Henry Dugard Le Maroc de 1919 .pdf



Nom original: Henry Dugard Le Maroc de 1919.pdfTitre: Le Maroc de 1919Auteur: Dugard, Henry

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hliothèquc Voliliqnù

et

hcoiiûiii iqin

HEiNRV nilGARD

LE MAROC
de 1919
Comment
_.

,|a

ii^p*-



faire fortune au

Mar^..

é^e

Maroc après

— Transformations du Marocain.— Voyages.
Cartographie. — Les ports du Maroc. — Mekiiès.

jguerre.

— Oiidjda. — Moulay-Idriss. — Bou— Le Maroc oriental. — Musées. — Bibliothè— Le problème de l'importation
marchés.

Safi.

Dcnib.
ques.

et les

PAYOT & C% PARIS
106,

BOULEVARD SAINT-GERMAIN
191i)

i

LIVRES INDUSTRIELS

GEORGES
8,

iO«t

12, C, Pasteur.

Bi

!-'>

LE MAROC DE 1919

DU MÊME AUTEUR
Histoire de la Guerre contre

La Légion étrangère.
La Victoire de Verdun

(21

les

:

Turcs (1912-1913).

février

1916- 3

novembre

1917)

(avec deux croquis et deux cartes).

La Colonne du Sous



(janvier-juin 1917). (Le mahdi El Hiba.
Histoire du Sous.
Dans l'Anti-Atlas.
HaMa ou Mouis...) avec uue carte du

Le Maroc des grands Caïds.
Agadir.
Tiznit.
Taroudant.



Le Tazeroualt.












Sous).



Le Maroc de 1917. (Dix ans d'occupation.
Les régions du
'Maroc.
L'organisation du Maroc du Sud.
Casablanca.
Villes nouvelles.
Fès
La valeur agricole du pays.







hier
aujourd'hui.
L'avenir industriel du Maroc.)
Le Maroc de 1918 (Situation politique du Maroc en 1918. —
Méthodes de conquête. — Le marché marocain. — Objets
— L'urbanisme au Maà importer. — Industries â
— Le nouveau Rabat. — Fès centre
commercial. —
Le marché de Marrakech. — Le Ouéliz. — Le Sous. —



et

créer.

roc.

Voies de communication.)

r
HENRY DUGARD

LE MAROC
de 1919

PAYOT &
106,

C-, PARIS
BOULEVARD SAINT-GERMAIN

1919
Tous

droits réservés

j)S3

797523

Tous

droits de reproduction, de traduction et d'adaptation

réservés pour tous pays.

Coftyright 1919,

bjr

Pajro! et

C'

7

PRÉFACE

Le volume que j'ai publié en septembre 1917
sur le Maroc de 1917 est épuisé chez mon éditeur; celui que j'ai donné un an après sur le Maros de 1918 a trouvé un public aussi nombreux;
je continue

donc

et je

réunis dans un troisième

volume des études sur des questions marocaines
d'utilité

immédiate

(1),

ainsi je rends service
et

persuadé qu'en agissant

aux

travailleurs

du Maroc

aux jeunes gens de France qui cherchent

leur voie et se

demandent

s'ils

vont tenter

la

fortune dans la métropole ou se lancer sur un
théâtre plus libre, plus vaste, plus ouvert, dans
l'une de nos colonies

ou de nos protectorats.

(1) Les Services du Protectorat, et entre autres le Service
des Renseignements, m'ont fourni quantité de documents
pour mes travaux je tiens à reconnaître ma dette et remer:

vivement toutes
ce volume.
cie

les

personnes qui ont ainsi collaboré à

PRÉFACE

8

Je continue à

me

placer à des points de vue

pratiques, et je dis les choses avec simplicité,

m' adressant à un public qui n'aime ni

les dis-

cours ampoulés, ni un excès de littérature. D'autres,

plus heureux, décriront

mystérieuses ou charmantes,
et ses

les

villes

rose Marrakech

la

innombrables palmiers,

calmes de Salé,

et

Maroc, ses

le

les

rues blanches

paysages immenses du

bled, et l'Atlas tourmenté, avec ses forêts et ses

sommets
luxe

:

nus. Je m'interdis

ici

ces plaisirs et ce

notre pays, nos frères de France ont plus

besoin de pain et d'argent que de phrases et de

chansons.

Les
sés

hommes

par un

qui meurent aux colonies, épui-

travail constant sous n'importe quel

climat et parfois dans des conditions très dures,

un

Clozel,

ou

le

colonel Berriau, ne pensaient

pas vaguement. Durant des années
ils

et

des années

ont donné leur force, leur vie pour que

nom

le

français, le pavillon, la raison française

fussent les maîtres d'un pays nouveau.
travaillé

de notre

pour

le

développement,

civilisation.

Mais en

pensaient aux individus

:

le

Ils

ont

rayonnement

même

temps

ils

l'œuvre des grands

y

PREFACE

colonisateurs n'est pas que politique; ce n'est

pas seulement un service d'état;

c'est aussi

une

collaboration avec les particuliers, avec les énergies individuelles.

En

d'autres termes, ces bons Français, et

comme

général Lyauteij

eux, n'ont pas fait des

colonies ou des protectorats seulement
plaisir

le

pour

le

de voir une tache rose plus grande sur

la carte; ils ont aussi travaillé

ment de

pour

l'enrichisse-

France. Et cet enrichissement de la

la

mère-patrie ne doit pas être considéré que d'un
point de vue général;

il

ne doit pas être uni-

quement compris comme une
et

suite

de chiffres

de statistiques à l'usage des historiens, des

économistes et des conférenciers;

il

faut

le sui-

vre jusque dans la vie, dans la réalité, dans le

mouvement

des affaires, jusque dans ses plus

répercussions sur l'existence et

lointaines
travail des

le

commerçants, des industriels, des

ouvriers, des producteurs...
C'est parce

que des soldats

ont marché à travers
ont conquis des
qu'ils ont

peiné

et

le bled, c'est

champs

et

des

et souffert

au

des officiers

parce qu'ils

villes, c'est

parce

soleil et loin

des

PRÉFACE

10

leurs, c'est

parce que

les

administrateurs ont su

pacifier les cœurs, introduire l'ordre et faire

régner Vamour du travail chez

les indigènes,

que Von peut vendre ce morceau
écheveau de

fil

dont

la

d'étoffe, cet

fabrication, demain,

occupera des ouvriers de Lille ou de Tourcoing
sur leurs métiers rétablis, procurant ainsi

du

pain pendant un repas à Venfant du citoyen
français qui, dans quinze ans, à son tour, sera
l'un des défenseurs de la France.

