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2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

UNIVERSITÉ DE TOULOUSE II – LE MIRAIL

CENTRE D’ÉTUDES DU TOURISME, DE
L’HÔTELLERIE ET DES INDUSTRIES DE
L’ALIMENTATION

MASTER MANAGEMENT DES INDUSTRIES DU TOURISME
ET DE L’HOTELLERIE
Parcours « Industries du Tourisme »

MEMOIRE DE PREMIÈRE ANNÉE

Jeunes en voyage : les
nouvelles pratiques
alternatives
Présenté par :

Perrine ROINÉ

Année universitaire : 2010 - 2011

Sous la direction de : Jacinthe Bessière
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2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

1

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

MASTER MANAGEMENT DES INDUSTRIES DU TOURISME ET DE L’HOTELLERIE
Parcours « Industries du Tourisme »

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques
alternatives

Présenté par :

Perrine ROINÉ

Année universitaire : 2010 - 2011

Sous la direction de : Jacinthe Bessière

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2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Mes remerciements vont à :

Jacinthe Bessière, mon maître de mémoire, pour toute son aide et ses conseils,
ainsi que sa disponibilité.
Toutes les personnes qui, en partageant leurs expériences de voyages, ont enrichi
ce travail de recherche.
Ma famille et mes amis, pour leur soutien.
Ma mère, pour son aide et son écoute.

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

« Et il n’est rien de plus beau que l’instant qui
précède le voyage, l’instant où l’horizon de
demain vient nous rendre visite et nous dire
ses promesses ».
Milan Kundera

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Sommaire

Sommaire ............................................................................................................................................... 3
Introduction générale ..................................................................................................................... 5

Partie 1 : le tourisme des jeunes, définition et évolution ......................................................... 7
Chapitre 1 : Les jeunes générations de la fin du 20e siècle, un renouveau particulier
................................................................................................................................................................ 8
1. Qu’est-ce que la jeunesse ?.....................................................................................................................8
2. De la fin de Seconde Guerre mondiale à nos jours : des évolutions sociales ont favorisé le
tourisme des jeunes................................................................................................................................ 11

Chapitre 2 : Les jeunes touristes, cadrage de la demande et de l’offre ....................... 15
1. Les jeunes touristes : un marché d’avenir .......................................................................................... 15
2. Une demande freinée par des contraintes et dictée par certaines obligations............................ 21

Chapitre 3 : L’autre tourisme, celui du respect des hommes et de la nature ............ 24
1. La consommation alternative : une vision de la société qui propose un autre développement
économique ............................................................................................................................................. 24
2. La pluralité du tourisme alternatif........................................................................................................... 27
3. Les jeunes se reconnaissent dans les valeurs du tourisme alternatif............................................ 31

Transition.......................................................................................................................................... 33

Partie 2 : Les jeunes, vecteurs de nouvelles formes de tourisme ..................................... 35
Chapitre 1 : Le voyage.................................................................................................................. 36
1. Des produits touristiques alternatifs non adaptés aux jeunes......................................................... 36
2. Le backpacking : l’itinérance du 21e siècle.......................................................................................... 39
3. Backpackers et populations locales : des relations spécifiques ..................................................... 43

Chapitre 2 : Quand le voyage devient utile............................................................................ 46
1. Le voyage : un projet étudiant............................................................................................................... 46
2. Le voyage : une action bénévole au service des autres.................................................................. 50
3. Une mondialisation non rejetée mais appréhendée différemment ............................................... 52
4. L’intégration à un milieu local grâce à une mission ........................................................................... 53
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2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Chapitre 3 : Internet est au centre des voyages .................................................................. 55
1. L’information sur Internet : officielle et officieuse ................................................................................. 56
2. La communication informelle occupe une place importante dans les sites web........................ 57

Transition.......................................................................................................................................... 63

Partie 3 : Couchsurfing, la nouvelle tendance de voyage des jeunes.............................. 65
Chapitre 1 : Couchsurfing, pour un monde meilleur, canapé après canapé ............ 66
1. Présentation d’un phénomène mondial récent................................................................................. 66
2. Un réseau critiqué car méconnu.......................................................................................................... 68
3. Le renouveau de l’hospitalité et de l’identité territoriale...................................................................... 71

Chapitre 2 : Le Couchsurfing, un concept occidental fédérateur à un niveau
international ..................................................................................................................................... 74
1. Un réseau avec des normes précises................................................................................................ 74
2. Un phénomène occidental qui s’est répandu grâce au bouche à oreille ..................................... 76
3. Comment est-ce appréhendé par l’offre touristique professionnelle ?.......................................... 77

Chapitre 3 : Couchsurfing, perspectives et limites............................................................. 79
1. Le nouveau tourisme durable des jeunes.......................................................................................... 79
2. Quels changements apporte ce type de tourisme ?........................................................................ 80
3. Quelles limites et quelles contraintes ?................................................................................................ 82

Conclusion générale .................................................................................................................... 84

Bibliographie........................................................................................................................................ 86

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Introduction générale
Les voyages ont toujours fait partie de ma vie de jeune fille occidentale.
Dès le plus jeune âge, la majeure partie de notre génération a la chance de partir
en vacances. Les souvenirs de départs, de séjours en famille, de colonies et, plus
tard, des premières vacances entre amis, ont rythmé la plupart de nos étés. Des
odeurs, des images, des sons, nous rappellent sans cesse les lieux découverts et
visités.
Mon envie de voyages et ma passion pour les langues étrangères m’ont
naturellement conduite à étudier le tourisme. Après avoir parcouru une grande
partie de la France dans mon enfance, je rêvais de voyages et d'expériences à
l’étranger. J’ai eu la chance de pouvoir partir deux fois durant plus de six mois,
dans deux pays européens différents, afin d’effectuer des stages.
Cela n’est pas fréquent dans un parcours étudiant, et l'était encore moins
pour les générations précédentes. En en parlant autour de moi, je me suis
aperçue que les nombreux voyages et projets que je faisais étaient nouveaux, pas
forcément à la portée de tous, et résultaient surtout des nombreux changements
intervenus à la fin du 20e siècle. Il n’y a pas si longtemps, seule une élite partait à
la mer sur la Côte d’Azur, ou allait en montagne skier à Chamonix. Si, aujourd’hui,
près de 60% des Français et 75% des jeunes français mineurs, partent chaque
année, c’est que des changements importants se sont produits, qui ont favorisé
les départs en voyage.
Devant l’importance des départs et la mobilité grandissante des jeunes, il
m’a semblé intéressant de mener un travail de recherche sur ce thème.
L’ouverture des frontières, grâce à la construction européenne, et la diversification
de l’offre destinée à cette clientèle, ont permis de développer de nouvelles
pratiques et de démocratiser l’accès aux loisirs. D’autre part, depuis quelques
années, de nouvelles formes de tourisme sont apparues. Elles proposent une
vision différente et moins consumériste du voyage. Elles m’ont particulièrement
intéressée car elles sont en plein développement et proposent une nouvelle
économie. En tant que jeune, je ne pouvais passer outre ces nouveautés aussi
importantes.
5

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Aussi me suis-je penchée sur le sujet, en mettant en relation ces nouvelles
pratiques avec le tourisme alternatif.
En effectuant mes recherches, j'ai constaté que peu d'études abordent le
tourisme des jeunes. J’ai fait des recherches dans des ouvrages spécialisés en
tourisme, des audits, des statistiques, des études de marché, des sites Internet,
des livres de voyages. Ces divers travaux m’ont amenée à définir le marché du
tourisme des jeunes. Par contre, les différentes formes de tourisme alternatif font
l'objet de nombreuses études. Ce thème-là est très souvent traité et analysé dans
des publications sur le tourisme, ainsi que sur Internet. Les informations sont donc
nombreuses et j’ai dû effectuer une sélection afin de définir ces formes de
tourisme. Ensuite, j'ai souhaité faire le rapprochement entre le tourisme des
jeunes et le tourisme alternatif.
Il m’est apparu que très peu de documents abordaient ce sujet. J’ai donc
mis en relation les pratiques touristiques de la jeunesse avec les valeurs portées
par le tourisme alternatif, à savoir, le respect et la rencontre avec les populations
locales, la protection de l’environnement, le départ vers des lieux peu connus et
différents, le voyage abordé comme un apport personnel et non comme un moyen
de se reposer ou de pratiquer une activité de loisir. Le rapprochement de ces deux
thèmes m’est alors apparu pertinent, dans le sens où ils sont « neufs » : les
jeunes sont de nouveaux consommateurs et le tourisme alternatif est une nouvelle
forme de consommation.
Dans une première partie, je vais aborder et analyser les différentes
pratiques des jeunes touristes. Je vais aussi définir le tourisme alternatif, en
présenter un historique, puis le mettre en rapport avec les valeurs portées par les
jeunes. Dans une deuxième partie, je vais étudier les différentes formes de
tourisme alternatif des jeunes. Enfin, dans une troisième partie, je vais présenter
et analyser une forme de tourisme alternatif et participatif : le « Couchsurfing ».

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Partie 1 : le tourisme des jeunes, définition et
évolution

« Nous n’héritons pas la terre de nos ancêtres,
nous l’empruntons à nos enfants. » Antoine de Saint-Exupéry

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Chapitre 1 : Les jeunes générations de la fin du
20e siècle, un renouveau particulier
Dans un premier temps, pour préciser la réflexion, je vais
jeunesse, en essayant de mettre en lumière ce qui la conduit

définir la

à pratiquer le

tourisme, et en étudiant la spécificité d’un jeune touriste.
Ensuite, je vais définir le tourisme alternatif, en proposant une comparaison
avec le tourisme de masse. L’approche historique permettra de retracer les
évolutions des idées et des différentes attitudes, par rapport à la consommation
touristique.
Enfin, je pourrai faire le rapprochement entre les jeunes, d'une part, et le
tourisme alternatif, d'autre part. Les deux démarches précédentes me permettront
d’expliquer les points communs entre ces deux notions.

