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0123

international & europe

Mercredi 8 janvier 2014

3

EnIsraël,lesréfugiés
africainsmobilisés
contrelesexpulsions
Manifestations, sit-in et grèves se multiplient
contre les centres de rétention de clandestins
Reportage
Tel-Aviv
Envoyé spécial

D

esjeunes Israéliennesbronzées, écouteurs collés aux
oreilles, font leur jogging
en short sur l’avenue Hayarkon, la
promenade du front de mer. Le
ciel est limpide, il fait 20 degrés, ce
lundi 6 janvier. Elles longent à
moins de deux mètres une haie
humaine formée de visages noirs :
des milliers d’Africains ont pris
possession du trottoir, disciplinés,
y compris pour reprendre à l’unisson des slogans répétés pendant
des heures : « Liberté, liberté ! Plus
de prisons! »
Le regard des joggeuses et des
automobilistes,qui longent au pas
cettefouleessentiellementmasculine, ne s’attarde pas : deux mondes aux antipodes l’un de l’autre.
Les Africains sont des réfugiés, originaires à plus de 90 % du Soudan
et d’Erythrée, entrés clandestinement en Israël par le Sinaï égyptien,avantquela barrièredesécurité qui court maintenant sur les
240 kilomètres de la frontière n’interdise toute infiltration. Leur
errance s’est achevée dans le parc
Lewinsky de Tel-Aviv, la ville-symbole du dynamisme économique
d’Israël qui les attire.
La foule de quelque 3 000 réfugiés s’allonge sur l’avenue baignée
de soleil ; se concentre face aux
ambassades des Etats-Unis et de
France. Plus tard, des délégations
serendrontdevantd’autresambassades, ainsi que devant les
bureaux du Haut-Commissariat
des Nations unies pour les réfugiés
(HCR), de l’Union européenneet de
l’Union africaine, pour y remettre

une pétition. « Nous faisons appel
à vous pour soutenir activement
notre lutte pour nos droits de réfugiés. Environ 50 000 demandeurs
d’asile africains et réfugiés vivent
enIsraël.Nous avonsfui lespersécutions, la conscription militaire forcée, la dictature, les guerres civiles
et le génocide. Au lieu d’être traités
en réfugiés par le gouvernement
d’Israël, nous sommes traités comme des criminels», indique le texte
de la pétition.
Il aura fallu unelongue négociation avec la police pour que l’Erythréen Filemon Rezeme et le
Soudanais Kunda puissent, au
nom de leurs camarades rassemblés dans un sit-in compact, franchir le cordon de sécurité et remettre leur requête à une diplomate
américaine. Ils attendaient aussi
que les caméras soient là : « Nous
voulons attirer l’attention de la
communauté internationale »,
explique Filemon Rezeme devant
les micros.
La veille, plus de 20 000 Africains s’étaient massés sur la place
Rabin de Tel-Aviv et une grève de
trois jours avait été lancée par tous
les réfugiés africains qui occupent
des petits boulots dans les restaurants et hôtels de Tel-Aviv.
Au cœur de leurs revendications, l’abrogation de l’« amendement scélérat » voté le 10 décembre 2013 par la Knesset, le Parlementisraélien,enréponse à ladécision de la Cour suprême de déclarer inconstitutionnelle la loi permettant d’incarcérer sans jugement pendant trois ans des
migrants illégaux.
Désormais, ceux-ci seront détenus dans des centres « ouverts »
(comme celui de Holot, dans le
Néguev) ou « fermés » (la prison de

Manifestation de migrants africains devant l’ambassade américaine à Tel-Aviv, le 6 janvier. BAZ RATNER/REUTERS

Saharonim). Dans les premiers, la
durée de la détention est sans limite ; dans les seconds, leur emprisonnement ne pourra dépasser un
an.
Israël,a souligné,lundi,le ministère des affaires étrangères, est
dans une position « bien plus complexe que celles des autres pays
développés » pour lutter contre
l’immigration clandestine, puisqu’il a une frontière terrestre avec
l’Afrique.Il s’efforcedonc de «trouver un équilibre» entre la nécessité
de contrôler celle-ci et « de protéger les droits de l’homme de ceux
qui entrent » sur son territoire.
Droits de l’homme?
Bsow, un Soudanais âgé de
30 ans, raconte son histoire, semblableà celled’autresrécits de réfugiés. Il est arrivé en décembre 2011,
après un périple éprouvant à travers le Sinaï, marqué par les exactions et le racket organisé par les

tribus bédouines. Cueilli par l’armée israélienne, il est resté dixsept jours à la prison de Saharonim, dont les organisations de
défense des droits de l’homme ont
dénoncé les conditions de détention. Il a eu de la chance : « Je

«Au lieu d’être traités
en réfugiés, nous
sommes traités en
criminels», peut-on
lire sur la pétition
des manifestants
connais des gens qui y sont restés
deux ans », insiste-t-il.
Bsow nous montre le certificat
de « libération conditionnelle »
qu’il a obtenu des autorités israéliennes. Plus tard, il a trouvé un
emploi de serveur dans un restau-

