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[fig.5]

La nudité, le sexe. Photogrammes des films Une Femme douce à g., et de Vivre sa vie à dr.

dans le plaisir, affirmée comme une évidence par le mari endeuillé.
Bresson n’aurait pas renié les mots de Paul Valéry, issus de sa
correspondance amoureuse, qui ont la même teneur paradoxale
quant au rapport amoureux et qu’il déplie avec une précision
dénuée de sensiblerie : la tendresse, dit-il, «est chose en moi bien
différente de l’impulsion sexuelle connue, laquelle peut se satisfaire
selon la formule, et suit, en somme, un cycle simple, — et qui doit l’être.
Cet amour-là est essentiellement égalitaire (avec des nuances), —
comparable, — il a un langage, ses rites, ses phases bien décrites, et tout
en lui tourne autour de l’acte net dont la sensation l’accomplit.»c
Un plaisir « égalitaire » peut-être, organique, que le mariage peut
permettre, tout en le corrompant souvent du fait des inégalités qui
le fondent, devenant alors le terrain d’oppression propice aux
déchirements les plus âpres.
Pour rendre compte de cette impossibilité d’aimer, Bresson,
dans son adaptation de la nouvelle de Dostoïevski (Krotkaïa),
adopte un parti subtil pour déplacer les schémas trop convenus :
« J’ai supprimé ou plutôt raccourci l’écart entre les âges, qui n’explique
pas le suicide, ou qui l’explique trop. C’est un mauvais prétexte.
L’incommunicabilité existe sans écart d’âges.»
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