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Pour l'honneur de la gendarmerie sénégalaise Tome 1 .pdf



Nom original: Pour l'honneur de la gendarmerie sénégalaise Tome 1.pdf
Titre: Pour l'honneur de la gendarmerie senegalaise Tome 1
Auteur: Abdoulaye Aziz Ndaw

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Colonel Abdoulaye Aziz Ndaw

Pour l’honneur
de la gendarmerie
sénégalaise
Tome 1 :

Le sens d’un engagement

Pour l’honneur
de la gendarmerie sénégalaise
Tome 1
Le sens d’un engagement

Colonel Abdoulaye Aziz Ndaw
Forces armées sénégalaises
Gendarmerie nationale

Pour l’honneur
de la gendarmerie sénégalaise
Tome 1
Le sens d’un engagement

Du même auteur
chez le même éditeur
Pour l’honneur de la gendarmerie sénégalaise.
Tome 2 : La mise à mort d’un officier, 2014.

Nous sommes conscients
que quelques scories subsistent dans cet ouvrage.
Vu l’utilité du contenu, nous prenons le risque
de l’éditer ainsi et comptons sur votre compréhension

© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-01592-7
EAN : 9782343015927

Je dédie ce livre
À ma mère Khady Birame Senghene NDIAYE, femme
d’honneur et de vertu qui refuse que je rase les murs et veille sur
mon bien être et ma démarche.
À mon oncle Doudou NDIAYE Bachir ; ceux qui le connaissent le surnomment NDIAYE ANGLAIS, tant tout dans son comportement et sa vie est Honneur Rigueur et Intégrité ;
Au Général Abdoulaye FALL, Chef d’Etat Major Général des
Armées qui a fait tout ce qui était en son pouvoir pour m’aider et
me soutenir. Son soutien financier m’a permis de maintenir mon
niveau de vie, loger ma famille et assurer mes engagements familiaux ;
À tous mes subordonnés, Officiers, Sous-officiers et Gendarmes auxiliaires qui continuent de croire que les Remparts de
la Cité sont des Hommes et non des pierres

5

Colonel Abdoulaye Aziz Ndaw
1/ DISTINCTIONS HONORIFIQUES
Commandeur de l'Ordre National du Lion
Commandeur de l'Ordre National du Mérite
Médaille d'Honneur de la Gendarmerie
Croix de la Valeur Militaire 3 citations dont 2 avec étoiles d’argent
Officier de l'Ordre National du Mérite de France
Médaille Commémorative de la Libération du Koweït
Médaille de L'organisation de l'Union Africaine pour le Tchad
Médaille de l'ECOMOG pour le Libéria
Médaille des Nations Unies pour la Bosnie Herzogovine
2/ FONCTIONS DE POUVOIRS
Commandant d'unités d'instruction Gendarmerie
Directeur de Centres d'instruction
Commandant d'Unites de Gendarmerie Mobiles
Commandant de Contingent Opérations Extérieures
Directeur du Département Juridique des Forces Armées
Chef de l'Etat Major Gendarmerie
Sous Directeur de la Justice Militaire
3/ FONCTIONS D INFLUENCE
Chef de la Division Justice Militaire de la DJM
Chef de la Division Situation Synthèse de la DDSE
Directeur de la Lutte contre la Subversion et le Terrorisme du
CENCAR
Conseiller Juridique du Ministre des Forces Armées DIRCEL
Conseiller référendaire du Conseil d'Etat CONSEIL D'ETAT
Haut Commandant en Second ou Major Général de la Gendarmerie
4/ FONCTIONS INTERNATIONALES
Prévôt de grandes unités d'opérations extérieures
Policier International UNMIBH
Président du comité des experts de l'ANAD
Président de la Commission Nationale anti mines
Président de la Commission Nationale ALPC
Secrétaire Exécutif de la Commission Nationale NBC
Attache Militaire en Guinée et en Italie
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Avant-propos
Beaucoup de gendarmes, notamment des sous-officiers ont
cru en mon action et en mon engagement. Ils ont été surpris et
anéantis de me voir quitter le commandement.
Des choses très graves leur ont été dites pour justifier mon
limogeage de la fonction de Haut Commandant en Second de la
Gendarmerie Nationale. La plupart d’entre eux n’ont jamais cru
à tous ces mensonges, manipulations et fourberies pour justifier
ma mise à mort. Jamais occasion ne m’a été donnée de pouvoir
m’expliquer et me justifier.
On m’a accusé d’avoir détourné deux milliards de nos
pauvres francs dans des marchés nébuleux. On m’a accusé
d’avoir voulu isoler le Général et de manquer de loyauté envers
mon chef et la Gendarmerie.
On m’a accusé d’avoir fait du népotisme en donnant des
marchés militaires à mon épouse et à ma sœur. On m’a accusé
d’intempérance, d’enrichissement illicite, d’adultère.
Ces accusations ont été répétées aux gouvernements qui se
sont succédés et toutes les décisions me concernant sont marquées et diligentées sur la base de telles informations et manipulations.
Depuis tout avancement, toute décoration m’ont été refusés
par le gouvernement de la République et la gêne que je constitue pour tous les Ministres des Forces Armées, semble donner à
la longue, raison à ceux qui ont décidé de m’anéantir.
Je n’ai nul besoin de m’expliquer face à des chefs manipulés
et qui refusent de voir plus loin que ce qu’on leur a dit de moi.
J’ai saisi ces chefs et autorités par des lettres officielles pour
demander l’ouverture d’une enquête même administrative, pour
faire la lumière sur mon cas.
9

Je ne pense pas que ces personnes s’intéressent encore à moi
aujourd’hui, elles préfèrent certainement me gérer dans mon
exil « doré » le temps qu‘ arrive ma retraite.
Cette gestion ne me dérange pas. Cependant, le regard de
mes subordonnés m’oblige à leur parler pour rétablir la vérité.
Beaucoup la connaissent, certains la devinent, d’autres en ont
fait un combat dans la plupart des forums internet et n’ont jamais hésité à me défendre et à dire ce qu’ils pensent de moi.
Pour eux et pour mes enfants, j’ai décidé d’écrire ce livre.
Les manipulateurs l’analyseront comme un acte
d’indiscipline. Les puristes de la chose militaire y verront un
déballage inutile et malsain. Les mis en cause penseront à un
acte de jalousie et pire, à des attaques pour me venger ou nuire.
Je me soucie très peu de ce qu’ils pensent et de qu’ils feront.
J’ai besoin de dormir et de regarder mes interlocuteurs en face.
J’ai besoin de savoir que personne, aujourd’hui, demain et dans
mille ans, ne dira à ma lignée, votre ascendant a fait ceci ou n’a
pas fait cela.
Ce besoin est plus fort que la discipline, mon honneur est en
jeu. Autant j’ai risqué ma vie pour la défense des intérêts nationaux, autant je défendrai avec toute l’énergie requise mon honneur et mon nom.
Je suis un homme propre, je suis un homme digne et je suis
un homme fier. Ceux qui ont voulu me salir et me déshonorer
auraient dû trouver d’autres failles et d’autres méthodes.
Je n’ai aucune prétention, encore moins de la rancœur. Ce
livre n’a d’autre but et d’autre prétention que de sauvegarder ce
que mon père et ma mère m’ont transmis et que j’entends
transmettre intact à mes enfants.
Cet article d'un compatriote m'a fait prendre conscience de
mon devoir de faire face à des personnes sans foi ni loi pour
défendre le peu de dignité qui pouvait me rester.
Une banale affaire de mœurs a conduit le Cabinet d'un Ministre d'Etat, ministre de la République devant les juridictions
pénales du pays. Le Ministre est resté en poste comme si de rien
n'était et comme s'il n'était pas concerné par cette affaire dont
10

non seulement il etait le principal instigateur mais encore plus
grave, le principal acteur.
Les autres acteurs qui sont ses agents comme la victime ne
sont pas investis de charges publiques. Ce ministre, comme moi,
est un ancien enfant de troupe, soit un homme formé aux frais
du contribuable pour savoir et ainsi mieux servir.
Je reprends ici sans y changer une seule virgule l'article d’un
journaliste pour mieux camper les enjeux de ce fait divers,
parce que je fus moi-même l'objet d'un fait divers qui m'a poussé à douter de mon choix irrévocable de servir la Nation, l'Etat
et mes concitoyens. La lettre d'Aliou NDIAYE aurait certainement satisfait mon épouse et mes grands enfants.
"Au nom de la Nation entière, je me permets de vous présenter des excuses. Les hommes de ce pays sont de grands pécheurs. Ceux qui ont jeté cette pierre à Monsieur Diombass
Diaw, votre époux, ne sont pas des saints. Ni moi d’ailleurs, je
vous l’avoue. Cette fragilité ne tient pas lieu d’excuse valable.
L’explication est trop faible pour effacer votre douleur et sécher vos larmes. Toutes les femmes de ce pays m’en voudront
certainement de verser dans les lieux communs. Les excuses
bidon du mâle incapable de contrôler ses pulsions animales
vous enragent à juste titre.
Mais, croyez-moi, je suis sincère ! Sous nos dehors de durs à
cuire, d’hommes de principe et d’armoires à glace, se cachent
un caractère faible et un corps inflammable. L’orgueil nous
empêche souvent de verser les larmes de tout notre corps. Je
vous fais, à vous et à toutes, l’aveu de notre faiblesse fondamentale. Pardonnez-nous de n’être que des hommes ! Car,
comme le dit si justement un chanteur français : c’est la peine
maximale.
Le procès voulu par votre mari sera une longue torture. Le
film de son corps dénudé devrait être projeté dans la salle des
audiences du palais. Une salle de cinéma comme les autres. Ne
vous attendez surtout pas à du respect, au minimum de respect.
Des hommes vont se donner la répartie dans ce spectacle honteux. Ils auront à cœur de remplir leurs rôles, de mériter leurs
honoraires et leurs réputations de bêtes médiatiques.
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Présumés innocents, les prévenus afficheront un semblant de
sérénité qui vous choquera. Le ministre d’État sera présent dans
la distribution, mais absent de la scène. Vous verrez ! Ceux qui
ont tiré sur vos enfants useront de simples stratagèmes.
La bonne vieille théorie du complot et du bouc émissaire a
servi et servira. Vous serez en colère contre ces monstres et
leurs monstruosités, mais Madame, qui s’intéresse à vos états
d’âme ? Nos princes de hasard et leurs hommes requins ?
Après les débats d’audience orageux, les plaidoiries et les
réquisitions, une peine avec sursis pourrait sanctionner un crime.
Je ne suis pas un devin, mais dans l’esprit de bon nombre de
concitoyens, la nature de la sentence ne fait pas l’ombre d’un
doute. Il se pourrait même que la cadreuse paye pour les réalisateurs et le producteur.
A ce moment précis, vous prendrez votre malheur pour une
exclusivité. Détrompez-vous ! Dans ce pays, les hommes ont
perdu l’usage de leurs poings. Les lions sont devenus des toutous. Ils ne protègent plus les femmes et abandonnent les enfants au premier agresseur.
Nous sommes des lâches. Sans ce silence complice et cette
désinvolture couarde, ces coupeurs de route n’auraient jamais
osé attaquer votre famille. En plein jour ! Quant à votre mari, ce
pauvre bougre mérite bien plus qu’une réprimande. Faites-en ce
que bon vous semblera, mais laissez-le caresser la tête de ses
enfants ! Pour soutenir le temple, dit le poète, il suffit d'un pilier.
Une Sénégalaise, c'est le Sénégal. Une Foutanké contient du
Fouta. Ce qui brise un peuple peut avorter aux pieds d'une
femme. Une Femme de Nder, de surcroît.
Sincèrement, votre compatriote Aliou Ndiaye.

