

Q

uand les historiens scruteront les XXe et XXIe siècles à
la lorgnette, ils seront surpris de voir avec quelle force la pesanteur terrestre s’est exercée sur nos contemporains.Jusque
dans les années 1960, les Français
s’asseyaient droits dans de raides
canapés, façon banquettes de bus.
En 2013, ils se vautrent sur le sofa
devant la télé, à la façon d’otaries
échouées sur les rochers, comme
l’illustre une publicité pour Cuir
Center.
Les fabricants de meubles se
sont adaptésà ces nouvellespostures. Désormais, les canapés adoptent des formes généreuses, voire
opulentes, façon nid moelleux. Le
Ruché, d’IngaSempé,telleune doudoune matelassée jetée sur une
structure en bois, le Ploum, de
Ronan et Erwan Bouroullec, fruit
mûr enveloppant et voluptueux,
ou le canapé Nautil, de Cédric
Ragot, sorte de coquille au cœur
tendre, invitent à la paresse. Avec
le fauteuil réchauffé de mouton
noir de Mongolie de Cassina, ou la
chaise Kago en hêtre et mouton
blanc de Jean-Marc Gady pour Perrouin, les salons se garnissent d’assises aux amortisseurs douillets.
On est loin de la caquetoire du
XVIe siècle, un des premiers sièges
audossier en boislégèrementincliné, conçu pour les dames – d’où
son surnom de « chaise à femme»– afinde papoterdansun semblant de confort. L’un des pion-

Sofa Belly Love par
Florence Jaffrain,
Galerie Slott. DR

Fauteuil en laine
noire de Mongolie,
Tre Pezzi Wool de
Franco Albini pour
Cassina. NICOLA ZOCCHI

On peut imaginer
prendre congé
du monde en se
glissant dans le
« sofa sensoriel »
Belly Love , inspiré
d’un corail mou
niers de la posture décontractée
est né il y a quarante ans : un canapé tout en mousse assemblée sous
une housse au plissé couture, le
Togo, de Ligne Roset. « Dans les
années 1970, la génération baba
cool vivait au ras de la moquette :
pour elle, nous avions inventé ce
sofa sans pieds, à ras du sol, déclare
PatrickSztajnbok,directeurde l’enseigne Ligne Roset. Aujourd’hui,
nous proposons des produits plus
enveloppants, plus moelleux, plus
sensuels encore, mais le Togo est
encore numéro un de nos ventes,
après avoir chuté dans les années
1990. Avec la crise, les consommateurs transforment leur intérieur
en abri douillet pour toute la
famille», estime M. Sztajnbok.
La maison : un refuge pour
Bisounours, à l’écart des tumultes
du monde ? Pas exactement.
« Avant 2008, on faisait tout
dehors: on sortait en boîte de nuit,
au restaurant… En 2014, on fait
tout dedans : son pain, son café, du
commerce en ligne ou du sport
devant la télévision équipée d’une
Kinect…»,souligneVincentGrégoire, « faiseur de tendances » chez
NellyRodi. Ce retour à l’intérieur
ne serait donc pas un repli, mais
une nouvelle façon de vivre proté-

gés, à plusieurs, contre les
méfaits perçus de la
pollution, l’insécurité, le chômage… « On
neparleplusde “cocooning”, précise Vincent
Grégoire, mais de “hiving”, qui signifie “rucher”, car les gens
sont ensemble, mais
ils surfent sur les
tablettes, téléphonent, travaillent de
chez eux : ils ont
une fenêtre ouverte sur le monde. »
Autant dire que
chacun vit sa vie
de son côté, mais
ensemble.
Voilà qui implique un
nouvel aménagement de l’espace.
La pièce à vivre est devenue une
sorte de lieu multitâche. Les Français passant en moyenne plus de
dix-huit heures par jour chez eux
(selon la 14e édition de Francoscopie,publiéeen2013), il s’agitdepréserverà la fois la convivialitéet l’in-

Fauteuil Hosu
transformable
en chaise longue,
de Patricia
Urquiola pour
Coalesse. COALESSE

Canapé Ploum de Ronan
et Erwan Bouroullec,
pour Ligne Roset. DR

timité de chacun. Pour la famille
qui s’affale de concert, le canapé
Standard Edra, de Francesco Binfaré, a tout prévu. Ses coussins
sont comme autant de gros
oreillers, pas forcément symétriques, qui servent de dossier, mais
aussi d’accoudoir ou d’assise, afin
que plusieurs personnes puissent
s’installer dans des postures différentes. Même souci de répondre
aux envies versatiles de plusieurs
individus avec le Concentré de vie,
de Matali Crasset : soit un ensemble d’assises imbriquées les unes
dans les autres, à agencer à son gré
pour sortir ici un pouf, là un accoudoir ou une table d’appoint.
Les bavards et les taiseux peuvent désormais faire bon ménage.
Tandisque le canapéPloumenversion 4 places rapproche physiquement les personnespour échanger
plus commodément – grâce à sa
formeen croissantde lune –, le fauteuil Hosu, chez Coalesse, a été
conçu par l’Espagnole Patricia
Urquiola comme un coin bureau
avec porte-documents, reposepieds… pour s’isoler « dans sa bulle » et travailler confortablement.
Les amoureuxpeuvent se lover, au
milieu de tous, dans la chaise pour
deux Casamania Collerette, dont
le dossierest en réalité une couverture enroulée.
On peut même imaginer prendre temporairement congé du
monde en se glissant dans le « sofa
sensoriel » Belly Love (« Ventre de
l’amour», selon la designer), inspiré d’un corail mou. « Je voulais
d’une forme souple qui s’adapte
au corps et non pas
l’inverse»,expliqueFlorence Jaffrain, qui, à
la tête de sa propre
maison d’édition
YouNow,a dessiné
cette pièce surprenante. « On passe
son temps à s’adapter
au monde extérieur : il faut
savoir lâcher prise, vivre l’instant
pour donner le meilleur de soimême», assure la designer bretonne. Ce mobilier « zen » est proposé
en tissu de différentes couleurs,
dans sa boutique du 4, rue Hérold,
à Paris. Le prototypequi s’éclaire doucement la nuit – grâce à des matériauxluminescents mis au point
avec l’Ecole nationale
supérieure des arts et
industries textiles de
Roubaix – avait été
créé pour l’ouverture
de la Galerie Slott, en
2010, à Paris. Il sera
l’une des attractions
du Forum Tendance du
Salon Maison et objet, du
vendredi24 janvier au mardi 28 janvier, à Paris-Nord- Villepinte. p
Véronique Lorelle

0123

Chanteur

Le Conservatoire national supérieur
de musique et de danse de Paris

Phil Everly

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AU CARNET DU «MONDE»

Décès
L’Association des Amis du Maitron
a la tristesse de faire part de la mort de

Jean AISENMANN,
dit Jean ALLARD.

Né le 16 juin 1922 à Paris, mort
le 26 décembre 2013 à l’hôpital Bégin,
ouvrier typographe puis linotypiste,
syndicaliste du Livre, militant trotskiste
puis communiste, l’un des fondateurs
du groupe Le Communiste.
Autodidacte passionné d’histoire sociale
et de peinture, Jean-Jacques Aisenmann
accompagna pendant vingt-cinq ans
l’équipe du Maitron comme relecteur, avec
sa femme Renée, participant aux
séminaires et aux journées du Maitron,
y compris à la dernière du 4 décembre
2013.
Nous sommes de tout cœur avec ses
filles, Michelle et Claire, ainsi que Ginette,
les équipes du SSIAD de Rosny-sous-Bois
et ses colocataires qui lui rendirent
ses dernières années plus faciles.

En 1961. MICHAEL LEVIN/CORBIS

A

vec des mélodies
subtiles, leurs harmonies vocales limpides, l’évocation
des
tourments
amoureux de l’adolescence souvent dans la forme de
la ballade country avec des accroches légèrement rock, le duo vocal
The Everly Brothers aura été, de la
fin des années 1950 au milieu des
années 1960, l’un des plus fameux
dans le monde musical anglosaxon. Les Beatles, les Beach Boys,
Crosby, Stills and Nash, Bob Dylan,
les Byrds ou Simon and Garfunkel
auront régulièrement témoigné
de l’influence des frères Everly,
Don et Phil. Ce dernier, né le 19janvier 1939 à Chicago (Illinois), est
mort vendredi 3 janvier, à Burbank
(Californie), des suites d’une maladie pulmonaire. Il était âgé de
74ans.
En 1954, les frères, qui ont fait
leursdébuts au chant et à la guitare
lors de l’« Everly Family Show», un
programme radio en famille, sont
repérés par le guitariste et producteur Chet Atkins (1924-2001).
Durant deux ans il ne se passe rien.
19 janvier 1939 Naissance
à Chicago (Illinois)
1957 Sortie du single
« Bye Bye Love », premier
succès des Everly Brothers
1968 Parution de l’album
« Roots »
1973 Après un concert
le 14 juillet, Phil Everly annonce
qu’il ne jouera plus jamais
avec son frère Don
1983 Reformation
des Everly Brothers
3 janvier 2014 Mort
à Burbank (Californie)

Chet Atkins pourtant croit en eux
et les met en contact avec l’éditeur
Acuff-Rose Music et la maison de
disques Cadence Records. Bye Bye
Love, chanson écrite par Felice et
Boudleaux Bryant, qui vont devenir leurs auteurs réguliers, sort en
mars 1957. Le premier d’une série
de succès qui s’enchaînent durant
trois ans : Wake Up Little Susie, This
Little Girl of Mine (reprise de Ray
Charles), All I Have To Do Is Dream,
Bird Dog, Devoted To You, ’Till I
Kissed You (écrite par Don Everly),
Let It Be Me (reprise de Je t’appartiens, écrite en 1955 par Pierre
Delanoë et Gilbert Bécaud)…
Le duo a détrôné Elvis Presley
dans le cœur des teenagers – il est
vrai sous les drapeaux de
mars1958 à mars1960. A Don, timbre de baryton, la plupart des parties solistes dans les couplets, à

13

disparitions & carnet

Mercredi 8 janvier 2014

Phil, timbre de ténor, le soin de
rejoindre son frère sur les refrains,
où s’épanouit l’accord entre leurs
deuxvoix.Enfévrier 1960,lesEverly Brothers signent avec Warner
Bros un contrat devenu historique,
qui leur accorde, sur dix ans, une
garantiede100000dollarsderevenus annuels, du jamais vu alors.
Cathy’sClow,écriteparlesdeuxfrères, devient numéro 1 un peu partout, vendue à près de 8 millions
d’exemplaires. La ronde des succès
se maintient avec So Sad (To Watch
Good Love Go Bad), Walk Right
Back, Crying In The Rain, That’s Old
Fashioned (leur dernière chanson à
être classée dans les dix meilleures
ventes aux Etats-Unis, fin 1962).

Racines country
Mais, derrière les sourires et la
mise proprette, les choses sont
plus sombres. Pour tenir le coup
entre les enregistrements et les
tournéesincessantes,lesfrères carburent aux amphétamines, surtout Don. Et les relations avec
Cadence Records et leur maison
d’édition ne sont pas sereines. Le
label publie ainsi des enregistrements du duo, en parallèle de ceux
de WarnerBros, dont When Will I Be
Loved, écrite par Phil Everly. Le
conflit avec Acuff-Rose se terminera fin 1964. La période de gloire des
Everly Brothers touche à sa fin, les
Etats-Unis ont de nouveaux chouchous, les Beatles et tout ce qui
vient de Grande-Bretagne.
En 1968, l’album Roots, retour
aux racines country, bénéficie
d’un bon accueil critique, sans suite. Le duo tourne de moins en
moins, les frères ne s’entendent
plus. Lors d’un concert le 14 juillet
1973 au Knott’s Berry Farm de Buena Park (Californie), Phil Everly brise sa guitare sur scène et sort du
concert en jurant qu’il ne travaillera plus jamais avec son frère. Phil
Everly enregistre plusieurs
albums. On retiendra Star Spangled Springer (1973), son premier
solo, qu’il a coécrit et cocomposé
quasimententièrement avec Terry
Slater, et Phil Everly (1982), où interviennent notamment Mark Knopfler de Dire Straits, Christine McVie
de Fleetwood Mac et Cliff Richard
dans deux duos.
Le duo se reforme lors d’un
concert au Royal Albert Hall, à Londres, le 22 septembre 1983, dont
témoigne l’album The Everly Brothers Reunion Concert. Ils tourneront jusqu’au milieu des années
2000, avec un répertoire des succès des débuts. En 2003-2004, en
signe de reconnaissance, Simon
and Garfunkel les avaient conviés
à une tournée commune. p
Sylvain Siclier

Jean Aisenmann a donné son corps
à la science.
Danièle Ancel,
son épouse,
Ses enfants
Et ses petits-enfants,
ont la douleur d’annoncer le décès de

Pierre ANCEL,
dit « Wilbem »,

a la grande tristesse de faire part
de la disparition de

Roland BOUVERESSE.
Figure incontournable du Conservatoire,
il était aimé des élèves, des professeurs,
et de l’administration de cette institution.
M Robert Bourdu,
son épouse,
Anne Harispe,
Isabelle et Bertrand Frachon,
Bénédicte et Jean-Marie Estièvenart,
ses enfants,
Ses quatorze petits-enfants,
Ses cinq arrière-petits-enfants,
Ses neveux et nièces,
Sa belle-sœur,
me

ont la grande douleur de faire part du décès
de

Robert BOURDU,

professeur honoraire
de physiologie végétale
à la faculté d’Orsay,
cofondateur et président d’honneur
de l’association ARBRES,
survenu le vendredi 3 janvier 2014.
La célébration religieuse aura lieu
le vendredi 10 janvier, à 10 heures,
en l’église Sainte-Jeanne-d’Arc
de Versailles, suivie de l’inhumation
au cimetière de Donnery (Loiret).
La Vicomté-sur-Rance (Côtesd’Armor).
Sylvie Brignon,
Christine, Sylvie, Valérie et Jean-Yves
ses enfants, leurs conjoints,
Ses petits-enfants
Et ses arrière-petits-enfants,
Ses amis,
ont la tristesse de faire part du décès de

Jean BRIGNON,

ancien professeur d’histoire
à la Faculté des Lettres de Rabat,
inspecteur d’Académie,
directeur et coauteur, en particulier,
de L’Histoire du Maroc (1967).
survenu le 4 janvier 2014,
à l’âge de quatre-vingt-trois ans.

Ses obsèques auront lieu mercredi
8 janvier, à 14 heures, au crématorium
de Reims.

Les obsèques auront lieu le 10 janvier,
à 14 h 30, en l’église de La Vicomtésur-Rance.

M. Charles ANTONGIOVANNI,
ont la douleur de faire part de son décès,
survenu le 4 janvier 2014.
Le levée de corps aura lieu le lundi
13 janvier, à 11 heures, et une cérémonie
civile se déroulera au crématorium
de Nice, à 13 heures.
Des visites sont possibles à l’Athanée
de Nice.
Cet avis tient lieu de faire-part
et de remerciements.
Claude Bauret Allard,
son épouse,
Frédéric Bauret,
son fils,
sa femme et ses trois enfants,
Léa klein Bauret,
sa petite-fille,
Gabriel et Jean-Paul,
ses frères
et leurs familles,
Mathilde,
sa nièce
Et toute la famille,
ont la tristesse de faire part du décès de

Jean-François BAURET,
photographe,

survenu le jeudi 2 janvier 2014,
à l’âge de quatre-vingt-un ans.
Les obsèques auront lieu dans la plus
stricte intimité le 9 janvier, à FontenayMauvoisin.
Pierre Bouveresse,
son frère,
Marie-Pierre Férey,
sa belle-sœur,
Clara, Juliette et Rémi,
ses nièces et neveu,
Les familles Férey, Spieth,
Madeleine Van Buren Cleveland,
ont la douleur d’annoncer le décès de

Roland BOUVERESSE,

réalisateur
au Conservatoire national supérieur
de musique et de danse de Paris,
survenu le 31 décembre 2013,
à l’âge de soixante ans.
Une cérémonie aura lieu le mercredi
8 janvier 2014, à 10 h 30, en l’église
Sainte-Marie des Batignolles, Paris 17e.
L’inhumation aura lieu le jeudi
9 janvier, à 15 heures, à Saint-Didiersur-Chalaronne (Ain).

ont la douleur de faire part du décès de

M. Ilias LALAOUNIS,

orfèvre,
membre associé étranger
de l’Académie des Beaux-ArtsInstitut de France,
chevalier de la Légion d’honneur,
commandeur
dans l’ordre des Palmes académiques,
commandeur
de l’ordre du Mérite
de la République italienne,
Archon Exarchos du Patriarcat
Œcuménique de Constantinople,
survenu le 30 décembre 2013.
La cérémonie religieuse a été célébrée
dans la plus stricte intimité en l’église
de Saint-Théodore, à Athènes.
364, rue Saint-Honoré,
75001 Paris.
16, rue Kokonis,
15452 Paleo Psychico,
Athènes.
Les familles Ensergueix, Rondier,
Botrel, Roy,
Anne, Nathan, Victoria Lelièvre,
Laurence, Philippe Juille
Et ses amis,
ont la tristesse de faire part du décès de

survenu le 1er janvier 2014,
à l’âge de quatre-vingt-trois ans.

La famille,
Les proches
Et les amis de

Mme Ilias Lalaounis,
son épouse,
Ekaterini Lalaounis,
Karl et Demetra von AuerspergBreunner,
Stelios et Maria Boutaris,
Ioanna Lalaounis,
ses enfants,
Ses petits-enfants,
Son arrière-petit-fils,

Souvenez-vous de lui et de
Claudine.
4, La Ville Brossard,
22690 La Vicomté-sur-Rance.
brignonsyl@free.fr
Le président,
Le vice-président,
Les secrétaires perpétuels
Et les membres
de l’Académie des sciences,
ont la tristesse de faire part de la disparition
de leur confrère,

Pierre BUSER,

professeur émérite
à l’université Pierre et Marie Curie,
officier de la Légion d’honneur,
commandeur
dans l’ordre national du Mérite,
décédé le 29 décembre 2013, à Paris,
à l’âge de quatre-vingt-douze ans.
Jean-Paul Saint-André,
président de l’université d’Angers,
Hervé Fillon,
président du conseil d’administration
de l’Institut universitaire de technologie
(IUT) Angers-Cholet,
L’équipe de direction de l’IUT,
L’équipe de direction
Et tous les personnels
de l’université d’Angers,
ont la grande tristesse de faire part
du décès de

M. Jean-Luc CLÉDY,

directeur de l’IUT Angers-Cholet.

Jeannine NOËL,
survenu le 4 janvier 2014.
L’inhumation aura lieu le jeudi
9 janvier, à 15 h 15, au cimetière
du Montparnasse, Paris 14e.
Elle a été « la dévouée de l’enfance
inadaptée qui n’est pas oubliée dans ce
contexte évolutif d’une éducation nationale
utopique. » (Mme Josette Riu).
Cet avis tient lieu de faire-part.
Mme Albert Rabut,
sa mère,
Mme Mathilde Rabut,
son épouse,
Cécile et Delphine,
ses enfants,
ont la tristesse de faire part du décès de

Annie Stisi-Forest,
son épouse,
Isabelle et Blaise Rouhan,
sa fille et son gendre,
Maxime et Louis,
ses petits-fils,
Marie-Claire et Alain Torrilhon,
son beau-frère et sa belle-sœur
ainsi que leurs enfants, Julien et Elodie,
Ses nièces et neveux,
Ses cousines et cousins,
Linda, Marc et Catherine Bastianelli,
sa famille de cœur,
Les familles Stisi, Tullio, Schiavi,
Appruzese et Volante,
ont la tristesse de faire part du décès de

Pierre STISI,

assureur émérite,
survenu le 2 janvier 2014.
La cérémonie religieuse sera célébrée
le jeudi 9 janvier, à 10 h 30, en l’église
Saint-Nicolas-Saint-Marc de Villed’Avray.
La famille tient à remercier Yvonne
Schiavi, le docteur Frohly et l’équipe de
Notre-Dame-du-Lac, à Rueil-Malmaison,
et tout particulièrement Valérie, qui l’ont
accompagné avec dévouement, gentillesse
et humanité, ainsi que toutes les personnes
qui prendront part à sa peine.
« A nous revoir peut-être. »
Pas de fleurs, une urne sera à votre
disposition pour recevoir des dons pour la
Fondation Diaconesses de Reuilly.
Cet avis tient lieu de faire-part
et de remerciements.

Anniversaires de décès
Il y a dix-huit ans, le 8 janvier 1996,
disparaissait

le président
M. François MITTERRAND.
Pasquale Gerico garde toujours présent
son souvenir et dédie une pensée émue
à sa mémoire.
Hier, 7 janvier 2012.
Aujourd’hui, 7 janvier 2014,
deux ans d’absence tu restes pourtant
bien présente

Janine TILLARD,
très présente pour tous ceux qui ont connu
la rigueur de tes convictions et la chaleur
de ton amitié.

Avis de messe
Une messe à l’intention de

M. Nicolas RABUT,
survenu le 4 janvier 2014,
dans sa soixantième année.
La cérémonie religieuse sera célébrée
le jeudi 9 janvier, à 15 heures, en l’église
Saint-Maurice-de-Bécon, 218, rue
Armand-Silvestre, à Courbevoie.

Jean-Paul LACAZE,
décédé le 12 décembre 2013, sera célébrée
le samedi 11 janvier 2014, à 10 heures,
en l’église de la Trinité, place d’Estienned’Orves, Paris 9e.

Séminaire

4, avenue Malvesin,
92400 Courbevoie.
Mme Paul Schrumpf,
née Marielle Grand d’Esnon,
Les familles Schrumpf, Grand d’Esnon
et alliées,
font part du rappel à Dieu de
Ecole pratique des hautes études
en psychopathologies

M. Paul SCHRUMPF,

X 43,
médaille militaire,
croix de guerre 1939-1945,

Séminaire
Clinique et Responsabilité,
Jusqu’où peut nous mener
le discours actuel ?

dans sa quatre-vingt-onzième année.
« Vous connaîtrez la Vérité
et la Vérité vous rendra libres. »
Jean 8/32.
Un culte d’action de grâces sera célébré
au temple de Versailles, 3, rue Hoche,
à Versailles, le samedi 11 janvier,
à 15 heures.

Conférence-débat,
professeur Emmanuel Hirsch,
docteur Sylvie Froucht-Hirsch
et docteur Charles Melman,
le samedi 11 janvier 2014, à 14 h 30.
25, rue de Lille, Paris 7e.
Entrée libre.

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Ils s’associent par cet avis à la peine
de la famille.
La cérémonie aura lieu le 8 janvier
2014, à 15 heures, en l’église de Juignésur-Loire.
Le Centre d’histoire sociale
du 20e siècle (université Paris 1/CNRS),
anciennement CRHMSS,
s’associe à la tristesse de la famille de

Suzanne GOSSEZ,
décédée le vendredi 27 décembre 2013.
Responsable de la bibliothèque JeanMaitron de 1986 à 1991, elle a contribué,
par son travail et sa personnalité, à son
rayonnement.

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14

météo & jeux

0 à 5°

-5 à 0°

5 à 10°

10 à 15°

15 à 20°

08.01.2014 12h 1TU
10 5

Lille

Cherbourg

65 km/h

7 14

8 12

10 14

Rennes

0
97

Châlonsen-champagne

6 14

8 14

D

6 14

PARIS

Caen

Brest

8 12

1015

12 16

Températures à l’aube 1 22 l’après-midi

Jours suivants
Vendredi Samedi

Sud-Est

Ajaccio

60 km/h

7 17

Lever 12h13
Coucher 01h11

Lever 08h42
Coucher 17h10
Jeudi

Les pressions continueront de remonter
mais le flux de sud restera d'actualité sur
le pays. Cela nous canalisera encore de l'air
très doux pour la saison, avec des
températures très largement supérieures
aux normales de saison, avec près de 12 à
20 degrés de l'extrême Nord au Pays
basque, soient des valeurs d'octobre
environ. Le vent sera toutefois de plus en
plus faible, et le ciel sera partagé entre
cumulus, belles éclaircies et rares ondées.

11 12

10 12
11 13
11 12

9 14
9 15

9 15

10 15
11 16
8 16

Dimanche

1
8

6
10

4
10

4
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8

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7
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3
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7
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4
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3

4

5

D

Rabat

Front chaud

Front froid

Occlusion

Thalweg

Riga
Rome
Sofia
Stockholm
Tallin
Tirana
Varsovie
Vienne
Vilnius
Zagreb

Tripoli
Tripoli

Athènes

1020

A

Beyrouth

5 7
8 14
0 9
5 6
5 6
7 15
3 7
2 8
3 5
6 12

faiblepluie
bienensoleillé
bienensoleillé
enpartieensoleillé
faiblepluie
bienensoleillé
enpartieensoleillé
assezensoleillé
pluiemodérée
assezensoleillé

Dans le monde

Alger
bienensoleillé
Amman
beautemps
Bangkok
bienensoleillé
Beyrouth
bienensoleillé
Brasilia
pluiesorageuses
Buenos Aires soleil,oragepossible
Dakar
enpartieensoleillé
Djakarta
soleil,oragepossible
Dubai
bienensoleillé
Hongkong assezensoleillé
Jérusalem beautemps
Kinshasa
pluiesorageuses
Le Caire
bienensoleillé
Mexico
bienensoleillé
Montréal
enpartieensoleillé
bienensoleillé
Nairobi

11
4
24
15
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21
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26
17
19
8
22
10
7
-13
15

21
14
34
20
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33
24
30
22
22
14
29
20
20
-9
25

10 Jérusalem

D 15

New Delhi bienensoleillé
beautemps
New York
bienensoleillé
Pékin
soleil,oragepossible
Pretoria
beautemps
Rabat
Rio de Janeiro assezensoleillé
enpartieensoleillé
Séoul
Singapour pluiesorageuses
assezensoleillé
Sydney
bienensoleillé
Téhéran
aversesmodérées
Tokyo
beautemps
Tunis
Washington assezensoleillé
Wellington averseséparses

Outremer

variable,orageux
bienensoleillé
averseséparses
pluiemodérée
beautemps
soleil,oragepossible

Cayenne
Fort-de-Fr.
Nouméa
Papeete
Pte-à-Pitre
St-Denis

7 22
-11 -5
-4 0
18 24
12 24
23 33
0 2
24 32
18 21
-4 4
5 13
10 18
-9 -1
17 20
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27
28
30
27
28
30

Météorologue en direct
au 0899 700 713

1,34 € l’appel + 0,34 € la minute
7 jours/7 de 6h30-18h

Les grands mythes de l’humanité
Les grands mythe
de lʼhumanité

6

7

s

CHEZ VOTRE MARCHAND DE JOURNAUX

8

9

Solution du n˚14-005

10 1 1 12

8
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V

4
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1

8

2

9

Facile

Compl´etez toute la
grille avec des chiffres
allant de 1 `
a 9.
Chaque chiffre ne doit
ˆetre utilis´e qu’une
seule fois par ligne,
par colonne et par
carr´e de neuf cases.


ealis´
e par Yan Georget

IX

Verticalement

1. Laisse une trace du passage.
2. Quand le voisin est toujours
bienvenu. 3. Assure un bon fil.
Chef-lieu sur l’Orne. 4. Hameau à
la Réunion. Frappa à grands
coups. 5. Blessent. Okapi sans Kp.
6. Dans les règles. Saint normand.
A longtemps mis au supplice.
7. Noir pour la raie, blanc pour le
brochet. 8. Attendrisse. 9. Il n’y a
pas mieux. Sans bavure. Pour un
premier tour. 10. Personnel. Met
en opposition. Donne son accord.
11. Quitte la Belgique pour finir en
Seine. Sait tout avant les autres.
12. Dénigrèrent.
Philippe Dupuis
Verticalement

1. Droits-fils. 2. Rat. Amoché.
3. Agami. Rial. 4. Potassa. Se. 6. St.
Ré. Musc. 6. As. Mêlât. 7. OPV. Jonc.
8. Uriner. EPO. 9. Sis. Touron.
10. SE. La. Nain. 11. Eros. Linné.
12. Sandalette.

et le livre des secrets
Film Jon Turteltaub. Avec Nicolas Cage (2007).
23.20 Mentalist.
Série. Basses vengeances U. Belle famille.
Où es-tu Kristina ? (S3, ép. 1 à 3/24, 145 min).

FRANCE 2
20.45 Aznavour. Documentaire.
22.30 Infrarouge - Einsatzgruppen :

les commandos de la mort.
[1 et 2/2]. Les Fosses (juin - décembre 1941).
Les Bûchers (1942-1945) V (2009, 175 min).

FRANCE 3
20.45 Famille d’accueil.

Série. Lolita. Cœur à prendre. La Griffe
du léopard (S12, ép. 1 à 3/12, audiovision).
23.25 Météo, Grand Soir 3.
0.05 Les Carnets de Julie.
Spécial New York. Magazine (60 min).

20.55 Une nouvelle chance

Film Robert Lorenz. Avec Clint Eastwood,
Amy Adams, Justin Timberlake (EU, 2012) U.
22.45 Après Mai ppp
Film Olivier Assayas. Avec Clément Métayer,
Lola Créton, Felix Armand (Fr., 2012, 115 min) U.

Résultats du tirage du lundi 6 janvier.

13, 17, 19, 29, 30 ; numéro chance : 9.
Rapports :

5 bons numéros et numéro chance : pas de gagnant ;
5 bons numéros : 87 996,10 ¤ ;
4 bons numéros : 625,00 ¤ ;
3 bons numéros : 7,50 ¤ ;
2 bons numéros : 4,30 ¤.
Numéro chance : grilles à 2 ¤ remboursées.

FRANCE 5
20.38 L’Amour à perpète.

Documentaire. Marie Bonhommet (Fr., 2013).
21.31 Débat. Avec Caroline Touraut, Laurent Jacqua.
21.45 Indiens d’Amazonie,
le dernier combat.
22.39 C dans l’air.
23.50 Entrée libre. Magazine (20 min).

Joker : 1 057 133.

0123 est édité par la Société éditrice du « Monde » SA

Durée de la société : 99 ans à compter du 15 décembre 2000. Capital social : 94.610.348,70¤. Actionnaire principal : Le Monde Libre (SCS).
Rédaction 80, boulevard Auguste-Blanqui, 75707Paris Cedex 13 Tél.: 01-57-28-20-00
Abonnements par téléphone: de France 32-89 (0,34 ¤ TTC/min); de l’étranger: (33) 1-76-26-32-89;
par courrier électronique: abojournalpapier@lemonde.fr. Tarif 1 an : France métropolitaine : 399 ¤
Courrier des lecteurs: blog: http://mediateur.blog.lemonde.fr/; Parcourrier électronique: courrier-des-lecteurs@lemonde.fr
Médiateur: mediateur@lemonde.fr
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http://immo.lemonde.fr
Documentation: http ://archives.lemonde.fr
Collection: Le Monde sur CD-ROM : CEDROM-SNI 01-44-82-66-40
Le Mondesur microfilms: 03-88-04-28-60

La reproduction de tout article est interdite sans l’accord de l’administration. Commission paritaire
des publications et agences de presse n° 0717 C 81975 ISSN 0395-2037
Imprimerie du « Monde »
12, rue Maurice-Gunsbourg,
94852 Ivry cedex
Président : Louis Dreyfus
Directrice générale :
Corinne Mrejen

20.50 Benjamin Gates

CANAL +

Loto

X

Mardi 7 janvier
TF 1

1

9

S

erait-ce que mon sentiment
de culpabilité d’avoir été un
peu cruel, la saison dernière,
avec Ali Baddou m’y inciterait, ou
est-ce lui qui aurait un peu changé? L’animateur de « La Nouvelle
Edition», chaque jour sur Canal+
à 12 h20, semble avoir repris du
nerf, de la présence. Et le plateau
de l’émission offre un décor chaleureux qui ne ressemble plus à
une salle d’embarquement hightech pour fusée spatiale dont
Canal+ a le secret.
Je dois en tout cas avouer que,
regardant de temps en temps « La
Nouvelle Edition », je zappe de
moins en moins le programme et
trouve souvent de l’intérêt à ses
« sujets », moins légers et plus
« creusés ».
Lundi 6 janvier, j’ai vu un reportage à propos d’Armel Le Coz qui,
depuis octobre 2013, s’invite (sur
rendez-vous préalable) chez les
candidats aux élections municipales, leur demande l’hospitalité
pour la nuit et discute avec eux de
leur projet politique, en partie
devant une webcam qui enregistre leur échange.
Un formulaire, sur le site Internet www.tourdescandidatsetmairesdefrance.fr, permet aux volontaires de se faire connaître. Parmi
ceux (les plus connus) que Le Coz
a démarchés lui-même ou ceux
qui se sont manifestés spontanément, certains (une quarantaine à
ce jour) ont accepté le principe de
cette intrusion, telle Anne Hidalgo, qui ne serait pas fermée à
l’ouverture de ses portes. D’autres,
comme Bertrand Delanoë et les
Balkany, ont refusé la proposition.
Nathalie Kosciusko-Morizet
n’aurait, quant à elle, pas donné
suite à la demande du jeune hom-

Les soirées télé

Sudoku n˚14-006

6

I. Draps-housses. II. Ragot. Priera.
III. Otât. Avis. On. IV. Mars. LSD.
V. Taise. Jeta. VI. Sm. Moro. Ll.
VII. Foramen. Unie. VIII. Ici.
Ulcérant. IX. Lhassa. Point.
X. Sélectionnée.

A

Bucarest

Un hors-série

IV

Horizontalement

Sofia

Le Caire

aversesmodérées 9 11
assezensoleillé
11 15
assezensoleillé
10 15
bienensoleillé
4 15
averseséparses
6 11
averseséparses
5 10
assezensoleillé
9 13
brouillard
4 8
bienensoleillé
2 10
averseséparses
6 8
enpartieensoleillé 6 8
assezensoleillé
7 8
faiblepluie
5 5
beautemps
8 11
nuagesbas
1 4
beautemps
15 15
enpartieensoleillé 12 18
6 11
assezensoleillé
8 12
averseséparses
9 12
averseséparses
3 15
assezensoleillé
1 3
pluieetneige
11 18
assezensoleillé
enpartieensoleillé 7 8
5 10
assezensoleillé
2 4
bienensoleillé

III

Solution du n° 14 - 005

Rome

Ankara

Dépression

II

I. Sortie aussi discrète que l’entrée.
II. Bien dégrossie. Paralysante, elle
fait encore de gros dégâts.
III. Facilitent une bonne prise en
main. Marcel Marceau. Sur la
portée. IV. Son pays n’est pas bien
grand. Peu devenir papillon.
V. Pour rouler plus propre. Fixons
solidement. VI. Interjection. En
piste. Du seigle dans les verres.
Romains. VII. Transparent et
feuilleté. Bosser dur.
VIII. Mûrement préparés. Relief
décoratif. IX. Ferai l’innocent.
Va bientôt perdre ses boules.
X. Douleurs d’aujourd’hui,
supplice d’hier.