Je ne vois pas l'ensemble de la mère-patrie,

de ses colonies

et

une addition de mondes fermés
tres.

Pour moi, de

comme

de ses protectorats

même

les

uns aux au-

que tous les Français

sont frères, l'empire français est un. Et je travaille,

vice de

avec mes moyens d'action, pour
« la

plus grande France

» et

le ser-

de tous

les

Français, qu'ils vivent à Saigon, à Marrakech

ou sur

les

bords de la Seine.

H. D.

LE MAROC APRÈS LA GUERRE

La

Ma-

victoire des Alliés vient d'assurer le

roc à la France,

Nous savions par avance que,

vainqueurs, les Allemands eussent exigé notre
renonciation au protectorat marocain.
raient à
firent

nouveau débarqué

comme

au-

ils le

en 1911 à Agadir.

Les Allemands

établis

hautement en 1912, 1913
çais

là-bas,

Ils

au Maroc proclamaient
et 1914,

que

au Maroc travaillaient pour

Prusse.

Nous

France

et

les

le

Fran-

roi

de

avons eu confiance. Français de

Français du Maroc, en l'avenir de

notr€ pays, et nous avons sauvé la France, ses
colonies et le Maroc, en luttant en France et en

ne reculant pas d'un pouce dans nos possessions
nord-africaines.

En

août 1914, l'ordre fut donné au général

Lyautey d'avoir à

se replier

sur

la

côte

et

LE MAROC APRÈS LA GUERRE

12

d'abandonner
dents.

du Maroc aux

l'intérieur

Le général Lyautey

cuter cet ordre

:

il

dissi-

obtint de ne pas exé-

envoya en France

la

majeure

partie de son corps expéditionnaire dès août
1914, reçut en échange

un

petit

nombre de

terri-

toriaux dénués de toute valeur offensive, fournit

au cours de

la

guerre d'autres troupes recrutées

sur place ou empruntées aux derniers restes du
corps expéditionnaire, et parvint, non seulement
à maintenir ses positions, mais encore à agrandir considérablement les territoires soumis.

Le

Maroc français de 1918 est plus grand, plus
mieux outillé, mieux organisé que le

prospère,

Maroc de 1914;

et

Maroc, au cours de la

le

guerre, a fourni phis

d'hommes

taillement à la métropole

qu'il

et

ne

de

ravi-

en

lui

a

coûté.

Je ne suis pas un admirateur décidé de tout
ce qui s'est fait au

Maroc depuis quatre ans

certains petits détails ne sont pas de

Mais devant

la

grandeur

et la rapidité

mon
du

:

goût.

travail

accompli, on ne peut que reconnaître les admirables qualités de cet

que

et

homme

vraiment moderne qu'est

antibureaucratile

général Lyau-

LE MAROC APRÈS LA GUERRE

tey.

On

que je

a trop souvent
le refasse

l'entrain;

il

prononcé son éloge pour

il

:

13

commande;

a de l'imagination,

ce n'est ni

de

un fonction-

naire ni un militaire, quoiqu'il exerce un

com-

mandement à la fois administratif et militaire;
c'est un homme, un chef qui a du nerf, de la
culture, de l'audace,
lui doit

du

énormément.

11

goût.

Le Maroc de 1918

a bien servi la France

Français.

et les

Qu'est-ce que ce

Maroc de 1918 vers lequel

tant d'esprits, de désirs, d'activités se tournent

en ce

moment?
un pays de

C'est

protectorat, qui n'est pas

soumis en entier à son souverain traditionnel
et légitime, le

Sultan du Maroc, et dans lequel

nous sommes obligés de respecter
tions, les usages, la religion, les

droits des citoyens marocains.
tectorat,
sie

par une coupable

tout

bon

mœurs

tradiet les

Ce pays de pro-

et arbitraire fantai-

des diplomates, a d'ailleurs

ment à

les

été,

contraire-

sens, à tout esprit politique et

14

MAROC APRÈS LA GUERRE

LE

à toute possibilité de pacification et de gouver-

nement, réparti en deux zones d'influence

et

protectorat, l'une attribuée à la France,

pays

de

vigoureux qui a réussi dans toutes ses

libéral et

pays anémié,

colonies, et l'autre à l'Espagne,

sans ressort

et

sans ouverture intellectuelle, qui

a échoué dans toutes ses entreprises de colonisation.
Il

faut soigneusement distinguer les colonies

et les

pays de protectorat. Dans une colonie,

l'Européen

administre;

il

est le seul

maître.

Dans un

protectorat, l'indigène s'administre lui-

même,

reste citoyen de son pays; et

il

me

conseillers

au Maroc,

Lyautey, théoriquement, n'est que
;

c'est S.

maître de tout

le

fait,

général

le conseiller

M. Moulay Youssef chef
,

ditionnel et religieux, descendant
et

en

c'est

locaux indigènes. Ainsi

du Sultan

si,

comme techniciens, comou comme tuteurs des pouvoirs

nous gouvernons,

le

tra-

du Prophète

pays, qui signe les

lois, les

dahirs, les règlements d'administration publi-

que que

les

fonctionnaires

indigènes et euro-

péens présentent à sa signature;
caïds

locaux

qui

gouvernent

et

et ce sont les

administrent

LE MAROC APRÈS LA GUERRE

l'indigène, conseillés et surveillés

15

par nos admi-

aistrateurs et nos officiers.

L'avantage du protectorat,
froisser l'indigène, de

ne pas

le

ne pas

c'est

de ne pas

le brutaliser,

de

troubler intellectuellement et morale-

ment. Avec ce régime nous ne nous posons pas
en adversaires de sa vie et de ses

sommes

les

mœurs

:

nous

défenseurs de ses coutumes, de ses

usages; lorsque nous établissons l'ordre dans
pays, nous

sommes

les défenseurs, les

le

représen-

du Sultan; nous parlons en
son nom; nous sommes, à l'avance, les amis de

tants de l'autorité

tous les pouvoirs établis et nous
conseiller, les

réformer

l'air d'intrus

et

LfC

même sans

pouvons

les

jamais avoir

de révolutionnaires.

protectorat est un régime souple, qui se

prête à toutes les adaptations nécessitées par
les faits.

