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LA COUPE IMMONDE

2 EUROS /N°110

///

ETE 2014

ISSN 1240 /// CCPAP 0911 G 89086 ///

/// LES JEUX DU CIRQUE : LA COUPE IMMONDE
/// DOSSIER : CONFUSION « ANTISIONISTE » ET OPPORTUNISME D’EXTREME

/// ACTUALITE : LES CELLULES DU FANATISME /// LES ELECTIONS PASSENT,
LES PROBLEMES RESTENT ... ET EMPIRENT /// NEUTRALITE DU NET : C'EST QUOI ?

GAUCHE /// NI PATRIE NI FRONTIÈRES /// AVEC LES OPPRIMES TOUJOURS, AVEC LES

/// INTERNATIONAL /// BRESIL :

ANTISEMITES ET LES CONFUSIONNISTES JAMAIS

PRISONNIERS SOCIAUX BRESILIENS /// POLOGNE : HOPITAUX

/// REFLEXIONS & DEBATS : LE RETOUR EN FORCE DES NATIONALISMES,

/// SOCIAL : GAUCHE, SYNDICATS, PATRONAT : ENSEMBLE, TOUT DEVIENT POS-

ETERNELS FACTEURS DE GUERRE /// ECOLOGIE

& AUTONOMIE, A PROPOS DES ZAD

/// LES LIBERTARIENS : RIEN DE LIBERTAIRE, TOUT DE FASCISTE

CNT AIT

LIBEREZ ICARE POLITO ET TOUS LES

SIBLE !

/// CÉNÉTISTEMENT VÔTRE, COURRIER DES LECTEURS

RESISTANCE POPULAIRE AUTONOME

2

EDITO

ANARCHOSYNDICALISME !
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Anarchosyndicalisme !
n°140,
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ANARCHOSSYNDICALISME ! Organe de l’Union régionale
Midi-Pyrénées de la CNT-AIT - IMP SPE - 29 mars 2014
Directeur de la publication : Entremond

LES CELLULES DU FANATISME

L

’actualité vient encore d’illustrer comment la religion s’attaque aux hommes en souffrance pour leur faire avaler des
croyances insensées. Le tueur de Toulouse, ou celui de
Bruxelles, et d’autres encore, en Syrie ou ailleurs, ont tous fait ce
voyage intérieur qui démarre par l’adhésion à des absurdités
pour aboutir aux atrocités du fanatisme.
Faut-il encore le redire ? S’il existe un lieu de désespérance dans
lequel on peut se faire embarquer pour un tel voyage, c’est bien la prison. Dans ce qui est une machine à broyer, l’être humain réduit à un
numéro d’écrou, est privé de sa liberté, coupé de ses proches. Cet éloignement affectif est toujours cruel, souvent insupportable. Tout
devient alors bon pour le combler, y compris les pires théories. Dans
l’histoire humaine on rencontre deux fois les cellules –au sens
physique du terme : dans les prisons et dans les monastères*1. Ces petites pièces fermées au monde extérieur sont faites pour livrer l’individu isolé aux frayeurs des espaces infinis et des silences éternels.
Depuis plus de 20 ans, depuis au moins l’affaire Khaled Kelkal, on
constate combien le prisonnier, mis en condition par ce système carcéral, est une proie facile pour les religions. Celles-ci lui offrent à la fois
l’espoir, la communion et même la rédemption, avec une facilité hallucinante. Il lui suffit de cesser de penser, il lui suffit de croire ce qu’on
lui dit de croire et d’affirmer sa foi. Quand un homme cesse de penser, quand il abandonne son esprit critique, tout devient possible,
même et surtout le pire.
Tout ceci relève de la manipulation mentale. Eh bien, il se trouve
que pour de nombreux zélotes de la répression et autres orienteurs
patentés de l’opinion publique, il existerait une manipulation extrémiste (insupportable) et une manipulation modérée (recommandée). En
conséquence, pour lutter contre les manipulateurs extrémistes, ils faudrait faire entrer dans les prisons encore plus des manipulateurs supposés modérés. Plus il y aura de curés et autres imans dans les prisons,
moins il y aura de fanatisme, osent-ils insinuer*2. Or, en prison on est
privé de tout, sauf de religion. Il s’ensuit que la religion y progresse et
avec elle le fanatisme. Car la religion porte en elle le fanatisme comme
l’orage porte en lui la foudre. La prison quant à elle, est l’école du
crime. On le sait depuis longtemps. Elle est maintenant, en plus, celle
du fanatisme religieux. C’est la réalité objective, une réalité certainement dérangante pour le lobby du « tout répressif ».
Pour lutter contre la manipulation, il serait bien plus sensé de ne
pas commencer par en semer le germe, si modéré soit-il dans ce
« bouillon de culture »*3 qu’est la prison. Et si le pouvoir ne se décide
toujours pas à supprimer le système carcéral, qu’il ouvre au moins les
cellules qui sont la cause structurelle du fanatisme, que le prisonnier ait
accès dans des conditions humaines à son conjoint, à ses enfants, à sa
famille et à ses amis. Que l’enseignement du savoir y soit favorisé, plutôt que la diffusion des inepties religieuses. Ou que le pouvoir assume
une fois pour toute la responsabilité d’y entretenir une pépinière de
fanatiques.

p

_1.- Monastère, moines, sont des termes provenant du grec μοναχός
(monachos), « célibataire, solitaire, unique, dérivé de μόνος (monos) seul. »
(Wiktionnaire). _2.- Voir, par exemple, dans « Le Figaro », du 03 juin 2014,
l’article dans lequel le curé Viot, sous le titre « Islamisme en prison : à qui la
faute ? », attaque en règle la laïcité et demande la multiplication des imans «
modérés » en prison (et sous-entendu aussi, des curés). Cet article s’inscrit
dans la logique d’une campagne sournoise menée par des personnalités
politiques pour renforcer l’emprise des religions en prison. _3.- Au sens
biologique du terme : milieu nutritif dans lequel on fait croitre les germes
(en particulier, les bactéries infectieuses).

Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

ACTUALITE

DE LA COREE DU NORD A L’EUROPE

LES ELECTIONS PASSENT, LES PROBLEMES RESTENT ... ET EMPIRENT

E

n Corée du Nord, les élections sont un peu particulières.
Dans ta circonscription tu votes pour... un seul candidat.
Du coup – et clairement – les élections sont une cérémonie
périodique de renouvellement d’allégeance au pouvoir, mâtinée de contrôle social. Les coréens qui n’accourent pas aux
urnes sont repérés et leur sort devient vite périlleux. Les
votants, eux, se pressent dans les bureaux de vote et, à l’annonce du résultat, dansent et acclament le gagnant dans une
liesse générale obligatoire, fêtant l’heureuse surprise. N’en
rions pas trop, pas trop vite. Nos élections (et les dernières
européennes en particulier) dégagent comme un étrange
parfum coréen...
L’intérêt des élections coréennes, c’est que leur coté brut offre
un miroir à notre système dit de
démocratie représentative. Il met à
jour certains aspects cruciaux du
rôle des élections dans notre société. Notamment leur fonction de
légitimation du système, tout à l’inverse des visées affichées par les
élus et candidats (qui se présentent
– qui en douterait ? – pour servir la
société et les administrés). Car
chez nous aussi le rôle des élections est de valider un système
politique, de le cautionner, de le
rendre acceptable.
Second point commun : le coté
« contrôle social ». En effet, si dans
l'exemple de la Corée du Nord, l'unicité du candidat met en pleine
lumière les dessous du spectacle,
nous n’en sommes jamais très loin
ici. Il ne faut pas se leurrer, les élections servent essentiellement à
encadrer idéologiquement la population, à lui faire admettre qu’elle
doit obéissance à ses chefs, à la
soumettre, même si c’est avec plus
de tact et de discrétion. Et les intérêts populaires dans tout ça ? Et
l'amélioration des conditions –
matérielles et intellectuelles - de vie
des plus pauvres ? Et l’enrichissement des relations sociales de chacun ? Tout cela est bien oublié. La
démocratie représentative, n'a
pour véritable but que de défendre
des intérêts bien précis : ceux des
possédants et des dirigeants. Il faut
être bien naïf pour penser que ces

messieurs-dames sont en mission
pour nous...
Les dernières élections (européennes cette fois ci) sont, du fait
du faible intérêt de la population
(abstention record à chaque fois),
facilement comparable avec celles
de la Corée du Nord en ce qui
concerne la légitimité (ou plutôt
l’absence de légitimité) qu’elles
confèrent aux heureux élus ! C’est
le troisième
point
commun.
Ici
comme là-bas,
elles servent à
concentrer un
peu plus le
pouvoir et à
verser de grasses rémunérations à des
hordes de technocrates payés à
légiférer sur nos vies. Ces élections,
comme les autres, ne peuvent
apporter rien de positif. Elles peuvent même apporter beaucoup de
négatif. Dans le cas présent, elles
ont essentiellement servi à renforcer le Front National et des partis
d’extrême-droite d’autres pays.
Faisons remarquer que ces partis
affichent un rejet complet de
l’Europe et disent vouloir rompre
définitivement avec elle. Gageons
que leur révolte anti-européenne,
leur rupture avec le système, n’ira
pas jusqu’au refus, la tête haute,
des juteux salaires, des insondables
indemnités et autres prébendes
Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

que Bruxelles leur distribuera (à
eux comme aux autres) avec une
générosité d’autant plus grande
que c’est nous qui payons. On n’est
pas loin ici non plus de la Corée du
Nord. Pour le cynisme. Et pour le
renforcement des conceptions
autoritaires.
Loin d’être ce gage de renforcement de la démocratie qu’on nous
met en permanence sous les yeux,
les élections européennes nous
rappellent que le système électoral
peut permettre à des minorités
autoritaires de parvenir au pouvoir
jusqu’à même… supprimer toute
démocratie. Cela s’est déjà vu dans
l’histoire… Quand elle ne conduit
pas à des résultats aussi catastrophiques, la participation aux élections renforce au minimum le capitalisme et l’Etat.
L’abstention est donc pleinement justifiée, mais elle n’est
jamais suffisante. Il serait irresponsable de laisser
faire, il s’agit au
contraire, de porter
la contestation, de
lutter, partout et
toujours.
Inévitablement, ces
élections européennes, après avoir
soulevé le cœur de
bien des gens, soulèveront la question de la lutte antifasciste. Les manifestations, parfois spontanées, qui ont accueilli
les résultats ne sont pas à mépriser,
mais elles sont insuffisantes. C’est
un travail d’information, de relations, de solidarité, une présence
au quotidien, dans la population,
au milieu des « difficultés » qu’il faut
mener. Non pas se claquemurer
frileusement (et confortablement)
« entre soi », mais au contraire, aller
à la rencontre des gens pour discuter, débattre, démontrer, pour soutenir les initiatives autonomes,
pour redonner confiance en soi et
en un autre futur.

p

3

DOSSIER

DOSSIER

4

H

abituellement, en dehors de son courrier des
lecteurs, Anarchosyndicalisme ! publie des articles rédigés par des militants de la CNT-AIT.
Pour aborder le thème de l’antisémitisme, nous
avons choisi d’une part de nous entretenir avec Yves
Coleman, militant internationaliste indépendant qui
connait particulièrement bien cette question et d’autre part de reproduire une part du site du groupe
« Antifascistes Anarchistes Autonomes », très actif
dans la mouvance antifasciste, qui synthétise un point

de vue clarificateur sur les relations de l’antifascisme
et de l’antisionisme.
Il est évident que si nous prenons la responsabilité de publier ces deux textes, c’est que, sur le fond de
la question (antisionisme / antisémisme) nous partageons le point de vue des auteurs, même si nous ne
faisons pas nôtre l’ensemble des positions qu’ils
développent par ailleurs (par exemple, ce qui concerne la notion de peuple ou d’autodétermination).
La rédaction

Confusion « antisioniste » et
opportunisme d’extrême gauche
Y
ves Coleman, bonjour. Dans
ces temps de grande confusion
idéologique, nous voudrions débroussailler avec toi quelques
notions tournant autour de
l’antisémitisme - un thème hélas
d’actualité - auquel « Ni patrie ni
frontières » la revue que tu animes, a
consacré de nombreux travaux.
La pagination réduite d’A narchosyndicalisme ! nous obligera à
centrer cet entretien sur un seul des
multiples aspects de la question :
les rapports entre extrême gauche
et antisémitisme. En préambule,
peux-tu nous dire comment tu vois
en général la question des
religions ?
— Je pense qu’une conception matérialiste, rationaliste, scientifique, du
monde aide à mieux comprendre comment il fonctionne. Les conceptions
religieuses, ou plus généralement idéalistes, sont un handicap pour analyser
la réalité. Ou alors leurs partisans
compartimentent leur cerveau et leur
vie quotidienne, adoptant des raisonnements scientifiques pour une partie
des phénomènes analysés ou une partie de leurs actions, et des superstitions
ou des fantasmagories pour d’autres.
D’un autre côté, l’athéisme et le
rationalisme sont nécessaires mais pas
suffisants. Pas plus que l’anticléricalisme, l’athéisme et le rationalisme n’immunisent contre le dogmatisme, le sectarisme, l’antisémitisme, le sexisme, le
racisme ou simplement l’ignorance...
Par principe, je respecte les convictions religieuses et je respecte les

