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[fig.6]

Le savon, l’hygiène. Photogrammes des films Une Femme douce à g., et de Vivre sa vie à dr.

lieux privilégiés de cette activité si fantasmée qu’est la prostitution :
la chambre d’hôtel, les rideaux, les tables de nuit, les serviettes,
et le savon sur lequel il fait un arrêt insistant. L’hygiène requise,
tout comme dans les rapports tarifés avec les femmes prostituées,
est suggérée en creux dans Une Femme douce. Le bain et la toilette
préliminaires, dont seule la femme s’acquitte avant l’acte sexuel,
font en effet partie du rituel amoureux du couple tel que le dépeint
Bresson dans son film. Détenteur du pouvoir économique, jamais
l’homme ne se plie à cette mesure tacite. Le mari ne gagne la salle
de bains qu’une fois l’acte consommé, au petit matin. Imaginons
un instant que s’inversent les rôles: la femme attend au lit
pendant que le mari se lave pour accomplir le devoir conjugal,
la domination se ferait flagrante, humiliante, révoltante. Il peut,
comme le client, exiger de la femme qu’elle soit saine et propre,
l’argent lui octroie le droit de souiller. À une occasion, la «femme
douce» rompt le rituel, rentrant tard et prenant toutes les
initiatives. Et au lever, alors qu’il se rase, précisément en ce lieu
qu’est la salle de bains, elle lui fait ce rappel cruel sur sa condition
tout aussi servile et sa vulnérabilité : «On vous a chassé il y a trois
ans d’une succursale de banque dont vous étiez directeur». Un affront
qu’elle paiera chèrement.
En puissant révélateur, Vivre sa vie pointe de biais l’oppression
douce de la femme, tue dans le silence du foyer, que nous conte
Bresson.

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