1. Qu’est-ce que la jeunesse ?
La jeunesse a de tous temps été considérée comme une transition :
« période de l’être humain comprise entre l’enfance et l’âge mûr ».1 Chaque
culture et chaque société n’a pas la même vision des âges ni des étapes de
l’enfance à la vieillesse. Ainsi, être jeune en France à 25 ans, peut signifier être un
adulte mature dans un autre pays du monde. D’autre part la jeunesse n’a pas
toujours été considérée de la même manière. En Occident, aujourd’hui, c’est une
période de la vie qui s’est beaucoup allongée, au fur et à mesure des
changements économiques, sociaux et culturels qui ont eu lieu au 20e siècle : les
nouvelles générations finissent leurs études, se marient, et fondent une famille
plus tard qu’avant. Les jeunes prennent aussi plus de temps pour eux
(expériences, voyages, célibat), avant d’établir un projet de vie à long terme. En
outre, ils ont tendance à trouver un emploi stable plus tard que les jeunes
générations précédentes, à cause du chômage qui les touche beaucoup.2
En termes d’âge, la jeunesse se situe entre 5 et 30 ans. C’est très large et
1
2

http://www.universalis.fr/ consulté le 01 février 2011
Olivier GALLAND, L’allongement de la jeunesse en Europe, Edition Actes Sud, 2000
8

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

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pas forcément pertinent, car on ne peut pas comparer d’aussi grands écarts
d’âges. On va donc diviser en 3 tranches :


L’enfant a entre 5 et 12 ans.



L’adolescent a entre 13 et 17 ans.



Le jeune adulte a entre 18 et 30 ans.3

En Occident ce sont les évolutions physiologiques du corps de l’être
humain qui définissent ces diverses tranches d’âges jusqu’à l'âge adulte,
évolutions auxquelles s'ajoutent les changements d’établissements scolaires, les
droits et les devoirs acquis en grandissant. Voici une description des étapes de la
jeunesse en Occident.
a. L’enfance : les prémices d’une vie
L’enfance est « la première partie de la vie humaine qui va de la naissance
à la puberté ».4 Ce moment est marqué par un encadrement familial fort et par
l’école, qui vient séparer le jeune enfant de ses parents, pour enrichir ses
connaissances. Dans beaucoup de pays, le trio famille, école et religion forme le
corps encadrant de la vie de l’enfant. Toutefois, en France, la place de la religion
ayant reculé au siècle dernier, celle-ci n’est plus aussi influente qu'auparavant.
La préadolescence vient ensuite se glisser entre l’enfance et l’adolescence.
Elle concerne les 8-13 ans.
b. L’adolescence : le désir d’émancipation
L’adolescence commence à la puberté. C’est une transition entre l’enfance
et l’âge adulte. Elle est marquée par différentes étapes dans la vie en société : le
changement d’établissement scolaire, le choix d’une orientation vers des matières
que l’on privilégie, la découverte de la sexualité, les premiers petits boulots et la
tentative de prise d’autonomie. C’est très souvent une période de tension avec les
adultes car l’enfant grandit et cherche à se séparer petit à petit de ses parents
pour devenir adulte à son tour. Il reste cependant dépendant de sa famille.

3

Sandrine CHARTIER, La nouvelle pratique des jeunes français à l’étranger : les séjours
« vacances-travail », mémoire sous la direction de Driss BOUMEGGOUTI, 2010, page12
4
http://www.universalis.fr/ consulté le 12 février 2011
9

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

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c. Le jeune adulte : une transition de plus en plus longue vers l’âge
adulte
Les jeunes adultes entre 18 et 30 ans ont des styles de vie très différents,
selon les âges et les projets personnels. Il s’agit d’un groupe de plus en plus large,
en termes d'âge, et qui est composé d’individus ayant différentes origines,
activités et projets.
L’hétérogénéité de ce groupe a longtemps été ignorée par les adultes, alors
qu’elle fait partie de ses grandes composantes. Jamais un groupe social n’a été
aussi multiculturel : on estime qu’un tiers des jeunes français, aujourd’hui, a au
moins un de ses parents, ou grands-parents, d’origine étrangère.5
De même, les études s’étant démocratisées, les différentes couches
sociales se côtoient et se mélangent beaucoup plus qu’avant, au sein des
établissements scolaires et universitaires. En effet, de nos jours, plus de la moitié
d’une classe d’âge fait des études supérieures.
Le jeune adulte est ainsi une personne qui oscille entre deux mondes : la
jeunesse et l’âge adulte. C’est un moment de la vie incertain, après l’adolescence,
avant de fonder une famille et d’avoir un emploi stable.
d. L’adulescence : quand grandir fait peur6
Le terme « adulescent » a été inventé pour définir certains de ces jeunes
adultes. Ils se situent entre les adolescents et les adultes. Ce sont des personnes
psychologiquement autonomes et qui cherchent à s’insérer socialement. Ils sont
diplômés ou étudient encore. Ils souffrent d’un problème de maturité, par manque
de références ou de guides, de la part des adultes. Ils ont du mal à se séparer de
leurs parents, et ont besoin d’affection pour affronter la société des adultes qui
leur paraît dure et cruelle. Cela est favorisé par notre société qui prône la
jeunesse éternelle, en valorisant le fait de rester jeune et branché, ainsi que par
leur éducation très libre et permissive. La jeunesse n’est alors plus une période de
la vie, mais une valeur en soi. Ainsi, par manque de références, ces jeunes
cherchent l’expérience et la découverte, notamment par les voyages. Ils ont
5
6

GALLAND Olivier, 18-30 ans : les aventures de la mobilité, Revue Projet n°251, 1997, chapitre 1
ANATRELLA Tony, Les « adulescents », article de la revue « Sociétés », 2003, 11 pages
10

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besoin de se créer eux-mêmes un guide de valeurs qui les aiderait à devenir
adultes.
Pour ma part, j’ai choisi de porter ma réflexion sur les jeunes adultes. En
effet, les adolescents et les enfants font du tourisme en étant encadrés par des
adultes (voyages scolaires, colonies, séjours en famille), alors que les jeunes de
plus de 18 ans sont majeurs, et organisent leurs voyages selon leurs propres
références.

2. De la fin de Seconde Guerre mondiale à nos jours :
des évolutions sociales ont favorisé le tourisme des
jeunes
La fin de la Seconde Guerre mondiale marque un tournant dans l’histoire
des sociétés occidentales. Les Etats les plus influents décident de créer des
alliances et des organisations pour favoriser la paix dans le monde et les
échanges internationaux : l’Organisation des Nations unies est créée en 1945, et
la construction de l’Union européenne commence en 1957. Le capitalisme devient
le système économique universel, excepté pour les pays communistes, qui
l’adopteront cependant après 1989. Il favorise la concurrence, la liberté
d’entreprise et la propriété privée. On assiste alors à des changements importants.
a. Les acquis sociaux
Ces cinquante dernières années ont changé le style de vie des
Occidentaux, grâce à différents acquis sociaux. Les deux plus importants sont
l’émancipation des femmes et la considération des travailleurs au sein des
entreprises.
La diminution hebdomadaire du temps de travail et l'obtention des congés
payés (2 semaines annuelles en 1936, 3 semaines en 1956, 4 semaines en 1969,
5 semaines en 1982) contribuent au développement des temps de loisirs et des
vacances. Le développement de l’industrie touristique participe pleinement cette
dynamique, après la 2ème guerre mondiale.
Les femmes, de leur côté, acquièrent des droits et sont reconnues à part
11

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

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entière comme citoyennes. Elles entrent dans la vie active et deviennent
indépendantes. Les valeurs changent et le rapport homme/femme se présente
sous une autre forme. Les choix personnels priment, les libertés individuelles sont
accrues, les divorces sont plus nombreux et les familles changent de composition.
b. Les changements des valeurs et de l’éducation7
La pratique de la religion chrétienne recule et les valeurs changent. Les
jeunes générations sont ainsi de moins en moins bridées par une éducation
stricte, et sont plus libres. Les gens se comportent de manière plus individualiste,
et adhèrent à de nouvelles valeurs.
L’école, où justement la valorisation de l’individu est une valeur
prédominante, a pris une importance considérable dans la vie des jeunes. Les
études sont devenues accessibles à tous. Elles s’allongent et permettent une
élévation du niveau d’éducation des populations. En France, ce phénomène,
amorcé par la création du collège pour tous, dans les années 1960, se poursuit
par l'accession généralisé au lycée, dans les années 1980, et conduit, ainsi, plus
de la moitié d'une classe d'âge à faire des études supérieures. Voici quelques
statistiques montrant cette évolution dans la deuxième moitié du XXe siècle.
Les jeunes français entre 15 et 19 ans : évolution de leur statut de1975 à 1996

100%
80%

15-19 ans sans activité

60%

15-19 ans étudiants

40%
15-19 ans actifs (chômeurs
ou travailleurs)

20%
0%
1975

1980

1985

1990

1996

Figure 1

7

Le paragraphe et les deux graphiques : GALLAND Olivier, 18-30 ans les aventures de la mobilité,
Revue Projet n°251, chapitre 1, 1997
12

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Les jeunes français entre 20 et 24 ans : évolution de leur statut de 1975 à 1996
100%
20-24 ans sans activité

80%
60%

20-24 ans étudiants

40%
20-24 ans actifs (chômeurs
ou travailleurs)

20%
0%
1975

1980

1985

1990

1996

Figure 2
c. Les progrès technologiques
Les progrès technologiques ont changé les habitudes de vie. Ils ont permis
de communiquer et de se déplacer plus facilement. Les métiers et savoir-faire ont
évolué et les machines sont sans cesse plus performantes. Les moyens de
communication se sont multipliés : téléphone, fax, minitel, Internet. Les médias ont
pu se développer et s’adresser à tout le monde : la télévision et la radio sont
aujourd’hui dans tous les foyers, et Internet est accessible presque partout. Les
chaînes et canaux se sont multipliés grâce à la liberté d’informer et
d’entreprendre.
Les moyens de transport vont toujours plus loin et plus vite :
démocratisation de la voiture et de l’avion, invention du TGV.
Ces changements ont permis aux jeunes de s’instruire et de communiquer
plus facilement. Ils ont un accès à l’information qui n’existait pas auparavant.
d. Un meilleur niveau de vie pour les jeunes générations
Ces changements ont eu un impact sur les jeunes générations. Au début du
20e siècle, elles devaient reprendre le métier de leurs parents et assurer la
descendance. Aujourd'hui, elles forment un groupe d'individus, entre 15 ans et 30
ans, qui est en évolution constante, en changement perpétuel, dans une instabilité
à la fois psychologique et matérielle.