croyants. Ce que je ne respecte pas,
c’est l’usage ou la portée politique
réactionnaire des convictions religieuses et les hiérarchies, officielles ou
officieuses, des différentes religions
qui sont toujours du côté des exploiteurs*1.
Mais, une fois affirmé que je
respecte les droits démocratiques élémentaires des croyants, je tiens à ce
que cela soit réciproque. En clair, je
tiens à ce que les croyants respectent
aussi la liberté totale d’organisation, de
réunion et d’expression des athées, des
anarchistes, des marxistes, etc. Où que
ce soit et dans toutes les circonstances...
Pour entrer plus avant dans la
question qui nous intéresse ici,
quels sont les rapports entre
sionisme et judaïté ?
— Déjà il faudrait se mettre d’accord
sur la définition de mots comme
« sionisme » et « juif », et ce n’est pas une
tâche aisée. Pour ma part, je pense que
le sionisme est une idéologie nationaliste, avec différentes tendances dont
aucune ne me satisfait – et pour cause
– puisque je suis un adversaire résolu
du nationalisme, fût-il juif ou israélien.
De plus il existe des « sionistes » nonjuifs, chrétiens, néoconservateurs,
sociaux-démocrates, voire d’extrême
droite.... C’est donc une erreur
grossière que d’assimiler « sionisme »
(au sens de défense inconditionnelle
de l’Etat d’Israël et de ses gouvernements) avec la judéité ou la judaïté. La
question d’Israël est une question politique, géopolitique, et non pas une

question religieuse ou encore moins
« ethnique » !
Quant au terme de « juif », il désigne soit ceux qui sont des adeptes de
la religion juive (les juifs), soit ceux qui
pensent faire partie du ou des peuples
juifs (les Juifs), soit les deux à la fois. Je
n’ai pas à décider pour les juifs et les
Juifs quelle doit être leur relation avec
l’Etat d’Israël, ni même s’ils veulent
continuer à se dire « juifs » ou « Juifs »,
et quels sens (multiples, pour ne pas
dire innombrables...) ils accordent à
ces termes. Ni même s’ils se
considèrent comme des « minorités
nationales » ou pas en dehors d’Israël*2
et quels droits spécifiques doivent
revendiquer ces dites minorités nationales...
Par contre, j’ai le droit, et tout le
monde a le droit, de critiquer les différentes formes du sionisme, la politique
de l’Etat d’Israël, les organisations
communautaires juives laïques ou religieuses et les différents courants du
judaïsme, tant que ces critiques n’essentialisent pas les juifs ou les Juifs et
ne font pas appel à des stéréotypes
antisémites.
Je ne pense pas que l’antisionisme
soit automatiquement antisémite*3. Il
faut faire attention à ne pas assimiler
toutes les formes d’antisionisme à l’antisémitisme, à ne pas vider de sens le
terme d’antisémitisme, comme le font
de nombreux partisans inconditionnels d’Israël, d’autant que, depuis une
vingtaine d’années, il existe des
courants « postsionistes » ou antisionistes dans l’intelligentsia israélienne,

Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

DOSSIER

et les porte-parole de ces courants*4
sont juifs et pas antisémites (même si
certains Israéliens les accusent des
pires déviations*5). Le problème n’est
donc pas « l’antisionisme » mais les
stéréotypes antisémites qu’utilisent de
nombreux antisionistes, y compris en
Israël.
Puisqu’il est question de stéréotypes, d’où sortent ceux ressassés par
une bonne partie de l’extrêmegauche ?
— Les arguments fondamentaux de
l’antisionisme « gauchiste » actuel ont
été fabriqués par les staliniens soviétiques, qui eux-mêmes étaient antisémites, comme en témoignent l’arrestation puis l’exécution des dirigeants du
Comité juif antifasciste en 1952, le
procès des blouses blanches en URSS
en 1953 (« Tout sioniste est l’agent du service de renseignement américain, déclara
Staline. Les nationalistes juifs pensent que
leur nation a été sauvée par les États-Unis,
là où ils peuvent y devenir riches, bourgeois.
Ils pensent qu’ils ont une dette envers les
Américains. Parmi mes médecins, il y a
beaucoup de sionistes »), puis les procès
antisémites en Tchécoslovaquie (1952)
et les campagnes antisémites en
Pologne (1952, 1968), par exemple. Ce
sont les staliniens soviétiques et leurs
alliés nationalistes de gauche, d’abord
dans les pays de l’Est, puis dans les
pays arabes, puis enfin à l’échelle
planétaire, qui ont fait du mot
« sioniste » un terme à la fois injurieux
sur le plan politique, diabolique sur le
plan religieux et commode pour
remplacer le terme de « juif » et donc
dissimuler son antisémitisme.
Mais la question est encore plus
complexe. En effet, l’antisionisme stalinien s’est diffusé aussi grâce aux
« communistes » juifs, partisans de
l’assimilation totale et convaincus que
le socialisme mettrait fin à toutes les
discriminations :
_ dans les démocraties populaires, y
compris dans des pays où les staliniens
juifs avaient un poids non négligeable
dans la justice, dans la police, dans
l’administration voire dans l’appareil
du Parti et à sa tête. Cette surreprésentation des Juifs dans les sphères dirigeantes de certaines démocraties
populaires (la Hongrie étant l’exemple

extrême) et les jeux cyniques de
l’URSS et des Etats pseudo-socialistes
ont abouti à faire endosser aux Juifs
staliniens la responsabilité de la répression étatique menée contre les travailleurs et paysans de l’Est, parfois
même des pogroms dans les premières
années des régimes « communistes »,
mais aussi l’effacement de la spécificité du judéocide et des responsabilités
des populations d’Europe de l’Est. Ce
silence assumé par les juifs staliniens a
de fait nourri l’antisémitisme populaire,
sur
différents
thèmes
contradictoires ou complémentaires :
« Les communistes et les juifs sont main dans
la main » ; « Les juifs rescapés du judéocide
sont favorisés » ; « Les juifs ne font pas
vraiment partie de la nation » ; voire encore plus loufoque, si c’est possible, « Les
anciens capitalistes juifs et les communistes
juifs au pouvoir se mettent d’accord », etc.
On voit aujourd’hui les résultats délétères de cet antisionisme qui prenait
les juifs et les Juifs pour cibles dans
tous les ex-pays « communistes » ;

_ dans les pays du Proche et du
Moyen-Orient par l’intermédiaire des
partis pseudo-communistes locaux
dont une grande partie des membres
et des dirigeants étaient juifs. Partis
staliniens locaux qui, à commencer par
celui de Palestine, n’avaient pas grandchose à dire contre l’antijudaïsme et
l’antisémitisme musulmans, voire
contre les pogroms commis en
Palestine (par exemple, celui d’Hébron
en 1929 où l’on remarquera que ce ne
furent pas les nouveaux colons juifs
européens qui furent massacrés mais
les Juifs dont les ascendants vivaient
depuis des siècles en Palestine, ce qui
en dit long sur l’anticolonialisme
palestinien et sa dimension religieuse,
fondamentalement liée à la place subalterne des dhimmis juifs, dans les

sociétés régies par l’islam)....
La question palestinienne, que tu
viens d’évoquer à travers ce point
d’histoire, joue un grand rôle dans
la confusion entretenue entre
« sionisme » et « antisémitisme ».
Pourquoi, d’après toi, la Palestine
est-elle devenue la « cause n°1 »
d’une grande partie de l’extrême
gauche ?
— C’est une question compliquée
mais je vois plusieurs raisons
notamment*6 :
_ la négation de l’existence de l’antisémitisme depuis la Seconde Guerre
mondiale au sein de la gauche et de
l’extrême gauche,
_ l’incapacité à faire un bilan honnête
de l’apathie de la gauche face à l’antisémitisme avant, pendant et après la
Seconde guerre mondiale,
_ l’incapacité à s’attaquer aux interventions impérialistes de sa propre bourgeoisie. En France, c’est flagrant : à
part pendant la guerre
d’Algérie où les appelés
étaient
directement
concernés, il n’y a jamais
eu de mouvement con-tre
les dizaines d’interventions
françaises menées en
Afrique, jamais de « bateau
pour... » Bangui, Douala ou
Abidjan, jamais le moindre
boycott des produits français à cause de la complicité de la France dans le génocide du
Rwanda ou des massacres ou répressions commis en Afrique avec le soutien logistique de l’armée française, ou
la
complicité
politique
des
gouvernements français,
_ l’incapacité à formuler une critique
du capitalisme radicalement différente
des courants populistes qui prennent
toujours pour cibles des individus et
non le système capitaliste, et parmi ces
individus les bourgeois juifs plutôt que
les autres*7, une vieille tradition de
« gauche »,
_ la volonté de sauter sur les causes à
la mode (ce que j’appelle la politique
des sauterelles), celles du tiers monde
ayant toujours une forte capacité de
mobilisation dans la jeunesse scolarisée, depuis les années 60, à condition

Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

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DOSSIER

de ne pas s’attaquer au nationalisme
des mouvements de libération ni aux
Etats du Sud prétendument « antiimpérialistes »*8.
Les aspects religieux ne semblent
pas tenir une grande place dans ce
positionnement …
— Fondamentalement, les « anti-sionistes » occidentaux ne s’intéressent
guère aux questions religieuses, ils
n’ont aucune culture religieuse solide,
ni sensibilité religieuse. D’où leur viendraient-elles
dans
des
pays
occidentaux de plus en plus sécularisés ?
Notons au passage que même les
croyants actuels se livrent à des bricolages démentiels sur leur religion*9. Les
« antisionistes » occidentaux s’intéressent encore moins aux relations complexes entre religion et politique dans
les Etats « musulmans » des 57 Etats
membres de l’OCI (Organisation pour
la conférence islamique). C’est
d’ailleurs une des raisons pour lesquelles ils reprennent la thèse de l’islamophobie défendue par l’OCI dans les
institutions internationales.
Comment, pourquoi ?
— Les gauchistes antisionistes ont une
position totalement opportuniste face
à ces questions, quasi infantile, du
type : « Puisque la droite et l’extrême droite
occidentales critiquent l’islam, nous on ne va
pas le critiquer, comme cela on marquera
notre différence » ; ou, un poil moins
stupide : « Puisque beaucoup de prolétaires
dans les pays occidentaux sont musulmans,
on ne va pas critiquer la religion des prolétaires » ; ou encore, dans le genre victimaire et confusionniste : « La bourgeoisie a remplacé l’antisémitisme par l’islamophobie, donc on va lutter contre le racisme
antimusulmans, et comme cela on va sortir de
notre position groupusculaire. » Et pour
tenter d’impressionner ceux qui ne
sont pas d’accord avec la thèse de l’islamophobie, ils accusent ceux qui ne
pensent pas comme eux d’être de fait
des... racistes ! Cette confusion délibérée entre discriminations religieuses
antimusulmanes et discriminations
racistes dirigées contre les personnes
originaires (ou censées être originaires)
du Proche et du Moyen-Orient ne sert,
à mon avis, ni la lutte contre les discri-

minations religieuses ni la lutte contre
les discriminations racistes, luttes toutes deux nécessaires mais dans la clarté politique, pas dans la confusion
identitaire.
Ce type de position relève de l’opportunisme le plus plat, de la recherche de raccourcis pour conquérir une
audience de masse ou même tout simplement pour acquérir un peu d’oxygène politique. Cet opportunisme gauchiste est d’ailleurs une
conséquence directe de l’opportunisme universitaire,
sensible aux modes dans les
institutions internationales
(ONU,
UNESCO,
Communauté européenne),
grandes dispensatrices de subventions
pour financer les recherches identitaires, multiculturalistes, religieuses, etc.
Pour en venir à l’actualité, des
organisations d’extrême gauche, et
même libertaires, ont pris récemment la défense de Dieudonné.
Qu’en penses-tu ?
— Dieudonné est aujourd’hui un militant politique d’extrême droite. Sa
popularité, il l’a acquise au sein du
mouvement antiraciste de gauche dans
les années 80. Elle est, entre autres, le
reflet :
_ de la confusion politique introduite
par la gauche réformiste antiraciste
(confusion dont lui et bien d’autres
comiques « ethniques » ont profité pour
commencer leur carrière : les discours
multiculturalistes type « Touche pas à
mon pote », « respect de la différence » et autres « république métissée » et la généralisation des discours victimaires au
détriment de ceux fondés sur la
solidarité de classe),
_ de l’incapacité de la société française
(y compris de la gauche) à reconnaître
la profondeur du racisme institutionnel qui sévit en son sein (au sein de
l’Etat, des partis, des groupes militants, etc.), incapacité qui a ouvert un
boulevard aux idéologies identitaires y
compris parmi les « minorités
visibles »,
_ et de l’incapacité des « révolutionnaires » à dégager une position de classe à
propos des discriminations racistes,
institutionnelles ou pas, et de l’immi-

gration (ce qui a permis à Dieudonné,
dans un deuxième temps, de développer un discours pseudo radical contre
le « Système » au nom des « non-Blancs »
ou des « non-juifs » sur les questions de
l’esclavage, de la Palestine, etc.)*10.
Je voudrais rajouter que, depuis les
mesurettes répressives prises par Valls
contre Dieudonné, on trouve dans
toutes sortes de médias alternatifs, y
compris libertaires*11 une campagne
présentant Valls comme
plus raciste que Dieudonné,
comme responsable par
ricochet de la montée de
l’antisémitisme en France
chez les populations dites
musulmanes, et aussi
comme étant le « chargé de com » de
Dieudonné. Il est évident que Valls
n’est même pas un démocrate
antiraciste sincère : ce laquais de la
bourgeoisie pratique le contrôle des
migrations comme tous les hommes
d’Etat, de gauche ou de droite. De
plus, il a exprimé publiquement des
préjugés racistes contre les « Blacks »
(reprenant le vocabulaire identitaire et
multiculturaliste de la gauche et son
« humour »...) et les Roms (accusés, eux,
d’être inintégrables) mais je ne vois
aucune raison de diaboliser Valls plus
que n’importe quel autre ministre de
l’Intérieur ou de l’Immigration.
Chevènement, Joxe, Pasqua, Guéant,
Hortefeux, Besson, tout cela c’est
bonnet blanc et blanc bonnet !
Le titre de ta revue indique clairement un positionnement internationaliste. C’est la seule façon de
sortir des discours racistes dans
lesquels certains s’enferment.
Comment vois-tu les choses ?
— L’internationalisme n’est pas un
sentiment spontané. Il doit être nourri
par une culture politique commune,
des discussions, de nombreuses réunions, etc. Il doit mobiliser l’énergie de
gens qui parlent plusieurs langues, de
traducteurs et d’interprètes, etc. C’est
un processus long et difficile que de
communiquer dans plusieurs langues,
lorsque les interlocuteurs viennent de
cultures politiques différentes, et
même s’ils appartiennent au même
courant politique.

Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

DOSSIER

La Première Internationale est
peut-être plus proche de ce dont nous
avons besoin aujourd’hui. A l’époque,
le processus d’intégration nationale
n’avait pas encore atteint le niveau qu’il
atteignit durant l’apogée de la Seconde
Internationale ; pour les militants de la
fin du XIXe siècle l’internationalisme
se définissait avant tout par une profonde empathie pour les valeurs des
Lumières, ainsi que la lutte contre toutes les dictatures et les Églises. Nous
devons inventer une nouvelle façon de
pratiquer l’internationalisme*12.

p

_1 - « Les révolutionnaires, la laïcité et le multiculturalisme», http://www.mondialis
me.org/ spip.php?article1948 _2 - Cf. le
point de vue anarchiste exprimé dans
« Face à l’antisémitisme, pour l’autodéfense ! »
http://rebellyon.info/?Face-a-lantisemitisme-pour-l _3 - « Sur L’antisémitisme partout de Badiou et Hazan, ou comment dissimuler les acquis d’un siècle de débats
sur le sionisme », http://www.mondialisme.org/spip.php?article1809 _4.- Les
« nouveaux historiens » comme Ilan Pappe,
Benny Morris avant son virage, Tom
Seguev, et des universitaires comme

C

lyon.info/?Contre-le-poison-raciste) et
le texte de Pierre S. repris et approuvé
par l’Organisation communiste libertaire (http://oclibertaire.free.fr/spip.php?
article1512) « A quoi sert Dieudonné et qui
en profite », ou ce communiqué de la
campagne « Boycott Désinvestissements
Sanctions contre le régime d’apartheid israélien » repris par la CNT-F [NDLR : une
des organisations se revendiquant du
sigle CNT, celle dite Vignoles]
(http://www.cnt-f.org/international/
Communique-de-la-campagne-BDSsur-Dieudonne-et-Valls.html) _12.- Je
n’ai pas de conception originale et particulière de l’internationalisme mais je
peux renvoyer à ces deux textes :
« Nation, peuple et cultures : réponses au questionnaire d’A voix autre, site libertaire belge »,
http://www.mondialisme.org/spip.php
?article1176 et à ce chapitre du livre de
Karim Landais : http://www.mondialisme.org/spip.php?article1407 « Culture,
nation, ethnie, nationalisme : du flou et du
moins flou de quelques définitions ». Même si
je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’écrivait Karim, au moins fournit-il de
bons éléments de départ pour une discussion approfondie.

Sand, Zertal et Kimmerling _5 - cf.
« Post-sionisme, Post-Shoah » d’Elhanan
Yakira, pour une argumentation sophistiquée mais réac. _6.- « Sur les sources de
l’antisémitisme de gauche, anticapitaliste et/ou
anti-impérialiste » http://www.mondialisme.org/spip.php?article2055 _7.- « De
l’Affaire Dreyfus à l’incident Yardeni : la
haine des bourgeois juifs (et beaucoup moins des
autres) » http://www.mondialisme.org/
spip.php?article2038 _8.- « Sur l’antiimpérialisme réactionnaire et ses conséquences
néfastes », http://www.mondialisme.org/
spip.php?article1361 ; « Chavez antisémite ? Est-ce le fond du problème ? »
http://mondialisme.org/spip.php?articl
e614 _9.- Cf. l’excellent bouquin
d’Olivier Roy, La Sainte Ignorance, Seuil,
2008. _10.- On pourra lire à ce sujet ces
textes des Luftmenschen : « Antisionistes
encore un effort », http://www.mondialisme.org/spip.php?article1296 ou « La
Dieudosphère, bien plus vaste qu’elle n’en a
l’air » http://www.mondialisme.org/
spip.php?article2010, ou en anglais :
« Dieudonné, symptom of a wider problem »,
http://www.workersliberty.org/story/2
014/01/13/dieudonn%C3%A9-symptom-wider-problem) _11.- Notamment
ceux de la CGA de Lyon (https://rebel-

NI PATRIE NI FRONTIÈRES

réée en 2002, la revue « Ni patrie ni
frontières » a pour objectif de présenter différents points de vue révolutionnaires autour d’un même thème,
dans la mesure où il est impossible de
discuter « entre nous » de façon productive, comme en témoignent les listes de discussion et forums Internet où
l’insulte et l’invective dominent au
détriment des arguments rationnels.
L’idée est aussi de souligner que, à travers des langages codés et des
concepts différents, dans des cultures
politiques différentes au sein d’un
même pays et entre différents pays, on
pouvait aussi constater certaines
convergences utiles à l’analyse et au
combat de classe, sans bien sûr tomber
dans l’utopie d’une fusion consensuelle et œcuménique entre marxismes et
anarchismes.
« Ni patrie ni frontières » est donc une
revue qui devrait servir, idéalement,
d’instrument de formation pluraliste et
contradictoire. Certains numéros sont

plus fidèles à cette conception, d’autres
sans doute trop polémiques et unilatéraux. 23 numéros sont parus ainsi que
6 compilations (contenant moitié d’anciens articles et moitié de textes inédits
ou non publiés précédemment par la
revue). 7 livres sont disponibles :
Compilations :
_ N°1 : « Question juive » et antisémitisme,
sionisme et antisionisme (anthologie),
2008, 336 p., 10 € _ N°2 : Islam,
islamisme, « islamophobie » (anthologie),
2008, 344 p., 10 € _ N° 3 : La Fable de
l’illégalité : les sans-papiers aux Pays-Bas, les
limites de l’altermondialisme et de l’écologie
(recueil d’articles), 2008, 360 p., 10 €
_ N° 4 : De la violence politique (anthologie), 2009, 300 p., 10 € _ N° 5 :
Religion et politique (anthologie), 2010,
400 p. 12 € _ N° 6 : Polémiques et antidotes contre certains mythes et mantras
gauchistes (anthologie), 12 €
Livres :
_ Loren Goldner, Demain la Révolution
(recueil d’articles) tome 1, 2008, 12 €

_ Encyclopédie anarchiste : La Raison contre
Dieu (anthologie), 484 p, 2010, 12 €
_ Restructuration et lutte de classes dans l’industrie automobile mondiale (recueil articles d’Échanges et Mouvement 19792009), 230 p, 2010, 6 € _ G. Munis,
Textes politiques, Œuvres choisies, tome 1.
De la guerre d’Espagne à la rupture avec la
Quatrième Internationale (1936-1948), 400
p., 2012, 12 € _ Michel Roger, Les
années terribles (1926-1945), La Gauche
italienne dans l’émigration parmi les communistes oppositionnels, 326 p., 2012, 12 €
_ Karim Landais, De l’OCI au Parti des
travailleurs, 600 p., 2013, 14 € _ L’enfer
continue. De la guerre de 1940 à la guerre
froide. La Gauche communiste de France
parmi les révolutionnaires, 332 p., 2013, 12 €
Livre épuisé :
_ Patsy, Le monde comme il va, Chroniques
1999-2010, 345 p., 2010.

Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

Contact : yvescoleman@wanadoo.fr
Yves Coleman 10 rue Jean Dolent
75014 Paris.

7

8

DOSSIER

Avec les opprimés toujours, avec les
antisémites et les confusionnistes jamais

C

e texte est né de la volonté d’établir un positionnement politique sur
l’antisionisme au sein de l’antifascisme. Il s’agit pour nous d’apporter des clarifications idéologiques face à ce qui nous semble être des
erreurs stratégiques et politiques, qui alimentent une confusion malsaine et des proximités avec nos ennemis.
Nous nous sentons contraints à Génération-Palestine, l’UJFP et Paris 8
produire ce texte, mais nous ne consi- Palestine organisaient à Paris 8 une
dérons absolument pas qu’il constitue projection-débat sur le thème :
le centre du débat dans la situation « Extrême droite et sionisme, une alliance
actuelle. Nous pensons qu’il est néces- contre nature ? »*1.
saire d’en parler, cela permettant de
NOS POSITIONS
réduire l’espace pris par les antisémites,
Le sionisme peut-être perçu de difsous le couvert politiquement correct
férentes manières et il serait trop long
d’antisionisme.
de toutes les énumérer, ce qui n’est pas
Il est important pour nous de pré- l’objet de ce texte. Quoiqu’il en soit il
ciser qu’en tant que militants anticapi- peut être défini sommairement comme
talistes et antifascistes radicaux nous une volonté politique de créer un terrisommes contre toutes les frontières, toire sur lequel vivrait le peuple juif.
tous les états et souhaitons leur dispaIl est pour nous inconcevable de
rition et que, dans la guerre sociale en
souhaiter la disparition d’un État en
cours, nous refusons toute comproparticulier (ici l’État d’Israël) en faveur
mission avec l’ennemi quel que soit le
d’un autre (ici l’État palestinien) ou de
sujet concerné et le visage arboré par
refuser le droit à certains individus
celui-ci. Nous sommes opposés à l’exd’habiter et de circuler sur un territoire
trême-droite, au pouvoir en Israël et à
donné à cause de leur origine ou de
sa politique coloniale, comme dans
leur religion. Nous avons des principes
toute autre région/pays du monde.
d’égalité, de droit à l’autodéterminaRAPPEL DES FAITS
tion, de liberté de circulation et d’insLors de la manifestation du 9 tallation, nous tenons à souligner que si
février contre le fascisme et l’antisémi- un droit s’applique à l’un, il s’applique
tisme à Paris est apparue une bandero- à tous.
le « Contre le sionisme et le fascisme »*2. Le
Il nous semble également inconce22 février, à Toulouse, le groupuscule vable de considérer sur un pied d’égalimarxiste-léniniste OCML-VP a expul- té le fascisme et le droit d’un peuple à
sé la représentante locale du CRIF de disposer de lui-même.
la manifestation contre l’antisémitisme,
Par ailleurs tout comme il peut exisorganisée suite à des tags qui
ter
plusieurs écologies politiques il
proclamaient entre autre « CRIF A
MORT ». Le communiqué suivant cette n’existe pas UN sionisme mais DES
expulsion*1 indiquait que le CRIF n’a- sionismes allant de l’extrême-droite
vait pas sa place dans les nationaliste et/ou religieuse, à l’extrêmanifestations contre l’antisémitisme, me gauche marxiste voire libertaire. La
« Ni à Toulouse ni ailleurs ». Le 9 Mai, à question de la forme qu’a pris l’État
Paris, la banderole « Contre le sionisme et d’Israël ou de sa politique ne peut donc
le fascisme » était une nouvelle fois bran- pas être réduite au fait qu’il soit le fruit
die. Le 15 mai 2014, le CAPAB, du sionisme, tant les courants politiques qui y prennent part sont variés
NOTES
et parfois complètement opposés. De
_ 1 . - h t t p : / / w w w . v p - plus, réduire la société israélienne au
partisan.org/article1200.html
seul fait sioniste est un terrain dange_2.- https://www.facebook.com/148552
reux, car c’est nier qu’elle puisse être
771986765/photos/a.151853658323343.
traversée par des contradictions (sio1073741830.148552771986765/2920883
nistes anti-colons et colons antisionis70966537/?type=1&theater
Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

tes par exemple), c’est nier que la lutte
de classe la traverse aussi, en faisant
des habitants d’Israël, une sorte de
bloc monolithique, un peuple-classe.
Se
définir
comme
étant
« antisioniste », c’est donc se définir
contre le droit des juifs à habiter
ensemble un lieu, en l’occurrence il s’agit d’être contre l’existence d’Israël et
de ses habitants.
Israël mène actuellement et depuis
trop longtemps une politique coloniale
hors de ses frontières, politique à
laquelle nous sommes fermement
opposés. Cependant ce type de politique a été menée par beaucoup d’autres États, comme la France, et l’est
également actuellement par la Chine au
Tibet où la Russie en Tchétchénie, et le
fait est qu’avant celui ci, aucun conflit
de type anti-colonial n’a nécessité la
disparition de l’État colonisateur. De
même, actuellement, dans les autres
conflits anti-coloniaux, les colonisés
réclament légitimement leurs droits à
disposer d’eux-mêmes, pas la disparition du pays d’origine de leurs oppresseurs. Les tibétains ne souhaitent pas la
disparition de la Chine ni les basques
celle de l’Espagne et de la France.
Se définir comme « antisioniste »
constitue pour nous, de la part d’antifascistes, une mise en contradiction
avec les idées et les valeurs qu’ils défendent et une erreur stratégique majeure
due à des erreurs d’interprétation et de
vocabulaire politique, ainsi qu’a une
désinformation orchestrée à ce sujet
par des individus refusant tout débat
sur la question et accusant tout contradicteur de compromission avec Israël,
le Mossad, ou au « lobby sioniste ».
Ce qui nous préoccupe réside dans
les proximités malsaines auxquelles
cette bêtise peu utile « antisioniste »
(appelons les choses par leur nom)
mène nos camarades. Car rappelons le,
l’antisionisme est avant tout ce qui sert
de masque et de fond de commerce à
une large partie de l’extrême-droite
antisémite.

p

Antifascistes Anarchistes Autonomes12

REFLEXIONS & DEBATS

« L’humanité travailleuse est seule capable d’en finir avec la guerre, en
créant l’équilibre économique, ce qui suppose une révolution radicale dans
les idées et dans les cœurs »
Pierre Joseph Proudhon*1

Le retour en force des nationalismes, éternels facteurs de guerre

D

e vives tensions internationales apparaissent en différents points
du monde : la Chine et le Japon se disputent depuis quelques
années la souveraineté des îles Senkaku ; et, depuis quelques mois, la
Russie et l’Europe cherchent à contrôler la situation en Ukraine en s’appuyant sur des nationalismes rivaux.