1025
Odessa

Istanbul

I

Horizontalement

Zagreb
Belgrade

Tunis
Tunis

Alger

Le Délu ge
Gilga mesh
s perd us
Les conti nent
Osiri s
Prom éthé e
Pand ore
Sisyp he
Graa l
La quêt e du

HORS -SÉR IE

Motscroisés n˚14-006
2

Anticyclone

Amsterdam
Athènes
Barcelone
Belgrade
Berlin
Berne
Bruxelles
Budapest
Bucarest
Copenhague
Dublin
Edimbourg
Helsinki
Istanbul
Kiev
La Valette
Lisbonne
Ljubljana
Londres
Luxembourg
Madrid
Moscou
Nicosie
Oslo
Prague
Reykjavik

Les jeux
1

Barcelone
Barcelone

Kiev

Budapest

1025

Milan

En Europe

11 14

Aujourd’hui

Sud-Ouest

Berne

Munich Vienne

3 degrés à Moscou où l’hiver fait défaut entre pluie et neige

Perpignan

Nord-Est

Paris

1025

11 16

A

9 14

A

Moscou

1010

Bruxelles

Séville

Nice

Marseille

12 15

St-Pétersbourg

Copenhague

1005

Madrid

4 14

Montpellier

Helsinki
Oslo
Stockholm 1000

Lisbonne
Lisbonne

Grenoble

Toulouse

995

Amsterdam Berlin
Varsovie
Prague 1020

1005

D

0 9

Lyon

990

Minsk

Londres

0
10
101 14

9 17

Ile-de-France

995

Chamonix

Bordeaux

Nord-Ouest

Dublin

9 13

T

8 16

9 15

Lucien
Coeff. de marée 47

990

1020

Limoges

11 20

D

9 14

Clermont-Ferrand

Gîte municipal

985

Edimbourg

Strasbourg

Dijon

8 16

Biarritz

1010

Besançon

Poitiers

C’EST À VOIR | CHRONIQUE

> 40°

Riga

8 14

7 14

50 km/h

980
985

Metz

1005

8 15

Nantes

40 km/h

975

Orléans

7 14

35 à 40°

Mercredi 8 janvier 2014

p a r R ena ud Ma cha r t

1005Reykjavik

www.meteonews.fr

Amiens
Rouen

30 à 35°

1000

9 14

65 km/h

25 à 30°

A 1020
En Europe

Mercredi 8 janvier
Toujours une grande douceur
7 13

20 à 25°

101
5

< -5°

0123

écrans

PRINTED IN FRANCE

80, bd Auguste-Blanqui,
75707 PARIS CEDEX 13
Tél : 01-57-28-39-00
Fax : 01-57-28-39-26

Toulouse
(Occitane Imprimerie)
Montpellier (« Midi Libre »)

ARTE
20.49 Thema Adieu thon, bar, saumon !
20.50 La Fin du poisson à foison ?
21.55 Heureux comme un poisson dans l’eau.
22.35 Débat.
22.55 Le Port d’espérance.
23.55 A qui profite
le printemps arabe ? (60 min).

M6
20.50 Star Wars Episode I :

la menace fantôme p
Film George Lucas. Avec Liam Neeson,
Natalie Portman (EU, 1999, audiovision).
23.20 Tron : l’héritage p
Film Joseph Kosinski. Avec Jeff Bridges, Garrett
Hedlund (Etats-Unis, 2010, 145 min).

me. Pourtant, après avoir arpenté
les arcanes poétiques du métro,
dont les voitures officielles avec
chauffeur l’avaient trop longtemps privée, après s’être laissé
photographier en jeans et veste
de cuir grillant une sèche avec des
SDF, la candidate à la Mairie de
Paris aurait tout de même pu
offrir le gîte à cet inoffensif routard…
Mais, comme Armel Le Coz intéresse les médias, il ne fait aucun
doute que beaucoup ne se feront
plus prier pour être de son projet,
qui semble la proposition renversée des auto-invitations de Valéry
Giscard d’Estaing à la table des
Français du temps qu’il se voulait
être un président de la République « moderne»…

Depuis octobre 2013,
Armel LeCoz s’invite
chez les candidats aux
élections municipales
Mais, si l’on tape le nom d’Armel Le Coz sur Google, apparaissent en tête de liste deux de ses
sites professionnels (ce que n’a
pas relevé le reporter de Canal+
qui le suivait). Sur www.innovation-et-design.fr, Le Coz annonce:
«Je propose mes services aux collectivités locales, aux associations et
aux entreprises dans les domaines
du design de service et de la conception de dispositifs participatifs.»
Soit: il faut bien vivre et financer ce road movie politique. Mais
espérons qu’Armel Le Coz n’en
profite pas pour négocier des
contrats, ce qui affaiblirait sa posture affichée comme citoyennement désintéressée. p

Mercredi 8 janvier
TF 1
20.50 Les Experts.

Série. Sang neuf. Maudite maison (saison 12,
ép. 14 et 15/22, inédit) U ; Je suis personne.
Capharnaüm (saison 11, épisodes 4 et 5/22) U.
0.10 Dr House.
Série. La Place de l’homme. L’amour est
aveugle U. Pour l’honneur (S8, ép. 13 à 15/22).
Avec Hugh Laurie, Omar Epps (140 min) U.

FRANCE 2
20.45 Délit de fuite.
Téléfilm. Thierry Binisti. Avec Eric Cantona,
Jérémie Duvall, Tom Hudson (France, 2012).
22.20 La Parenthèse inattendue.
Invités : Franck Dubosc, Michel Fugain...
0.32 Dakar 2014 - Bivouac (23 min).

FRANCE 3
20.45 L’Ombre d’un doute.

Florence, la Magnifique. Magazine.
22.50 Météo, Soir 3.
23.50 Les Chansons d’abord.
Invités : Florent Pagny, John Mamann...
0.40 Couleurs outremers (30 min).

CANAL +
20.55 Max

Film Stéphanie Murat. Avec JoeyStarr, Mathilde
Seigner, Shana Castera (France, 2012) U.
22.20 Gaspard Proust.
Gaspard Proust tapine. Au Théâtre du Châtelet.
0.00 Télé Gaucho
Film Michel Leclerc. Avec Yannick Choirat, Félix
Moati, Emmanuelle Béart (Fr., 2012, 110 min) U.

FRANCE 5
20.35 La Maison France 5. Magazine.
21.25 Silence, ça pousse ! La Barbade.
22.10 Echo-logis. [7/10]. Vent.
22.40 C dans l’air. Magazine.
23.50 Entrée libre. Magazine (20 min).

ARTE
20.50 Noce blanche

Film Jean-Claude Brisseau. Avec Bruno Crémer,
Vanessa Paradis, Ludmila Mikaël (France, 1989).
22.20 Mark Lombardi,
artiste conspirateur. Documentaire (2011).
23.15 L’Enfant au violon
Film Chen Kaige. Avec Tang Yun (Ch. - Cor., 2002).
1.10 Les Temps modernes ppp
Film Charles Chaplin (1936, muet, N., 110 min).

M6
20.50 Maison à vendre. Magazine.

22.40 Delphine ; Camille et Hubert.
0.25 Sandrine et Gilles ; Emmanuelle (105 min).

décryptages

0123

Mercredi 8 janvier 2014

Révisons notre stratégie de vente du Rafale
Après le Brésil, évitons de nouveaux échecs
Stéphan Bourcieu

directeur du Groupe ESC Dijon Bourgogne

A

u terme de douze ans de gestation, le
mégacontratde36avionsdecombatdestinés à équiper l’armée brésilienne a été
remporté mi-décembre 2013 par le
constructeur suédois Saab, pour un montant total avoisinant les 4,5 milliards de
dollars (3,3 milliards d’euros). Le petit monoréacteur
JA 39 Gripen s’est imposé face aux puissants biréacteurs Boeing F/A-18 Super Hornet et Rafale de Dassault
Aviation.
Pour le constructeur français, cette nouvelle déconvenue est difficile à encaisser tant il est vrai que les
conditions du succès semblaient – enfin – réunies. Si la
supériorité technique de l’appareil français était, comme à l’habitude, évidente, la diplomatie semblait pour
unefoispencherégalementdu côtéfrançais.Le scandale des écoutes de la NSA déclenché par Edward
Snowden avait en effet définitivement compromis les
chancesde l’appareilaméricain, tandisque la diplomatie française, Nicolas Sarkozy et François Hollande en
tête, n’avait pas ménagé ses efforts. Dès lors, comment
expliquer que le Brésil ait fait le choix d’un appareil
moins performant, soutenu par un pays à la diplomatie plus connue pour sa discrétion que pour ses capacités de lobbying?
Si la technologie et la géopolitique ne sont pas en
cause, c’est sans doute du côté des spécifications du
marché qu’il faut chercher les raisons de cet échec.
Commel’aannoncéle 18décembre2013le ministrebrésilien de la défense Celso Amorim, « le choix s’est fondé
sur l’équilibreentre trois points: letransfertde technologie, le prix de l’avion et le coût de son entretien ». Pays
sans ennemi, le Brésil n’a guère besoin du nec plus
ultra des appareils de combat pour surveiller ses frontières. Il a donc logiquement choisi de privilégier l’appareil le moins complexe et par conséquent le moins
coûteux tant à l’achat qu’à l’exploitation.
Après la Suisse en 2011, la décision brésilienne met
une nouvelle fois à mal la stratégie de montée en gamme de Dassault Aviation engagée avec le Rafale. Pendant près de cinquante ans, Dassault Aviation a accumulé les succès à l’export avec les chasseurs Mystère et
Mirage. De l’Argentine à l’Australie en passant par
Israël, ces avions simples et performants (comparés
auxappareils américainsconcurrents)ont équipé avec
succès des dizaines de forces aériennes dans le monde.
Le Rafale a marqué une rupture avec cette approche.
Avion multirôle, technologiquement très avancé, il est
considérécomme l’un des meilleurs appareils au monde. Mais, s’il domine dans les airs le Soukhoï SU30 russe, l’Eurofighter européen et autres Saab JA 39 Gripen
suédois, la réalité est bien différente dès lors que l’on
parle contrats. Alors que le Mirage 2000 s’est vendu à
286 exemplaires dans 8 pays entre 1984 et 2006, son
successeur attend toujours son premier contrat hors
de l’Hexagone, vingt-sept ans après son premier vol !
La décision du Brésil en faveur du chasseur suédois,
moinscheràl’achatet plussimpled’exploitation,montre que la montée en gamme n’a pas de sens lorsqu’elle
est déconnectée des besoins du marché. Cela fait dire
aux observateurs qu’un monomoteur tel que le Mira-

Saint Poutine par Serguei

ge 2000 modernisé, mieux adapté et surtout beaucoup moins cher, car largement amorti, aurait constitué une offre certainement plus pertinente pour remplacer les… Mirage 2000 achetés d’occasion à la France
pourassurerla défenseaériennedu Brésil.Mais les dirigeants de Dassault Aviation comme ceux de la France
sont obnubilés par la réussite à l’export du fleuron de
l’industrie aéronautique française, au point d’en perdre parfois le sens le plus élémentaire de l’analyse des
besoins du client.
Depuis le rapport Gallois sur la compétitivitéde l’industrie française paru en 2012, la stratégie de montée
en gamme est quasiment élevée au rang de dogme par
les responsables politiques et économiques français. Il
nesepassepasunesemainesans qu’unmembrede l’actuel gouvernement, d’Arnaud Montebourg à Nicole
Bricq, ne mette en avant cette stratégie comme la solution aux maux de l’industrie française et de son commerce extérieur. Il faut dire que les exemples allemands, de l’automobile aux machines-outils, abondent et démontrent la pertinence du modèle. Il faut
également souligner que les entreprises françaises qui
réussissent à l’international sont en particulier positionnées sur des biens haut de gamme : avec plus de
11 % des exportations mondiales de produits haut de
gamme, la France se place ainsi au 4e rang d’un marché
stratégique.

Pays sans ennemi,
le Brésil n’a guère besoin du nec plus ultra
des appareils de combat pour surveiller
ses frontières
D’une part, c’est un marché en forte croissance, porté par les pays émergents (au premier rang desquels
Hongkong, la Chine, la Russie et les Emirats arabes
unis), dont les importations mondiales de produits
haut de gamme sont passées de 21 % en 2000 à 39 % en
2011. D’autre part, c’est un marché qui joue un rôle
essentiel pour affirmer le positionnement et l’image
de marque d’un pays : il est certain que l’ensemble des
productions issues d’outre-Rhin bénéficient de l’image positive dégagée par l’industrie automobile allemande.
La réussite du Club Med, fondée sur une stratégie de
montée en gamme engagée depuis près de dix ans,
démontre la viabilité d’un tel choix stratégique pour
une entreprise française à l’international,y compris en
période de crise économique. Pour autant, il ne faut
jamaisperdre devue quelamontéeengammedoits’accompagner d’une réponse pertinente adaptée aux
besoins du client ainsi que d’une adéquation entre
l’image de l’entreprise et le marché visé.
Les échecs répétés du Rafale à l’international, mais
également de l’EPR d’Areva, devraient inciter les responsablespolitiques français à appréhendercette stratégie avec plus de réalisme. Cela permettrait peut-être
d’éviter le constat « qu’en France les considérations de
prestigeprennent souventle pas surune analyseobjective des données économiques…», comme le disait Henri
Ziegler, patron des Avions Bréguet en 1966 à propos de
Concorde, l’autre meilleur avion du monde et échec
commercial retentissant. Souhaitons que la stratégie
commerciale du Rafale lui réserve un avenir moins
sombre. p

15

La Résistance est déjà bien là
au Panthéon, Mona Ozouf!
Jean Moulin la représente
Pierre Péan
Eric Conan
Journalistes

M

ona Ozouf, présidente
du Collectif Pierre Brossolette au Panthéon,
vient de franchir de
manière stupéfiante
les limites de la discussion acceptable sans que personne, en ces
tempsde devoirsmémorielsressassés,réagisse. Sa tribune (Le Monde daté
15-16 décembre 2013) propose d’accueillir
enfin la Résistance dans le Temple de la
République au travers de trois candidats,
Pierre Brossolette, Geneviève Anthoniozde Gaulle et Germaine Tillion.
Ce dernier texte de Mona Ozouf change
radicalement les termes du débat suscité
depuis quelques mois par sa campagne
pour l’entrée de Pierre Brossolette au Panthéon. Débat jugé selon elle déplaisant,
mais selon d’autres légitime, entre ceux
quiestimentlaflamboyantefiguredeBrossolette éligible à cette gloire, car son «sacrifice écrit avec le sang et l’encre fait partie du
patrimoine de la France », comme l’écrit à
juste titre le Collectif Pierre Brossolette au
Panthéon, et ceux qui, sans contester sa
grandeur et son courage – de ses combats
héroïques de 1940 à sa fin tragique (il s’est
suicidé en se jetant par la fenêtre des
locauxdela Gestapo)–, trouveraientétrange que se côtoient au Panthéon celui qui
estdifficilementparvenuà l’unificationde
la Résistance quelques semaines avant sa
mort et celui qui n’a cessé de s’opposer à
lui.
Pierre Brossolette, ce grand héros, fut
– cela arrive– unpiètre politiqueet gênade
Gaulle et Jean Moulin à un moment déterminant pour la place et le statut de la France au sortir du conflit.
Alors que les Américains, préférant une
solution avec Vichy, essayaient, au printemps 1943, de jouer l’accommodantgénéral Giraud contre de Gaulle, l’objectif de
Jean Moulin, représentant unique de ce
dernier en France occupée, fut de démontrer au plus vite, au travers d’une organisation unique rassemblant les partis politiques d’avant-guerre (seule expression de
l’opinion française pour les Alliés), que
l’homme de Londres avait derrière lui la
totalité de la France résistante.
Ce fut l’objectif principal et décisif de la
réunion du Conseil de la Résistance, le
27mai 1943. Mais, à l’encontre des instructions et des rappels à l’ordre, Pierre Brossolette,au nomde son interprétationpersonnellede larégénérationpolitique,compromettait les efforts de Moulin, lui désobéissant, comme il n’hésita pas à désobéir aux
consignes mêmes du chef de la France
libre ainsi que l’a résumé l’historien JeanPierre Azéma : « En rendant pour partie
inapplicable le schéma mis au point à Londres, Brossolette semait la pagaille, alors
que Moulin rencontrait de grandes difficultés avec les chefs des mouvements de résistance.»
Mona Ozouf, insistant surtout sur la fin
glorieuse et tragique de Brossolette,
s’étend peu sur cet aspect de son action, se
contentant de préciser – suivez mon
regard – qu’il était « du genre à ne pas
aimer perdre son temps avec des imbéciles
ou en palabres politiciennes». Non seulement de Gaulle n’a pas songé un instant à
nommer Brossolette à la place de Moulin,
mais il dut le convoquer à Londres parce
qu’il continuait à défier ses instructions.
C’est en préparant son voyage pour répondre à cette convocation qu’il fut malheureusement arrêté.
Cette vérité historique explique que la
totalité des historiens spécialistes de l’Occupation et de la Résistance ont refusé de
s’associer à la démarche pétitionnaire de
Mona Ozouf. C’est pourquoiaussi François
Mitterrand, qui a pourtant beaucoup
manié la panthéonisation, refusa, malgré
son antigaullisme carabiné, celle de Pierre
Brossolette qui lui fut demandée à plusieurs reprises.
Cependant, entendre que, en dépit de la
cohérence mémorielle, certains plaident
au nom du pluralisme de la Résistance et
de la reconnaissance de tous ses héros
pour que Brossolette rejoigne Moulin au

Panthéon est tout à fait acceptable et respectable. En revanche, entendreque le premier doit entrer parce qu’on insinue que le
second est un imposteur ne l’est plus du
tout!
Dans cette incroyable tribune « La Résistanceau Panthéon! » – dont la prouesseest
denepas citer uneseulefoisle nomdeJean
Moulin –, Mona Ozouf révèle les motivations sous-jacentes de sa quête que n’ont
pasdûvoirnombredes excellentssignataires de sa pétition : dénier la légitimité de
Jean Moulin à représenter la Résistance en
relançant les rumeurs soupçonnant en lui
un agent au service du communisme.
Dans une précédente interview, Mona
Ozouf soulignait ainsi que Brossolette – à
la différence de qui vous savez – fut, lui, un
des « rares intellectuels français à s’opposer
au nazisme comme au communisme ».
Dans Le Monde elle poursuit: « Brossolette,
c’est le suicide héroïque, mais aussi l’engagement sans faiblesse de l’intellectuelennemi de tous les totalitarismes.»
Affirmations fielleuses et pleines de
sous-entendus ranimant implicitement la
polémique (que l’on pensait close)
qu’avait provoquée en 1993 la publication
du livre de Thierry Wolton Le Grand Recrutement (Grasset). Dans cet ouvrage fantaisiste, le journaliste laissait entendre que
Jean Moulin avait été à la solde de Moscou.
Une vieille calomnie, lancée dès l’aprèsguerre par Henry Frenay, grand résistant
et chef de Combat, mouvement intérieur
d’abordmaréchaliste,quin’ajamaisaccepté ni de Gaulle ni le rôle d’unificateur que
celui-ci avait confié à Jean Moulin.

La mémoire de Jean
Moulin n’a jamais cessé
d’être malmenée :
dès son arrestation
à Caluire en juin 1943
et au travers de rumeurs
en faisant tantôt un
agent soviétique, tantôt
un agent américain
Ces accusations ont été clairement
démontées par Jean-Pierre Azéma, Pierre
Vidal-Naquet et surtout Daniel Cordier,
l’ancien secrétaire de Jean Moulin, devenu
historien à cause de ces calomnies.
L’œuvre irréfutable de ce dernier a montré
que, au contraire, Jean Moulin limita par
tousles moyens,politiquesetmêmefinanciers, les ambitions des communistes au
sein de la Résistance (ils tentèrent
d’ailleurs de jouer Giraud contre de Gaulle…),tandisqueles manœuvresintempestives de Pierre Brossolette aboutirent à leur
surreprésentation au sein du Conseil de la
Résistance!
La mémoire de Jean Moulin n’a en fait
jamais cessé d’être malmenée : dès son
arrestation à Caluire en juin 1943, puis
aprèssasortiedel’oubliparla panthéonisation en 1964, enfin au travers de rumeurs
en faisant tantôt un agent soviétique tantôt un agent américain ! Mais les accusations de soviétisme ont pesé le plus, car
elles ont été aveuglément soutenues par
d’ex-communistes repentis.
C’est en effet le grand François Furet,
ami et collègue de Mona Ozouf, qui défendit brièvement mais bien imprudemment
le livre de Thierry Wolton dans Le Nouvel
Observateur, en compagnie d’Annie
Kriegel,quimitdesoncôtéLeFigaro-Magazine au service de cette campagne. Leur
engagement communiste n’a cessé de
tarauder François Furet, Annie Kriegel et
Mona Ozouf, d’où une tendance irrépressible à relire tous les événements à la lumière de leurs errements.
En faisant de son légitime plaidoyer
pour Pierre Brossolette un réquisitoire
contre Jean Moulin, « pauvre roi supplicié
des ombres » (Malraux), Mona Ozouf ne
fait que relancer cette infamie. p



Pierre Péan est l’auteur
de « Vies et morts de Jean Moulin »,
Fayard-Pluriel (2013),
et Eric Conan (avec Henry Rousso)
de « Vichy, un passé qui ne passe
pas», Fayard-Pluriel (2013)

16

0123

analyses

Mercredi 8 janvier 2014

Chine : M. Xi et seulement M. Xi
ANALYSE
par Harold Thibault
Shanghaï, correspondance

loppement scientifique» et « l’harmonie», chers
à Hu Jintao – Xi Jinping a su dégainer un concept
simple: le rêve chinois. Comprendre puissance
et prospérité.
En comparaison, le premier ministre s’est
illustré par une absence cet automne. Li
Keqiangavaitséché, àla fin septembre,l’inauguration de la zone de libre-échange de Shanghaï,
dossier qu’il avait pourtant porté à bout de bras
aucours des mois précédentsmaisdont le détail
se révèle jusqu’à présent décevant, peut-être
parce qu’il n’a pas eu la puissance politique
nécessaire pour imposer ces innovations.

« L’anti-Hu Jintao »
De sorte qu’il est désormais plus approprié
de parler de la Chine de Xi Jinping que du tandemXi-Li, commeon décrivaitauparavantcelui
formé par Hu Jintao et Wen Jiabao – l’un bureaucrate austère, l’autre assez fort en communication pour que le peuple lui attribue le titre de
« premier acteur de Chine », mais qui ne réussit
pas à imposer ses vues au sein du Parti et sortit
entachépar un scandalesur l’enrichissementde
ses proches. Comme le constatait Kenneth Lieberthal, sinologue de la Brookings Institution,
XiJinping est « l’anti-HuJintao» : il est très audacieux et a un fort leadership.
En une année, sa poigne en a surpris plus
d’un. A commencer par les officiels, dont 37 000
auraient fait l’objet d’une enquête pour corruption entre janvier et novembre 2013, selon

l’agence de presse officielle, Chine Nouvelle. Au
cours de cette campagne, aucun signe de libéralisme politique: pas question d’indépendance
desjuges,l’anticorruptionest confiéeàdes hommespolitiquesforts et le Parti continueà s’encadrer lui-même.
Le grand succès du président est d’avoir réussi à s’approprier la lutte contre les dérives du
PCC, car chacun parle désormais de « la campagne de Xi Jinping», sorte de sauveur de la droiture du Parti qui aurait imposé aux échelons inférieurs de ne plus commander «que quatre plats
et une soupe », selon la formule consacrée, lors
des dîners officiels. S’il a su imposer sa relation
au peuple chinois, de nombreuses questions ne
sont pas résolues sur le modèle de fond que
recherche M. Xi. Le politologue Willy Lam évoque la quête d’une « formule qui satisfasse aussi
bien la soif de contrôle des dirigeants que le désir
du peuple de libérer ses forces productives».
Le communiquépublié à l’issue du 3e plénum
cite à la fois le maintien de la puissance des
entreprisespubliquesetlerôle «décisif»du marché. Les arbitrages à venir permettront de voir si
M.Xi a sus’imposer,nonauprèsde l’opinioncette fois, mais au cœur du Parti. La nécessité permanenteduconsensusa contraintsonprédécesseur et son premierministre à lui léguer la tâche
de faire passer les réformes nécessaires à la survie du Parti. Sera-t-il capable de passer outre ? p

CHACUN
PARLE
DÉSORMAIS
DE « LA
CAMPAGNE
DE XI
JINPING »,
SORTE DE
SAUVEUR DE
LA DROITURE
DU PCC

thibault@lemonde.fr

LE LIVRE DU JOUR

Conspiration au cœur
du pouvoir

M

on gros loup, ne prenons
pas de risques inutiles, le
plustôtseralemieux.Donne-moi tes instructions. Suzy… »
GrosLoupetSuzy,celavousrappelle quelque chose ? Dix ans après,
les petites annonces passées dans
le quotidien Libération ont laissé
dans nos mémoires des traces qui
ne demandent qu’à être réveillées.
D’autant que derrière Suzy se
cachait le ministre de l’intérieur de
l’époque.
Des terroristes qui signent AZF
des tracts de revendications
envoyésà l’Elysée et Place Beauvau
ont fait jouer un ministre de la
République à ce petit jeu de piste…
L’époque, c’était la fin de l’année
2003 et le début de l’année 2004.
Le journaliste rédacteur en chef à
Public Sénat, Arnaud Ardoin,
reprend l’histoire dans un roman
intitulé AZF, une affaire au sommet de l’Etat, la romançant légèrement au passage.

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DÈS MAINTENANT EN KIOSQUE

Une histoire rocambolesque
L’affaire commence par une
bombe posée sur les rails près de
Limoges. Un engin facile à exhumer grâce aux indications des terroristes. Une rançon est demandée
dans un verbiage qui inclut une
bonne pincée d’idéologie d’extrême gauche et un zeste d’on ne sait
trop quoi, si bien qu’on parle alors
de « verbiage ésotérique»… S’agit-il
d’un groupuscule qui a mal digéré
les théories politiques?
Le roman d’Arnaud Ardoin fait
plutôt pencher la balance côté
machination. En douceur ; sans
accuser personne. D’ailleurs, il ne
cite jamais le ministre de l’intérieur d’alors qui n’est autre que
Nicolas Sarkozy, ni le locataire de
l’Elysée, Jacques Chirac. A l’époque
les relations entre les deux hommes laissent imaginer une possi-

AZF, une affaire au sommet de l’Etat
Arnaud Ardoin
Editions du Rocher, 2013, 224 p., 18 ¤
ble machination montée par l’Elysée contre son ministre de l’intérieur. On sent que la thèse titille
l’écrivainquil’étaye au filde la narrationdecettehistoirerocambolesque. Comme tout bon auteur,
Arnaud Ardoin joue avec ses personnages, les habillant en tenue
romanesque. Il y a ce journaliste
qui outrepasse l’interdit du ministère de l’intérieur d’écrire sur ces
bombes qui trufferaient le réseau
ferré… le flic plus vrai que nature,
l’attachée de presse et… le ministre
quicalme sescolèresdanslesballotins de chocolat.
Le vrai souci de cet écrivainjournaliste dans l’âme, c’est que
dix ans après les faits la vérité n’a
pas émergé. Personne ne connaît
le visage des terroristes. Enterrée
l’affaire de Gros Loup et Suzy ? S’il
ne répond pas à la question, ce
livre a tout de même le mérite de
ramenerle sujetdans le débatpour
le plus grand plaisir du lecteur, certes,mais aussiducitoyen,qui trouve là un essai très documenté. Servira-t-il à rouvrir ce dossier dont le
sommeil semble arranger quelques protagonistes? p
Maryline Baumard

0123
Les Unes du Monde
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VOTRE CHOIX ENCADRÉE

Encyclopéd

ie
Universalis

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65 e Année

- N˚19904
- 1,30 ¤ France métropolitaine

L’investiture
de Barack

Nouvelle édition
Tome 2-Histoire

---

Jeudi 22 janvier

Uniquement

2009

Fondateur

Premières mesures

Le nouveau président

américain a demandé

la suspension

: Hubert Beuve-Méry

En plus du «

en France

- Directeur

Monde »

métropolitaine

: Eric Fottorino

Obama

des audiences

à Guantanam
o

Barack et
Michelle Obama,
à pied sur
Pennsylvania
WASHINGTON
Avenue, mardi
20 janvier,
CORRESPONDANTE
se dirigent
montré. Une
vers la Maison
evant la foule
nouvelle génération
Blanche. DOUG
tallée à la tête
s’est insqui ait jamais la plus considérable
MILLS/POOL/REUTERS
a Les carnets
transformationde l’Amérique. Une ère
d’une chanteuse.
national de été réunie sur le Mall
de Angélique
a
Washington,
Des rives du commencé.
Kidjo, née au
Obama a prononcé,
a Le grand
Barack lantique,
Pacifique à
jour. Les cérémonies
celles de l’At- aux Etats-Unis pendant Bénin, a chanté
discours d’investituremardi 20 janvier,
toute l’Amérique
la liesse ; les
la campagne
un sur le
;
ambitions
s’est arrêtée de Barack Obama en 2008,
a Feuille
force d’invoquer presque modeste.
moment qu’elle
de route. «
pendant
et de nouveau la première décision d’un rassembleur ; n’est
A vivre :
était en train
Abraham
La grandeur
Martin Luther
l’accession
de la nouvelle
jamais un
administration:
de du 18 les festivités de l’investiture,
Lincoln,
au poste
au
dant en chef
Avec espoir et dû. Elle doit se mériter.
avait lui même King ou John Kennedy,
pendant cent la suspension
des armées, de comman- raconte 20 janvier. Pour Le Monde,
(…)
vertu,
il
placé la barre
responsable
vingt
: les cérémonies,
elle
de plus les courants bravons une fois
discours ne
très haut. Le l’arme nucléaire, d’un
de Guantanamo. jours des audiences
passera probablement
jeune sénateur de – elle a croisé l’actrice les rencontres
glacials et endurons
cain-américain
Pages 6-7
les tempêtes à
postérité, mais
afri- le chanteur
page 2
et l’éditorial
Lauren
de 47 ans.
venir. » Traduction
il fera date pour pas à la
Harry Belafonte… Bacall,
du discours
ce qu’il a
inaugural du e intégrale
miste Alan Greenspan.
Lire la suite
et l’écono- a It’s the economy...
des Etats-Unis.
44 président
page 6 la
Il faudra à la
velle équipe
taraude : qu’est-ce Une question
nou- a Bourbier Page 18
beaucoup d’imagination
Corine Lesnes
pour sortir de
que cet événement
va changer pour
irakien. Barack
a promis de
l’Afrique ? Page
Obama
et économiquela tourmente financière
retirer toutes
3
qui secoue la
de combat américaines
les troupes
Breakingviews
planète.
page 13
d’Irak d’ici
à mai 2010.
Trop rapide,
estiment les
hauts gradés
de l’armée.

D

Education

L’avenir de
Xavier Darcos

UK price £ 1,40

D

e la réforme de la politique de
l’enfant unique à celle des centres de rééducation par le travail
en passant par le statut des
citoyens ruraux et la libéralisationfinancière…la listedeschangements majeurs promis pour les années à
venir n’en finit plus en Chine depuis l’arrivée au
pouvoir de Xi Jinping, en novembre 2012. Au
point que ces réformes requerront, pour devenir réalité, une commission spéciale, chargée de
faire avancer le changement au brise-glace au
seind’uneadministrationdissimulantune multitude de voix réticentes, celles qui ont un intérêt personnel au maintien du statu quo.
Depuis l’annonce, le 15 novembre 2013, du
détail de cet ordre du jour progressiste, à l’issue
du3e plénumducomitécentralduParticommuniste (PCC) sous Xi Jinping, un certain suspense
tenait les observateurs de la politique chinoise
en haleine. Le nom de la personne qui prendrait
la tête de cette commission nouvellement créée
en dirait long sur les gagnants et perdants au
sein du parti unique dirigé par M. Xi. Le South
China Morning Post, grand quotidien de Hon-

gkong, pensait savoir qu’il s’agirait du premier
ministre, Li Keqiang. Une anticipation légitime
puisque M. Li est davantage dans l’opérationnel
en tant que chef de gouvernement. Annoncée le
dernier jour de 2013, la nomination ne laisse
plus de place à l’ambiguïté: le vainqueur est Xi
Jinpingenpersonne,quisort du viragedesapremièreannéepleineau pouvoirgrandementrenforcé.
Cette puissance s’illustre par la présence
médiatique du président. Sa capacité à créer le
buzz n’a rien à envier aux politiciens occidentaux. Déjà, la célébrité de son épouse, chanteuse
connue des Chinois plus tôt que son mari, avait
ajouté une touche de glamour rare aux standards politiques locaux. Une virée de M. Xi dans
une cantine, où il a commandédes petits painsà
la vapeur, payé lui-même et porté son plateau,
n’est pas sans rappeler les séquences hot-dog de
Barack Obama. L’opération de communication
a fait sensation sur Internet.
De même pour son message télédiffusé de la
nouvelle année, pour lequel M. Xi était assis derrière son bureau, une scénographie établissant
davantage de proximité avec le spectateur que
les grands discours dans le très froid Palais du
Peuple. Là encore, l’homme fort de Pékin sait
imposer son style, établissant une relation sans
intermédiaire entre lui et l’opinion. Le message
porté depuis un an est compréhensible de tous.
Plutôt que d’aligner les slogans sonnant en premier lieu à l’oreille de la bureaucratie – le « déve-

Ruines, pleurs
et deuil :
dans Gaza dévasté
e

« Mission terminée
»:
le ministre
de
REPORTAGE
ne cache pas l’éducation
considérera qu’il se
GAZA
bientôt en
ENVOYÉ SPÉCIAL
disponibilité
pour
ans les rues
tâches. L’historien d’autres
de Jabaliya,
les
enfants ont
de l’éducation
trouvé
veau divertissement.un nouClaude
Lelièvre explique
lectionnent
les éclats d’obusIls colmissiles. Ils
comment la
et de
déterrent du
rupture s’est
sable des
morceaux d’une
faite entre les
enseignants
qui s’enflamment fibre compacte
et Xavier Darcos.
immédiatement
au contact de
Page 10
l’air

D

Automobile

Fiat : objectif
Chrysler

et qu’ils tentent
difficilement
d’éteindre avec
pieds. « C’est
du phosphore. leurs
dez comme ça
Regarbrûle. »
Surlesmursdecette
rue,destracesnoirâtressont
boutique.
bes ont projeté visibles.Lesbom- victime, Le père de la septième
âgée de 16 ans,
chimique qui partout ce produit re
ne décolèa incendié
pas. «

Bonus

Les banquiers
ont cédé

25 KRN, Pays-Bas

Enquête page

Nicolas Sarkozy
des dirigeants a obtenu
françaises qu’ilsdes banques
renoncent
à la « part variable
de leur rémunération
».
En contrepartie,
les banques
pourront
bénéficier d’une
aide
de l’Etat de
10,5
d’euros. Montantmilliards
équivalent à
celle accordée
fin 2008. Page

19

27 000 profs
partiront chaque
année
à la retraite,
d’ici à 2012.