La

colonie

tombe facilement dans

la

politique d'arrondissement et prête à toutes les
critiques de l'indigène.

Le Maroc, cependant,

n'est pas en ce

un protectorat de tout repos, parce

moment

qu'il n'est

pas entièrement pacifié et soumis à son Sultan, et

parce que ce Sultan

et

nous-mêmes som-

16

LE

MAROC APRÈS LA GUERRE

mes terriblement gênés par la présence au nord
et au sud du Maroc de zones espagnoles, qui
sont des foyers d'insurrection

Les

du Maroc comprennent

d'anarchie.

et

de la zone française

territoires pacifiés

tout d'abord les terri-

toires côtiers, c'est-à-dire les régions les plus
fertiles

du Maroc

:

le

Gharb (on prononce Rarb)

qui a pour port Kenitra; les Zaër, hinterland

des ports de Rabat, Salé

avec Casablanca

Mazagan;

comme

Abda

les

et

Fedalah; la Chaouïa

port; les

et Safi; les

Doukhala

et

Haha avec Mo-

gador.

Ce sont des régions où
sûrement,

dans lesquelles

et

librement

et

la quasi-totalité

de

l'on vit

la terre est cultivée et rapporte beaucoup.

A

l'ouest de

Marrakech,

le

Mogador,

Haouz,

la

est

grande plaine de

soumise au Sultan,

mais nous ne l'administrons pas. De
le

grand Atlas, au sud de Haouz,

riche et très fertile vallée

et

même pour
pour

la très

du Sous, au sud du

grand Atlas.

Au nord du Haouz,
comprennent
bia, la plaine

les territoires militaires

la riche vallée

du Tadla,

de l'Oum-er-Reb-

les forêts

au sud de

LE MAROC APRÈS LA GUERRE

Meknès,
étroite

la

1.7

région de Meknès, et une région plus

autour de Fès.

De Fès un
au Maroc

couloir étroit nous relie par

comprend

oriental, qui

Taza

la riche région

d'Oudja, en bordure de l'Algérie. Enfin au sud

du Maroc oriental nous tenons
pauvre du Bou-Denib

et

du

la région assez

Tafilalet, qui est

une marche frontière en face du Sud,
dire

c'est-à-

du Sahara.

Les

territoires

importance dans

insoumis sont deux

bordure de

Atlas, et les cantons en

la

sans

îlots

grand Atlas, tout

le

le

moyen

zone nord

du Maroc espagnol.

La besogne
roc, c'est

militaire,

de continuer

ritoires insoumis.

en ce

moment au Ma-

la pacification

La méthode

de ces ter-

d'infiltration pro-

gressive pratiquée par le général Lyautey et ses

sous-ordres a jusqu'ici parfaitement réussi, malgré des difficultés et des échecs de détail.

semble pas

qu'il

On procède par

y

ait

Il

ne

à chercher autre chose.

bonds, par étapes.

On

agit

par

négociations et par la politique autant que par
les

armes.

On

détache une fraction, une tribu

de la masse des rebelles.

On

traite

avec ce grou2

LE MAROC APRÈS LA GUERRE

18

pe.

On

s'installe

les organise,

les appuie. S'il reste

ils

des récal-

se soumettent très franchement, car

les sultans

du Maroc n'ont jamais procédé au-

trement avec leurs pères

ment

On

on leur livre bataille et on les rosse.

citrants,

Alors

on

chez les nouveaux soumis.

et

avec eux. Seule-

les sultans étaient faibles, instables; leur

gouvernement

était

sans méthode et pillard;

tandis que nous, une fois installés dans le pays,

nous n'en bougeons plus, nous l'améliorons,
nous enrichissons
geons

et

les habitants,

nous

les proté-

nous leur donnons des habitudes de

paix.

Notre succès

définitif est

donc assuré. La

mise en ordre du Maroc coûtera un peu
gent. Cet argent

d'ar-

nous rapportera beaucoup. Elle

coûtera des munitions. Nous les avons. Elle

coûtera quelques vies humaines. C'est pourquoi

l'armée du Maroc doit être réorganisée et com-

posée seulement de militaires de profession, de
soldats de métier, de troupes noires et indigènes, de

gens qui aiment

la guerre,

dont

c'est la

profession de la faire et qui ne se plaignent pas
lorsqu'ils la font.

LE MAROC APRÈS LA GUERRE

La

19

pacification ne sera pas absolue ni défini-

tive, si les Alliés tolèrent

au Maroc

la

présence

de ces zones espagnoles grâce auxquelles l'Alle-

magne a fomenté

et

fomentera peut-être encore

durant longtemps des révoltes contre

Sultan

le

et contre nous. Pendant la guerre, c'est

du Ma-

roc espagnol que sont partis les appuis contre
la

armes, l'argent,

France, les

ments

faire l'ordre dans sa zone.
la

Le désordre

zone espagnole,

conti-

c'est toute la civi-

lisation occidentale privée d'un
et

encourage-

munitions. L'Espagne n'a pas su

et les

nuant dans

les

débouché

utile

de matières premières en quantité. Les diplo-

mates décideront. Nous, Français
n'hésitons pas

Maroc,

c'est

:

le

du Maroc,

maintien de l'Espagne au

un cancer au

flanc de ce pays.

Pourquoi réussissons-nous au Maroc? Pourquoi

les

Parce

Espagnols ne réussissent-ils pas?

que

notre

bonhomie, notre libéra-

lisme naturels et notre intelligence

comprendre

la nécessité

gène bienfaisante

nous font

d'une politique

et ouverte.

Parce que

indi-

les Es-

pagnols ont toujours eu et conservent l'horreur
et l'ignorance

de toute politique indigène.

LE MAROC APRÈS LA GUERRE

20

Sans amitié pour
son être moral

et

l'indigène, sans respect

de ses

libertés,

on ne peut

constituer des colonies ni des protectorats.

sera

de

Ce

l'honneur de la France d'avoir compris

cette vérité et d'avoir su l'appliquer avec suite

au Maroc.