Au sein même de la vieille Europe,
sur fond de crise économique et sociale, ressurgissent des mouvements
« nationaux populistes » ou néofascistes
dont l’influence va croissant. C’est à
une véritable renaissance du nationalisme que nous assistons, véhiculée tant
par des Etats-nation expansionnistes
que par des lobbys régionalistes,
relayés chaque fois par des partis à la
conquête du pouvoir. Comment expliquer qu’une idéologie dont les conséquences meurtrières (des dizaines de
millions de morts en deux guerres
mondiales) sont bien connues, puisse
être cyniquement utilisée par des pouvoirs en perte de vitesse pour susciter
encore et malgré tout un certain
enthousiasme ?
Le nationalisme arrogant du vainqueur engendre toujours le nationalisme revanchard du vaincu : historiquement, les résolutions des deux guerres
mondiales ainsi que la fin de la « guerre
froide » l’ont assez largement démontré.
Les mêmes causes produisant les
mêmes effets, on peut avoir le sentiment angoissant d’assister à des
« remakes », à de nouvelles versions de
drames déjà programmés, déjà historiquement produits, à « l’éternel retour de
l’identique » comme disait Nietzsche.
On se souvient que les conditions
particulièrement dures faites à
l’Allemagne vaincue en 1918 par le traité de Versailles ont nourri les désirs de
revanche et favorisé la propagation de
l’ultranationalisme nazi, provoquant
ainsi la deuxième déflagration mondiale. La disparition de l’URSS et le
démembrement de l’empire soviétique
ont également participé à la diffusion
d’un sentiment d’humiliation et de
frustration. La défaite de l’URSS n’était
pas militaire (bien que localement vain-

cue en Afghanistan grâce à l’aide américaine apportée aux talibans et à la
ruine provoquée par la course aux
armements de deuxième génération
engagée par les USA), mais la déroute
idéologique, politique et économique a
été totale. L’humiliation ressentie alors
a fourni aux dirigeants russes un terreau favorable à l’exploitation de sentiments revanchards et nationalistes
ouvrant la voie à un impérialisme
conquérant.
L’instrumentalisation des velléités
revanchardes comme l’exacerbation de
sentiments nationaux n’est évidemment pas l’apanage de la Russie, ni
même des régimes autoritaires : les
« démocraties » n’ont jamais hésité à y
recourir. La reconquête de territoires
« illégitimement perdus » lors des conflits
précédents sert aux pouvoirs à relancer
l’adhésion des populations à une communauté nationale dont la cohésion est
mise à mal par les flagrantes inégalités
sociales que les crises économiques
d’hier et d’aujourd’hui révèlent en pleine lumière.
UNE LOGIQUE DU SENTIMENT
ET DU RESSENTIMENT

Le nationalisme cultive donc avec
passion le ressentiment mais aussi la
nostalgie d’un passé récent ou lointain,
quand il n’est pas parfaitement
mythique. Le discours est toujours le
même : « Notre nation (ou « notre belle
région », suivant le cas) jouissait alors d’un
bien être, d’une aisance et d’un espace qui ont
disparu. Sa langue inimitable, sa culture raffinée rayonnaient sur la médiocre humanité
qui nous environne ; œuvrons tous ensemble
au rétablissement de sa splendeur d’antan, de
sa gloire, et, immanquablement, la grandeur
retrouvée rejaillira sur chacun d’entre nous,
quelle que soit sa place dans la société, et fera
notre parfait bonheur ».
Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

C’est là la clef de la propagande
nationaliste qui procède toujours par
régression, par retour en arrière dans le
temps, vers un passé supposé édenique
qu’il faut restaurer. Hors de cette restauration du paradis national ou régional perdu, il n’est point de salut et les
misères présentes continueront de s’abattre sur nous tous. Voilà certainement une des forces d’attraction du
nationalisme, un de ses atouts : présenter un programme où le futur ressemble à un passé largement imaginaire,
mythifié, que l’on peut donc enjoliver
et embellir à loisir. Dans des périodes
où l’avenir est plein d’incertitudes et de
menaces, le nationalisme propose avec
une revisitation du passé et sa réactualisation un avenir qui peut paraître rassurant en quelque sorte (quand bien
même l’on devine vers quelles aventures sanglantes conduisent ces futurs à
l’image du passé).
Dans l’idéologie nationaliste, la
volonté de restauration de la splendeur
passée s’accompagne en général de la
dénonciation véhémente des responsables de la dégradation présente.
Désigner des ennemis extérieurs ou
intérieurs devient alors la grande affaire. Au fantasme irrationnel d’une historicité qui légitime la nation (ou la
région), s’ajoute alors la culture systématique de sentiments de haine envers
les responsables présumés de l’affaiblissement ou de l’amputation de
« notre patrie ». De l’expression de sentiments à leurs manifestations en actes, il
n’y a plus qu’un pas à franchir, et c’est
la guerre.

9

10

REFLEXIONS & DEBATS

En temps de crise, la colère est souvent généralisée mais diffuse et sans objet clairement défini.
Expert en arnaque et en escroqueries, le nationalisme arrive à détourner la colère légitime des victimes
de la crise, non contre les responsables réels de la
situation économique, mais vers un ennemi intérieur
ou extérieur qu’une propagande haineuse a tôt fait
de transformer en monstres dénués d’humanité. Il
s’agit donc pour les propagandistes non seulement
de détourner un flot d’agressivité, mais aussi d’exclure de façon radicale ceux qui ne font pas partie de la
« communauté » (nationale, régionale, ethnique…).
Pour le nationalisme, la cohésion repose sur l’exclusion de l’Autre. L’affirmation de l’identité implique à
terme la soumission ou la disparition de ceux dont
l’identité est différente.
L’escroquerie originelle, « primale » de l’idéologie
nationaliste réside bien sûr dans le fait de définir l’identité d’un individu par rapport à son appartenance (réelle ou supposée) à une identité nationale régionale ou ethnique, en passant sous silence toutes ses
autres caractéristiques, en particulier son appartenance à une classe sociale, réalité pourtant bien plus
tangible et incontournable que la fiction d’une patrie
commune. Le concept même de nation (du latin
natio : naissance et, par extension, ensemble d’individus nés sur un même territoire) évacue d’emblée la
différenciation sociale, pourtant bien réelle. Le
Nouveau Larousse Unversel indique, à juste titre,
que « Ce qui caractérise la nation moderne, c’est la communauté de sentiments qui se manifeste surtout par la
communauté de langue ou de religion ». L’idée de nation
repose donc sur le sentiment subjectif qu’elle a d’elle-même, bien plus que sur des critères objectifs. Le
sentiment national, qui précède la nation « [...] est l’intrusion plus ou moins spontanée du sentiment dans le domaine politique »*2.
C’est bien parce que le nationalisme ne repose
que sur des sentiments, des affects, de l’irrationnel,
qu’il est si dangereux et que son instrumentalisation
par des Etats, des partis, des factions, fonctionne
malheureusement avec encore un certain succès.
Dans un monde où l’idéologie dominante fait la part
belle aux affects, aux émotions pour mieux manipuler les opinions, les valeurs universalistes, internationalistes et anationalistes qui nous sont chères (et qui
présupposent que l’on fasse usage de la réflexion et
de la raison) marquent le pas.
Mais les vieilles ruses du capitalisme pour sauver
sa peau ne duperont pas indéfiniment les populations : les scénarios à répétition finissent toujours par
lasser. Aussi, plus nous serons nombreux à proclamer l’absurdité du nationalisme, plus vite il tombera.
Garga

p

_1.- Proudhon, « Œuvres choisies : la Guerre et la Paix »,
Idées, NRF. _2.- Karim Landais, « Anarchisme, nation,
identité, culture », Orphéo Editions.

ECOLOGIE &

AUTONOMIE
A PROPOS DES ZAD

P

our la deuxième fois, la ZAD tarnaise du Testet (voir
nos numéros précédents) a été expulsée. Nouveau
passage en force de l'Etat, qui ne doit pas nous empêcher – tout au contraire – d’aller au-delà de l’énergique
dénonciation de l’action policière pour réfléchir sur les
moyens d’assurer la réussite des luttes écologiques, ce
qui passe pour nous par une inscription dans la lutte
globale pour l'autonomie populaire.
UN PEU D'HISTOIRE
Le mouvement de défense
contre la destruction par le
capitalisme d’espaces naturels
apparaît, du moins pour ce qui
concerne l’Europe, en Angleterre. Il est lié d’une certaine
façon au mouvement des free
festivals*1 des années 19601980. Mais s’ils sont liés par la
continuité historique (l'un
prend la suite de l'autre, le remplace), ces deux mouvements
sont de nature fondamentalement différente. En effet les
mouvements free festivals des
années 1960 avaient comme
caractéristique une volonté
consciente d'autonomie face à
l'Etat et au capitalisme, s'inscrivant par là dans une époque
d'intense activité révolutionnaire mondiale. Leurs petits frères,
les mouvements écologistes
radicaux (Earth First par exemple) ont pour caractéristique
d’être largement intégrés au
système en place, même si c’est
en prenant une posture rebelle
de circonstance, en affichant
une attitude, en pratiquant une
certaine manière d'être. Ces
mouvements peuvent véhiculer
des idées réactionnaires et antihumanistes, comme la volonté
de faire passer l'environnement
avant l'homme ou même d’aller
vers la disparition de l'homme
afin de préserver la nature.

Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

Dans le fond, ils proposent
de perpétuer le système avec
quelques aménagements. Ces
organisations, à l'origine de
nombreux blocages de constructions diverses (aéroports,
barrages…), sont relativement
similaires aux ZAD*2 que nous
connaissons en France actuellement.
Si ces deux grands types de
mouvements ont (ou ont eu)
recours aux réquisitions de
lieux publics, la raison politique
qui les anime est diamétralement opposée. Le premier
réfutait la hiérarchie et revendiquait l'autonomie populaire
face au pouvoir de l'Etat et de
l'argent ; quant à l'autre, en
ayant rompu avec le mouvement révolutionnaire, il en
vient à affirmer qu'une petite
lutte parcellaire (… pour une
parcelle de terre… par exemple) est la seule forme de lutte
envisageable et que construire
une société sans hiérarchie est
impossible. La défaite inéluctable de ce combat spécialisé et
fragmentaire (parce que, si le
capitalisme abandonne un projet ici, c’est pour en lancer un
autre là), qui canalise les énergies d'activistes déconnectés le
plus souvent de toute pensée
révolutionnaire, est d'une autre
espèce que la défaite antérieure
des free festivals. Ces derniers

REFLEXIONS & DEBATS

avaient réussi à mobiliser des masses
capables de se confronter au pouvoir.
Ce n’est pas une incohérence interne
mais une violente répression*3 qui l’a
abattu, après que les communicants du
thatchérisme aient réussi à rallier l’opinion publique contre eux, en amalgamant tous ceux qui avaient commencé
à vivre l'utopie sous le terme infamant
de « hippies ». La destruction fut violente, poussant même à l'exil un grand
nombre de personnes.
Les deux décennies d'individualisation de la société et d'hégémonie du
capitalisme privé tout puissant (le capitalisme d'Etat ayant été stoppé par la
chute de l'URSS) qui vinrent ensuite
ont préparé le terrain pour les nouveaux contestataires intégrés.
FAUX AMIS POUR FAUSSES VICTOIRES
Le camp No Border de juin 2009, qui
fut une bonne initiative, est manifestement l'évènement qui a fait le lien entre
les mouvements anglais et français,
important en France des pratiques
typiquement britanniques. Ensuite
cette lutte s'est axée uniquement sur le
côté écologique. Cela est manifestement imputable aux politiciens professionnels présents sur place (Parti de
gauche, Europe Ecologie les Verts,
Confédération paysanne...) mais aussi à
la diminution de la conscience de classe, de la conscience révolutionnaire.
Un bon exemple est fourni par NotreDame-des-Landes*4, instrumentalisée
par les Verts dans leur lutte au sein du
gouvernement, mais aussi par la
Confédération paysanne de Bové, très
impliquée dans la récupération et la
canalisation du mouvement vers des
actions symboliques ne remettant sûrement pas en cause le capitalisme et
l'Etat (ex : marche complètement inutile sauf pour fatiguer et balader le militant, un peu comme les manifs des
intersyndicales servent à distraire les
prolétaire des villes). La présence de la
Conf' dans ces mouvements n'a rien de
surprenant puisque le mouvement du
Larzac (1971-1981) fut un précurseur
des Zad actuelles. Déjà à cette époque,
il servit de tremplin, entre autre, à José
Bové (désormais bien au chaud à
Bruxelles). Ce mouvement antimilitariste que fut initialement « le Larzac » a
été rapidement détourné pour ses inté-

rêts et ceux de
quelques autres personnes. Si la Conf' a
gagné ce combat,
l'autonomie populaire a perdu une
bataille dans la lutte
des classes.
A la Zad du
Testet, la Conf' s'est
bien évidemment
incrustée, en bon
parasite qu'elle est,
avec ses banderoles
flanquées de moult
gros logos et portant des slogans très
politiquement corrects. Cependant, au
moins pour l’instant, il semble que l'autogestion soit de mise dans cette Zad
où plusieurs tendances se côtoient. Il
n'y a pas de hiérarchie formelle et les
choses se décident en assemblées. De
plus, lors de leurs journées de sensibilisation, les débats étaient plutôt prometteurs quand à la suite du mouvement. Ce qui est une bonne chose, car
il est primordial, si on veut dépasser la
simple revendication parcellaire et corporatiste, de réfléchir à un moyen de
lier écologie et autonomie populaire et
de définit une stratégie révolutionnaire
aussi claire que possible.
DE L'ÉCOLOGIE À L'AUTONOMIE ?
Cette problématique n’est en réalité
pas nouvelle. Elle est au cœur par
exemple de la réflexion de C.
Castoriadis qui, dans « De l'écologie à
l'autonomie »*5, n'apporte pas de réponses toutes faites mais tente de poser
des problématiques et de donner des
pistes d'analyse et de réflexion. Dans
l’introduction de ce bouquin, Philippe
Caumières définit ce qu'est l'autonomie
en ces termes : « L'autonomie, c'est, comme
le terme l'indique, le fait de se donner les lois
(nomos) soi-même (autos). Au plan collectif,
l'autonomie n'est autre que la démocratie bien
comprise, c'est à dire le régime où le pouvoir
(kratos) appartient effectivement au peuple
(dèmos). » Sur cette base, il poursuit la
réflexion : « Envisager la question écologique sans renoncer à la liberté conduit donc à
envisager la politique entendue comme activité
collective de délibération et de décision à même
de mettre en cause l'ordre social et les orientations qu'il impose ».
Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