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2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

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Conclusion
Les jeunes forment aujourd’hui un groupe à qui tout le monde s’adresse :
les médias, les adultes, les politiques, les entreprises, les organismes publiques. Il
est composé de travailleurs, d’étudiants, d’apprentis, de chômeurs, de jeunes
parents, de jeunes célibataires. Les modes de vie sont très variés et toutes les
classes sociales sont mélangées dans chaque catégorie citée juste au-dessus. Le
grand point commun de tous ces jeunes est l’incertitude. Elle est accentuée par la
crise économique que nous connaissons actuellement et qui les touche
particulièrement.
Nous allons voir dans un deuxième chapitre comment les jeunes pratiquent
le tourisme, activité de loisirs qui s’est développée ces cinquante dernières
années.

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

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Chapitre 2 : Les jeunes touristes, cadrage de
la demande et de l’offre8
1. Les jeunes touristes : un marché d’avenir
Dans cette deuxième sous-partie je vais présenter le tourisme des jeunes et
mettre en évidences les pratiques.
« The Tour » fut le premier tourisme qu’ont pratiqué les jeunes. Au XVIIIe
siècle, les aristocrates partaient faire un tour d’Europe à la fin de leurs études,
pour approfondir et finaliser leur apprentissage. Ces voyages étaient purement
formateurs et font partie des premiers tours touristiques créés. Ils passaient par
les grandes capitales du vieux continent, comme Paris, Rome, Athènes ou
Vienne.
Le tourisme des jeunes, tel qu’on le connaît aujourd’hui, est né après la
Seconde Guerre mondiale, dans un objectif de paix et d’ouverture d’esprit. De nos
jours, de nouveaux éléments font du voyage un besoin fort pour les jeunes : la
mondialisation et notre modèle économique encouragent la mobilité, tant pour
apprendre que pour travailler ou partir en vacances. A cela s'ajoutent également
une recherche d’autonomie et de découverte.
Bien que l'évolution démographique montre une diminution de la part des
jeunes dans la population, la place de cette classe d’âge dans la société est
importante. Aussi le tourisme des jeunes est-il un marché important.
a. Une demande spécifique
Le tourisme des jeunes présente de grandes ressemblances avec le
tourisme des « plus âgés », en termes de lieux de vacances, mais pas forcément
en termes de pratiques.
Les jeunes touristes sont souvent des étudiants ou des jeunes travailleurs
8

Cahiers Espaces hors série n°77, Le tourisme des jeunes (16-25 ans), avril 2003, 174 pages
Cahiers Espaces n°117, Le tourisme des jeunes : un marché mondial en pleine expansion, 1992,
17 pages
LESPINASSE TARABA Corinne, ODIT France, Carnet de Route des 12-25 ans en autonomie de
séjours, 2007, 57 pages
15

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

entre 18 et 30 ans. Ils viennent, majoritairement, des classes moyennes des villes
et font, ou ont fait, presque tous, des études supérieures. Leur niveau d’éducation
est donc élevé. Ils sont nés avec la télévision et la démocratisation de l’ordinateur.
Internet n’a plus de secrets pour eux. C’est d’ailleurs leur premier outil
d’information, quand il s’agit d’élaborer un projet de voyage.
Bien souvent ils sont célibataires, ou, tout au moins ils n’ont pas de relation
établie avec un conjoint ni d’enfants. Ils sont libres et n’ont pas d’engagements.
Leurs choix sont alors plus spontanés et observent des contraintes différentes que
nous allons voir ensuite.
Ce sont les étudiants qui partent le plus en vacances : 76% d’entre eux.
Alors que les jeunes qui travaillent ne sont que 60%, et les inactifs ne sont, quant
à eux, que 48% à voyager.
Les moins de 20 ans auront plus tendance à partir en groupe avec leurs
amis, car « être avec » et « faire avec » se révèle plus important, à cet âge, que
« faire ceci » ou « découvrir cela ». Puis, plus âgés ils auront tendance à partir en
petits groupes, en couple ou seuls, car la forme des relations change et les projets
deviennent plus personnels. Le groupe va alors avoir moins d’importance.
En outre, il faut noter une particularité : les « eurokids » qui ont plus de 20
ans sont ceux pour qui la construction européenne a une grande valeur. Ils ont
voyagé en Europe, ont connu l’ouverture des frontières, ont participé à des
échanges intra-européens ou y ont été sensibilisés lors de leurs études : stage ou
semestres étudiés à l’étranger. Ils sont aussi ceux qui parlent le mieux les langues
étrangères.
Les jeunes sont ouverts d’esprit et pas découragés par la crise économique
et géopolitique qui sévit en ce moment. En effet, après les attentats du 11
septembre 2001, c’est la seule tranche d’âge dont la consommation touristique n’a
pas diminué, excepté chez les jeunes américains.
Il s’agit là d’un tourisme actif, dans lequel ils s’investissent afin d’avoir le
contrôle de leur loisirs. Les produits tout compris ne sont pas pour eux. Ils
souhaitent créer eux-mêmes leurs séjours, ou tout du moins, en organiser la
16

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

majeure partie. Les destinations sont moins lointaines que pour leurs aînés et se
trouvent pour la majeure partie dans des pays industrialisés. On dénote plusieurs
grandes tendances.
b. Les différents types de séjours des jeunes
Le tourisme balnéaire. C’est une reproduction du tourisme classique qui a
certainement déjà été vécu avec des adultes. Les activités nautiques en tout
genre sont très appréciées. On remarque que la mer et la fête ne sont que
rarement dissociées, dans ce type de séjour. La baignade n’est pas le seul atout
du littoral : les différentes activités pratiquées font partie du choix de la destination.
Les sports de surf ou les lieux festifs sont privilégiés.
Le tourisme culturel. Il s’agit des visites de villes, des courts séjours, des
découvertes de sites touristiques, de monuments, de musées. Le patrimoine,
matériel ou immatériel, est un attrait pour les jeunes. Là aussi, l’organisation est
assez spécifique : pas d’achat de package, ni de visites guidées. La découverte se
fait par soi même et la vie nocturne a son importance.
Le tourisme sportif. On le retrouve dans les différents séjours présentés
précédemment ou par la suite : la mer, la montagne, la campagne. Le sport est
une composante importante du tourisme des jeunes. Il se décline en sports de
compétition, en activités extrêmes, en sports de découverte, ou encore sous forme
de passion.
Le tourisme routard ou d’aventure. On l’appelle plutôt le « backpacking »
pour les nouvelles générations. C’est une forme de voyage itinérant, hors des
sentiers battus.
Le tourisme festif et évènementiel. C’est une autre particularité de la
consommation touristique des jeunes. Que ce soit des festivals (évènements
culturels), des compétitions sportives, des fêtes traditionnelles (les Fallas en
Espagne, la Saint Patrick en Irlande, l’Oktoberfest en Allemagne), c’est le fait de
découvrir, de faire des rencontres, de partager ses passions et de s’amuser qui
sont les moteurs de ces séjours. On remarque que les jeunes sont capables de se
fédérer et de se regrouper comme peu d’autres groupes sociaux ou classes d’âge.
Les exemples sont nombreux : la Love Parade à Berlin, les apéros géants
17

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Facebook, les festivals.
Le tourisme vert. Il s’agit des activités de nature et de plein air :
l’expérimentation de nouvelles activités ou la pratique de passions spécifiques.
Le tourisme de montagne. Etonnamment, il est beaucoup pratiqué en
hiver, alors qu'il est plus onéreux à cause des équipements. Cela est favorisé par
la mode des sports de glisse, et encouragé par des habitudes familiales de
vacances aux sports d'hiver.
Le bénévolat. Les ONG, ou d'autres associations, proposent des projets
internationaux ou des chantiers dans lesquels les jeunes peuvent s’investir. Le
Service volontaire européen et le Service civil international sont de grands
organismes porteurs de ce type de projets.
Les séjours linguistiques. Les jeunes sont obligés de parler au moins une
langue étrangère, pour s’insérer dans le monde du travail aujourd’hui. Depuis une
vingtaine d'années, des programmes d’échanges sont mis en place en Europe
(Erasmus), pour faciliter les études à l’étranger. De plus en plus de jeunes
étudiants en bénéficient.
Les expériences professionnelles à l’étranger. Les stages, les visas
travail-vacances, les jobs d’été ou les séjours au pair sont recherchés par les
jeunes pour enrichir leur CV et pouvoir maîtriser une deuxième langue.
La diversité de la consommation touristique des jeunes ne permet pas
d’établir une typologie. Aussi n'y-a-t-il pas de produit spécifique pour les jeunes
mais, plutôt, un large panel de styles de voyages. Cela est d'autant plus vrai que
les jeunes mixent tout : ils peuvent décider de partir un été, en Irlande, pour
perfectionner leur anglais, puis d’aller à Berlin pour l’Ocktoberfest et, ensuite, de
partir une semaine à la montagne en hiver. Le seul grand point commun à tous
ces séjours est qu’ils n’ont pas pour but de se reposer ; au contraire, ils sont actifs
et favorisent la découverte ainsi que l’ouverture aux autres.
c. Une demande bien captée par le secteur associatif mais qui a
longtemps été délaissée par le secteur public
Les

structures

touristiques

pour

jeunes

sont

majoritairement

des
18

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

associations : les auberges de jeunesse, les centres de vacances, les
associations pour le bénévolat et les chantiers (le Service civil international
français). Ils proposent des tarifs très intéressants pour un confort simple, mais
adapté au public reçu. L’offre associative est très organisée : la Fédération unie
des auberges de jeunesse en France est un bon exemple. Des normes ont été
créées pour offrir une garantie de qualité. En outre, elle est adhérente à la
fédération internationale des auberges de jeunesse. Ce réseau permet un
développement international et une meilleure visibilité pour la communication et la
réservation.
Les autres acteurs privés sont des entreprises de séjours linguistiques, les
agences de placements en stage et quelques agences de voyage qui se
spécialisent sur la demande de type visas Vacances-Travail. Ils se concentrent
surtout sur un certain encadrement : cours, visas, conseils de voyage. Très peu de
tour-opérateurs, ou d’agences de voyage, proposent des produits pour jeunes, car
la demande n’est pas classique. Ils ont donc quelques difficultés à évaluer les
besoins de cette clientèle.
D’autre part, les jeunes souffrent d’une image négative : nuisances, nonrespect des règles, risques de dégâts matériels, manque d'argent voire
insolvabilité. Ces images, quelquefois amplifiées par les médias, sont souvent
inexactes, mais les clichés ont la vie dure. C'est pourquoi il ne paraît pas toujours
utile, aux professionnels, de mettre en place un plan marketing, s’il n’y a pas
assez de retombées économiques.
Les chiffres montrent, néanmoins, que les jeunes restent plus longtemps
dans les pays visités que les autres touristes. Par exemple, en Australie, leurs
séjours durent en moyenne 65 jours, alors que ceux de leurs aînés durent 39
jours. Cette durée, plus longue, comble la différence de dépense, car, même s’ils
consomment moins chaque jour, ils restent plus longtemps sur place.
Dernièrement, les Etats et l’Union Européenne (UE) ont favorisé les départs
des jeunes touristes. Il y a eu une prise de conscience importante : l’aide au
départ permet de forger les touristes de demain. Les jeunes qui partent par euxmêmes, le font parce qu'ils ont eu la chance de le faire avant, avec leurs parents
19