14

Edition

Dites bien aux
une
fabrique de
Au bord de
dirigeants
papier. « C’est petite des nations occidentales
la
mièrefoisque
que ces sept
je voiscela après la pre- innocents sont
il y a quelquesfaillite
huit ans d’occupation
morts
trente- Qu’ici,
il n’y a jamais pour rien.
l’Américain semaines,
s’exclame Mohammedisraélienne », roquettes.
eu de tirs de
Chrysler
Que c’est
Abed
négocie l’entrée
bo. Dans son
costume trois Rab- nel. Que les Israéliensun acte crimidu
cette figure
constructeur
nous en don- La parution
du quartier pièces, nent la preuve,
italien Fiat
deuil. Six membres
porte le
puisqu’ils sur- de deux
dans son capital,
textes inédits
de sa famille veillent tout depuis le ciel
ont été fauchés
», enrage de Roland
Rehbi Hussein
de 35 %. L’Italie à hauteur devant
par
Barthes,
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de cette bonne se réjouit Ils étaient
il tient une Entre ses mort en 1980,
le 10 janvier.
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des
nationale. décrétéesles trois heures de trêve morts et des blessés, ainsi
Chrysler, de
par Israël pour
âge, qu’il énumère
que leur Le demi-frère de
son côté, aura tre aux Gazaouis
permet- reprises,
à plusieurs l’écrivain, qui
accès à une
comme
en a autorisé
technologie
Le cratère de de souffler.
der qu’ils sont pour se persua- la publication,
plus innovante.
la bombe est
jours là. Des
bien morts.
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éclats
les foudres
Michel Bôle-Richard
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de l’ancien
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0123

bonnes feuilles

Mercredi 8 janvier 2014

Dans leur livre
«Valls, à l’intérieur», les
journalistes du «Monde»
David Revault d’Allonnes
et Laurent Borredon
racontent les coulisses
du système Valls:
provocations
idéologiques, intense
communication, réformes
minimales, construction
méthodique d’un réseau…
Et sourde rivalité
avec le chef de l’Etat

D

u ministère de l’intérieur à
l’Elysée, il n’y a que quelques mètres. Certains les
ont franchis d’une traite,
comme Nicolas Sarkozy.
D’autres après plusieurs
dizaines d’années, ainsi François Mitterrand. Manuel Valls, lui, est un homme
pressé. Mais, aussi, un homme prudent.
Depuis son installation place Beauvau, le
16mai 2012, il construit méthodiquement
son image, profitant de l’exposition que
lui procure le « ministère de l’actualité ».
Nos collaborateurs, Laurent Borredon
et David Revault d’Allonnes, décryptent
dans leur livre Valls, à l’intérieur (Robert
Laffont), en librairie le 9 janvier, les dessous du système Valls au ministère de l’intérieur : construction d’un réseau au cœur
de l’Etat, réformes minimales et communication intensive, guérilla idéologique
sur la sécurité, l’immigration, la laïcité…
Vingt mois plus tard, le rapport de forces avec François Hollande a changé. La
loyauté envers le président s’est muée en
compétition larvée. Extraits.

L’agacement
du président

D’ordinaire,FrançoisHollandenemanifeste guère d’émotion à la lecture d’une
mauvaisepresse. Mais ce dimanche23 septembre 2012, il est véritablement furieux.
La cause du courroux présidentiel, c’est la
une du Journal du dimanche, qu’il partage
ce jour-là avec Manuel Valls sous les résultats d’un sondage assassin et un titre qui
ne l’est pas moins : « L’un monte, l’autre
chute». La photo montre Hollande en bas
de l’escalier de l’Elysée, et Valls juché bras
croisés quelques marches plus haut…
Selon l’étude de l’IFOP, le président perd
onze points, un record dans ce baromètre,
alorsqueson ministre n’acesséde progresser pendant l’été pour atteindre à ce
moment 67 % de bonnes opinions. Ainsi
exposée en première page, la distorsion
entre ses courbes de popularité et celles de
son ministre de l’intérieur, qui ne cesse de
se creuser depuis les premières semaines
du quinquennat, est cruelle (…).
La position outrageusement dominante de son ministre ne pouvait, à terme,
qu’indisposer le chef de l’Etat. Pour un
ministre, ce dernier ne peut s’en prendre
qu’à lui-même, qui aurait laissé faire
l’inexorable installation de Valls dans le
paysage : « Le fait que François Hollande
reste immobile, ne bouge pas, ne traite pas
les problèmes, c’est une cause d’affaiblissement et de discrédit politique. A un
moment, ça se paie. La politique a changé.
Y a eu Sarko, Obama. Le niveau de jeu a
monté. François est faible. Il y a un vide à
combler. C’est ce que fait Manuel. »
Le patron de l’intérieur, de fait, prend
toujours plus d’assurance. Et à mesure
que Manuel Valls, par son activité politique de tous les instants, gagne du terrain
et étend sa surface politique, François Hollande se montre chaque un jour un peu
plus vigilant quant à ses avancées. Beaucoup, jaloux sans doute, ne manquent pas
de le souligner. « Son influence s’est atténuée, confirme une ministre importante.
Le président consulte maintenant de façon
plus diversifiée et prend plus de recul. Il a
une analyse un peu moins traumatisée de
la popularité de Manuel, qui a été pendant
un moment un facteur d’intimidation. »
Diagnostic d’un des vieux compagnons
de Hollande: « Il a été le chouchoudu président en début de quinquennat, il l’est un
peu moins. Ça doit quand même l’agacer.
Hollande déteste qu’on l’enferme dans une
relation qui le rendrait dépendant. Pendant la campagne ou la période de l’instal-

Hollande-Valls,
associésrivaux
lation, ça allait. Mais quand il a pris ses
aises, Hollande a compris que l’autre l’enfermait dans cette relation. Et il a essayé
d’en sortir. » (…) Le ministre, une fois, l’a
d’ailleurs confié à ses proches : « Le regard
de Hollande sur moi a changé…»

«Un bras de fer permanent
entre deux tigres»

Au sein de l’association Valls-Hollande,
singulière joint-venture politique, se joue
une subtile partie d’échecs,où chacun protège l’autre tout en s’en défiant de plus en
plus. Le tout en maintenant l’apparence
de la plus parfaite cordialité. Diagnostic
d’une ministre : « C’est comme une espèce
de bras de fer permanent entre deux tigres
qui savent que, si l’attaque est lancée, ils
peuvent se faire très mal mutuellement.
C’est de la dissuasion nucléaire.» Le ministre de l’intérieurl’a d’ailleursconfié à quelques amis : « Il sent bien que je pourrais
êtretenté deforcer lamain. Ilfaut que je fasse attention. Hollande doit se dire : il ne
doit pas prendre la place. A moi de ne pas la
prendre. » Manuel Valls pourra-t-il chasser le naturel ? (…) Le ministre de l’intérieur n’en dit jamais un mot, mais il trouve affligeantes certaines prestations téléviséesdu chefde l’Etat. Il ne peut comprendre, par nature, ce qui constitue à ses yeux
une absence totale de réactivité de François Hollande face aux événements politiques.Mais,pour l’heure,le ministrede l’intérieur sait que, hors le président, point de
salut. « Il sait qu’avec Hollande ce n’est
jamais très durable, estime un proche.
Mais l’analyse qu’il fait : en 2017, c’est Hollande, sans aucun doute. Donc le postulat
premier, c’est de ne pas se fâcher avec Hollande.» Même si, au fond, le ministre n’en
pense pas moins. Un des ténors du PS en
est persuadé: « Au fond de lui, il pense que
François ne sera pas réélu. En tout état de
cause, il se projette au-delà du quinquennat de François. » Mais Manuel Valls prend
bien garde à ne jamais froisser un président en qui il ne fonde pas, lui non plus,
une confiance absolue. Associés et de plus
en plus rivaux, François Hollande et
ManuelVallssont politiquementcondam-

nés à s’entendre et à se marquer de près. Et
le président, plus que jamais, veille. « Hollande a accepté la contrainte que représentait Valls. Mais il ne le choisira pas pour
Matignon. Pas sans qu’il se soit résolu à
l’idée qu’il n’a plus que ça à faire», croit un
intime de Valls. « Valls fera tout pour être
indispensable. Et Hollande fera tout pour
l’empêcher d’être indispensable », estime
un des conseillers du ministre. A l’Elysée,
l’on confirme considérer les menées du
voisin de Beauvau avec davantage de circonspection: « Le président a besoin de lui,
mais il fait attention à lui, confirme un
conseiller du chef de l'Etat. Il le considère
forcément comme un rival potentiel,
mêmesi celaparaîtimpensable qu’ilse présente contre lui. »
La guerre Valls-Hollande aura-t-elle
lieu ? « Inconcevable, balaie ce conseiller
présidentiel. Pas crédible. Mais les hommes sont bizarres…» (…) Sauf si, d’aventure, la situation politique se dégradait et
exigeait un sauveur susceptible de jouer
la rupture avec un président en perdition… Un ministre a d’ailleurs déjà échafaudé le scénario: « Il ne se présentera pas,
mais il peut l’empêcher de se présenter. En
déclarant sa candidature, en expliquant
qu’il fait la rupture, par exemple. Ça a déjà
été fait : par Chirac face à Giscard, par
Sarko face à Chirac, c’est un grand classique.»
Le président, quelque peu agacé par la
comparaison, tient pour sa part à recadrer
les débats. « On a commencé à prédire le
départ du premier ministre le jour où je l’ai
nommé. Mais ma confiance va à JeanMarc Ayrault », maintient fermement
François Hollande. Manière de conforter
son premier ministre et de prévenir ceux
qui pourraient être tentés par le pari de
l’échec : « Quant à la présidentielle, qui
peut imaginer gagner si nous n’avons pas
réussi à convaincre les Français pendant
cinq ans ? Ça vaut pour le président sortant
comme pour tous les membres du gouvernement.» A ceux qui en douteraient encore, au premier chef son ministre de l’intérieur, François Hollande, qui a indiqué à
ses proches que « l’idée est de travailler le
plus longtemps possible avec ce gouverne-

ment», tient néanmoins à la préciser: « Le
mieux qu’ont à faire les membres du gouvernement, y compris les plus pressés, c’est
de travailler là où ils sont. » (…) Et, tactique
comme à son habitude, le président, bien
installé dans le fauteuil de son bureau de
l’Elysée, face à l’horloge à laquelle il jette
régulièrement un regard, de retourner le
compliment à son ministre en posant à
son attention les termes de sa délicate
équationpolitique, celledu temps: « Combien de temps peut-on rester ministre de
l’intérieur? Le plus longtemps possible, a
priori. » Mais en privé, il l’a confié à quelques amis, non sans un certain plaisir :
« C’est une difficulté. Même Nicolas Sarkozy a voulu partir…»

Affaire Leonarda:
la tension est extrême

(Après que le premier ministre a envisagé devant les députés un retour de la
famille Dibrani). Au sommet de l’Etat, la
tension est extrême. Jusqu’à la rupture ?
Le président et le premier ministre assurent que Manuel Valls ne leur a jamais
remis sa démission, comme l’avait fait
Arnaud Montebourg sur le dossier de Florange. L’intéressé confirme, qui convient
néanmoins avoir fait monter la pression :
« Je n’ai pas dit : je remets ma démission si
on fait revenir la famille. J’ai dit : si on fait
revenir la famille pour des raisons politiques et symboliques, la situation devient
intenable pour moi. » Valls a bien évoqué
l’hypothèsed’un départ avecplusieurs collègues et quelques proches, afin de nourrir le rapport de forces. Plusieurs ministresassurentmême que le ministrede l’intérieur a bel et bien menacé de tout plaquer, en particulier via un lapidaire sms :
« Je me barre ! » Au point que le président
aurait dû appeler plusieurs d’entre eux
pour leur demander de convaincre Valls
de rester.
(Après l’intervention télévisée du président et la réponse en direct de Leonarda).
Jamais l’autorité du chef de l’Etat, qui
subit là un dégât d’image considérable,
n’avait été à ce point bafouée de tous
côtés, et ce jusqu’au cœur du parti qu’il a

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dirigé pendant onze ans. (…) Le cas Leonarda a crispé jusqu’au cœur des réseaux
socialistes et de la majorité. Il a aussi révélé un niveau de tension inégalé entre le
chef du gouvernement et le patron de
Beauvau, qui luttent désormais à ciel
ouvert pour le leadership gouvernemental. « Les Français ont vu qu’on voulait me
fairela peau», s’emporteValls. Avecl’affaire Leonarda, quelque chose a changé dans
le rapport de forces au sommet de l’Etat.
Diagnostic d’un ministre: « Valls, qui était
un atout, peut aussi être potentiellement
un danger et un problème, y compris dans
le rapport avec Ayrault. Ce truc a dérapé.»
Et cette fois, Manuel Valls n’a pas dissuadé
le président d’offrir à Leonarda un billet
de retour. Il ne l’a pas non plus empêché
de s’exprimer en personne et en direct,
s’exposant à une cinglante réplique de
l’adolescente. Il l’a expliqué à ses proches :
« Je ne peux pas me mettre en travers. Je ne
peux pas être celui qui lui dit : non, non,
non, à chaque fois. » Manuel Valls n’est
décidémentplus le directeurde communication de François Hollande. Il a désormais ses propres objectifs, de moins en
moins compatibles avec ceux du président. Entre eux, le rapport de forces est de
plus en plus explicite. Il l’a d’ailleurs
confié à ses amis : « A la fin de cette séquence, mon message est clair. Celui de Hollande ne l’est pas. »
A l’orée d’une campagne municipale
qui s’annonce d’ores et déjà axée sur la
sécurité, nul socialiste de poids ne semble
en mesure de pouvoir contester sa ligne
(…). Alors que les sondages prédisent à la
formation de Marine Le Pen une irrésistible ascension électorale, ses thématiques
favorites le placent une fois encore au centre du jeu. Pour son ami Jean-Jacques
Urvoas, l’opération « municipales» sera
tout bénéfice pour lui : « Il aura l’occasion
de mettre sa popularité au service des
autres, de quitter son image de “poor lonesome cowboy” pour devenir un glaive et
n’être plus simplement à son compte. Ça
va lui permettre de construire un réseau. »

Le scénario de la rupture
devient plausible

Quelques jours plus tard, un sondage
Harris Interactive a couronné en beauté
l’épisode. Les chiffres sont cruels. François
Hollande demeure le candidat socialiste
préféré des sympathisants de gauche
pour la présidentielle de 2017, avec 27 %
contre 23 % à Manuel Valls. Mais l’ensemble des Français vote Valls, à hauteur de
33 % des sondés, contre 9 % pour Hollande.
Pire : 54 % des sondés jugent que Valls
serait élu face à un candidat de droite en
2017, et seulement 16 % si c’était François
Hollande… Au sein d’une majorité et d’un
parti ébranlés par le naufrage présidentiel, parmi des élus affolés de perdre leurs
villeset leurs régionsalorsque le FN menace, cette étude d’opinion n’a pas manqué
de ruiner les dernières certitudes socialistes. Opération 2017 ? Quelques mois plus
tôt, le scénario de la rupture avec le président eût paru impensable. Il est désormais plausible. Le ministre de l’intérieur
l’a glissé à l’un de ses intimes : « A ce stade,
on ne peut rien construire sur une telle
hypothèse. Mais cela reste une possibilité.»
Un ministre qui le connaît bien en est
d’ailleurs persuadé : « Ce n’est pas forcément son scénario privilégié, mais ce n’est
pas absent de sa tête. Il n’ira pas à la Sarko,
en menant une entreprise méthodique de
destruction d’un président vieillissant.
Mais il se promeut, sans tenir compte des
dégâts qu’il peut provoquer. Et si ça se présente, il ira. » p
Valls, à l’intérieur, de David Revault d’Allonnes
et Laurent Borredon. Robert Laffont, 280 p.,
19,50 ¤. En librairie le 9 janvier.

18

0123

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Mercredi 8 janvier 2014

FRANCE | CHRONIQUE
pa r G é r a r d C o u r t o i s

Contre Dieudonné, Valls a raison

I
LES PROVOCATIONS DE
L’« HUMORIS
TE » NE SONT
PAS DES
OPINIONS,
MAIS DES
DÉLITS

l y a mille raisons de ne pas commencer
l’année avec Dieudonné. Mille excellentes
raisons de ne pas se laisser entraîner dans
les polémiques glauques que déclenche invariablement ce provocateur patenté et soidisant humoriste. Depuis que le ministre de
l’intérieur a dénoncé « les propos racistes et
antisémites» de Dieudonné, depuis qu’il a
annoncé son intention de «casser cette mécanique de haine » et d’étudier toutes les voies juridiques pour interdire ses spectacles, pas un
argument n’a manqué, en effet, pour inciter à
se tenir à distance.
Attention! mettent en garde les uns : attaquer Dieudonné bille en tête, comme l’a fait
Manuel Valls, c’est lui assurer une notoriété et
une publicité inespérées, à la veille d’une tournée qui commence le 9 janvier à Nantes et doit
le conduire dans 22 villes de France et de
Navarre dans les prochaines semaines.
Menacer d’interdire ses spectacles, déplorent les autres, c’est risquer de transformer
l’histrion en paria et lui apporter sur un plateau la démonstration que sa rhétorique touche juste: vous voyez bien que je suis le héros
des antisystèmes, puisque le « système », en la
personne du ministre de l’intérieur lui-même,

me désigne comme ennemi public, pourra-t-il
ricaner à la première occasion. Rien de tel pour
alimenter les fantasmes complotistes dont il a
fait l’un de ses fonds de commerce.
Pis encore, interdire les prestations de Dieudonné, n’est-ce pas s’engager sur un terrain
périlleux pour les libertés publiques, menacer
ces fondements de la démocratie que sont les
libertés d’expression et de réunion ? N’est-ce
pas censurer un artiste, museler un libre penseur, récuser le rire au nom de la morale publique, comme le plaident déjà ses avocats? N’estce pas risquer d’être, ensuite, désavoué par la
justice si le « trouble à l’ordre public », invoqué
par le ministre de l’intérieur pour intervenir,
n’est pas avéré ?
D’autres encore, tout en dénonçant les provocations antisionistes – pour ne pas dire antisémites – de Dieudonné, refusent de prêter la
main à ce qu’ils estiment être un coup politique de M. Valls, une manière de redorer son
blason républicain. Pas vous, et pas sur ce terrain!, rétorquent-ils au ministre, en lui rappelant ses sorties inacceptables sur les Roms, il y
a quelques semaines.
Aucun de ces arguments n’est négligeable.
Mais alors, que fait-on ? On laisse Dieudonné,

Lesélucubrationsd’une
journalisteétrangèreà Paris
uand LouisXIV révoqua
l’édit de Nantes, des milliers
de protestants fuirent la
France avec leur argent et leurs
talents. Depuis mai 2012, la situation est identique. Nulle considération religieuse cette fois, ce sont
les impôts et les mesures néfastes
aux affaires qui font fuir tous
ceux qui pourraient faire la richesse française. La comparaison est
osée, le constat sans appel. Il émane de Janine di Giovanni, qui se
considère « comme l’une des journalistes les plus respectées d’Europe» sur son site Internet.
Dans un article publié dans
Newsweek, cette journaliste née
aux Etats-Unis et vivant à Paris
dresse le portrait d’une France en
déclin, dispendieuse et gaspillant
systématiquement ses chances.
D’autres auraient pu tenir la plume et dresser un constat tout aussi pessimiste de la situation du
pays. Mais le génie de Mme di Giovanni, qui n’a pas souhaité répondre aux questions du Monde, réside dans le fait que la quasi-totalité
de ses arguments sont fantaisistes
ou, au mieux, imprécis.
Mme di Giovanni le rappelle à
plusieurs reprises: elle est mère et
la France est un paradis pour la
maternité. Les couches y seraient
gratuites, tout comme les crèches
qui pullulent à chaque coin de
rue. Quant à la parturiente, elle
bénéficiera de séances de kinésithérapie financées par la Sécurité
sociale pour recouvrer un ventre
plat et son sex-appeal – « C’est si
français! ». Il s’agit, écrit-elle,
d’une mesure instaurée après la
première guerre mondiale pour
favoriser la natalité… Une prouesse pour la Sécurité sociale qui
n’existe, dans sa forme actuelle,
que depuis 1945!
Mais tout cela a un coût exorbitant pour un pays qui n’en a plus
les moyens. Conséquence: c’est

6 MOIS
FORMULE INTÉGRALE

Le litre de lait à six euros
Le climat est si hostile pour le
business qu’il n’y aurait pas de
mot dans la langue française pour
« entrepreneur», écrit-elle, reprenant une bourde de George Bush.
Selon la journaliste, il n’existe quasiment pas d’homme « comme
Christophe de Margerie, PDG de la
multinationale Total, qui parle
anglais et passe le plus clair de son
temps à signer des contrats à
l’étranger».
Ce pays, Janine di Giovanni dit
l’aimer, mais son refus d’entrer
dans la mondialisation a rendu la
vie si chère que « Paris bat désormais Londres». Le demi-litre de
lait, par exemple, s’y achète 4dollars (environ 3euros), révèle-t-elle
à ses lecteurs!
Entre anecdotes invérifiables et
citations anonymes d’élites françaises, Mme di Giovanni poursuit
sa visite de cette France, certes en
difficulté, mais où il est encore
possible de se procurer un litre de
lait à moins d’un euro, même
dans le 6e arrondissement de la
capitale où elle dit résider.
Après des années difficiles dont
il peine à se relever, Newsweek,
devenu 100% numérique en 2012,
vient d’être racheté par un jeune
millionnaire. Il s’appelle Etienne
Uzac, il est francais. p

169

2



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A compléter et à renvoyer à : Le Monde - Service Abonnements - A1100 - 62066 Arras Cedex 9

Samuel Laurent
et Jonathan Parienté

pTirage du Monde daté mardi 7 janvier 2014 : 282 039 exemplaires.

courtois@lemonde.fr

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par l’impôt que l’on tente de remplir les caisses. Dans la France de
Mme di Giovanni, la tranche d’impôts à 75% n’a pas été censurée
par le Conseil constitutionnel et la
plupart des Français paient 70%
d’impôts. Ce qui est théoriquement possible en cumulant
impôts sur le revenu, ISF et cotisations sociales, mais qui n’est sûrement pas le lot de la majorité des
contribuables, comme elle le sousentend.

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Secrétaire générale de la rédaction Christine Laget
Conseil de surveillance Pierre Bergé, président. Gilles van Kote, vice-président

Terrains juridique et fiscal
Bref, on le laisse, à peu près tranquillement,
orchestrer ces transgressions, déverser ce poison sur Internet et fédérer, dans une jubilation commune, le vieil antisémitisme de l’extrême droite et un nouvel antisémitisme qui
joue de la concurrence des mémoires pour
mieux récuser la Shoah, au nom de la tragédie
de l’esclavage ou des drames de la colonisation. On le laisse, enfin, au nom des libertés
démocratiques, multiplier les bras d’honneur
à « cette vieille prostituée de démocratie», en
traitant ces éructations par le mépris.
Ce flegme affiché, voire cette indifférence
inavouée ne sont, tout simplement, pas acceptables. C’est pourquoi Manuel Valls a eu raison
d’engager le combat.
A condition de le mener, désormais, sans fléchir. Sur le terrain juridique, évidemment.

Sans même parler de l’interdiction des spectacles – à l’évidence délicate, mais dont la volonté vient d’être confirmée par une circulaire
aux préfets du ministre de l’intérieur –, on
voit mal ce qui interdit d’opposer systématiquement à Dieudonné la législation en
vigueur: celle-ci permet de réprimer, y compris par une peine d’un an de prison, « tout
acte raciste, antisémite ou xénophobe », ainsi
que la contestation de l’existence des crimes
contre l’humanité, à commencer par la Shoah.
A cet égard, les provocations de l’« humoriste»
ne sont pas des opinions, mais des délits.
De même, sur le terrain fiscal et financier.
Déjà condamné à plusieurs reprises, depuis
2007, pour injure et provocation à la haine
raciale, Dieudonné a habilement organisé son
insolvabilité (Le Monde du 4 janvier) pour éviter de payer les quelque 65 000 euros d’amende qui lui ont été infligés. Or, comme vient de
le rappeler la garde des sceaux, l’organisation
frauduleuse d’insolvabilité est un délit pénalement condamnable. Qu’attend-on?
Mais, à juste titre, Christiane Taubira ajoute
que la sanction judiciaire « ne suffira pas » :
contre cette « barbarie ricanante » qui « teste la
société, sa santé mentale, sa solidité éthique et
sa vigilance », c’est effectivement un combat
politique qu’il faut mener sans relâche. Pour
démontrer que la démocratie n’est pas impuissante face à ceux qui la menacent en bafouant
l’Etat de droit, ses lois et ses valeurs fondamentales. Et pour rappeler que, si la tolérance est
une vertu cardinale, elle ne saurait aller jusqu’à accepter l’intolérable. p

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**Sous réserve de la possibilité pour nos porteurs de servir votre adresse

Q

soir après soir, déverser sa haine des « juifs »,
de « la juiverie », de « kippa city » et du « complot sioniste » ? On se bouche les oreilles quand
il répète en boucle, en dépit de la procédure
engagée par Radio France : « Quand je l’entends parler, Patrick Cohen [animateur de la
matinale de France Inter], je me dis, tu vois, les
chambres à gaz… Dommage ! » ?
On ignore, de même, son apologie de
Pétain, coupable de la rafle du Vél d’Hiv, mais,
selon lui, « moins raciste» que Hollande? On
ferme les yeux quand il exhibe sur scène le
négationniste des chambres à gaz, Robert Faurisson ; ou quand il entonne, sur l’air d’une
chanson d’Annie Cordy, un « Shoah nanas »
qui tourne en dérision l’extermination des
juifs d’Europe par le régime nazi ?

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ces données pourraient êtres communiquées à des tiers, sauf si vous cochez la case ci-contre.

Les médias, sources de « big data »

L’activité journalistique, grâce à de nouveaux outils d’analyse numérique, fait
l’objet d’investigations inédites
de la part des chercheurs. P A G E 2

Un couple détonnant
Guido Kroemer et Laurence Zitvogel étudient les interactions entre les cellules
immunitaires et les différents types de
mort cellulaire lors d’un cancer. P A G E 7

Le retour des virus guérisseurs
Délaissée au profit des antibiotiques,
la phagothérapie revient. Des essais
cliniques sont prévus à l’automne
en France, Belgique et Suisse. P A G E 3

Des fossiles dans le phosphate
Les mines exploitées par l’Office chérifien des phosphates, au Maroc, sont aussi un formidable gisement de fossiles.
Le site de Khouribga couvre la période qui a vu la disparition des dinosaures, il y a 66 millions d’années.
On y a découvert de féroces lézards aquatiques, des tortues-aspirateurs, des ancêtres des éléphants et des oiseaux dentus. Reportage.
PAGES 4-5

En 2009, dans les carrières
de Khouribga, à 120 km
au sud-est de Casablanca.
EMMANUEL GHEERBRANT/CNRS

La lingua franca des mathématiciens

D

carte blanche

EtienneGhys
Mathématicien, directeur
de recherche au CNRS à l’Ecole
normale supérieure de Lyon.
etienne.ghys@ens-lyon.fr
(PHOTO : FABRICE CATERINI)

ans quelle langue sont écrits les articles de
recherche en mathématiques? En anglais ? Souvent, mais pas toujours: les mathématiques
sont peut-être la dernière science exacte dans laquelle
subsiste une proportion – faible mais significative– de
publications en français.
Certains penseront que la langue importe peu puisqu’il s’agit de formules mises bout à bout : ce serait également une erreur. Même si les symboles jouent un
rôle central, un article est destiné à des êtres humains
qui parlent une langue naturelle…
Depuis toujours, le style mathématique hésite entre
deux tentations opposées. D’un côté, on peut considérer que le seul but est de démontrer un théorème nouveau et de s’assurer qu’il ne contient pas d’erreur. Il
faut alors enfiler des syllogismes froids, sans nécessité
d’en dévoiler le sens profond; les articles qui en résultent sont en quelque sorte destinés à des ordinateurs.
L’informatique théorique a d’ailleurs fait récemment des progrès fantastiques dans la vérification
automatique de démonstrations. A l’opposé, l’auteur

Cahier du « Monde » N˚ 21453 daté Mercredi 8 janvier 2014 - Ne peut être vendu séparément

peut aussi souhaiter expliquer à son lecteur le cheminement de sa pensée, le convaincre de l’intérêt de ses
résultats, et lui transmettre des idées. La rigueur contre
l’intuition, la syntaxe contre la sémantique: le débat
n’est pas nouveau en mathématiques!
Suivant les auteurs, les époques, les cultures ou les
domaines de recherche, les textes publiés penchent
d’un côté ou de l’autre. Par exemple, beaucoup considèrent que les textes mathématiques du XIXe siècle
étaient un peu « bavards».
On dispose aujourd’hui d’un outil d’aide à l’écriture
mathématique d’une souplesse extraordinaire qui
offre une grande liberté de style aux auteurs. Inventé
par l’informaticien Donald Knuth en 1977, TeX (prononcer tekk) est devenu, après quelques améliorations, LA
langue dans laquelle s’expriment tous les mathématiciens. Superficiellement, on pourrait penser que ce
n’est qu’un traitement de texte parmi d’autres, mais il
s’agit bien d’un véritable langage. Il n’a aucun des
inconvénients de Microsoft Word, unanimement haï
dans la communauté!

TeX est un logiciel gratuit, indépendant du matériel
utilisé, qui ne change pas tous les cinq ans et qui ne
prend aucune décision à votre place. Sa grande originalité est de dissocier complètement la forme du fond. La
rédaction se fait dans un simple fichier texte, sans
aucune mise en pages mais contenant en revanche des
commandes qui structurent l’ensemble.
Ce fichier source contient toute l’information; son
contenu est donc virtuellement éternel ! Ce n’est que
dans un deuxième temps, celui de la compilation, que
l’objet typographique est produit, en suivant les instructions précises de l’auteur.
De nos jours, TeX est devenu la lingua franca des
mathématiciens, mais aussi des informaticiens et d’une
bonne partie des physiciens. Avec un peu d’habitude,
on peut même lire le fichier non compilé, et beaucoup
de courriers électroniques entre collègues sont rédigés
directement dans ce langage (un peu abscons, il faut en
convenir). Il n’est pas exagéré de dire qu’en modifiant
leur mode d’expression TeX a changé la vie des mathématiciens, et a donc transformé les mathématiques. p

2

0123

Mercredi 8 janvier 2014

SCIENCE & MÉDECINE

actualité

Les médias dans la moulinette du «big data»
Pour mieuxcomprendre la façon dont les informationsse diffusent, vivent et meurent,
des chercheurs ont constitué de larges bases de données qu’ils sondent avec de nouveaux outils informatiques
numérique |

David Larousserie

L

e « big data » s’empare des médias.
Onneparlepaslàdelamodemédiatique qui use de cette expression
désignant la collecte, l’analyse et
l’utilisation de grandes quantités
de données – qu’il s’agisse des données scientifiques ou de celles récupérées par les
espions de l’Agence nationale de sécurité (NSA)
américaine en passant par les traces laissées sur
le Web par les internautes. On veut signifier que,
désormais, c’est l’activité journalistique ellemême, grande pourvoyeuse de documents, qui
est l’objet d’investigations à la sauce big data.
Ils’agitde répondreàde vieillesquestions:qui
parle de quoi dans les médias? Qui sont les lanceurs d’informations et les suiveurs? Quels thèmes restent dans les oubliettes? Les sujets sontils traités de la même façon par la télé, la radio, la
presse écrite et le Web ? L’irruption d’un nouvel
acteur comme Internet peut aussi poser de nouvelles questions, comme celle-ci: la diversité des
sourcesd’informationsfavorise-t-ellelepluralisme ou non? Ou bien, y a-t-il des lois du buzz ?
«La recherchesur ces thèmes n’est pas nouvelle
mais il y a aujourd’hui une convergence d’outils

Désormais, c’est l’activité
journalistique elle-même,
grande pourvoyeuse
de documents,
qui est l’objet d’investigations
à la sauce « big data »
qui permettent de la rénover. Un paysage se
construit sur l’analyse opérationnelle des
médias», indique Marie-Luce Viaud, en ouverture du colloque « Le big data pour l’analyse des
médias», qui s’est tenu à Issy-les-Moulineaux
(Hauts-de-Seine) les 16 et 17 décembre 2013.
«Nous observonsun monde en mutation, celui
des médias », ajoute cette chercheuse à
Ina Expert, la société de formation de l’Institut
national de l’audiovisuel (INA), qui est aussi
coresponsable de l’outil le plus complet sur le
sujet,OTMedia,dontla premièrephase,financée
entre autres par l’Agence nationale de la recherche (ANR), vient de s’achever. Ce projet, développé notamment par l’INA, l’Institut national de
recherche en informatique et en automatique
(Inria), les universités Sorbonne-Nouvelle et
Paris-Est, l’Ecole des ponts, l’Agence France-Presse (AFP) et l’entreprise Syllabs, est un vrai glouton. Depuis juin 2011, il a collecté les vidéos de
21 chaînes de télévision, les émissions de neuf
radios, tout le fil d’actualités de l’AFP, plus de
1 500flux d’informations en ligne de médias, le
contenu d’environ 1300 sites Web de partis politiques ou d’institutions, de blogs… Soit au total
près de 4 millions de documents écrits et 5 millions d’images. Et la moisson devrait continuer.
Impressionnant également, dans un autre
registre, l’Europe Media Monitor (EMM), déve-

ILLUSTRATION : FABRICE MONTIGNIER

loppé depuis 2002 par l’un des centres communs de recherche de l’Union européenne à
Ispre (Italie). Cent soixante quinze mille articles
par jour provenant de 4000 sources d’informationsécritesdans 70 langues! Le systèmeestspécialisé dans l’identification d’événements politiques, sociaux ou sanitaires. Il fournit notamment des classements d’histoires marquantes et
compare ce que disent des sources étrangères
d’un événement national.
En anglais,d’autres grands projets ont été évoqués lors du colloque. L’université de Columbia
et l’Institut Millward Brown pour l’innovation
dans les médias ont depuis peu un prototype,
news rover, qui s’intéresse à plus de 100chaînes
de télé et près de 500 sujets d’actualité par jour.
L’outil peutproposer des articles et des vidéosen

rapport avec un thème donné. Une option dite
desérendipitépermetde liredesarticlesassociés
à une recherche, sans y être directement reliée.
Collectern’estpastout,ilfaut aussiexploreret
analyser ces masses de données. La plupart de
ces projets reposent sur des extractions dans les
textes de mots-clés, de noms de personne ou de
lieux, de dates…
Rapidement,desindicesdecouverturemédiatique sont calculables pour voir quelle vedette,
quel homme politique a le plus de succès dans le
corpus.Pluscruel,desexperts de l’INAontétudié
des corrélations entre la couverture médiatique
des événements culturels et leur fréquentation
réelle. Hellfest, festival consacré à la musique
metal, est l’un des plus fréquentés de France
mais recueille le moins d’articles…

Souvent, les logiciels permettent d’agréger
automatiquement plusieurs articles sous un
même chapeau. Franck Rebillard et Dario Compagno (université Sorbonne-Nouvelle) ont ainsi
montré comment,avec OTMedia, ils ont résumé
automatiquementle traitement de deux tueries
(en Finlande et en France) en quelques thèmes
(aspects politiques, psychologiques, critique de
la police…). Sans avoir à lire, en première analyse, le contenu même des documents.
Grâce à un outil repérant les copies ou plagiats, couplé à l’identification des citations de
sources, leurs collègues de l’INA ont commencé
à explorer le réseau des interactions entre
médias. Sans surprise, l’AFP apparaît centrale
dans cette représentation.
Dans OTMedia, deux outils impressionnent
encore davantage : un moteur de recherche
d’images et un détecteur d’événements. Issu
des travaux de recherche de l’Inria, le logiciel
d’analyse des images est capable de retrouver
dans un corpus le détail d’une image sélectionnée par l’utilisateur : un logo de marque, une
façade d’immeuble, un monument…
De quoi suivre les réutilisations d’une image
dans les médias ou étudier les détournements.
« Images et textes véhiculent aussi des informations différentes », insiste Alexis Joly de l’Inria.
La technique consiste, pour chaque image, à
générer des descripteurs caractéristiques de
quelques pixels (deux milliards de descripteurs
au total pour les cinq millions d’images dans la
base de données) qui sont autant de « mots
visuels ». Les requêtes se font donc sans taper
des mots-clés mais en sélectionnant des bouts
d’image.
Le détecteur d’événements, encore en rodage,
consiste à regrouper automatiquement des articles « proches », à un instant donné, afin d’étudier la fréquence d’apparition de ce paquet dans
le corpus. En aveugle, l’agenda médiatique est
reconstruit. Cette véritable fouille de données
est plus riche qu’un moteur de recherche, qui ne
réagit qu’à des requêtes pour trouver des documents. Là, on trouve ce qu’on ne cherchait pas…
Inversement,celarendpossiblel’étudedes« résidus», c’est-à-dire l’ensemble des articles n’ayant
pas fait « événement ». Ou le silence contre le
bruit médiatique.
«Il est facile de dire des choses fausses avec ces
outils», met en garde Marie-Luce Viaud. « A combien nos analyses sont-elles justes, à combien
sont-elles fausses ? Personne ne sait le dire, en
fait », ajoute-t-elle. L’exercice a en effet ses limites. Les flux reçus des différentes sources peuvent ne pas être propres: des articles manquent,
les dates sont incorrectes, des mises à jour d’un
article multiplient sa présence dans la base…
« Avec le big data, on passe notre temps à
essayer de comprendre la base de données, plus
qu’à l’utiliser », complète Dario Compagno. Et
puis, méthode phare de la sociologie, il faut aussi établir des « vérités terrain», c’est-à-dire comparer les résultats des machines à des corpus ou
des situations bien connues. Ce qui peut prendre du temps.
Les chercheurs doivent également apprendre
l’interdisciplinarité.Au sein d’OTMedia,sociologues et informaticiens travaillent ensemble.
Des linguistes sont fondamentaux dans la réussite d’EMM. Des géographes sont impliqués
dans d’autres projets. Seuls les journalistes sont
encore peu présents… p

Internet peut aussi être utile contre les troubles alimentaires
Un rapport souligne que des sites, blogs ou forums peuvent aider les anorexiques et les boulimiques à rompre leur isolement
Pascale Santi

L

e développement de communautés en ligne, de
blogs, de forums sur l’anorexie ou la boulimieencourage-t-il les troubles du comportement alimentaire (TCA) ? Un rapport intitulé « Les jeunes et le Web
des troubles alimentaires : dépasser la notion de “pro-ana”», disponible sur anamia.fr, apporte un
démenti à cette accusation fréquemment émise.
Ce rapport est le fruit d’une étude coordonnée par Antonio
Casilli, sociologueà TélécomParisTech, et Pierre-Antoine Chardel,
philosophe à Télécom Ecole de
management. Appelé Anamia
(dans le jargon d’Internet, Ana et
Mia désignent respectivement
l’anorexieet la boulimie), ce projet

de recherche, financé par l’Agence
nationale de la recherche (ANR), a
démarré en 2010, coordonné
notamment par l’Institut MinesTélécom et l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Il vise à
étudier la structure, la fonction et
l’influence des réseaux sociaux
regroupant des personnes touchées par des TCA.
L’anorexie mentale toucherait
entre 1 % et 2 % de la population, et
la boulimie3 % à 4 %, mais il n’existe pas de données épidémiologiques en France. Les causes de ces
maladiessontmultiplesetcomplexes. Les communautés en ligne
regroupant des personnes souffrant de TCA sont apparues au
début des années 2000. Depuis,
une soixantaine d’études analysant le contenu de tels sites ont été
publiées, surtout par des médecins, mais peu de cette ampleur.

