Fichier PDF

Partagez, hébergez et archivez facilement vos documents au format PDF

Partager un fichier Mes fichiers Boite à outils PDF Recherche Aide Contact



Les Echos.pdf


Aperçu du fichier PDF les-echos.pdf

Page 1 2 3 45636

Aperçu texte


04 //

Lundi 5 mai 2014 Les Echos

MONDE
en
chiffres

LES COMMANDES
INDUSTRIELLES US
DÉÇOIVENT

ZONE EURO : LÉGÈRE
BAISSE DU NOMBRE DES
CHÔMEURS EN MARS

Les commandes reçues
par les industries
manufacturières aux
Etats-Unis ont progressé
en mars (+ 1, 1 %), mais
moins que ne le
prévoyaient les analystes
(+ 1,6 %), selon les
chiffres publiés vendredi
par le département du
Commerce.

Le nombre de chômeurs
a légèrement reculé en
mars dans la zone euro,
à 18,913 millions, soit
22.000 de moins qu’en
février, pour un taux
de chômage de 11,8 %,
selon les chiffres publiés
vendredi par l’Office
européen de statistiques
Eurostat.

53,4
L’INDICE PMI MANUFACTURIER
PROGRESSE DANS LA ZONE EURO
C’est la première fois depuis
novembre 2007 que, en avril,
tous les pays couverts
par l’enquête du cabinet Markit
voient leur activité progresser,
à l’indice 53,4, y compris la Grèce
qui a renoué le mois dernier
avec la croissance.

Des soldats ukrainiens font face à des civils pro-russes dans la région de Slaviansk. Photo Manu Brabo/AP/Sipa

L’Ukraine s’enfoncedans la violence
l Les derniers jours ont marqué une nouvelle étape dans les affrontements.
l Face au risque d’embrasement, Moscou et Washington temporisent.
UKRAINE
Un risque de « chaos ». Le terme
était généralement retenu hier soir
par les observateurs pour qualifier,
à l’est de l’Ukraine, une situation en
constant dérapage, nourrie de violences, d’affrontements armés, de
radicalisation et d’une visible perte
de contrôle des événements par les
responsables politiques.
Vendredi aura été la pire journée
de violences pour le pays depuis le
massacre de la place Maïdan, le
21 février dernier : à Odessa, jusqu’ici épargnée par l’insurrection
armée pro-russe, l’incendie de la
Maison des syndicats dans laquelle
s’étaient réfugiés des pro-russes, a
fait 42 victimes parmi les partisans
de Moscou, provoquant une vive
émotion internationale. Hier, le
grand port commercial et stratégique sur la mer Noire était toujours
sous le choc, au deuxième jour du
deuil national décidé par le président ukrainien Alexandre Tourt-

chinov, et alors que le Premier
ministre ukrainien assurait que
tous les hauts responsables de la
police de la ville ont été démis de
leurs fonctions et seront remplacés
pour avoir failli à leur tâche lors de
ces événements. Ce qui n’a pas
empêché de nouvelles violences,
hier soir : plus de 2.000 pro-Russes
ont pris d’assaut le siège de la police
de la ville et obtenu la libération des
prisonniers incarcérés lors des
heurts de vendredi.
Kiev avait au même moment
lancé vendredi une offensive « antiterroriste » sans précédent à Slaviansk et Kramatorsk, que le pouvoir ukrainien a étendue hier à

42
PERSONNES TUÉES
Le bilan de l’incendie
de la Maison des syndicats
vendredi à Odessa.

d’autres villes rebelles pro-russes
pourrépondreàlaproliférationdes
violences dans la région. Lougansk,
Donetsk, Marioupol, Kostiantynivka… dans la province du Donbass,
frontalière de la Russie, ont ainsi
connu des moments de haute tension dans la nuit de samedi à
dimanche.
Ces affrontements entre rebelles
pro-russesetsoldatsukrainiensont
douché les espoirs de désescalade
suscités par la seule bonne nouvelle
de ces derniers jours : la libération,
samedi, des 7 inspecteurs occidentaux de l’OSCE restés huit jours prisonniers des rebelles séparatistes
pro-russes de Slaviansk.