12

Un officier engagé
Je ne serai jamais Général de gendarmerie. Dieu en a décidé
ainsi et le Khalife Général des Mourides, Serigne Sidy Mocktar
MBACKE à qui ma famille a demandé une intervention pour
me réconcilier avec le Président WADE, a répondu que mon
père, qu’il a connu, qu’il a respecté et qui était un des plus solides piliers de sa famille, n’aurait jamais sollicité une telle intervention.
Toute ma carrière, je me suis battu pour rester le meilleur de
ma catégorie, dans l’engagement, la compétence, l’éthique et le
service des autres. J’ai commis des fautes comme tout militaire
qui se respecte. J’ai parfois fait preuve d’indiscipline notoire.
J’ai souvent été puni pour des divergences de point de vue,
ou d’appréciation, mais jamais, je n’ai commis de faute contre
l’honneur ; jamais je n’ai commis de faute qui puisse entacher
les trois mots qui guident mon engagement : HONNEUR,
GLOIRE et FIERTE.
J’ai occupé des fonctions stratégiques, des fonctions importantes. J’ai eu très peu de fonctions de pouvoirs, j’ai eu des
fonctions d’influence qui m’ont permis d’influer le cours de
l’histoire et de marquer de façon indélébile mon action.
Des hommes politiques, des religieux et des chefs militaires
de grande valeur, m’ont fait confiance, et dans le secret des
dieux, j’ai pu les amener à prendre des décisions stratégiques,
déterminantes pour l’avenir du pays et le succès des Forces
Armées.
Être Général aurait consacré une carrière exceptionnelle, un
engagement sans faille et une compétence certaine. Ma famille
en aurait été comblée et aurait compris les sacrifices consentis,
les absences répétées, mais surtout la rigueur d’une vie qui exclut corruption, népotisme et concussion.
Je suis un officier honoré, respecté, mais aussi un officier
pauvre, obligé de compter ses sous et qui peut connaître des fins
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du mois difficiles. Je n’ai jamais cru devoir me servir. Je ne suis
pas riche, je connais des fins de mois difficiles comme la plupart des camarades qui ont fait un choix comme le mien.
J’ai servi dans le respect scrupuleux des deniers de l’Etat,
loin des salons feutrés, et loin des lumières de la République.
Servir pour moi est un devoir, une obligation, une volonté de
donner au service public, à l’Etat et aux citoyens en mettant ma
vie, mon intelligence et ma foi au profit des autres.
Pourtant j’ai une richesse de vie que beaucoup me jalousent.
J’ai voyagé à travers le monde, j’ai partout des amis exceptionnels, j’ai été aimé plus que de raison par des multitudes de
femmes belles, courageuses et vertueuses. J’ai été à la table de
grands seigneurs qui m’ont honoré et respecté. J’ai participé à
de grandes conférences internationales, à des sommets et contribué largement dans la marche du monde.
Je ne serai ni le premier, encore moins le dernier Colonel
déçu de ne pas être Général alors que toutes les Forces Armées
s’y attendaient. Des officiers, plus illustres, plus intelligents,
plus méritants sont partis à la retraite avec le grade de Colonel.
Ils ont été et demeurent une gêne pour beaucoup d’officiers
généraux moins méritants et moins engagés.
Je citerai le colonel Makha KEITA, le plus brillant de sa
promotion et qui sera le seul à ne pas être Général. Makha est
un brillant enfant de troupe qui figurerait dans le palmarès des
80 ans du prytanée en termes de prix et de notes. Makha est un
brillant sportif, Makha est un officier du génie exceptionnel, les
officiers du génie de sa trempe sont tous des Généraux.
Makha KEITA est un officier handicapé, blessé de guerre, le
seul en service comme le Général DELEAUNAYcommandant de
Saumur dans les années 70. Makha a exercé des fonctions civiles
et militaires très importantes. Il est parti à la retraite Colonel en
2001 et dix après, il continue de servir les Forces Armées.
Le Colonel Mbaye FAYE est aussi un officier de la trempe
de Makha KEITA par son intelligence, son engagement et sa
compétence. Mbaye FAYE est un des officiers d’état-major les
plus respectés, tant sa conception est un art inné, qui fait de lui
un artiste indispensable de la chose militaire.
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Mbaye FAYE a conduit de grandes études, il a conçu de
grands principes et imposé des choix déterminants dans la stratégie générale des Forces Armées sénégalaises. Mbaye FAYE
est un organisateur hors pair. Sa capacité de travail et l’amour
du métier dont il fait preuve en font un moteur de recherches.
Colonel à 44 ans, il est un des rares Sous-chef d’Etat-major à ne
pas être Général.
Je citerai aussi Yoro KONE, une autre légende des Forces
Armées sénégalaises, un homme de pouvoir exceptionnel et qui
a eu un destin exceptionnel. Yoro KONE est connu comme le
meilleur commandant de théâtre d’opérations. Il est un chef de
grande envergure et des grandes opérations militaires.
Yoro KONE est le seul officier à se voir doter du commandement du corps de bataille sénégalais, plus de 6000 hommes,
unités territoriales comme unités de réserve générale réunies. Il
a bétonné la Casamance et y interdit tout sanctuaire du MFDC
pendant plus de cinq ans, il s’est’implanté dans Bissau et s’est
opposé sans perte aux attaques du Général rebelle Ansoumana
MANE. Yoro KONE a conduit des opérations de guerre qui
auraient dû le faire nommer Général.
Si de tels hommes, avec un parcours aussi exceptionnel,
n’ont pas été nommés Généraux, pourquoi, moi, moins brillant,
moins intelligent, et moins méritant, devrai-je prétendre à cette
nomination. Ce serait faire preuve de manque de modestie mais
surtout de manque de foi. Dieu n’a pas voulu que ces hommes
exceptionnels portent des étoiles, il ne veut pas non plus que
moi-même, j’en porte.
Je remercie Dieu de cette attention, et de sa générosité, pour
déterminer que ce grade ne m’aurait apporté que des malheurs
et peut- être des méfaits sur moi et ma famille. Je suis un
croyant et j’entends le demeurer.
En tout état de cause, au moment où j’écris ces lignes, je suis
le doyen des Colonels sénégalais toutes forces et tous services
réunis. J’ose même avancer que je suis le dernier colonel nommé par le Président Abdou DIOUF encore en service dans les
Forces Armées et pour trois ans encoe, les autres sont Généraux
ou ils sont à la retraite ou enfin décédés. Je ne dois rien à per15

sonne, surtout au Président Wade, dont le régime a plombé une
carrière pourtant très prometteuse.
Deux fois de suite, ce régime s’est trouvé des prétextes pour
m’exiler loin des centres de décision, loin du territoire national.
Je peux ainsi encore affirmer une autre certitude, je suis le seul
officier sénégalais nommé Attaché militaire, naval et de l’air
dans deux pays différents.
Ces nominations à des postes certes convoités sont une
preuve intangible de ma qualité intrinsèque d’officier, mais en
fait un enterrement de première classe pour un officier de
grande valeur.
Ce chapitre du généralat clos, il convient de poser des actes
humains et de répondre humainement, de s’expliquer comme un
homme face à des choix, à des engagements, à des faits qui
interpellent l’officier que je suis, et après moi, ma famille et
surtout mes enfants. Il n’est pas bon que la presse jette
l’opprobre sur un homme.
J’ai fait les choux gras de la presse, elle m’a accusé et des
personnes méchantes en ont profité pour m’insulter ; des accusations graves ont été portées contre ma personne. Des hommes
m’ont jugé et condamné.
Mon statut et mon métier ne me donnaient ni le droit de répondre, ni le droit de saisir les tribunaux. L’État que je servais et
qui me devait protection, en a profité pour m’exiler et m’enterrer.
Ma famille et surtout ma mère en a beaucoup souffert.
J’aurai dû démissionner pour recouvrer ma liberté de parole
et de mouvement. Deux choses m’en ont empêché, je suis un
officier, et dans mon entendement, un officier ne démissionne
pas ; en outre, j’ai besoin de ma solde pour faire vivre mes enfants et ma famille.
La seule solution que j’ai trouvée est d’écrire ce livre. Ce
livre a deux buts, participer à la construction nationale en étant
témoin de l’histoire dans les Forces Armées de mon pays, mais
aussi dénoncer des réseaux mafieux et quelques conduites qui
sont en train de détruire et détruiront l’idéal militaire.

