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la catégorie des « usages courants »,

par opposition aux « usages savants », la

distinction entre ces deux catégories se faisant sur la base de la qualité de l'énonciateur
(les « usages savants » étant ceux par des politistes et spécialistes du « populisme », les
« usages courants » tous les autres, par des profanes) et non sur les contenus associés,
les contextes d'utilisation voire les objectifs poursuivis.
La seconde critique majeure consiste cette fois-ci à contester à la notion même sa
légitimité et sa pertinence quels que soient ses contextes d'utilisation et ses types
d'usages, en partant du postulat que le recours à cette notion traduit un mépris ou une
haine envers le peuple, manifestée par la volonté d'associer une qualification forgée sur la
racine même du mot « peuple » à des mouvements, attitudes, discours et propositions
politiques extrémistes et déconsidérés1.
Ainsi, en notant du mot « populisme » qu'il « n'échappe pas aux enjeux discursifs »2,
Alexandre Dorna souligne que les stratégies autour de son emploi peuplent également les
utilisations savantes du termes.
Toutefois, quelle que soit la critique formulée, il ressort un élément commun : les
usages journalistiques de « populisme » et « populiste » n'apparaissent pas de manière
autonome. Soit qu'ils font partie des « usages courants », soit qu'ils sont agglomérés aux
utilisations par « l'élite » incluant notamment universitaires et personnalités politiques,
l'idée qu'il y aurait une spécificité des usages journalistiques est absente. La catégorie des
« usages courants » ne constitue cependant pas un vaste amalgame de conceptions
divergentes, car on est en mesure d'identifier certaines constantes dans l'utilisation de la
Manchecour, Flammarion, 2007, p. 11 - « Dans l’usage courant, celui-ci a perdu de sa spécificité : il est souvent
employé comme un équivalent de démagogique, de poujadiste, parfois de raciste ou même de fasciste – amalgames
qui ne peuvent apporter de grande lumière sur son sens. » CHARAUDEAU Patrick, « Réflexions pour l’analyse du
discours populiste », Mots. Les langages du politique [En ligne], 97 | 2011, mis en ligne le 15 novembre 2013,
consulté le 23 mai 2012. URL : http://mots.revues.org/20534
1 « Si les usages du nom populisme et de l’adjectif populiste sont aujourd’hui presque toujours péjoratifs (...) c’est
qu’ils sont liés à une crainte des masses exprimée d’abord par des individus qui ne souhaitent pas se confondre avec
le peuple. La dénonciation contemporaine des partis, des arguments et des politiciens populistes se présente
généralement comme une défense des valeurs démocratiques contre des tentations plébiscitaires qui la mettraient en
danger. Cette critique du populisme s’appuie au fond sur une représentation élitiste des croyances et des opinions
populaires : critiquer les excès et les erreurs du populisme revient, pour des personnes qui s’arrogent le monopole de
la raison, à assimiler le peuple à la foule décrite par la psychologie du xixe siècle. Le discours négatif dominant sur
le populisme traduit plutôt le déni par les élites de l’égalité des intelligences que présuppose la démocratie et, en ce
sens, leur réaction contre l’idée démocratique elle-même. » JEANPIERRE Laurent, « Les populismes du savoir »,
Critique, 2012/1 n° 776-777, p. 150-164, p. 150-151 - « L'implicite des usages actuels du "populisme"
est l'imposition d'une démocratie réservée aux seuls "initiés" et "capacitaires" : une démocratie sans représentants,
faite par et pour des "experts" » COLLOVALD Annie, Le « populisme du FN », un dangereux contre-sens, Paris,
édition du Croquant, 2004, p. 4 - « Si la mise en avant du "populisme" s'est généralisée parmi les élites, c'est parce
qu'elle permet d'imposer un diagnostic "par le haut", en décrédibilisant le diagnostic "par le bas", celui des classes
populaires. » GUILLUY Christophe, « De quoi la référence au « populisme » est-elle le nom ? », publié sur
www.marianne.net le 14 juin 2013, consulté le 17 juin 2013
2 DORNA Alexandre, Le Populisme, Paris, PUF, coll. Que sais-je ?, 1999, p. 6

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