Le Kremlin joue
le pourrissement
Dans ce tableau délétère, les responsables politiques ukrainiens,
russes et occidentaux continuent
de se renvoyer la balle. Les violences font partie d’« un plan russe
pour détruire l’Ukraine et son Etat »
par la propagation des troubles

séparatistes dans l’est du pays et les
violences à Odessa, a déclaré, hier,
le Premier ministre Arseni Iatseniouk. Le Kremlin, qui semble
compter sur le pourrissement de la
situation pour assurer un référendum d’autodétermination des
régions pro-russes de l’Est le 11 mai
prochain et voir s’effondrer la perspective d’un scrutin présidentiel
anticipé le 25 mai pour élire le successeur de Viktor Ianoukovitch, en
a profité pour juger « pour le moins
absurde de parler d’élections » dans
le climat actuel de violences, et
appelélesEtats-UnisàinciterKievà
cesserimmédiatementleursopérations militaires.
Washington a, de son côté,
appelé, samedi, Kiev et Moscou à
« restaurer l’ordre » après les violences d’Odessa. La veille, Barack
Obama et Angela Merkel avaient,
depuis la Maison-Blanche, brandi
la menace de « sanctions sévères »
envers la Russie en cas d’aggravation de la crise ukrainienne.
— D. B.

DÉCRYPTAGE // De la bonne tenue ou non du scrutin dépendent de nouvelles sanctions.

Letestde l’électionprésidentielle du 25 mai
Virginie Robert
vrobert@lesechos.fr

P

lutôt qu’avec des chars, il
faut l’espérer, le combat se
déroulera dans les urnes et
ce sont les Ukrainiens qui devraient
en être les légitimes arbitres. Le
bras de fer entre Occidentaux et
Russes se focalise aujourd’hui sur
la tenue de la prochaine élection
présidentielle en Ukraine. Prévue le
25 mai, le même jour que les élections parlementaires européennes,
elle doit permettre de donner une
légitimité au prochain pouvoir exécutif installé à Kiev.
Le gouvernement actuel est brocardé par Moscou comme étant
celui de putschistes. Mais un président élu au suffrage universel ne

fera pas non plus les affaires de la
Russie qui a mobilisé son opinion
publique contre les « fascistes » de
Kiev. Car cela pourrait marquer
l’avènement d’un gouvernement
ukrainien pro-occidental quand
Moscou cherche à faire avancer
l’idée d’une fédération, plus conforme à ses intérêts. Son objectif :
faire en sorte que les régions prorusses de l’Est, dont le bassin industriel est un partenaire commercial
important de la Russie, gagnent en
autonomie et se placent peu ou
prousousleprotectoratdeMoscou.
En soutenant et en armant les
séparatistes ukrainiens de Slaviansk et de la région (capables
d’abattre des hélicoptères !), en
orchestrant une guerre de l’image
– des femmes et des personnes

âgées essayant de faire reculer les
chars de l’armée ukrainienne à
l’entrée de Slaviansk –, Moscou
espère que suffisamment d’incidents seront générés pour rendre
impossible la tenue d’un scrutin
dans des conditions satisfaisantes.

Risque d’aggravation
Dès lors, s’appuyant sur un référendum des séparatistes prévu pour le
11 mai, la Russie cherchera à poussersasolutionfédéralesurunetable
de négociation internationale. A la
recherche d’un accord qui aurait
une vie plus que longue que celui
obtenu à Genève, le 17 avril dernier,
opportunément déclaré caduc par
Vladimir Poutine. Et encore, c’est là
un scénario optimiste. Il faudrait
pour cela que l’instabilité qui règne

n’ait pas dégénéré en guerre civile
ou qu’un terrible incident comme
celui de l’incendie d’Odessa, qui a
fait plus d’une quarantaine de
morts, ne justifie pas une intervention russe plus musclée.
A la suite de ces événements, la
chancelière Angela Merkel s’est
montrée plus ferme à Washington
sur l’hypothèse de nouvelles sanctions alors même que l’Allemagne
est le deuxième partenaire commercial de la Russie après la Chine.
Le test, a-t-elle prévenu aux côtés de
Barack Obama, sera la bonne tenue
de l’élection présidentielle en
Ukraine. Faute de quoi, les sanctions toucheront cette fois la
finance et le secteur énergétique
russes dans un pays que le FMI considère déjà en récession. n

