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MA MAISON
Frédéric MUR

« Le temps fait oublier les douleurs, éteint les vengeances, apaise la colère et étouffe la haine; alors le
passé est comme s’il n’eût jamais existé. »
Extrait de « De la connaissance » d’Avicenne

PERSONNAGES
LE VIEIL HOMME, 75ans
LE GARDIEN, 48ans

1 – 18h30
Un vieil homme marche dans la rue.
Il est habillé comme un clochard. Un grand manteau troué, un empilement de vêtement, un
bonnet et une grosse écharpe cachant sa barbe.
C’est l’hiver, le soir.
Une fine pluie glacée lui fouette le visage et le bout des doigts.
Il pousse un caddy rempli de sacs et d’affaires en tout genre. Toute sa vie.
Derrière lui, un chien le suit. Un bel épagneul breton croisé beagle.
Il entend les cloches de la cathédrale qui sonnent une fois. Il est selon lui…18h30.
Il doit se dépêcher pour aller dans le jardin public de la ville.
Il doit se dépêcher car c’est à cet endroit qu’il dort.
LE VIEIL HOMME
Pendant qu’il parle, il cherche quelque chose dans ses sacs. Le chien dort à ses pieds.
Je dors dans ce jardin depuis… 2…3ans je crois.
Ouais ouais ouais… c’est ça. 3ans.
3ans.
J’y dors, je trie les trucs que j’ai ramassé la journée.
Je marche beaucoup la journée avec ma roulotte pour choper des… des cartons, des
restes de bouffe, j’fais les marchés les matins.
Y’en a qui sont sympa et qui te donne une pomme ou du raisin. C’est bon ça le raisin,
c’est sucré.
Sur le marché de la place Rabelais il y a même mon amoureuse, Martine, la fleuriste.
C’est mon amoureuse parce qu’elle m’offre souvent une fleur à la fin du marché.
Y’en a peu comme Martine.
J’aurai aimé la connaitre avant. Mais on ne me reconnait pas.
Un temps, il lève la tête et s’arrête de chercher. Il sourit. Tousse. Souffle dans ses mains pour
se réchauffer. La fine pluie s’est arrêtée, elle aussi.
J’me souviens.
La première fois que je suis venu ici, c’était pour inaugurer ce jardin. Avant.
La deuxième première fois. J’avais peur. Mais cet endroit me rassurait.
Je le sentais.
Le portail était restait ouvert.
Je me suis de suite dirigé vers ce banc au fond du jardin. Le seul banc à côté d’un
chêne centenaire.
Ce chêne.
Ouais…
C’est ce chêne qui ma donné envie de préserver et de mettre ce lieu en valeur.
Le reste de l’histoire est trop longue…
Et trop loin.

2 – 19h00
Le gardien parle, mais le vieil homme ne lui répond pas.
Il ne le regarde même pas.
LE GARDIEN
Monsieur…
LE VIEIL HOMME
Je m’appelle Nector Royer.
LE GARDIEN
Je sais que Monsieur Roman était gentil avec vous et qu’il vous laissait dormir ici
mais là… là il va falloir bouger.
Ce n’est pas un endroit pour dormir.
Vous êtes âgé, malade… il vous faut un endroit chaud, il y a des centres
d’hébergements dans le coin.
S’il vous plait. Allez.
LE VIEIL HOMME
Lui, c’est le gardien. Je connais son nom, mais je ne veux pas le prononcer.
Ce jeune con a remplacé mon ami Jean-Claude Roman, qui était l’ancien gardien de
ce jardin. Mon pote est partie à la retraite à 62ans et il est mort 6 mois après.
Ça fait 2 jours que ce jeune con pisse un peu partout sur les bancs pour marquer son
nouveau territoire.
J’y crois pas que Jean ne soit plus là. 30 ans qu’il bossait là, et il bossait bien.
Il faisait en sorte que toutes les couleurs soient présentes dans les massifs de fleur, une
pelouse niquel, des poubelles vidées, des bancs souvent repeint, et le chêne.
On en voit plus des Monsieur comme ça.
Il bossait à l’ancienne.
Avec passion.
LE GARDIEN
Oh ! Vous m’entendre ?!
J’ai était gentil quand même depuis que je suis arrivé non ?
Je ne vous ai jamais viré hein ?
OH !
LE VIEIL HOMME
Oh…
On n’est pas devenu ami tout de suite avec Jean.
Non… au début il ne m’appréciait pas beaucoup je crois.