LES TRANSFORMATIONS

DU MAROCAIN

Le Maroc

était

immuable depuis des

lorsque nous y avons pris pied.

mort.

Il

vivait seulement

On

siècles

le

disait

une existence

diffé-

rente de la nôtre. Voici qu'il se transforme sous

nos yeux

le

:

Marocain, remarquable par ses

facultés d'assimilation, sa vivacité intellectuelle,

son ouverture d'esprit, est en train de nous sur-

prendre par

la rapidité

avec laquelle

mode aux nouveautés de
trielle

il

s'accom-

la civilisation indus-

européenne. Pour ne pas continuer à le

juger avec d'anciens préjugés

qui

pourraient

nous entraîner dans de dangereuses erreurs,
convient dès à présent de noter les
divers d'une évolution

si

Le Maroc, depuis 1907

il

symptômes

rapide.

et surtout

depuis 1912,

découvre mille choses dont jusque-là

il

n'avait

LES TRANSFORMATIONS DU MAROCAIN

22

aucune

Nous avons ouvert

idée.

avait fermées sur

lui-même

et

les portes qu'il

nous avons eu

ce spectacle d'un peuple solide qui n'a consenti

à se

surprendre par aucune des nou-

laisser

veautés que nous lui apportions, et qui les adoptait

sur-le-champ sans gêne, sans fatigue, avec

une parfaite

intelligence,

une entente immé-

diate de la situation et des possibilités

que nous

lui offrions.

Le Maroc

était

semblable au grain de blé qui

se conserve durant des siècles au sec,
ble, pareil
tions,

immua-

à lui-même, solide, sans transforma-

sans modifications de nature ni de forces,

mais vivant cependant, capable

toujours

de

germer, de fleurir, de croître et de produire, dès
qu'on

lui

donne

la

lumière

et l'eau.

Nous avons

été cette cause, cette lumière. Partout

passons, nous
suffi

sommes

le sel

que nous donnions

de

où nous

la terre. Il a

l'élan, et voici

qu'au-

jourd'hui le Maroc fécondé pousse et se déve-

loppe avec une incroyable rapidité.

Vous présentez au Marocain une montre, un
aéroplane, une mitrailleuse, un instrument aratoire. Makina francis, dit-il calmement. « Une

LES TRANSFORMATIONS DU MAROCAIN

machine française
que
dre

cela,
le

».

Et

ne s'épate pas plus

il

est prêt à s'en servir, à

il

fonctionnement. Le Marocain,

dat, fait

en appren-

comme

un excellent mitrailleur ou

mitrailleur.
d'autos, de

Il

devient

machines

23

sol-

fusilier-

chauffeur, conducteur

agricoles, de scies,

teuses mécaniques, de moteurs

de rabo-

pour moulins à

farine ou à huile; j'en sais de cuisiniers, qui

préparent un

rôti,

vont au marché et font dan-

du panier comme un

ser l'anse

véritable cor-

don-bleu de France. Garçon de café, valet de

chambre, cireur de bottes,

le

Marocain apprend

tous les métiers; d'ici dix ans nous le verrons
partout, et

il

sera plus intelligent, plus roué que

l'Algérien, qui actuellement le dédaigne.

Le Marocain

a

même

goût de

le

la

mécani-

que; aux expositions, la machine à fabriquer
les cigarettes, les
les

moteurs

le

distributeurs

passionnent.

automatiques,

Dans

les villes, les

jeunes Marocains sont fous de bicyclettes, et
est facile

quel est
«

de voir, partout où

il

y a des routes,
l'engouement de l'indigène pour les

tomobiles

»

et

combien

il

il

hésite

peu à

effec-

tuer soit de courts trajets (du bac de Salé à la

LES TRANSFORMATIONS DU MAROCAIN

24

porte de Salé), soit des voyages assez longs

(Casablanca-Rabat, Kénitra-Rabat, Casablanca-

Marrakech). Quant au chemin de

fer, les

Maro-

cains constituent déjà pour lui une excellente
clientèle.

Peu à peu le moteur à essence prend la place
du vieux cheval aveugle pour tourner les meules des moulins. Le phonographe remplace,
dans

maisons des

les

Bien

mieux,

le

chant du canari.

riches, le

Marocain a

saisi l'usage et les

commodités du téléphone

commerçants font mettre

les gros

dans leurs entrepôts
leurs

femmes

vous

la face!)

nettement

très

et

le

:

téléphone

dans leurs maisons;

et

n'hésitent pas (littérateurs, voilez-

à se servir de cet appareil qui

fait leur joie.

Le cinéma,
de bois

et les

traction

les

russes, les

chevaux

carrousels à vapeur sont une dis-

normale pour

Le campagnard
le

montagnes

fait

le

Marocain des

villes.

des voyages pour venir voir

cinéma.

Le parapluie-parasol devient d'un usage
rant pour le Marocain, et
voir,

en

été,

il

n'est

cou-

pas rare de

un conducteur de chameaux,

la

LES TRANSFORMATIONS DU MAROCAIN

djellaba haut troussée sur ses longues

jambes

un en-tout-cas pour se garder

sèches, qui tient

du

25

en trottinant derrière ses bêtes

soleil, tout

paisiblement stupides.

Bien entendu,

le

Marocain ne se rend pas

toujours très exactement compte de la valeur
relative des divers objets qu'il
Il est

nous emprunt-?.

possédé par un grand engouement pour

tout ce qui est « à l'instar » de l'Européen.

Il

va de l'avant avec une rapidité presque dangereuse, en tout cas assez déconcertante.

Il

meu-

ble facilement sa maison d'une kamelote étrange, lits

dules

de fer et cuivre, glaces affreuses, pen-

étonnamment boches,

etc., etc. Il

billards de salons,

n'hésite pas à faire bâtir des

mai-

sons à l'européenne, à Rabat, par exemple
est vrai qu'il les loue ensuite assez

(il

facilement

à des Européens, mais ceci montre sa finesse
et

son astuce commerciale).

lons Louis

XVI

On

trouve des sa-

chez des caïds ou de gros com-

merçants.
Enfin, les quelques Marocains qui sont allés

en France ont un vif désir d'y retourner après
la guerre. Ils

savent qu'il y a là beaucoup de

LES TRANSFORMATIONS DU MAROCAIN

26

choses à voir, des plaisirs innombrables, para-

Et leur imagination

disiaques...
vaille

:

il

n'est rien

s'excite, tra-

de notre civilisation que

ces Marocains ne désirent connaître.