16

Chapitre 1
Enfant de troupe
Je suis un enfant de troupe. Le 28 septembre 1968, j'ai rejoint le camp de Dakar Bango à Saint-Louis pour effectuer pendant sept longues années une scolarité secondaire avec une centaine de jeunes de mon âge, de tous les horizons, de toutes les
villes du Sénégal, de villages jusque là inconnus, d’autres pays
africains comme le Niger.
Je me rappellerai toujours du « thiaya » firdou de Loumbol
SY, des "paname ndiakher" d’El hadj Thiam et de beaucoup
d'autres souvenirs qui ont cimenté mon adolescence.
Je suis fier de me définir comme un enfant de troupe, un enfant d'origine quelconque. Certains avaient des parents très
riches, d'autres très pauvres, certains intellectuels, d'autres analphabètes ; tous avaient en commun d'être des enfants brillants,
qui avaient réussi un examen difficile et sans complaisance.
Il ne pouvait être question de magouilles, ni de népotisme et
encore moins de favoritisme. Tous à la même enseigne, nous
avons été « bleuis » par nos anciens, initiation à la case de
l'homme, qui nous a fait oublier nos origines et nos divergences
pour nous souder dans une promotion 1968 qui a produit de
bons citoyens. Nous avons ainsi pu trouver une voie professionnelle remarquée et remarquable aussi bien au Sénégal qu'à
travers tous les pays de l'Afrique francophone.
Très jeune, j'ai choisi de prendre en charge ma destinée,
prise en charge dictée par mes origines, par des conflits internes
à ma famille, un père mouride engagé, une mère très près de ses
enfants et un oncle très à cheval sur les principes. Ma famille
maternelle descend des plus grandes lignées, Sérère, Sarakolé et
Toucouleur. Je suis un descendant direct du marabout résistant
Mamadou Lamine DRAME

17

Mon père est un tièdo dont le père, un noble du Djollof, a été
converti à l'islam par Serigne Touba. Celui-ci l'envoya défricher une zone dans les environs de Thiès Mbour Ngekhok appelée Khabane. Khabane est connue aujourd'hui pour abriter
les champs de Serigne Saliou et ses daaras.
Mon grand-père, Wengue Kairé NDAO à qui Serigne Touba
donna le nom d'Ismaël, fait partie des rares Sénégalais qui ont
rejoint Serine Touba en Mauritanie et qui y ont vécu son exil.
Mon père, son fils ainé fut confié dès son jeune âge à Serigne
Mouhamadou Lamine Bara, troisième fils de Serigne Touba.
Mon père reçut son éducation de Serigne Bara et partagea
tout, les daaras, les travaux champêtres et toutes les vicissitudes
de la vie de talibé avec les fils de Serigne Bara notamment Serigne Modou Bara et Serigne Abdoul Aziz dont je porte le nom.
Mon père fut un mouride indiscutable dont la vie etait commandée par le Coran et les khassaides de Serigne Touba.
Il fut choisi par Serigne Modou Moustapha, le premier Khalife avec cinq autres jeunes comme lui, formatés par le mouridisme pour convoyer du ciment et du fer à Diourbel puis à Touba. Ces matériaux étaient destinés à la construction de la grande
mosquée et étaient placés sous la responsabilité d'un grand représentant de Serigne Touba à Dakar laissé là lors du départ en
exil.
Mame Birame NIANE fit de mon père ce qu'il est devenu,
un grand représentant du mouridisme à Dakar et surtout un
homme d'affaires prospère spécialiste des affaires liées à la
construction immobilière, ciment et fer. A ce titre, mon père eut
l'honneur de recevoir dans sa maison à la Gueule Tapée tous les
dignitaires du mouridisme de passage à Dakar pour une raison
ou une autre.
Notre maison fut un chemin de passage obligé pour les fils et
les petits fils de Serigne Touba en attendant qu'ils acquièrent
après l'indépendance leurs propres maisons à Dakar. Je suis né
dans ce milieu et ma naissance fut un évènement du fait que ce
jour, Dieu fit revenir de la Mecque un fils de Serigne Touba et
Serigne Abdoul Aziz.

18

Mon père dut les recevoir avant de les convoyer vers Touba
et j'eus l'honneur de recevoir un nom de baptême par le fils de
Serigne Touba. Celui ci me donna pour nom le nom de son
neveu et ami avec qui il revenait de la Mecque.
La joie de mon père sera égale à sa décision de faire de moi,
un disciple inconditionnel du mouridisme. Cette décision eut
pour incidence que je serai toute ma vie à la disposition de Serigne Touba et que je ne connaîtrai rien d'autre que cette vie de
talibé, soumis et inconditionnel du mouridisme.
A trois ans, tenant compte de ma destinée, on me fit prendre
les chemins des daaras et surtout du daara de Touba Niani,
Dans cette locakité située à cent kilomètres à l'intérieur des
terres, et loin du bourg de Koupentoum dans le profond Sénégal
Oriental, il fait généralement plus de 40 degrés à l'ombre.
J'y ai passé 4 années pour apprendre à lire et écrire le Coran.
De temps à autre, je faisais partie de la délégation du marabout,
privilège dû certainement à mon père pour sillonner le Sénégal
de daara en daara, de village en village, de ville en ville.
Pendant que le marabout recevait les dahiras et les talibés, je
devais, honneur suprême et sublime, réciter à haute et intelligible voix le Coran que j'avais déjà mémorisé. Lors des passages du marabout à Dakar, j'étais la fierté de mon père et mes
frères et sœurs me jalousaient pour les dons que je recevais.
Ma mère n'accepta jamais cette vie et était encouragée en cela par sa propre famille. Elle était très jeune par rapport à mon
père, peut-être bien 30 ans de différence d'âge. Toute sa famille
était tidjane, son père avait été à l'école et travaillait comme
administratif dans le port de Dakar ; son grand frère était déjà à
l'époque premier comptable noir de la société Mobil Oil. Ses
parents ne pouvaient admettre la décision de mon père de ne pas
m'envoyer à l'école.
Ma mère subissait quotidiennement les assauts de sa famille
qui ne trouvait d’issue que dans l'école. Tous les enfants de mon
père, même les filles étaient à l'école. Mon oncle estimait que
ma mère ne devait pas accepter sans rien dire la situation et
qu'un jour, elle regretterait amèrement cette irresponsabilité.
19

La pression fit son effet et ma mère lutta de toutes ses forces
contre mon père. Elle remit en cause son mariage si on ne lui
ramenait pas son fils. Le conflit fut tel que mes parents durent
se séparer.
Quelqu'un proche de mon père rapporta le conflit au marabout en lui expliquant la vision inconciliable des deux parties,
mon père qui donnait en sacrifice son fils à la volonté de Serigne Touba et de sa famille et ma mère qui exigeait que son fils
reçoive la même éducation que les autres enfants de mon père.
Serigne Abdou Aziz Bara me ramena à Dakar, fit chercher
ma mère, la retourna chez mon père et en lui disant de me faire
mettre à l'école et que j'en avais fini avec les daaras et que
j'avais effectué ma mission auprès de lui.
Cette décision fut profitable à un autre disciple du marabout,
dont les parents, autant mourides que mon père avaient fait don
de sa personne au marabout. Il fut mis lui aussi à l'école française à la différence de son grand frère qui est encore et pour
toujours « beukhe neek » des fils de Serigne Bara.
Ousseynou GOUMBALA est encore au moment où j'écris
ces lignes un haut fonctionnaire, ancien Directeur des bourses
du Sénégal et grand responsable politique à Kaolack.
Mon retour ne fut pas facile. La volonté de mon père était
trahie et il décida de ne plus jamais s'occuper de moi en tant que
fils. Il me laissa aux décisions de ma mère et de sa famille et si
je veux bien me souvenir, je ne lui dois ni cahier, ni crayon,
encore moins habits et culottes. Il me laissait sous la responsabilité de ma mère et cette dernière dut recourir à son grand frère
qui me prit en charge totalement.
Il fit de moi un homme, m'acheta les fournitures scolaires et
les habits qu'il achetait à ses propres fils qui avaient le même
âge que moi. Je commençais à avoir des problèmes dans la maison familiale et mes demi-frères, souvent plus âgés me battaient
à longueur de journée.
Pour m’assurer une vie paisible, ma mère me conduisait
chez son frère où je pris mes habitudes. Je trouvais un lit et
beaucoup d'autres choses auxquels je n'avais plus droit. Je me
20

sentais bien dans cette maison sans pour autant en faire la
mienne. Il y avait trop de rigueur, trop de punitions et souvent
je fuguais pour retourner chez mes parents.
Ma mère me battait alors et me retournait de force chez son
frère. Ma vie se passait entre l'école d’un côté où j'étais brillant,
-je reçus plusieurs prix à la maison de Mamadou DIA comme
on disait à cette époque- ; mes fugues de l’autre côté pour flâner
à Soumbédioune, à quatre cents mètres de la maison de mon
père, et fuir quelque peu la rigueur de la maison de mon oncle à
la Sicap ou souvent, on m'a battu pour indiscipline.
Un évènement auquel je ne comprenais rien m'avait marqué.
Ma mère ne pouvait jamais me laisser seul. Elle était obligée de
me traîner avec elle pour m'éviter les combats fratricides avec
mes demi-frères plus âgés. Je l'accompagnais partout et même
au marché où elle se rendait tous les jours. Le matin, c’était le
marché Gueule Tapée et le soir le marché Tilène.
Ce jour, j'eus le choc de ma vie en voyant pour la première
fois les parachutistes en tenue camouflée, bien bardés, prendre
possession de la maison de Mamadou DIA. Il devait être 16
heures ou 17 heures. En tout cas c'était l'après-midi. Ils sautaient des véhicules, roulaient par terre et se levaient de façon
superbe pour prendre possession de la rue. Ils se positionnaient
tout autour de la grande villa, sur les arbres et abris de fortune,
l'arme en joue.
J'échappais à ma mère et sans aucune peur les suivais
comme beaucoup d'autres enfants de mon âge, pour une, deux
ou trois heures. Le temps ne comptait plus, pour la première
fois de ma vie, quelque chose m'avait impressionné et me plaisait. Je venais de trouver mon destin et ma destinée ; je voulais
être parachutiste et rien d'autre.
Les gens fuyaient dans tous les sens. Ma mère devait me
chercher partout. Elle me battrait certainement, mais je m'en
balançais. J'étais là, témoin comme beaucoup d'autres enfants
d'un drame superbe, auquel je ne comprenais rien, j’étais seulement subjugué par le superbe des parachutistes. Je ne quittai
Tilène que vers 22 heures, anéanti par le sommeil et bouleversé
par un spectacle sublime qui émerveillera toute ma vie.
21