Pour cette étude, Anamia a
d’abord réalisé une cartographie
du Web afin d’extraire un corpus
de données par data mining
(fouille). L’étude comportait aussi
des questionnaires en ligne, des
entretiens et une analyse de
réseaux sociaux.
Les contenus de ces sites,
forums, réseaux sociaux, blogs
d’usagers, dont certains dévoilent
des pans de vie, représentent une
massede donnéesimpressionnante, qui a été passée au crible. En
France, 559 sites ont été répertoriés en 2010, 593 en 2012 – probablement une fourchette basse, car
ces chiffrent n’incluent pas les
groupes de réseaux de type Facebook. 287 questionnaires en ligne
exploitables ont été collectés, puis
37 entretiens ont été réalisées.
Premier enseignement de ces
travaux : « Contrairement aux

idées reçues, ces sites ne font ni
l’apologie des troubles alimentaires ni du prosélytisme », explique Antonio Casilli.
Certes, le ton est souvent provocateur, plusieurs sites affirmant
que ces troubles sont un choix de
vie plutôt qu’une maladie, et les
images parfois choquantes, ce qui
a valu à ces sites l’appellationpéjorative de pro-ana. M. Casilli juge
cependantl’expression abusive, et
lui préfère celle d’anamia.

Offre de soutien en ligne
Les jeunes filles vont parfois jusqu’àdécrireles méthodespours’affamer ou se faire vomir, et mettent
en ligne des photos personnelles
ou de célébrités retouchées et très
amincies. Certaines font l’éloge du
thighgap,ou« espaceentrelescuisses », Graal de celles qui veulent
s’identifier à des mannequins.

Pareil phénomène, dangereux
pour la santé, inquiète. Le psychiatre Gérard Apfeldorfer, spécialisé
dans ces pathologies, dénonce ainsi la façon dont ces sites glorifient
les TCA. Et une proposition de loi,
portée par la députée UMP Valérie
Boyer, visant à punir la promotion
de la maigreur, a été adoptée en
avril 2008 – mais elle n’est jamais
parvenue au Sénat.
Autre enseignement de l’étude :
« La censure ne fonctionne pas, elle
peut être nuisible et avoir pour
effet un enfermement des communautés dans un entre-soi », estime
Antonio Casilli. Pour ce dernier,
les espaces en ligne aident certains malades à retrouver, du
moins partiellement, la commensalité – alors que ces maladies
entraînent souvent la perte des
valeurs de partage et du plaisir alimentaire. Les blogs sont aussi

vécus comme vecteurs d’entraide,
de conseil. Leur lecture aide les
maladesà romprele profond isolement qu’ils ressentent.
L’étude relève en outre que certains malades ne trouvent pas forcément en milieu clinique un suivi médical qui leur convienne et
vont le chercher sur Internet. Plus
de 50 % des internautes souffrant
d’untroubledu comportementalimentaire sont suivis par plusieurs
professionnels, mais l’offre de
soins disponible est souvent jugée
insuffisante. Ces sites s’inscrivent
dans une mouvance de désintermédiation médicale.
Les chercheurs préconisent
donc d’intégrer la sociabilité en
ligne aux thérapeutiques visant
les TCA, notamment par la mise en
place d’une offre de soutien sur
Internet émanant de professionnels de santé. p

actualité

SCIENCE & MÉDECINE

Les espoirs de la phagothérapie
Les phages, des virus naturels pouvant combattre des bactéries, sont utilisés
dans certains pays comme la Géorgie. En France,des essais cliniques sont prévus à l’automne

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Mercredi 8 janvier 2014

3

télescope
Archéologie
Des caries chez
des chasseurs-cueilleurs
de l’âge de pierre

médecine|

Raphaëlle Maruchitch

A

l’automne, des essais cliniques
inédits devraient débuter au
sein de sept hôpitaux de France,
Belgique et Suisse sur les bactériophages,desvirusnaturelsspécifiques des bactéries dont le
potentiel médical a déjà fait ses preuves par le
passé. Cette ancienne thérapie, dite phagothérapie, suscite de nouveaux espoirs en tant que traitement complémentaire des antibiotiques dans
certaines infections à bactéries multirésistantes.
Il y a dix-huit mois, le docteur Alain Dublanchet, microbiologiste et ancien chef de service au
centre hospitalier de Villeneuve-Saint-Georges
(Val-de-Marne), fervent défenseur de la phagothérapie,seheurtaitencoreà de nombreuxobstaclesdans sa croisadepour la réintroduireen France dans un cadre légal (supplément « Science
& techno » du 16 juin 2012).
A l’époque, la start-up française Pherecydes
Pharma débutait les premiers tests précliniques
de phages sur des modèles animaux. Les résultats ont depuis attesté d’une « très bonne efficacité des produits », explique Jérôme Gabard, le PDG
de Pherecydes Pharma. Avec le docteur Patrick
Jault, responsable de l’unité des brûlés de l’hôpital Percy, à Clamart (Hauts-de-Seine), et le docteur François Ravat, chef de service du centre des
brûlés du centre hospitalier Saint-Joseph – SaintLuc (Lyon), ils ont alors monté un dossier pour
répondre à un appel à projets européen.
Nommé Phagoburn,leur projet a été retenu au
mois de juin 2013 par la Commission européenne. Un peu plus de 3,8 millions d’euros lui seront
alloués. Phagoburn rassemble aussi bien des partenaires privés que publics et implique des hôpitaux civils comme militaires. Il va inclure

« Les produits à base
de phages répondront
demain à la définition des
médicaments biologiques »
Alban Dhanani

directeur adjoint de la direction
des médicaments anti-infectieux à l’ANSM
200 patients environ, issus d’unités de grands
brûlés. Pherecydes Pharma mettra au point les
cocktails de bactériophages; quant à la production, elle sera assurée par Clean Cells, établissement pharmaceutique basé à Nantes. Deux produits thérapeutiques contre deux espèces bactériennes (colibacilleet pyocyanique) vont être testés sur les brûlures infectées. « Nous espérons en
premier lieu montrer que les phages sont aussi
efficacesque le traitementde référence,puis observer que la vitesse d’éradication des bactéries est
plus grande», résume le docteur François Ravat.
Cepas en avantversl’obtentiond’une autorisation de mise sur le marché, la phagothérapie le
doit aussi aux politiques qui se sont emparés du
sujet. La sénatrice Maryvonne Blondin a adressé
une question orale à ce propos, en février 2013, à
Michèle Delaunay, la ministre déléguée auprès
de la ministre de la santé, et a interpellé d’autres

On considère généralement que les caries
se sont développées chez l’homme avec
l’avènement de l’agriculture et l’accès à
une nourriture riche en sucres. L’examen
de dentures trouvées dans la grotte des
Pigeons, à Taforalt au Maroc, qui a été
occupée à l’âge de pierre il y a 15 000 ans,
montre que ces attaques bactériennes
ont pu atteindre des populations de chasseurs-cueilleurs, dès le paléolithique. En
l’occurrence, chez ces Ibéromaurusiens,
51 % des dents des adultes étaient affectées par des caries, une proportion comparable à celle rencontrée dans la population actuelle, contre 0 % à 14% en général
chez les chasseurs-cueilleurs. Les chercheurs attribuent cette haute prévalence
à la consommation de glands et de
pignons de pin. (PHOTO : ISABELLE DE GROOTE)
> Humphrey et al., «PNAS» du 7janvier.

Médicaments
Essais cliniques : un pas
vers la transparence

ministères sur le sujet. « Les acteurs qui s’investissent dans cette thématique réalisent un travail de
titan, dans un environnement peu favorable »,
juge-t-elle. La députée européenne Michèle Rivasi a, elle, organisé une réunion sur la question au
Parlement européen le 17 septembre 2013. Elle a
également inscrit le sujet des phages dans le projet pilote de la commission « Horizons 2020 » et
prévoit, en 2014, de présenter un rapport d’initiative spécifique sur la phagothérapie.
Quid des industriels intéressés? Si les phages
ne sont pas brevetables car issus du vivant, Jérôme Gabard (Pherecydes Pharma) affirme que les
cocktails,eux,le sont. «AvecPhagoburn,lesindustriels vont sentir que les choses bougent», pense le
docteurRavat. Michèle Rivasi estime pour sa part
que « les laboratoires pharmaceutiques ne sont
pas intéressés » et ne voit d’autre solution que de
« développer la recherche publique ». Du côté de
l’Agence nationale de sécurité du médicament et
des produits de santé (ANSM), le dossier phagothérapie est désormais bien connu. Une réunion
de travail sur le sujet aura lieu au cours du premier semestre, coordonnée par l’Agence européenne du médicament. Le statut des bactériophages semble clair : « Les produits à base de phagesrépondrontdemainà la définitiondes médicaments biologiques », explique Alban Dhanani,
directeur adjoint de la direction des médicaments anti-infectieux à l’ANSM.
Le dossier avance, mais l’utilisation des phages n’est pas encore possible en France. JeanMarc Chatellier fait partie de ceux qui se sont
confrontés à cette réalité. Sa mère souffrait d’une
dilatation des bronches et avait contracté une
infection résistante aux antibiotiques. Elle n’a
pas obtenu d’autorisation pour utiliser des phages et il n’était pas envisageable qu’elle se rende
en Géorgie, où la phagothérapie est toujours largement utilisée. Elle est morte à 73 ans de compli-

cations de l’infection, en janvier 2013. Son fils Bactériophages T
regrette amèrement qu’elle n’ait pas pu tenter la
attaquant
phagothérapie en dernier recours.
une bactérie
De son côté, le docteur Dublanchet continue, « Escherichia coli ».
avec d’autres médecins impliqués, à prendre en
Chaque
charge quelques patients – mais limite cette acti- phage est composé
vité, illégale. « Définir des protocoles pour encad’une tête
drer l’usage de la phagothérapie» est devenu son contenant son ADN
cheval de bataille. « Il ne faut pas la laisser libre
et d’une queue
d’utilisation, comme cela a été le cas pour l’antimunie de fibres.
biothérapie », met-il en garde. Sa volonté est de
Le phage injecte
faire reconnaître par le ministère de la santé le
son ADN par
Centre français d’étude de la phagothérapie en
ces fibres dans
tantquecentrede référence.Il pourraitalorsfédéla cellule hôte,
rer les centres d’autres pays afin d’aboutir à une
la transformant
réflexion commune et être habilité à constituer ainsi en machine
une banque de phages à usage thérapeutique.
à répliquer le virus.
Pour l’heure, l’un des points qui le chagrine
EYE OF SCIENCE/PHANIE
encoreestqu’il serévèledifficilede garantirla stabilité des cocktails de phages. Le docteur Ravat
partage ce scepticisme. C’est pourtant bien un
produit stable et prêt à l’emploi qui devra être
présenté à l’Agence du médicament. p

Tourisme médical en Géorgie
A la suite d’un accident de voiture, Serge Fortuna souffrait d’une plaie
qui, infectée par un staphylocoque doré, ne guérissait pas. Lorsque
l’amputation a été envisagée, il s’y est refusé et a décidé de tenter le
tout pour le tout : aller se faire soigner en Géorgie. Le traitement a
fonctionné, et aujourd’hui la plaie est cicatrisée. Après cette aventure,
M. Fortuna a décidé de créer l’association Les phages du futur avec
Corinne Grumberg, journaliste qui s’est prise de passion pour le sujet.
Au cours de voyages de trois semaines environ en Géorgie, ils ont
escorté des personnes qui, à cours de traitement efficace, voulaient
essayer les phages comme dernier recours. « Pour ne pas les laisser partir tout seuls dans la nature», explique Corinne Grumberg. Sur place,
à Tbilissi, ils ont négocié les prix des soins, organisé la logistique, trouvé un interprète. Début janvier, ils réaliseront leur troisième voyage.

Le graphène fait des vagues
Entretenirdes ondes sur ce tapis de carbone pourrait en faire un capteur microscopique
David Larousserie

A

u sens figuré, un matériau, le graphène, a souvent fait des vagues
ces dernières années, avec le prix
Nobel en 2010, un financement
européen à un milliard d’euros sur dix ans
etsurtoutdespromessesvariéesenélectronique, optique, mécanique, santé… Désormais, il fait des vagues aussi au sens propre. Deux équipes indépendantes, dans le
même numéro de Physical Review Letters
du 6décembre 2013, proposent de secouer
ce tapis fait d’atomes de carbone pour en
faire jaillir la lumière, ou presque.
Plus exactement, il s’agit, par deux
méthodes différentes, de faire vibrer cette
couche très fine d’atomes de carbone afin
de modifier ses propriétés d’interaction
avec la lumière. Au repos, le matériau est
particulièrementtransparent,n’absorbant
que 2 % de la lumière. En vibrant, selon les

calculs des chercheurs, il pourrait devenir
opaque à 50%. La lumière « perdue» serait
en fait transformée en une sorte de surfeur
voguant sur les vagues du graphène.
En termes techniques, ce surfeur est
appelé plasmon. Il équivaut à une excitation collective des électrons du graphène
se déplaçant à la surface. Il se passe la
même chose que lorsque la chute d’une
pierre dans un lac crée des ondes.

Théorie et simulations numériques
Ces plasmons sont connus de longue
date dans des matériaux comme l’or ou
l’argent. Ils servent notamment de scalpel
microscopique, car leur longueur d’onde
est plus petite que celle de la lumière incidente, ce qui permet de « voir » des objets
minusculescommedes moléculesbiologiques, par exemple, invisibles à la lumière.
Mais dans le graphène, aux propriétés
électroniques meilleures que l’or ou l’argent, créer des plasmons restait difficile.

« Ce n’est pas le fait de faire vibrer le graphène qui est important. Ce qui compte,
c’est de créer une structure périodique
ayant la bonne longueur d’onde par rapport à la lumière », explique Mohamed
Farhat,chercheurpostdoctorantàl’université de sciences et de technologie du roi
Abdallah d’Arabie saoudite (KAUST en
anglais). L’idée lui est venue en mêlant
deux compétences acquises pendant sa
thèse en acoustique des plaques minces et
après un postdoc sur le graphène. L’article
est cosigné par Sébastien Guenneau
(CNRS), de l’Institut Fresnel de Marseille, et
par Hakan Bagci, de KAUST. Un oscillateur
mécanique crée les vibrations dans le graphène, de10 à 100 nanomètresde hauteur.
Lesecondgroupe,composédediversinstituts madrilènes, utilise un matériau piézoélectrique pour comprimer et dilater la
surface de graphène, déposée sur un substrat.Dansles deux cas,il ne s’agitpourl’instantquedethéorieetdesimulationsnumé-

riques.«Ce sontdebonsarticleset jene doute pas que des expériences se fassent bientôt », témoigne Mark Goerbig (CNRS), de
l’université Paris-Sud, qui, quelques mois
plus tôt, avait montré avec des confrères
américains qu’un découpage régulier de
rubans dans le graphène améliore la créationde plasmons.«Des contactsontétépris
pour passer à la réalisation pratique »,
confirme Mohamed Farhat.
L’avantage de cette nouvelle technique
est d’offrir plus de souplesse que des systèmes où la périodicité est figée une bonne
fois pour toutes, comme avec les rubans.
Là, arrêter les vibrations fait disparaître les
plasmons. Et modifier la longueur d’onde
des vibrations change la fréquence des
plasmons, donc leur manière de sonder ce
qui se trouverait sur leur passage. Ne reste
plus alors qu’à déposer des « poussières»,
comme des virus ou des protéines, sur le
tapis de graphène pour les repérer et les
caractériser précisément. p

Le laboratoire français Sanofi a annoncé,
le 2 janvier, qu’il va élargir l’accès aux
données de ses essais cliniques. « Le
partage des données aide à réduire les
doublons et permet aux chercheurs de
progresser plus efficacement à partir des
découvertes d’autres chercheurs», a
déclaré Christopher Viehbacher, directeur
général de la firme. L’accès aux données
interviendra après que les études aient été
présentées aux agences réglementaires
des Etats-Unis et de l’Union européenne,
précise le communiqué. Sanofi indique
également participer à un portail de
partage de bases de données
(www.clinicalstudydatarequest.com)avec
d’autres entreprises. Par ailleurs, le texte
du nouveau règlement européen
concernant les essais cliniques devrait
être adopté au printemps. Ce nouveau
règlement (voir « cahier
Science& médecine des 27 novembre et
4décembre 2013) prévoit notamment de
rendre publics les résultats des essais
cliniques dans un délai d’un an.

8

C’est, en millions, le nombre de morts
prématurées évitées aux Etats-Unis
depuis 1964 grâce à la lutte antitabac,
selon des estimations publiées le 8 janvier dans le JAMA (Journal of the American Medical Association). Dans leur article, Theodore Holford et ses collègues
rappellent que les mesures de lutte
contre le tabagisme ont débuté il y a
tout juste cinquante ans aux Etats-Unis.
Durant ce demi-siècle, 17,7 millions de
décès survenus dans les Etats américains sont attribuables aux méfaits de
la cigarette, évaluent-ils. Mais la politique antitabac a permis de faire gagner
en moyenne vingt ans de vie à 8 millions d’Américains, 5,3 millions d’hommes et 2,7millions de femmes.

Addictologie
Une molécule bloque
certains effets du cannabis

Chez le rat et la souris, une molécule naturellement présente dans le cerveau peut
contrecarrer certains effets du THC, l’un
des principes actifs du cannabis. En cas
d’administration de fortes doses de THC,
la prégnénolone vient se fixer à des récepteurs cannabinoïdes dits CB1, contrant
partiellement chez les rongeurs l’action
de la drogue. Il pourrait s’agir d’un mécanisme naturel de protection contre une
intoxication au cannabis, selon les chercheurs du neurocentre Magendie (Bordeaux) qui ont contribué à le mettre en
évidence. A l’inverse, l’administration de
prégnénolone aux rongeurs « accros» au
cannabis restituait des capacités mnésiques normales et leur vigilance, et réduisait leur motivation pour s’auto-administrer du THC. Les chercheurs veulent commencer rapidement des essais cliniques
avec des dérivés de prégnénolone.
> Vallée et al., « Science » du 3 janvier.

4

0123

Mercredi 8 janvier 2014

SCIENCE & MÉDECINE

événement

Ocepechelon
Littéralement, la tortue de l’OCP. Agée
de 70 millions d’années, cette espèce
a des narines placées entre les deux
yeux, ce qui lui permettait de respirer
au ras de l’eau. Elle a aussi un crâne
large, plat et un museau très allongé,
ce qui a beaucoup intrigué les chercheurs. « Nous avons pu montrer que
cette tortue chassait en aspirant l’eau
et ses proies », explique Nour-Eddine
Jalil, du Muséum national d’histoire
naturelle à Paris. Il s’agissait donc
d’une tortue-aspirateur! « C’est une
adaptation unique chez les tétrapodes », précise-t-il. A ce jour, seul le crâne est connu. Pour autant, les chercheurs pensent que l’ocepechelon
aurait pu atteindre quatre à
cinq mètres de long. Dans les phosphates marocains, 14 nouvelles espèces de tortues ont été décrites. Les formes les plus étranges, comme la tortue broyeuse géante ou l’ocepechelon, ont disparu après la crise crétacétertiaire, laissant la place à des formes
qui, même si elles sont plus nombreuses, sont moins variées, plus communes, peut-être parce qu’il y avait alors
moins de compétition pour la ressource alimentaire.

Prognatodon
Au temps des dinosaures, il y a 70millions d’années, c’était le mégaprédateur des mers par excellence. Et pour
cause: ce lézard marin, dont les membres ont évolué en palettes natatoires, pouvait atteindre 15 mètres de
long ! Le plus gros crâne retrouvé
dans les phosphates mesure plus
d’un mètre de long. Le prognatodon
appartient au groupe éteint des
mosasaures, apparu il y a 90 millions
d’années, et dont une dizaine d’espèces ont été décrites dans les phosphates marocains. Certaines mesurent
trois mètres, d’autres ont des longueurs intermédiaires. « L’étude de
leurs dents a montré que les mosasaures s’étaient spécialisés dans certains
régimes alimentaires, explique
Nathalie Bardet, du CNRS-MNHN. Il y
en a qui ne mangeaient que des crevettes, d’autres étaient opportunistes ou
ne chassaient que des poissons… Bref,
il ne s’agissait pas d’une population
en déclin.» Un détail qui, pour la chercheuse, corrobore l’idée que l’extinction des dinosaures et des mosasaures est liée à un facteur extérieur,
comme la chute d’une météorite.

BARDET ET AL, 2013/C. LETENEUR/MNHN

NATHALIE BARDET/CNRS-MNHN/DMITRI BOGDANOV

Fossiles

Une mine marocaine
paléontologie

Les gisementsde phosphatesessentielsà l’économie du Maroc
sontaussi une source inépuisabled’ossements d’animaux fossilisés.
Un filon scientifique qui recoupe la période où les dinosauresont disparu

Viviane Thivent

R

Khouribga (Maroc), envoyée spéciale

estez groupés et, surtout, ne
vousapprochezpasdes falaises car elles peuvent s’effondrer à tout moment », avait
prévenu le responsable de
la sécurité de la plus grande
mine de phosphates à ciel ouvert du monde, celle de Khouribga, exploitée par l’Office chérifien des phosphates (OCP SA) et
située à 120 kilomètres au sud-est de Casablanca, au Maroc.
Une mise en garde énoncée en toute
décontraction, après s’être poliment
inquiété que chaque visiteur, une quinzaine ce jour-là, ait bien reçu son gilet jaune
fluorescent, son casque de chantier blanc
et ses chaussures de sécurité noires. Il la
rappellera sur le site. A maintes reprises. Y
compris pour tenter de retenir les trois
paléontologues du CNRS et du Muséum
national d’histoire naturelle de Paris
(MNHN) qui, à peine débarqués sur place,
traversent l’exploitation d’un trait pour
venir s’agenouiller pile poil sous une falaise de 15 à 20 mètres de haut.
« Voici une couche fossilifère », indique
l’un d’eux, Emmanuel Gheerbrant, tout en
frappant au sol avec un marteau une zone
plus blanche et plus dure que les couches
environnantes, sableuses, composées à
presque 90 % de phosphates. « Veuillez
vous éloigner des fal… » « Un coprolithe! »,
coupe le chercheur en brandissant fière-

OCÉAN
ATLANTIQUE

Rabat

Tanger
Fès

Casablanca
Essaouira
Iles Canaries
(Esp.)

Fès

Khouribga

Agadir

MAROC

ALGÉRI E
250 km

Sahara
occidental

MALI

MAU RITAN I E

ment une sorte de boudin blanc. Constatant que sa trouvaille laisse de marbre les
visiteurs, il ajoute : « Il s’agit d’un excrément de crocodile fossilisé. Il date de l’éocène basal… soit moins 55 millions d’années.»
Effet immédiat: l’auditoire s’agenouille
comme un seul homme et se met à gratter
le sol, sortant ici des dents de requins, là
des vertèbres de poisson. En dix minutes
et presque autant d’« éloignez-vous» suppliants,ce sont des poignéesde fossiles qui
sont sorties de terre.
« Regardez ! » D’un geste rapide, M’barek Amaghzaz, le responsable OCP de la
géologie à Khouribga, charcute avec une
dent de requin une partie de mon blocnotes. « Tranchante comme au premier
jour, sourit-il. C’est à cause du mode de
conservation de ces fossiles. » Les phosphates, que l’on trouve en abondance sur les

marges africaines, conservent en effet parfaitement les os ou les dents de vertébrés,
qui sont constitués d’hydroxyapatite. A
l’inverse, ils ne permettent pas la fossilisation des coquilles d’invertébrés, formées
d’aragonite et qui constituent le gros des
fossiles que l’on trouve en Europe, dans les
dépôts calcaires. « Si on résume la situation : au nord, c’était la craie, au sud, c’était
les phosphates, synthétise Nathalie Bardet, du MNHN, en puisant son inspiration
dans une chanson de Pierre Bachelet. Mais
dans les deux cas, cela fait des mines.»
Le temps de trouver une page indemne,
Emmanuel Gheerbrant commence son
explication: « Si aujourd’hui cette partie
du Marocest un plateaude 800mètres d’altitude, il y a quelques dizaines de millions
d’années, il s’agissait d’une mer aérée,
ouverte sur l’Atlantique, profonde d’à peine 100 à 200 mètres et alimentée en nutriments par une remontée d’eaux profondes. » La vie marine y prospérait, à l’instar
de bactéries dites phosphatogènes, photographiées pour la première fois en 2013
dansun coprolitheissudes minesde Khouribga et qui, dans certaines conditions de
température et de pression, sont capables
de transformer la matière organique en
phosphates.
Des phosphates qui se déposent en
continu au fond, recouvrant les carcasses,
les dents ou les déjections animales. « Et
c’est d’autant plus intéressant que ces
dépôts se sont formés entre le maastrichtien et l’yprésien!… », s’enthousiasme
Emmanuel Gheerbrant. Danse de sourcils

dans l’assemblée. «… C’est-à-dire entre
moins 70 et moins 48 millions d’années.
Soit avant et après la grande crise du crétacé-tertiaire (KT) qui, il y a 66 millions d’années, a vu l’extinction des dinosaures! »
Nous y voilà: ce site est unique au monde parce qu’il renferme quantité de fossiles de vertébrés, parfaitementbien conservés et rangés dans un ordre chronologique, le tout sur une période critique de
l’histoire de l’évolution. « Il s’agit aussi du
plus long enregistrement continu connu

« Cette séquence évolutive
au début de l’ère des mammifères
est sans équivalent
dans le monde »
Emmanuel Gheerbrant

paléontologue

pour cette période puisqu’il couvre 24 millionsd’années, ajoute Nour-EddineJalil, un
professeur de paléontologie au MNHN qui
a grandi dans la région de Khouribga. Et
dire que j’ai passé toute mon enfance ici, à
jouer les vampires avec des dents de
requins, sans savoir ce qu’elles représentaient… »
Nour-Eddine Jalil poursuit en racontant
quelespremièresrecherches paléontologiques menées à Khouribga ont débuté en

événement

SCIENCE & MÉDECINE

0123

Mercredi 8 janvier 2014

5

Phosphatherium
Ce mammifère, gros comme un
chien, est un ancêtre des éléphants et des mammouths. Il est
âgé de 55 millions d’années. Initialement trouvée dans une foire à
fossiles en Alsace, en 1996, cette
espèce est à l’origine d’un regain
d’intérêt des paléontologues
pour les mines de phosphates
marocains. «Si les fossiles de mammifères sont rares dans ces gisements d’origine marine, la proportion de phosphatherium retrouvée parmi eux est non négligeable,
explique Emmanuel Gheerbrant,
du Muséum national d’histoire
naturelle à Paris. Ceci suggérerait
que cet animal vivait en abondance sur les rivages africains de la
mer des phosphates.» D’un point
de vue morphologique, le phosphatherium n’a pas de trompe
mais il a déjà de petites défenses.

Il pèse entre dix et quinze kilos.
Depuis sa description, un représentant des éléphants encore
plus ancien, datant de 60 millions d’années et nommé eritherium, a été découvert à Khouribga en 2009. Il ne pesait que quatre à cinq kilos. « Nous avons aussi
trouvé un descendant du phosphatherium, daouitherium, âgé de
53 millions d’années et pesant
200kilos ! Ceci montre que la croissance en taille du groupe des éléphants s’est faite rapidement
après la crise du crétacé-tertiaire.»
EMMANUEL GHEERBRANT/CNRS, C. LETENEUR MNHN

Oiseau à pseudo-dents

1934 avec l’arrivée de Camille Arambourg,
du MNHN. Le tout jeune OCP – à l’époque
français – lui avait demandé de dater les
différentes couches de phosphates. Une
entreprise malaisée puisque ces gisements sont dépourvus de fossiles d’invertébréset des microfossilesqui, d’ordinaire, permettent la datation des
roches.
C’est donc en utilisant les dents de
requin, objets abondants aussi bien
dans les phosphates que sur le logo de
l’OCP, qu’il a mené sa tâche à bien,
publiant en 1952 une monographie
dans laquelle il décrivait 150 espèces de
poissons ou de reptiles marins. L’histoire aurait pu en rester là si, en 1996, un
collectionneur, François Escuillié,
n’avait pas trouvé dans une foire aux fossiles d’Alsace un fragment de mammifère
fossilisé qui, d’après le vendeur, provenait
des mines de Khouribga.
« Il s’agissait de la mâchoire supérieure
d’un mammifère terrestre, primitif et
inconnu, explique M. Gheerbrant, à qui
l’amateur avait porté sa trouvaille. C’était
inattendu mais très intéressant.» Car avec
la fin des dinosaures,il y a 66millions d’années, les mammifères se mettent à proliférer partout dans le monde. Y compris en
Afrique qui, à l’époque, est isolée de l’Europe et de l’Asie par la mer Téthys. « Les
connexions avec les autres continents ne se
faisaient que ponctuellement, lorsque le
niveau des mers baissait suffisamment.»
De fait, les mammifères africains ont évolué indépendamment des autres, donnant
des groupes aussi particuliers que les éléphants, les damans ou les lamantins. « Or
nous savions très peu de chose de l’histoire
de ces mammifères.» D’où l’enthousiasme
suscité par l’improbable découverte alsacienne.
Dans les semaines qui suivirent, Emmanuel Gheerbrant s’est rendu à Khouribga
pour vérifier l’origine du fossile. Puis, il a
demandé à l’OCP une autorisation de
fouilles. Les tractations débouchèrent sur
deux conventions de recherches signées
en 1997 et en 2005. Le début d’une pluie de
découverte.Car depuisles travauxd’Arambourg, où l’exploitation des phosphates se
faisait par des galeries souterraines, les
choses ont bien changé : désormais, l’OCP
gère d’immenses carrières à ciel ouvert,
épluchées en continu par des machines.
Une manne pour les paléontologues, qui

Il y a 55 millions d’années, certains
oiseaux, tels les dasornis, avaient des
dents, où en tout cas des pseudo-dents,
des excroissances osseuses au niveau du
bec qui facilitaient la préhension des
proies. Oiseaux marins adaptés au vol
plané, ils ressemblaient à l’albatros… en
deux fois plus grand puisqu’ils pouvaient atteindre jusqu’à quatre mètres
d’envergure. « Les squelettes retrouvés
sont très incomplets, explique Estelle
Bourdon, qui a travaillé sur les volatiles
des phosphates marocains. Mais la structure tridimensionnelle des os, souvent
creux, est bien conservée», ce qui a permis de montrer que ces oiseaux étaient
plus proches des canards ou des oies que
des albatros. En tout, dix espèces nouvelles d’oiseaux ont été découvertes dans
les phosphates, toutes dans des couches
s’étant formées après la crise KT. Mais
pour la jeune chercheuse, il est certain
que des spécimens bien plus anciens
seront un jour ou l’autre découverts
dans les phosphates marocains.
ESTELLE BOURDON

peuvent ainsi se faire une idée des faunes
de l’époque.
Ainsi, au temps des dinosaures, cette
mer était le royaume des mosasaures,
d’énormes lézards marins pouvant atteindre les 15 mètres, qui partageaient le statut
de mégaprédateursavec desrequinsgigantesques et un groupe de reptiles connus
pour leur très long cou et leur relative petite tête, les plésiosaures. « Les mosasaures
de l’époque étaient, comme les tortues, très
diversifiés et adaptés à des niches alimentaires spécifiques, explique Nour-Eddine
Jalil. C’est souvent le signe d’une forte compétition alimentaire.» Avec la crise KT, les
mosasaures et les plésiosaures s’éteignent
d’un coup,« ce qui à l’aune des tempsgéologiques prend quand même un certain
temps », nuance Nathalie Bardet. Une
majeure partie des espèces de requins disparaissent, tandis que la diversité des crocodiles et des tortues explose.
C’est dans ces niveaux-là, formés après
la crise KT, que l’on trouve des fragments
de mammifères terrestres. « Ces fossiles
sont très rares car ils proviennent de cadavres flottés, issus du milieu terrestre, ache-

Les objectifs ambitieux de l’OCP

A

u Maroc, l’Office chérifien des
phosphates [OCP SA], c’est l’Etat
dans l’Etat, indique un interlocuteur qui préfère rester anonyme. Ici, le
directeur de l’OCP a plus de pouvoir qu’un
ministre.» Avec un chiffre d’affaires de
59,4milliards de dirhams (5,3 milliards
d’euros) en 2012, l’OCP est la première
entreprise marocaine. Détenu à 95 % par
l’Etat et à 5 % par la Banque centrale
populaire, le groupe est le premier exportateur de phosphates et le troisième producteur derrière les Etats-Unis et la
Chine.
Une hégémonie qui ne devrait pas faiblir dans les années à venir puisque les
gisements marocains (Sahara occidental
compris) représenteraient presque 50 %
des réserves mondiales. D’où les objectifs ambitieux affichés par l’OCP : doubler la production de ses mines d’ici à
2017 pour atteindre 55 millions de tonnes… et tripler dans le même temps les
quantités de produits transformés, qu’il

s’agisse d’engrais, d’acide phosphorique
ou de tout autre chose, comme les produits alimentaires pour le bétail ou la
volaille lancés en novembre2013.
Cette volonté de développement, le
gouvernement marocain souhaite l’accompagner: « Notre objectif est de détenir 50% des brevets déposés sur les phosphates d’ici à 2030 », explique Lahcen
Daoudi, ministre de l’enseignement
supérieur, de la recherche scientifique et
de la formation des cadres.