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

ou avec des organismes de jeunesse. S’ils sont aidés et incités à partir à cette
période de leur vie, ils pourront poursuivre, à l'âge adulte, cette dynamique. C’est
un apprentissage du voyage. Les pouvoirs publics (Europe, Etats, Régions) ont
donc compris, aujourd'hui, que le tourisme des jeunes est un enjeu majeur pour
l’industrie touristique de demain. Des bourses ont été mises en place pour des
stages et/ou des études à l’étranger telles qu’Erasmus, et des aides ont été
attribuées pour les projets de voyages des jeunes.
d. La FIYTO (Federation of International Youth Travel Organisation) :
une organisation mondiale en faveur du tourisme des jeunes
La Fédération internationale des organisations de voyages des jeunes vise
à favoriser, grâce au voyage, la compréhension internationale et l’ouverture aux
autres cultures. Elle a été créée en 1950, après la Seconde Guerre mondiale,
avec pour but de maintenir la paix dans le monde. Il s’agissait de favoriser les
rencontres entre les jeunes originaires de différents pays, notamment de ceux qui
avaient été ennemis au cours des guerres précédentes. Ainsi, de nombreux
échanges ont été mis en place entre la France et l'Allemagne. Aujourd’hui, les
circonstances ont évolué, et les membres de la FIYTO appartiennent
principalement au voyage éducatif : cours de langues, séjours linguistiques,
séjours au pair. La FIYTO a, maintenant, pour objectif, de favoriser le tourisme
international des jeunes et de développer de nouveaux marchés. Son programme
de développement du tourisme des jeunes est mené en collaboration avec l’OMT
(Organisation mondiale du travail). Il vise à mettre en valeur l’importance du
tourisme des jeunes avec un argument économique : les jeunes participent à
l’économie internationale, mais aussi un argument idéologique : les jeunes
présentent des qualités particulières telles que l’ouverture d’esprit, la tolérance,
leur grande capacité à communiquer, leurs expériences sur les territoires visités.
D’autre part, la FIYTO joue un rôle important en ce qui concerne la
professionnalisation du tourisme des jeunes : elle crée des chartes de qualité et
des codes de conduite visant à réglementer les relations entre ses membres, et
elle mène des études sur les nouvelles tendances de consommation. Elle
contribue, ainsi, à améliorer la réputation du tourisme des jeunes.
Les jeunes sont demandeurs de voyages. Cette demande augmente, car
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2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

les coûts des moyens de transports ou des hébergements se réduisent et
s’adaptent à leurs besoins. Ils ont des envies bien spécifiques : séjours actifs,
sportifs, évènements, rencontres et découvertes de différentes cultures. Ils sont de
plus en plus encouragés par les pouvoirs publics dans leurs démarches de
voyage.

2. Une demande freinée par des contraintes et dictée
par certaines obligations
Les jeunes touristes ne consomment pas tout à fait de la même manière
que leurs aînés. En effet, ils ne peuvent pas toujours s'offrir les mêmes produits,
ou ont des besoins différents, même s'ils n'ont pas d’obligations familiales ou de
calendrier.
a. Des moyens financiers limités
L’argent est le premier frein au départ en vacances. Cela est vrai dans
toutes les couches de la société, et, particulièrement, pour les jeunes adultes,
d’autant qu’ils sont souvent en difficulté financière, lorsqu’ils atteignent leur
majorité. En effet, les études s’allongent et deviennent coûteuses, tandis que
d'autres frais apparaissent : logement, permis de conduire. Ils restent ainsi
longtemps dépendants de leurs parents, même s'ils consacrent une partie de leur
temps libre à de petits jobs.
Ensuite, en entrant dans la vie active, un nouveau problème se pose : le
chômage. Gagner sa vie est difficile pour un jeune diplômé, et, en cas de crise
économique, les jeunes sont les plus touchés par le chômage. Cela se remarque
dans leurs voyages : alors que les trois quarts des jeunes mineurs partent en
vacances, seulement 60% des jeunes majeurs, entre 20 et 24 ans, partent. Ceux
qui ne partent pas sont majoritairement chômeurs. D’autre part, on remarque que
le premier budget sacrifié, en cas de soucis financiers, est celui des vacances.
Cette forte limitation financière influe sur le comportement des jeunes : ils
cherchent à consommer des produits ou des services peu onéreux. Aussi sont-ils
très réceptifs à des offres comme celles des compagnies aériennes à bas coûts,
21

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

par exemple. Ils sont également adeptes de propositions non marchandes,
comme, par exemple : aller se loger gratuitement dans le chalet d’un proche pour
skier une semaine. D'ailleurs, le logement non marchand arrive en tête des
hébergements choisis pour les vacances, juste devant les hôtels et auberges de
jeunesse.
b. Le besoin d’acquérir une expérience professionnelle
Les jeunes sont les plus touchés par le chômage à cause de leur manque
d’expérience et de leur « non-reconnaissance » professionnelle. La course aux
diplômes

de

ces

dernières

décennies

a

engendré

un

besoin

de

professionnalisation des jeunes, s'ajoutant à leurs parcours scolaires et
universitaires.
Aussi cherchent-ils à acquérir des expériences professionnelles, durant les
périodes estivales, comme saisonniers, stagiaires ou bénévoles. Ils partent
souvent un ou deux mois dans une entreprise, ou un organisme, sur le territoire
national, ou à l’étranger, pour pouvoir enrichir leur CV et trouver plus facilement un
emploi, par la suite.
c. Le besoin de maîtriser des langues étrangères
Dans un monde de plus en plus globalisé où les marchés n'ont plus de
frontières, parler plusieurs langues pour travailler devient indispensable. Les
voyages « utiles » se développent : stages et jobs à l'étranger sont de nouveaux
modes de voyage.
En 2002, une association internationale s'est créée : Global Work
Experience Association (GWEA) pour fédérer des associations dans différents
pays, favoriser les départs des jeunes et les opportunités professionnelles.
En Europe, par exemple, on remarque que le flux touristique des jeunes est
opposé aux principaux flux touristiques intra-européens. Alors que ces derniers se
dirigent vers l'Europe méditerranéenne, les premiers, eux, montent vers les pays
anglo-saxons et les grandes capitales européennes. Cela est provoqué par la
nécessité de parler anglais, français, allemand. C'est également dans ces pays du
nord de l'Europe, que se trouvent les villes les plus développées, donc les plus
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2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

attirantes, pour les stages et les échanges universitaires. Seule exception :
l'Espagne. Destination très prisée, elle attire pour sa culture, ses fêtes, sa langue,
son climat et ses villes. Elle est d’ailleurs la première destination des jeunes
français, juste avant la Grande Bretagne.

Conclusion
Les jeunes sont des touristes particuliers qui représentent environ un quart
de la demande touristique. Ils ne sont pas à ignorer, car ils sont les
consommateurs de demain. Satisfaire un jeune touriste revient à satisfaire un futur
client, pour les cinquante ans à venir. Les professionnels du tourisme, qui
proposent des produits aux jeunes, l’ont bien compris : ils s’adaptent rapidement
aux nouvelles tendances que sont le besoin de qualité, de mobilité, d’information,
de rencontres, de découvertes et d’enrichissement personnel.

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2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Chapitre 3 : L’autre tourisme, celui du respect
des hommes et de la nature9
Dans ce troisième chapitre, je vais introduire le tourisme alternatif, en
définissant, dans un premier temps, la société de consommation, puis, en étudiant
les nouvelles propositions de consommations, qui se veulent différentes et
éthiques.

1. La consommation alternative : une vision de la
société qui propose un autre développement
économique
a. La société de consommation : l’avoir est le maître mot
La société de consommation, dans laquelle nous vivons, est fondée sur un
système économique qui incite à consommer, en créant sans cesse des besoins
nouveaux.10 Consommer est le fait d'utiliser un bien, la plupart du temps obtenu
par l’achat, qui sera ensuite inutilisable, ou détruit. Notre société de consommation
est dite de « masse », car elle incite des millions d’individus à acheter les mêmes
biens, grâce à leur pouvoir d’achat provenant de leur salaire. Ils consomment, tout
d’abord, des biens nécessaires à leur survie : alimentation, habillement, logement.
Mais ils consomment, aussi, des biens moins « utiles », dont les produits
touristiques qui, en général, arrivent dans un deuxième temps, après la
satisfaction des besoins immédiats.
Les modes de consommation sont étroitement liés à notre style de vie, à
notre classe sociale et à notre lieu de vie. Chaque couche de la société a ses
modes, ses tendances, ses points communs, ses besoins ou ses désirs. Bien
souvent, les nouvelles tendances sont initiées par les classes les plus favorisées,

9

SEGUIN Gérard et ROUZET Emmanuelle, Le marketing du tourisme durable, Introduction de
l’ouvrage, Dunod, 2010, 197 pages
PELISLE Marie-Andrée et COLIN Louis, Un autre tourisme est-il possible ?, collection Tourisme,
2007, 144 pages
HERPIN Nicolas, Sociologie de la consommation, La Découverte, Collection Repères, 2004, 121
pages
10
er
http://www.universalis.fr/ consulté le 1 février 2011
24