C’est par une sorte de parallèle avec
la célèbre formule « Socialisme ou barbarie »*6 que Castoriadis pose le problème : « Cette société […] pourrait se remettre
en cause, en disant : ‘La façon selon laquelle
nous vivons est absurde’. Mais elle pourrait
aussi s'agripper au mode de vie actuel en se
disant : ‘Tel parti a la solution’, ou : ‘Il n'y a
qu'à mettre à la porte les juifs, les arabes, ou
je ne sais pas qui, pour résoudre nos problèmes’ » (p. 34). Dès lors, la première
question qui se pose est : est ce que
« [...] les humains [...] veulent vraiment être
maîtres d'eux même ? ». Question que l’on
peut adresser à tous : à vous, à nous,
aux écologistes, aux radicaux, aux
acteurs des ZAD et, allons-y franchement, aux révolutionnaires. Voulonsnous, voulez-vous être réellement maître de vous-mêmes ? Sachant que, si les
êtres humains « […] le voulaient rien ne
pourrait les en empêcher... ». … à la condition toutefois nous semble-t-il que ces
choix individuels se cumulent dans une
volonté collective. La liberté, l’autonomie, c’est en effet un choix sociétal.
Dans cette société dominée par l’argent, le choix des puissants est vite
fait : c’est la deuxième option de
Castoriadis, avec la désignation de
boucs émissaires, qui est valorisée.
Mais comment se fait-il que la
conscience de la catastrophe écologique qui se poursuit allégrement
depuis des décennies, que la connaissance des multiples faits insupportables qui font l’actualité, ne débouchent
pas sur une opposition ferme et définitive « […] à la forme établie de l'institution
de la société » ? « Comment cette société arri-

11

12

REFLEXIONS & DEBATS

ve-t-elle à se maintenir et à tenir ensemble,
alors qu'elle devrait susciter l'opposition de la
grande majorité de ses membres ? Il y a une
réponse qu'il faut éliminer définitivement de
nos esprits, et qui caractérise toute la vielle
mentalité de gauche : l'idée que le système établi ne tiendrait que par la répression et la
manipulation des gens, en un sens extérieur et
superficiel du terme manipulation. », or « Le
système tient parce qu’il a réussit à créer l'adhésion des gens à ce qui est ». « C'est de cette
constatation fondamentale que l'on doit partir, si l'on veut avoir une activité qui ne soit
pas futile et vaine. » (p 24/25).
Là est le nœud du problème : si la
société réussit à créer l’adhésion de la
population, c’est que tout est fait pour
que le « citoyen moyen », et encore plus le
producteur, ne comprenne réellement
ni les enjeux, ni les mécanismes.
Fernand Pelloutier, un des fondateurs
de l’anarchosyndicalisme, le disait déjà
il y a plus d’un siècle : « Ce qui manque à
l’ouvrier […] c’est la science de son malheur ». Pour s'opposer à la société il faut
bien évidemment la connaître en l'analysant. Il faut comprendre les mécanismes du pouvoir.
Dans une autre époque (et actuellement, dans d’autres pays) le pouvoir
tirait sa substance de l'idée de Dieu, ce
qui légitimait l'organisation verticale de
la société. Aujourd'hui, dans plusieurs
sociétés, on peut constater avec
Castoriadis, que la religion a été remplacée par : « […] l'idée, la représentation,
la signification imaginaire du savoir et de la
technique. », « Ceux qui exercent le pouvoir
[...] prétendent savoir et c'est au nom de ce
prétendu savoir […] qu'ils justifient leur pouvoir aux yeux de la population. Et s'ils peuvent le faire c'est que la population y croit,
qu'elle a été dressée pour y croire. » (p 28). Il
y a un véritable danger dans la technique comme dogme et outil du pouvoir, mais il faut savoir faire la part des
choses et ne pas tomber dans une pensée caricaturale. « […] il est aussi trop
facile d'évacuer la question, comme cela se fait
souvent dans notre milieu et par des gens qui
nous sont proches, en voulant jeter par-dessus
bord en bloc la science et la technique comme
telles, parce qu'elles seraient de purs produits
du système établi ; on aboutit ainsi à éliminer
l'interrogation portant sur le monde, sur nousmêmes, sur notre savoir. » (p 31)*7. Or,
l’absence de ce type d’interrogations

conduit à l’impasse politique. Ainsi,
Castoriadis constate-t-il que le mouvement ouvrier, dans son imposante
majorité, était limité dans sa remise en
question de la société en particulier
parce qu'il n'abordait pas la question de
la création des « besoins » par le capitalisme. C’est à l’inverse un apport
majeur du mouvement écologique*8
que d’avoir commencé à penser la
question des besoins dans leur rapport
à la nature et au monde.
C’est une réflexion toute en nuance
sur « écologie » et « autonomie » que propose donc Castoriadis, en tentant de
définir ce que pourrait être la nature
d'une société autonome. « C'est qu'une
autre société, une société autonome, n'implique
pas seulement l'autogestion, l'autogouvernement, l'auto-institution. Elle implique une
autre culture, au sens le plus profond ce terme.
Elle implique un autre mode de vie, d'autres
besoins, d'autres orientations de la vie humaine. Car vous serez d'accord avec moi pour dire
qu'un socialisme des embouteillages est une
absurdité dans les termes... » (p 42). « […]
comment peut-on transformer le moyens techniques pour les mettre au service de fins qui
seraient différentes ? Par exemple, comment
peut-on transformer la technique productive
pour que les producteurs, comme individus et
comme groupes, soient vraiment les maîtres du
processus productif ? Car, bien évidemment,
l'idée d'un socialisme de chaînes de montage et
d'assemblage est une absurdité, une contradiction dans les termes. » (p 72). Reste également à envisager comment la transformation du monde technologique actuel
pourrait se faire : « […] il est évident
qu'elle devra se faire à partir de ce qui existe
et de ce que nous avons. C'est-à-dire, il faudra
encore s'emparer de parties de ce qui existe à présent comme technologie. Ce
qui est essentiel, c'est de
parvenir à une vue suffisamment claire de ce que
l'on veut faire et de ce que
l'on veut éviter, pour que
les parties qu'on utilise ne
risquent pas de réengendrer le système que l'on
essaie de détruire. » (p 73).
Cette dernière réflexion est d’une
cruelle actualité*9. Elle ne concerne pas
que la technologie, mais s’étend à notre
avis aux autres problématiques. Eviter
Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

de reproduire dans la pensée révolutionnaire les schémas autoritaires,
archaïques dont la société nous imprègne est une indispensable nécessité.
Examiner chaque problème à la lumière de différentes approches peut permettre d’y parvenir. Foin donc d’une
écologie séparée du mouvement social,
comme d’un mouvement social qui se
désintéresserait de la dimension
écologique.

p

-1.- Le mouvement free festival consistait
en réquisitionner un lieu pour y organiser un « festival » qui était en fait un espace libéré permettant de pratiquer une
certaine autogestion. Ces pratiques questionnaient explicitement le mode de vie
et la logique capitaliste. _2.- ZAD : Zone
à défendre _3.- Répression conduite
dans l’indifférence des militants de tous
bords, y compris des anarchistes, qui n'étaient que très peu touchés par la vague
de violences du thatchérisme) _4.- Pour
nos lecteurs de l’étranger : c’est le nom
de l’endroit, près de Nantes, où le gouvernement veut construire un aéroport.
Il n’a aucune connotation religieuse. _5.« De l'écologie à l'autonomie », éditions « Le
bord de l'eau », 1980. Il s’agit d’un débat
entre Cornélius Castoriadis et Daniel
Cohn-Bendit, avec participation du
public. Autant les propos de Castoriadis
sont profonds, autant ceux de CohnBendit sont creux et sans intérêt. Que ce
dernier en arrive aujourd’hui à appeler à
voter pour le candidat conservateur au
poste de président de la commission
européenne n’a rien d’étonnant, quand
on suit le parcours du personnage. _6.« Socialisme ou Barbarie » était la revue du
groupe du même nom que Castoriadis
avait fondé avec des amis.
_7.- Le courant primitiviste
est tombé dans ce piège de la
caricature intellectuelle. Voir
Anarchosyndicalisme ! N° 138.
_8.Les
propos
de
Castoriadis portent sur la
réflexion écologique, pas sur
les partis écologistes qui œuvrent sans relâche à la fortification du système capitaliste en
lui mettant un vernis « vert ».
_9.- Manifes-tement, certains courants
n'ont pas réussi à résoudre cette équation
et reproduisent des idées réactionnaires
en cherchant à critiquer la pensée moderne.

REFLEXIONS & DEBATS

LES LIBERTARIENS :

RIEN DE LIBERTAIRE, TOUT DE FASCISTE

U

ne théorie, localisée essentiellement aux États-Unis ou dans des
pays anglo-saxons, avec des termes tels que "libertarien" (venant
de libertaire) ou "anarcho" associés au terme "capitaliste", se diffuse à
travers Internet. Une telle expropriation des termes anarchistes / libertaires par des hiérarchistes peut surprendre, au vu des incompatibilités
évidentes entre ces termes, mais du fait de la récurrence de ces expressions sur le net un article succinct résumant ces "théories" semble
nécessaire, pour clarifier ce qu'est cette manipulation.
L'association de termes contraires,
tels "anarcho" avec "capitaliste" en un
oxymore, est un art de la confusion
que les étato-capitalistes aiment pratiquer afin de faire prendre des vessies
pour des lanternes et vendre ainsi leurs
vieilles camelotes sous un nouvel
emballage doré. Cela s'est déjà vu avec
les capitalo-étatistes bolcheviques qui
se prétendaient communistes tout en
instaurant un capitalisme d'État, aidés
en cela idéologiquement et en pratique
par les diverses bourgeoisies, afin d'écraser l'auto-émancipation en acte du
mouvement ouvrier.
Pour clarifier le propos on n'utilisera pas l'oxymore des étato-capitalistes,
ce qui serait donner de la valeur à la
novlangue de ces marchands de misère.
On pourrait les nommer "capitalistes
d'État privé" ou "ultralibéraux", mais
pour simplifier on les nommera "propriétariens", cela pour reprendre la
désignation qu'utilisent avec justesse
les anarchistes états-uniens pour qualifier cette nouvelle escroquerie Etatocapitaliste.
Hormis la volonté expansionniste
et vorace inhérente à l'étato-capitalisme (comme à son opposé : le capitaloétatisme) dans toutes ses dimensions,
les raisons pour laquelle des étato-capitalistes propriétariens usurpent des termes venant des anarchistes sont diverses.
Historiquement, il s'agit d’une des
conséquences de la guerre froide, de la
politique anticommuniste états-unienne (avec sa chasse aux sorcières organisée par les maccartystes), ce qui a
amené les "socialistes" états-uniens à
se dénommer "libéraux" (en référence
au libéralisme politique ou aux démo-

crates libéraux), et par effet et en parallèle, les "libéraux" (en référence au
libéralisme économique ou des ultralibéraux) ont dû trouver une autre désignation à leurs mouvements pour ne
pas être confondus avec les "socialistes".

Idéologiquement, en partant de l'économie autrichienne et d'une définition très particulière et erronée de l'anti-étatisme, des libéraux*1 en sont arrivés petit à petit à s'autodésigner
comme "anarchistes" (en interprétant
largement les idées "anarchistes individualistes" dont ils se seraient inspirées)
et cela malgré une contradiction évidente : défendre le capitalisme, implique un étatisme minimal ou maximal, une hiérarchie sociale, une société
divisée en classes ainsi que le salariat,
toutes conceptions totalement étrangères à l’anarchisme. Comme nous le verrons, leur anti-étatisme est étroit et
faux, ce sont en fait des étatistes (des
étato-capitalistes !) qui s'ignorent
Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

sciemment.
Comme bon nombre de théories
totalitaires et manichéennes, ils divisent le monde en deux camps, le capitalisme et l’étatisme. Ils considèrent
qu'il faut choisir son "camp", qu'on ne
peut pas lutter contre le capitalisme et
l'étatisme en même temps. Il s’agit là
d’un discours hypocrite, en miroir de
celui des sociaux-démocrates bolcheviques (puisque ces derniers ne refusaient pas le capitalisme d'État ; tout
comme les propriétariens ne refusent
pas l'étatisme privé, les uns et les autres
partageant donc la même contradiction
totalitaire avec des points de départ
opposés). Dans les faits, le capitalisme
et l'étatisme sont indissociables, l'un
existe par l'autre et réciproquement.
Tout le reste n’est qu’une question
d'équilibre politico-idéologique : la lutte se situe alors entre les étato-capitalistes (pour lesquels l'économie dirige le
politique) et les capitalo-étatistes (qui
veulent, à l’inverse, que le politique
dirige l'économique). Pour masquer
leur escroquerie qui résulte de l'incohérence entre la fin et les moyens, les propriétariens utilisent des mots trompeurs, comme le firent en leur temps
les bolcheviques. Ce sont des manœuvres idéologiques dont l’idée est de
créer l'illusion du nouveau ou du
renouveau.
En pratique, les propriétariens
déclarent qu’ils peuvent agir dans leur
propriété privée (leur "patrie") comme
si c'était un État*2 et inversement. Pour
eux, le propriétaire, seul maître, a un
droit absolu sur sa propriété et sur ses
sujets (locataires, salariés, esclaves,
citoyens). Il peut défendre sa propriété
selon ses propres critères de "justice"
et ses intérêts. Pour une organisation
plus vaste, les propriétariens proposent
des agences de protection, avec police
privée, cours de justice privées, armées
privées, et cela selon des codes de lois
généraux propriétariens*3. La liberté
pour eux c'est la propriété et le fait de
pouvoir choisir son maître, son esclave,
son gouvernant, sa nation, sa police, sa

