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COLLECTION ANDRB ET MADELEINE MALRAUX
‘Fautrier parle tête baissée, s’excluant un peu de ses propos, comme
fâché de naissance, disant des choses admirables en détestant tout
le monde. Pour lui, technique et peinture sont deux choses qui n’ont
rien à voir. Il ne veut pas qu’on s’attarde sur sa technique, bien qu’il la
considère supérieure. C’est un poète de l’anti-rêverie. Il est impétueux,
rageur, coupant, outragé. Le réel est la porte d’entrée de son œuvre.
Il est insupportable, passionnant, attachant parce que blessé.’

‘Fautrier speaks with his head down, taking the distance, in a sense, from
his own words, as if he is angry by birth, saying wonderful things and hating
everyone at the same time. For him, art and technique are two things that
have nothing in common. He does not want people to dwell upon his
technique, although he considers it superior. He is a poet of anti-reverie.
He is brash, incensed, cutting, and outraged. The reality is a gateway to his
work. He is unbearable, exciting, engaging because injured.’

Par ces quelques mots, Madeleine Malraux montre à quel point elle a
su comprendre, percer l’artiste et son œuvre. Peu de personnes en effet
ont pu pénétrer l’intimité du peintre avec la même proximité qu’André
et Madeleine Malraux. Cette complicité remonte à leurs années
de jeunesse, lorsqu’André rencontre Jean en 1928. L’attirance est
immédiate, réciproque et nécessaire, les deux hommes se comprennent
et partagent la même conception de ‘ce vers quoi doit tendre la peinture’.

With these few words, Madeleine Malraux shows to what extent she was
able to understand, to pierce the artist and his work. Few indeed were
able to penetrate into the intimacy of the artist with the same proximity
as André and Madeleine Malraux. This complicity dates back to their years
of youth, when André met Jean in 1928. The attraction was immediate,
reciprocal and vital; the two men understood each other perfectly and
shared the same idea of ‘the direction that painting should pursue’.

De leur première résidence à Boulogne jusqu’à l’appartement de
l’avenue Victor Hugo, Fautrier a toujours été présent. Madeleine
raconte ainsi qu’au retour de sa première entrevue avec le Général de
Gaulle en 1945, André Malraux ‘s’est ensuite plongé dans ses objets,
regardant où il pourrait accrocher ses toiles de Fautrier’, venant tout
juste d’emménager à Boulogne.

From their frst residence in Boulogne to the apartment avenue Victor
Hugo, Fautrier has always been present. Madeleine tells that on the
return from his frst meeting with General de Gaulle in 1945, André
Malraux ‘immediately immersed himself in his objects, looking for
a place to hang his paintings by Fautrier’, who has just moved to
Boulogne.

Malraux a su parfaitement mettre en mots le lexique pictural de Fautrier,
traduisant cette ‘hieroglyphie de la douleur’ comme il la défnissait.
Cette collection refète également l’histoire, plus intime, de ce couple
emblématique qui trouvait à travers la peinture les ferments de leur
propre complicité lorsque Madeleine confait : ‘Je suis l’une des rares
personnes qu’André supporte (ou souhaite ?) à ses côtés pour regarder
des tableaux. Il aime que ma présence baigne son regard, et ma musique
son écriture.’

Malraux knew perfectly well how to put into words the pictorial
lexicon of Fautrier, to translate this ‘hieroglyph of pain’ as he
defined it. This collection also reflects the history, more intimate,
of this iconic couple who found through painting the seeds of
their own complicity as Madeleine confessed: ‘I am one of the
few people André supports (or wants?) to be with him to look at
the paintings. He likes that my presence smooths his gaze and my
music - his writing.’

André et Madeleine Malraux posent pour un magazine américain dans leur
appartement, 1947. - © Archives personnelles de Madeleine Malraux

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Vue de l’appartement de Madeleine Malraux.
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