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

ou certaines élites, puis gagnent peu à peu l'ensemble de la société.
En France, l'accès aux vacances pour tous les salariés, favorisé par les
premiers congés payés, en 1936, et largement amplifié durant les années
suivantes, va faire du tourisme un produit de consommation de masse. Les foules
commencent alors à se diriger, chaque été, vers la mer, et ce mouvement
continue encore de nos jours. On parle donc de tourisme de masse, toujours
associé au tourisme balnéaire. Dans les années 1950 et 1960, des organismes
(associations, comités d'entreprises,..) et des communes mettent en place des
équipements, pour permettre à la majeure partie des classes sociales d’accéder
au tourisme. Ce type de tourisme exige une concentration spatio-temporelle forte
et difficile à gérer : les vacances pour tous, à la même période (juillet et août),
créent de véritables transhumances, notamment vers la côte méditerranéenne,
espace très attractif grâce à ses infrastructures et ses plages ensoleillées.
On ne s’aperçoit pas, alors, des problèmes que de tels déplacements en
masse peuvent engendrer, sur place : la capacité d'hébergement, la pollution, les
déchets, la destruction de zones naturelles, la mise à l’écart des habitants et la
gestion des ressources.
b. La consommation alternative : l’être est plus important que l’avoir
La consommation alternative est une notion apparue récemment, pour
tenter de gérer les conséquences négatives de la société de consommation de
masse. Il s’agit de penser une autre économie et une autre manière de
consommer. Cette « autre » économie propose de reléguer, au second plan,
l’objectif principal, qui est l’accroissement des profits. L’homme et son
environnement sont alors placés au centre du système. Il en découle une éthique,
proche d’une morale, qui donne une ligne directrice à un projet, autre que la seule
rentabilité.
Parallèlement, est apparue une prise de conscience de l’importance de
l’environnement naturel. Des mouvements écologistes et pro-environnementaux
se forment pour s’élever contre la déforestation, la pollution des eaux, de l'air et
des écosystèmes. Ils proposent une protection de la nature encadrée et un
développement économique plus respectueux.
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2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Le tourisme alternatif s'intègre dans ce courant, en proposant une forme de
tourisme proche des réalités sociales, politiques, locales et environnementales.
On instaure alors de nouvelles relations entre visiteurs et visités.
« Dans les faits le tourisme alternatif désigne surtout le choix du voyageur de
s’éloigner du tourisme traditionnel de masse où se retrouvent des hordes
concentrées de visiteurs, tant dans les sites d’hébergement qu’autour des attraits
majeurs. »11
Le touriste souhaite donc consommer des lieux et des espaces préservés,
découvrir les cultures locales, entrer en contact avec les habitants sans avoir
forcément une relation payeur-payé, où l’argent dicte les comportements. Dans
ces conditions, l’authenticité fait la valeur du voyage.
c. Les dates clés de la prise de conscience d’un besoin de changement
Le développement alternatif naît après la Seconde Guerre mondiale, avec
un intérêt pour la protection de la nature et des hommes. Voici quelques dates
clés qui ont lancé, défini et encouragé ce mouvement :
1951 : le premier rapport sur l’environnement est écrit et publié par l’Union
Internationale de la Conservation de la Nature.
1987 : naissance du concept de développement durable, dans un rapport
de la Commission Mondiale de l’Environnement et du Développement.
1992 : la conférence de l’ONU sur l’environnement et le développement, ou
le « Sommet Planète Terre », se déroule à Rio de Janeiro,(Brésil). La notion de
développement durable prend alors une dimension internationale. « Agenda 21 »
est créé : il s’agit d’un plan d’action pour le développement durable au XXI e siècle.
Les grandes thématiques abordées sont : la pauvreté, la santé, la pollution de l’air,
le logement, la gestion des milieux naturels, des ressources et des déchets.
1997 : conférence de Kyoto (Japon). Le thème abordé est le réchauffement
climatique. Le protocole signé à l’issue de cette conférence a pour but d’engager
les Etats à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

11

PELISLE Marie-Andrée et COLIN Louis, Un autre tourisme est-il possible ?, 2007, page 41
26

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

1999 : l’OMT lance le Code Mondial d’Ethique et du Tourisme. Le but est
de proposer un développement touristique dans de meilleures conditions et qui
puisse être bénéfique à tous, avec moins d’effets négatifs.
2000 : le sommet du Millénaire de l’ONU à Montréal propose un
développement multidimensionnel. Huit axes sont définis dont :


diviser par deux l’incidence de l’extrême pauvreté et de la faim



promouvoir l’égalité entre les sexes et combattre les maladies



mettre en place un développement durable



créer un partenariat mondial pour le développement

2009 : le sommet de Copenhague (Danemark), a pour thématique le
changement climatique. Il fait suite au protocole de Kyoto pour la protection de
l’air.

2. La pluralité du tourisme alternatif
a. Les piliers du tourisme alternatif : l’éthique et le développement
durable
Le tourisme alternatif repose sur deux piliers fondateurs : une éthique de
bonne conduite et le développement durable.
L’éthique est ce qui apporte au tourisme un objectif autre que la seule
rentabilité. Elle se définit en quatre points :


La bonne conduite de l’activité découverte qu’est le tourisme



La bonne conduite du touriste hors de son environnement habituel



La bonne conduite de la relation entre l’entreprise touristique et les
fournisseurs, employés, clients, sous-traitants et investisseurs



La bonne conduite de l’entreprise en tant que personne morale
Le développement durable prend en compte trois pôles : le développement

social, le développement économique, la protection de l'environnement.
C’est essentiellement sur ces bases que différents types de tourisme
alternatifs se sont développés, en favorisant, suivant les cas, un ou deux de ces
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2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

trois pôles, avec des propositions les rejoignant.
Les multiples objectifs du développement durable
Objectif
social
Vivable

Équitable Développement durable

Objectif
environne
mental

Objectif
économiq
ue
Viable

Figure 3

On remarque que l’activité économique, en l’occurrence le tourisme, doit
être vivable, équitable et viable. Il faut protéger l’environnement et permettre aux
générations futures de subsister. Les projets sont créés sur le long terme. Tout
s’imbrique pour pouvoir présenter une durabilité de l’activité.
b. Les différents tourismes alternatifs
Voici les définitions d’une sélection, non exhaustive, des principaux types
de tourisme alternatifs recensés :
Le tourisme responsable. Le voyageur et l’entreprise touristique sont
responsables des conséquences de leurs actes. Chacun prend sa responsabilité
vis-à-vis des retombées et des conséquences du voyage. Cette forme de tourisme
vient surtout d’une prise de conscience, par les professionnels émetteurs, des
perturbations ou nuisances que peut causer l’activité touristique.
Le tourisme solidaire. Il s’agit de proposer un développement local par le
lien solidaire entre les populations locales et le touriste. Ils participent, ensemble,
à la construction de l'avenir économique d'un territoire. Ils sont liés par des intérêts
communs. La relation visiteur-visité est importante, ainsi que l’unité au sein même
du territoire.
Le tourisme équitable. C’est le fait de pratiquer un tourisme juste,
afin que chacun soit gagnant financièrement. Le visiteur paie un prix établi par
28

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

l’entreprise, selon un calcul lui permettant de faire des bénéfices, tout en assurant
des revenus décents aux populations visitées. Ce tourisme se réfère à l'éthique du
commerce équitable.
L’écotourisme. C’est une gamme d’offre particulière. L’objectif est
de proposer un tourisme axé sur la nature et la protection de l’environnement.. Ce
tourisme a des retombées limitées sur l’environnement. Il y a souvent un dilemme
entre protéger et développer. Aussi les limites sont-elles difficiles à définir, car il
n’est pas facile de développer le tourisme dans un territoire que l’on doit protéger.
Le tourisme intégré. Il s’agit d’intégrer les touristes à la vie locale
du lieu visité. Ils peuvent ainsi se rendre compte des impacts de leur venue, et la
compréhension interculturelle est facilitée.
L’agritourisme. C’est une forme de tourisme liée à l’activité agricole.
Les entrepreneurs agricoles décident d’accueillir des touristes. Il y a donc une
découverte réciproque, humaine et économique : vente de produits de la ferme et
découverte d’un mode de vie.
Les voyages de coopération internationale. Ce sont des
déplacements effectués dans le cadre d’ONG, qui proposent aux pays du sud, des
savoir-faire venant d’Occident. Ce sont des chantiers ou des actions humanitaires.
Ces actions favorisent un échange interculturel de compétences et peuvent
améliorer les conditions de vie dans les pays en voie de développement.
Tous ces types de tourisme mettent en place une éthique qui
cherche à responsabiliser l’individu. Ils se centrent sur un ou plusieurs de ces
points : l’homme, l’environnement, un développement économique local et
équitable sur le long terme. Ils reprennent donc le tourisme durable et le
transforment à leur manière, selon le contexte.
c. L’exemple d’un réseau de qualité : ATR (Agir pour un Tourisme
Responsable)12
ATR est un exemple, parmi les nombreux réseaux créés depuis quelques

12

LESERVOISIER Christophe, Agir pour un tourisme responsable : l’ambition d’ATR, article dans
les Cahiers Espaces n°220, novembre 2004, pages 25 à 27
29

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

années pour un tourisme alternatif, respectueux de l’environnement et des
populations locales. J’ai choisi de présenter ce réseau, car il a acquis une grande
réputation auprès des consommateurs, et il est reconnu dans le domaine du
tourisme solidaire et responsable.
Son histoire commence en 1997, quand le voyagiste Atalante, spécialisé
dans les voyages à thèmes et la randonnée, crée sa propre charte, en partenariat
avec le guide "Lonely Planet", et les revues "Trek magazine" et "Grands
reportages". En 2001 "Trek magazine" prend l’initiative de mettre en place « le
code de conduite du voyagiste ». En 2004, le réseau ATR est créé par Atalante et
des voyagistes issus du milieu de la montagne. Leur objectif est « d’agir par tous
les moyens légaux pour la mise en œuvre et la promotion d’un tourisme
responsable et en particulier pour que les équilibres sociaux, culturels et
environnementaux dans les pays d’accueil soient respectés ». Ce réseau est
ouvert aux professionnels ayant la même philosophie et la même éthique. Les
grands points de la charte sont :


L’implication et le respect des populations locales



La minimisation de l’impact de l’activité sur l’environnement



La préservation du patrimoine



Le respect de la clientèle



L’application à sa propre structure de ce qu’ATR préconise à ses
partenaires

Le but est de faire prendre conscience aux membres du réseau de leur
influence et de leur impact, sur les destinations touristiques présentées dans leurs
brochures. Un cahier des charges strict est élaboré, respectant certaines valeurs
et certains critères, vérifiables sur le terrain.
De nombreux professionnels mettent ainsi en place des chartes ou des
labels. Un problème se pose cependant : les tour-opérateurs se voient, en effet,
reprocher de faire du marketing sur ce thème, pour attirer de nouveaux clients,
alors qu’ils n’ont aucun véritable engagement éthique.
En outre, selon le forum international du Tourisme Solidaire et
Développement Durable, qui s’est déroulé à Marseille en 2003, développer le
30

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

tourisme durable dans les pays du sud est une nécessité, car le besoin de durer
économiquement, et de manière équilibrée, correspond à un enjeu local très
affirmé. Ainsi, le développement durable du tourisme mondial serait une garantie
de succès et de pérennité, et le comportement éthique des entreprises pourrait
permettre une responsabilisation de l'économie capitaliste.

