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02 //

Lundi 5 mai 2014 Les Echos

Hollande, lelien rompu
François Hollande fête demain ses deux ans à l’Elysée
en ayant changé son dispositif mais sans avoir trouvé
les moyens de renouer le fil cassé avec les Français.

LE FAIT
DU JOUR
POLITIQUE
Cécile
Cornudet

F

rançois Hollande
reçoit la journaliste
du « Journal du
dimanche », pour livrer son
état d’esprit. « On est entré
dans la deuxième phase du
quinquennat ; le redressement
n’est pas terminé, mais le
retournement économique
arrive », confie-t-il. Les poids
lourds du PS déroulent le
raisonnement dans la foulée.
Le chef de l’Etat « a stoppé
le déclin », assure JeanChristophe Cambadélis
(Europe 1). « Nous allons
retrouver de la croissance »,
embraie Jean-Marie Le Guen
(Radio J).
François Hollande fête
demain ses deux ans à
l’Elysée en ayant tout changé,
tout remis en question, tout
sauf une chose, sa façon
de s’adresser aux Français.
Il a clarifié et assumé
sa politique économique,
sans craindre d’affronter sa
majorité de gauche. Il a réagi
sans tarder à la défaite
municipale, en appelant
Manuel Valls à Matignon,
quitte à offrir une rampe de
lancement à son jeune rival.
Il a repensé son dispositif
élyséen. Flou, hésitations,
manque de courage : il a su
répondre aux critiques qui lui
étaient faites. Même les plus

dures. Lui et ses proches
analysent tout aussi
clairement le lien qui s’est
rompu avec les Français.
« Quelque chose s’est cassé »,
observe Stéphane Le Foll.
« Les conférences de presse, les
interviews, c’est bien, mais les
Français préfèrent un rapport
plus direct avec leur
président », poursuit-il.
Lucide, François Hollande
lui-même confiait à des
visiteurs, fin mars, son
intention de s’adresser
directement aux Français
« tous les mois ou mois et
demi ». Une émission
télévisée a été envisagée
pour la fin avril. Puis… rien.
Comme avant. Le président
préfère la voie indirecte des
confidences au « JDD ».
Il choisit un nouveau mot – le
« retournement » –, mais s’en
tient également à sa vision
optimiste des choses pour
espérer que la situation
s’améliore. Comme s’il avait
conscience qu’il devait parler
aux Français, mais qu’il
ne savait ni comment le faire
ni quoi leur dire. Or, pendant
ce temps-là, le fossé se creuse.
L’autorité s’érode.
Les députés de la majorité
s’affranchissent. Les sondages
continuent de plonger. Le
président entend peut-être,
mais les Français n’entendent
plus. Avec désormais un
risque majeur pour François
Hollande. Celui d’être
dans l’incapacité de tirer
profit d’un « retournement »,
si celui-ci finissait
par advenir.
ccornudet@lesechos.fr

en bref
Manuel Valls critique « les politiques
conservatrices » de Bruxelles
POLITIQUE — Lors d’un rassemblement organisé par le Mouvement des jeunes socialistes, ce week-end près de Paris, le Premier
ministre a estimé que les « politiques conservatrices » conduites
ces dernières années par l’Union européenne ont « nui à la croissance et à l’emploi ». Pour lui, « avec une majorité de gauche au Parlement, nous aurons les moyens de réorienter (...) le projet européen, car l’Europe ne peut pas se résumer à la seule surveillance des
Etats membres ou à une simple coordination des politiques nationales ». « Il nous faut changer son logiciel », a-t-il martelé.

Copé et Bayrou réfutent l’optimisme
de François Hollande
POLITIQUE — Les responsables politiques de droite et du centre ont ironisé sur les propos du Président de la République,
estimant que « le retournement économique arrive ». Jean-François Copé, président de l’UMP, a rappelé que François Hollande
« avait déjà prédit le retournement du chômage à la fin 2013 ».
Pour François Bayrou, président du MoDem, « c’est une pensée
magique. (...) on a entendu vingt formules qui vont dans le même
sens », a-t-il dit en citant « le bout du tunnel » de Pierre Mauroy,
Premier ministre de 1981 à 1984.