Quand je venais le voir, il se plaignait tout le temps. Il disait qu’il ne pouvait pas
bosser correctement et qu’on ne l’écoutait jamais.
Je lui disais : « Mais non Monsieur Roman ! Votre travaille est important. C’est grâce
à vous que ce jardin est si beau et agréable ! »
Ce n’était pas vrai.
Je m’en fichais.
LE GARDIEN
Monsieur.
Vous devez vous reprendre en main.
Voir les choses autrement.
Votre famille.
Vos amis.
Et partir.
LE VIEIL HOMME
Je n’ai jamais compris.
Ces gens là...
Me prendre en main. 75ans.
A cet âge là on voit déjà les choses autrement, tout est derrière nous.
la famille
les amis
Et je partirai, oui.
LE GARDIEN
Bon, ça me fait mal de vous voir là.
Vous êtes quelqu’un de brave. Les rares fois où je vous vois ici la journée vous
n’ennuyez personne. Les gens ont même l’air de vous apprécier.
Il regarde le vieil homme. Sourit.
Vous me faites penser à mon grand-père.
Lui aussi ne m’écoutait jamais.
Et était souvent dehors, avec son chien. Il avait pris l’habitude de se poser sur un banc,
au bord de la rive du fleuve.
Il s’assoit à côté du vieil homme
Depuis la mort de ma grand-mère il s’est totalement fermé.
Il avait tout perdu. Sa femme c’était sa vie.
C’était sa passion.
Depuis il est… comme en prison.
Vous êtes aussi

LE VIEIL HOMME
Lui coupant la parole.
Taisez-vous.
Un long silence. Le vieil homme reprend ses recherches.
Pendant ce temps, le gardien le regarde. Immobile.
Le vieil homme se retourne vers le gardien doucement.
D’un air agacé.
Votre grand-père n’était pas seul.
LE GARDIEN
Je...

3 – 19h30
LE GARDIEN
Mal à l’aise. Il s’esquive.
Je.
Je vais vous laisser. J’ai fini de travailler et.
Et on m’attend.

4 – 20h00
LE VIEIL HOMME
Le vieil homme regarde le gardien partir.
Il retire son bonnet et sa grosse écharpe. On voit bien son visage.
Il parle
J’avais un fils comme vous.
J’avais une femme comme votre grand-père.
J’avais tout.
Même cette ville était à moi.
Ce jardin était à moi !
Long silence.
La mâchoire serrée, regardant toujours dans la direction du gardien qui est déjà loin.
Il y a 30ans.
Et on m’appelait « Monsieur Royer ».
4 – 20h00 et quelques secondes
Le gardien s’est posé sur un banc, juste à l’extérieur du jardin qu’il vient de fermer.
LE GARDIEN
J’ai accepté ce boulot de gardien parce que je voyais ça comme un bon moyen de m’en
sortir. J’ai 48ans et j’ai toujours fait des conneries dans la vie.
J’ai volé, racketté, tabassé… erré. J’aurai pu très mal finir, comme lui.
Ce vieux me rappel tout ce que j’ai pu faire.
Autant ce vieux que ce lieu d’ailleurs.
Je suis déjà venu ici, il y a longtemps, 20ans peut-être.
Ce ne sont pas de bons souvenirs.
Non.

Non.
Ce genre de souvenir on les enterre très profondément.
La plus grosse connerie que j’ai faite.

J’ai tué.
Dans ce jardin. Une nuit. Ce même genre de nuit.