Nous

serions bien fous, maintenant que nous

savons tout

ceci,

de

ment qu'en frères

traiter les

Marocains autre-

cadets, capables

de se dé-

brouiller bien vite, de travailler, de collaborer

I

a\ec nous.

Tout nous montre

qu'ils ont

sonnalité, qu'ils existent.

que indigène

doit tenir

Une

une forte per-

véritable politi-

compte de

cette intelli-

gence, de cette vitalité. C'est précisément cette
politique d'association et de protectorat

toujours pratiquée
français.

le

qu'à

chef actuel de notre Maroc

V

VOYAGES AU MAROC
HIER ET AUJOURD'HUI

En

1918, dix ans à peine après le débarque-

ment à Casablanca,

et

cinq ans en réalité depuis

qu'une action suivie a commencé de s'exercer

dans l'empire du Moghreb
en chemin de
toires

fer,

immenses;

el

Akça, on voyage

en auto, à travers des
le

commerçant,

le

terri-

militaire

des avant-postes font des kilomètres et des kilo-

mètres avant d'arriver à

la limite

res en paix, avant de toucher

misérablement

des territoi-

au pays où vivent

les derniers dissidents,

soutenus,

galvanisés par l'or et les conseils de l'Allemagne. Et plus personne ne songe à ce qu'était hier
le

Maroc, à la terre de meurtres, d'anarchie, de

pillages,

de

désordre,

de

misère

également

VOYAGES AU MAROC

28

qu'était cet

immense empire aux

Hombrables, paralysé, terrorisé

richesses in-

qu'il était

par

l'irresponsabilité, le crime, les luttes incessantes

de ses terribles habitants; personne, en ce temps
de guerre où l'on ne voyage guère au Maroc

que pour

affaires,

comme demain où

l'on par-

courra ce beau pays par agrément, personne

ne cherche à se rappeler
années à peine

le

voyage

qu'il

était

y a quelques

un risque cons-

pour l'indigène autant que pour l'Euro-

tant,

péen; personne ne
les difficultés,

fait la

l'incertitude

comparaison entre
de la

veille,

et

la

paix tranquille d'aujourd'hui.

Au
le

contraire quelques nigauds s'étonnent que

protectorat n'autorise que progressivement la

circulation dans certaines régions soumises à

peine à notre puissance militaire
nation politique du Sultan.

Il

et

à la domi-

suffirait

cepen-

dant de réfléchir aux habitudes de ces insou-

mis

d'hier,

de ces anarchistes de toujours,

voir sur place l'audace

du

et

de

rebelle qui cherche

toujours à filtrer à travers la barrière de nos
postes et qui n'est contenu en maints endroits

que par

la force,

pour comprendre que

le pro-

VOYAGES AU MAROC

tectorat désire

gens, leur

marcher avec

donner

le

29

sagesse, étudier ses

temps de s'amender, de

s'habituer à notre ordre, à notre règle, à la

Le protectorat connaît

loi.

du Maroc,

l'histoire

il

ne veut pas risquer l'assassinat de l'Européen

non armé;

il

lui

ouvre

les territoires

du Maroc

lorsqu'il juge la chose possible, lorsque l'orga-

nisation politique est achevée, que les esprits et
les

cœurs sont entièrement

pacifiés, lorsque les

mœurs commencent à être tempérées, réformées même. Car il y a beaucoup de changements à
blit

faire,

lorsque notre protectorat s'éta-

sur un territoire hier rebelle, avant d'arri-

ver à un état de sécurité et de calme convenables

pour l'Européen.

Prenons, par exemple,

cas

le

du voyage, et
le Ma-

essayons de voir ce qu'il était hier dans

roc anarchique et troublé, où nous avons essayé
d'introduire l'ordre, la sécurité, le travail et la
paix.

Les

faits

parleront d'eux-mêmes, et le

touriste qui sera allé de

Rabat à Fès ou à Mar-

rakech confortablement

assis

dans

le

fond d'une

limousine de 30 chevaux, comprendra à nous
lire

l'opposition

profonde

qu'il

y a entre

le

VOYAGES AU MAROC

30

Maroc anarchique

Maroc

d'hier et le

pacifié

d'aujourd'hui.
*
* *

On peut
l'isolé

dire

le

:

en principe,

voyage de

le

au Maroc, avant notre arrivée,

était

une

entreprise infiniment chanceuse, où celui-ci ris-

quait à tout instant sa vie.

A

«

Mthioua,

et

dans tout

Rif du reste, dit

le

M. Mouliéras

l'informateur de

quand un

(1),

chef de famille veut entreprendre un voyage,
se

garde bien de l'annoncer.

pendant
railles.

qu'il est

à toute vitesse dans
c'est possible.

de

le

long des

hors du village,
la

mu-

se lance

il

campagne, sous

bois, si

Ceci pour parer aux dangers

»

la lutte entre

tués dans

part furtivement

en se faufilant

la nuit,

Dès

Il

il

chaque

âzoua, ou petits clans, constivillage

par deux ou

trois

mai-

sons confédérées, car on a l'esprit assez particulariste,

dans

le

monde

berbère.

« Il

trouvera,

continue Mouliéras, ou plutôt son informateur,

en atteignant

(1)

66-67.

le territoire

iMouliéras, Le

de

la fraction voisine

Maroc inconnu, Tome

I,

Le

Rif,

page

:

VOYAGES AU MAROC

une sécurité

le

mais quelle sécurité! La

relative;

Bondy

forêt de

31

par rapport à notre

était,

Rif,

séjour de la paix, de la sûreté et du bonheur.

pour cela que

C'est

au Maroc.

Il

pour quitter son hameau, sa

ou son douar.