Le milliardaire Andrej Babis, homme fort du prochain
gouvernement de coalition en République tchèque

Bohuslav Sobotka dirigera un exécutif associant sociaux-démocrates, populistes et centristes
Prague
Correspondant

A

ndrejBabis,deuxièmefortune tchèque, ne voulait pas
entrer en politique. Cet
homme d’affaires, à la tête d’un
empire de plusieurs centaines
d’entreprises de l’agroalimentaire, de la chimie et du bois, a fondé en 2011 le mouvement ANO
(pour Action des citoyens mécontents, mais qui signifie aussi
« oui » en tchèque), « car il ne supportait plus d’entendre les politiques mentir et la gabegie qu’ils
entretenaient».
Ilsouhaitaitresterdans l’opposition afin de ne pas répéter l’erreur
de jeunes et petits partis tchèques
propulsés dans le passé aux affaires et qui ont disparu avant même
la fin d’une législature. Mais après

une campagne efficace et populiste, il a obtenu 20 % des suffrages
lorsdesélectionslégislativesanticipées d’octobre 2013, un point et
demide moins que le vainqueur, le
Parti social-démocrate (CSSD) de
Bohuslav Sobotka. M. Babis, 59 ans,
a donc dû accepter de participer à
une coalition gouvernementale et
il a joué un rôle-clé dans la composition du gouvernement.
Lundi 6 décembre, les deux
chefs de parti ont signé un accord
de gouvernement et sont convenusdela compositiond’ungouvernement dominé par le centre gauche auquel participe aussi l’Union
chrétienne-démocrate (KDU), qui
compte 13 députés au Parlement
(contre 50 sièges au CSSD et 47 au
mouvement ANO).
Et M. Babis, qui n’envisageait
pas de devenir ministre, s’apprête

La Lettonie désigne une femme premier ministre
Le président letton, Andris Berzins, a chargé, lundi 6 janvier,
Laimdota Straujuma, une économiste de 62 ans, de former un
nouveau gouvernement de coalition. Mme Straujuma deviendra
ainsi la première femme chef du
gouvernement de ce pays balte
de 2 millions d’habitants, membre de la zone euro depuis le
1er janvier. « J’ai confiance dans
le fait que cette coalition de centre droit pourra travailler de
façon efficace », a-t-elle déclaré,
entourée de représentants des
quatre partis de sa coalition

qu’elle dirigera jusqu’aux élections d’octobre. Mme Straujuma,
dont les médias soulignent la
ressemblance avec Angela Merkel, était ministre de l’agriculture depuis 2011. Elle a rejoint
dimanche le parti Unité (centre
droit) pour être son candidat
officiel. Sa désignation intervient après la démission, le
27 novembre 2013, du premier
ministre Valdis Dombrovskis,
qui avait endossé la responsabilité de l’effondrement du toit d’un
supermarché de Riga. 54 personnes avaient été tuées.

à prendre le portefeuille des finances. « Il va falloir que j’apprenne
comment fonctionne l’administration, et le ministère en particulier,
tout comme l’élaboration du budget », a confié le milliardaire aux
journalistes lors d’une conférence
de presse. « Je n’ai jamais exercé
dans la fonction publique et tout
cela sera nouveau pour moi », a-t-il
même ajouté.

Résistances du président
M. Babis aura peu de temps
pour « apprendre », car il devra
rapidement redresser la situation
économique du pays et composer
avec la récente dévaluation de la
couronne tchèque, décidée sans
consultation par la Banque nationale. Il lui faudra aussi réaliser des
prouesses pour maintenir le déficit budgétaire dans la limite de 3 %,
comptetenudesgénéreusesmesures sociales prévues par l’accord de
gouvernement, qui exclut toute
augmentation d’impôts.
M. Babis a en effet contraint les
sociaux-démocrates à renoncer à
deshaussesde taxespour les entreprises (en particulier les banques
et les opérateurs téléphoniques,
très rentables) et les hauts salaires
pourfinancer la relance.En contrepartie, il a dû a accepter d’augmenter les retraites, les salaires dans la
fonction publique, le salaire minimum ou de baisser les impôts des
familles avec deux enfants et plus.
Le ministre des finances devra
créer en 2015 un second taux de
TVA réduit à 5 % pour quelques

produits (livres, médicaments,
couches,etc.).
M. Babis est convaincu qu’il
sera possible de financer toutes les
dépenses et niches budgétaires
supplémentaires grâce à une
meilleure gestion et une lutte efficacecontre le clientélismeet la corruption. La lutte contre la gabegie
étatique a été le cheval de bataille
de sa campagne et lui a valu son
succès auprès des électeurs, et le
milliardaire n’acceptera d’augmenter les impôts que lorsque la
gestion du budget aura été assainie. Ambitieux programme.
La question des hausses d’impôts est l’un des points faibles de
cette coalition hétéroclite qui s’appuie néanmoins sur une confortable majorité à la Chambre.L’avenir
ministériel de M. Babis reste suspendu à son passé. Cet ancien
membre de l’aristocratie rouge est
soupçonné d’avoir informé la Stasi locale, ce qu’il dément.
La nomination de la nouvelle
équipe gouvernementale est entre
les mains du président Milos
Zeman, qui fait de la résistance et
n’a annoncé aucun calendrier.
Après avoir tenté d’empêcher
M.Sobotka (42 ans) de devenir premier ministre en soutenant un
putschavortéà l’intérieurduCSSD,
M. Zeman rechigne dorénavant à
nommer plusieurs des ministres
proposés par la coalition car, selon
lui,«ils ne sontpas desspécialistesà
leur place » ou tout simplement
par animosité personnelle. p
Martin Plichta

