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Introduction
Si la catégorie « populiste » a acquis depuis six décennies la reconnaissance de sa
pertinence au sein des sciences politiques, la pénétration de la désignation « populiste »
dans le discours journalistique en France à partir des années 1980 a provoqué des
remises en cause de tout ou partie de la notion et de ses usages.
Deux critiques majeures issues des milieux savants se dégagent. La première et la
plus répandue consiste en une déconsidération des usages journalistiques de
« populisme » ou plus souvent de la désignation « populiste » lorsque les deux termes ne
sont pas envisagés comme rattachés l'un à l'autre mais bien comme des mots distincts de
par leurs sens, leurs usages et les connotations qu'ils transportent. Si l'usage savant du
terme est indissociable de l'intérêt porté au discours ou à la rhétorique populiste 1, les
utilisations

journalistiques

sont

présentées

comme

caricaturales,

inappropriées,

excessives et tendancieuses2. Plus que des usages, il s'agit de mésusages, classés dans
1 Quelques exemples notables : « Le populisme se présente à la fois comme un moyen de subvertir l'état de choses
existant et comme le point de départ d'une reconstruction plus ou moins radicale d'un ordre nouveau à chaque fois
que l'ordre ancien se trouve affaibli. » LACLAU Ernesto, La raison populiste, Paris, Éditions du Seuil, 2008, p. 207
- « Un discours définissant, à la fois, le peuple-nation incarné par un chef charismatique et la coalition de ses
ennemis déclarés et souterrains que le chef se propose d'éliminer pour stopper la décadence de la nation » DUPUY
Roger, La politique du peuple. Racines, permanences et ambiguïtés du populisme, Paris, Albin Michel, 2002, p. 182
- « Le propre des leaders et des mouvements populistes est de saisir les critiques que les citoyens adressent à la
classe politique, de les amplifier et, enfin, de les «canaliser», souvent malgré eux, vers des voies institutionnelles
(compétition électorale, plébiscite, etc.). » KOBI Silvia, « Entre pédagogie politique et démagogie populiste », Mots,
juin 1995, N°43. p. 33-50, p.46 - « Discours destiné aux classes populaires et moyennes, opposition proclamée aux
"élites", capacité d'utiliser les moyens modernes de communication, volonté de mobiliser politiquement des citoyens
excédés par le "système". » HALIMI Serge, « Le "populisme", voilà l'ennemi ! », Mots, juin 1998, N°55, p. 115121, p. 117 - « Le populisme peut être sommairement défini comme l'acte de prendre publiquement le parti du
peuple contre les élites, ou encore par le "culte du peuple", avec diverses connotations (souveraineté populaire,
culture populaire, etc.). Sa signification oscille entre l'appel au peuple et le culte du peuple. » TAGUIEFF PierreAndré, Le nouveau national-populisme, Paris, CNRS Éditions, 2012, p.39 - « La présence des éléments de
contestation, ici et là, ne suffit pas à rendre un discours plus populiste qu'un autre. C'est grâce à la qualité et à la
force des interpellations que le discours populiste exprime et incarne l'opposition contre le statu quo et
l'establishment. » DORNA Alexandre, Le Populisme, Paris, PUF, coll. Que sais-je ?, 1999, p.112 - « Le populisme
ressemble à un Janus idéologique moderne. Deux faces opposées le caractérisent. La première, aimable, exprime un
irrépressible besoin de transparence et de protection, l'espoir d'un monde où les désirs légitimes du plus grand
nombre seraient quasi immédiatement satisfaits. (...) Mais le populisme présent également un autre visage,
inquiétant celui-là. Par sa façon de simplifier à outrance la complexité du réel, faisant fi des contradictions (de
classes, d'intérêts, d'opinions) inhérentes à tout groupe humain, il sombre aisément dans une rhétorique
démagogique et tend à déboucher tôt ou tard sur des politiques autoritaires. », DELEESNIJDER Henri, « Le
populisme : essai de définition », in LITS Marc (coord.), Populaire et populisme, Lassay-les-Châteaux, CNRS
Éditions, 2009, pp. 119-120
2 « "Un fascisme à rebours qui récuse, comme ce dernier, l'individualisme libéral et le progrès" : relevant du mauvais
journalisme, on retrouve un peu partout cette définition du populisme destinée à circonscrire le champ du discours
politique acceptable. » HALIMI Serge, « Le "populisme", voilà l'ennemi ! », Mots, juin 1998, N°55, p. 115-121, p.
116 - « Après une vingtaine d'années d'usages et de mésusages, un pli rhétorique a été pris : le mot "populisme",
confiné au camp politique, n'y est plus guère employé que dans un sens péjoratif, et dans des contextes ou avec des
intentions polémiques, de telle sorte qu'il fonctionne comme synonyme soit d'"extrême-droite", soit de
"démagogie". » TAGUIEFF Pierre-André, L'illusion populiste. Essai sur les démagogies de l'âge démocratique,

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