Toutes

par une impé-

faut être poussé

rieuse nécessité
ville,

voyageurs sont rares

les

»

les régions

du Maroc, au moment où

nous y sommes entrés, se valaient à peu près,

pour

voyageur;

le

pour nous décrire

et les

témoins sont d'accord

les difficultés

de l'entreprise

hasardeuse qu'était alors un déplacement à
vers

le

Au
voici

départ de Tisint, dans

le

Sahel marocain,

comment, par exemple, de Foucauld

obligé

tra-

bled.

est

de procéder pour essayer de se tirer

d'affaire

:

«

Je quittai,

1884, à dix heures et

dit-il,

Tisint, le 9 janvier

demie du

soir, et pris la

direction de Tatta, escorté par le

Hadj

et

son

compagnon. Nous voyageâmes toute

la

Nous avions attendu pour

qçar fût

endormi

:

sortir

que

le

nuit.

personne n'avait été instruit de notre

voyage; en s'en allant,

adieu à ses femmes

et

le

Hadj n'avait pas

dit

à ses enfants. Si le bruit

VOYAGES AU MAROC

32

de notre départ avait transpiré,
craindre que

eût été à

il

étrangers, Berâber,

des

Oulad

lahia ou autres, toujours en foule à Agadir
n'aient couru s'embusquer sur le

nous attaquer et nous
furtif et notre

piller.

De

le

là notre

départ

marche nocturne. Le rabbin Mar-

dochée avait ordre de n'ouvrir

sonne

(1),

chemin pour

lendemain,

et,

la porte

à per-

après deux jours, de

déclarer que nous étions partis pour Tazenakht.
Pareilles

mesures se prennent toujours

lors-

qu'on doit traverser un long désert, un passage

dangereux, que,

nombre,
la

et

comme

nous,

on

est en petit

qu'on a des objets pouvant exciter

convoitise.

Ici,

précautions; avec

il

avait fallu redoubler de

ma

réputation de chrétien et

d'homme chargé d'or, plus d'une bande se serait
mise en campagne si mon départ avait été
connu. Mes mules seules eussent suffi pour faire
prendre

les

armes à bien des gens

:

en cette

contrée pauvre, elles constituent un capital

(2). »

Rappelons que ces risques ne sont pas un
(1)

Il

ne s'agit pas du port d'Agadir

n'Irir,

au Nord-Ouest

du Sous.
(2)

Jiecortnaissance

au Maroc, pages 170-171.

VOYAGES AU MAROC

vain mot

paru sur

«

:

le

De Tarla

chemin,

jours plus tard.

vu a

été,

Le

33

à Tizgi, personne n*a

écrit

de Foucauld, quatre

seul vestige

humain que

j'ai

entre Tatta et Imiteq, une dizaine de

tombes, échelonnées par groupes de deux ou

au bord du

trois

sentier.

Ces tombes, qui rap-

pelaient chacune un pillage, et marquaient l'en-

où avaient péri des voyageurs moins heu-

droit

reux que moi, avaient, au clair de lune, an milieu
Il

de cette solitude, un aspect lugubre
n'est

pistes

(1). »

pas de voyageur, ayant circulé sur

du Maroc, qui

n'ait

les

rencontré de ces tas

de cailloux, loin de toute habitation humaine,

dans une gorge sèche, aride, parmi des paysages désolés,



des tas de cailloux oblongs,

seuls parfois, et parfois groupés

à

la fois,

marque

par cinq ou six

dont chacun recouvre une tombe et

l'endroit

où un

homme

a été assassiné.

C'est seulement après avoir médité ces spectacles

que

mot

sécurité, de la différence qu'il

l'on se

rend compte de

roc, entre hier et aujourd'hui,

(1)

Même

voyage, page 173.

la valeur

et

y

a,

du

au Ma-

de tout ce

VOYAGES AU MAROC

34

qu'apportent à un

l'ordre, l'organisa-

commandement.

tion, le

Ne

peuple

croyez pas, d'ailleurs, que ce fussent sim-

plement

les

coupeurs de route,

ne, les bandits

se défier dans ce pays berbère

étaient alors déchaînés

tits

comme

de grand chemin, dont

:

où tous
les

en Chiil

fallût

les

appé-

habitants des

villages, les paysans, étaient aussi voleurs, aussi

portés a l'assassinat et au pillage que le vaga-

bond ou

le

pays

Hier, écrit de Foucauld, dans l'Atlas,

le

:

«

malandrin de profession en d'autres

28 mars 1884, nous sommes, depuis

d'Azrar, restés dans le désert
pu,

en

continuant à

Mohammed
tée. C'est

traire.

:

col

le

nous eussions

descendre l'oued

Sidi

ou Jacob, marcher en terre habi-

à dessein que nous avons fait le con-

Quand on

est

pas de zetat du pays
de règle d'éviter

peu nombreux, qu'on
et

les centres; la

geurs en petite troupe
à ceux devant qui
rir à leur

de zetat puissant,

ils

et

mal

n'a
est

vue de voya-

escortés, inspire,

passent, la pensée de cou-

poursuite et de les piller

:

c'est

un

en contrée peuplée.

danger de tous

les instants

On

en échappant aux regards

s'y soustrait

il

et

en

VOYAGES AU MAROC

prenant
tif

les

chemins

35

déserts. C'est

pour ce mo-

que, dans la vallée du Sous, au lieu d'aller

de village en village

long des rives du fleuve,

le

nous avons passé au nord, traversant tantôt des
forêts, tantôt des

prairies,

cesse à l'écart des centres.

pour

c'est

éviter les

nous tenant sans

Du

col d'Azrar à

campements des Ait

situés le long de l'oued Sidi

Ilir,

Jellal,

Mohammed ou

Ja-

cob, que nous avons pris par le désert d'Imin
Tels.

Les musulmans de ces contrées, quand

voyagent sans anaïa
principes
très

:

sans escorte, ont deux

et

marcher de nuit dans

dangereux; choisir toujours

moins fréquentés

Quand
En 1884,

et les

les

plus déserts

les endroit*

chemins

la

récolte ayant été
le

mauvaise

l'au-

Dra, 700 tentes avaient

émigré vers une autre région, entre Tissint
:

«

La présence de

de Foucauld, rend

la

nuelles: c'est

el

ces étrangers, dit

Feïja moins sûre encore

qu'à l'ordinaire;

(1)

les

(1). »

la disette régnait, c'était pis encore.

tomne précédent dans

Mrimima

ils

ils y font des courses contichaque jour un nouveau pillage.