MerkeletObama
menacentMoscou
desanctionsplussévères
A ce stade, les deux
dirigeants n’ont pas précisé
quels secteurs économiques
seraient frappés.
Karl De Meyer
kmeyer@lesechos.fr
— Bureau de New York
Les Occidentaux sont prêts à mettre
en œuvre une nouvelle étape de
sanctions envers Moscou
(la « phase 3 »). Angela Merkel et
Barack Obama ont clairement fait
passer ce message et accentué la
pression sur la Russie, vendredi, au
terme de leur entretien à la MaisonBlanche. De nouvelles sanctions
économiques seront prises si les
élections organisées le 25 mai en
Ukraine devaient être perturbées,
ont-ils indiqué. « Si la Russie continue sur sa trajectoire actuelle, nous
avons une série d’instruments à notre
disposition, des sanctions qui viseraient certains secteurs de l’économie
russe », a précisé Barack Obama.
Angela Merkel était sur la même
ligne, déclarant que « le 25 mai n’est
passiloin.S’iln’estpaspossibledestabiliser la situation, les sanctions
seront inévitables ».

Les Européens divisés
Il était important pour le président
américain d’obtenir le plein soutien
d’Angela Merkel, leader de la première économie européenne, alors
que les gouvernements de l’UE sont
moins enthousiastes que Washington à l’idée d’un renforcement des
sanctions.Lesdéclarationsd’Angela
Merkel interviennent alors que de
nombreuses entreprises allemandes militent au contraire pour une
attitude prudente. Selon la commission des Relations économiques
avec l’Europe de l’Est, environ
6.000 entreprises allemandes font
des affaires en Russie et
350.000 emplois allemands dépendent de ce commerce. Les Européens se divisent sur la nature des
sanctions à engager. Des mesures

dans le secteur financier pénaliseraient plus le Royaume-Uni, des
sanctions dans l’énergie, l’Allemagne,desreprésaillesdansladéfense,
la France. De nombreux pays européens sont en outre dépendants des
livraisons de gaz russe. La situation
actuelle suscite d’ailleurs un débat
sur l’avenir du modèle énergétique
européen. La chancelière Merkel
a estimé utile de « réfléchir à moyen
terme à la façon de créer une union
énergétique au sein de l’UE ». Quant à
Barack Obama, il s’est empressé de
préciser que l’accord de commerce
encoursdenégociationentrel’UEet
les Etats-Unis permettrait d’accélérer des livraisons de gaz liquéfié de
l’Amérique vers l’Europe.

« S’il n’est pas
possible de stabiliser
la situation, les
sanctions seront
inévitables. »
ANGELA MERKEL
Chancelière allemande

Le secrétaire à la Défense, Chuck
Hagel, s’est, lui, employé à faire passer un message aux Européens.
Vendredi à Washington, il a expliqué que la situation en Ukraine
« rappelle le but fondateur de l’Otan,
qui se trouve à un moment de clarification » et engagé ses partenaires
de l’Alliance atlantique à tenir leurs
engagements budgétaires de
dépenses militaires : seuls quatre
d’entre eux les ont remplis en 2013.
Reste que la rencontre ObamaMerkel n’aura pas permis d’éclaircir la situation en matière d’espionnage. Berlin, choqué d’apprendre,
via Edward Snowden, que le téléphone de la chancelière était sous
écoute, souhaitait qu’un accord de
« non-espionnage » soit conclu.
Mais là, Washington n’a fait aucun
geste d’apaisement. n