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Nom original: Brésil : quand Fifa rime avec mafia.pdf
Titre: Brésil: quand Fifa rime avec mafia
Auteur: Par Lamia Oualalou

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Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr

dans un stade Maracana plein à craquer. Désormais, le
traumatisme national a une nouvelle date, celle du 8
juillet 2014.

Brésil: quand Fifa rime avec mafia
PAR LAMIA OUALALOU
ARTICLE PUBLIÉ LE JEUDI 10 JUILLET 2014

Il ne faudrait pourtant pas oublier à quel point le géant
latino-américain a surpris positivement, au cours des
trois premières semaines de ce Mondial, par la qualité
de l’organisation et l’accueil de la population. Ni,
surtout, ce qui restera comme la fin d’un tabou : c’est le
Brésil qui, pour la première fois, a clairement montré
au monde que la Fédération internationale de football,
la Fifa, était une mafia.

© Marcello Casal Jr/ Agência Brasil

Alors que le Brésil était moqué pour son incapacité à
répondre au « standard Fifa », en référence à l’énorme
cahier des charges du Mondial, il a imposé un autre
« standard », avec l’arrestation en plein après-midi,
ce lundi 7 juillet, au Copacabana Palace, le plus
luxueux des hôtels de la « ville merveilleuse », de
Raymond Whelan de l’entreprise Match Hospitality.
Cette dernière est la société prestataire exclusive
de la Fédération internationale de football pour les
forfaits VIP de la Coupe du monde, comprenant tickets
d’accès aux stades, billets d’avion et hôtels de luxe.

La catastrophe historique qui a frappé mardi 8
juillet l'équipe brésilienne, massacrée par 7 buts
allemands, a éclipsé ce qui est un autre événement : le
démantèlement d'un système de billetterie clandestine
logé au cœur même de la Fifa, dont il se confirme
qu'elle rime bel et bien avec mafia. Les autorités
brésiliennes prennent ainsi leur revanche sur une
organisation qui leur a dicté ses conditions.
Rio de Janeiro, de notre correspondante. C’est
le Mondial de toutes les surprises. On attendait
qu’une équipe de football créative, emmenée par
la star Neymar, fasse rêver les Brésiliens et qu'ils
oublient une organisation décrite comme chaotique et
dominée par la corruption. Mais alors que le football
brésilien vient d’écrire la page la plus désastreuse
de son histoire, en encaissant sept buts à domicile
d’Allemands décomplexés, le bilan de ce Mondial est
presque à l’opposé des attentes.

Une supportrice en larmes. Une défaite pire que
celle de 1950. © Paulo Pinto/ Fotos Públicas

Brièvement incarcéré avant de bénéficier d’un habeas
corpus durant la nuit, le Britannique est le dernier
interpellé dans le cadre de l’« opération Jules Rimet »,
montée par la police pour démanteler un réseau de
revente illégale de billets de la Coupe du monde.
Onze autres membres de ce groupe ont déjà été
appréhendés par la police la semaine dernière à Rio
de Janeiro et à São Paulo. Tous sont poursuivis pour
« blanchiment d’argent, association de malfaiteurs et
revente au marché noir ». Parmi ces personnes figure
le Franco-Algérien Mohamadou Lamine Fofana,
d’abord soupçonné par les enquêteurs d’être le cerveau
de l’organisation. Ils estiment aujourd’hui qu’il a agi
en tant que bras droit de Raymond Whelan. La police
a notamment capté 900 appels entre les portables des
deux hommes.

Hagards, hébétés, les Brésiliens n’ont pas encore pris
conscience du poids de la défaite. Ils savent juste déjà
qu’elle a réussi la prouesse d’effacer de leur esprit ce
qui restait comme le pire souvenir sportif du pays : la
défaite en finale contre l’Uruguay, le 16 juillet 1950,

Le scandale va bien au-delà du Mondial brésilien.
La police a démontré que le réseau était actif lors
des quatre dernières compétitions, commercialisant
illégalement environ 1 000 billets par match pour
un tarif de base de 1 000 euros. Le président de la

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Fifa Joseph Blatter a eu beau assurer qu’il ne savait
rien du trafic la semaine dernière, la presse dédie
des pages entières à l’explication des liens très étroits
de l’organisation avec Match Hospitality. La société
compte parmi ses actionnaires la société Infront Sports
and Media, également basée en Suisse et dirigée par
Philippe Blatter, neveu de Joseph Blatter. La Fifa lui a
déjà attribué l’exclusivité de ses services d’hospitalité
pour les Coupes de 2018 en Russie et de 2022 au Qatar.

au Brésil. La semaine dernière, Brasilia n’a pas caché
son agacement face aux nouvelles sorties du Français,
qui se plaignait de l’impact de l’alcool dans les
tribunes : c’est justement la Fifa qui a contraint le
Brésil à un changement de législation pour pouvoir
commercialiser les bières de ses sponsors autour des
terrains. Jusqu’alors, la vente d’alcool était strictement
interdite.
[[lire_aussi]]
Très critique de l’organisation de la Coupe, Juca
Kfouri, l’un des commentateurs sportifs les plus
reconnus du pays, a salué ce qui restera comme
« l’héritage inestimable » du Mondial brésilien. « Si
les scandales récents qui ont sali l’image de la Fifa ne
suffisaient pas, l’explosion du trafic qu’elle a mis en
place constitue le coup de grâce », assure-t-il, ajoutant
que le système fonctionne au moins depuis la Coupe de
1998 organisée en France. Le coup de filet ne suffira
pas à consoler les Brésiliens de l'incroyable défaite du
8 juillet. On peut pourtant espérer qu’il entre lui aussi
dans l’Histoire, et présage d’une profonde réforme du
sport qui se targue d’être le plus populaire du monde
et en est aujourd'hui le plus corrompu.

Bon nombre de supporteurs ont quitté le stade avant même
la fin du match. © Marcello Casal Jr/ Agência Brasil

Le gouvernement brésilien n’a fait aucun
commentaire, mais on devine que certains politiques
doivent se délecter du scandale. La Fifa a critiqué
de façon souvent grossière la marche des travaux
au Brésil, le secrétaire général Jérôme Valcker en
arrivant même à dénoncer le « trop de démocratie »

Directeur de la publication : Edwy Plenel
Directeur éditorial : François Bonnet
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