Lescentristesrevendiquent
leprojetleplusproeuropéen
l L’UDI-Modem présente aujourd’hui son programme pour les élections du 25 mai.
l Ses candidats prônent un nouveau traité de convergence fiscale et sociale.
Il a dit

POLITIQUE
L’euroscepticisme a le vent en
poupe ? Qu’importe, les candidats
centristes des listes UDI-Modem
assument haut et fort une ligne
proeuropéenne. Et c’est même sur
cette « clarté » et leur « cohérence »
qu’ils souhaitent faire la différence
lors des élections du 25 mai. Ce
matin, ils détaillent leur programme intitulé « L’Europe, notre
force », soit 65 propositions dont
les deux tiers concernent les volets
économique et social, que « Les
Echos » ont pu consulter.
L’alliance UDI-Modem prône
davantage d’intégration comme l’a
martelé, en meeting avec eux la
semaine dernière, le candidat qu’ils
soutiennent pour la présidence
de la Commission de Bruxelles,
l’ex-Premier ministre belge Guy
Verhofstadt. « Il faut une Europe
qui utilise l’intégration européenne
comme moteur de croissance », a-t-il
lancé. « Le mot clef, affirme Yves
Jégo, directeur de la campagne et
président par intérim de l’UDI, c’est
la convergence. Nous voulons un
programme accéléré de convergence
économique, sociale, fiscale. Les
eurosceptiques ont trop tardé. C’est
l’urgence. »

Créer un SMIC européen
Les candidats centristes proposent
un nouveau traité de convergence
fiscale et sociale « avec les pays de la
zone euro ou ses principaux pays »,
détaille Yves Jégo, avec « un agenda
clair et resserré ». De même, ils souhaitent aller vers un droit du travail

plus classique « small business act »
et de la mise en œuvre de grands
programmes sectoriels européens,
comme d’un « plan ambitieux
d’infrastructures matérielles et
immatérielles », ils demandent une
« meilleure mobilisation » des fonds
de la Banque européenne d’investissement.EtYvesJégodeproposer,« à
côté du fonds souverain lancé par la
BEIpourlesPME,unfondssouverain
stratégique », avec l’idée « d’avoir la
capacité de mettre autour de la table
les grandes entreprises européennes
pour créer de grands champions » et
d’investir via ce fonds dans la création de ces champions européens.
Et d’éviter, aussi, les cas Alstom.

Une tonalité « protectrice »

« Les eurosceptiques ont trop tardé.
Il faut faire la convergence des systèmes
économiques, sociaux, fiscaux, monétaires
européens. C’est l’urgence.
Avec un nouveau traité et un agenda. »
AFP

FRANCE

YVES JÉGO
Directeur de la campagne des européennes UDI-Modem
européen avec, pour première
étape, la création d’un contrat européen d’apprentissage (et à la clef, les
mêmes droits dans toutes les entreprises de l’Union). Ils veulent aussi
encourager les partenaires sociaux
à signer des « conventions collectives
européennes »etpousseràdesnégociations sur un « véritable SMIC
européen »danslecadred’une« convergence par le haut », selon Marielle

de Sarnez, tête de liste en Ile-deFrance. Sujet sensible, pour mettre
fin aux abus liés au statut de travailleur détaché, ils proposent de
faire payer à l’employeur, dès 2014,
les charges sociales du pays dans
lequel il emploie le salarié. Attachés
à la lutte contre l’évasion et la fraude
fiscales, ils avancent la création d’un
corps de procureurs financiers.
Pour les entreprises, au-delà d’un

« Il faut mettre de la politique dans les
outils techniques qui existent déjà
afin de faire avancer l’Europe plus
vite », explique Yves Jégo. Et pour
accélérer la convergence, l’UDI-Modem veut « créer un gouvernement
de la zone euro » qui serait contrôlé
par les parlementaires européens et
nationaux, accompagné d’une
« direction européenne du Trésor ».
Une ligne proeuropéenne qui
n’e m p ê c h e p a s u n e t o n a l i t é
« protectrice » puisque, comme
l’UMP, l’UDI propose d’appliquer
la réciprocité dans les accords
de libre-échange, d’imposer pour
l’ensemble des produits importés
les mêmes normes que pour
les produits fabriqués en Europe.
Sans oublier une contribution
carbone pour ceux ne respectant
pas les mêmes normes environnementales.
— I. F.