3. Les jeunes se reconnaissent dans les valeurs du
tourisme alternatif
Le tourisme, chez les jeunes adultes aujourd'hui, est un besoin fort, car il
stimule leur curiosité, à un moment de leur vie où l’apprentissage est important. Il
leur permet aussi d’accéder à une certaine indépendance, à une époque où ils
restent encore longtemps chez leurs parents (allongement de la scolarité,
périodes de chômage).
a. Une ouverture d’esprit qui permet une meilleure compréhension
internationale13
La curiosité et l’ouverture d’esprit, favorisées par l’amélioration du niveau
d’éducation dans les pays occidentaux, sont des éléments déclencheurs des
déplacements des jeunes. Il y a là une quête d’expérience, qui permet de donner
des réponses nouvelles aux questions qu’ils se posent, de remettre en cause les
éléments connus, et, surtout, les préjugés. Les jeunes se construisent par euxmêmes, en voyageant. Cela correspond au tourisme alternatif qui, par certains
aspects, a pour but d’éduquer le consommateur, et requiert une grande ouverture
d’esprit.
Leur éducation et leurs études encouragent ainsi les jeunes à aller vers des
cultures différentes, des activités nouvelles et originales. C'est pourquoi le modèle
touristique imposé par les adultes (parents, professionnels, encadrants ou l’Etat),
ne leur plaît pas. La quête constante de nouveauté les fait sortir des cadres mis en
place. Cela correspond aux valeurs promues par le tourisme alternatif que nous
avons défini plus haut : aller ailleurs et rencontrer des populations locales.

13

Cahiers Espaces hors série n° 77, Le tourisme des jeunes (16-25 ans), 2003, page 11
31

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Ce faisant, ils apprennent aussi à être citoyens. On considère que cet
apprentissage de la citoyenneté est beaucoup plus important et significatif
qu’auparavant, grâce aux voyages et à l’implication des jeunes dans des projets
personnels ou associatifs.
b. Un tourisme neuf et d’avenir comme les jeunes
Aujourd'hui, de nombreuses formations universitaires abordent la question
du

développement

durable,

et

celles

consacrées

au

tourisme

y

sont

particulièrement attentives. Le tourisme alternatif s'inscrit, en effet, directement
dans l'optique d'un développement soutenable.
Cette notion de tourisme alternatif est neuve, et relativement récente. Elle
met en avant un nouveau développement économique et social et tend à se
professionnaliser. Si les générations précédentes sont moins bien informées, les
jeunes générations le sont plutôt mieux, grâce à leurs études et à leur adhésion à
ce nouveau mode de consommation.

Conclusion
Cette génération pourrait, ainsi, être porteuse d’une nouvelle économie,
d’autant qu’elle s’aperçoit des effets néfastes de l’industrialisation et de la
consommation de masse. Elle est, en effet, éduquée à l’écologie et à la protection
de l’environnement, même si cela ne s’en ressent pas dans sa consommation, par
manque de moyens financiers.

32

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Transition
Dans une première partie, nous avons vu que les changements sociaux du
e

20 siècle ont entraîné un bouleversement de la condition sociale des jeunes
générations. En effet, la jeunesse est devenue un groupe social à part entière en
Occident. Cette période s’est allongée grâce à la démocratisation des études
supérieures, à la libération des mœurs et des valeurs, mais aussi grâce aux
changements de mode de vie, dus à la consommation de masse et aux évolutions
technologiques.
Par ailleurs, les acquis sociaux ont été vecteurs du tourisme et des loisirs
ces cinquante dernières années. Ainsi, des millions d’individus se déplacent
chaque année lors de leurs temps libres. Le tourisme et les loisirs font maintenant
partie intégrante des modes de vie occidentaux. Presque démocratisée (60% de
des Français partent chaque année) cette activité concerne dorénavant toutes les
générations. Les jeunes, clientèle d’avenir, ont pour les trois quarts d’entre eux,
été éduqués au tourisme grâce à des pratiques familiales ou associatives. Ainsi,
cette clientèle, bien spécifique, est l’une des plus importantes pour l’avenir de
l’industrie touristique.
J'ai ensuite étudié les nouvelles formes de tourisme alternatives apparues
ces dix dernières années. L’objectif de ce nouveau tourisme est de donner une
dimension plus juste au développement des territoires : l’environnement et le bienêtre des populations locales sont alors pris en compte et mis en valeur. L’éthique
devient une base sur laquelle des projets touristiques se développent. Les valeurs
telles que la solidarité, l’équité, la justice, la protection de l’environnement et
l’échange culturel deviennent primordiales dans l’apparition de ces nouvelles
formes de tourisme.
La population des jeunes, nouvelle et éduquée à ces valeurs, reprend dans
certaines de ses pratiques touristiques des aspects du tourisme alternatif. Je me
suis aperçue au cours de mes lectures que les jeunes se sentaient concernés par
ces valeurs, malgré leur mode de vie individualiste en Occident. Aussi me suis-je
intéressée à leur consommation touristique alternative.

33

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

En affinant mes recherches, j’ai cerné en quoi les jeunes étaient vecteurs,
par leur pratiques touristiques, de nouvelles consommations alternatives.
Ainsi, dans une deuxième partie, je vais exposer en quoi les jeunes
proposent de nouvelles formes de tourisme alternatif. Je ne vais aborder tous les
modes de voyages alternatifs des jeunes : il s’agira des pratiques les plus
répandues et illustrant au mieux les valeurs et les initiatives des jeunes.
Dans un premier temps, j’aborderai le thème du tourisme itinérant et de la
particularité des jeunes qui le pratique : leurs valeurs, leurs nouveaux
comportements, les échanges interculturels et le positionnement de l’offre
touristique sur ce type de voyage.
Dans un deuxième temps, je présenterai les voyages des jeunes comme
projets étudiants, professionnels ou humanitaires. Je mettrai en avant le besoin et
le désir d’expérience, les différents longs séjours et les valeurs liées à ceux-ci
ainsi que le mode d’intégration local bien spécifique à chaque projet.
Dans un troisième temps, je vais démontrer en quoi Internet détient une
place importante dans la consommation alternative des jeunes. En effet, cet outil
permet une communication et des initiatives tant formelles qu’informelles
influençant la consommation des jeunes. Je vais donc m’intéresser aux récits de
voyages itinérants et aux communautés sur le web.

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2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Partie 2 : Les jeunes, vecteurs de nouvelles
formes de tourisme

« Il n'y a d'homme plus complet que celui qui a beaucoup voyagé,
qui a changé vingt fois la forme de sa pensée
et de sa vie. » Alphonse de Lamartine

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Chapitre 1 : Le voyage en tant que rite
initiatique
Les jeunes qui partent hors des grands itinéraires touristiques ont tendance
à développer de nouvelles formes de voyages. Ce type de tourisme se définit par
des formes de départ non traditionnelles, vers des destinations moins connues.
C’est exactement ce que font les jeunes qui partent en voyage itinérant, en stage,
en programme d’échange étudiant, ou encore, en tant que bénévoles dans des
chantiers internationaux. Leur volonté première n’est pas forcément de partir en
vacances, mais de découvrir et d’apprendre grâce à un projet particulier de
voyage.
Je vais donc analyser, dans cette deuxième partie, comment les jeunes
proposent de nouvelles formes de voyages alternatives, et quelles sont les
innovations et les différentes pratiques qu'ils apportent en matière de
consommation touristique.

1. Des produits touristiques alternatifs non adaptés
aux jeunes
a. Des produits alternatifs bien spécifiques
Les produits proposés par les tour-opérateurs comme Voyageurs du Monde
ou Palabres Sans Frontières, adhérents à ATR, sont bien spécifiques. Ils sont
proposés pour une certaine clientèle et n’atteignent pas tous les consommateurs.
Il s’agit là de voyages :


très encadrés et à organiser, pour contrôler les retombées



onéreux, car le flux de visiteurs étant maîtrisé, il faut augmenter les
prix pour être rentable

Les voyages ne peuvent se faire aussi librement qu’on le souhaite, car il
faut maîtriser l’utilisation des ressources, les arrivées des touristes, les retombées
économiques, les échanges humains, les visites et activités de découverte. Ce
36

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

sont souvent de petits groupes qui partent avec un guide local. Les
consommateurs recherchent, en effet, un encadrement qualifié, car ils ont la
volonté de découvrir et respecter des cultures locales qu'ils ne connaissent pas.
Ces voyages sont donc chers car, ne s'agissant pas de tourisme de masse, il faut
les rentabiliser autrement que par un nombre important d’arrivées. Voici un extrait
de programme de voyage solidaire.
Voyage proposé au Sénégal, dans le village de Keur Samba Yacine
pendant l’été 2011 créé par Palabres Sans Frontières14
Prix élevé car hors vol :
si l’on cherche un billet
d’avion sur Internet
début avril les tarifs
sont à 655€. Cela double
le coût du voyage.

Programme déjà
défini par souci
d’organisation, de
maîtrise du groupe
et des retombées.

Les activités permettent
une rencontre avec les
populations locales et la
découverte de leur culture
sans intermédiaire.