rant de Tel-Aviv. Comme lui, des
milliers de Soudanais et d’Erythréens peuplent les quartiers
sud de la deuxième ville d’Israël,
suscitantune hostilité grandissante de la population blanche.
Le certificat de libération conditionnelle doit être renouvelé tous
les deux mois par le ministère de
l’intérieur. Parfois il ne l’est pas, et
le risque est grand d’être interpellé
par la police et reconduit à Saharonim. « Nous demandons la libération de tous les prisonniers, insistent Bsow et Kunda, et le respect
d’un minimum de droits de l’homme : nous n’avons pas de droits
sociaux, pas de permis de travail,
pas d’assurance-santé, pas d’existencelégale et nos enfantsne peuvent aller à l’école ! »
Protégés du risque d’expulsion,
puisqu’Israël n’a pas de relations
diplomatiques avec le Soudan et
l’Erythrée, les réfugiés ne peuvent

davantage espérer obtenir le droit
d’asile. « Toutes les demandes sont
traitées », assure le ministère des
affaires étrangères, sans mentionner qu’aucune d’entre elles n’a été
acceptée depuis trois ans !
Pour impressionnante qu’elle
soit, la mobilisation des quelque
53 600 réfugiés africains (selon les
chiffres officiels) résidant en Israël
ne fera pas bouger d’un iota la
détermination du gouvernement
israélien.
Le premier ministre, Benyamin
Nétanyahou, l’a réaffirmé lundi :
« Les protestations et les grèves ne
changeront rien. En 2013, nous
avons expulsé 2 600 infiltrés, soit
six fois plus que l’année précédente. Cette année, nous en expulserons davantage.» Il ne s’agit pas de
réfugiés, a-t-il proclamé, mais de
« travailleurs migrants illégaux
qui seront traduits en justice ». p
Laurent Zecchini

SYRIE

Les quatreotagesfrançaissont
détenuspar lesdjihadistesd’EIIL

PARIS. Le sort des otages français en Syrie se précise. Interrogé à
l’occasion de la soirée de solidarité avec les journalistes otages en
Syrie, lundi 6 janvier à la Maison ronde de Radio France à Paris,
Peter Bouckaert, directeur des urgences de l’ONG Human Rights
Watch, a déclaré que « les quatre journalistes sont entre les mains
de l’Etat islamique en Irak et au Levant [EIIL] ». Didier François
(grand reporter à Europe 1) et Edouard Elias (photographe) sont
retenus en Syrie depuis 213 jours, Nicolas Hénin (Le Point, Arte) et
Pierre Torres (photographe indépendant) depuis 197 jours.
Une grande offensive, menée par l’Armée syrienne libre et des
groupes islamistes plus modérés, est en cours depuis vendredi
contre EIIL, principal groupe djihadiste, qui a subi de graves
défaites ces trois derniers jours.
Une cinquantaine de prisonniers, tous Syriens, ont été libérés
lundi des geôles de l’Etat islamique. Mais aucun étranger n’a été
retrouvé. La chute d’autres villes et villages aux mains de l’EIIL
s’est accompagnée de massacres de prisonniers, sans que ces
informations, recueillies par l’intermédiaire de militants
syriens, puissent être vérifiées. p Christophe Ayad

ESPAGNE

Unefilledu roi d’Espagne
miseenexamen

MADRID. L’infante Cristina, la seconde fille du roi d’Espagne
Juan Carlos, a été mise en examen pour blanchiment de capitaux
et fraude fiscale dans le cadre de l’enquête pour corruption qui
vise son époux, Iñaki Urdangarin. Le juge l’a convoquée pour
une audition le 8 mars. Iñaki Urdangarin est accusé par la justice
d’avoir utilisé son appartenance à la famille royale pour obtenir
des financements publics des gouvernements régionaux de
Valence et des Baléares en contrepartie de prestations largement
fictives. L’enquête de la justice espagnole porte sur 5,8 millions
d’euros perçus par l’Institut Noos, très lié au gendre du roi. Le
juge soupçonne une implication de l’infante Cristina dans la gestion de ces fonds litigieux à travers la société Aizoon, qu’elle détenait avec son époux. p

Cuba Les interpellations d’opposants en hausse

LA HAVANE. La Commission cubaine pour les droits de l’homme
et la réconciliation nationale, qui n’est pas reconnue par le pouvoir, a dénoncé, lundi 6 janvier, la répression de l’opposition par
la multiplication des arrestations de courte durée. En 2013, la
Commission a enregistré 6 424 interpellations pour motifs politiques contre 2 000 en 2010. – (EFE.)