Reconnaissance au Maroc, page 199.

VOYAGES AU MAROC

36

Nous reprenons notre ancienne méthode,
des marches de nuit
Est-il

(1).

celle

»

aujourd'hui quelque commerçant, quel-

que placier en marchandises, quelque

belle élé-

gante assoiffée de pittoresque, d'art indigène

de sensations

et

fortes, qui consentirait à courir

ces risques pour traiter des affaires, gagner de
l'argent

ou

visiter le

Maroc?

Ce que nous voulons,
pays

le

c'est

développement de

peu à peu dans ce

la sécurité française.

L'anarchie était jadis partout; on ne pouvait

voyager sans courir à chaque pas

la

chance de

se faire occire. Voici qu'au contraire aujour-

d'hui des provinces entières

du Maroc sont

aussi sûres que le Bois de Boulogne; d'autres

régions s'ouvrent peu à peu à nous: le Protectorat

y envoie d'abord

spécialistes

y

laissera

de

ses militaires, puis les

la politique

indigène; demain

pénétrer agriculteurs et

il

commer-

(1) Reconvaissance au Maroc, page 201. « Pour atteindre
directement le Tinzoulin ou le Ternata, dit Foucauld à UQ

autre moment, il faut traverser le territoire des Oulad lahia,
et ceux-ci sont en guerre avec les »da ou Blal et avec Agadir;
de plus, une famine terrible, aup/ès de laquelle celle d'ici
n'est rien, règne chez eux
dans cette détresse, tous sont
brigands; Ils attaquent, pillent tout le monde; point û'anaïa
qu'ils respectent. » (Môme ouvrage, p. 159.)
:

VOYAGES AU MAROC

37

çants; les territoires insoumis diminuent chaque
saison. C'est
et

une progression à

la fois

mesurée, méthodique, calculée:

tout ce qu'on a

Ne

coloniale.
roi,

et

vu jusqu'ici en

elle

fait

rapide

dépasse

de réussite

soyons pas plus royalistes que

ne confondons pas

la ceinture

le

de nos

postes du bled avec le chemin de fer de ceinture:

pour voyager dans certaines régions du

Maroc, attendons que l'on sache qui

que

l'on

prévienne

les habitants

les habite,

de la venue

d'Européens, qu'on les habitue à cette idée, à
ce voisinage, que l'on kilomètre les pistes, et ne

retombons pas dans

l'insécurité

être allés trop vite et avoir
racles là
l'habileté.



il

est déjà

ancienne pour

demandé des mi-

beau de déployer de

LA CARTOGRAPHIE DU MAROC
Le Maroc

est

(1)

longtemps resté Tune des con-

trées les plus inconnues

du monde, au point

de vue géographique et cartographique. Voici
ce qu'écrivait, en 1884, Ch. de Foucauld, sur la
difficulté de faire des

voyages d'études au Ma-

roc {Reconnaissance au Maroc, Avant-Propos,
p. xv-xvi)

:

y a une portion du Maroc où Ton peut
voyager sans déguisement, mais elle est petite.
« Il

Le pays

se divise en

deux

parties: l'une sou-

mise au Sultan d'une manière effective (Bled
el

makhzen)f où

tement

et

les

Européens circulent ouver-

en toute sécurité;

l'autre,

quatre à

cinq fois plus vaste, peuplée de tribus insouCommandant

du Service topograptiique
le développement du
tietTicc lopoQraphique au Maroc dans le Bulletin Officiel du
Protectorat du 7 mai 1917.
Commandant Perret, La Topographie au Maroc, et capitaine Orcel, ctief du Service de To;)optiotograpiile du Maroc,
La Phototopographie au Maroc (Conférences faites au Centre
de Perfectionnement de Meknès). Une brochure in-8* datée
de mal 1918.
(1)

Perret, chef

du Maroc. Notice sur

les

origines et

LA CARTOGRAPHIE DU MAROC

39

mises ou indépendantes {Bled es siba), où per-

sonne ne voyage en sécurité

et

péens ne sauraient pénétrer que



Euro-

les

travestis.

Les

cinq sixièmes du Maroc sont donc entièrement

fermés aux chrétiens,

par ruse

et

au

peuvent y pénétrer

ils

péril de leur vie. Cette intolé-

rance extrême n'est pas causée par
tisme religieux;

sentiment
eux,

a sa source dans un autre

elle

commun

fana-

le

à tous les indigènes: pour

un Européen voyageant dans leur pays ne

peut être qu'un émissaire envoyé pour
connaître;

il

re-

vient étudier le pays en vue d'une
le tue

comme

tel,

Sans doute la

vieille

an-

invasion; c'est un espion.

non comme

le

infidèle.

On

y trouvent
aussi leur compte, mais ces sentiments ne vientipathie

de race,

la

superstition

nent qu'en seconde ligne.

On

craint le conqué-

rant beaucoup plus qu'on ne hait

Cependant, depuis

les

temps

le chrétien, w

les plus reculés,

nombre de voyageurs avaient parcouru
roc.

Bled

le

Ma-

Mais bien peu d'entre eux, en dehors du
el

makhzen, avaient dressé une carte de

leurs itinéraires;

ce sont

René

Caillié

1830). Rohlfs (1861), Tissot (1876), Oscar

(vers

Lenz

MAROC

LA CARTOGRAPHIE DU

40

(1881), de Foiicauld (1883-1884), le

marquis de

Ségonzac (1899-1905). C'est à ces deux derniers,
de beaucoup plus précis que leurs devanciers,

que nous devons

la

plus grande partie de ce que

nous savons sur

le

Bled

En Bled
M. Gentil,

el
le

es siba.

maghzen, M. Brives (1901-1907),

géologue du Maroc (1905-1909),

docteur Weisgerber, dont

la notice très détaillée

sur le pays de la Chaouïa, accompagnée
carte, fut d'une

grande

le

utilité

d'une

aux troupes dé-

barquées à Casablanca en 1907, M. Flotte de Roquevaire, le capitaine d'artillerie Larras (19001903)

recueillirent

breux

et inédits (1).