Je ne pouvais plus me passer de parades militaires. Je fuguais souvent de chez mon oncle pour entendre le clairon du
camp Claudel à Fann, ou pour voir les militaires Français parader au loin, monté sur l’un des manguiers du vieux Kéba, Le
vieux KEBA possédait un verger célèbre dans Fann où tous les
jeunes de la Médina ont volé des mangues.
Je n'ai jamais chapardé dans le verger du vieux Kéba. Il
poursuivait toute la journée les intrus venus voler ses mangues
et dut m’attraper une bonne dizaine de fois, il m'enfermait dans
sa cabane. Et je lui expliquais toujours que je n'en voulais pas à
ses mangues, mais que je voulais juste monter le plus haut possible pour voir les militaires du camp Claudel.
Il me comprit et j'eus la permission de monter des heures et
des heures pour suivre les activités des militaires. J'entendais les
chants que je commençais à répéter par cœur. Je marchais au
pas, j'apprenais beaucoup d'autres choses de la vie militaire.
J'osais petit à petit m'approcher de la caserne. Je mangeais
parfois avec d'autres enfants les restes de repas, la « graille » on
disait. Je lavais les gamelles et j'avais même quelques amis
soldats avec qui je parlais un français parfait. Plus ils en étaient
surpris, plus ils m'offraient des bonbons et des cadeaux, que je
cachais.
La vie militaire m'enchantait et berçait mes rêves de jeunesse. J'eus la chance de trouver dans la chambre d'une des
épouses de mon père mon premier livre de guerre. Le livre était
un hommage de l'auteur aux poilus de la Première Guerre Mondiale. Ce livre contribua largement à ma maîtrise du français, de
l'orthographe, de la grammaire et des syntaxes, comme avec le
Coran.
J'eus beaucoup de facilités à lire ce livre que cette tante avait
eu de son père, poilu de la Première Guerre Mondiale. Toute
l'histoire de cette guerre était illustrée dans ce livre, avec les
commentaires adéquats, le nom des grands officiers, des
champs de bataille, des photos d'illustration, des pages de journaux d'époque et tout ce qui a marqué la Grande Guerre.
Le livre pesait autant que moi, je le déplaçais difficilement.
Je fuguais pour le dévorer. J'en connaissais par cœur toutes les
22

pages, tous les commentaires, toutes les photos. Je ne comprenais pas tout, aucun adulte ne pouvait m'en expliquer les commentaires. Je dus m'investir moi-même et en classe cela payait
avec les phrases que je formulais, les exemples que je trouvais
et les explications que je donnais.
Mon vocabulaire s'en élevait et je trouvais toujours les bons
mots et les exemples qu'il fallait pour illustrer mes propos. Mes
enseignants Cyrille DERNEVILLE, Anna NDIAYE, Mamadou
NIANG et Malick FALL de l'école Fann Gueule Tapée en ont
toujours été impressionnés.
Le 3 avril 1967, les parachutistes avaient sauté sur la baie de
Soumbédioune, tous les enseignants abandonnèrent leurs
classes pour voir les sauts. La surveillance fut confiée au premier de la classe. Ce deuxième trimestre comme les autres fois,
je partageais la première place avec le jeune Kemal aussi brillant sinon plus brillant que moi. Sa mère était institutrice et plus
tard devint un écrivain de renommée internationale.
Plus âgé que Kémal, j'eus la surveillance de mes camarades.
Pour la première fois à l'école je fus en contact avec "yamatogne" le bâton du Monsieur Malick FALL, le Directeur de
l’école.
Toutes les filles de la classe avaient eu l'autorisation de sortir
juste après un baiser sur ma joue. C'était bien rigolo ; une première m'avait fait cette proposition que je trouvais merveilleuse
et toutes en avaient profité pour filer à l'anglaise et assister au
saut des parachutistes.
Les garçons de la classe me dénoncèrent dès le retour du
maitre et pour la première fois, je sentis la lanière de monsieur
Fall sur mes fesses nues, tenu par quatre gaillards, humiliation
suprême.
Le Lendemain, j'eus droit sur la route des puits, aujourd'hui
boulevard Bourguiba à mon premier défilé du 4 avril. Je vis les
enfants de troupe, des enfants de mon âge, en tenue militaire,
avec leur musique, leur drapeau comme des militaires, autant
que des militaires, plus que des militaires, ouvrir le défilé.

23

Un jeune qui avait ma taille défilait en tête avec son bâton de
tambour major. Les autres par groupes, par paquets, au pas et en
musique défilaient devant tout le peuple. Les applaudissements
vrombissaient de partout.
Je sautais de mon arbre et suivis pas à pas le défilé des enfants de troupe. Les cravaches des policiers, leur hargne et leurs
cris ne pouvaient m'arrêter. Je suivis les enfants de troupe jusqu'à l'éclatement, Je leur posais la seule question possible,
comment faire pour être enfant de troupe. Je suivis leur camion,
je courus derrière leurs camions.
Je réussis à monter à bord et mes questions continuèrent jusqu'au camp Lat Dior où tout le monde débarqua. Je n'étais pas
le seul enfant à les avoir suivis. Les grands militaires nous firent
sortir, mais je m'accrochai et un caporal qui deviendra mon
premier contact dans l'armée m'expliqua ce qu'il fallait faire.
Oui, le caporal Seydou Nourou ADJ, adjoint Chef de poste,
ce jour-là m'expliqua tout ce qu'il fallait savoir sur les enfants
de troupe, la candidature, les papiers à fournir, l'examen à passer, en fait tout ce que je devais faire pour remplir les conditions
requises.
Je courus vers ma mère qui ne pouvait comprendre grandchose. Pour elle, la vie militaire se résumait à sa fuite de Dakar
avec sa mère malade pour rejoindre Rufisque pendant le bombardement de Dakar par la France libre du Général de Gaulle.
Mon père ne voulait pas entendre parler ni de moi ni de
l'école. Il avait décidé que ce n'était plus son problème. Je
n'osais pas solliciter mon oncle trop sévère à mon goût. Pourtant
il fallait bien qu'un adulte de ma famille me signe mes papiers.
Mon grand frère, l'aîné de ma famille, agent sanitaire qui revenait juste de Bobo Dioulasso, jeune fonctionnaire le fit sans
problème. Il me signa tous les documents que je lui présentais.
Je fis part de mon projet à mon Directeur et maître. Il me prit en
charge et prépara aussi Kémal pour le concours avec la bénédiction des parents de ce dernier , intellectuels et enseignants euxmemes.

24

Cette année là, il n'y eut que l'examen de l'école militaire
préparatoire. Mai 68 était passé par là. Je fus admis avec les
honneurs comme 99 autres jeunes dont Kemal.
Le 28 septembre 1968, j’ intégrai l'école militaire préparatoire de Saint-Louis avec 98 bleus répartis en trois classes de 33
élèves. Ces camarades sont mes frères de sang, mes compagnons de jeunesse, mes camarades de jeux, avec qui j'ai partagé
des histoires.
Je me rappellerais toujours du bleuissage de la Sixième, des
combats au bord du fleuve de la Cinquième, de la première
cigarette dès la Quatrième, du mouvement obligé le long du
pont Faidherbe et des nihilistes de la Troisième, mouvance inventée par SOW Seydi Ababacar SOW et que le Commandant
KIRSH baptisera “le néant”.
Je me rappellerai pour la Seconde du premier bal des frères
jumeaux Assane et Ousseynou MBAYE, de la première fille à
Kaolack lors des jeux inter-écoles militaires en Première. En
Terminale, arrivèrent les rendez-vous galants avec les filles du
Lycée Ameth FALL conquises à Dakar pendant les Semaines
de la jeunesse.
Je voudrais repartager avec toute la promotion ces moments
sublimes qui montrent l'évolution de l'enfant de troupe et la
prise en charge de son adolescence. Plusieurs de mes camarades,
ne sont plus de ce monde. Certains sont très malades, mais chacun a inscrit, d’une encre indélébile, un évènement dans les
annales du prytanée. Cette écriture est notre histoire. Elle nous
interpelle pour rester ce que nous ne devons jamais oublier, des
hommes forgés dans le service des autres.
1975, année du bac. Je n'étais ni le premier de la classe, ni le
dernier. J’ai suivi une scolarité normale au prytanée. Chaque
fois quelques prix qui récompensaient une culture générale solide et me permettaient de ne pas baisser les yeux devant les
cracks qui finiront à sept comme d'habitude en Terminale C.
Je faisais partie du groupe des partisans du moindre effort
assurant en premier cycle une moyenne de quatorze à toutes les
compositions et une de douze en second cycle. Ce manque d'ef-

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fort a eu pour conséquence qu’on m’oriente en seconde A après
pourtant un brevet exceptionnel du prytanée 100%.
Je perdis l’estime des chefs de classe qui m'ont toujours porté une attention spéciale, pari lesquels mon chef de classe de la
seconde A, le sergent Rosa DASYLVA, tombé au champ
d'honneur pendant la guerre de libération de Guinée Bissau. Je
leur dois avec Arnaud Ousseynou DIOP, qui finira Adjudantchef, d’avoir fait la première D avec un effort particulier en
mathématiques et sciences physiques.
Je fis "Makha Toubé", village près de la caserne, comme
tous les élèves du second cycle. Je ne me rappelle plus de la
raison. J’étais un des délégués de ma classe. Je fus l'objet d'un
interrogatoire musclé et humiliant de la gendarmerie dont un
MDL/C que je n'oublierai jamais, nous prit par traîtrise.
Son capitaine ne put lire correctement ses ordres face à notre
détermination. Il vint à nous comme ami et envoyé spécial de la
Présidence et qui voulait entendre quelques représentants pour
faire son rapport. Les jeeps de la gendarmerie, la brigade de
Saint-Louis et les coups pour faire cesser la grève, voilà mon
premier contact et mon dégoût de la torture.
Je ne sais pas comment la grève cessa. Tout les enfants de
troupe furent renvoyés pour quinze jours et nos parents durent
nous ramener. Certains dont deux de mes meilleurs camarades
Alassane NGOM de Sud Informatique et Amadou Kane DIALLO du COSEC, des amis et surtout tout le groupe de la gendarmerie ne revinrent jamais. Mon oncle chef de classe, le futur
commandant Pape Kandé NDIAYE, alors sergent retira mon
nom pendant la confection des listes d'élèves à exclure.
Je me présentais au Bac très serein et très confiant. Je travaillais mieux et fournissais les efforts constants sans plonger
dans le cosmos (veillée) comme les camarades de la Terminale
C.
Ma mère avait profité de mon passage à Dakar pendant
l'examen d'entrée à l'IUT pour me conduire chez le marabout de
Touba Yeumbeul, Serigne Abo Madyanah MBACKE.