Des bataillons de chercheurs
Dans cette perspective, l’OCP a financé à Benguerir, entre Marrakech et Casablanca, la construction de l’université
polytechnique Mohammed-VI, adossée
à de grandes universités internationales
et qui devrait former des bataillons de
chercheurs ou d’ingénieurs susceptibles
de travailler, lit-on sur le site de l’OCP,
« dans les domaines qui sont importants
pour le développement du groupe», à

savoir l’industrie minière, le management industriel et le développement
durable.
Ce dernier pan est d’ailleurs l’autre fer
de lance de l’OCP, qui, autour de l’université Mohammed-VI, a prévu la création
d’une ville verte, accueillant laboratoires
et habitations et permettant de tester en
grandeur nature des dispositifs de production d’énergie innovants. Cette initiative, lancée en 2009, s’est accompagnée
au niveau gouvernemental par la création de l’Institut de recherche en énergie
solaire et en énergies nouvelles (Iresen).
A la fois centre de recherche et agence
de moyens, l’Iresen a d’ores et déjà permis de financer 24 projets de recherche
consacrés au développement d’éoliennes, de panneaux solaires ou de batteries
adaptées aux conditions climatiques du
Maroc. Si l’Iresen ne dépend pas de l’OCP,
il devrait s’établir dans la ville verte de
Benguerir, et ce, dès cette année. p
V. T.

minés par des cours d’eau et qui finissent
par se disloquer et se déposer en mer »,
explique Emmanuel Gheerbrant. Avec la
mâchoire de 1996 et d’autres fragments
découverts sur place, les chercheurs ont
décrit le phosphatherium, un ancêtre des
éléphants pesant 10 à 15 kg et datant de
55 millions d’années. Mais aussi un représentant plus ancien de ce groupe, l’eritherium, 4 à 5 kg et datant de 60 millions
d’années, et un autre plus récent, le daouitherium, 200 kg et vieux de 53 millions
d’années.
« Cette séquence évolutive au début de
l’ère des mammifères est sans équivalent
dans le monde, s’enthousiasme le paléontologue. Et il y a fort à parier que d’autres
découvertes viendront puisque l’exploitation progresse en direction de l’ancien rivagecontinental,ce quiaugmente la probabilité de trouver des fossiles terrestres. » Ceci
est d’autant plus important que l’Afrique
ne compte que peu de gisements fossilifères à mammifères correspondant à cette
période, à peine six découverts à ce jour.
« Mais éloignez-vous de cette falaise ! »
Cette fois, la coupe semble pleine pour le
responsable de la sécurité. Derrière lui,
d’énormes camions jaunes, transportant
jusqu’à 190 tonnes de minerai, font des
va-et-vienten soulevantune poussière qui
assèche la bouche et voile de minuscules
silhouettes sombres, sans casques ni
gilets,accroupiesicietlà aupied desmachines ou des falaises. Ce sont des ramasseurs
de fossiles, dont la présence, illégale dans
les carrières, est tolérée par l’OCP.
« On a bien essayé de leur interdire l’accès, mais le site d’exploitation est trop
grand : c’est peine perdue », explique
M’barek Amaghzaz. « A Khouribga, assure un ancien membre de l’OCP, environ
300 personnes – anciennement des paysans – vivent du ramassage de fossiles.
Elles les vendent à des grossistes », qui les
revendent deux à trois fois plus chers à
des collectionneurs étrangers. Ou à l’OCP,
qui constitue sa propre collection paléontologique.
Si pour certains ces ramasseurs participent au pillage du patrimoine marocain,
pour Emmanuel Gheerbrant ils constituent une force : « C’est grâce à ce marché
parallèle que le phosphatherium a été
découvert,explique-t-il.Sanseux, unegrande partie des fossiles seraient tout simplement broyés par les machines de l’OCP. » p

6

0123

Mercredi 8 janvier 2014

SCIENCE & MÉDECINE

Dépassement
du corps à l’ère
numérique

A l’hôpital, les chocolats ont la vie courte

le livre

Le transhumanisme promet
un technocorps immortel.
Les sciences humaines critiquent
son discours mais admettent
sa puissance transformatrice
Hervé Morin

L

’annonce récente de la première transplantation d’un cœur artificiel par des
équipes françaises suscite l’espoir chez
les personnes en insuffisance cardiaque.
Mais au-delà, le grand public s’est passionné
pour la perspective de disposer d’un cœur
immortel. Cette curiosité montre l’attrait pour
les technologiesde réparation,maisaussi d’améliorationdu corps: le cyborg,mélanged’humanité et de techniques, semble à portée de main…
L’ouvragecollectifTechnocorps, dirigé par Brigitte Munier, aborde cette thématique, déjà largement explorée par la fiction, par le prisme des
sciences humaines, de l’anthropologie et de la
philosophie. Il y a un peu plus de dix ans, rappelle-t-il, le rapport NBIC, commandité par la National Science Foundation et le département du
commerce américains, annonçait la convergence des nanotechnologies, des biotechnologies,
des technologies de l’information et des sciences cognitives pour transformer l’humanité. Il a
donnéplus de poids aux discourstranshumanistes – éradiquer la maladie et la mort – et posthumanistes – dépasser l’humain par la machine.

Au bord d’une révolution ontologique
Les auteurs de Technocorps dressent des
constats similaires (et on pourra regretter le
caractère répétitif de leur exposition) : ces discours ont une dimension religieuse. Le salut ne
vient plus de Dieu, mais de la technique. S’ils ont
des racines anciennes dans les mythes – le
Golem, les machines d’Hephaïstos, la créature
de Frankenstein –, ils se sont ressourcés dans le
tragique du XXe siècle : après Auschwitz et
Hiroshima, n’y a-t-il pas lieu de désespérer de
l’homme et de vouloir le transcender?
Ces visions transhumanistes ont aussi en partage un mépris pour le corps humain, ce « temple de bave ». Pour David Le Breton, les adeptes
de cet adieu au corps « tournent une nouvelle
page de l’histoire du puritanisme » : il souligne
l’utopie d’un monde sans corps, dont toute la
saveur aura été extirpée. Ils témoignent aussi
d’une honte prométhéenne,d’un complexed’infériorité du créateur envers sa créature. La comparaison homme-machine ne conduit-elle pas à
rabaisser le premier, considéré comme « moins
sophistiqué que ne le disent les philosophes, les
prêtres,lesécrivains oules psychanalystes? », s’inquiète le philosophe Jean-Michel Besnier.
Le posthumanisme n’est cependant pas
qu’un discours, avec ses points aveugles et ses
naïvetés. Comme le souligne le philosophe
Dominique Lestel, l’homme est effectivement
au bord d’une révolution ontologique car, pour
la première fois de son histoire, il va pouvoir se
transformer par des mutations voulues. Pour
Lestel, ce pas décisif, ce « chèque en blanc », a de
quoi terrifier, mais brandir l’éthique ne sera
d’aucunsecours.Car l’humaniténeveut pas arrêter le progrès. p

IMPROBABLOLOGIE

Pierre
Barthélémy
Journaliste et blogueur
(Passeurdesciences.blog.lemonde.fr)

S

(PHOTO : MARC CHAUMEIL)

i quelques-unes des boîtes de
chocolats que l’on vous a
offertes durant les fêtes ont
survécu, mettez-les de côté
pour vous livrer, à la maison ou au
travail, à une expérience scientifique. La recette en a été donnée dans

fonds personnels, deux boîtes de
350grammes de marques différentes. Le jour J, lorsque Big Ben sonnait
10 heures, un médecin les déposait
subrepticement sur le comptoir d’accueil. Puis il se postait non loin de là,
crayon et formulaire en main, pour
noter à quelle heure les boîtes
étaient ouvertes, quand les friandises étaient prélevées et par quelle
catégorie de personnel.
La surveillance durait entre deux
et quatre heures, ce qui n’était pas
sans impliquer quelques problèmes,
notamment d’obliger l’expérimentateur à mentir lorsque quelqu’un lui
demandait ce qu’il pouvait bien fabriquer caché derrière les plantes vertes
de la salle d’attente. Les auteurs présentent d’ailleurs leurs excuses pour
les bobards qu’ils ont dû raconter :
personne ne devait savoir que le service était transformé en laboratoire.
Pour la même raison, il n’a été
demandé de consentement éclairé à
aucun des cobayes, alors qu’ils risquaient clairement la prise de poids.
En partant, l’observateur comptait combien il restait de chocolats
dans les boîtes, le reliquat étant
abandonné à son triste sort et perdu

Cet insecte est une abeille des orchidées de l’espèce
Euglossa dilemma, capturée en Floride. Elle figure
dans la collection de macrophotographies
constituée par Sam Droege, responsable du
programme d’inventaire et de surveillance des
abeilles de l’US Geological Survey. La technique

pour la science. L’analyse statistique
montre qu’il ne faut qu’une douzaine de minutes pour que la boîte soit
ouverte. Les premières friandises
partent alors très vite mais, au fur et
à mesure que le temps passe, la
consommation ralentit.
Peut-être l’indigestion menace-t-elle ou peut-être les variétés préférées ont-elles toutes déjà été
englouties? Il faudra une autre étude pour le déterminer. La durée de
survie moyenne d’un chocolat s’élève à cinquante et une minutes, ses
plus grands ennemis étant, à égalité,
les aides-soignants et les infirmiers,
devant les médecins.
Dans leur conclusion, les auteurs
soulignent que l’ingestion régulière
de chocolat réduit les risques cardiométaboliques. Or, leur expérience
ayant montré que les boîtes se
vidaient trop vite pour que tout le
personnel hospitalier en tire un
bénéfice sanitaire, ils émettent deux
suggestions: inciter les patients et
leurs familles à plus de générosité
et, surtout, organiser un lobby
auprès de la corporation chocolatière afin de lutter contre la réduction
de la taille des boîtes. p

utilisée s’inspire de celle mise au point par les
entomologistes de l’armée américaine pour
identifier les insectes pathogènes sur le terrain: elle
consiste à prendre plusieurs dizaines de photos en
décalant légèrement l’appareil, puis à les fusionner
en une seule, parfaitement nette. (SAM DROEGE USGS)

Cinq sigma, sinon rien!

LES COULISSES
DE LA PAILLASSE

Jeunesse
« La Reproduction,
ce qu’on ne sait pas encore… »

Pourquoi, chez certaines espèces, les individus
sont à la fois mâle et femelle, pourquoi, chez
d’autres, cette frontière du genre est bien
étanche et, chez d’autres encore, les femelles
peuvent se passer d’un mâle pour assurer leur
descendance? Ces questions, et bien d’autres,
sont au cœur de ce riche petit livre destiné à
aiguiser la curiosité des 7-11 ans pour la
reproduction. Elles pourraient bien leur
donner envie plus tard de devenir scientifique
pour chercher les réponses. p
> d’Anna Alter, avec Pierre-Henri Gouyon,
illustré par Charlotte Des Ligneris
(Editions Le Pommier, 52p., 13 ¤).

le British Medical Journal (BMJ),
revue très sérieuse qui a néanmoins
coutume de se déboutonner une
fois par an à l’approche de Noël. Ainsi, le 14 décembre, le BMJ a-t-il publié
une étude gentiment loufoque sur
la durée de vie des chocolats en
milieu hospitalier.
A l’origine de ce « travail», on trouve la générosité des patients, qui
offrent des chocolats au personnel
soignant pour le remercier de ne les
avoir pas tués (dans le cas des
familles et des héritiers, les motivations sont plus ambiguës). Or, explique l’étude, ces cadeaux sont sources
de conflits, les différentes catégories
de personnel (aides-soignants, infirmiers, médecins…) s’accusant souvent mutuellement de s’empiffrer
au détriment des autres.
Comme la littérature scientifique
ne disait rien sur le sujet, nos chercheurs ont décidé de combler cette
lacune avec une rigueur et un
humour tout britanniques.
Un protocole strict a été mis en
place dans quatre services répartis
sur trois hôpitaux différents. Pour
chaque lieu d’expérimentation les
chercheurs ont acheté, sur leurs

Une mise au point
sur les abeilles

« Technocorps », sous la direction de Brigitte Munier
(Editions François Bourin, 200 p., 15 ¤).

Livraison

rendez-vous

Marco Zito
Physicien des particules,
Commissariatàl’énergieatomique
etauxénergiesalternatives

L

(PHOTO : MARC CHAUMEIL)

e résultat scientifique est
dans la dernière ligne droite.
Derrière nous, un long parcours pour former la collaboration, construire le détecteur, enregistrer les données, les analyser.
Dans mon domaine, la physique des
particules, tout cela dure des années

et des centaines de chercheurs et
ingénieurs y ont travaillé. La publication semble à portée de main.
Reste à exprimer le résultat, ou
plutôt son impact sur la théorie, sous
une forme quantitative. Peut-on
exclure un modèle ? Si l’on observe
un phénomène nouveau, est-on sûr
que cela ne soit pas le résultat d’une
fluctuation, c’est-à-dire du hasard ?
Toutes ces questions sont le
domaine d’une science, la statistique, une branche des mathématiques. Or, curieusement, c’est justement ce point qui donne lieu aux
discussions les plus interminables
et passionnées au sein de la collaboration.
Pour comprendre pourquoi, il
faut remonter aux années 1960 et
1970, quand les découvertes de nouvelles particules étaient fréquentes.
Cela a surtout encouragé les physiciens à la prudence. Prenons l’exemple typique d’une expérience qui
cherche une nouvelle particule. Pour
cela, on compte le nombre d’événements détectés en fonction de la masse, encore hypothétique, de la nouvelle particule, ce qu’on appelle un
histogramme. L’expérimentateur
commence à frétiller s’il voit un petit

« pic » se former. Ailleurs, en général,
s’accumulent des événements parasites, le bruit de fond.
Comment être sûr d’avoir fait une
découverte? La réponse est loin
d’être unique. En particulier s’il y a
un grand nombre d’expériences et
de physiciens qui étudient des histogrammes différents, la probabilité
que l’un d’eux observe une fluctuation peu probable du bruit de fond
augmente considérablement. Un
physicien s’est donc fait l’avocat du
diable et a montré à ses collègues des
histogrammes fictifs, générés aléatoirement. Ils y découvrirent bien sûr
nombre de « signaux» potentiellement intéressants, alors qu’il n’y en
avait aucun!
Par convention, on décida alors
d’adopter des critères très stricts. On
mesure les fluctuations dues au
hasard en les rapportant à une courbe très générale, dite de Gauss. Elle
décrit, sous certaines conditions, les
fluctuations des mesures autour
d’une certaine valeur centrale et est
caractérisée par une largeur, dite
« sigma ». Ainsi, seulement moins
de 1 % des mesures dévie de plus de
3 sigma. Par mesure d’extrême précaution, on convint de mettre la bar-

re à 5 sigma, soit moins d’un cas sur
1 million.
Naturellement, cette précaution
n’a rien de magique, mais elle a permis de limiter les fausses découvertes. Dans d’autres disciplines,
d’autres normes sont en vigueur,
beaucoup moins strictes. La
« big science », et surtout les
« big data », remettent tout cela en
question. En effet, la multiplication
des équipes de recherche et des expériences ne peut que mener à une augmentation des résultats non fondés.
Cela est par ailleurs vrai, quel que
soit le critère statistique retenu pour
une découverte.
Un remède serait d’encourager les
expériences qui essayent de reproduire une mesure particulièrement
retentissante, la probabilité que
deux expériences se trompent de la
même manière étant particulièrement faible. De manière plus générale, il faudrait encourager une attitude plus sobre par rapport à la science : plus nos moyens d’investigation
sont sophistiqués, plus nos mesures
sont soumises aux effets d’une incertitude inévitable. Enfin, aider le
grand public à développer son sens
critique me semble indispensable. p

rendez-vous

SCIENCE & MÉDECINE

0123

Mercredi 8 janvier 2014

7

Guido Kroemer et Laurence Zitvogel,
l’union de l’immunologie et de la cancérologie
portrait |

Ce détonnant duo de médecins-chercheursanalyse comment meurent nos cellules…
pour renforcer l’immunité antitumorale

Florence Rosier

A

chacun son contre-néant.
L’idée de la mort glisse sur
moi quand je regarde certains visages ou quand je
manipule mes crapauds»,confiaitJeanRostand dans son Carnet d’un biologiste
(Stock, 1959). Pour Laurence Zitvogel, le
contre-néant prend le visage des
patients atteints de cancer. Ceux qu’elle
suit en tant que médecin oncologue, à
l’InstitutGustave-Roussy(IGR,Villejuif,
Val-de-Marne).Maisaussiceuxpourlesquels elle conçoit et développe des thérapies innovantes, dans le laboratoire
Inserm qu’elle dirige à l’IGR. «Dès l’âge
de 8 ans, je voulais mettre au point des
vaccins contre le cancer», dit-elle.
« J’ai une peur panique de la mort, je
ne supporte pas de perdre un de mes
patients.» Aussi conjure-t-elle cet effroi
par une mise en abyme : en plongeant
au cœur même des mécanismes qui

« L’association des deux
donne un couple
de “Terminator”
scientifiques très
efficaces et créatifs »
Sebastian Amigorena

chercheur à l’Institut Curie
anéantissent une cellule. Car, au lieu de
manipuler d’aimables batraciens, LaurenceZitvogel nie le néanten analysant
des cellules mourantes, avec son partenaire de recherche et son compagnon
dans la vie: Guido Kroemer. Professeur
àl’universitéParis-Descartesetà l’hôpitalGeorges-Pompidou,àParis,cemédecin dirige aussi un laboratoire Inserm
surl’immunologiedestumeurs,à l’IGR.
Il a 52 ans, elle 50. Détonnant tandem.
« Guido et Laurence forment un couple extraordinaire dans le monde de la
recherche en cancérologie, dit le professeur Alexander Eggermont, directeur
général de Gustave-Roussy. Leurs
talents sont une des raisons qui m’ont
conduit à quitter l’Erasmus University
Medical Center (Pays-Bas) pour venir
diriger ce centre anticancéreux, le plus
important d’Europe.»
Avec 22 990 citations pour 264 études publiées entre 2005 et 2011, Guido
Kroemer, lauréat du prix Fondation
ARC 2013, est en tête du peloton européen des chercheurs en immunologie,
selon la revue Lab Times de juin 2013.
Professeur à l’université Paris-Saclay,
Laurence Zitvogel y figure en huitiè-

affaire de logique

TINA MERANDON POUR « LE MONDE »

me position – c’est la première femme. Depuis 2004, le duo a cosigné
133 publications.
Du couple, elle est à l’évidence la
figure extravertie. Lui est plus secret,
dans la distance et l’ironie. « Leur association est complémentaire et synergique, relève le professeur Wolf-Hervé
Fridman, directeur du Centre de
recherche des Cordeliers (InsermUPMC), pionnier de l’immunothérapie des cancers en France. Tous deux
ont une force de travail gigantesque,
un désir de réussite majeur, une volonté d’être aux frontières de la science. »
C’est une question scientifique qui
les a réunis, en 2003. « Je revenais d’un
postdocauxEtats-Unis,raconteLaurence Zitvogel. On venait d’y découvrir le
rôle pivot de certaines cellules de l’immunité pour orienter la réponse immune, soit vers une tolérance soit vers une
destruction de sa cible. » Guido Kroemer était un spécialiste reconnu des
processus de mort des cellules. « On
s’est dit qu’il fallait absolument qu’on

étudie les interactions entre ces cellules
immunitaires et les différents types de
mort cellulaire, lors d’un cancer.»
« Il y a deux types de mort cellulaire,
explique Guido Kroemer. L’apoptose
estun “suicide programmé”par lacellule, tandis que la nécrose est une mort
accidentelle non contrôlée. » Selon un
dogme, l’apoptose était une mort toujours « silencieuse » : elle ne déclenchait pas de réponse immune. « Nous
avons montré que, parfois, l’apoptose
des cellules tumorales peut être
“bruyante”, c’est-à-dire immunogène.»
Les dix années suivantes, le duo va
creuser ce sillon. Bâtissant pierre à
pierre l’édifice montrant qu’un des
effets bénéfiques des chimiothérapies
se fonde sur l’immunité. « Lors d’une
chimiothérapie, les cellules cancéreuses peuvent, dans certaines conditions,
mourir d’une façon bruyante qui
réveille le système immunitaire», résume Laurence Zitvogel.
En septembre2012, un travail piloté
par Guido Kroemer, publié dans Scien-

ce, montrait que les cellules tumorales
accumulent du matériel génétique
superflu, d’où un stress chronique que
le système immunitaire détecte : il
détruit ces cellules. Mais il se laisse parfois déborder. « Une chimiothérapie
efficace rétablit ce stress immunogène », souligne Guido Kroemer. D’où
l’idée des chercheurs : rendre les
chimiothérapies durablement efficaces par untraitement adjuvantqui renforce l’immunité anticancer.
Le22novembre2013,ladernièrepierrede cet édificea étépubliéedansScience. « Nous montrons comment, lors
d’une chimiothérapie, des bactéries du
tube digestif peuvent franchir la paroi
intestinale à la perméabilité altérée, dit
Laurence Zitvogel. Ce passage immunise le patient contre ces bactéries, renforçant la réponse anticancer.» Elle développe aussi une stratégie de vaccination par des nanoparticules naturelles,
chargées en antigènes tumoraux.
« J’ai longtemps été considérée comme la danseuse de l’IGR », admet-elle.

Tout a changé en 2011 et 2013, avec l’arrivée de trois immunothérapies anticancéreuses : « La démonstration que
cette voie de recherche n’est pas qu’un
ornement décoratif.»
« En France, l’immunologie est une
discipline fondamentale très productive, analyse le professeur Fabien Calvo,
directeur de la recherche de l’Institut
national du cancer. Mais le passage de
ces recherches académiques à la clinique a toujours été difficile. Ainsi, l’un
des principaux anticorps ciblant l’immunité anticancer, l’anti-CTLA-4, a été
mis sur le marché par une firme américaine en 2011. Mais la molécule CTLA-4
a été découverte à Marseille, en 1991,
par Pierre Goldstein. Laurence est une
des rares immunologistes françaises à
faire cet effort de translation clinique.
Guido est probablement le biologiste
français qui a la plus grande visibilité
internationale en cancérologie, avec
une nouvelle publication chaque
semaine ces dernières années : un vrai
feuilletoniste, un travailleur acharné.
Leurs travaux livrent de grandes avancées conceptuelles.»
En 2011, le couple a créé une revue
mensuelle, OncoImmunology, et une
Académieeuropéenne de l’immunologie des tumeurs qui réunit 120 chercheurs de 30 pays.
D’origine allemande, Guido Kroemer a adopté la double nationalité
autrichienne et espagnole. « Je me
définis comme Européen », dit ce polyglotte qui ne dédaigne pas la provocation. « La médecine est un métier
empirique, qui ne fait pas de place
aux intellectuels. Le rationnel sur
lequel se fondent les pratiques médicales est souvent erroné. » Un autre dogme mis à mal par cet iconoclaste est
l’autophagie : cette dégradation partielle de la cellule par elle-même,
a-t-il montré, est un mécanisme de
survie et non de mort cellulaire.
« Guido et Laurence proposent des
idées nouvelles et parfois provocatrices, observe Sebastian Amigorena, de
l’Institut Curie. Certaines deviendront consensuelles, d’autres non.
C’est ainsi que la science avance. L’association des deux donne un couple
de “Terminator” scientifiques très efficaces et créatifs. Il y a des gens que ça
peut choquer. »
«Il est remarquable que deux personnes avec une telle intelligence et un tel
ego – sans lesquels on n’arrive pas là où
elles sont – parviennent à travailler si
bien ensemble », relève Alexander
Eggermont. Selon lui, l’immunothérapie des cancers dominera la recherche
en oncologie des cinq à dix ans à
venir : « Sans une mobilisation correcte du système immunitaire, on ne parviendra pas à contrôler durablement
une tumeur ni à guérir une maladie
métastatique.» p

Agenda
Exposition
La voix : l’expo qui vous parle

Elément essentiel de notre identité, la voix est
un outil fascinant, aussi familier que méconnu.
L’exposition organisée par la Cité des sciences
et de l’industrie en partenariat avec l’INA,
l’Ircam et le Centre Pompidou vise à faire
découvrir comment elle est produite, ce qu’elle
communique, et comment elle peut être
modulée au service de l’art: timbre, tessiture,
intonation, prosodie, accent… Une vingtaine
d’expériences interactives permettent au
visiteur d’explorer sa propre voix. Pour les
scientifiques, elle est aussi un matériau, qu’il
est possible d’imiter, de synthétiser, de
transformer: le comédien André Dussollier, au
timbre si reconnaissable, est lui-même bluffé
par une voix de synthèse qui l’imite de façon
troublante dans la lecture du Petit Chaperon
rouge. Pour ceux qui n’auront pas la chance de
se rendre à l’exposition, son site Internet
propose des extraits sonores et vidéo de ces
manipulations.
> Cité des sciences et de l’industrie. Jusqu’au
28septembre.www.cite-sciences.fr

8

0123

Mercredi 8 janvier 2014

SCIENCE & MÉDECINE

Le Volocopter, nouveau concept d’hélicoptère électrique
Rotations
plus rapides

Autonomie

Le 17 novembre 2013, à Karlsruhe,
le Volocopter, une nouvelle classe d’engin
volant, a effectué ses premiers vols, sans
pilote. Il s’agit d’un hélicoptère électrique doté
de 18 hélices lui conférant une stabilité
intrinsèque que les appareils classiques ne
peuvent offrir. En 2011, un premier prototype
très rudimentaire avait déjà volé, mais
le nouveau modèle biplace est plus proche de
celui que les créateurs de la start-up allemande
e-volo espèrent commercialiser en 2016, pour
un prix qui devrait avoisiner les 250 000 euros
– comparable à celui d’un petit hélicoptère.
En plus des 2 millions d’euros de subventions
allouées par le ministère de l’industrie
allemand, e-volo a levé 1,2 million d’euros
sur un site de financement participatif
en décembre. De quoi assurer les futurs
développements : l’engin ne dispose que
d’une faible autonomie, mais ses concepteurs
envisagent de lui adjoindre un moteur
thermique pour produire l’électricité requise
par ses rotors. Pour les essais en extérieur avec
pilotes, il faudra aussi obtenir une licence
de vol provisoire, ce qui pourrait intervenir
au printemps. Le Volocopter est destiné
aux particuliers. « Nous avons des demandes
notamment du Brésil, explique Stephan Wolf,
directeur financier et informatique d’e-volo.
Dans des villes comme Sao Paulo, les bouchons
ont conduit à une utilisation accrue
des hélicoptères pour aller d’un gratte-ciel
à l’autre. Le Volocopter, qui nécessite peu
de maintenance, permettrait de le faire de façon
sûre et peu coûteuse. »

Les performances visées par le Volocopter sont les
suivantes : vitesse de croisière de 100 km/h, altitude
de vol de 2 000 mètres, masse maximale au
décollage de 450 kg, autonomie d’une heure.
Actuellement, les batteries ne permettent que vingt
minutes de vol, si bien qu’une version hybride
thermique-électrique est à l’étude.

18 hélices

La sustentation et la propulsion sont donc assurées
par des hélices dont le pas est fixe. Un simple
joystick permet d’orienter l’appareil dans la
direction souhaitée. Des ordinateurs prennent le
relais pour faire varier la vitesse de rotation des
rotors correspondants : si ceux de l’arrière tournent
plus vite, l’appareil ira vers l’avant, par exemple.

« Projet zéro »

Développé par l’anglo-italien AgustaWestland pour
tester de nouvelles technologies, le prototype
« Projet Zéro », visible au dernier Salon du Bourget,
est aussi un hélicoptère électrique. Il fait appel à
deux gros rotors inclinables, à pas variable. Même si
les ailes doivent lui conférer une certaine portance,
il est lui aussi handicapé par une autonomie réduite.

TEXTE : HERVÉ MORIN

INFOGRAPHIE E-VOLO

SOURCE : E-VOLO.COM, AGUSTAWESTLAND

Thomas Burelli, doctorant en droit à l’université d’Ottawa (Canada), prône une nouvelle éthique pour que le savoir
des autochtones, «partenaires» avisés des scientifiques, ne soit pas déconsidéré et ignoré par les Etats

Les chercheurs, incorrigibles flibustiers de la connaissance?
|

L

es autochtones ont de tout temps été des
« partenaires» avisés des scientifiques,
permettant notamment la découverte
de ressources naturelles d’un grand intérêt pour les sociétés humaines. Des disciplines spécialisées dans l’étude systématique des savoirs traditionnels associés à l’environnement – comme l’ethnobotanique ou l’ethnopharmacologie – ont ainsi vu le jour.
Pour autant, les autochtones sont des partenaires
avec qui les scientifiques entretiennent souvent des
relations fluctuantes. De l’amour fusionnel lors de la
phased’identificationde ressources naturellesd’intérêt,le traitementréservéaux savoirstraditionnelset à
l’apport des autochtones peut rapidement virer à
l’ignorance, voire au mépris total lors des phases
d’analyseet de valorisationdesressourcesidentifiées.
Cette relation de partenariat à géométrie variable
conduit parfois certains commentateurs à dépeindre
les scientifiques comme des « pirates» sans scrupule
des connaissances autochtones.
La réalité se révèle souvent plus nuancée. Les scientifiques ne sont ni anges ni démons, mais des acteurs
naviguant à vue entre légalité et légitimité. Des
acteurs se contentant parfois des dispositions du
droitquilesautorisentàexploiterlégalement,etgénéralement sans obligation de partage des bénéfices, les
connaissances traditionnelles. Des acteurs ignorant
–sciemmentounon–leurresponsabilitédanslechangement social touchant le domaine de la circulation
des savoirs traditionnels. Et ce, au risque de mettre
sérieusement en péril les relations de collaboration
avec les autochtones.
Un projet de recherche français illustre parfaitement ce caractère parfois fluctuant des relations
entre scientifiques et autochtones au cours des différentes phases successives de la recherche. Dans les
années 1990, des chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), basé en NouvelleCalédonie ont commencé des recherches au sujet de
la ciguatera, une intoxication alimentaire résultant
de l’ingestion de poissons contaminés par des toxines. Les recherches ont notamment consisté en des
enquêtes auprès des populations autochtones, permettant ainsi d’identifier une liste importante de
remèdes traditionnels (près d’une centaine) utilisés
depuis des temps immémoriaux pour le traitement
de l’infection et notamment le faux tabac ou Heliotropium foertherianum.
En se basant sur ces remèdes et suite à des analyses
en laboratoire, les chercheurs sont parvenus à identifierunprincipeactif,l’aciderosmarinique.L’ayantisolé et identifié, l’IRD et ses chercheurs ont déposé, en
2009,unbrevetportantsurl’utilisationdecettemolé-

t r i b u n e

|

cule et ses dérivés pour le traitement de la ciguatera.
Durant la phase de recherche préliminaire, les communautés autochtones ont fait l’objet d’une attention très particulière en raison de leur statut de pourvoyeurs privilégiés d’informations pertinentes. Puis,
par la suite, elles ont étrangement disparu du champ
des acteurs impliqués dans la recherche et n’ont obtenu aucun crédit ni aucune redistribution lors de l’obtention du brevet. Dans cette affaire, comment faut-il
interpréter le comportement des chercheurs, associant les communautés lors des premières phases de
recherche, puis les « oubliant» lors de la valorisation
des résultats?
Assurément, les chercheurs ont tiré profit des
connaissances autochtones et admettent d’ailleurs
s’être « inspirés des remèdes traditionnels océaniens».
Mais leur démarche répond dans les faits à une double logique: la valorisation maximale de leurs résultats de recherche sous forme de droits de propriété
intellectuelle et, plus important encore, le sentiment
de respecter scrupuleusement la loi, qui ne les oblige
pas, généralement, à partager les bénéfices de leurs
découvertes avec les autochtones!

