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france

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Mercredi 8 janvier 2014

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L’UMP embarrassée par le virage de M.Hollande

En tendant la main aux entreprises lors de ses vœux, le chef de l’Etat a semé le trouble au sein du parti de droite

P

our une fois, on ne les a pas
entendus. D’habitude, à chaque discours de François Hollande, les responsables de l’UMP se
précipitent dans les médias pour
condamner son intervention. Là, la
droite est restée sans voix. Aucun
leader ne s’est élevé contre le « pactederesponsabilité»pourlesentreprises proposé par le chef de l’Etat
lors de ses vœux télévisés, le
31décembre. Il a fallu une semaine
avantquedesténorsdupartiréagissent,tel Jean-PierreRaffarin.Leprésident du parti, Jean-François Copé,
n’a prévu de s’exprimer que mercredi sur ce pacte, qui consistera à
proposerauxentreprisesdesréductions de charges et une simplification administrative contre des
embauches et plus de dialogue
social.
Et pour cause: en assumant une
politique sociale-démocrate, voire
sociale-libérale, le président a coupé l’herbe sous le pied de l’UMP.
Moins de charges sur les entreprises, moins de dépenses publiques,
moins d’impôts… Le nouveau programmeéconomiquedeM.Hollande colle aux revendications du parti de droite, qui avait acté cette
orientation libérale lors de son
séminaire de travail, le 18 décembre. «Il est urgent de baisser drastiquement les impôts, les charges
sociales et la dépense publique, de
supprimer sans trembler toutes les
réglementations absurdes », répétait encore M. Copé le 30décembre,
lors de ses vœux aux Français. Sans
imaginer que le chef de l’Etat prendraitdes engagementsdans ce sens
le lendemain.

Une politique de l’offre
En assumant un « socialisme de
l’offre», François Hollande a moins
cherché à piéger l’opposition qu’à
relancer l’emploi. Il n’empêche :
son discours a déstabilisé la droite,
qui ne s’attendait pas à entendre le
président tenir des propos ressemblant à ceux de MM. Copé ou Fillon.
«Si on fermait les yeux en écoutant
FrançoisHollande,onauraitpucroire à celui d’un leader de droite,
remarque le politologue Jérôme

M. Copé répondra mercredi
aux vœux du président
Silencieux lors de la trêve des
confiseurs, Jean-François Copé
et François Fillon effectueront
leur rentrée de manière séparée.
Le président de l’UMP tiendra
une conférence de presse mercredi matin au siège parisien du
parti, lors de laquelle il devrait
répondre aux mesures proposées par François Hollande à l’occasion de ses vœux télévisés. De
son côté, l’ancien premier ministre organisera un meeting le
15 janvier, à la Maison des Polytechniciens, à Paris, où il compte réunir ses proches.

Jean-Pierre Raffarin, François Fillon, Jean-François Copé et Alain Juppé au siège de l’UMP, le 18 décembre 2013. MARTIN BUREAU/AFP

Fourquet, sondeur à l’IFOP. C’est
notamment le cas quand il évoque
les économies nécessaires, en se
disant convaincu qu’on peut faire
mieux avec moins, alors que la gauche réclame traditionnellement
plus de moyens. Idem lorsqu’il pointe les “abus” et les “excès” de la Sécurité sociale, cela rappelle le discours
anti-assistanat de l’UMP.»
Reprendre des propositions du
camp adverse rappelle la stratégie
de la triangulation utilisée par le
candidat Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007. L’ancien ministre du budget, Eric
Woerth,s’étonnede voir M.Hollandeinvestiraussifranchementleterrain de la droite. « Baisser les charges des entreprises,mettrele paquet
pour la compétitivité et assumer

une politique de l’offre, c’est notre
politique! Cela correspond au programme de Nicolas Sarkozy.»
Compliqué alors, pour l’UMP, de
trouverletonappropriépourriposter…«Ladroiteestgênéeauxentournures car elle se retrouve privée de
son angle de tir favori, qui consiste à
critiquer une gauche dépensière,
incapable de rétablir les comptes
publics autrement qu’en augmentant massivement les impôts »,
observe Jérôme Fourquet. L’UMP se
retrouve face à un problème stratégique: soit elle approuve – dans la
foulée du Medef – le cap fixé par
M.Hollande, en se disant vigilante
sur l’application des annonces, soit
elle le rejette d’un revers de la main,
au risque d’être perçue comme une
opposition caricaturale.