26

Devant plus de deux cents personnes, ce marabout après
mon allégeance et « djebellou », me dévoila ma destinée. J'aurai
le bac avec la mention, je serai admis pour l'examen que je venais de faire, j'obtiendrai sept bourses d'Etat pour faire mes
études en Europe. Je serai admis à tous les examens militaires.
L'assistance tombait en transe. Les témoins connaissaient et
avaient confiance en ce marabout qui était selon eux infaillible
parce que fils de Serigne Bara et béni de façon exceptionnelle
par Serigne Touba qui lui avait donné le nom d'un grand religieux originaire de la Mauritanie.
Le marabout, d'un revers de la main, fit taire tout le monde
et continua ses révélations. Il me dicta de faire la Gendarmerie,
arme où mon chemin serait selon lui difficile, tortueux mais
salutaire.
J'eus mon bac avec facilité, 19 en maths et 17 en sciences
physiques. Les sciences naturelles limitèrent la portée de la
mention pour une confusion impardonnable entre, cellule animale et cellule végétale. Mon professeur de maths, Monsieur
Crouzet vint jusqu'à Dakar chez mes parents pour me féliciter.
Les bourses suivirent comme prédit par le marabout, quatre
bourses pour la France, une pour la Roumanie, une pour la Russie et une pour la Pologne. Je fus admis à l'Ecole Militaire de
Santé avec trois autres camarades Falou DIAGNE, le brillant
Thierno Seydou Nourou LY et Mouhamadou MBACKE dont je
n'aurai plus jamais de nouvelles.
Entre-temps, un Lieutenant de gendarmerie était passé au
prytanée organiser un concours. Ce fut après l'exposé d'un
commandant exceptionnel que je retrouverai plus tard, toujours
égal à lui-même, intelligent, raffiné, posé et élégant, loin des
brutes de Makha Toubé.
L'impression que cet Officier de la gendarmerie fit sur moi
me dicta à jamais ma conduite dans la gendarmerie. Je pense
que le Général DIEYE, mon seul et unique promotionnaire du
prytanée et de la Gendarmerie ne me démentira pas. Il adopta
même la démarche de ce commandant, notre premier commandant d'école et qui fut un Général exceptionnel et mémorable de
la Gendarmerie, Mame Bounama FALL.
27

Chapitre 2
EOA et sous-lieutenant de gendarmerie
En août 1975, je fis part à ma famille avec la complicité et
les bénédictions de ma mère de mon intention de rejoindre la
gendarmerie. Pour la première fois depuis peut-être très longtemps, mon père s'opposa net à ma décision. Il fallut un nouveau conseil de guerre pour le choix de mon avenir.
Mon père voulait que je rejoigne l'Ecole Militaire de Santé
pour être médecin militaire, un métier noble et très utile aux
populations ou au moins que j'aille en Roumanie faire des
études d'ingénieur agronome.
Mon oncle, plus intellectuel voulait que je prenne la bourse
de l’Institut National de Sciences Appliquées (INSA). J'excluais
d'emblée une vie civile, je voulais être militaire et rien que militaire. En définitive, je ne retenais que deux choix possibles,
gendarmerie ou santé militaire avec une option inavouée pour la
gendarmerie, option sur laquelle ma mère s’arcboutait comme
la surveillance d'un lait sur le feu.
Un ami de mon père, le vieux Matar DIOKHANE, appelé à
la rescousse certainement par ma mère eut l'idée enchanteresse
de me permettre de choisir. Santé militaire je connaissais, j'aimais et les médecins militaires côtoyés durant ma scolarité au
prytanée, surtout le mari du professeur d'anglais d'origine américaine, le lieutenant médecin DIOP, médecin de la garnison,
avait fortement impressionné les enfants de troupe, les médecins militaires étaient respectés.
N'eût été le diktat du marabout, j'aurai choisi d'être médecin
militaire et j'ai continué à hésiter malgré mon choix et ma décision finale n'interviendra qu'avec l'insistance du Capitaine Sylimane SARR alors Chef de la division Instruction Documentation de la Gendarmerie.

29

J'avais signé tous les papiers de l'Ecole Militaire de Santé
pour rejoindre de nouveau Bango pour 45 jours. Mais le capitaine Sylimane SARR et ma mère maintinrent la pression sur
moi et je rejoignis la gendarmerie le 5 aout 1975 juste 3 jours
avant l'ouverture de l'Ecole Militaire de Santé.
Mon père me dicta alors ses conditions pour que je puisse
réussir à la gendarmerie. Il avait une très mauvaise perception
de la gendarmerie. Deux choses le préoccupaient, la corruption
et la torture. Son sermon fut très clair : "être gendarme oui et à
condition que tout ce que tu manges soit le fruit exclusif de ton
travail ; en outre ne jamais faire souffrir quelqu'un par usage
abusif du pouvoir de la loi".
Mon père, commerçant, a toujours été sollicité pour un oui
ou un non par des membres des forces de l'ordre, gendarmes,
policiers comme douaniers qui faisaient du trafic d'influence et
monnayaient à mon père des services, mon père avait un mépris
retentissant envers cette catégorie spéciale de citoyens qui ne
vivaient que de corruption, concussion, prévarication.
Les forces de l'ordre de cette époque avaient une composante très brutale qui n'hésitait pas à user abusivement de la
force pour faire respecter leurs lois et non les lois de la république.
Jeune lieutenant en reconnaissance dans le Fatick pour la visite officielle du Président DIOUF dans le Sine Saloum, je me
souviendrai toujours d’une gifle infligée à un vieux Sérère qui
s'était permis de faire de l'autostop au véhicule de la gendarmerie, le pauvre ne savait même pas avoir affaire à la gendarmerie
et au commandant de brigade.
Fort de ces deux contraintes, j'intégrai l'Ecole de Formation
et d'Application de la Gendarmerie avec un autre enfant de
troupe Alioune DIEYE. Sur place, nous trouvâmes trois autres
anciens enfants de troupe qui avaient constitué la première
promotion de la section des GAEO, « gendarmes auxiliaires
élèves officiers », nom très bizarre qu'un esprit tordu avait prétendu trouver à notre statut pour bien nous différencier du statut
normal des personnels de la gendarmerie qui ne nous était pas
applicable.
30

Beaucoup de cadres de la gendarmerie nous observaient
avec méfiance et même mépris, estimant que les faveurs à nous
accordées pour accéder à l'épaulette étaient dangereuses pour
l'avenir du corps de la gendarmerie et surtout pour la discipline
militaire.
La première promotion des GAEO, trois anciens enfants de
troupe, subit de plein fouet ce sentiment d'usurpateur. Un seul
put réussir à suivre son cycle normal avec la poursuite de ses
études en France. Le second notamment Badiane, fut autorisé à
redoubler sa deuxième année alors que le troisième Mbaye,
pourtant un brillant littéraire était exclu et reversé dans le corps
des sous-officiers de gendarmerie avec le grade de MDL.
Ces résultats plus que désastreux et même décevants eurent
un effet bénéfique sur Dièye et moi. Nous comprimes très vite
que nous n'étions pas les bienvenus dans la gendarmerie et que
rien ne nous serait pardonné. Nous devions faire tous les efforts
imaginables pour obtenir trois séries de diplômes qui sanctionnaient nos études.
En premier lieu, nous devions obtenir des diplômes militaires sanctionnant en deux ans notre capacité à commander un
groupe de combat et être Adjoint Chef de section d'infanterie,
copie conforme du programme de l'Ecole Nationale des Sousofficiers de Kaolack avec l'obtention en première année du
CAT2 infanterie et en deuxième année du CIA.
En second lieu, les GAEO devaient suivre la formation professionnelle de la gendarmerie, sanctionnée au bout de deux ans
par le diplôme de titularisation MDL et le diplôme d'officier de
police judiciaire (OPJ). Enfin les GAEO devaient obtenir le
DEUG sanctionnant l'obtention du diplôme de premier cycle de
la faculté de droit de l'université de Dakar
La formation militaire fut dispensée par cinq militaires prestigieux, instructeurs à l'EFAG notamment le MDL/C DIENE
dénommé MONGOL à cause de ses moustaches Mongoles.
Excellant en armement et en topographie. Il me donna l’amour
de ces deux matières que je continue parfaitement de maîtriser.

31

Le MDL Pape NDIAYE marqua la formation des élèves
gendarmes et maréchaux de logis de cette époque d une encre
indélébile son passage à l’école. Trois moniteurs auront un parcours atypique dans la Gendarmerie, NDAO Foulée finira Lieutenant-colonel de Gendarmerie ; Soumaré, un guerrier fera des
conneries dans la première ébauche du GIGN. Johnson sera
révoqué pour faute grave contre l'honneur et la discipline.
Ces deux instructeurs et trois moniteurs encadrèrent les deux
GAEO de la deuxième promotion et profitèrent de toutes les
heures libres pour nous inculquer une formation militaire solide
et dans toutes les matières du CAT2 et du CIA.
Quelques jeunes officiers, issus des académies militaires, notamment les lieutenants Bamalick NDIOUR et POUYE se
chargeront de la formation Combat programmée tous les jeudis
de sept heures à treize heures.
La formation professionnelle fut l'œuvre d'assistants techniques Français sous la conduite du Commandant CHARVET.
Les rudiments professionnels comme les méthodes et techniques, la procédure pénale pratique, la dactylographie, la police de la route, le maintien de l'ordre et beaucoup d'autres matières qui font la technicité des gendarmes seront passées en
revue et maitrisées avec l'aide infernale toutefois inconditionnelle des instructeurs.
Les assistants techniques Français feront preuve de compétence et de dévouement pour former les grandes promotions de
trois cents élèves gendarmes , soixante élèves maréchaux de
logis avec très peu de moyens.
Ils feront eux-mêmes les fiches d'instruction qui continuent
de meubler la bibliothèque du Commandement des Ecoles et
Centres de formation de la Gendarmerie. Ils appuieront avec
beaucoup d'efficacité les officiers en charge de la formation du
regroupement OPJ, notamment en procédure pénale pratique.
L'Université était autre chose et représentait une dimension
dans notre formation, plus exigeante et plus compétitive. En
première année de droit, mille trois cents étudiants tenaient
difficilement dans l'amphithéâtre 5001. En deuxième année,
32