Figure 4

14

http://palabressansfrontieres.fr/fr/nos-sejours-au-senegal/programme-du-sejour.html
37

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Ce voyage est proposé à des dates fixes : du 29 juillet 2011 au 12 août
2011. Il n’y a pas d'autre choix possible et pas de flexibilité, par nécessité
d’organisation. Cela permet de développer une activité économique maîtrisée et
bénéfique aux membres des villages visités. Ce type de séjour est très bien géré,
tant qu’il y a une éthique et un contrôle établis. Mais ce n’est pas un voyage
correspondant aux jeunes consommateurs ; en effet, il s’adresse à des groupes,
des familles, ou des couples qui font partie des classes sociales favorisées, ayant
la possibilité de voyager loin. Ce sont des personnes qui ont du temps et de
l’argent. Les jeunes, quant à eux, n’ont ni les mêmes moyens, ni le même mode
de consommation touristique. C'est pourquoi, lorsque certains décident de partir et
de rencontrer des personnes de cultures différentes en s’intégrant dans une
nouvelle communauté, ils ne le font pas en achetant un produit créé à cet effet. Ils
prennent des initiatives seuls et de manière informelle. Ils créent leur propre
tourisme et innovent en matière de mobilité.
b. Les jeunes voyageurs : des consommateurs flexibles
Les jeunes aiment la flexibilité, la liberté et surtout l’indépendance quand ils
voyagent. Cela se reflète dans leurs choix : les voyages

itinérants qu’ils font se

rapprochent des voyages solidaires et équitables proposés par des organismes
comme Palabres Sans Frontières. Il est question de rencontres, d’échanges avec
des populations locales, de longs séjours, de découvertes culturelles et sportives.
Les voyages itinérants ne sont pas nouveaux : les explorateurs, au cours des
siècles précédents, ou encore, les routards, dans les années 1970, étaient des
nomades qui avaient déjà pris la route avant les jeunes générations actuelles. Il y
a, cependant, quelques différences, en termes de modes de voyages et de
mentalités. Aujourd’hui, presque tous les espaces ont déjà été explorés et la
mondialisation a changé les modes de vie. Aussi, ces jeunes, n'ont-ils aucune
appréhension à prendre la route et à voyager de manière itinérante.

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

2. Le backpacking : l’itinérance du 21e siècle15
a. Concept et valeurs : l’ouverture d’esprit et la découverte16
Partir sac au dos, hors des sentiers battus, est totalement différent d’un
séjour bien encadré. De nos jours, les jeunes qui partent ainsi sont appelés des
backpackers. Cela pourrait être l’équivalent des routards dans les années 1970.
En réalité, il y a une différence : les routards sont issus des jeunes générations de
1968 qui cherchaient, par les voyages, à fuir la futilité du monde matérialiste, à
rejeter la société de consommation et les guerres des années 1970. Ils avaient
une opinion politique et morale marquées. Aujourd’hui, les jeunes souhaitent
apprendre, échanger, s’ouvrir au monde et trouver leur voie. Il y a un désir
d’expérimentation dans ce genre de voyage, sans renier la société de
consommation dans laquelle ils vivent. Les seuls points communs entre le routard
et le backpacker sont le budget limité et la longue durée du voyage. Au 21 e siècle,
les jeunes générations proposent une autre vision du tourisme itinérant, nouvelle
et innovante.
Nous pourrions définir le backpacking comme étant le fait de voyager de
manière itinérante, au gré de rencontres. Les backpackers recherchent des
hébergements bon marché, sont indépendants, flexibles et voyagent sur une
longue période, tout en participant à des activités, et en visitant des pays ou des
continents entiers. Ces jeunes ont tous travaillé pour payer leur voyage, et ont,
pour la majorité d'entre eux, effectué des études supérieures. Ils sont donc
instruits et viennent des classes moyennes des pays occidentaux (pays du
Commonwealth, Europe et Japon). Ils forment un groupe homogène. De même, ils
se revendiquent comme étant des backpackers lors de leurs voyages.
Par ailleurs, le mot backpacker désigne également une auberge de
jeunesse17, où, il y a quelques années, on pouvait passer la nuit gratuitement, en
échange de petits travaux d’entretien. Les voyageurs arrivaient à l’improviste et
restaient longtemps dans ce type d’hébergement. Aujourd'hui, ce sont des
15

Cahiers Espaces hors série n° 77, Le tourisme des jeunes (16-25 ans), avril 2003, page 99
PEARCE Philip, “A university of travel” : backpacker learning, publié sur www.sciencedirect.com,
2007, 14 pages
17
CHARTIER Sandrine, La nouvelle pratique des jeunes français à l’étranger : les séjours
« vacances-travail », mémoire sous la direction de Driss BOUMEGGOUTI, 2009, page 73
39
16

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

auberges de jeunesse presque comme les autres, où l’on ne reste que quelques
nuits, en payant un prix raisonnable.
Ce type de voyage favorise le développement de valeurs comme la
tolérance, l’esprit d’initiative, la solidarité. Le voyage est alors considéré comme
formateur par les backpackers, en permettant de développer le respect des
différentes cultures et l'ouverture aux autres. Le tourisme, qui, habituellement,
prône les plaisirs hédonistes et individuels, est ici appréhendé d’une tout autre
manière. Il s‘agit de se positionner en tant « qu’apprenti de la vie et du monde ».
Ce type de voyage peut même être considéré comme un complément aux études
supérieures menées par ces jeunes. Ils apprennent beaucoup, grâce à leurs
déplacements. Ils deviennent plus indépendants. Ils communiquent plus
facilement, sont plus ouverts d’esprit, prennent confiance en eux, s’adaptent et
apprennent à gérer leur stress ainsi que leurs émotions personnelles. Ils
découvrent d’autres cultures, créent de nouvelles relations et prennent des
décisions seuls.
On détermine quatre types de backpackers, selon les objectifs principaux
qu’ils donnent à leurs voyages :


ceux qui partent pour apprendre par eux-mêmes.



ceux qui partent pour faire l’expérience d’une autre culture.



ceux qui partent pour rencontrer d’autres personnes.



ceux qui partent pour l’aventure et l’inconnu.
Même si ces différents types se recoupent et se regroupent, certaines

destinations attirent souvent le même type de voyageurs. Ainsi, en Asie du Sudest, on croise beaucoup de personnes souhaitant découvrir des cultures
différentes, alors qu'en Australie, c'est

l’aventure dans le bush ou dans les

montagnes que ces touristes recherchent.
La préparation du voyage est, quant à elle, très sommaire : un guide de
type « Lonely Planet », une vérification des vaccins obligatoires, les papiers
nécessaires et un itinéraire vague sur un continent ou un très grand pays. Cela
laisse libre cours aux envies et désirs, une fois sur place.

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

« J’ai juste acheté le billet d’avion pour le Vietnam, je vais rejoindre une amie
là-bas. On va redescendre en passant par le Cambodge. On a réservé la nuit
d’hôtel la veille du trajet de retour pour s’organiser. Mais on verra sur place
avec le Lonely Planet ce qu’il y a à découvrir. »18

Ainsi donc les jeunes créent eux-mêmes leurs voyages et initient leur
tourisme d’autant que l’ouverture des frontières facilite leurs déplacements. Aussi
les professionnels ont-ils du mal à s’adapter. Nous allons cependant voir que des
professionnels, dans le secteur privé et dans le secteur public, proposent des
produits.
b. Les professionnels qui s’adaptent : le cas du secteur privé
Bien que les tour-opérateurs ne puissent pas proposer des voyages de ce
type, les professionnels du transport et de l’hébergement mettent en place des
politiques tarifaires, ainsi que des produits adaptés aux besoins de ces voyageurs.
Voici deux exemples, qui fonctionnent bien.
Le billet « Interrail ».19 Il s’agit d’un billet de train unique pour voyager en
Europe. On peut l’acheter dans toutes les gares des pays participants. Il a une
durée de validité de 5 jours à un mois selon le choix. Il permet de voyager
librement dans 30 pays européens ou dans un seul pays, au choix. Les billets
peuvent être réservés à l’avance en ligne, ou par téléphone, ou être achetés dans
les gares.
Les auberges Saint Christopher.20 La particularité de cet hébergement
est qu’il s’agit d’une entreprise, et non d’une association, comme la plupart des
auberges de jeunesse. Une étude de marché spécifique sur les backpackers a mis
en lumière certains besoins. Cette entreprise a su s’adapter à cette clientèle
particulière, en proposant, en plus des services d’une auberge de jeunesse :


des prix tout compris (petit déjeuner, douches, draps, nuit)



un cybercafé et une laverie



un guichet voyage pour permettre d’organiser la suite des circuits

18

Témoignage de X., entretien du 15 avril 2011
http://francais.interrailnet.com/enfr/?gclid=CK7V06S1uKgCFYIKfAodomBLDA consulté le 23
mars 2011
20
Cahiers Espaces hors série n° 77, Le tourisme des jeunes (16-25 ans), avril 2003, page 102
19

41

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives



Perrine ROINÉ

un sauna et un jacuzzi pour les services haut de gamme

L’accent est mis sur la sécurité, la propreté et le côté pratique de
l’organisation du voyage.
c. Un visa pour les backpackers : les pouvoirs publics s’impliquent
Le Programme Vacances-Travail (PVT) permet, grâce à un visa du même
nom, à des jeunes qui ont entre 18 et 30 ans, de s’immerger totalement dans un
pays étranger durant un an, en travaillant, et en voyageant. 21 Des Etats ont signé
des accords afin d’envoyer et de recevoir des jeunes chaque année. En France
des échanges de ce type existent depuis 1999. Les pays de destination sont :


le Japon et la Nouvelle-Zélande depuis 1999



le Canada depuis 2003



l’Australie depuis 2004



la Corée du Sud depuis 2008

Ce concept fonctionne très bien : 30 000 jeunes français sont partis en
2009. Certains pays ont fixé des quotas concernant le nombre d’arrivées, comme
le Canada : 7000 jeunes ont été autorisés à s'y rendre, en 2011, pour accomplir
un PVT.
Les jeunes ont le droit de travailler quelques mois seulement, pour ne pas
priver d'emploi les populations locales. Ils font très souvent des travaux
saisonniers dans des stations touristiques, dans l'hôtellerie-restauration ou dans
des exploitations agricoles. Ils alternent voyages et petits boulots pour se déplacer
facilement, visiter et découvrir, tout en disposant d'un minimum d'argent.
La majorité des pays de destination sont les pays pourvoyeurs d’emplois.
L’Australie, par exemple, est une destination très populaire auprès des jeunes. La
facilité d’obtention du visa est surprenante : la démarche peut se faire en quelques
heures en ligne. L’attrait pour ce pays est justifié : les grands espaces, la variété
des paysages, la possibilité de découvrir et pratiquer de nombreux sports, la
richesse du mélange culturel dans les grandes villes. En outre, la langue anglaise
21