A l’UDI, la crainte d’un « centre mou »

L

’opposition constructive » est
un combat au centre. Entre
« abstention d’encouragement » ou « abstention sans approbation », le vote mardi dernier sur
leprogrammedestabilitédugouvernement n’en a pas fini de bousculer
l’UDIsursonpositionnement.Après
le discours de Manuel Valls, 17 députés de la formation créée par JeanLouis Borloo se sont in fine abstenus
pour souligner l’« inflexion » du gouvernement sur les dépenses publiques, 3 ont voté pour et jusqu’à 7 ont
voté contre, parce que, s’agissant
des économies et des réformes
structurelles, ils ont estimé que
« le compte n’y [était] pas ».
Si, sur le fond, tous, à l’UDI, expri-

ANALYSE
Isabelle Ficek
ment ces positions, sur la forme, ils
en sont donc arrivés à un véritable
kaléidoscope de votes. Et les débats
intenses qui les ont accompagnés
risquent de resurgir à chaque texte
qui déclinera à l’Assemblée les
mesuresdupactederesponsabilité.
L’UDIaeneffetannoncéqu’ellese
prononcerait, texte par texte, et
n’excluait pas d’en voter certains,
dans la droite ligne, justement, de
cette position revendiquée
d’« opposition constructive ». Qui a,
on le voit, fait resurgir ce débat : jus-

qu’où aller sans sortir de l’opposition ? A qui le centre est-il arrimé ?

Impossibles coalitions
A l ’ U M P, q u a l i f i é e p a r l ’ U D I
d’« opposition pavlovienne » ou
« sectaire », selon Jean-Christophe
Lagarde et Yves Jégo, certains ont
pris un malin plaisir à souligner
que si toute la droite, sans exception (y compris dans les rangs de
l’UMP) avait voté contre, le programme de stabilité aurait été
rejeté. Et tous les ténors de l’UDI
n’ont eu depuis de cesse d’expliquer
qu’ils n’étaient pas « la roue de
secours » du gouvernement. Et ne
voyaient pour François Hollande
qu’une solution s’il perdait effecti-

vement sa majorité : la dissolution.
De quoi tenter de rassurer ceux
qui, comme François Sauvadet, ne
veulent pas « jouer les remplaçants
d’une majorité défaillante ». Lui,
d’ailleurs hostile au rapprochement effectué par l’UDI avec le
M o d e m d e Fr a n ç o i s B ay r o u ,
demande que l’UDI reste « clairement dans l’opposition, en alliance
avec l’UMP », et craint, avec ce vote,
de donner aux électeurs « l’impression d’un centre mou » et « d’un
retour des chapelles de l’UDF ». Ou la
difficulté, en France, de dessiner
des coalitions comme celle construite par Gerhard Schröder et dont
un député UDI espérait voir dans ce
vote de timides prémices. n

Près d’un jeunesur deux choisit
en priorité l’université après le bac
ÉDUCATION
Admission post-bac
intégrera en 2015 pour
chaque formation
une information
sur les débouchés.
Stéphane Dupont
sdupont@lesechos.fr
L’université retrouverait-elle les
faveurs des lycéens ? Près d’un
jeune sur deux (47 %) ayant formulé au moins un vœu d’inscription dans l’enseignement supérieur
sur le portail Admission post-bac
(APB) a demandé cette année en
premier choix l’université, selon les
chiffres officiels communiqués
vendredi. C’est 5,6 points de plus

que l’an dernier et 13 points de plus
qu’en 2012, se félicite la secrétaire
d’Etat à l’Enseignement supérieur,
Geneviève Fioraso, qui vise à terme
untauxde63 %.Celui-cicorrespondant à la proportion de lycéens
entrant in fine à la fac après le bac.
« L’image de l’université s’améliore », assure aux « Echos » la
ministre, qui met en avant les
efforts de communication effectués, notamment sur les débouchés
des masters, une formation offrant
un « taux d’insertion professionnel
de 91 % » et la « simplification de
l’offre » de formations. Le nombre
d’intitulés de licences générales a
été ramené de 1.800 à 200 environ à
la rentrée prochaine. De quoi tarir,
selon elle, le marché des coachs privés conseillant parents et jeunes.
Le retour en grâce de l’université
dans APB a aussi des raisons moins

avouables : les étudiants en première année souhaitant se réorienter ont eu accès au portail pour la
premièrefoiscetteannéeetlaquasigratuité des études à la fac joue un
rôle important en période de crise.
Histoire de rendre l’université
plus attractive mais aussi de décourager les inscriptions dans certaines disciplines peu porteuses sur le
marché du travail (sociologie, psychologie, sports...), APB intégrera
l’an prochain pour chaque formation soit le taux de poursuite des
études (licences), soit le taux
d’insertion professionnelle (filières
courtes de type IUT), a décidé Geneviève Fioraso. Au risque de se voir
reprocher dans certains milieux
universitaires, déjà en guerre contre elle, sa proximité avec les entreprises et sa vision « utilitariste » de
l’enseignement supérieur. n