moins de deux cents étudiants prenaient leurs cours à la Faculté
des Sciences Juridiques et Economiques.
De grands professeurs nous ont permis de comprendre et maitriser une partie de la science du droit. Les professeurs TRAORE,
Kader BOYE, DESNEUF, KOUASSIGAN, Birame NDIAYE,
MICHELET, les doyens FALL et BOCKEL donneront un enseignement de qualité et permettront à des étudiants de cette époque
de briller dans toutes les composantes de la vie nationale.
Je citerai dans ce cadre et entre autres étudiants de cette
époque, les professeurs agrégés AMSATOU SOW SIDIBE et
El Hadj MBODJ, le magistrat Demba KANDJI, le colonel des
douanes THIOUNE, le notaire Aissatou Gueye DIAGNE, la
banquière Henriette MENDY et beaucoup d'amis magistrats,
avocats ou banquiers qui font la loi en termes de respect des
droits de l'homme.
La sélection était certes sévère, mais la formation était de
qualité et les assistants de l'époque, les NGEREKATA, SYLLA,
SIDIME et LO, avaient de la trempe et étaient tous dévoués aux
étudiants.
J'enviais souvent mes anciens camarades enfants de troupe
qui étaient dans les académies militaires ou en corniche. Ils
n'avaient pas autant de matières que nous, ni autant d'examens à
passer pour accéder aux épaulettes. Nous avions une correspondance postale suivie et ils nous expliquaient leurs vies qui
étaient très différentes de la nôtre.
Nous partagions la Faculté de Droit avec beaucoup d'autres
camardes issus de la Terminale A du prytanée notamment Sow
Seydi Ababacar, Adama KANE et Abou DIOP. Ce dernier qui
rejoindra la Police Nationale après sa licence de droit.
Les premiers effectuaient une formation militaire pure et
dure sanctionnée par le diplôme de chef de section d'infanterie.
Les autres préparaient leur licence en droit sans autre contrainte
que la condition difficile et précaire de l'étudiant.
DIEYE et moi par contre, et souvent dans un milieu très hostile, devions faire face aux trois formations très exigeantes et
conditions sine qua non de la poursuite de nos études en France
33

Notre sort très peu enviable a pourtant suscité dans la Gendarmerie un nouvel élan et une course effrénée aux diplômes
universitaires. Les GAEO ont réconcilié le corps de la Gendarmerie avec l'Université et beaucoup d'officiers de tous grades
ont profité de notre présence pour retrouver les études universitaires.
Certains purent faire un parcours universitaire exceptionnel
en partant de la capacité en droit pour se hisser au niveau de la
maîtrise voire du doctorat d'Etat. Je peux citer dans ce cadre les
Colonels Samba NDIAYE, Cheikhou NDIAYE, le Commandant Souleymane NDIAYE avec qui j'aurai l'honneur d’écrire le
nouveau Code de Justice Militaire.
Ces personnages brillants, honnêtes et patriotes marqueront
la Gendarmerie des années 90, feront des carrières exemplaires
et significatives en permettant de rehausser le niveau intellectuel des centres de décision de la Gendarmerie. Au-delà de la
Gendarmerie et dans d'autres sphères, ils apporteront leur aide à
l'édification de la démocratie sénégalaise.
Avec brio, DIEYE et moi passions sans gros problème les
différentes étapes de notre formation, accumulant pendant les
deux premières années différents diplômes : le CAT2 en novembre 1975, le CIA en mai 1976, le diplôme de MDL en septembre 1976, le DEUG en juin 77 et l'OPJ en juillet 77.
Ces différents diplômes nous ouvraient la voie des études en
France dans la prestigieuse Ecole des Officiers de la Gendarmerie de Melun. Il fallait au préalable un passage d’un an dans le
centre d'instruction de Fontainebleau pour y effectuer le nouveau cours préparatoire des élèves officiers ; centre qui avait
pris la suite de Saint- Maixent.
Le premier juillet 1977, la Gendarmerie connut un changement de commandement qui allait remettre en cause toute la
suite logique de la formation des élèves officiers. Il était question à ce moment là de six personnes, DIEYE et moi en deuxième année, et Madjimby, Gueyefaye, Sellé et le défunt et
inoubliable Assane NDAO en première année.
J'étais en vacances chez mes parents attendant sagement ma
nomination au grade d'aspirant, ma mise en route pour la France,
34

quand je fus convoqué d'urgence par la prévôté à l'école de
Gendarmerie.
A l'Ecole, je retrouvais tous mes camarades élèves officiers,
des sous-officiers de Gendarmerie titulaires du bac et des sousofficiers de l'armée nationale. Je m'entendis expliquer par le
commandant CHARVET, Directeur des Etudes, les décisions
du nouveau Directeur de la Gendarmerie.
La Gendarmerie, selon ses explications manquait cruellement de cadres officiers. Les armées, pour des raisons évidentes
de déficit à leur niveau ne pouvaient satisfaire les demandes de
la Gendarmerie. En conséquence le nouveau commandement
avait décidé de prendre à partir de ce regroupement spécial, un
certain nombre de mesures : instituer un stage accéléré de deux
mois, chercher auprès des pays amis des places de stages et y
envoyer, au fur et à mesure des offres les stagiaires qui auront
obtenu les meilleures notes.
Je ne pouvais ni comprendre, ni entendre, encore moins accepter une telle décision qui remettait en cause tout mon agenda
et mes sacrifices de ces deux dernières années. Je fis comprendre, sans me soucier ni de la discipline ni de la contrainte
militaire, que je refusais de participer à un tel stage.
Le Commandant de l’école en rendit compte à l'échelon supérieur et là, on décida de me mettre aux arrêts aussitôt. Je connus ainsi la prison du camp Pol Lapeyre, les moustiques, les
douches infectées, le manque d'hygiène, les bruits de la circulation de la route de Ouakam.
Après vingt-quatre heures de taule, on me conduisit au
Commandant de l'école qui m’assura qu’il comprenait bien ma
situation et mes explications. Il promit de me faire envoyer en
premier sur la liste, mais que je devais impérativement conformément aux ordres rejoindre le nouveau stage des élèves officiers.
Je ne voulus rien entendre et on me reconduisit en prison.
Vers seize heures, il décida de me sortir de prison et il me fut
ordonné le port de la tenue 3B (veste, chemise et cravate).

35

Tout le groupe des élèves officiers (GAEO, sous-officiers de
Gendarmerie et sergents issu des Armées) fut conduit par bus,
bien encadrés devant le Général, le grand Général Wally FAYE.
Pour la première fois, je rencontrais cet homme courtois, posé, multidimensionnel et très impressionnant qui tiendra entre
ses mains et pendant les treize années qui suivront les destinées
de la Gendarmerie, donc ma destinée. Les officiers qui nous
avaient conduits avaient manifestement peur de lui. Ils étaient
subjugués et n'osaient dire mot. La séance était électrique et on
entendrait les mouches voler.
La voix du Général s'éleva courtoise et ferme : "Je ne me répéterai pas. Je vous donne la chance de votre vie : faire de vous
des Officiers de Gendarmerie. Suivez tous le stage et je ne veux
rien entendre d’autre, alors ne nous posez pas de problèmes
inutiles, j'ai autre chose à faire. Vous pouvez disposer."
Mes camarades saluaient un an à un et sortaient du bureau
sans vraiment oser regarder le Général. Quand ce fut mon tour,
je le fixai d'un regard que lui-même qualifiera de défi plus tard,
saluant avec peut-être trop de désinvolture de tellement qu'il me
stoppa et me demanda si je n'étais pas content.
Ma rage sortit et je m'entendis répondre : « non, mon Général, vous n'avez rien compris. » Les Officiers sursautèrent et je
les vis commencer à trembler. Posément, le Général fit revenir
tout le groupe et me donna la parole.
Avec rage, je lui expliquai l'illégalité de sa décision, ma situation et la base légale de mon statut que sa décision violait,
mes attentes notamment ma nomination au grade d'aspirant et
ma mise en route en septembre sur la France pour aller continuer mes études à l'EOGN.
Il me posa quelques questions, demanda si un autre était
dans mon cas et questionna quelques Officiers sur les différentes composantes du groupe. Il éclata de colère contre ces
Officiers qui ne lui avaient pas fait une situation claire de
chaque membre du groupe. Il s'emporta particulièrement contre
le Chef de la DLPM la Division de la Logistique, du Personnel
et Mobilisation, le Capitaine Mendy.
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Etonnamment, il me donna raison en me rappelant une règle
essentielle de l’Armée : "la réclamation n'est permise au subordonné que lorsqu'il a obéi". Avec le général Wally FAYE,
j'avais gagné une manche, il s'était fait une idée de moi et pendant les 13 ans qu'il aura l'insigne honneur de commander la
Gendarmerie, jamais il ne m'acceptera comme un Officier de
Gendarmerie. Il verra toujours en moi un intellectuel à la limite
de la discipline militaire et difficile à commander.
J’arrivais en France en octobre 1977. En effet les grèves
n'avaient permis la tenue de la session de juin qu'en octobre
pour des questions de volume horaire. Je rejoignis le cours des
élèves officiers étrangers où je me suis trouvé avec 15 camarades de toute l'Afrique francophone, exception faite de la Cote
d'Ivoire, du Niger et du Congo.
Dieye et moi étions les plus jeunes. La plupart provenait du
corps des sous-officiers, avec au moins le grade de sergent-chef
ou maréchal des logis chef. Je fus rapidement intégré par le
groupe des Gabonais dont le camarade LINZONZO me permit
de faire le point des cours dispensés depuis la rentée de septembre.
Les Zaïrois dont MWEMBA m'initièrent aux sorties nocturnes après l'extinction des feux; les Togolais me présentèrent
ma première copine pendant les vacances de Noël, une béninoise que Dieye me piqua suite à une hospitalisation pour fuir
les rigueurs de l'hiver. La consolation vint de l'ancien Badiane,
officier stagiaire à Melun qui m'introduisit auprès d'une fille de
Danmarie les Lys.
La ville de Fontainebleau était charmante mais je n'en connaissais rien. La semaine se passait à l'école sous la surveillance
constante du vorace Peugeot. Le week-end, je courrais à Melun
où grâce à deux Sénégalais exceptionnels, Birame et Ibrahima
NDIAYE Driver, je pouvais en toute tranquillité découvrir
l'amour
La Seine et Marne, où se trouvent le Centre d'Instruction de
Fontainebleau et l'EOGN de Melun, m' impressionna beaucoup.
C’est là que je fis l'apprentissage de mon métier d'officier de
Gendarmerie. Les deux années passèrent très vite, avec la ri37

