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et nous causâmes de tout cela le long du chemin. C’est ce qui fait
que, comme je vous disais tout à l’heure, je ne suis pas mal préparé,
et il ne tiendra qu’à vous d’entendre ce récit : aussi bien, outre le
profit que je trouve à parler ou à entendre parler de philosophie, il
n’y a rien au monde où je prenne tant de plaisir, tout au contraire des
autres discours. Je me meurs d’ennui quand je vous entends, vous
autres riches et gens d’affaires, parler de vos intérêts ; et je déplore
votre aveuglement : vous pensez faire merveilles, et en vérité vous ne
faites rien de bon. Peut-être vous aussi, de votre côté, me croyezvous fort à plaindre, et vous avez bien raison de le croire ; mais moi,
je ne crois pas que vous êtes à plaindre, j’en suis sûr.
L’AMI D’APOLLODORE.
Tu es toujours le même, Apollodore : toujours disant du mal de toi
et des autres, et persuadé que tous les hommes, excepté Socrate, sont
misérables, à commencer par toi. Je ne sais pas pourquoi on t’a
donné le nom de furieux ; mais je sais bien qu’il y a toujours quelque
chose de cela dans tes discours. Tu es toujours en colère contre toi et
contre tout le reste des hommes, excepté Socrate.
APOLLODORE.
Il te semble donc qu’il faut être un furieux et un insensé pour
parler ainsi de moi et de tous tant que vous êtes ?
L’AMI D’APOLLODORE.
Une autre fois, Apollodore, nous disputerons là-dessus. Souvienstoi maintenant de ta promesse, et redis-nous les discours qui furent
tenus chez Agathon.
APOLLODORE.
Les voici à peu près. Ou plutôt il vaut mieux vous raconter la
chose dès le commencement, comme Aristodème me l’a racontée.
Il me dit donc qu’il avait rencontré Socrate qui sortait du bain, et
qui avait mis des sandales, ce qui ne lui était pas ordinaire ; et qu’il
lui avait demandé où il allait si beau. Je vais souper chez Agathon,
me répondit-il. J’ai refusé hier d’assister à la fête qu’il donnait pour
célébrer sa victoire, parce que je craignais la foule ; mais je lui ai
promis que je serais du lendemain, qui est aujourd’hui. Voilà
pourquoi tu me vois si paré. Je me suis fait beau pour aller chez un
beau garçon. Mais toi, Aristodème, serais-tu d’humeur à venir aussi,
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