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de Bresson, sur les conseils opportunistes du prêteur qui lui
suggère les termes pour rédiger son annonce, annonce qui devient
un prétexte, un faire-valoir pour appuyer ce qu’elle s’économiserait
en répondant favorablement à sa demande en mariage[fig.4].
Toutes deux sont mûres pour se laisser cueillir.
Nudité, sexe et rapport amoureux

La nudité de la «femme douce», enfin, n’est pas sans rappeler dans
son aspect figé et sculptural, empreinte d’une certaine pudeur,
les nus féminins tels que saisis dans les scènes de passe du film de
Godard[fig.5]. Ainsi que le souligne Alain Bergala, ces séquences,
«relèvent d’un fantasme de mise en scène, c’est toujours un tableau
vivant, immobile qui est proposé aux spectateurs, comme si les clients
de ces prostituées venaient satisfaire des fantasmes de mise en scène
plus que des besoins directement sexuels »b. Objet féminin sous
observation, morte ou en vie, la « femme douce » aussi s’offre
à notre regard dans toute son opacité, et sa destinée nous laisse
dans l’irrésolution.
De même, trait pour trait, peut-on trouver dans l’aveu
repentant du prêteur, face à la dépouille de sa femme, allongée sur
le lit conjugal dont elle avait été bannie de son vivant, les mêmes
sentiments de suffisance qui animent le client de la prostitution:
«Elle avait l’air si vaincue, si humiliée que j’en avais douloureusement
pitié. Mais j’éprouvais une sorte de satisfaction. Notre inégalité me
plaisait». Et dans la même veine, évoquant avec une précision
comptable leur vie conjugale et sa part sexuelle, le veuf décrit
concrètement la réalité du contrat de mariage qui les liait : «Ce
soir-là, comme chaque soir, nous avons tiré de grands plaisirs l’un
de l’autre. Mais elle n’a pas changé d’attitude, et moi je ne cherchais
que la possession de son corps».
De ce couple mal uni, on peut s’étonner de cette symétrie

[fig.4]

La petite annonce. Photogrammes des films Une Femme douce à g., et de Vivre sa vie à dr.

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