« Comment faut-il interpréter
le comportement des chercheurs,
associant les communautés
lors des premières phases de recherche,
puis les “oubliant”
lors de la valorisation des résultats ? »
En effet, les chercheurs, et notamment les scientifiques français, sont de plus en plus contraints par des
objectifs de résultats et de valorisation de ces derniers, en particulier dans le domaine des sciences du
vivant. Ainsi le dépôt de droits de propriété intellectuelle constitue un des critères les plus valorisés pour
l’évaluation des chercheurs et des laboratoires. Les
chercheurssetrouventdoncpoussés à convertirleurs
résultats en droits de propriété intellectuelle, quand
bien même (de l’aveu de certains d’entre eux) ces
droits n’auraient pas vocation à être exploités, faute
de moyens ou de marché viable. C’est le cas de l’acide
rosmarinique pour lequel aucune étude clinique n’a
été prévue à ce jour et qui n’est pas exploité commercialement jusqu’à présent. Pour les autochtones

exclus de ce processus – car n’étant pas considérés
comme « inventeurs» au sens du droit de la propriété
intellectuelle–, le dépôt d’un brevet est souventperçu
comme une appropriation et une exploitation injustes de leurs savoirs!
D’un autre point de vue, les chercheurs n’ont
aujourd’hui,danslaplupartdesEtatsdumonde,aucune obligation de partage des avantages découlant de
l’exploitation des savoirs autochtones. En effet, bien
que la convention sur la diversité biologique de 1992
et le protocole de Nagoya de 2010 aient reconnu la
valeurde cessavoirset lanécessitéd’organiserunpartage des avantages avec les communautés, la mise en
œuvre de ces principes est confiée aux Etats. Or, comme une très grande majorité d’entre eux (parmi lesquels la France) n’a pas adopté de mesures spécifiques, aucun cadre réglementaire ne protège les
savoirs sur leurs territoires.
Cette situation est-elle pour autant une invitation
au « pillage» légal des connaissances autochtones ou,
au contraire, une raison de suspendre tout projet de
collaborationaveceux,etce,audétrimentdel’avancement des connaissances scientifiques?
Ni l’un ni l’autre si l’on admet et promeut la capacité qu’ont les acteurs de la société civile de se doter de
leurs propres cadres normatifs, en marge ou en complément des cadres étatiques. En ce sens, l’inaction de
l’Etat pourrait être vue non comme une fatalité mais
au contraire comme une invitation, voire une chance
pour les acteurs de la société civile.
Certains chercheurs, organismes et communautés
autochtones se sont saisis de cette opportunité. En
effet,une très grande variétéde pratiquesvisant à pallier l’absence de réglementation des Etats est aujourd’hui observable. Il s’agit, par exemple, de codes de
bonnespratiques,deprotocolesderecherche,d’ententes conventionnelles, voire de véritables institutions,
sortes de bibliothèques chargées de la gestion des
savoirs,comme l’Agencepour le développementde la
culturekanakenNouvelle-Calédonie.Defait,unevéritablerévolutiontranquilledes règlesd’accès et d’utilisation des savoirs autochtones est progressivement
en train de voir le jour, à l’ombre du droit des Etats.
Mais alors que ces pratiques sont souvent mal
connues et mal documentées – en raison notamment
de leur ampleur parfois modeste –, la question de leur
qualité se pose de manière de plus en plus pressante.
Danscecontexte,seulletempsetleursusagespermettront de dire si elles participent réellement à l’émergence d’une nouvelle éthique et à une réelle refondation des relations avec les autochtones. Ou s’il ne
s’agit,finalement, que d’un mirage quant à la capacité
de changement social des acteurs de la société civile
dans ce domaine… p



Thomas Burelli
est doctorant en droit
à l’université d’Ottawa
et assistant de recherche
au sein de la chaire
de recherche du Canada
sur la diversité juridique
et les peuples autochtones.

Le supplément « Science & médecine »
publie chaque semaine une tribune
libre ouverte au monde de la
recherche. Si vous souhaitez
soumettre un texte, prière
de l’adresser à sciences@lemonde.fr

Mercredi 8 janvier 2014

Zone euro: le spectre de la crise
des dettes souveraines s’éloigne

Le carnet de
commandes
de Boeing
n’a jamais été
aussi rempli

En 2014, les Etats membres emprunteront un peu moins qu’en 2013. Mais leur endettement reste très élevé

C

’est une bonne nouvelle. Lundi 6 janvier, les taux espagnol et italien à dix
ans s’établissaient respectivement à
3,91% et 3,94%, leur plus bas niveau
depuis mai 2010. Dans leur sillage, les taux
portugais ont baissé à 5,54%, contre près de
7% mi-septembre.
Delàà penserqu’en2014la zoneeurotournera la page de la crise des dettes souveraines, il n’y a qu’un pas que certains observateurs n’hésitent pas à franchir. « Les risques
de faillites comme d’explosion de la monnaie

unique semblent enfin derrière nous », commente Clemente De Lucia, économiste à BNP
Paribas. Le Portugal fera son retour sur les
marchés, tandis que les économies espagnole et irlandaise continueront de se redresser.
Au total, les Etats membres devraient
emprunter 870 milliards d’euros en 2014,
selon Natixis. C’est un peu moins qu’en 2013.
Mais tous les problèmes de la zone euro ne
sont pas réglés pour autant. Même si les taux
se détendent, la croissance, qui devrait s’établir à 1,1 % sur l’année, ne permettra pas une

véritabledécruedesdettespubliques.«Cellesci continueront de grimper tant que les déficits publics seront supérieurs aux taux de
croissance», résume Bruno Colmant, économiste à l’université catholique de Louvain.
D’autant que la zone euro restera pénaliséeparuntauxdechômageélevéetuneinflation trop basse. Il n’est enfin pas exclu que
l’évaluation des bilans bancaires menée par
la BCE soulève de nouvelles inquiétudes sur
la santé du secteur. p
LIRE PAGE 3

87,9

2011

LIRE PAGE 4

92,6

95,5

95,9

2012

2013

2014
(prév.)

Dette publique de la zone euro, en % du PIB

LES FRANÇAIS,
FANS DE SÉRIES
AMÉRICAINES

PREMIÈRE
BAISSE EN
DEUX ANS
DES PROFITS
DE SAMSUNG
LIRE PAGE 6

Turquie:
les scandales
de corruption
font chuter
la livre
LIRE PAGE 4

L’INSTITUT DE
SONDAGE BVA
AVALE LH2 ET
S’INTERROGE
SUR L’AVENIR
DE LA
PROFESSION

t Les chiffres d’audience
2013 de Mediamétrie
confirment le recul de
France Télévisions
et la progression de TF1,
qui profite à plein de
l’engouement hexagonal
pour la série américaine

La France est le pays
où les créations
made in USA
ont le plus de succès
en Europe. Une autre
exception culturelle
t

LIRE PAGE 6

LIRE PAGE 2

J CAC 40 4 218 PTS – 0,20 %
J DOW JONES 16 425 PTS - 0,27 %
J EURO-DOLLAR 1,3619
j PÉTROLE 107,38 $ LE BARIL
J TAUX FRANÇAIS À 10 ANS 2,51 %

« Esprits criminels », une série
américaine diffusée sur TF1.

07/01 - 9 H 30

ABC STUDIOS

STRATÉGIE

PERTES & PROFITS | pa r J ea n- B apti s te J a cq ui n

Pourquoi Renault
croit à la réussite
de son aventure chinoise

Courte échelle virtuelle

En validant, en décembre2013, la
création d’une coentreprise avec
le constructeur chinois Dongfeng,
la marque au losange entame sa
longue marche dans l’empire du
Milieu. Le français, qui construit
une usine à Wuhan, peut compter
sur son partenaire, Nissan.
LIRE PAGE 7

FINANCE
Les banquiers français
optimistes sur le retour
des opérations
financières en 2014

BNP Paribas a été la première
banque en matière de fusions
et acquisitions en 2013.
Les entreprises semblent prêtes
à repartir à l’offensive en 2014.
LIRE PAGE 3

Zynga

L

e spécialiste des jeux
sociaux en ligne tente
de redresser la barre
depuis six mois par
tous les moyens. Mais, même
dans l’univers virtuel de FarmVille, le jeu vedette de Zynga,
il existe une frontière entre
tout et n’importe quoi.
La dernièreinitiativeannoncée par la société dont le modèle économique repose sur la
vente à ses joueurs les plus
mordus d’objets virtuels (par
exemple, un tracteur pour
avancer plus vite dans le jeu)
n’a pas de quoi rassurer. La
société, cotée en Bourse depuis
décembre 2011, a annoncé,
dimanche5 janvier, qu’ellelançaituneexpériencepour accepter les paiements en bitcoins
sur sept de ses principaux jeux
(dont FarmVille 2, CastleVille
et ChefVille).
Que le commerce d’objets
virtuels par les aficionados des
jeuxsur Facebooket autresplates-formes se fasse au moyen
d’une monnaie tout aussi virtuelle pourrait paraître naturel et cohérent. Sauf que le bit-

coin n’est pas une monnaie. Cet
instrument
électronique
d’échange n’est gagé sur aucun
actif. Sa caractéristique première est sa volatilité: son cours en
dollars a été multiplié par plus
de cinquante en 2013.
L’annonce de Zynga a
d’ailleurs permis au bitcoin de
repasser, lundi 6 janvier, autour
de 1 050 dollars (770 euros) sur
les plates-formes américaines
d’échange, contre 900 dollars
vendredi. L’éditeur de jeux fait
ainsi la courte échelle à cette
monnaie virtuelle dont le cours
était passé en quelques jours de
1 200 dollars à 640 dollars début
décembre, après que la Chine
eut banni la principale plate-forme asiatique d’achat de bitcoins.

Participer à une bulle
Au-delà des conséquences sur
cette pseudo-valeur – cet épisoderestera anecdotiquedansl’envolée spéculative qui l’anime –,
c’est le risque pris par Zynga qui
est préoccupant. L’entreprise est
pourtant censée être informée
des dangers qu’il y a à participer
à une bulle. Elle, dont la valeur a
largement dépassé les 20 milliards de dollars sur le Nasdaq en

Cahier du « Monde » N˚ 21453 daté Mercredi 8 janvier 2014 - Ne peut être vendu séparément

janvier2012, avant d’être divisée
par six en quelques mois.
Alors que 75 % du chiffre d’affaires de Zynga (150 millions sur
les 202 millions réalisés au troisième trimestre 2013) proviennent de la vente d’objets virtuels, cette activité deviendrait
sensible aux fluctuations du bitcoin. Dans le contexte actuel,
cela lui serait profitable. Jusqu’au krach. Même l’or en subit !
Don Mattrick, le patron arrivé
en juillet pour succéder au fondateur de Zynga, Mark Pincus, à
la tête de la société californienne, avait jusqu’ici usé de méthodes plus classiques pour redresser la barre : changement completde l’équipededirection,suppression de 20 % des effectifs,
abandon de projets, redéfinition
des objectifs stratégiques, etc.
La partie est loin d’être gagnée
puisque son chiffre d’affaires
accuseencore une chute de quelque 40 % par rapport à 2012, et
ses comptes restent dans le rouge. A grimper sur l’échelle virtuelle du bitcoin, Don Mattrick
prend le risque d’une nouvelle
chute qui, elle, sera bien réelle. p
jacquin@lemonde.fr

0123

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0123

plein cadre

Mercredi 8 janvier 2014

La série
américaine
« Mentalist »
est diffusée
sur TF1.
WARNER BROS

L’autre exception culturelle française

Les Français, plus que leurs voisins, sont fans de séries américaines comme en attestent les audiences 2013

Q

uatre-vingt-dix-neuf sur cent…
TF1 aimerait qu’on retienne ce
chiffre: le nombre de ses émissions classées dans le top des
100 meilleures audiences de la
télévision française en 2013.
Mais un autre chiffre frappe tout autant :
58 de ces 100 meilleurs scores sont des
séries américaines.Des épisodes de « Mentalist», « Esprits criminels», « Unforgettable »…
France Télévisions n’a pas manqué de
se saisir de ce chiffre. Une façon pour le
groupe public de contre-attaquer, alors
qu’il est crédité de résultats moins flatteurs dans les statistiques annuelles
publiées par Médiamétrie lundi 6 janvier:
sur 2013, France 2 recule de 0,9 point de
part d’audience des 4 ans et plus (à
14 points) et France 3 de 0,2 (à 9,5 points).
TF1, elle, progresse de 0,1 point (à
22,8 points), comme Arte (+ 0,2 à 2 points).
M6 (– 0,6 à 10,6 points) et Canal+ (– 0,1 à
2,8 points) se tassent.
Face à TF1, France Télévisions se campe
en champion de l’audiovisuel hexagonal:
« 75 des 100 meilleures audiences 2013 de
France 2 sont des programmes “made in
France” », fait-on valoir, « sur France 3, ils
représentent 71 des 100 meilleures audiences de l’année». Ce classement maison est,
à l’inversede celuiélaborépar TF1, «dédoublonné», pour ne retenir qu’une occurrence de chaque programme. Cela permet
notamment de sous-représenter le succès
sur France 2… des séries américaines comme « Castle ». Cette dernière a ainsi offert à
la chaîne publique son deuxième
meilleur score de l’année, à 7 millions de
téléspectateurs, juste derrière l’intervention du président François Hollande du
28 mars 2013.
Au-delà des présentations politiques
et des stratégies respectives des chaînes,
le succès d’audience des séries américaines en France est un constat général. Toutes n’atteignent certes pas les 9,4 millions de téléspectateurs de « Mentalist ».
Mais la fiction étrangère (en grande majorité des séries américaines) obtient généralement de meilleurs scores que la fiction française en première partie de soirée, soulignait le Centre national du cinéma (CNC) dans un bilan pour 2012 : en prime time, elle apporte 2,1 points de part
d’audience supplémentaire en moyenne
sur TF1, 4,5 sur France 2, 0,5 sur Canal+ et
1,3 sur M6.

« IL Y A EU UN
MOUVEMENT
CONCOMITANT :
L’AFFAIBLISSE
MENT DE
LA FICTION
FRANÇAISE
ET UN RENOUVELLEMENT
CRÉATIF
FORT AUX
ÉTATS-UNIS »
Stéphane Le Bars
Délégué général
de l’Union syndicale
de la production
audiovisuelle

D’où la place assez importante que les
feuilletons d’outre-Atlantique ont pris
dans le paysage audiovisuel français : en
2012, l’offre de fiction américaine (370 soirées)a été plus abondanteque l’offre defiction française (316 soirées) pour la troisième année consécutive, toujours selon le
CNC. Avec 28,5 % de l’offre globale, c’est
M6 et non pas TF1 (21,9 %) qui en est le premier diffuseur, devant France 2 (11,5 %) et
Canal+(10 % environ). France 3 n’en diffuse pas.
La domination des séries américaines
n’a pourtant pas toujours été acquise en
France. En 2005, on n’en trouvait que cinq
dans le top 100 des meilleures audiences
(contre 56 fictions françaises), rappelle le
Conseil supérieur de l’audiovisuel. Leur
nombre est ensuite passé à 14, puis 46…
« C’estune particularitétrès franco-française, regrette Patrick Bloche, député PS et
président de la commission des affaires
culturelles de l’Assemblée nationale. Et les
séries américaines présentes sur le PAF
[paysage audiovisuel français], ne sont
pas forcément les meilleures, plutôt le
genre séries B, comme “Les Experts”. » Au
Royaume-Uni et en Italie, on ne trouve
aucune série américaine dans les 10 premières audiences de fiction, de 2009 à
2012, a calculé le Conseil supérieur de
l’audiovisuel (CSA). En Allemagne, une
seule, en Espagne quatre. La France se
démarque avec… 24.
Comment expliquer cette singularité,
voire ce paradoxe, si l’on pense à l’exception culturelle et à la vitalité de son cinéma. « Le virage date d’il y a sept ou huit ans,
se souvient Stéphane Le Bars, délégué
général de l’Union syndicale de la production audiovisuelle.Il y a eu un mouvement
concomitant : l’affaiblissement de la fiction française, qui avait été ultradominante dans les années 1990 et au début des
années 2000 ; et un renouvellement créatif
très fort aux Etats-Unis.»
Le format français de l’époque est celui
des « Julie Lescaut» ou des « Navarro», qui
font alors les grands succès d’audience de
TF1. Des épisodes de 90 minutes, alors
qu’aux Etats-Unis arrive un nouveau
genre, de 52 minutes, avec beaucoup plus
d’épisodes, donc « addictif», raconte M. Le
Bars. « Il y avait aussi dans la production
américaine une transgression des codes
que n’avait plus la fiction française, enfermée dans un ronron. Personne ne voulait
bouger un modèle qui marchait.»

Pour un cadre d’une chaîne, l’essoufflement des séries françaises est lié au système « stérilisant » mis en place il y a quinze ans environ : alors que les chaînes doivent consacrer une part garantie de leur
chiffre d’affaires à la création audiovisuelle, par le biais des producteurs indépendants, ces derniers ont eu tendance à être
moins créatifs, juge-t-il. M. Le Bars estime
lui que tous – chaînes, producteurs et
auteurs –, ont leur part de responsabilité
dansle «fossé» quis’estinstalléentre la fiction française et son public.
L’importancedesséries américainesreste en France un sujet ambigu dans le discours des chaînes. Un peu honteux. Interrogé en juin 2013 sur la dépendance de TF1
à ces programmes, son PDG Nonce Paolini
l’avait écartée : « S’il y a une surpondération de la fiction américaine sur TF1, c'est
uniquement l’été. D’autres font ça toute
l’année, si vous voyez de qui je veux parler… », avait-il déclaré à Puremedias. Une
façon de critiquer M6.

N

icolas de Tavernost, le patron de
M6, a lui déclaré que sa chaîne
devait « s’affranchir davantage»
à terme des séries américaines.
«Aujourd’hui, leur poids baisse partout en
Europe, sauf en France », avait-il expliqué
auxEchosenfévrier2012.«Nousavonsdéjà
supprimé les fictions américaines à 18 heures,19 heureset 20heurestous lesjours pour
lesremplacerpar des programmesfrançais.
On va devoir faire progressivement la
même chose en soirée. On a trois soirées de
séries américaines, on devra en retirer une
dans les prochaines années», imaginait-il.
Aujourd’hui,chez M6, on se dit pourtant
fier des bons lancements récents d’« Elementary» ou « Under the Dome». La chaîne a réalisé ses meilleures audiences en
2013 grâce à « NCIS : Enquêtes spéciales ».
Pionnier de la série américaine en France –
avec notamment « X-Files » dans les
années 1990 – M6 en a désormaisbaissé un
peu la part, à 2,5 soirées par semaine environ, explique Thomas Valentin, vice-président du directoire, chargé des antennes et
des contenus. Mais pour autant, la série
américaine, quand elle est « différenciante» comme « NCIS», « Mentalist» ou « DesperateHousewives»,«appartientàl’identité d’une chaîne», pense le dirigeant.
A TF1, on n’affiche pas de volonté de
réduire– ni d’augmenter– la proportionde
feuilletonstransatlantiques:« Letop 100et

SI LE RÈGNE
DES SÉRIES
AMÉRICAINES
SE PROLONGE,
C’EST AUSSI
POUR DES
RAISONS
ÉCONOMIQUES.CES
PROGRAMMES
SONT MOINS
CHERS QUE
LES AUTRES

le top 10 de nos audiences est plutôt diversifié et illustre le renouveau de notre antenne», estime Hugues Laigneau, directeur du
marketing et de la prospective des programmes. Non sans glisser: « Il ne suffit pas
demettredes sériesaméricainesà l’antenne
pourfaire lesmeilleuresaudiences…»Il faut
aussi savoir les choisir. La chaîne se félicite
d’ailleurs de voir classer dans le top deux
nouveautés : « Person of interest » et
« Unforgettable».
SilerègnedessériesaméricainesenFrance se prolonge, c’est aussi pour des raisons
économiques, décrypte Jérôme Bodin, de
Natixis. Ces programmes sont moins chers
que les autres : 300 à 500 000 euros de
l’heure, environ, soit une soirée autour de
1 million d’euros, calcule l’analyste, qui
constate le manque de chiffres disponibles. Une série française coûterait environ
le double de l’heure et un match de football
des Bleus autour de 3,5millions d’euros.
«L’essentiel de la rentabilité des grandes
chaînesprivéess’expliqueparlessériesaméricaines et le divertissement », estime
M.Bodin. Toutefois, nuance ce dernier, les
séries américaines sont « rentables à court
terme mais risquées sur le long terme » car
les studios peuvent décider de vendre à
une chaîne concurrente. D’où la recherche
petit à petit d’une plus grande production
en France. Au ministère de la culture, on
souligne que la part des séries américaines
est « un élément du débat» sur la singularité du service public. Et la fiction française
doit être encouragée, par le CNC notamment,ouparlaréforme–encours–desrelations entre chaînes et producteurs.
« On a touché le fond de la piscine il y a
deux ans, relativise M.Le Bars, aujourd’hui
on voit une remontée de la pente. » « Les
Revenants» sur Canal+ ou « No Limit» sur
TF1 sont cités en exemple, ainsi que les programmes courts « Pep’s », « Nos chers voisins» (TF1) ou « Scènes de ménages» (M6).
France 2 vante « Candice Renoir» ou « Fais
pas ci, fais pas ça », France 3 « Un Village
français».
TF1faitenfinremarquerauxjalouxqu’elle est la seule chaîne à hisser de la fiction
française dans le fameux « top 100 ». Et
d’énumérer les productions attendues en
2014 : la deuxième saison de « Falco » et
«Résistance»avecIlanGoldmanleproducteur de La Rafle. Ou encore « Taxi Brooklyn»,unesériedeLucBessonquiseratournée… à New York. p
Alexandre Piquard

économie & entreprise 3

0123

Mercredi 8 janvier 2014

La dette de la zone euro inquiète moins

Les taux espagnol et italien ont retrouvé leur niveau de 2010. Le niveau d’endettement demeure préoccupant

M

adrid et Rome ne pouvaient pas mieux commencer l’année. Lundi
6 janvier, les taux espagnol et italien à dix ans s’établissaient à
3,91 % et 3,94 %, leur plus bas
niveau depuis mai 2010. Dans leur
sillage, les taux portugais ont baissé à 5,54 %, alors qu’ils avoisinaient
les 7 % en septembre 2013. « C’est
une bellesurprise »,commenteClemente De Lucia, spécialiste de la
zone euro à BNP Paribas.
Est-ce à dire que, côté dettes
publiques, 2014 s’annonce sous de
meilleursauspicesque 2013 pourle
Vieux Continent? Les économistes
sont de plus en plus nombreux à le
penser. «Les risques de faillites souveraines comme d’explosion de la
monnaieuniquesemblentenfinderrière nous», estime M.De Lucia.
Alors qu’il y a douze mois, la
zone euro s’enfonçait encore dans
la récession, elle démarre cette fois
l’annéeavecleretourdelacroissance – mêmes’il reste timide.Surtout,
les signes d’éclaircie se multiplient
du côté des pays périphériques de
l’Europe, jusque-là les plus durement affectés par la crise.
Les exportations espagnoles
décollent et les commandes à l’industrie italienne frémissent enfin.
Après l’Irlande en décembre 2013,
le Portugal sortira à son tour en
juin du plan d’aide de l’Union européenne et du FMI, et fera son retour
sur les marchés. Tout porte à croire
qu’il y arrivera sans trop de peine :
au total, le pays ne devra emprunterque7milliardsd’eurospourcouvrir ses besoins de financement de
2014. « La demande des investisseurs sera là », pronostique Cyril
Regnat, stratégiste chez Natixis.

Les taux d’intérêt des pays du sud de la zone euro se détendent…

ÉVOLUTION DES TAUX À DIX ANS, EN %
15

10

7,2

7,2
5

4,1
4
3,6
3,4

5,6

3,8

3,9
2,5
1,9

3,5

0
2010

2011

2012

2013

3 janvier 2014

… mais les dettes publiques vont rester à des niveaux inquiétants

DETTES PUBLIQUES EN % DU PIB

FRANCE

ALLEMAGNE

ESPAGNE

ITALIE

133
93,5

2013

95,3

2014*

79,6

2013

77,1
2014*

94,8

2013

PORTUGAL

134

127,8

99,9

2014*

2013

2014*

2013

* Prévisions

Cette année, les membres de la
zone euro devraient, selon Natixis,
emprunter 870milliards d’euros à
moyen et long terme sur les marchés.C’estunpeumoinsqu’en2013
(910milliards).
Seules l’Autriche (26 milliards

Athènes reporte la visite d’eurodéputés sur la « troïka »
Lundi 6 janvier, le ministre grec
des finances, Yannis Stournaras, a critiqué la « troïka »
(Fonds monétaire international,
Banque centrale européenne et
Commission européenne) des
bailleurs de fonds d’Athènes,
jugeant son intervention trop
tardive et trop musclée. Cela n’a
pourtant pas empêché son gouvernement, la veille, de « reporter » à une date non définie la
visite d’une délégation transpar-

15,2

Portugal
Italie
Espagne
France
Allemagne

tisane de députés européens
enquêtant justement sur le travail de la « troïka ». Ces derniers
devaient, le 8 et 9 janvier, rencontrer des membres de la banque centrale grecque, le ministre des finances, ainsi que plusieurs banques du pays et représentants de la société civile. A
Bruxelles, certains soufflent
qu’Athènes, qui vient de prendre
la présidence de l’Union européenne, a d’autres priorités…

ZONE EURO

126,7

2014*

95,5

2013

95,9

2014*

SOURCE : COMMISSION EUROPÉENNE

d’euros, contre 22 milliards en
2013), et surtout la France (197 milliards d’euros après 192 milliards)
augmenteront leur programme
d’émission d’obligations à taux
fixe. « Ce n’est pas un très bon signe
sur la santé de nos finances publiques », glisse un investisseur parisien.
L’Allemagne réduira le sien de
7 % (171milliards d’euros au total),
la Belgique de 29 % (30milliards) et
l’Espagnede1%(126milliards).L’Italie, avec 235milliardsde dette brute
émise sur l’année (– 9 %), restera le
plus gros emprunteur de la zone
euro.
Sauf accident, les observateurs
estiment que les taux à dix ans de
l’Allemagne(1,91%lundi), des PaysBas (2,20 %) et de la France (2,53 %)
devraient légèrement remonter
dans le sillage des taux américains,

tandisqueceuxdel’Italie,del’Espagne et du Portugal devraient poursuivre leur décrue. « Les spreads,
c’est-à-direl’écartentrelestauxallemands et ceux des autres pays,
devraient se resserrer, signe que la
situation se normalise », commente M.De Lucia.
Tous les problèmes de la zone
euro ne sont pas réglés pour
autant. Pour preuve, la plupart des
investisseurs misent toujours sur
uneaugmentationdeladettepublique dans la plupart des Etats membres. Selon la Commission européenne, l’endettement moyen de
la zone devrait ainsi s’établir à
95,9% du PIB fin 2014, contre 95,5 %
endécembre2013.Nombred’observateurs parient même qu’il frôlera
plutôt les 97 % ou 98%.
Un pessimisme qui, à première
vue, peut sembler contradictoire

avec la forte baisse des taux périphériques observée ces dernières
semaines. « En vérité, cela s’explique facilement », analyse Patrick
Artus, chef économiste de Natixis.
« Certains investisseurs européens,
notamment les assureurs, retournentverslesdettesdespayspériphériques moins par optimisme sur la
reprise européenne que parce qu’ils
sontcontraintsdetrouverdesplacements plus rentables.»
Une analyse partagée par Thibault Prébay, directeur de la gestion de taux chez Quilvest Gestion:
« Ils achètent des obligations espagnoles et italiennes principalement
parce qu’ils sont persuadés qu’en
cas de problème, la Banque centrale
européenne rachètera leurs titres.»
Dans le détail, la croissance de la
zoneeuro,quinedevraitpas dépasser 1,1% cette année, selon la Com-

mission européenne, ne sera en
effet pas suffisante pour permettre
une véritable réduction des dettes
publiques.
D’après les calculs de Natixis, il
faudrait ainsi, pour stabiliser leur
niveau d’endettement, que l’Italie
et l’Espagne réduisent leur déficit
public respectivement à 2 % et 1 %
du PIB fin 2014. Or, selon le consensus, ils devraient plutôt s’établir à
3% et 5% du PIB.
«Tant que les déficits publics resteront supérieurs aux taux de croissance, les dettes continueront de
grimper», résume Bruno Colmant,

La zone restera
pénalisée par un taux
de chômage élevé,
un euro fort et une
inflation trop faible,
autour de 1 %
économiste à l’Université catholique de Louvain. D’autant que la
zone euro restera pénalisée par un
taux de chômage élevé, un euro
fort et une inflation trop faible,
autour de 1%.
Moins probable, le scénario
d’uneremontéedestauxpériphériques n’est pas complètement
exclu. Les économistes identifient
deux grands risques. D’abord, une
nouvelle crise des pays émergents,
qui pénaliserait, par ricochet, la
reprise européenne. «Les pays affichantdefortsdéficitscourants,comme la Turquie, l’Indonésie ou l’Inde,
demeurent très fragiles », rappelle
M.Artus.
Ensuite, une nouvelle épidémie
de doutes sur le secteur bancaire
européen, suite à l’évaluation des
bilans menée par la BCE. Dans le
pire des scénarios, un ou plusieurs
Etats – en particulier l’Italie –
seraient contraints de recapitaliser
leurs banques en urgence. Ce qui
ferait mécaniquement grimper
leur dette publique. Et les taux auxquelsilsempruntent.«LaBCEpourrait toujours acheter des obligations souveraines afin de calmer les
marchés », commente M. Prébay.
«Pour Mario Draghi, 2014 sera l’année du grand test. » p
Marie Charrel

L’affaire Madoff vaut à JPMorgan une
Lesbanquiers misent sur unereprise
nouvelle amende de 2milliards de dollars des fusions-acquisitions en 2014 en France
En un an, près de 20milliards ont été réclamés à la banque américaine

New York
Correspondant

J

PMorgan Chase, qui est confrontéedepuisdesmoisàuneavalanche de poursuites judiciaires,
s’apprête à payer une nouvelle
amende de plus de 2 milliards de
dollars (plus de 1,4 milliard d’euros), cette fois dans le cadre de l’affaireMadoff.Lajusticeetlesrégulateursreprochentà lapremièrebanque américaine en termes d’actifs
de n’avoir pas alerté les autorités
assez tôt sur l’escroquerie pyramidalequ’avaitmise en placeBernard
Madoff, condamné en 2009 à cent
cinquante ans de prison.
JPMorganaété laprincipalebanque de l’escroc de 1986 jusqu’en
2008, date de son arrestation. Une
période durant laquelle aucune
alerte n’a été lancée sur le fait qu’il
s’agissaitd’uneescroqueriedegrande ampleur portant sur plusieurs
dizaines de milliards de dollars.
Pourtant, dès février 2006, des
doutes émergeaient, comme l’ont
révélé des courriels cités au cours
delaprocédure.«J’aiquelquesquestions et préoccupations », s’était
alors inquiété un employé de
JPMorgan après avoir étudié le
compte de M. Madoff. « Toutes les
transactions sont générées par la

boîte noire de Madoff », alertait-il,
sans que ses supérieurs hiérarchiques n’aient alors réagi.
En décembre2008, juste avant
l’arrestationde BernardMadoff,un
dirigeant chargé des risques indiquaitdansun courrielavoirété prévenu par un autre cadre de la banque que les soupçons pesant sur
M. Madoff étaient « bien connus »,
faisant référence à une « chaîne de
Ponzi » pour expliquer les rendements que proposait l’escroc à ses
clients.

Série de litiges
Surlabasedel’enquête,leprocureur et les régulateurs estiment
que JPMorgan n’a pas respecté la
Bank Secrecy Act, une loi fédérale
qui oblige les banques à des contrôles internes contre le blanchiment
d’argent et à signaler les transactions suspectes aux autorités.
Dansunpremiertemps,lesautorités ont envisagé d’exiger que la
banque plaide coupable dans le
cadredepoursuitespénales.Finalement,lajusticea préférélui infliger
une forte amende. Et se garder la
possibilité de relancer la procédure
si de nouveaux errements
venaient à être constatés.
Les détails de l’accord trouvé
avec le procureur de Manhattan,

Preet Bharara, l’Office of the Comptroller of the Currency, l’Agence de
régulation bancaire et JPMorgan
Chase devraient être dévoilés dans
la semaine, indiquent le Wall Street
Journal et le New York Times. L’essentieldela somme–1,5 milliardde
dollars–devraitêtreverséauxvictimes de l’escroquerie, tandis que la
justice américaine et le régulateur
toucheraient le solde.
Cette nouvelle amende intervient après celle de 13 milliards de
dollars, infligéeen décembre2013 à
JPMorgan Chase pour régler une
sériedelitigesliésàlacriseimmobilière de 2008 et une autre en septembre,de920millions,pournégligencedanslasurveillancedespratiques de ses traders dans le cadre de
l’affaire de « la baleine de Londres ».
En un an, ce sont donc près de
20 milliards de dollars qui ont été
réclamésautotalàlabanqueaméricaine. Celle-ci a d’ores et déjà provisionné 23 milliards dans ses comptes, alors qu’elle doit publier ses
comptes annuels mardi 14janvier.
Toutefois, une autre affaire de corruption reste pendante: JPMorgan
est accusée d’avoir embauché des
enfants de hauts fonctionnaires
chinois afin d’obtenir des marchés
localement. p
Stéphane Lauer

BNP Paribas arrive en tête d’un palmarès 2013 des banques conseil

S

i le marchédes fusions-acquisitions(M&A)peutêtre considéré comme un baromètre
de la confiance des chefs d’entreprise,l’année 2013 s’estavérée pleine d’attentisme. Mais 2014 semble
démarrer sous de meilleurs auspices.
En France, les rachats, cessions
ou fusions d’entreprises annoncés
en2013 totalisent95milliardsd’euros, selon le cabinet Dealogic, lundi6 janvier,qui couronneBNP Paribas au rang de première banque
conseil de l’année, devant Morgan
Stanley et JPMorgan. Ce montant
traduit une hausse de 52 % par rapport à un cru 2012 calamiteux,
mais il reste en recul de 15 % par
rapport à 2011.
Beaucoup de facteurs positifs
étaient pourtant réunis en 2013
pour inciter les chefs d’entreprise
à faire leurs emplettes. « Les coûts
de financement approchent des
plus bas historiques. La perception
du risque macroéconomique s’est
améliorée. Il reste des interrogations sur la croissance européenne,
mais il n’y a plus d’inquiétude sur
un éclatement de la zone euro.
D’ailleurs,nombreux sont les investisseurs américainsqui ont réinvesti dans les actions européennes en
2013 », souligne Alban de la Sabliè-

re, responsable des fusions-acquisitions chez Morgan Stanley, à
Paris, banque classée numéro un
enFrancedans le palmarèsconcurrent de Thomson Reuters, publié
findécembre 2013.
Ce contexte n’a pas suffi à rétablir la confiance des dirigeants.
« En 2013, les opérations de M&A
étaient plutôt défensives (recentrage du portefeuille d’actifs, débouclage de coentreprises), mais peu
d’opérations transformantes ont
finalement été réalisées », relate
Pierre Hudry, coresponsable des
activités de banque d’affaires de
Goldman Sachs à Paris, qui souligne néanmoins : « Le retour à la
confiance est perceptible et l’environnement de marché actuel permet aux dirigeants d’envisager le
M & A comme un véritable levier de
leur stratégie de croissance.»