Le «pactede responsabilité»
laisseles syndicatsen ordredispersé

Réunis lundi 6janvier, les grandes centrales ont constaté leurs divisions
après la main tendue aux entreprises par le président de la République

D

ubitatifs sur le « pacte de
responsabilité » proposé
par François Hollande aux
entreprises, les syndicats sont
dans l’incapacité d’adopter une
position commune. Lundi 6 janvier, la CGT, la CFDT, la CFTC, la FSU
et l’UNSA se sont réunies pour
adopter, conformément à ce qu’elles avaient décidé le 25 novembre
2013, des revendications communes. Mais elles ont constaté leur
absence d’accord sur l’initiativedu
président de la République.
A l’exception de la CFTC – dont
le président, Philippe Louis, juge
que « la période n’est pas propice à
des manifestations communes» et
qui met en avant « beaucoup de
sujets où nous sommes opposés les
uns aux autres » –, la CGT, la CFDT,
la FSU et l’UNSA devraient finaliser le 13 janvier une déclaration
commune dont les grands axes
ont été posés. Elle mettra en avant
la demande de mise en œuvre
d’un plan européen d’investissements préconisée par la Confédération européenne des syndicats
(CES) à laquelle appartiennent la
CGT, la CFDT, la CFTC et l’Unsa.
Les quatre syndicats devraient
préconiser une négociation sur
l’emploi des jeunes et des seniors.
« Il y aura des positions communes,
a indiqué Véronique Descacq,
secrétaire générale adjointe de la
CFDT, sur l’emploi, les classifica-

tions des rémunérations, la conditionnalité des aides fiscales et la fiscalité. » Chaque organisation
devait trouver les bases d’une proposition commune sur chaque
sujet, la CFDT sur la fiscalité, l’UNSA sur l’emploi,la CGT sur les salaires.«La CGT, souligneunresponsable syndical sous couvert d’anonymat, n’a rien fourni. Elle est dans les
choux. On a un gros maillon faible
dans l’histoire, c’est la CGT. Elle ne
saitpas oùelle habiteet elleestincapable d’assumer une ligne. »

« Mano a mano »
L’épisode de l’accord sur la formation – où la direction de la CGT,
favorable à la signature, a plié
devant le refus de sa délégation – a
pesé lourdement dans la réunion
du 6 janvier. Alors que la commission exécutive de la centrale doit
entériner, mardi 7 janvier, ce refus
de signer, la CGT a déjà décidé
d’une journée d’actions le
6 février. La CFDT et l’UNSA ne lui
emboîteront pas le pas, de même
que la CFTC qui, pour autant, n’a
pas quitté l’intersyndicale.
Sur le pacte de responsabilité,
Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, a marqué ses réserves, se déclarant hostile, lundi sur
France Info, à un « mano a mano
entre le gouvernement et le patronat.» « Un pacte de responsabilité,
a-t-il souligné, ce n’est pas pleurni-

cher d’un côté et demander des
aides et ne pas s’engager de
l’autre. » M. Berger, qui souhaite
que les syndicats soient associés à
des négociations, a réclamé des
contreparties, « d’abord en direction des salariés sur la qualité des
emplois proposés, la baisse de la
précarité, sur l’embauche des jeunes, le type de contrat » ainsi que
sur les salaires et l’investissement.
L’Unsa juge, de son côté, qu’un
« pacte équilibré pour l’emploi »
nécessite des « contreparties indispensables pour les salariés et les
moyens de les faire respecter. »
Dans L’Humanité du 6 janvier,
Mohammed Oussedik, secrétaire
de la CGT, a réclamé le droit pour le
comité d’entreprise de suspendre
les aides aux entreprises « quand
elles sont mal utilisées. »
Très critique, Jean-Claude
Mailly, le secrétaire général de FO,
ne cache pas son inquiétude. « Ce
sont des annonces dangereuses,
déclare-t-il au Monde. Je ne sais pas
s’il s’agit d’un socialisme de l’offre
mais il y a une accentuation d’une
politique économique de l’offre
avec l’objectif d’une baisse des
impôts.» « Je ne vois pas comment,
ajoute M. Mailly, en allégeant les
cotisations patronales, M. Gattaz
[le président du Medef] va avoir
une quelconque autorité pour dire
aux entreprises d’embaucher.» p
Michel Noblecourt

Les rares voix qui se sont exprimées à droite tentent une synthèse
entrecesdeuxpositions,enmettant
en garde sur l’application concrète
des mesures annoncées. «François
Hollande doit préciser en détail ce
qu’il veut faire. Pour l’instant, son

pacte n’est qu’une formule de communication », estime Eric Woerth.
PourlesarkozysteFrédéricLefebvre,
l’UMPdoitsaisirl’occasiondeseprésenter comme une force d’alternance responsable et constructive: «Ce
changement de politique acté par le

président de la République, il faut
que l’opposition l’accompagne plutôtquedecritiquerenpermanence.»
« Si François Hollande passe aux
actes, évidemment que je le soutiendrai», a assuré Jean-Pierre Raffarin,
mardi, sur Europe 1. « On ne va pas
jouer l’opposition stérile alors que
cela fait un an et demi que l’on
attend un tournant plus favorable
aux entreprises », convient l’exministre du budget, Valérie Pécresse. Mais, comme d’autres élus UMP,
elle craint que les promesses de
réformes du président s’apparententàdesvœuxpieux.«Onadesraisons de douter de sa sincérité, car il a
trop changé de piedet multiplié les
habiletés», se désole-t-elle, appelant
à son tour François Hollande à «traduire ses paroles en actes». p
Alexandre Lemarié