Mais

le

des

renseignements nom-

Maroc, pour être mieux connu après

ces explorations qu'il ne l'était au xvi« ou
XVII* siècles,

rale

que

la

ne possédait

première édition de

de Roquevaire, dont

la

ble suivant les régions

(1)

Il

comme

au

carte géné-

la carte

de Flotte

valeur était très varia(2).

On

était

souvent ré-

faut aussi mentionner la mission hydrographique

Hériot, dont faisaient partie les lieutenants de vaisseau Dyé
et Larras et M. Pobéguin, qui ellectua de 1903 à 1907 des
levés importants sur la côte atlantique du Maroc.
(2) La première édition de la carte de Flotte de Roquevaire est de 1897, par conséquent antérieure à l'époque de

LA CARTOGRAPHIE DU MAROC

duit en 1907, au

moment de

notre débarque-

ment, à des levés d'itinéraire pris à

par

les explorateurs, et

ou moins,



et à des

41

la

dérobée

qui se recoupaient plus

renseignements parfois

fort imprécis.

Peu après notre
phique

était

arrivée,

un bureau topogra-

constitué à Casablanca,

en jan-

vier 1908.

Dès novembre 1908, on
de débarquement

les

distribuait

au corps

premières feuilles d'une

méthodique du Maroc. Elle constituait néanla carte au 2.000.000* (feuilles Fès-Lagliouat
et Bir el Abbas de la carte générale d'Afrique) publiée par
le Service Géographique de r.A.rmée en 1890
la meilleure
synlhèsc cartographique du Maroc publiée jusqu'alors. En
dehors des itinéraires fondamentaux (René Caillé, Rohlfs,
l'exploration

moins



avec



Duveyrier, de

Foucault,

qui en constituaient
construction de sa
carie tous les documents publiés, on y ajoutant un certain
nombre de travaux inédits.
La seconde édition (1904) est toute différente, les documents nouveaux s'étant accumulés depuis la première. Cette
carie de Flotte de Roquevaire nest plus spécialement une
carte d'itinéraires
l'auteur s'est elTorcé de substituer aux
routes parcourues par les explorateurs les grandes voies de

Ti'ssot,

l'ossature,

Fauteur avait

utilisé

etc.)

pour

la

:

communication

et les pistes habituollement suivies.
consulterait utilement à cet égard, comme pour ce qui
est (le la bibliographie cartographique à cette époque, la
notice qui accompagne cette seconde édition.
J'ajoute qu'il n'existe pas d'autre carte d'ensemble du
Maroc publiée dans le courant du xix* 'Siècle. Et il est à
sojihailer qu'une nouvelle édition de cette carte soit prochainement entreprise.

On

LA CARTOGRAPHIE DU MAROC

42

carte d'ensemble au lOO.OOO et d'une carte des

environs de Casablanca au 50.000». Ces cartes
étaient constituées avec les levés d'itinéraires

des colonnes, des levés de reconnaissance, des
levés autour des postes et des

mière triangulation allant

camps

de

et

une pre-

Settat

à Bou-

Znika.

Avec une inconscience profonde, au printemps de 1909,

le

ministère prenait, à Paris, la

décision de réduire le Service Topographique à

un unique

officier

moment où

le

pour tout personnel.
parlait

l'on

(C'était

d'abandonner

la

Chaouïa.) Cet officier continua tant bien que mal
sa tâche en recrutant et s'adjoignant du personnel sur place. Six mois plus tard, le ministère dut

commencer

Le Service
à établir un

à revenir sur sa décision.

topographique ainsi réduit réussit

relevé de toute la Chaouïa, puis à déborder

long de la côte jusqu'à Salé,

jusque chez

les

et

même

le

à aller

Zaër, les Béni Meskine, les Our-

dirha et au Tadla (avec la colonne lancée contre

Ma

el

Aïnine).

On

fit

Chaouïa au 500.000*

En

une carte d'ensemble des

et

une carte des Etapes.

1911, la colonne Moinier va à Fez.

Les

to-

LA CARTOGRAPHIE DU MAROC

pograplies,

colonne.

comme

La

43

toujours, marchaient avec la

situation allait

brusquement chan-

ger au Maroc.

En même temps que

l'effectif

des troupes,

le

nombre des topographes fut alors rapidement
renforcé suivant les exigences de l'heure,

ne fut plus un éphémère
durables que

sillage,

tracèrent

les

mais des

colonnes

et ce

sillons

que

et

fixèrent les topographes.

Ces opérateurs prirent part à toutes

les opé-

rations militaires, leurs travaux furent conduits

méthodiquement partout où passaient
nes, partout

peu



s'installaient des Postes.

les itinéraires firent

to.ut le

Peu à

place aux levés en sur-

face; ceux-ci furent soudés entre eux

de 1911,

les colon-

Maroc occupé à

ce

et,

à la

moment

fin

était

levé et édité en cinq feuilles au 200 000*, dans
lesquelles,

il

est vrai,

bien des lacunes étaient

encore à combler, mais dont l'ensemble présentait

un tout homogène assemblé sur un canevas

géodésique solide.

A

partir de ce

moment

les

progrès de la car-

tographie au Maroc allaient marcher

avec

les

progrès de notre occupation.

de pair

LA CARTOGRAPHIE DU

44

Par

suite de l'expansion militaire,

pas à se former, en arrière de
tions,

MAROC

une zone où

la

il

ne tarda

zone d'opéra-

la sécurité fut suffisante

pour

permettre l'exécution de levés méthodiques

s*é-

tendant de façon continue. D'où l'organisation

de travaux topographiques en deux échelons
celui de l'avant constitué

mis à
les

la disposition

:

par des topographes

de chaque colonne

et

dont

travaux devaient se plier aux exigences tac-

tiques; celui de l'arrière, où les topographes

avaient à leur disposition des

moyens moins

li-

mités, répondant

aux nécessités techniques en

vue de levés plus

précis.

Quand
phiques

comme

la

guerre éclata, les travaux géogra-

furent

considérablement

toutes choses

au Maroc, par

ralentis,

suite

de

la

réduction du personnel.

La

mobilisation, en effet, vint

brusquement

disloquer les brigades du Service Géographi-

que de l'Armée

et

que de presque

tout le personnel dirigeant, d'une

priver

le

Bureau Topographi-

partie de ses employés et de la totahté de ses
officiers géodésiens et topographes.

Néanmoins,

le

Bureau Topographique ne


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