La Bourse déterminante
Les marieurs professionnels
témoignentainsid’unregaind’activité. «Nous attaquons 2014 avec un
réservoir d’opérations en préparation plus important que les années
précédentes », se réjouit Thierry
Varène, qui dirige notamment le
M&A chez BNP Paribas. En clair, les
mallettes des banquiers et avocats
débordent de projets sur lesquels

les entreprises les font travailler
dans le secret. « Pour 2014, nous
sommes optimistes, mais sans exubérance», avertit M. Varène.
La bonne santé de la Bourse
devrait s’avérer déterminante.
« Les marchés de fusions-acquisitions sont corrélés à la Bourse. La
remontée de celle-ci reflète un plus
grand sentiment de confiance dans
l’avenir et permet aussi aux vendeurs de “passer à l’acte”. Si la tendance se confirme, elle devrait être
favorable au marché des fusionsacquisitions en 2014 », analyse StéphaneBensoussan, responsable du
M&A chez HSBC en France.
Le dynamisme des marchés a
d’abord permis aux groupes de
céder, en 2013, des participations
non stratégiques, comme celle de
Lagardère dans EADS ou celle du
Crédit agricole dans Eurazeo. Surtout, l’année a été marquée par le
retour des introductions à la Bourse de Paris. Le cablô-opérateur
Numericable ou encore le leader
des revêtementsde sols Tarkettont
fait leur entrée au Palais Brongniart avec succès à l’automne
2013. Gaztransport et Technigaz,
une société d’ingénierie contrôlée
par Total et GDF Suez, devrait leur
emboîter le pas en février. p
Isabelle Chaperon

4

0123

économie & entreprise

Mercredi 8 janvier 2014

Les scandales
de corruption
en Turquie font
plonger la livre
Les économistes s’attendent à un ralentissement
de la croissance en 2014, après 3,8% en 2013

L

’année 2014 a mal commencé
en Turquie. La livre turque
n’en finit pas de dévisser. Elle
subit, comme la Bourse d’Istanbul,
le contrecoup du scandale de
corruption dans lequel se débat le
gouvernement conservateur et qui
a contraint le premier ministre,
Recep Tayyip Erdogan, à se séparer
de trois de ses ministres. Malgré les
difficultés de l’heure, M. Erdogan a
quitté Istanbul, dimanche 5 janvier, pour une tournée de six jours
en Asie, notamment au Japon.
Aulendemaindu départ du premier ministre, la devise nationale
a atteint, lundi 6 janvier, un nouveau plancher historique face au
billet vert à plus de 2,19 livres pour
un dollar. Le principal indice boursierd’Istanbul,en revanche,est resté stable.
Dans un entretien accordé
dimanche au Financial Times, le
nouveau ministre de l’économie
Mehmet Simsek a concédé que la
faiblesse de la monnaie nationale
avait «à l’évidence des implications
macroéconomiques négatives pour
la Turquie». «Pour la premièremoitié de 2014, nous anticipons une
croissanceplus faible,plus modeste,
àcauseduresserrement[delapolitique monétaire de la Fed] et des
conditions politiques et économiques intérieures», a-t-il ajouté.
Jusqu’alors, les autorités politiquesturquess’efforçaientderassurerlesmilieuxd’affairesenminimisant les conséquences économiques de la crise politique. La semaine dernière encore, le vice-premier
ministre Ali Babacan avait maintenu à 4% ses prévisions de croissance pour l’année 2014, alors que le
Fonds monétaire international
(FMI) table sur une progression du
PIB limitée à + 3,5%.
La situation est d’autant plus
délicate qu’une série de rendezvous électoraux sont prévus dans
les dix-huit prochains mois : électionsmunicipalesau moisde mars,
présidentielle en juillet et des législatives au premier semestre de
2015, qui pourraient sceller le sort
de M. Erdogan au pouvoir depuis
dix ans. Autant d’échéances qui ne
sont pas de nature à rassurer les
investisseurs étrangers.
Les annonces du président de la
Réserve fédérale américaine, Ben
Bernanke,en mai2013sur unpossible resserrement de la politique

monétaire américaine d’un côté, et
les manifestations à Istanbul, en
juin 2013, d’une jeunesse qui ne
trouve pas à s’employer avaient
provoqué une première forte
dépréciation de la devise qui s’était
ensuite réappréciée. « La Bourse
d’Istanbul a chuté beaucoup plus
sévèrement(– 20%)quela moyenne
des Bourses des pays émergents
(– 5 %) depuis mai 2013. Il est vrai
qu’elle avait augmenté de 70 %
entre janvier 2012 et mai 2013 »,
observe Sylvain Bellefontaine, économiste à BNP Paribas.
Le scandale politico-financier
actuel survient dans une phase de
ralentissementasseznetdel’économie: la croissance,très vite repartie
après la crise de 2008, était de 8,8%
en2011. Elle a étédiviséepar quatre,
à 2,2%, en 2012, et devrait atteindre
3,8% en 2013, selon le FMI, avant de
ralentir à 3,5% en 2014.

«Le bilan essentiel
d’Erdogan est
économique.
Si l’économie entre
en crise, il perdra
un atout essentiel»

Dorothée Schmid
Institut français des relations
internationales
« La fin de l’assouplissement
monétaireauxEtats-Unisestenclenchée et la crise politique turque
accentue les déséquilibres sur les
marchés des changes, boursiers et
sur les taux», analyse Régis Galland
(Société générale).
Les bons du Trésor à deux ans
ont pris 100 points de base, ce qui
va renchérir le coût de financementde l’économie.Unepoursuite
de la haussedes taux d’intérêtpour
limiter les sorties de capitaux ne
manquerait pas d’avoir des effets
négatifssur lacroissanceturque.Le
moteur de cette dernière est la
demande intérieure (consommation des ménages et investissement). Mais en repartant, elle risque de creuser le déficit courant
qui pourrait être de l’ordre de 7% à
8,5% du PIB.
Faute d’une épargne intérieure
suffisante, le pays est lourdement
dépendant des capitaux extérieurs. Autre faiblesse: l’inflation

La livre turque a atteint, le 6 janvier, un nouveau plancher historique face au billet vert à plus de 2,19 livres pour un dollar. THANASSIS STAVRAKIS/AP

est élevée (8 % en 2013), même si
elle n’est plus à deux chiffres.
« Le scandale de corruption
actuel renvoie aussi à certains
aspects malsains de la croissance
turque, comme la spéculation
immobilièreà Istanbulou lesventes
d’or et toute une économie de trafics. Par ailleurs, le marché du travail est très tendu. Le nombre des
diplômés sans avenir explose. Les
manifestations de juin 2013 sur la
place Taksim signaient le malaise
de la jeunesse urbaine connectée. Le
bilan essentiel d’Erdogan est économique.Sil’économieentreencrise,il
perdra un atout essentiel», analyse,
Dorothée Schmid de l’Institut français des relations internationales.
Lasituation,nuanceM.Bellefontaine, est « chahutée, inquiétante
mais pas désespérée». L’économie
turque, dotée d’un système bancaire assaini – il avait failli sombrer
danslesannées2000–,estplussolidequ’ilyadixans,mêmesiunepartie des réserves de change a dû être
vendue. « C’est une économie très
résiliente, ajoute l’économiste de
BNPParibas.Etsiunépisoderécessif
n’est pas à exclure à l’horizon de
deux ans, elle a une grande capacité
de rebond.»
«Nousavonsprévuunecroissance 2014 de l’ordre de 2,5% à 3 %, inférieure aux 3,5 % que nous avions
anticipé pour 2013. Mais nous
n’avons pas révisé nos chiffres à la
baisse », observe M. Galland, de la
Société générale. Mais si la crise
politique devait s’enliser, il est probable que la confiance des économistes ne serait plus ce qu’elle est
encore aujourd’hui. p
Claire Guélaud

Le Kurdistan irakien tisse des liens étroits
avec Ankara en lui livrant pétrole et gaz
FICHKHABOUR, lieu perdu à la
frontière de la Turquie et du Kurdistan irakien, est devenu un symbole pour les Kurdes d’Irak: c’est
en effet au niveau de cette station
de pompage que l’oléoduc venu
du gisement pétrolier de Tak Tak,
au sud d’Erbil, siège du gouvernement régional du Kurdistan (GRK),
rejoint le grand pipeline KirkoukCeyhan pour livrer le pétrole sur
les marchés mondiaux.
Jusqu’à présent, seul le brut du
Sud irakien était acheminé vers le
port turc de Ceyhan par cet oléoduc. En novembre, le GRK a conclu
un accord d’exportation de pétrole et de gaz avec la Turquie et,
depuis la fin décembre, cette
région autonome exporte ses
barils vers son grand voisin du
Nord par cet oléoduc, malgré le
conflit qui l’oppose au pouvoir
central de Bagdad sur la répartition des revenus pétroliers.
Ce conflit interne à l’Irak a incité Ankara à une certaine prudence
pour ne pas froisser Bagdad. « Le
flux de brut entre l’Irak et Ceyhan a
démarré et il est stocké dans des
citernes », a déclaré le ministre
turc de l’énergie en annonçant la
mise en service du « pipe ». Mais
Taner Yildiz a immédiatement précisé que ces premiers barils ne
seraient pas vendus sur les marchés internationaux sans le feu

vert du gouvernement irakien, qui
insiste pour contrôler directement toutes les exportations de
pétrole et de gaz de son territoire.
Ankara joue même les « M. BonsOffices» pour favoriser le règlement du différend pétrolier entre
Bagdad et Erbil.

« Hub » énergétique
Le gouvernement turc y a intérêt. Au carrefour des voies d’acheminement des grands pays producteurs d’hydrocarbures (Russie,
Azerbaïdjan, Kazakhstan, Turkménistan, Iran et Irak) et aux portes
de l’Europe, la Turquie a deux préoccupations. La première est de
renforcer la sécurité de ses approvisionnements énergétiques. Le
pays, qui importe 92 % de son
pétrole et 98% de son gaz, est en
effet trop dépendant de la Russie
et de l’Iran. Plus de pétrole kurde
est donc bienvenu.
Mais la Turquie, qui possède
près de 20000 kilomètres de pipelines, veut également confirmer sa
position de « hub» énergétique
par lequel transite une partie des
hydrocarbures d’Asie centrale et
du Moyen-Orient destinés à l’Europe. Cela renforce son poids politique grandissant dans la région et
lui assure des rentrées de devises.
De nombreux oléoducs ou gazoducs (Blue Stream depuis la Russie,

le BTC depuis l’Azerbaïdjan…) arrivent déjà en Turquie, même si
Nabucco, le projet de gazoduc
défendu par l’Union européenne,
est mal en point.
L’oléoduc venu d’Irak qui débouche à Ceyhan – loin d’être utilisé à
sa pleine capacité de 1,5million de
barils par jour – est une autre porte
d’entrée importante. Le branchement en provenance des gisements kurdes pourrait dans un
premier temps accroître le débit
de 300000 barils et renforcer le
rôle stratégique de la Turquie. Fort
d’une situation sécuritaire bien
meilleure que dans les régions sunnite et chiite d’Irak, le GRK voit
plus grand: estimant ses réserves
d’or noir à 45 milliards de barils (et
de 3 000à 6000 milliards de
mètres cubes de gaz), il pense pouvoir exporter plus de 3 millions de
barils par jour vers la Turquie à partir de 2019.
Il y a quelques années, seules de
petites compagnies se risquaient à
forer au Kurdistan, rappelait
récemment au Monde le premier
ministre kurde. «Aujourd’hui, tous
les grands noms du secteur sont là :
ExxonMobil, Total, Chevron, Gazprom», se félicite Netchirvan Barzani. Et la Turquie, rappelle-t-il, a
été « le premier pays à manifester
son intérêt pour nos ressources». p
Jean-Michel Bezat

Boeingenregistredes livraisons2013et un carnetde commandesrecord

L’avionneur américain a obtenu d’importantes concessions de la part du syndicat des machinistes sur le site historique de Puget Sound

New York
Correspondant

B

oeing a annoncé, lundi 6 janvier, qu’il n’avait jamais livré
autant d’avions qu’en 2013.
Avec 648appareils, le constructeur
américain a battu son record, tandis qu’en termes de commandes, il
réalise la deuxième meilleure
année de son histoire avec
1355avions.Seslivraisonsaugmentent de 7,8% par rapport à 2012, qui
étaitdéjà très bon. Quand au carnet
de commandes sur les prochaines
années, il dépasse pour la première
fois les 5 000 appareils.
Cette performancepourrait toutefois ne pas suffire à Boeing pour
ravir à Airbus la place de numéro
un mondial. Le constructeur européen, qui n’a pas encore publié son
bilan annuel, affichait au compteur1314 commandesnettessur les
onzepremiersmoisdel’année,auxquelles devraient s’ajouter les

50A380 achetés par la compagnie
Emirates en décembre2013.
Boeing a cependant réalisé un
joli tir groupé en battant des
records sur trois de ses avions. Le
B 737 (440 appareils vendus), le 777
(98) et le 787 dit « Dreamliner» (65).
L’annéeavaitpourtantmalcommencé pour ce long-courrier, qui
avait été interdit de vol pendant
trois mois après des problèmes de
batterie, causant plusieurs départs
d’incendie. Le constructeur américain, aprèsavoir affirmé avoir réglé
ces problèmes, a décidé d’accélérer
la cadence de production, qui doit
atteindredixavionsparmoisd’icià
la fin de l’année, ce qui constituerait un rythme record.
Les bons résultats des 777 et 737,
qui figurent parmi les avions les
plus rentables du groupe, ont propulsé l’action Boeing à des sommets, le titre ayant gagné 81 % en
2013. « L’année à venir va être excitante: nous nous préparons à livrer

le premier 787-9, nous poursuivons
notre travail de conception sur nos
programmes les plus récents – le 737
MAX, le 787-10 et le 777 X –, tout en
augmentant notre rythme de production sur le 737 », s’est félicité le
directeur de la branche d’aviation
civile de Boeing, Ray Conner, dans
un communiqué.
L’enthousiasme de la direction
s’explique d’autant mieux qu’elle
a obtenu, le 3 janvier, d’importantes concessions sociales de la part
dupuissantsyndicatdesmachinistes. Le groupe demandait l’abandon des systèmes de retraite et
d’assurance-santé actuels et pour
des mécanismes beaucoup moins
favorables aux salariés dans le but
d’améliorer la compétitivité du
site de Puget Sound, dans l’Etat de
Washington.
En cas d’échec, l’avionneur
menaçait de transférer l’assemblage du 777 X et du 737 MAX du berceau historique de Boeing vers des

Etats où le syndicat n’est pas présent. La mise en concurrence des
Etats est un sport national aux
Etats-Unis pour les industriels, qui
n’ont aucun mal à trouver des candidats prêts à dérouler le tapis rou-

En cas d’échec
des négociations,
le berceau historique
de Boeing risquait de
perdre l’assemblage
du 777X et du 737MAX
ge fiscal pour accueillir de nouveaux emplois. Ainsi, dans ce dossier, pas moins de vingt-deux Etats
avaient postulé pour accueillir la
production de Boeing.
Dansunpremiertemps,lesyndicat avait refusé ce qu’il considérait
commeun chantageavantd’accepter d’organiser un référendum. Sur

les 24 000votants, 51% des salariés
ont fini par accepter les concessions réclamées par leur
employeur.
Bien que le transfert de productionrisquaitdeprovoquerd’importantes pertes de savoir-faire, le syndicat des machinistes savait qu’il
s’agissait pour lui d’une question
desurviesijamaisillaissaits’échapper l’assemblage de ces deux
avions cruciaux pour le groupe.
Une hypothèse qui lui aurait fait
perdre de précieux subsides.
Les cotisations prélevées sur le
site concerné ont dépassé 25 millions de dollars (18,3millions d’euros) en 2012. D’où les dissensions
apparues ces dernières semaines
entreladirectioncentraledusyndicat, favorable à l’organisation du
référendum et les responsables
locaux, qui, eux, étaient réticents.
Alors qu’un premier vote, en
novembre, avait abouti au rejet du
projet de la direction à 67 %, cette

foisle«oui»l’aemportéd’unecourte tête grâce à quelques concessions sur des montants de primes
supérieurs et, surtout, grâce à la
garantie de l’emploi sur le site
« pour la prochaine décennie et
au-delà», a expliqué Alan May, le
directeur des ressources humaines
du groupe. La direction de Boeing
peutseréjouird’avoirréussià améliorer la compétitivité d’un site
considéré comme une forteresse
syndicale, qui a connu cinq grèves
mémorables depuis 1977.
Contrairement à l’industrie
automobile qui a renoncé à ses
avantages sociaux sous la pression
de la crise financière et de l’effondrement du marché, l’aéronautique réussit sa mue alors que les
commandes sont au beau fixe. Ce
qui en dit long sur le rapport de force qui existe actuellement aux
Etats-Unis entre salariés et
employeurs. p
Stéphane Lauer

0123

économie & entreprise

Faute de repreneur, le papetier suédois
Stora Enso ferme sa seule usine française

Deuxcadresde Goodyear
sonttoujoursséquestrés
à l’usined’Amiens-Nord

Mercredi 8 janvier 2014

Le site de Corbehem, qui a employé jusqu’à 3000 personnes, arrêtera sa production en juin

La CGT, qui a épuisé les recours juridiques, veut de
meilleures indemnités de départ pour les salariés

L

e gouvernement a beau se
mobiliser, le tissu industriel
français continue de se déliter. Surtout dans l’industrie lourde. Témoin, la fermeture, annoncée lundi 6 janvier, de ce qui fut
l’une des plus grandes usines françaises, celle exploitée par le groupe de papeterie suédois Stora Enso
à Corbehem, à la frontière du Nord
et du Pas-de-Calais. Quelque
335 emplois directs sont menacés,
près de 600 en incluant les soustraitants.
A peine la décision communiquée au personnel réuni dans la
cour, les salariés sont partis sur les
routes autour de l’usine, jetant du
papier blanc en signe de protestation. Un nouveau comité d’entreprise est prévu le 21 janvier, pour
ouvrir les négociations sur le plan
social. « C’est une catastrophe pour
notre territoire, déjà mis à mal par
plusieursplanssociaux», commentePierreGeorget,le président(radical de gauche) de la Communauté
de communes Osartis, très impliqué dans ce dossier.
L’usine de Corbehem était sur la
sellette depuis octobre 2012. Stora
Enso, l’un des principaux fabricants européens de papier et de
carton, avait alors annoncé la mise
en vente dusite,le seul qu’ilexploite en France. « Une cession peut
être une formidable opportunité et
l’histoire de notre société en est la
preuve manifeste », plaidait alors
la direction.
Les salariés et les élus locaux,
eux, se montraient plus inquiets :
et s’il n’y avait aucun acheteur
pour cette usine qui perd de l’argent et fabrique un seul produit,
en perte de vitesse ? C’est ce scénario noir qui se concrétise aujourd’hui.
« Pendant quatorze mois, nous
avons cherché des repreneurs avec
acharnement, en nous faisant
accompagner par une société spécialisée, Oneida », assure-t-on à la
direction de Stora Enso. Mais très
peu de candidats se sont manifestés. Deux ou trois, guère plus.
« Tous se sont montrés élogieux
sur le personnel et l’outil industriel,
ajoute-t-on au siège. Cependant,
tous avaient aussi de grosses inter-

M

Quelque 335 emplois sont menacés à Corbehem (Pas-de-Calais). FRANÇOIS LO PRESTI/AFP

rogations sur les perspectives du
marché. Et tous se sont finalement
désistés.» Le dernier, qui avait visité le site en décembre, a récemment déclaré forfait, le fonds d’investissement qui devait le financer ayant renoncé au projet.

Métier de chien
Quant à la Banque publique
d’investissement, elle a bien été
sondée. Mais sa doctrine lui interdit d’intervenir seule. « En l’absence d’investisseur privé, elle ne pouvaitagir », relate un proche du dossier. Aucune piste de reprise ne se
concrétisant, Stora Enso a finalement décidé de tirer un trait sur
cette usine historique.
Construit à partir de 1920 sur
les bords de la Scarpe, une petite
rivière canalisée, le site a connu
des heures de gloire. A la grande
époque, plus de 3 000 salariés y
étaient employés pour fabriquer
du sucre, du papier ou encore du
carton pour le compte des Béghin,
une puissante famille du Nord.
« On y travaillait de père en fils », se
souvient M. Georget. Jusqu’au
début des années 1980, le site

regroupait une sucrerie, une distillerie, une fabrique de papier et
une autre de carton. Sans compter
une unité de pâte à papier et une
petite centrale électrique.
Depuis quinze ans, seule subsiste la production de papier magazine. Mais elle aussi est en repli. Peu
à peu, les capacités ont été réduites, compte tenu de la surproduction européenne, et tout a été
concentré sur une seule machine.
Un énorme équipement, installé
en 1990.
C’était,à l’époque,la plusimportante ligne de production de ce
type au monde. C’est, aujourd’hui,
la dernière à fonctionner en France. Et elle ne rentre plus dans les
plans de Stora Enso.
Aux yeux des dirigeants scandinaves, le papier magazine constitue un métier de chien. Avec Internet, le tirage des journaux diminue et les catalogues de vente par
correspondance passent de mode.
Quant aux prospectus, ils sont
imprimés sur du papier de qualité
inférieure.
«Au total, ce marchébaissed’année en année, sans perspective de

Lessyndicatsse mobilisentalorsque
la loi d’aveniragricolearriveà l’Assemblée
Le texte veut concilier performances économique et écologique

L

e débat parlementaire
s’ouvre sur le projet de loi
d’avenir de l’agriculture porté par Stéphane Le Foll. L’examen
du texte devait débuter mardi
7 janvier à l’Assemblée nationale.
Le ministre de l’agriculture se dit
soucieux de « refonder » la politique agricole suivie par la France
depuis les années 1960. Il veut
toutà la fois renforcerla compétitivité des filières agricoles tout en
prenant le virage de l’agroécologie. Un pilotage délicat.
Avec ses 39 articles, le texte a un
spectre très large. Parmi les mesures phares, citons la création du
fameuxgroupementd’intérêtéconomique et environnemental
(GIEE),présenté par M. Le Foll comme l’étendard de son ambition
agroécologique. Ce vocable désigne de nouveaux collectifs d’agriculteurs ancrés dans un territoire
qui bénéficieraient de majoration
dessoutiens publics pourdévelopper une dynamique de changement des pratiques agricoles.
Le texte, qui se donne comme
ambition de « préserver le caractère
familial de l’agriculture», se penche aussi sur deux sujets cruciaux
imbriqués: la limitation de l’agrandissement excessif des exploitations et l’érosion continue des sur-

faces agricoles. Et l’aide à l’installation de nouveaux agriculteurs
alors que la profession ne cesse de
sedépeupler.Ilyaurgence,enparticulier dans l’élevage, cité comme
une priorité du gouvernement.
Selon une publication du ministère datée du 2 janvier, 37 % des
exploitations laitières ont disparu
en France entre2000 et 2010.

Doléances et propositions
La santé publique est un autre
enjeu du texte qui veut limiter
l’usage des pesticides et des antibiotiques vétérinaires. Mais aussi
rendre publics les résultats des
contrôles sanitaires dans les cantines, restaurants ou entreprises.
La loi agricole veut aussi redonner du poids aux producteurs face
à la grande distribution et aux
industriels pour une meilleure
répartitiondes marges.Elle formalise le rôle du médiateur chargé de
faire respecter les contrats.
Alors que le débat sur ce texte
s’ouvre, les syndicats se mobilisent. La Confédération paysanne
appelle à un rassemblement mardi, devant l’Assemblée nationale.
Lesyndicatminoritaireveutdénoncer l’industrialisation croissante
des élevages en France, incarnée
par le projet de la ferme des 1 000

vaches, que finance un industriel
nordiste dans la Somme. Pour la
Confédération paysanne, le texte,
s’ilcontientdesavancées,doitencore être complété pour marquer un
tournant de l’agriculture.
De son côté, le syndicat majoritaire FNSEA, qui dénonce les
contraintes environnementales,
lancele mêmejour,les « Etatsgénéraux de l’agriculture», avec les Jeunes agriculteurs, le Crédit agricole,
les coopératives agricoles et les
chambres d’agriculture. Ils ont
envoyé un courrier à leurs adhérents pour remonter doléances et
propositions.Thèmeschoisis:complexité administrative, innovation,fiscalité,financement,gestion
des risques, partage de la valeur
ajoutée et place de l’agriculture
dans la société.
La synthèse sera présentée en
février,avantlesalondel’Agriculture. L’objectif étant de faire pression
sur le gouvernement en présentant une liste de propositions pour
renforcer la compétitivité des
exploitationsagricoles.UnemanièreaussipourlaFNSEAdereprendre
la main alors que ses fédérations
régionales,enBretagneouenIle-deFrance, ont mené la contestation
ces derniers mois. p
Laurence Girard

5

remontée», juge-t-onau siègefrançais du groupe.
En conséquence, Stora Enso a
choisi de se désengager de ce
métier. Désormais, il mise tout sur
quelques secteurs jugés porteurs,
comme l’emballage et la fabrication de pâte à papier dans les pays
à bas coût de production. Cap sur
la Pologne,l’Inde,la Chine, le Pakistan ou encore l’Uruguay. Loin, très
loin du Nord- Pas-de-Calais… p

Denis Cosnard

ardi 7 janvier au matin,
deux cadres dirigeants de
l’usine
Goodyear
d’Amiens-Nord étaient toujours
séquestrés dans des locaux du site
avec 100 à 150 salariés et des représentants de la CGT. Cette action a
débutélaveillevers10h30.Lessalariés, que la direction a placés lundi
soirendispensed’activité(rémunérée), veulent obtenir de meilleures
indemnités que celles proposées
par Goodyear, dans le cadre de la
fermeture du site et du plan social
touchant ses 1 173salariés.
UneréunionàlaDirectionrégionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi d’Amiens (Somme), organisée à son initiative,
devait se tenir mardi à 10 heures
« avec tous les acteurs du dossier »,
selon la CGT. Mais la direction de
GoodyearDunlopTiresFranceindique qu’elle « ne participera à aucune réunion avec les représentants
des salariés tant que [le directeur de
production, Michel Dheilly, et le
DRH, Bernard Glesser] seront
séquestrés ». Elle estime que « ce
type d’initiative toujours condamnableest particulièrementinopportun et contre-productif au moment
où les énergies doivent se concentrer sur l’avenir des salariés».
Ces derniers sont cependant
convaincus qu’ils ne retrouveront
pas d’emploi dans cette région
sinistrée et critiquent les propositions de reclassement interne.

« Beaucoup se situent à l’étranger,
d’autres à l’usine de Montluçon, à
Riom ou au siège de Rueil », explique Didier Raynaud, membre du
comité central d’entreprise et délégué syndical central CFDT. Quant
au projet de reprise partielle du
groupe Titan, annoncé en novembreparArnaudMontebourg,ministre du redressement productif, «la
direction nous répond invariablement qu’elle n’a pas d’infos », précise M. Raynaud.

La CGT accumule les échecs
Les salariés revendiquent des
indemnités «correctes », très supérieures à celles proposées par la
direction,
soit
environ
25000 euros par personne. Ils veulent revenir aux montants négociés en 2012 pour le plan de départ
volontaire qui avait avorté, soit
plus de 100 000 euros par salarié.
Après avoir axé sa stratégie sur
laluttejudiciaire,couronnéedeplusieurs succès depuis 2007, ce qui a
permis d’éviter tout plan social, la
CGTaccumuleles échecsdevantles
tribunaux depuis début 2013. Le
syndicat dénonce « un véritable
complot autour du dossier Goodyear»dont«legouvernementHollande est le chef d’orchestre» et où
«les juges sont tous au diapason…».
La CGT a donc décidé de « changer
de braquet ». Les premières lettres
de licenciement pourraient être
envoyées dès la mi-janvier. p
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6

0123

techno & médias

Mercredi 8 janvier 2014

Samsung victime de la banalisation
du marché des smartphones

CONSOMMATION

Poursuitede la baissedes ventes
de cigarettesen France

Les bénéfices du sud-coréen diminuent face à l’arrivée de téléphones chinois à moins de 200 euros

Y

aurait-il un frein à l’irrésistible ascension de Samsung ?
Le géant sud-coréen aux centaines de millions de smartphones
vendus, a annoncé, mardi 7 janvier, qu’il misait sur un bénéfice
moins important que prévu au
quatrième trimestre 2013. Pour les
trois derniers mois de l’année
2013, le groupe table sur un bénéfice de 8 300 milliards de wons
(5,7 milliards d’euros), soit une
baisse de 6,1 % par rapport à la
même période de 2012. Et un recul
de 18,3 % par rapport au trimestre
précédent. A titre de comparaison,
le troisième trimestre 2013 avait
vu le bénéfice du groupe grimper
de 26 % en un an.
Côté chiffre d’affaires, les prévisions sont plus rassurantes : le
revenu du groupe au troisième trimestre 2013 devrait augmenter de
5,24 % par rapport à 2012, pour
atteindre 59 000 milliards de
wons.
On est bien sûr loin des déboires
dutaïwanaisHTC,quia évitédejustesseledéficitauquatrièmetrimestre 2013, mais Samsung avait habitué l’industrie à mieux. Si ces résultatsseconfirmentfinjanvier,période de publication du rapport
annuel du groupe, Il s’agirait alors
des plus « mauvais » chiffres
depuis le troisième trimestre 2011.
Comme ses cousins japonais, le

géant sud-coréen semble souffrir
du cours du won qui n’a cessé
d’augmenter, le contraignant à
vendre ses produits plus chers ou
à rogner sur ses marges. Mais le
recul du bénéfice serait surtout la
conséquence de l’évolution du
marché du smartphone, celui-là
même qui avait permis au groupe
de devenir l’un des plus rentables
du monde.

Concurrence accrue
En forte croissance depuis
2008, les ventes de téléphones
intelligents haut de gamme présentent des signes de recul. Les
consommateursdes pays occidentaux, du Japon et de Corée du Sud,
sont aujourd’hui presque tous
équipés et le marché approche de
la saturation.

Or, le groupe a construit son
incroyable réussite en grande partie sur le succès de sa gamme
Galaxy. Une série de smartphones
et de tablettes haut de gamme, qui
ont été les seuls parmi la concurrence à pouvoir rivaliser avec les
produits d’Apple. Grâce à cette
gamme, le constructeur sudcoréen s’est taillé la part du lion
dans les ventes des téléphones
multimédias: 31 % de part de marché au troisième trimestre 2013,
selon le cabinet IDC.
Mais, aujourd’hui, selon certains observateurs, le potentiel de
croissance se trouve surtout dans
les pays émergents (Inde, Chine,
Brésil…). Là où les consommateurs
ont plutôt tendance à plébisciter
des smartphones milieu et entrée
de gamme (moins de 200 euros).

Les dépenses high-tech devraient baisser en 2014
Les dépenses mondiales en
smartphones, ordinateurs, téléviseurs et autres produits technologiques grand public
devraient baisser en 2014, selon
une étude conjointe de l’association américaine d’électronique
grand public (CEA) et du cabinet
de recherche GfK, publiée dimanche 5 janvier.
L’étude estime que le marché
mondial des produits technologi-

ques a atteint un pic en 2013, à
1 068 milliards de dollars
(784 milliards d’euros, en hausse de 3 % par rapport à 2012),
mais devrait reculer de 1 % en
2014, à 1 055 milliards de dollars. Selon l’étude, les ventes
d’appareils mobiles continueraient de progresser, mais
« reposent de plus en plus sur les
appareils d’entrée de gamme »,
qui sont moins chers.

Problème, Samsung n’est pas
seul sur ce marché et rien n’indique donc que le succès sera le
même que sur le haut de gamme.
Le spécialiste de l’électronique
doit faire face à une concurrence
accrue, notamment de la part des
fabricants chinois Huawei, Lenovo ou encore Xiaomi, déjà bien installés sur ce marché.
Quelle que soit l’issue de la
bataille, il y a fort à parier que les
marges du groupe s’en ressentiront. Le gros des volumes de vente
ayant une forte chance d’être
constituéde cesfameux smartphones à moins de 200euros.
Selon le cabinet IDC, si le nombre de smartphones vendus
devrait doubler en 2017 pour
atteindre 1,7 milliard d’unités, le
prix moyen de vente devrait dans
le même temps passer de 337 dollars (247 euros) à 265 dollars.
Même si sa montre connectée
Galaxy Gear n’a pas eu le succès
attendu, Samsung peut toutefois
compter sur sa capacité d’innovation pour continuer à séduire les
consommateurs.PrésentauConsumer Electronics Show, le salon de
l’électronique de Las Vegas, qui se
tient du 7 au 10 janvier, le géant
coréena présenté,lundi,unetablette de 12 pouces. « Idéale pour lire la
presse sans zoomer.» p
Sarah Belouezzane

Sondages: BVAmet la mainsur LH2,l’ex-LouisHarris

Les acteurs moyens sont en difficulté dans un marché menacé par l’irruption du «big data»

P

référez-vous le chocolat noir
ou le chocolat au lait ? Fillon
ou Copé ? Etes-vous pour la
légalisation du cannabis? Les dirigeants des instituts qui posent ce
genre de questions à longueur de
journéeont, eux, une autre interrogation en tête, cruciale: leur métier
a-t-il encore un avenir?
Une seule certitude: dans ce secteur en plein bouleversement, les
poidsmoyenssansspécialitéclairement établie risquent de disparaître. C’est ce qui arrive aujourd’hui à
LH2, un institut connu jusqu’en
2005 sous le nom de Louis Harris.
L’entreprise, qui a déposé son
bilan en septembre 2013, va être
découpéeendeux,adécidéletribunalde commercede Versaillesdans
unedécisionofficialiséelundi6janvier. Le siège, la marque et l’activité
d’étude d’opinion, soit une trentaine de personnes, vont être repris
par BVA, un autre institut français
de sondages.
Les deux centres d’appels téléphoniques de Saint-Ouen (SeineSaint-Denis) et Orléans (Loiret), à
partirdesquelssontréalisésles sondages, vont, eux, passer sous le
contrôle de Pro2C. Cette société de
télémarketing reprendra, elle aussi, une trentaine de personnes. Au
total, 60 salariés devraient donc
retrouver un poste, soit environ la
moitiédel’effectifdeLH2ilya quelques mois.
PourBVA, l’enjeu est clair: il faut
grossir. « Le marché des sondages
est dur, des consolidations sont
indispensables pour faire jouer l’effet de taille et résister », explique
son patron, Gérard Lopez. Depuis
que le fonds Montefiore a pris 51%
de son capital au printemps 2013,
ce qui lui a permis de se désendetter, BVA a déjà réalisé deux autres
acquisitions, dans le domaine des
« clients mystères». Avec l’intégration supplémentaire de LH2, BVA
devraitainsi atteindre100millions
d’euros de chiffre d’affaires cette
année, contre 65millions en 2012.
Mais cela suffira-t-il ? Pas sûr.
« Nous sommes dans une course
contre la montre, reconnaît
M. Lopez. Aujourd’hui, nous
gagnons correctement notre vie.
Mais notre métier change à toute
allure, et si nous restons sur notre

Les ventes de cigarettes en France ont baissé en volume en 2013.
Lundi 6 janvier, le site Internet du journal Les Echos, citant de
« premières remontées statistiques annuelles », a indiqué que la
baisse des ventes de cigarettes en 2013 s’est établie à « 7,7%, à environ 47,5 milliards de cigarettes vendues, soit 4 milliards de moins
qu’en 2012 », alors que 80,5milliards de cigarettes avaient été vendues en 2003.
Le président de la Confédération des buralistes, Pascal Montredon, cité par l’Agence France Presse, estime, lui, que cette chute a
atteint 7,6 % pour 2013. Cette baisse peut s’expliquer par plusieurs facteurs: l’effet dissuasif des augmentations de prix, l’essor de la cigarette électronique et le recours à des marchés parallèles. p

Santé Le cœur artificiel de Carmat commercialisé
dans deux à cinq ans

Le cœur artificiel mis au point par Carmat sera commercialisé
dans deux à cinq ans, a déclaré, lundi 6 janvier, le président de la
société, Jean-Claude Cadudal. La commercialisation en Europe
doit avoir lieu sur les marchés privilégiés que sont la France, l’Allemagne et l’Italie. – (Reuters.)