4 – 20h00 et quelques minutes
On reprend où on avait laissé le vieil homme
LE VIEIL HOMME
« Monsieur Royer », ou « Monsieur le Maire »
Maire de la ville, et père de Ludovic Royer.
LE GARDIEN
Avec mon meilleur ami on avait beaucoup bu.
On avait plus une thune et on cherchait un pigeon à déplumer pour continuer la soirée
tranquille.
A l’époque on allait de ville en ville et on survivait comme ça.
On avait la vingtaine, on voulait être libre.
Rah.
Libre…
On est arrivé devant ce parc et on a vu un mec avec une nana. Pour nous c’était le bon.
L’endroit était clos, il n’y avait presque pas de lumière et personne aux alentours.
On a enjambé la grille et… et on est allé les voir.
Merde putain d’merde !
Il commence à trembler, ses actes passés se rappellent à lui.
Son discours devient rapide.
Il lâche tout comme il ne l’a jamais fait.
On voulait juste leur faire peur et se barrer avec quelques euros!
Mais, mais il a voulu jouer au héros…
LE VIEIL HOMME
Il y a 20ans, un soir, mon fils se trouvait là avec sa copine.
Il était tard et il avait l’habitude d’escalader la grille pour se retrouver avec elle.
C’était de leurs âges.
Et c’est vrai que même la nuit ce jardin est bucolique.
Ils s’installaient toujours au même endroit.
Sur ce banc. A côté du chêne centenaire.
LE GARDIEN
…et il disait qu’il était le fils du Maire et qu’on aurait de gros ennuis !
Mon pote a commencé à tabasser sa copine, à lui mettre des coups de poings.
Elle était à terre mais il continuait, il s’acharnait !!!
J’ai voulu tout stopper ! Ça allait trop loin, le mec essayait de dégager mon pote et moi
j’ai voulu séparer tout le monde, mais j’avais ce putain de putain de couteau dans la
main et je l’ai planté dans le ventre de ce type là !
Il a voulu jouer au héros…
Je, je ne voulais pas ça moi.

LE VIEIL HOMME
Ils ont tué mon fils. Dans ce jardin. Il avait 25ans.
Ils étaient deux.
Le premier a été arrêté quelques jours plus tard.
Il a pris 8ans…
…j’ai attendu.
Silence. Il réfléchit aux mots qu’il va utiliser. Il tremble. Il se rend à l’évidence.
Je l’ai tué.
J’ai tué la moitié de ma douleur !
Et j’ai tout perdu.
Tout.
20ans de ma vie. Mon fils, ma femme, ma ville.
Je n’avais plus rien à part cette autre moitié qui me hantait.

5 – Minuit, l’heure du crime
LE GARDIEN
Son père s’est vengé.
LE VIEIL HOMME
Je ne me suis pas vengé de ce type. J’ai riposté.
Ont-ils laissé le temps à mon fils de riposter ?
Hein ?
LE GARDIEN
C’est moi qui ai tué son fils, et pour je ne sais quelle raison je suis passé à travers les
mailles du filet.
Le père du mec, le Maire, il a pris 20ans pour avoir buté mon ami.
Et moi…
Moi j’ai toujours était libre, du moins mon corps a toujours était libre.
Après cette histoire je suis parti loin, très loin, pour ne plus jamais revenir.
Mais me revoilà ici, avec ce vieux clochard qui me rappel ces souvenirs!
LE VIEIL HOMME
Je sais qui a tué mon fils.
Je connais son nom, mais je ne veux pas le prononcer.

6 – Epilogue
Le vieil homme est assis sur son banc. Le chien est toujours couché à ses pieds.
On ne voit que lui. Tout se passe en off.
Il entend des sirènes qui s’approchent du jardin public.
C’est la police.
UNE VOIX
Nicolas Daunier ?
LE GARDIEN
Oui ?
LA VOIX
Veuillez nous suivre s’il vous plait…

On entend une légère agitation.
Les portières qui claquent.
Les voitures de police qui redémarrent, ainsi que les sirènes.
Puis, seulement les sirènes.
Le vieil homme regarde fixement le public. Terrifié, tétanisé, abasourdi.
Il ferme lentement les yeux en baissant la tête.
La lumière s’estompe progressivement.
Noir.
FIN.

(Pour mon oncle de cœur, Grégory Pluym)
(Tours, 17 décembre 2011, 1h15 – 17h15)



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