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/les-francais-etranger_1296/travailler-etranger_1676/programmevacances-travail-pvt_84359.html consulté le 23 mars 2011
42

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

et la culture occidentale facilitent les échanges. C’est d'ailleurs ici que le
phénomène du backpacking a été défini. Ainsi, dans ce pays, l’agriculture, secteur
économique très important, compte désormais sur les jeunes en PVT pour les
travaux saisonniers.
Ce type de programme permet aux jeunes de prendre une année ou six
mois sabbatiques. C’est devenu un rite de passage : en effet, cela se passe
souvent entre deux années d’études importantes, ou entre la fin des études et
l’entrée dans la vie active. C’est considéré comme une étape par laquelle on
passe pour se faire une expérience. Cela rejoint le thème des adulescents,
évoqué en première partie : le manque de références donne aux jeunes l’envie
d’apprendre grâce à des voyages par eux-mêmes, en « expérimentant le
monde ».
On comprend donc que le backpacking peut difficilement être pris en
compte par les professionnels du tourisme. Ils s’adaptent à ce mode de voyage,
au lieu d’être avant-gardistes et de proposer des produits. La difficulté première
pour eux, est la nécessaire flexibilité, ainsi que le refus de l’encadrement et du
forfait, de la part de ces jeunes. On appelle ces voyageurs des « F.I.T. : Fully
Independant Tourists ». Cela est déconcertant, car ces jeunes prennent des
initiatives au dernier moment, une fois arrivés sur place ou selon les conseils des
uns ou des autres : le bouche à oreille fonctionne pour 32% des dépenses
touristiques des jeunes. C’est un marché où le consommateur est créateur de son
propre produit.

3. Backpackers et populations locales : des relations
spécifiques22
Les backpackers créent des relations entre eux et avec les populations
locales. Ceci est une particularité car peu de touristes souhaitent rencontrer
d’autres touristes lors de leurs voyages.
22

Témoignage de X., entretien du 15 avril 2011
SCHEYVENS Regina, Backpacker tourism and Third world development, article publié sur
http://www.pacificdiscovery.org/credit/SEAreadings/Scheyvens%20%20%20Backpacker%20Tourism%20and%20Third%20World%20Development.pdf, 2002, 21
pages
43

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Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

a. La rencontre avec les voyageurs fait partie intégrante du voyage
Les backpackers se rencontrent et créent des liens entre eux. C’est
particulier. En effet, ils ont tendance à voyager au gré des rencontres qu’ils font
avec les autres voyageurs. Ils vont ainsi aller à la rencontre d’autres cultures, car
ces voyageurs viennent de différents continents. Aussi, un Français pourra
effectuer une partie de son voyage en Nouvelle-Zélande avec un Italien, alors
qu’en Italie il rencontrera des Néo-zélandais. La destination ne garantit pas
forcément les rencontres locales, et, même si elles sont importantes pour les
jeunes, ils considèrent que c’est tout aussi enrichissant de rencontrer d’autres
voyageurs. Il se forme alors des communautés de voyageurs dans les
hébergements, mais aussi sur les lieux de travail, comme dans les fermes en
Australie.
b. Des relations parfois difficiles avec les populations locales
Les backpackers, malgré leur volonté de s’ouvrir à d’autres cultures, ont
parfois un manque de respect envers les populations locales. Cela se produit
surtout dans les pays du Sud. En effet, en Indonésie, par exemple, les guides
locaux se rendent compte que les jeunes viennent tenter jusqu’à quel point ils
peuvent voyager sans argent. C’est irrespectueux envers les populations locales
qui sont déjà très pauvres. D’autre part, des rassemblements se font sur des
plages ou dans des villes, telles que Katmandou ou Bangkok. Les habitants se
sentent envahis. Ainsi les backpackers ne sont pas les bienvenus partout. Le
problème est que ce tourisme itinérant n’est pas approprié par les populations
locales. Aussi y-a-t-il quelques dérapages.
Cependant, les jeunes consomment des produits locaux permettant ainsi un
développement local. Ils sont les touristes les plus proches et les plus ouverts aux
populations locales. Ils restent plus longtemps que les autres touristes et donc
dépensent plus, malgré leur réputation de voyageurs économes. D’autre part, ils
aiment se diriger vers des régions isolées et moins touristiques, ce qui valorise
des territoires jusqu’alors ignorés par les Occidentaux. Ils n’ont pas besoin
d’infrastructures spécifiques et s’adaptent, en toutes circonstances, à ce qu’on leur
propose. Ce n’est donc pas une clientèle exigeante, d’autant qu’elle est
respectueuse de l'environnement. Il suffit d'encadrer ces voyageurs dans leurs
44

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

activités (le visa PVT est un exemple), pour éviter les problèmes éventuels
rencontrés.

Conclusion
L’offre touristique alternative des voyagistes ne correspond pas à la
clientèle jeune, qui recherche des voyages non encadrés et aiment la flexibilité.
Le backpacking, nouveau tourisme itinérant, permet de découvrir d’autres
cultures grâce à de longs voyages. Les backpacker ont tendance à respecter ces
autres cultures, à consommer localement, à favoriser ainsi la valorisation et le
développement de territoires moins connus, loin des grands espaces touristiques.
Ces voyages favorisent la compréhension internationale, l’ouverture d’esprit
et la mobilité de longue durée. Ils sont considérés comme des rites de passages
initiatiques entre deux années d’études ou entre la fin des études et l’entrée dans
la vie active. C’est une expérimentation du monde par le voyage afin d’apprendre
et de s’enrichir personnellement.

45

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

Chapitre 2 : Quand le voyage devient utile
Les jeunes, comme nous l’avons vu précédemment, voyagent dans le but
d’apprendre, de rencontrer, de s’enrichir personnellement et de découvrir. Les
stages, les études et le bénévolat à l’étranger, font partie des formes de tourisme
alternatif des jeunes. En effet, le but du voyage est spécifique : il y a une « utilité »
à partir longtemps, en s’intégrant dans un pays étranger. Ils mettent en place
différents projets qui intègrent les voyages dans leurs moyens et leurs objectifs.
Il convient, en tout premier lieu, d’apporter une précision : les séjours
linguistiques, considérés comme faisant partie des voyages utiles, pourraient être
ajoutés à ces expériences présentées ci-dessus. Mais il ne s’agit pas de voyages
alternatifs, car ils sont encadrés et les destinations sont parmi les plus touristiques
de la clientèle jeune (Angleterre, Espagne, France). D’autre part, ces voyages ont
un but éducatif et sont un peu des dérivés des colonies de vacances, avec un
objectif qualitatif en plus. Or, comme nous l’avons défini dans la première partie, le
tourisme alternatif propose de s’éloigner des lieux touristiques habituels et de
découvrir de nouvelles activités. Les séjours linguistiques ne correspondent donc
pas aux caractéristiques du tourisme alternatif.

1. Le voyage : un projet étudiant
La demande de stages à l’étranger a explosé ces dernières années.
L’UNESCO estimait qu’environ 2,5 millions d’étudiants étaient hors de leur pays
en 2004. Il est prévu que ce chiffre augmente jusqu’à 8 millions en 2025. 23 La
nécessité de parler des langues étrangères, d’acquérir une expérience
professionnelle internationale, ainsi que l’amélioration des moyens de transports
et de communication, ont permis un grand nombre de départs. D’autre part, des
programmes d’échanges entre les universités se sont développés depuis une
vingtaine d’années comme le montre l’exemple du

programme Erasmus, en

Europe.
Le secteur du tertiaire est aujourd’hui pourvoyeur d’emplois. Les échanges
23

CHARTIER Sandrine, La nouvelle pratique des jeunes français à l’étranger : les séjours
« vacances-travail », mémoire sous la direction de Driss BOUMEGGOUTI, 2009, page 77
46

2010-2011

Jeunes en voyage : les nouvelles pratiques alternatives

Perrine ROINÉ

commerciaux internationaux encouragent fortement la mobilité tant dans le cadre
personnel que professionnel. Aujourd’hui, les trois quarts des jeunes de plus de 18
ans sont déjà sortis du territoire français, ce qui n’est pas le cas des générations
précédentes. Cela marque un changement dans la façon de penser et de se
comporter des nouvelles jeunes générations. Les frontières sont aujourd’hui des
marqueurs de différences linguistiques et culturelles, et non plus des barrières.
Les jeunes peuvent internationaliser leurs parcours, en partant à
l’étranger pour étudier, effectuer un stage ou du participer à une action bénévole.
L’objectif est de parler couramment une ou deux langues étrangères, d’avoir une
expérience différente, de valoriser son CV, de découvrir une autre culture et
d’affiner ses objectifs professionnels. Si quelques formations exigent des stages à
l’étranger, les autres parcours universitaires, eux, laissent le libre choix aux
étudiants. Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir partir.
D’autre part le travail est pour les jeunes le deuxième domaine le plus
important après la famille et les amis.24 Ils considèrent qu’il permet de se réaliser,
de s’épanouir et de s’intégrer dans la société. Faire un stage ou un PVT prend
alors un sens complètement initiatique durant lequel on se forme, on acquière une
expérience et on devient indépendant.
a. Les études à l’étranger : la valorisation du CV et l’apprentissage des
langues
Les jeunes partant en échanges universitaires sont de plus en plus
nombreux : sur l’année 2008-2009 ils étaient 23 000 Français à participer aux
échanges Erasmus. Il s’agit d’un programme qui permet de partir étudier un ou
deux semestres à l’étranger, en Europe. Actuellement, les universités de 31 pays
participent à ce programme.
Les échanges sont majoritairement Sud-Nord pour l’anglais. Le RoyaumeUni se retrouve donc « importateur » d’étudiants, tandis que les pays
méditerranéens, eux, sont « exportateurs ». La France se situe entre les deux. Les
24

BIGOT Régis et PIAU Claire, Les jeunes sont aujourd’hui favorables à la mondialisation,
http://www.credoc.fr/pdf/4p/168.pdf, Crédoc, Consommation et modes de vie, n°168, 2003, 4
pages
47




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