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histoire

Les dessous navals de Suez
Pendant les trois mois qui suivent la nationalisation du canal de Suez par l’Égypte le 26 juillet 1956 et les sept jours de l’opération
franco-anglo-israélienne, le renseignement et son analyse jouent un rôle déterminant. Paris agira-t-il seul ? En concertation avec
Tel Aviv ? Londres ? Face à quelle menace ? Premiers éléments de réponse…

E

n 1950, Washington, Londres et Paris
conviennent de maintenir la parité
au Moyen-Orient en équilibrant
leurs livraisons d’armes à Israël et à
l’Égypte. La prise du pouvoir par le
colonel Nasser en octobre 1954 au Caire et
des livraisons d’armes tchèques remettent en
question cet équilibre. Paris voit en Nasser
l’une des causes de son problème algérien et
soutient Israël contre une Angleterre proarabe. Comme ses collègues occidentaux, le
capitaine de vaisseau Pierre Poncet, attaché
militaire au Caire, suit attentivement ces
livraisons d’armes(1). Entre septembre 1955
et février 1956, dix-huit cargos déchargent
à Alexandrie plus de 200 appareils à réaction Meteor, Mig 15 et Il-28. Parallèlement, à
Gdynia, en Pologne, des équipages égyptiens
s’entraînent sur deux sous-marins, tandis que
l’URSS transfère deux destroyers et douze
vedettes lance-torpilles(2).
MOSCOU S’AGITE. Le 28 juillet, deux jours

après le déclenchement de la crise, une
« source non évaluée » rapporte un projet
d’alliance entre le Caire et Moscou(3).
Cette perspective inquiète les capitaines
de vaisseau Guy de Geffrier, chef de la
2e division de l’état-major des forces armées, et Louis Jouslin, chef du 2e bureau
rue Royale. Leurs différences d’appréciation
mettent en lumière toute la difficulté de
l’analyse du renseignement et de la prise
de décision en temps de crise. Le 30 juillet,
Geffrier estime que les Soviétiques seraient
plus susceptibles d’intervenir si la France
agissait seule ou avec Israël. Compilant les
ordres de bataille des flottes de la Baltique
et de la mer Noire, Jouslin dresse une liste,
aussi impressionnante que théorique, du
nombre de bâtiments que Moscou pourrait
déployer : 13 croiseurs, 72 destroyers ou
encore 62 sous-marins(4).
OPPORTUNITÉ MANQUÉE ? Au Caire,
Poncet ne partage pas la prudence de ses
camarades. Le 6 août, il leur écrit pour
demander une intervention immédiate des
vénérables Corsair à hélice contre Radio

46 — COLS BLEUS - N°3027

Le Caire, les aérodromes et la flotte : « Une
action aéronavale pourrait sans doute, à elle
seule, amener ici le Gouvernement à composition. »(5) Le 15, Poncet réitère son appel :
« Nous sommes à un moment critique de
la crise… L’appui russe tant recherché…
s’est réduit à la logomachie… Mon collègue
aviateur anglais estime à une cinquantaine
au maximum le nombre de pilotes
qualifiés. »(6) Mais, à Paris, Poncet n’est
pas suivi. Impressionnés par les Mig-15
égyptiens et par la flotte soviétique, les
deuxièmes bureaux parisiens ne prennent
pas en compte la prudence déjà manifestée
par Moscou en Iran. À Londres, un groupe
de planification franco-anglais est constitué
dès le 9 août. Paris estime que « des sousmarins soviétiques effectuent des patrouilles
en Méditerranée [et] pourraient facilement
le jour venu être baptisés « égyptiens » sans
changer d’équipage ». Cette menace se
concrétise avec des détections de sous-marins soviétiques communiquées par les ÉtatsUnis. Mais ceux-ci – désormais hostiles à une
opération franco-britannique qui précipiterait l’Égypte dans les bras de Moscou –
sont-ils sincères ? La psychose s’étend à
la mer Rouge, où les franco-britanniques
projettent l’opération Toréador.
À QUI PROFITE L’AFFAIRE ? Dans la nuit du
11 au 12 octobre, le lieutenant de vaisseau
Pierre Guillaume, connu comme le « Crabe
Tambour », aperçoit un sous-marin depuis
un cargo : « 100 mètres, avant arrondi et
plongeant, pont entièrement dégagé, bas sur
l’eau, coque extérieure entièrement fuselée… »(7) Le doute n’est plus permis. Moscou
a-t-il eu vent de l’opération Toréador ? Le
KGB emploie effectivement deux agents à
l’Amirauté(8) et rue Royale(9). Mais à cette
époque un tel déploiement si loin des bases
russes paraît improbable et le sous-marin
semble américain(10). Après les attaques
franco-israéliennes dans le Sinaï le
29 octobre et franco-britanniques contre le
canal, la crise atteint son point culminant.
Les sous-marins américains Hardead et
Cutlass patrouillent au milieu de la flotte

alliée, et le 6 novembre, l’Otan rapporte
la présence d’avions soviétiques au-dessus
de la Turquie et de six sous-marins devant
la Crète. Dans la nuit, Londres cède au
chantage financier de Washington et Paris,
privée de garantie américaine en cas d’intervention soviétique, n’ose pas continuer.
À qui profitent les sous-marins, vrais ou
faux ? Aux États-Unis soucieux d’arrêter
l’entreprise franco-britannique ? Quant à
Poncet, n’a-t-il pas raison de vouloir risquer
des Corsair face aux Mig 15 pour faire
tomber un Nasser contesté sans attendre
les Anglais ? Quoi qu’il en soit, la France en
tirera les leçons, dotant ses porte-avions de
chasseurs à réaction.
ALEXANDRE SHELDON - DUPLAIX
SERVICE HISTORIQUE DE LA DÉFENSE, CONFÉRENCIER
À L’ÉCOLE DE GUERRE, CO -AUTEUR DE GUERRE FROIDE
ET ESPIONNAGE NAVAL (NOUVEAU MONDE)

(1) Philippe Masson, La Crise de Suez, SHM, 1966, p. 4-24.
(2) SHD / DM, IIIBB7 7, note du CV Poncet au CEMFA2B,
23/3/1956.
(3) SHD / DM, 136 GG² 5, Papiers Amman, 28/7/1956.
(4) SHD / DM, III BB 2 SEC 112, Fiche n° 324 EMG/2 SEC,
Paris, 7/8/1956.
(5) Ibid., lettre du CV Poncet au CV de Geffrier et Jouslin,
Le Caire, 6/8/1956.
(6) Ibid., 15/8/1956.
(7) SHD / DM, II BB 401 23, Rapport transmis le 21/12/1956.
(8) John Vassal recruté en 1955 à Moscou et arrêté en 1962.
(9) Christopher Andrew, The Sword And the Shield:
the Mitrokhin Archives and the Secret History of the Kgb,
Basic Books, London, 1999, p. 600.
(10) Information communiquée par le club des sous-mariniers
de St Petersburg, juin 2009.

Dates clés
26 juillet 1956 : nationalisation du canal de Suez
par l’Égypte de Nasser.
31 octobre 1956 : attaque d’objectifs militaires
égyptiens par l’aviation franco-britannique.
5 novembre 1956 : début de l’opération Musketeer (« Mousquetaires ») pour les Britanniques ou
Opération 700 pour les Français.
6 novembre 1956 : débarquement des forces
terrestres françaises à Port-Saïd.
22 novembre 1956 : relève des forces terrestres
franco-britanniques par les casques bleus de
l’ONU.


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