gueur des instructeurs français qui nous inculquèrent plus de
leur expérience qu'un savoir-faire.
La première année fut consacrée à une meilleure maîtrise de
la science militaire, armement, instruction sur le tir, transmission, topographie et orientation, NBC, combat dans le bois rond.
La deuxième année à Melun fut plus professionnelle et constitua le cours d'application de la Gendarmerie avec des effectifs
plus importants et de diverses origines. Trois grandes composantes dominaient les cours, les différentes polices (administrative, judiciaire et militaire), le maintien de l'ordre, la criminalistique et le commandement du service de la Gendarmerie.
Des universitaires venaient chaque semaine faire des conférences hebdomadaires pour l’acquisition des notions élémentaires de droit pénal général et spécial, de procédure pénale et
de droit administratif. Le sport créait une ambiance bon enfant
pour souder toute la promotion baptisée Lieutenant MORICET
lors d'une grande cérémonie.
La scolarité se déroula très facilement. Ma préparation à Dakar, surtout l'Université me prédisposait à comprendre aisément
le contenu des cours. Ma présence obligatoire aux cours aussi
bien à Fontainebleau qu'à Melun me suffisait pour obtenir des
notes exceptionnelles pendant les différents contrôles programmés ou inopinés.
Cela me donnait beaucoup de temps pour découvrir la
France, voyager. En même temps cela me permit de me faire
beaucoup de camarades français à qui je réexpliquai souvent
certains cours.
Dans ces écoles, j'ai connu les sentiments des hommes, notamment le sens de l'amitié magnifié par DOTTO, un camarade
togolais, qui même, Directeur la gendarmerie, me téléphona au
moins quatre fois dans l'année. Le français Jean Marie GRANDRY m'initia à la vie française des Ardennes et que je continue
de le fréquenter chaque été, invité de marque de son épouse
Marie Odile qui m'a tissé mes premiers bas de laine pendant
l'hiver 77.
J'ai connu aussi la mesquinerie, surtout de camarades Sénégalais qui n'ont pas hésité à faire des fiches sur moi à l'Etat38

major Gendarmerie de Dakar. Je rentrai au Sénégal en juillet 79
avec de très bonnes notes, cependant les fiches avaient fait leurs
effets.
L'Adjudant-chef MBENGUE, Chef secrétaire du Directeur
de la Gendarmerie prit en partie son neveu Sellé DIOP, Souslieutenant comme moi pour le conseiller à partir de mon cas.
Le Général Wally FAYE qui nous recevait pour la première
présentation ne put s'empêcher de me faire des remarques et
surtout de me demander s'il ne m'était pas préférable de choisir
les parachutistes. Tous mes camarades furent affectés à la Légion de Gendarmerie d'Intervention, le fer de lance de la Gendarmerie et moi à l'école, comme Officier instructeur.
J'en eus ma première frustration, chacun d'eux se retrouvait
avec un logement à la Légion de Gendarmerie d'Intervention et
une Méhari alors que moi, je me retrouvai dans mon ancienne
caserne, abandonné à moi-même.
Ma jeunesse prit le dessus et une lettre de Jean Marie à qui
les mesquins avaient raconté ma destination et mes frustrations,
m'ouvrit les yeux et me fit comprendre la chance que j'avais. Je
décidai de révolutionner la formation.
Les Officiers instructeurs étaient la plupart du temps les Officiers dont le Commandement ne voulait pas en commençant
par le Commandant de l'école. L’Officier relevé de ses fonctions à juste titre parce qu’il avait fauté comme, l'officier dont la
tête ne revenait pas au Commandement ou encore pire celui qui
était l'objet de fumisterie était affecté et surtout oublié dans
l'école et laissé à lui-même.
Les Officiers de l’école n'avaient pas un bon logement. Ils
n'avaient pas de voiture de fonction et ils n'étaient pas commandés. Leur situation ne changeait que parce qu’un cas plus grave
se présentait au Commandement qui était obligé de pouvoir le
poste.
Je retrouvai dans l'école des mal-aimés de la Gendarmerie, le
Commandant Sylimane SARR, le Capitaine Cardiguez Coulibaly, le Capitaine Ciré SY et le père des Gendarmes-auxiliaires, le
Lieutenant Dabo sans oublier mon aîné du Prytanée Moctar
Badiane.
39

J’eus la chance de recevoir en octobre 79 une promotion, 4
élèves officiers, 60 élèves MDL et 300 élèves gendarmes répartis dans un peloton d'élèves officiers, une compagnie d'élèves
gradés et 2 compagnies d'élèves gendarmes. Le Commandant
d'école mit la première compagnie des élèves gendarmes sous
mon commandement.
J'avais 24 ans et on venait de me confier les destinées de 150
hommes plus âgés que moi. Je décidai d'en faire les meilleurs
gendarmes que la Gendarmerie ait connus depuis sa création. Je
fis très vite la différence avec la deuxième compagnie en m'impliquant personnellement dans la formation, dans le sport et
dans les activités de cohésion.
Mon équipe et moi avec l'aide précieuse de l'Adjudant-chef
Billy qui finira sa carrière à la tête de la prestigieuse brigade de
Thionck, Sembène Diakhaté qui finira Commandant de brigade
de Darou Mousty, Mamadou Moustapha NDAO et Cheikh Saadibou NIANG qui finiront Lieutenant-colonel , transformâmes
l'école par notre engagement et notre sens de la responsabilité
d'instructeur.
Comme un poisson dans l'eau, je trouvais une voie dans
l'instruction et plus je m'engageais, plus je découvrais les rudiments de la pédagogie. Mes 150 gus m’adoraient et me le montraient en étant toujours premiers partout. Le 4 avril 1980, je
connus la consécration sur la Place de l'Obélisque à la tête de
ma compagnie alors que tous mes coreligionnaires de Melun
défilaient dans les rangs de la LGI.
Mes commandements de ma position juste après la garde
présidentielle, le chant de mon unité pour rejoindre l'axe de
défilé me procurèrent une joie immense qui balaya à jamais
toute la frustration que j'avais pu ressentir de ma première affectation.
Les commandants d'école sur qui rejaillissait tout mon engouement de l'instruction me prirent sous leur protection et me
permirent de rayonner face à toutes les composantes de l'école.
Je pris en main la formation militaire des élèves officiers et je
suis fier de les avoir tous vus colonels sous mes ordres dans les
structures de la nouvelle gendarmerie.
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Je pris en main aussi la formation professionnelle des élèves
maréchaux de logis. Je leur dispensais des cours que leur octroyaient jusqu'ici des gradés. Je vécus au même rythme que
mes élèves gendarmes et leur commandement m'apporta une
grande satisfaction morale et intellectuelle.
Le maintien de l'ordre, de temps à autre en appoint de la LGI,
me démontra les capacités de mon unité qui souvent fit preuve
de plus de cohésion, savoir-faire et engagement que les unités
professionnelles de la Légion.
Les regroupements OPJ pour préparer l'examen final de ce
diplôme qui conditionne la carrière des gradés de Gendarmerie,
me donnèrent une autre dimension. Pour la première fois, les
cours n'étaient plus dispensés par les instructeurs Français, mais
par un instructeur Officier Sénégalais de l'école.
Ces cours, surtout OPJ me donnèrent une dimension nationale et dans toute la Gendarmerie. De Bignona à Podor, de Kédougou à Ouakam, les stagiaires avaient propagé mon nom et
décrit ma compétence, mon engagement. On m'écrivait pour
répondre à des questions de cours mal maitrisées ou trouver des
solutions à des cas concrets.