13

14

REFLEXIONS & DEBATS

justice...
Vis-à-vis de l'État actuel, une grande partie des propriétariens a choisi de
passer par l'intermédiaire de divers partis ("Libertarian party", "UKIP", ... en
France ils firent un essai électoral avec
"Alternative Libérale" - AL) qui participent aux élections représentatives afin
de justifier ce système. Aux États-Unis,
un de leurs représentants, Ron Paul,
variant entre "Libertarian party" et
"Republican party", s'est illustré à de
nombreuses reprises pour ses accointances (financements ou conférences)
avec des groupes d'extrême droite
(JBS John Birch Society, les sudistes de la
Ligue du Sud, des suprémacistes blancs,
les intégristes de Fatima...), pour des
propos racistes récurrents, notamment
ces lettres des années 90 sur les Noirs
(qui à Washington DC, selon lui,
seraient essentiellement des criminels
ou des semi-criminels), mais aussi par
des prises de position contre l'abolition
des lois ségrégationnistes des Etats du
sud. D'autres auteurs propriétariens
ont défendu des positions autrement
autoritaires, tel que Hans Hermann
Hoppe*4 déclarant clairement son
homophobie, prônant la censure voire
l'élimination physique de ses opposants, défendant la monarchie, pour ne
pas dire la "dictature privée", qui selon
lui est bien plus efficace qu'une démocratie, car seul le monarque saura
défendre ses frontières nationales
comme si c'était sa propriété privée. Il
faut ajouter que d'autres positions dans
le cadre du marché "libre", autres que
le salariat, sont avancées par des propriétariens*5, telles que valoriser la prostitution (dans la vision globale d'une
société de marchandisation), vendre/acheter des organes, vendre/acheter des enfants, mettre des enfants au
travail salarié ou en esclavage... pour
eux la morale se situe dans la propriété
privée ou dans la hiérarchie et non
dans les rapports sociaux égalitaires.
On peut donc comprendre la raison pour laquelle les références idéologiques et économiques des propriétariens sont Hayek, Friedman, Ludwig
Von Mises,… auteurs ayant défendu
ou travaillé pour des dictatures*6 telles
que le Chili de Pinochet, l'Autriche de
Dollfuss, le Portugal de Salazar, l'Italie

fasciste de Mussolini. D'autres « expériences » plus récentes comme Taïwan,
Hong Kong, Singapour sont souvent
citées comme références*7...
Cette théorie totalitaire consistant à
défendre le capitalisme à tout prix
amène ses défenseurs à utiliser logiquement les moyens étatiques actuels
qu’ils prétendent rejeter. Dans d’autres
cas, ils défendent l'application des
fonctions de l'État régalien au sein de
leur propriété privée (individuellement
ou par l’intermédiaire d’agences privées). Changer le mot "Etat" par
"agence" ne change rien au fond des
pratiques étatistes des propriétariens
quels qu'ils soient. Tout comme l’utilisation qu’ils font des termes "anarcho"
au détriment de leur propre crédibilité
ne change en rien l'escroquerie de leurs
théories.

p

Patrick Merin

_1.- Malgré leur rejet initial de ce terme
(jugé trop « socialiste »), notamment par
Rothbard qui préférait le néologisme
« nonarchiste » (c’est-à-dire "ni anarchiste, ni archiste") tout en se prononçant
pour une hiérarchie volontaire. _2.- « En
outre, la politique d'immigration antidiscriminatoire des États-Unis et d'autres pays occidentaux au cours des dernières décennies a fait en
sorte que des gens qui sont étrangers ou même
hostiles aux valeurs occidentales ont pu facilement s'établir dans ces pays et les infiltrer. »
« Que doit-on espérer et prôner comme politique
d'immigration correcte (...) ? La meilleure que
l'on puisse espérer (...) : c'est que les dirigeants
démocratiques se conduisent
"comme si" ils étaient personnellement propriétaires du
pays, comme s'ils avaient à
décider qui admettre et qui
exclure dans leur propre propriété privée. Cela signifie
pratiquer une politique de
discrimination extrême »
Democracy: The God That
Failed, 2001, Hans
Hermann Hoppe. _3.cf. Rothbard, "Ethique de
la liberté" sur l'universalité des droits naturels
propriétariens. _4.- « Il
ne peut y avoir de tolérance
vis-à-vis des démocrates et des
communistes dans un ordre
social libertarien. Ils devront
être séparés et expulsés physiAnarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

quement de la société. De même, dans un engagement fondé dans l'optique de protéger la
famille et les proches, il ne peut y avoir de tolérance vis-à-vis de ceux qui défendent habituellement des modes de vie incompatibles avec cet
objectif. Ceux-là — les défenseurs de styles de
vie différents, non-centrés sur la famille et les
proches, tels que l'hédonisme individuel, le parasitisme, la vénération de la nature et de l'environnement, l'homosexualité ou le communisme
—devront être éliminés physiquement de la
société également, si l'on souhaite maintenir un
ordre libertarien. » Democracy: The God That
Failed, 2001, Hans Hermann Hoppe. _5.Walter Block dans "Libertarianism vs
Objectivism ; A Response to Peter Schwartz"
_6.- « On ne peut nier que le fascisme et les
mouvements similaires cherchant à mettre en
place des dictatures sont remplis des meilleures
intentions et que leur intervention a, pour l'instant, sauvé la civilisation européenne. Le mérite
qui en revient au fascisme demeurera éternellement dans l'histoire. » Ludwig Von Mises
"libéralisme" (1927) ; Friedrich Von
Hayek - au sujet du Chili de Pinochet,
dans le journal "El Mercurio" dit préférer une « dictature libérale à une absence de
libéralisme dans un gouvernement démocratique
». _7.- Hans-Hermann Hoppe : « Nous
devons promouvoir la conception d'un monde
composé de dizaines de milliers de districts,
régions et cantons distincts, et de centaines de
milliers de cités libres indépendantes telles que
les curiosités contemporaines que sont Monaco,
Andorre, Saint-Marin, le Liechtenstein, Hong
Kong et Singapour. » « Le monde serait alors
composé de petits États économiquement intégrés
grâce au libre-échange et au partage d'une monnaie-marchandise comme l'or. ».

INTERNET

Neutralité du net : c'est quoi ?

V

ous avez peut-être entendu parler aux informations ces derniers
temps de « neutralité d'internet ». Il en a été beaucoup question à
la suite d’une décision américaine de la détruire au profit des fournisseurs d'accès. Mais la neutralité du net, c'est quoi ?
TOUT D’ABORD,
QU'EST-CE QU'INTERNET ?
Internet est à la base un « réseau de
réseaux ». C'est la mise en commun de
plusieurs réseaux de l'armée américaine
dans les années 80, auxquels se sont
progressivement ajoutés des réseaux
civils (les premiers étaient ceux des universités). Tous ces réseaux communiquent entre eux grâce à des protocoles
standardisés qui permettent le fonctionnement en commun. Par exemple, vous
voulez voir une page située sur un serveur américain. Votre ordinateur va
envoyer ce qui s'appelle une requête à ce
serveur. Mais comme vous n'êtes pas
directement lié à ce serveur, votre
requête va passer par un certain nombre d'ordinateurs intermédiaires qui vont
communiquer grâce aux protocoles.
Une fois le serveur américain atteint,
celui-ci va renvoyer la page internet au
demandeur (appelé client). Comme elle
risque fort d’être volumineuse, il va la
diviser en petits paquets qui vont être
acheminés par le réseau, en passant par
diverses routes (et pas toujours les
mêmes), pour finir par s'afficher sur
votre ordinateur. Il est important de
noter que le système accepte que les
paquets n'arrivent pas dans le bon
ordre.
Tout cela est assez complexe à la
base. Va s'ajouter à cela les effets du
capitalisme qui vont encore complexifier les choses.
Lors du passage de votre page internet sur le réseau, les données informatiques vont emprunter des réseaux privés ou publics. Ceux-ci sont entretenus
à grand frais par des entreprises ou
institutions qui garantissent un débit
(c'est-à-dire la vitesse de transmission
de l'information) et une qualité de transmission. Dans ce contexte, se sont ajoutés ces dernières années la nécessité de
transmettre des informations en
« temps réel ». On parle ici par exemple
du fait de regarder une vidéo sur
Youtube. Dans ce cas, les paquets dont

nous avons parlé tout à l'heure doivent
arriver dans le bon ordre, sinon la vidéo
devient illisible. C'est le développement
de ces services qui pose problème. Ils
engendrent de gros débits et nécessitent
une grande qualité de transmission.
Voilà pour la partie technique.
Economiquement, ce qui se passe
est aujourd'hui plus simple. Pour accéder à internet, vous payez un fournisseur d'accès (par exemple Orange), et
vous avez accès à tout internet. Pour
Youtube, c'est pareil, il paye lui aussi un
fournisseur d'accès. Cependant, vous
n'avez pas la même consommation de
débit que Youtube, et c'est là qu'est le
problème.
Jusqu'à aujourd'hui, les données
étaient transmises sur le réseau selon le
principe de neutralité : le fournisseur
d'accès s'engageait à transmettre les
données sans en examiner le contenu,
sans prise en compte de la source ou de
la destination des données, sans privilégier un protocole de communication et
sans en altérer le contenu. Mais l'importance du streaming rend ce
modèle difficile à supporter, au dire des fournisseurs
d'accès. Ils veulent donc
faire payer les utilisateurs
en fonction de leur
consommation. Vous voulez accéder à Youtube en
bonne qualité ? Il vous faudra prendre un abonnement spécifique
pour cela. Et c'est la même chose pour
les créateurs de contenus internet. Votre
adresse mail est chez La Poste ? Il vous
faudra espérer qu'elle a signé un accord
avec votre fournisseur d'accès pour
vous garantir un trafic correct, sinon l'utilisation de ce service sera difficile. Ça,
c'est pour les effets immédiats. Prenons
un exemple pour voir des effets plus
pervers à long terme. Imaginons que
vous soyez un comité de lutte dans une
entreprise. Pour visibiliser votre lutte,
vous décidez de créer un site internet.
Sur ce site, vous mettrez des vidéos, des
Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

textes et des photos. Aujourd'hui, toute
personne qui veut voir votre site peut
s'y connecter. Demain, avec l'abandon
de la neutralité du net, vous devrez lors
de la création du site payer pour une
certaine qualité de service et d'accès. Et
comme vous n'avez pas les moyens de
Youtube (et d’autres), ses données passeront toujours avant les vôtres. C'est
comme si, sur une route, une voie était
réservée aux voitures Renault parce que
cette entreprise aurait payé pour cela et
que toutes les autres voitures devaient
s’agglutiner sur une unique autre voie.
Contre cette évolution, la contestation se met en place. A Anonymous et à
de multiples collectifs se sont joints les
grandes entreprises du net comme
Google et Apple. Ne nous trompons
pas, ces entreprises ne sont en rien philanthropiques ni intéressées par le sort
des libertés publiques. Elles cherchent à
défendre leur portefeuille en surfant sur
une vague de contestation qui, elle,
cherche à garantir un libre accès à ce qui
devrait être un bien commun. Car
Internet est aujourd'hui un élément vital
à la société. Il permet l'information en
direct, l'accès à de vastes connaissances,
la conservation du patrimoine culturel.
Mais il est aussi un lieu où nos ennemis
sont présents et agissent : espionnage
généralisé de la part des gouvernements, censure publique ou
privée, diffusion massive de
fausses informations et de propagande. Ces entreprises qui luttent pour la neutralité du net
font partie de nos ennemis. Cela
ne doit pas nous empêcher de
lutter contre les fournisseurs
d'accès. Internet est aujourd'hui l'équivalent de l'invention de l'imprimerie, et
les évolutions de la société qui vont
découler de son développement vont
profondément bouleverser la civilisation. Aujourd'hui, nous sommes à la
croisée des chemins : doit-on laisser
internet aux seules mains des capitalistes ? Ou bien devons-nous lutter pour
que ce formidable outil devienne ce
qu'il a vocation à être : un bien commun
de l'humanité ? Notre réponse est claire
: internet est à nous tous, ne nous le
laissons pas confisquer !