72

milliards d’euros

C’est le montant des économies que le gouvernement britannique prévoit encore de réaliser dans les années à venir. Si certaines de ces coupes budgétaires sont programmées pour 2014 et
2015, une autre part – 25 milliards de livres, soit 30 milliards d’euros – devra être faite après les prochaines élections générales prévues en 2015, a prévenu, lundi 6 janvier, le ministre des finances,
George Osborne. La poursuite de l’austérité doit permettre au
Royaume-Uni de résorber, en 2019, un déficit public qui s’est élevé à 6,8% du produit intérieur brut en 2013.

Conjoncture Le moral des Français
progresse légèrement

L’indicateur synthétique mesurant la confiance des consommateurs français a gagné un point en décembre 2013, à 85 points
contre 84 en novembre, a annoncé l’Insee, mardi 7 janvier. Cette
amélioration s’explique en particulier par un regain d’optimisme concernant le niveau de vie futur en France, et par un léger
apaisement des craintes concernant le chômage.

ESPACE

Nouveautir réussipour SpaceX

La société américaine Space Exploration Technologies (SpaceX) a
lancé avec succès, lundi 6 janvier, son deuxième satellite de communication en moins d’un mois, espérant ainsi jouer un rôle-clé
sur ce marché en offrant des prix très compétitifs. La fusée à
deux étages Falcon 9 de SpaceX a placé sur orbite un satellite de
l’opérateur asiatique Thaicom PLC. Le 3 décembre 2013, SpaceX
avait lancé son premier satellite de télécommunication. Il s’agissait du SES-8 du groupe luxembourgeois SES, deuxième opérateur mondial de satellites. Ce dernier utilisait auparavant les
fusées européenne Ariane et russe Proton, plus chères. – (AFP.) p

« Nous avons d’ores et déjà
atteint un taux bas »

C’est le jugement du ministre français de l’économie et des
finances, Pierre Moscovici, mardi 7 janvier, sur RTL, à propos du
taux du Livret A, laissant entendre que le gouvernement
pourrait le laisser inchangé. Le taux du Livret A doit être fixé le
1er février d’un commun accord entre le gouverneur de la
Banque de France et M. Moscovici. « Le gouvernement sera très
attentif au pouvoir d’achat des épargnants », a assuré le
ministre de l’économie et des finances.

Equipement Tractations pour une reprise
des travaux au canal de Panama

modèlehistorique,nous sommesen
grand danger de disparaître, comme Kodak il n’y a pas si longtemps.
La technologie va tellement vite! »
Tout bouge, en effet. Il y a la crise
économique,quiafaitbaisserl’activité des sondeurs, et pesé sur leurs
marges. «Notre secteur est très atomisé », dit un professionnel. En
France, des dizaines d’intervenants
comme l’IFOP, Nielsen, CSA, BVA,
TNS Sofres… se partagent un marché d’à peine 2 milliards d’euros
par an. « Les directeurs des achats
qui paient les sondages ont souvent
le choix entre 7 ou 8propositions, et
peuvent faire baisser les prix.»
Cependant, la concentration est
en marche. Témoin, l’achat de
Synovate, qui a permis à Ipsos de
devenir, en 2011, le numéro trois
mondialdes sondages et enquêtes,
et le seul français parmi les géants
du secteur. Témoin aussi, l’offre
publique d’achat sur l’américain
Harris Interactive annoncée en
novembre2013 par le leader mondial, l’américano-néerlandaisNielsen, pour 117 millions de dollars
(85,9 millions d’euros). Alors que
le numéro deux mondial, TNS
Sofres, a intégré en 2008 le géant
américain de la publicité WPP. Des

grandes manœuvres qui compliquentla vie desgroupesde deuxième rang.
Parallèlement, le mode de
recueil des données a changé. Les
sondages en face à face, dans la rue
ouàdomicile,ontquasimentdisparuauprofitdesenquêtestéléphoniques. Et celles-ci sont de plus en
plus souvent effectuées à partir de
centres d’appels situés dans des
pays à bas coûts.

Enquêtes en ligne
LH2 avait refusé de procéder à
une telle délocalisation. Cela lui a
coûtécher.Làoùlaplate-formetéléphoniquedeBVAàl’îleMauricetravaille pour 7 euros de l’heure, les
centres français facturent 22 euros
de l’heure, trois fois plus ! Un
sérieux handicap compétitif. Ce
n’estqu’undébut:unnombrecroissant d’enquêtes est à présent administré en ligne, par Internet. Ce qui
revient encore moins cher.
Mais la menace la plus sérieuse
reste sans doute à venir. C’est celle
que représente la montée en puissance du « big data» et d’Internet.
« Demain, mon concurrent sera
sans doute Google ou Facebook, des
groupes capables de poser une

même question à des millions de
personnes », résume Bernard
Sananès, le patron de l’institut CSA.
Face à des machines aussi puissantes, les sondages auront-ils encore
un sens ? Le fameux « échantillon
représentatif » de 1 000 Français
gardera-t-il un intérêt ? « Face à ce
défi, notre enjeu est de démontrer la
force de la représentativité», affirme M. Sananès.
D’ores et déjà, la nouvelle donne
surlemarchédessondagesafragilisé les sociétés de taille moyenne,
surtout celles qui proposent des
offres standards et veulent couvrir
tous les secteurs d’activité.
EnFrance,lechampionIpsosaffiche une marge opérationnelle de
11% et pèse près de 1,5 milliard d’euros en Bourse. Mais l’IFOP, contrôlé
par Laurence Parisot et sa famille,
perd de l’argent, de même que CSA,
filiale de Bolloré. D’autres acteurs
plus petits ont dû aller au tribunal
de commerce,comme LH2, MV2 ou
MICA Research, placé en liquidation judiciaire. « Est-ce qu’il n’y a
pas encore un ou deux généralistes
de trop? Je m’interroge…», glisse un
sondeur.Commesouvent,laréponse est dans la question… p
Denis Cosnard

L’administration du canal de Panama a annoncé, lundi 6 janvier,
qu’elle était disposée à avancer des fonds au consortium international chargé de l’agrandissement de la voie pour éviter une suspension du chantier et résoudre un conflit portant sur le surcoût
du projet. Dirigé par la société espagnole Sacyr, le consortium
international, qui menace de suspendre les travaux en raison
d’un conflit financier, s’est engagé plus tôt dans la soirée à négocier avec le gestionnaire du canal à la suite d’une médiation de la
ministre espagnole de l’équipement. – (AFP.)

Bourse Pékin veut encadrer la banque de l’ombre

Le principal indice boursier des valeurs de Chine continentale a
fini la journée au plus bas depuis cinq mois, lundi 6 janvier,
après des informations selon lesquelles le gouvernement a adressé à l’ensemble des autorités financières du pays de nouvelles
recommandations pour renforcer l’encadrement d’un système
bancaire « parallèle» dont l’essor fait craindre une envolée des
risques financiers. – (Reuters.)

0123

stratégie & innovation

Mercredi 8 janvier 2014

Pourquoi Renault croit au succès
de son aventure chinoise
Le constructeur français se lance enfin, avec Dongfeng, sur le premier
marché automobile mondial. Il peut compter sur son partenaire Nissan

E

n validant, mi-décembre2013, la création d’une
coentreprise avec le
constructeurchinoisDongfeng, Renault entame sa
longue marche dans l’empire du
Milieu.En2016,lamarqueaulosange devrait commercialiser ses premiers véhicules produits dans une
usine actuellement en construction à Wuhan, dans le centre de la
Chine. A deux pas de celles que le
même Dongfeng partage avec
l’autre français, PSA PeugeotCitroën. Pour Renault, c’est une
obligation, comme l’assurait fin
2013 Gilles Normand, son responsable pour l’Asie : « S’il prétend être
un constructeur de taille mondiale,
Renault ne peut être absent des
deuxpremiers marchésde la planète : la Chine et les Etats-Unis. »
En vingt ans, le groupe français
a plusieurs fois tenté de s’implanter dans l’empire du Milieu. En
vain. Ces essais avortés pèsent
aujourd’hui lourd. Le groupe françaisy écoulemoinsde 30000véhicules par an sur un marché de plus
de vingt millions de voitures en
2013, soit moins d’un demi-point
de part de marché… Par contraste,
Volkswagen ou General Motors y
vendent désormais chacun plus
de 3 millions de véhicules par an et
disposent de dizaines d’usines
dans tout le pays. Le français pourra-t-il rattraper un tel retard ?
Revue des leviers qu’il compte
actionner pour réussir son pari.

VENTES DE VÉHICULES DE RENAULT,
PAR RÉGION
2013*
2012*
Europe

1 180 272
1 178 981
Afrique

25 602
24 394
Eurasie

211 021
189 052
Amériques

421 449
415 146
Asie-Pacifique

207 309
237 109
* Janvier à novembre

SOURCE : RENAULT

SYNERGIES
LA FORCE DE L’ALLIANCE
Pour Renault, il n’est pas trop
tard. Le marché continue à croître
à un taux supérieur à 10 % par an.
En2012, lepayscomptait85véhicules pour 1 000 habitants, contre
une moyenne de 578 pour
1 000 habitants en France… De ce
fait, deux acheteurs chinois sur
trois sontaujourd’hui des « primoaccédants ». C’est donc maintenant qu’il faut les fidéliser.
Pour l’aider à s’implanter, le
français peut compter sur son
puissant allié Nissan. Alors qu’au
début des années 2000 Renault
s’internationalisait en attaquant
de concert l’Amérique du Sud, l’Inde et la Russie, le constructeur
japonais s’est concentré sur le
seul marché chinois. En 2002, il a
signé avec Dongfeng un large partenariat pour la production
d’automobileset de camions. Douze ans plus tard, les deux partenaires commercialisent sous la marque Nissan près d’un million de
voitures annuellement.
«Avec Nissan, nous allons bénéficierd’importantessynergies »,assure-t-on d’ailleurs chez Renault. Ils
partagent tout d’abord le même
partenaire industriel, Dongfeng, le
deuxième constructeur chinois
avec plus de 3 millions de véhicules
assemblés par an. Cela a facilité les
discussions.Ensuite, pour perdre le
moinsdetempspossibleetminimiser les investissements – 870 millions d’euros investis entre Renault
et Dongfeng –, les ingénieurs de

7

VU D’AILLEURS
p a r Mi r el B r a n

PDG en Roumanie, un défi
BUCAREST, CORRESPONDANT

D

’origine belge, Benoit Pleska est pressenti pour prendre la direction de la compagnie publique roumaine qui
s’occupe des ponts et chaussées,
la CNADNR. Une mission délicate
puisqu’il devra gérer un budget
de plusieurs milliards d’euros
attribué en partie par la Commission européenne. « Nous devons
garantir que les subventions européennes seront mieux gérées
qu’avant», explique-t-il. La direction d’une autre société publique,
la compagnie aérienne Tarom, a
été confiée à Christian Heinzmann, un autre manageur belge.
A l’origine de cette stratégie de
promotion des étrangers à la tête
des entreprises publiques roumaines se trouvent les principaux
bailleurs de fonds du pays : le
Fonds monétaire international
(FMI), la Banque mondiale et
l’Union européenne (UE).
En 2009, cette « troïka » avait
prêté à Bucarest 20 milliards d’euros pour permettre au gouvernement de faire face à la crise économique et financière. En 2011, un
autre prêt de 5 milliards d’euros a
été sollicité par la Roumanie. Bucarest a obtenu les fonds, mais, en
échange, le gouvernement s’est
engagé à nommer à la tête des
compagnies d’Etat – véritables
trous noirs de l’économie du
pays– des manageurs issus du secteur privé, y compris étrangers.
Un salaire de quelques dizaines
de milliers d’euros pose-t-il problème dans un pays où le salaire
moyen mensuel atteint tout juste
350 euros ? « Peu importe la som-

me à condition qu’ils fassent leur
travail, affirme le président
Traian Basescu. Les compagnies
d’Etat ont accumulé des pertes évaluées à 3 milliards d’euros. Vu le
montant de ces pertes, le salaire
d’un manageur n’est pas un problème, il faut tout simplement
trouver l’homme approprié, qui
n’ait pas de liens politiques.»

« Mobilité européenne »
George Butunoiu, l’un des chasseurs de têtes les plus convoités
en Roumanie, est employé par le
gouvernement pour dénicher ces
perles rares. Il affirme être débordé par les demandes. « J’ai recruté
pour onze sociétés, et j’ai reçu dix
mille CV, dit-il. C’est vrai, les Roumains ont tendance à faire davantage confiance aux étrangers, et
c’est pourquoi ceux-ci ont de
meilleurs résultats.»
L’économie roumaine, qui a
mis du temps pour se remettre
sur les rails après le désastre de
l’époque communiste, semble
attirer aujourd’hui de plus en
plus de ces manageurs qui défient
les frontières des nations.
Après avoir géré les affaires du
cimentier suisse Holcim et du
français Danone en Roumanie,
Benoit Pleska était parti aux EtatsUnis afin de parfaire ses compétences de manageur. Il en est revenu gonflé à bloc. « On peut envisager une mobilité des manageurs à
l’échelle européenne, ce qui serait
une grande première, dit-il. Pour
moi, ce serait la phase ultime de la
construction européenne. Pourquoi ne pas imaginer qu’un manageur allemand puisse gérer la poste grecque ? » p

Finsecurdevientun grand
dela sécuritéincendie
Le Koleos,
qui réalise environ
80 % des ventes
de Renault
en Chine, dans
les rues de Pékin,
en septembre 2010.
O. MARTIN-GAMBIER/RENAULT

Dongfeng, partenaire incontournable
Production Avec Dongfeng, Renault investit 870 millions d’euros pour créer à Wuhan, dans le centre de la
Chine, une première usine d’une capacité de 150 000
véhicules par an. La production sera lancée en 2016.
Partenariat Déjà allié de Nissan, mais aussi de PSA
Peugeot-Citroën ou de Honda, Dongfeng est le deuxième constructeur chinois, avec 3,08 millions de véhicules vendus en 2012, et davantage en 2013.
Marché A fin novembre 2013, il s’était vendu 19,86 millions de véhicules en Chine (+ 13,5 %), premier marché
mondial devant les Etats-Unis (15,6 millions en 2013)

Renault reprennent le savoir-faire
industriel de Nissan.
Installé à Wuhan, près des autres
usines Nissan, le nouveau site, qui
pourra assembler 150 000 véhicules par an, est une réplique des usines Nissan locales. Côté production, les fournisseurs locaux,
moins onéreux que les internationaux, ont déjà été repérés par la
coentreprise d’achat RNPO, partagée entre Renault et Nissan.
Dans un second temps, Renault
et Dongfeng établiront un centre
de recherche et développement
avec 200 personnes en Chine, afin
de développer des nouvelles technologies pour des voitures électriques et hybrides…

MARKETING
CONSTRUIRE SA MARQUE
Avec moins de 30000 véhicules
vendus par an et moins de
100 concessions dans le pays,
Renault est encore largement
inconnu en Chine. Depuis 2009,
date à laquelle l’ex-Régie a décidé
de revenir sérieusement dans le
pays, la marque française tente de
se faire un nom. Comme le groupe
est obligé d’importer des véhicules
fabriquéspourl’essentieldansl’usine de Renault Samsung en Corée
du Sud, il doit vendre plus cher ses
modèles. Il a donc été obligé de se
positionner sur le marché du haut
de gamme, loin de son positionnement généraliste en Europe.
Ainsi, il n’entend pas vendre
une « voiture à vivre » en Chine,
mais une voiture casual luxury :
un luxe sans ostentation qui correspondbien à la campagneactuelle anticorruption… Et, comme
beaucoup de concurrents, il s’appuie sur un ambassadeur pour
incarner sa marque : le basketteur
Tony Parker. C’est notamment le
parrain du Koleos, le sport utility
vehicle (SUV), un faux 4 x 4 fabri-

qué en Corée qui réalise environ
80 % des ventes de Renault en
Chine. La star de la NBA jouit d’une
popularité dans l’empire du
Milieu et correspond au placement de ce SUV : son image est à la
fois « cool » et sophistiquée. De
même, Renault joue à fond de sa
présence et de ses victoires en Formule 1 pour élargir sa notoriété.

COMMERCIAL
UNE GAMME LOCALE
Au-delà du Koleos, Renault est
pourl’instantdémuni.Les offres de
berlines,commelaLaguna,laFluence ou la Talisman, un modèle développé pour le marché chinois, ne
trouvent pas encore leur public.
A l’horizon 2016, le constructeur
devraétoffersonoffre.Dansunpremier temps,il ne devrait construire
sur place que deux nouveaux
modèles de SUV, ces faux 4 x 4 si
populaires que leur part devrait
passer d’ici à 2020 de 10 % à 20 %
des ventes. Pour l’instant, il ne peut
aller plus loin, car la licence autorisant Renault à produire en Chine
remonteen fait à 1993 et est limitée
à la production de… véhicules utilitaires (des camionnettes Trafic).
« Dans les années 1990, on ne s’est
pas vraiment occupé de notre
implantation, car ce n’était pas la
priorité. On changeait le management tout le temps. Du coup, on a
beaucoup bricolé. Or, les Chinois
jugent sur pièce. Et ils gèrent les
étrangers comme cela. Si vous réussissez, vous pouvez grandir, créer
des usines…», explique un ancien
de Renault.
Ainsi, si Renault veut pouvoir
produire d’autres véhicules,
notamment ses Logan et autres
Duster de sa plate-forme à bas
coût, qui seraient très adaptés en
Chine, il faudra tout d’abord montrer patte blanche. p
Philippe Jacqué

La société française, qui connaît une croissance
de 25% par an, vient d’acquérir un concurrent

A

ucun des grands du secteur
–Siemens,UnitedTechnologies ou General Electric – ne
lui fait peur ! Finsecur poursuit sa
conquête du marché de la sécurité
incendie. Issue de l’Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles (ESPCI ParisTech), la startupcomptesurlacapacitéd’innovation technologique de ses sites de
recherche, de fabrication et d’assemblage, tous implantés en France. Elle vient de consolider sa position dans l’Hexagone en rachetant
une société marseillaise (Conjoncture) et en créant une structure à
Tours, opérations dans lesquelles
elle a investi 7 millions d’euros.
Créée en 2000 par des chercheurs de l’ESPCI, Finsecur conçoit,
fabrique, installe et maintient des
systèmes de sécurité incendie qui
intègrent la détection, l’extinction
automatique et la signalisation
sonoreet lumineuse.Ils sont la plupart du temps installés dans des
sites industriels et des établissements recevant du public (ERP)
–supermarchés, maisons de retraite, immeubles de bureaux, etc. Ce
secteur est hautement technologique et fortement réglementé.

« Bons sur toute la chaîne »
Pour se différencier des grands
industriels, Finsecur mise sur son
excellence scientifique. « C’est un
métier très technologique, qui
mélange la physique, l’électronique, le traitement du signal, les télécoms, etc. Notre différenciateur est
que nous sommes bons sur toute la
chaîne», affirme Jacques Lewiner,
président du conseil de surveillance et cofondateur de Finsecur, mais
aussi physicien de renom, directeurscientifiquehonorairedel’ESPCI, détenteur de nombreux brevets
et cofondateur de start-up.
Finsecurchercheà faire des pro-

duits conformes à la norme, au
meilleur prix et fabriqués en France. « Nous pouvons fabriquer en
France moins cher qu’ailleurs en
trouvant les composants qui réduisent le nombre de pièces. Peu de
composants chers coûtent moins
que de nombreux composants pas
chers», affirme M. Lewiner.
Sur un marché stable, Finsecur
affiche une croissance de 25 % par
an en moyenne depuis dix ans. En
2013,elle a réaliséun chiffred’affaires de 31 millions d’euros. Sa part
du marché français atteint 13 %.
Détenue par des actionnaires privés, elle est bénéficiaire depuis
2004. A la suite des opérations de
croissance de décembre 2013, elle
peut désormais accompagner ses
grands clients partout en France.
Elle a aussi des filiales en Belgique
et au Royaume-Uni.
Cette couverture géographique
est importante, car le marché français de la sécurité incendie aborde
une étape importante. D’ici à 2021,
les 7 millions de détecteurs de
fumée à chambre d’ionisation
(DFCI) installés dans des ERP en
France devront être démantelés
paruneentreprisehabilitéeetremplacéspardesdétecteurssanssource radioactive, comme ceux de Finsecur qui exploitent une technologie optique…
Sans compter que le marché
domestique est lui aussi soumis à
l’obligation de s’équiper d’ici à
2015. « Même si un foyer sur trois
choisit de ne pas s’équiper, cela
représente tout de même quelque
20 millions de détecteurs à installer », se félicite Christophe Bonazzi, directeur général de la société,
qui voit dans ces circonstances le
moyen pour Finsecur d’atteindre
son objectif : « Devenir un grand de
la détection incendie ! » p
Sophy Caulier

8

0123

0123

Mercredi 8 janvier 2014

LETTRE DE WALL STREET
par Stéphane Lauer

Le loup
et l’agneau

C

ompliquédeconvaincrequ’ons’esttransformé en agneau lorsqu’on a été un loup.
« Je ne suis pas un homme riche et depuis j’ai
payépourcequej’aifait. »Lamainsurlecœur,
Jordan Belfort, le vrai Loup de Wall Street, joué
par Leonardo DiCaprio dans le film de Martin
Scorsese, sorti en salles pendant les fêtes, a
beau crier sur tous les tons qu’il a tourné la
pagede sonanciennevie, l’ex-brokerindélicat
est inaudible. Surtout pour ses victimes. Peu
probable que les milliers de naïfs qui ont cru
aux promesses de gains mirifiques que leur
avaitfait miroiter Belfort apprécientà sa juste
valeur la performance d’acteur de Leonardo
DiCaprio. En même temps, on peut comprendre ceux qui sont qualifiés dans l’une des scènes du film de « déchets».
L’arnaquemontéepar l’escrocmagnifiépar
Scorsese est aussi vieille que la Bourse. Il s’agit
duprincipedit«delabouilloire»:onfaitmonter artificiellement le cours de sociétés dont
les titres s’échangent au compte-gouttes, on
incite des investisseurs à en acheter et juste
avant que la bulle n’explose, on liquide ses
positionsàbonprix.Enfantin,maisillégal.Belfort était un « commercial brillant, emporté
parl’orgueil»,tenterade relativisersonavocate lors de son procès en 1996. En vain.
Condamnéàquatreansdeprisonpourfraude en valeurs mobilières et blanchiment d’argent, le broker a laissé une ardoise de 110 millions de dollars (80,8millions d’euros). Sur les
3 378 clients de Stratton, la firme fondée par
Belfort,seuls 362 ont touchédes dédommage-

ments, selon la Securities Investor Protection
Corporation, pour un montant ridicule d’une
dizainede millions de dollars.Si l’on reste aussi loin du compte, c’est parce qu’en janvier1997,l’entreprises’estmisesouslaprotectiondelaloisurlesfaillites.Laplupartdesplaignants, bien qu’ayant obtenu gain de cause
sur le plan légal, se sont alorsretrouvés floués.

« Voyou des temps modernes »
Si le film raconte par le menu comment
l’avidité pousse Belfort aux extravagances
orgiaques les plus inimaginables, les investisseurs grugés sont les grands absents de la fresque de Scorsese, qui ne s’attarde pas non plus
sur le blanchiment d’argent sale. Si ces deux
facettes avaient fait partie du scénario, « cela
aurait certainement diminué le “charme” de
ce voyou des temps modernes», explique au
site Alternet Jim Chanos, un gestionnaire de
hedge fund qui dispense un cours sur la fraude à l’université Yale (Connecticut).
Jordan Belfort est sorti de prison en
avril2006, aprèsavoir purgévingt-deuxmois
de détention. Du temps qu’il a mis à profit
pour lire et relire Le Bûcher des vanités (1987)
deTomWolfe,aupointd’enconnaîtredespassagesentiersparcœur,maissurtoutpourécrire sa propre histoire, dont les droits ont été
rachetés par Scorsese. Une transaction qui a
permis à Jordan Belfort de toucher à ce jour
940500dollars,selonlesdocumentsdelajustice. Un début de consolation pour les plaignants, car en 2003, un juge du tribunal de

Brooklyn (New York) l’avait condamné à verser la moitié de ses revenus à un fonds destiné
à indemniser ses victimes. En octobre 2013,
anticipant le succès du film et par là même la
polémiquequ’il susciterait, l’avocat de Belfort
a proposé à ce juge de verser la totalité des
royalties qu’il toucherait. La justice ne s’est
pas encore prononcée sur cette demande.
Cette tentative de rédemption laisse malgré tout une impression de malaise chez les
victimes de Belfort. Comme Peter Springsteel,
un architecte qui a avoué au New York Times
avoir perdu la moitié des économies de toute
une vie, ou comme Alfred Vitt, un dentiste à la
retraite qui court toujours après les
250000 dollars que le broker lui a fait perdre.
Depuissa libération,le« loup» estenpleine
introspection. « Je ne sais toujours pas qui je
suis, mais je sais que je ne suis pas le gars que
j’étais. Cela me tue, parce qu’au fond, je sais
que je suis une bonne personne», affirmait-il
en 2007. Il y a quelques jours, Belfort assurait
sur sa page Facebook que les droits du film
représenteront «plusieurs millions de dollars,
ce qui permettra amplement de rembourser
toutlemonde».Promessedeloupougénérosité d’agneau? Les plus sceptiques feront référence au proverbe : « Le loup perd des poils
mais jamais du vice. » Les plus indulgents
constateront que, près de vingt ans après sa
fulgurante ascension, Jordan Belfort n’a rien
perdu de son bagou. p

L’ARNAQUE
MONTÉE
PAR JORDAN
BELFORT,
L’ESCROC
MAGNIFIÉ PAR
SCORSESE,
EST AUSSI
VIEILLE QUE
LA BOURSE.
IL S’AGIT
DU PRINCIPE
DIT «DE LA
BOUILLOIRE»

lauer@lemonde.fr

LES INDÉGIVRABLES | p a r X a v i e r Gorce

5,90
€*

le DVD

C’EST TOUT NET ! | CHRONIQUE
par Marlène Duretz

Ma bonne résolution

L

es bonnes résolutions sont
« une coutume de la civilisation occidentale qui consiste,
à l’occasion du passage à la nouvelle année, le 1er janvier, à prendre un
ou plusieurs engagements envers
soi-même pour améliorer son comportement, une habitude ou son
mode de vie durant l’année à
venir», me rappelle Wikipédia,
l’encyclopédie libre… d’en prendre ou non (bit.ly/1cSMIw9).
Un funeste sort est pourtant
réservé aux bonnes résolutions.
Selon une étude, en 2007, de l’université britannique de Bristol,
88% des objectifs sont voués à
l’échec. Pour optimiser le taux de
succès de ses bonnes intentions, il
est recommandé de les rendre
publiques et/ou qu’elles obtiennent le soutien d’amis.

«Une chance d’être meilleur»
Le site de La Nouvelle République a établi le palmarès des bonnes résolutions 2014 des Loir-etChériens: en tête vient la décision
« d’arrêter de se laisser pousser les
fesses», autrement dit reprendre
une activité physique et suivre un
régime alimentaire adapté. « Mais
des histoires de courbes, il y en a
d’autres», explique le quotidien.
Dont celle de maîtriser davantage
ses finances et de faire fléchir la
courbe de ses dépenses. Arrêter de
fumer aussi ou se mettre à la
« vapote ». Diminuer ses déchets

ou prendre davantage le vélo. Et
même « de ne pas s’imposer de
bonnes résolutions cette année » !
(bit.ly/1ia06xh).
Le site « 100 % entrepreneurs»
Widoobiz.com dégaine, lui, six
citations pour « ne pas perdre le
cap » des bonnes résolutions puisqu’en prendre « c’est tout simplement se donner une chance d’être
meilleur». Prenons le parti de retenir ce proverbe chinois: «Les grandes âmes ont de la volonté, les faibles n’ont que des souhaits »
(bit.ly/1gAPLKj).
Le gouvernement américain ne
déroge pas à la coutume et propose treize résolutions pour 2014
dont celles de décrocher un
meilleur emploi ou encore de
« réduire, réutiliser et recycler»
(1.usa.gov/1lKmz3R). Sur ses pas,
l’humoriste Twog.fr attribue à plusieurs personnalités politiques
françaises de bonnes résolutions:
Jérôme Cahuzac s’exhorte à
«tenir ses comptes et faire son budget», Ségolène Royal à «ne rien faire comme à l’“accoutumétude” »
et François Hollande à « acheter
un ciré » (bit.ly/1cT6UOL).
Et si, en 2014, on se contentait de
vérifier la bonne résolution de nos
écrans? Clic droit sur mon bureau,
puis «résolution d’écran».
«1 920×1 080 recommandé.» Je
vais tenter de m’y tenir. p
duretz@lemonde.fr

Dès le 8 janvier, le DVD no 12

Chaque semaine,
redécouvrez
le chef-d’œuvre
d’un grand réalisateur

SEXE, MENSONGES
ET VIDÉO

15 grands films

sélectionnés par Le Monde

de Steven Soderbergh

1 - 23 oct. Taxi Driver
de Martin Scorsese

9 - 18 déc. Mr Smith au Sénat
de Frank Capra

Chaque mercredi, retrouvez les plus grands
chefs-d’œuvre du cinéma mondial. Une
nouvelle collection de 15 DVD réalisés
par les auteurs les plus talentueux, tels
que Martin Scorsese, Anthony Mann,
Sydney Pollack, Alan Parker, Arthur Penn,
Michelangelo Antonioni, Steven Soderbergh,
No12
Steven Spielberg… En complément, vous
découvrirez de nombreux bonus exclusifs :
interviews, documentaires, bandes-annonces...
Un véritable festival à domicile !

2 - 30 oct. L’Homme de la plaine
de Anthony Mann

10 - 24 déc. La Poursuite impitoyable
de Arthur Penn

3 - 6 nov.

11 - 31 déc. Profession : reporter
de Michelangelo Antonioni

Steven
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Av Andie MacDowell,
Steven Soderbergh
Un film réalisé par

Tootsie
de Sydney Pollack

4 - 13 nov. Birdy
de Alan Parker
5 - 20 nov. Cinq pièces faciles
de Bob Rafelson
6 - 27 nov. De sang-froid
de Richard Brooks
7 - 4 déc.

L’Équipée sauvage
de Laszlo Benedek

8 - 11 déc. Gandhi
de Richard Attenborough

12 - 8 janv.

13 - 15 janv. Soudain l’été dernier
de Joseph L. Mankiewicz
14 - 22 janv. Rencontres
du troisième type
de Steven Spielberg
15 - 29 janv. Ouragan sur le Caine
de Edward Dmytryk

Plus d’informations sur www.lemonde.fr/boutique

* Chaque DVD de la collection est vendu au prix de 5,90 € en plus du Monde, à la Boutique du Monde, 80, bd Auguste-Blanqui, 75013 Paris, ou par correspondance sur www.lemonde.fr/boutique ou en
téléphonant au 32 89 (0,34 € TTC par minute) Voir conditions. Offre limitée à la France métropolitaine, sans obligation d’achat du Monde dans la limite des stocks disponibles. Visuels non contractuels.

Sexe, mensonges et vidéo © 1988, OUTLAW PRODUCTIONS. ALL RIGHTS RESERVED.

Sexe, mensonges
et vidéo
de Steven Soderbergh

Taxi Driver - Interdit aux moins de 12 ans © 1976, RENEWED 2004 COLUMBIA PICTURES, INC. ALL RIGHTS RESERVED. © 2013 LAYOUT AND DESIGN SONY PICTURES HOME ENTERTAINMENT INC. TOUS DROITS
RESERVES. / L’Homme de la plaine © 1955, COLUMBIA PICTURES INDUSTRIES, INC. ALL RIGHTS RESERVED. / Tootsie © 1982, COLUMBIA PICTURES INDUSTRIES, INC. ALL RIGHTS RESERVED. / Birdy ©
1984, TRISTAR PICTURES INC. ALL RIGHTS RESERVED. / Cinq pièces faciles © 1970, COLUMBIA PICTURES INDUSTRIES. ALL RIGHTS RESERVED. / De sang-froid © 1967, RENEWED 1995 PAX ENTERPRISES, INC. ALL
RIGHTS RESERVED. / L’Équipée sauvage © 1953, THE STANLEY KRAMER COMPANY, INC. ALL RIGHTS RESERVED. / Gandhi © 1982, CAROLINA BANK LDT. AND NATIONAL FILM DEVELOPMENT CORPORATION
LTD. ALL RIGHTS RESERVED. / La Poursuite impitoyable © 1966, LONE STAR PICTURES CORPORATION, RENEWED 1994 HORIZON MANAGEMENT, INC. ALL RIGHTS RESERVED. / Profession : reporter © 1975, RENEWED
2003 PROTEUS FILMS, INC. ALL RIGHTS RESERVED. / Sexe, mensonges et vidéo © 1988, OUTLAW PRODUCTIONS. ALL RIGHTS RESERVED. / Soudain l’été dernier © 1960, RENEWED 1988 HORIZON PICTURES (G.B.)
LTD. / Rencontres du troisième type © 1977, 1980 COLUMBIA PICTURES INDUSTRIES, INC. ALL RIGHTS RESERVED. / Ouragan sur le Caine © 1954, RENEWED 1982 COLUMBIA PICTURES INDUSTRIES, INC. ALL RIGHTS
RESERVED. © 2013 LAYOUT AND DESIGN SONY PICTURES HOME ENTERTAINMENT INC. TOUS DROITS RESERVES.


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