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qualification de « populiste » de la part des journalistes politiques. L'analyse que fait
Gérard Grunberg dans le numéro 55 de la revue Mots 1 d'une enquête de la Sofres de
1995 sur « le phénomène du populisme dans la société française » a ainsi permit de
souligner un décalage entre les conceptions du « populisme » des sondeurs et des
répondants. Alors que pour établir une « mesure du populisme », l'institut s'est fondé sur
les réponses apportées à un ensemble de questions renvoyant toutes au discours de
Jean-Marie le Pen, ce dernier ne figure pas en tête du classement des personnalités plus
souvent considérées comme pouvant être qualifiées de populistes que le contraire établi
sur la base des réponses à l'enquête. Si Gérard Grunberg identifie et analyse une
divergence de vues entre cadres et ouvriers sur l'appréciation des personnalités jugées
« populistes », il n'aborde que peu le décalage tout aussi manifeste entre les propositions
qui constituent l'échelle de mesure du « populisme » par la Sofres et les personnalités
plus désignées comme telles que le contraire par les répondants.
Or, s'il est délicat d'interpréter ce décalage - l'analyse faite dans l'article des
contradictions des réponses des cadres et des ouvriers met précisément en avant le fait
qu'il ne semble pas exister de conception unifiée du « populisme » chez les répondants -,
il est possible néanmoins d'en déduire l'existence d'une conception particulière du
« populisme » portée par l'institut Sofres. Cette conception conduirait logiquement à
qualifier en 1995 des personnalités telles que Jean-Marie Le Pen, Bernard Tapie et dans
une moindre mesure Jaques Chirac et Arlette Laguillier de « populistes ». Or, telles étaient
précisément les personnalités qualifiées de « populistes » par les journalistes pendant la
première moitié des années 1990. Cette commune désignation des même personnalités
par les sondeurs et les journalistes, outre qu'elle laisse à penser à une convergence de
vue, indique surtout l'existence d'une conception des journalistes en général sur ce qu'est
le « populisme » et sur qui est « populiste » et pourquoi.
De même, le simple fait que soient pointés des divergences d'usage entre les
journalistes et les spécialistes indique qu'une conception unifiée des recours à la notion à
seule fin de déconsidération du peuple est sinon injustifiée, du moins à sérieusement
relativiser.
Pourtant, le rôle des médias dans la diffusion du terme et dans l'inflation de ses
utilisations est largement reconnu. Mais ce rôle semble être conçu comme celui d'un
simple vecteur, comme s'il n'y avait pas eu d'appropriation de la notion par le champs
1 Grunberg Gérard, « La mesure du populisme. Sur quelques questions de méthode », in Mots, juin 1998, N°55. pp.
122-127. doi : 10.3406/mots.1998.2351

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