p

15

16

SOCIAL

Gauche, syndicats, patronat :
ensemble, tout devient possible !
E

n ces temps de « crise économique », François Hollande et son gouvernement s’appliquent à mettre en place les lois et mesures nécessaires à la poursuite de la logique libérale de développement capitaliste,
sous l’égide de l’UE et de Bruxelles. C’est aujourd’hui officiel : malgré
les discours de façades, la « gauche » ne prend même plus la peine de
préserver un semblant de social-démocratie. On peut même penser
qu’elle fait mieux que ses homologues de droite pour la préservation des
intérêts capitalistes. L’ANI en 2013 et le « pacte de responsabilité » de 2014 en
sont de très bons exemples.
L’OFFENSIVE DU CAPITAL condition de revenu, ou de la Prestation
CONTRE LES TRAVAILLEURS d’accueil du jeune enfant (PAJE), qui regrouCommençons tout d’abord par rap- pe différentes aides à la garde d’enfant.
peler quelques mesures importantes Les cotisations familiales représentent
contenues dans l’Accord national interpro- environ les deux tiers du financement de
fessionnel (ANI) signé en 2013 par le gou- cette branche famille, le reste provenant
vernement et 5 syndicats « représentatifs » : de la CSG ou d’autres impôts et taxes
choix unilatéral de la complémentaire (source : Le Monde 15/01/2014).
santé par l’employeur, renforcement de
Il va donc falloir trouver 35 milliards
la mobilité interne dans les entreprises d’euros pour continuer à financer la
avec licenciement pour motif écono- Sécu, en sachant que vu son déficit abysmique si refus du salarié, possibilité pour sal il en faudrait surement plus encore.
l’employeur de déroger aux garanties de Et pour cela, rien de plus efficace que de
branches dans certains cas (ce qui per- rogner sur la dépense publique : au total,
met d’imposer modifications du salaire Hollande affirme « qu’entre 2015 et 2017
et du temps de travail), expérimentation il faudra dégager 50 milliards de plus », et
du Contrat de travail intermittent (CTI) dans pour cela « mener des réformes structurelles,
certains secteurs équivalent à des CDI redéfinir les principales missions de l’État et
annualisés renforçant la précarité des revoir nos mécanismes de distribution » (source :
salariés... La liste est longue, et pour Le Monde 15/01/2014). Les cibles sont
mieux appréhender cette attaque fronta- peu à peu dévoilées : salaires des foncle contre les droits des travailleurs, nous tionnaires, hôpital public, prestations
vous conseillons de vous référer à la sociales,...
brochure sur l’ANI de nos compagnons
Le
MEDEF
applaudit
et
de la CNT-AIT 63 (que nous avons Montebourg négocie en demandant 2
repris pour ces rappels). Par ailleurs, le millions d’emplois sur 5 ans en conMEDEF poursuit son objectif de des- trepartie de ces cadeaux au patronat. Le
truction du code du travail et ambition- MEDEF ne demandait rien de moins
ne déjà de nouvelles réformes.
que 100 milliards d’euros d’abaissement
Hollande remet le couvert cette de cotisations sur 5 ans contre 1 millions
année avec l’annonce de son « pacte de d’emplois en contrepartie d’ici 2020 ;
responsabilité » qui promet aux entreprises devant l’apathie générale, le MEDEF ne
de supprimer leur participation aux coti- veut maintenant même plus parler d’obsations familiales d’ici 2017. Pour rappel, jectifs chiffrés... Il n’est pas difficile de
les cotisations familiales sont une taxe, comprendre l’essentiel : l’addition sera
payée par les employeurs, pour chaque plus ou moins salée mais on connait déjà
salarié. Elles représentent, 5,25 % du ceux qui vont la payer : les travailleurs,
salaire brut et 35 milliards d’euros qui les précaires... Et cela a déjà commencé
permettent le financement de la Sécurité avec le rehaussement de la TVA qui s’inSociale. Concrètement, il s’agit des allo- scrit dans ce projet global. Même si le
cations familiales, touchées par toute gouvernement affirme que la baisse des
famille de deux enfants ou plus sans cotisations des entreprises augmentera
Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

les recettes d’impôts sur les sociétés, ou
qu’il pourrait récupérer jusqu’à 2 milliards d’euros en 2014 en luttant contre
la fraude fiscale, cela ne sera pas suffisant.
En parallèle, Bercy prévoit de diminuer de 3 milliards d’euros par an pendant
3 ans la dotation des collecti-vités
locales, ce qui aboutirait à une diminution totale d’environ 10,5 milliards d’euros d’ici 2017 (source : Le Monde). Les
collectivités ayant notamment pour missions l’accompagnement social, l’insertion, la prise en charge du handicap et de
la dépendance ou encore la protection
de l’enfance par exemple, cela aura forcément pour conséquences une dégradation des services publics de proximité,
qui suit la logique d’austérité actuelle.
GOUVERNANCE LIBÉRALE ET
COLLABORATION DE CLASSES
La gauche sociale-démocrate, habituellement favorable à un ÉtatProvidence de type keynésien, s’est
aujourd’hui rangée aux grands principes
du laissez-faire économique, dans la
pure tradition libérale. En effet, que ce
soit pour l’ANI ou le pacte de responsabilité, elle laisse les « partenaires sociaux »
décider des grandes orientations économiques. Pour Hollande et son gouvernement, cette politique est avantageuse : si
ces mesures échouent, il accusera les
partenaires sociaux ; si son calcul politique fonctionne, il en retirera les lauriers
Les centrales syndicales prennent
aussi part à ce processus. On voit 2 postures : soit elles négocient directement et
ouvertement (CFDT, CGC et CFTC),
soit elles entendent poser leurs conditions au préalable, se donnant ainsi une
apparence de radicalité (CGT et FO).
Dans les 2 cas, il n’y a aucune logique
d’opposition et tous les syndicats persistent
dans
leur
logique
d’accompagnement du capitalisme.
Pire : ils ne défendent même plus les
acquis sociaux des travailleurs. Les partenaires sociaux instituent ainsi une poli-

SOCIAL

tique économique conforme aux désidératas du patronat.
D’autre part, il devient évident que le
mythe de l’alternance gauche / droite ne
tient plus : le gouvernement sarkozyste
avait déjà préparé le terrain des réformes
libérales avec les retraites, et la gauche de
Hollande va encore plus loin avec l’ANI
et son pacte de responsabilité. Plus globalement, tout cela se fait sous l’égide
des institutions européennes, et
Bruxelles rappelle encore la nécessité de
réformer pour maintenir les objectifs de
réduction du déficit. Comme disait
Warren Buffet, il devient alors évident
que l’oligarchie est en train de gagner sa
guerre de classe contre les classes
moyennes et populaires.
De plus, le nouveau projet de libre
échange Etats-Unis et Europe (TAFTA) va
aggraver la situation. Des firmes privées
pourraient alors porter plainte contre
des décisions d’un Etat qui porteraient
préjudice à la firme concernée. Cela est
l’évolution logique du capitalisme et de
son fétichisme de la marchandise. Le
code du commerce devient la source du
droit.
QUELLE RÉPONSE ?
Face à cette situation, aucune réaction sociale ne semble émerger pour le
moment, que ce soit de la part des syndicats ou des travailleurs eux-mêmes.
On constate qu’au niveau national, les
centrales syndicales sont clairement du
côté de la négociation et de l’accompagnement. Localement, seules quelques
résistances très isolées se font jour
(notamment des salarié(e)s menacés de
licenciement économique). Une opposition efficace nécessitera un développement d’une résistance généralisée des
travailleurs. Cela demande de dépasser le
corporatisme des luttes actuelles, en rappelant que la lutte des classes est plus
que jamais d’actualité. Nous devons
œuvrer à ce qu’une convergence des luttes soit possible, en favorisant des luttes
autonomes vis-à-vis des partis et des
syndicats responsables de la situation
actuelle. A partir de ce moment là, l’autonomie populaire peut se développer et
nous entraîner vers une émancipation
sociale.

p

Avril 2014
Des membres de l’UL de Caen

Courrier des lecteurs
ALERTE POLE EMPLOI

P

ôle emploi demande aux « usager »
de créer un espace personnel avec
le numéro d'identifiant que eux vous
donnent. Lorsque vous suivez leur
conseil (souvent une obligation) vous
les autorisez par la même à ce que
toute activité sur votre espace emploi
remonte dans votre dossier que peut
lire n 'importe quel conseiller. Ainsi les
nouveaux conseillers dont le travail est
uniquement le contrôle font des
recherches dans la masse des demandeurs d'emploi afin de vérifier sur les
dossiers des demandeurs d'emploi qui
a recherché ou non un emploi en
répondant à des offres. Tout est enregistré sans votre accord. Déjà se pose
la question de pourquoi les agents de
pole emploi n expliquent pas cette
nouvelle possibilité de contrôle, cette
main mise dans un dossier qui
s'appelle
pourtant
« espace
personnel ». En principe, un « espace
personnel » est un espace qui appartient strictement à la personne, un
espace de confidentialité. Le plus simple est de ne pas donner d’adresse
courriel et de ne créer cet espace
emploi. Après tout, nul n’est obligé
(encore) d’avoir un ordinateur.
David

LA RAISON DOULOUREUSE

M

erci pour les revues que je vais
lire avec intérêt . Elles me rappelleront les journaux que lisait mon
père comme « Solidaridad Obrera » par
exemple.
Nous vivons une époque tourmentée et le mouvement syndicaliste me
semble bien timoré. Je cite toujours en
exemple l’anarchosyndicalisme espagnol et le travail immense d’émancipation ouvrière qui a été le sien. Jusqu’à
son dernier souffle, mon père lui a été
fidèle et s’est remémoré avec émotion
ce que furent ses actions.
Je vous envoie deux exemplaires de
« La raison douloureuse » ainsi qu’un fascicule sur le Pouvoir, de Tolstoï. Je l’ai
retrouvé en espagnol dans les livres de
mon père et, le lisant, j’ai été étonné de
la similitude des idées de Tolstoï avec
celle des anarchistes, ce dont je n’avais
Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

eu conscience jusqu’alors. La vie de
mon père est à prix coûtant : 10 euros
l’un.
Je vous souhaite, ainsi qu’aux compagnons de votre groupe, beaucoup
d’énergie pour continuer à faire vivre
l’anarchosyndicalisme.
Gloria Gargallo
(NDLR : L’ouvage « La raison douloureuse » dont nous conseillons la lecture est
diponible chez : gloria.edomi@orange.fr /
La traduction de « Le Pouvoir » de Tolstoï
est parue chez @cracia en 2008)

DE SANG ET D’OR

J

’ai écrit un roman « De sang et d’Or »,
une grande histoire d’aventure et
d’amour sur fond de guerre civile espagnole en Catalogne. Un livre dont la
toile de fond est le combat de nos
compagnons ibériques de 36 à 39. Je
lance une souscription pour son édition. Plus d’information au courriel :
mdejean@gmx.fr

LA RICHESSE

V

oici mon abonnement. La richesse de l’Homme est ce qu’il donne,
pas ce qu’il possède. Qu’on se le dise.
Résistance. Fraternité.
Monique C

EN SOUTIEN

B

onjour
Compagnes
et
Compagnons. En soutien à votre
combat syndicaliste, pour que nos
pensées, libres, critiques et constructives continuent de s’exprimer.
Francine et Estéban B.

CAMPING CNT-AIT
La semaine de camping de la CNTAIT aura lieu cette année du dimanche
3 août (au soir) au dimanche 10 au
matin. C’est un espace à la fois de
détente, de réflexion, de convivialité,
d’information. Comme toujours, nous
avons retenu en midi-pyrénées un aire
de camping, simple et sans chichi
(mais offrant les comodités de base)
afin que les problèmes budgétaires ne
soient un obstacle pour personne. Il
est ouvert aux lecteurs de notre journal
qui le souhaitent. N’hésitez pas à prendre contact.
NDLR

17

18

CéNéTistement Vôtre
Nous rencontrer

Vivre à Béziers

_ Dans le 34 : cnt-ait34@outlook.fr
_Paris : contact@cnt-ait-parisnord.fr
_ C l e r m o n t - F e r r a n d
cntait63@gmail.com
2, Place Poly 63100 ClermontFerrand, permanence (avec bibliothèque gratuite) tous les samedi, 16h19heures.
_CNT-AIT du Gard. Pour tout
contact, s’adresser à la Bourse du travail d’Alès ou à l’Union régionale.
_Montauban : contact à la table de
presse, les samedi, 10 h 15 à 12 h au
marché du Jardin des plantes
_Toulouse : CNT-AIT, 7 rue St
Rémésy 31000 (métro Carmes ou
Salin). Permanence tous les samedi
17 à 19 h. Egalement aux Puces
(place St Sernin) le dimanche en fin
de matin. Tables de presses périodiques dans les quartiers (Bagatelle,
Faourette, Mirail) et à l’université
(UTM).
_Dans le Gers, Anarcho-syndicalisme ! est diffusé par la librairie « Les
petits papiers » rue Dessolés. Pour
prendre contact avec la cnt-ait :
sia32@no-log.org
_Quercy-Rouergue, prendre contact
avec : cnt-ait-quercy-rouergue@mailoo.org .
_Autres départements de Midi-pyrénées : prendre contact avec le
journal.
_Une «Initiative CNT-AIT » est en
cours de constitution dans le
Volvestre. (cnt-ait-volvestre@ouvaton.org)Toutes les personnes intéressées par cette démarche sont les bien
venues.
_Perpignan: CNT-AIT, 9 rue
Duchalmeau 66000. Perma-nences
chaque samedi à partir de 15h.
_Caen : BP 2010, 14089 Caen
Cédex. Table de presse chaque
dimanche au marché, tous les mercredis sur le Campus 1 (sous la galerie vitrée).
_Lyon : Contact : Gé ou Rob,
Librairie la Gryffe, 5 rue Sébastien
Gryffe, 69007.
_Dans
l’Yonne
CNT-AIT :
http://gasycntait89.over-blog.com
_Pour le département des Landes,
mail : interco.landes@free.fr
_Pour Monceau et sa région, on peut
contacter l’Initiative :
cnt.ait71@gmail.com
_Ailleurs nous contacter

1ER MAI 2014 À BÉZIERS

C

ette année, et pour changer nos
habitudes, nous étions à Béziers à
côté de la Bourse du travail que s'est
appropriée la CGT du coin.
C'est pour soutenir la nouvelle
« Initiative CNT-AIT Hérault », créée
depuis deux mois, que sont venus des
compagnons-gnes de la région ; mais
aussi pour « fêter » l'avènement de
Ménard 1er à la tête de cette ville de
Béziers.
Nous étions une vingtaine de militants et sympathisants, plus d'autres,
soit une petite troupe sympathique et
gaie autour de la table de presse ou
trônaient « Anarchosyndicalisme ! » et le
premier numéro du journal de la
CNT-AIT Méditerranée : « Révolution
Sociale ».
Ça déparait avec le maigre cortège
Cégétisto-FSUbuesque (environ 2 ou
300 personnes ?) qui a défilé tristement devant notre table de presse et
dont la sono à fond n'a pas pu faire
taire nos sympathiques allusions aux
dernières élections présidentielles et
municipales ! La banderole de la
CNT-AIT annonçait d'ailleurs la couleur « Ils ont voté, et puis après ? »
Référence bien sûr à la chanson de
Léo Ferré et à nos affiches « Les élections passent, les problèmes restent » collées
aux alentours de Béziers avant les
municipales par les compagnes-gnons
du coin.
Cette table de presse a été suivie
d'un pique-nique convivial … devant
le théâtre de Béziers -, là ou la police
fait la chasse aux SDF et aux jeunes
qui ont le malheur de se regrouper
dans ce lieu des allées Paul Riquet !
Arrêté municipal oblige, ces gens sont
systématiquement délogés, contrôlés
et virés dans le meilleur des cas ! Idem
pour les mineurs (moins de 13 ans)
qui subissent une interdiction de rester dehors après 22 heures, et ce toujours par arrêté municipal !
Bref, avec ce pique-nique, non
seulement nous nous sommes régalés,
mais en plus, cela a été l'occasion de
discuter avec ces gens dans la précarité et de leur montrer qu'ensemble, en

Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

nombre, on est plus forts ! La police
n'a fait que tourner autour de notre
banderole, de nouveau déployée et n'a
pas osé intervenir, au grand regret de
certains qui se moquaient d'eux !
Donc une belle journée de lutte et
de solidarité active qui laisse promettre des lendemains plus gais à Béziers !
Ce mois de mai s'est poursuivi à
Béziers par un concert antifa de soutien le 17 mai 2014, organisé par des
jeunes présents à cette journée du 1erMai et par une exposition de photos
intitulée « Vivre l'utopie » s'est déroulée
du 13 au 16 mai, celle-ci était organisée par les compagnes-gnons de la
CNT-AIT de Béziers (voir compte
rendu).
Un peu d'animation donc, autre
que les ratonnades qui se profilent
sous ce Ménard 1er qui a eu la bonne
idée de prendre dans son cabinet (le
mot est bien trouvé !) deux ex-membres de partis Identitaires, qui sont des
copies encore plus fascinantes que le
FN, déjà peu reluisant !
Un peu de rouge et noir dans ce
Béziers plein de fachos n'a pas fait de
mal en ce 1er-Mai 2014.

VIVRE L’UTOPIE

p

L'exposition « Vivre l’Utopie » s'
est tenue durant une semaine à
Béziers dans les locaux de la Cimade.
Je pourrais écrire elle a « enfin » pu se
tenir. En effet nous avions eu au
départ l’accord d'une librairie qui s'est
désistée, ensuite une autre association
espagnole nous a fait faux bond.
Souvent le premier propos était :
« Ouf, cela fait du bien ! ». Beaucoup
d'interrogations sur le fait que cette
période historique soit si peut relatée.
Quelques conclusions aussi comme :
« S'ils l'ont fait, c’est que c’est possible »,
« Ils nous ont ouvert le chemin », « Ces
anars si droits, honnêtes, convaincus : des
leçons de vie ».
« Vivre l’utopie » sera de nouveau
présentée à Bézier, du 12 au 27 juin à
La Librairie des sources rue
Trencavel, une table de presse CNTAIT avec brochures, journal sera présente.

p

INTERNATIONAL

19 juillet 2014
Le 19 juillet 1936, le prolétariat
espagnol se jetait dans les rues pour
faire barrage au coup d’Etat fasciste
perpétré par le général Franco avec
l’appui de l’église catholique, de la
bourgeoisie et bien entendu de toute
l’armée. Malgré une infériorité inimaginable dans l’armement dont elle
disposait, la population réussit non
seulement à freiner pendant plusieurs
années l’avancée de l’armée franquiste
(soutenue, entre autre, par l’aviation
hitlérienne) mais aussi à impulser une
véritable révolution sociale autogestionnaire d’ampleur.
Pour commémorer cette geste, la
CNT-AIT de Toulouse organisera le
19 juillet 2014 une journée, avec, en
particulier la présentation de l’exposition « Vivre l’Utopie » à « La
Chapelle », 36 rue Danielle Casanova,
31000 (Derrière le Conseil général,
métro Minimes-Nougaro). Le programme précis sera disponible sur
notre site.

Mais aussi
_Tchatcher, suivre l’actualité militante
sur le forum de la CNT-AIT de Caen
http://cnt.ait.caen.free.fr/forum/
_Ecouter et faire écouter des textes de
la bibliothèque sonore libertaire (c’est
gratuit) : AnarSonore.free.fr L’enrichir
en enregistrant vous-même de nouveaux textes (classiques, articles...) en
français mais aussi dans toutes les autres langues.
_Diffuser
Anarcho-syndicalisme !
autour de vous. Prenez contact avec le
journal à notre adresse postale. Les
conditions sont étudiées en fonction
des possibilités de chacun.
_Diffuser les périodiques « Un autre
f u t u r »
(Toulouse),
« Solidarité
de classe »
(Cler montFerrand) et
« Révolution
sociale »
( U n i o n
Régionale
Méditerranée)

D

LIBEREZ ICARE POLITO ET TOUS LES
PRISONNIERS SOCIAUX BRESILIENS

ès que les travaux pour le mondial
ont commencé, le gouvernement
a assuré que tout le financement serait à
la charge des entreprises et des sponsors ; mais les années passant, le gouvernement utilise chaque fois plus l'argent des impôts pour financer cet événement privé.
Dans un pays pauvre où les habitants n'ont pas d’hôpitaux, ni de bonnes
écoles, de logements et où beaucoup de
droits sont « oubliés » par l’État, financer un événement de football avec l'argent du peuple provoque une grande
révolte. Actuellement nous avons
connaissance que plus de 51 % des
habitants du Brésil sont contre le
Mondial de football et ses dépenses.
Les journées de révolte de juillet
2013 ont été une sorte de réflexe dans
un pays qui se dirige vers la faillite et l’érosion complète des droits. Les niveaux
d'inflation sont chaque jour plus élevés,
ce qui fait comprendre à chacun que les
luttes sont la seule manière de mettre en
évidence les besoins du peuple. Ces
journées, et celles qui ont suivi, sont des
manifestations du peuple, pour le peuple, la plus pure expression de révolte
contre un gouvernement soumis aux
intérêts de la FIFA.

Les instances dirigeantes du football
causent aussi des torts à la liberté d’expression et de manifestation en faisant
tout pour les restreindre. De plus, ils
font aussi du tort aux petits camelots
qui ne peuvent plus rien vendre avec les
inscriptions Brésil 2014, Mondial 2014
et beaucoup d'autres. Cela est d'une
grande importance car un multitude de
brésiliens ne survivent que de la vente
de produits « pirates », hors de la forte
fiscalisation du gouvernement aux ordres des instances du football international,
Nous espérons qu’il y aura encore
beaucoup de manifestations (tout
comme l’on peut craindre trop d'abus
de la police). Il est clair pour nous que
c'est une opportunité pour revendiquer
et pour que le monde voit le Brésil tel
qu'il est en réalité,
BOYCOTT BRESIL 2014

p

Lettre adressée à « Anarchosyndicalisme ! » par Icare Polito, militant du
Sindivarios de Araxa (COB-AIT), arrêté, et inculpé ainsi que d'autres compagnons d'Araxa lors des émeutes de
2013. Affaire toujours pas jugée à ce
jour. Exigeons la libération de tous les
prisonniers sociaux du Brésil !

UNE DEMANDE DE SOUTIEN DE POLOGNE

D

ans toute la Pologne, les hôpitaux
font maintenant appel à de la
sous-traitance pour tout ce qui concerne les services tels le nettoyage ou la
restauration, ce qui entraîne précarisation et détérioration des conditions de
travail. Mention spéciale à l’hôpital de
Belchatow, géré par des néolibéraux du
parti gouvernemental. Contrairement à
ce qui se passe habituellement lors du
transfert de personnels d’un hôpital
vers un sous-traitant (l’usage veut que
tous soient repris), ici 60 femmes ont
perdu purement et simplement leur
emploi à cette occasion. Elles vous
demandent d’envoyer de protester
auprès de :
Dyrektor Miroslaw Leszczynski,
Szpital Wojewódzki im. Jana Pawla II
w Belchatowie, ul. Czapliniecka 12/3,
97-400 Belchatów par courrier, ou pa
fax (48) 44-632-1628 ou par email:
sw_belchatow@poczta.csc.com.pl en
envoyant un message de solidarité
Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

dont nous vous proposons une version
en polonais (que vous pouvez
copier/colle sur sur notre site) :
« Solidarnosc ze sprzataczkami i
kuchenkowymi ze szpitala w
Belchatowie!
Piszemy, by wyrazic nasz niepokój
w zwiazku z sytuacja 60 pracownic,
które nagle zostaly pozbawione miejsc
pracy w Szpitalu Wojewódzkim w
Belchatowie. Wszystkie ciezko pracowaly w szpitalu ale ich warunki sa bardzo niepewne. Praca zlecana na zewnatrz daje pracownikom mniejsze
zabezpieczenia niz zatrudnienie bezposrednie. Gdy zmienila sie umowa o
podwykonawstwie, firmy outsourcingowe nie zrobily nic by zapewnic, ze
kobiety beda. nadal zatrudnione.
Domagamy sie by szpital i odpowiedzialne wladze podjely dzialania majace
na celu zapewnienie godnych warunków zatrudnienia dla pracowników
szpitala.».
p

19

20

INTERNATIONAL

LA COUPE IMMONDE
L

e tournoi mondial de « tir au but » va bientôt commencer. Mais les
premiers tirs policiers ont déjà une longue histoire et ont fait de
nombreuse victimes notamment dans les favelas, où la révolte gronde,
où la répression est monnaie courante, où les expulsions locative se sont
multipliées car l’objectif étatique est de présenter aux touristes des villes
sans pauvres d’où les SDF et autres miséreux auront été chassés.
Déjà, en avril dernier, des émeutes
avaient éclaté à Copacabana suite à la
mort d'un brésilien. La police était en
cause.
Face à une population qui s'exprime et qui se bat devant autant d'injustice dans un des pays les plus inégalitaires du monde, face à cette révolte légitime qui se manifeste un jour après
l’autre dans les
rues du Brésil,
la seule réponse
de l'Etat, c’est
d’augmenter la
répression et de
multiplier les
victimes des
agressions policières.
Les organisateurs de la
coupe immonde ont peur de
la population. Il
leur faut une
belle
coupe,
avec ces beaux artifices. Ils veulent que
les touristes fans de ballon rond « s'éclatent » au Brésil, qu’ils voient du «
bon football », qu’ils écoutent de la «
bonne musique », qu’ils profitent des
petites danseuses qui iront avec, qu’ils
boivent... Tant pis si la population brésilienne paye ce spectacle au prix du
sang. La seule chose qui compte, c’est
que le fouteu-touriste dépense sans
compter tout son argent dans le teeshirt, les drapeaux, les restos, l’alcool,
la fiesta commerciale… et tout est fait
pour que l'argent ainsi récolté aille
directement dans la poche des amis de
la Fifa. Tout est fait aussi pour qu’aucun lien ne soit possible entre ces touristes et la rue brésilienne.
Le luxe pour les supporters et la
misère pour les brésiliens, c’est la devi-

se de la coupe immonde. De l'autre
coté des ballons et des paillettes en
effet, des hommes d’armes ont été
mobilisés en masse pour imposer cette
coupe immonde : 157 000 individus
armés, cagoulés, surentraînés (policiers
et militaires), seront déployés. C’est un
peu plus que le nombre de soldats
ayant participé au débarquement de

Normandie ce fameux « D Day »*1 que
les principaux gouvernants du monde
occidental sont venus célébrer en
France en ce mois de juin 2014.
C’est donc à un « débarquement »
infernal de forces militaro-policières,
équipées de tout un arsenal destiné à
étouffer physiquement toute révolte,
que les brésiliens vont devoir faire face.
Les jours prochains nous diront si les
forces immenses déployées par l’Etat
lui permettront de « maîtriser la situation
» et d’assurer la victoire des profits
immondes.
En tout cas, cette réponse étatique
montre ce qu’est la démocratie mondiale : quand tu veux obtenir la justice
et la dignité, quand tu ne demandes
qu’à vivre dignement, quand tu revendiques pour l’éducation, la santé et les
Anarchosyndicalisme ! n°140 /// Eté 2014

transports, quand on ose te répondre
qu’il n’y a plus d’argent pour cela…
l’Etat dépense sans scrupule des
milliards (plus de 10 milliards d’euros
officiellement), déploie 157 000 individus armés (payés par la population)
pour assurer les jeux du cirque et, surtout, pour garantir les profits de
quelques uns.
Cette « coupe » n’est pas encore
attribuée, mais elle est déjà pleine de
sang.
Honte au pouvoir brésilien (soi-disant de gauche). Honte à Platini qui a
osé demander aux brésiliens de se taire
et de profiter de cet événement. Honte
à la FIFA qui se
gave. Honte à la
France, au Brésil,
à l'Espagne, au
Portugal, à l'Italie, aux EtatsUnis, à la Russie
et à tous les Etats
qui vont participer à ce jeu de la
mort. Honte aux
médias de là-bas
et d’ici qui minimisent l’ampleur
de la révolte
populaire, qui
masquent ses raisons, qui vantent déjà
le savoir-faire des flics (inspirés disentils du modèle français pour les « gros
bras »). Honte et ridicule aux députés
qui ont fêté la qualification française en
se montrant à l’assemblée en tongs ou
en maillots de foot. Honte à tous ceux
qui n’en ont rien à faire des souffrances
de la population brésilienne et qui n'attendent en bavant qu'une chose, le premier coup de sifflet faisant retentir le
début de la compétition et ces premières victimes. Honte à vous.
A bas cette coupe immonde,
solidarité avec tous les révoltés.

p

_1.- Le 6 juin 1944, à minuit, exactement
156 115 soldats et parachutistes étaient
engagés dans les opérations. Environ
132 000 avaient déjà débarqué à cette
heure.


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