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Chapitre 3
Errements d’un lieutenant
Pour la première fois depuis des lustres, je m'en foutais royalement de ce que le Commandement pouvait penser de moi. Je
me savais exclu du système par des jugements hâtifs, alimentés
souvent par des camarades envieux et jaloux. J'étais heureux de
servir dans l'école, auréolé et admiré par les élèves qui me
vouaient un culte sincère et loyal.
Je faisais mes cours sans difficulté et avec une aisance surprenante. Le week-end, je conduisais ma troupe au stade Demba
DIOP pour alléger la charge de travail de la LGI. J'avais malgré
tout ça beaucoup de temps libre que je pouvais consacrer à
l'Université et à des distractions de mon âge. J'aimais bien aller
en boîte de nuit où chantait mon ami d'enfance du Number One,
Doudou SOW.
La Gendarmerie ne pouvait comprendre que j'aille en boîte
de nuit. Inconcevable pour un Officier et souvent la prévôté qui
n'avait peut-être rien d'autre à faire, me suivait sur ordre et rendait compte à l'autorité de mes allées et venues.
Le Commandant de l'école recevait souvent l'ordre de me
sanctionner, mais jamais il n'a pu le faire parce que n'ayant jamais eu une opportunité quelconque de trouver une seule faille
malgré les ragots. Je travaillais de sept heures à dix sept heures.
Je dormais de dix huit heures à une heure et je sortais en boîte
de deux heures à cinq heures du matin.
Plusieurs fois, je fus convoqué dans le bureau du Général
pour me faire engueuler sur mes sorties. Je sortais pour exprimer ma révolte et mon dégoût de la façon dont on voulait me
voir, et chaque fois je défiais le Commandement de trouver une
quelconque faute à ma conduite.
Souvent, un Officier de l'Etat-major était désigné pour venir
inspecter mon cours et trouver la faille qui pouvait entraîner ma
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punition. Des camarades Officiers instructeurs en faisaient parfois les frais comme Badiane et Sonko qui virent rapidement
leurs dossiers rougir de libellés de punition.
Ces deux Officiers pouvaient s'abstenir de dispenser leurs
cours programmés comme avaient pu pouvaient le faire certains
Officiers de l'école avant moi. Mais jamais durant toutes les
années de corvée passées à l'école, je n’ai été absent à un seul
cours.
Il arrivait même qu'au pied levé, je remplace un instructeur
absent ou empêché quelle que soit la matière. Je pus empêcher
les contrôles intempestifs des Officiers de l'Etat-major en les
collant systématiquement sur des questions pratiques que je
faisais poser par les élèves.
Je donnais à quelques-uns de mes chers complices comme El
Hadj NDAO des questions de cours très difficiles et je leur demandais de me les poser pendant que l'Officier désigné pour
m'anéantir faisait sa drôle d'inspection. Je répondais à la première question, hésitais sur la deuxième avant de répondre et
faisais semblant de buter sur la troisième.
Je demandais prudemment la rescousse de l'Officier en question, sachant pertinemment qu'il ne pouvait y apporter une répondre. Nous le voyions se décomposer, perdre son élan et très
vite ramasser ses godillots pour ne plus jamais se présenter dans
une de mes salles de cours.
Souvent, il allait me dénoncer auprès du Commandant de
l'école qui me convoquait sur le champ. La plupart du temps, il
s’entendit répondre devant l'Officier en question et de surcroît
Chef de Division : « si le Capitaine ne sait rien de ce dont je
parle durant mon cours, qu'il s’abstienne de venir inspecter le
cours; il doit faire un minimum de préparation pour inspecter un
instructeur dans un domaine précis ».
Dès lors, le Commandement m'abandonna à mon sort et je
pus conduire la formation de mes élèves en toute responsabilité.
80% de mes élèves de l'époque ont pu être gradés de Gendarmerie ; tous mes élèves MDL ont pu être Commandants de brigades ou sont tombés les armes à la main dans les missions de
la Gendarmerie.
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Mes prestations en qualité d'instructeur à l'Ecole de Gendarmerie, et surtout l'aura que j'en tirais à travers le respect des
différents stagiaires qui évoluaient dans l'école, ne pouvaient
laisser le Commandement indifférent.
Beaucoup de jeunes Officiers sortant de Melun et des autres
écoles supérieures de gendarmerie rejoignaient les rangs et la
politique initiée par le Général Daouda NIANG de recruter des
enfants de troupe bacheliers commença à produire ses effets.
Le Général Wally Faye ajouta sa marque en intégrant des
gendarmes et des sergents bacheliers ; et en trois ans, plus de
vingt officiers avaient fortement rajeuni le Corps des Officiers
et relevé le niveau général et le commandement des unités.
La mobilité des très jeunes Officiers pouvait être assurée.
Une nouvelle politique fut mise en place avec l'affectation automatique des sortants d'école à l'école de gendarmerie pour un
an.
Après, ils rejoignent la LGI pour deux ans, d’abord comme
deuxième lieutenant puis premier lieutenant, alors que les officiers issus des corps de troupe plus anciens et souvent proposables capitaine prenaient le commandement des escadrons
pour deux ans au plus.
Les Officiers issus du prytanée passaient un an à l'école,
deux ans à la LGI, deux ans comme adjoints avant d'être nommés capitaines et de prendre le commandement d'un escadron.
Je n'eus pas cette destinée et connus des chemins plus tortueux et plus atypiques. Le Commandement profita d'une mésentente entre le Commandant du contingent SENBATCHAD
et du Chef de la prévôté de cette unité pour m'envoyer selon le
terme du message en doublure de l'Officier de Gendarmerie qui
avait fait preuve d'indiscipline notoire en refusant de se déployer à l'intérieur du Tchad.
Un avion militaire français me déposa lors d'une liaison à
N’Djamena et après deux jours d'explications avec le Capitaine
de Gendarmerie, je rejoignis le gros du bataillon à Mongo les
Bains, une bourgade sinistre et obscure à six cents km de la

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capitale tchadienne mais combien importants parce que contrôlant les principaux et rares axes du Tchad.
Mongo était le carrefour qui permettait de contrôler aussi
bien l'accès de Faya Largau, de Ndjamena que du sud du Tchad.
Le Sénégal y déploya trois compagnies de combat bien outillées
dans le cadre de la Force Interafricaine déployée par l'OUA.
J'avais la responsabilité de la discipline du bataillon en
même temps que la police générale des hommes. En outre, je
devais veiller à l'observation sans faille aussi bien du droit sénégalais que du droit tchadien par les militaires Sénégalais.
Je pris très vite la mesure de ma mission en faisant observer
par des patrouilles les consignes édictées par le Commandement.
Mongo n'était pas grande et avait très peu d'infrastructures, les
consignes de sécurité pouvaient se faire appliquer sans problèmes et peu de cas de difficultés furent relevés.
Il en alla de même des consignes sanitaires édictées par les
médecins pour protéger le bataillon de certaines maladies locales, notamment la méningite.
La prévôté eut plus à faire dans la protection du moral du bataillon. Le peu de distraction envenimait la situation. Quelques
incidents sans importance pouvaient à tout moment faire basculer la discipline, l'alimentation mal gérée pouvait avoir des conséquences imprévisibles et la prévôté dut appuyer les médecins
pour que tous les aspects réglementaires soient sans faille.
Les menaces du Commandant de bataillon, les incidents
avec quelques Commandants de compagnie pour la qualité des
repas furent constants. Cependant l'appui du Commandant de
contingent permit de surmonter toutes les difficultés.
J'eus droit en mai 1982 à ma première guerre en grandeur
réelle ; l'attaque de Mongo par Idriss MBISKINE, le Lieutenant
de Hissène Habré. Après la surprise, le bataillon se retrouva en
posture de défense de ses quartiers et dans les trous prévus à cet
effet.
Je rejoignis par curiosité la première compagnie commandée
par un Officier légendaire surnommé Sylla GAYNE, un héros

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de la guerre de libération de la Guinée Bissau dont tous les enfants de troupe connaissaient la légende.
Il fit les choses comme à la parade et décrivit en parfaite
connaissance de cause l'évolution des troupes de MBISKINE
qui avaient cessé de bombarder la ville pour l'envelopper quartier par quartier.
Le Capitaine Sylla me fit comprendre après quelques appels
radio, que le Chef du bataillon demandait à me voir. A travers
les boyaux, je rejoignis le poste de commandement pour m'entendre dire : « Essaie de trouver le Commandement des rebelles
et dis-leur que nous défendrons nos positions s'ils avancent ou
tirent vers nous ».
Surpris et sonné par un tel ordre, j'allais refuser net quand
mon chauffeur, le Gendarme Sid Mohamed DIENG me tira par
la manche en me disant : « Mon Lieutenant, on y va ». Les
Gendarmes qu'on avait fait venir en me cherchant firent bloc
autour de moi, sous la conduite de l'Adjudant Wally NDIAYE
qui me rappela mes devoirs et l'honneur de la Gendarmerie que
je représentais.
Je sortis très fâché contre le Commandant Harris et monta
dans la jeep conduite par Sidy, escorté par l'Adjudant-chef Wally NDIAYE et un autre Gendarme. Je fis descendre l'Adjudantchef en lui disant de prendre le commandement de la prévôté s'il
m'arrivait quoi que ce soit et d'en rendre compte à qui de droit.
Nous nous dirigeâmes vers les lignes rebelles que j'avais situées grâce aux explications du Capitaine Sylla GAYNE. Les
tirs cessaient avec une discipline incroyable au fur et à mesure
que j'intégrais le dispositif rebelle. Avec diplomatie, tact mais
fermeté le gendarme Dieng tout en conduisant avec extrêmement de prudence, parlait aux rebelles dans une langue que je
ne comprenais pas.
Un groupe rebelle nous escorta et les tirs cessèrent ; les défenses du gouvernement intérimaire de Goukouny ne se battaient plus et voyant la jeep blanche au milieu de la ville, ils se
dirigèrent sans condition vers les lignes sénégalaises pour se
réfugier.

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Les rebelles me conduisirent à leur Chef, Idriss MBISKINE
à qui de façon sèche et ferme, je répétai les instructions du
Commandement sénégalais. Il se montra très heureux, me fit
comprendre que le combat était fini, qu'il allait ordonner le cessez-le-feu immédiatement. Il m'offrit une tasse de thé chai et me
demanda mon grade et mon âge.
Il me fit remarquer le courage dont j'avais fait preuve en traversant la ville et qu'il respectait les armées sénégalaises dont il
connaissait la réputation. Il souhaitait rencontrer très vite le
commandement sénégalais pour faire le point et échanger sur la
sécurité de la ville qu'il venait de conquérir.
Je le remerciai et lui fis part de la discipline de ses hommes
qui avaient respecté les forces internationales et lui proposai de
le conduire auprès de mes chefs. Il voulut que je monte dans sa
Toyota de commandement, je lui parlai de la neutralité des
forces de l'OUA et l'invitai plutôt dans ma jeep.
Il accepta sans problème ; quatre Toyota l'escortèrent à notre
poste de commandement. Je rentrai dans le cantonnement gonflé à bloc, sous le regard fier de la quinzaine d'hommes que je
commandais.
L'Adjudant-chef Wally NDIAYE vint inviter le groupe rebelle à descendre et nous conduisit auprès du Commandant du
bataillon qui se remettait de ses émotions. L'instant était magique. Visiblement, il était heureux d'un tel dénouement de la
situation sans avoir eu à tirer un seul coup de feu.
Autant il voulait rendre compte à N’Djamena, autant il voulait faire bonne impression face aux deux groupes de Tchadiens.
Il ne savait visiblement par quoi commencer, entouré de ses
jeunes Officiers aussi inexpérimentés que moi.
L'Adjudant Wally NDIAYE fit asseoir tout le monde après
avoir fait venir des chaises et résuma très vite la situation au
Colonel Harris. «Mon colonel, je vous présente le groupe des
soldats de Goukouny que j'ai fait désarmer avant leur entrée
dans notre cantonnement. Je vous présente aussi les hommes de
Habré que le Lieutenant a pu convaincre de venir discuter avec
vous. La Gendarmerie attend vos ordres». Puis se retournant
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