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Titre: Un enseignant se dit sanctionné pour avoir dénoncé des préjugés islamophobes
Auteur: Par Lucie Delaporte

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Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr

Ces propos, tenus devant son tuteur M. Galloux qui les
a confirmés, n’ont jamais été contestés par l’inspection
(voir la boîte noire de cet article).

Un enseignant se dit sanctionné pour avoir
dénoncé des préjugés islamophobes
PAR LUCIE DELAPORTE
ARTICLE PUBLIÉ LE MARDI 18 NOVEMBRE 2014

Très bien noté par sa hiérarchie pendant des
années, un enseignant contractuel du Mans s’est
vu refuser sa titularisation après avoir dénoncé les
préjugés islamophobes d’une inspectrice. Son dossier
pédagogique, qu’a pu consulter Mediapart, met à mal
la décision rendue par l’inspection de l’éducation.

Kamel Meziti

« Je suis sorti très mal à l’aise », raconte Kamel Meziti
lorsque nous le rencontrons avec sa femme, militante
associative et féministe engagée, qui ne décolère pas :
« Il croyait quoi, que j’étais enfermée ? Que je portais
une burqa ? Qu’est-ce que ça veut dire, demander si
mes enfants sont scolarisés ? »

Et si, ce jour-là, il n’avait rien dit ? Baissé la tête
devant un comportement qui le blesse, qu’il n’a cessé
de combattre mais qu’il connaît au fond si bien…
Aujourd’hui en arrêt maladie, avec une tension de
22, Kamel Meziti rumine. L’histoire de ce professeur
d’anglais de l’académie de Nantes ressemble à celle
d'un homme pris dans un engrenage un peu fou.

Quelques semaines plus tôt, Kamel Meziti a
fait paraître un livre intitulé Dictionnaire de
l’islamophobie qui traite des crispations actuelles
autour de la religion musulmane. La presse locale s’en
est d’ailleurs fait l’écho, interrogeant à propos des
départs de jeunes vers la Syrie et l’Irak celui qu’elle
présente comme un historien des religions. À juste titre
puisque, parallèlement à ses postes, contractuels, de
professeur d'anglais, Kamel Meziti a obtenu une thèse
en histoire des religions.

Tout commence le 16 octobre 2013. Ce jour-là, Kamel
Meziti, qui a réussi le concours réservé du Capes
d’anglais quelques mois plus tôt et se trouve donc
en année de stage avant sa titularisation définitive au
lycée Montesquieu du Mans, reçoit la visite d’une
inspectrice pour une « visite-conseil ». Jusque-là,
rien que de très normal. Sauf que l’entretien qui suit
l’observation de son cours prend une tournure étrange.
Les questions de l’inspectrice sont pour le
moins curieuses. Combien d’enfants a-t-il ? Sontils scolarisés ? Dans quel établissement ? Elle
lui demande également avec insistance ce qu’il
pense de la laïcité. Comme il marque quelque
étonnement devant ce qu’il ressent comme un curieux
interrogatoire, l’inspectrice se justifie en précisant un
peu plus les choses. « Vous savez, Kamel Meziti, il y
en a des choses sur vous, il suffit d’aller sur Internet.
» Avant de conclure, après avoir entendu les réponses
modérées de ce défenseur de la laïcité, par un « Ouf !
me voilà rassurée ». « Il s’agit quand même de vous
titulariser et de vous rendre fonctionnaire »… « Il faut
être vigilant, j’ai déjà viré un professeur pédophile. »

Il est également une figure, bien connue localement,
de la communauté musulmane. Il a d’ailleurs exercé
deux ans comme aumônier musulman dans la Marine
nationale. Un poste pour lequel le ministère de
la défense veille à sélectionner des personnalités
ouvertes et modérées.
Ce jour d’octobre 2013, alors qu'il a toujours combattu
les préjugés racistes ou liés à la religion, voilà qu'il
se retrouve en position d’accusé. Après plusieurs
jours de réflexion, Kamel Meziti décide de demander
à cette inspectrice un entretien pour obtenir des
« éclaircissements » sur son comportement qui l’a
profondément choqué.

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Dans un courriel, que Mediapart a pu consulter, elle
lui répond rapidement qu’il n’y avait rien d’anormal à
parler de la laïcité qui « relève de la compétence 1 que
nous devons évaluer et est un point d’actualité, comme
(elle l'a) précisé ». Elle ne se souvient pas d’avoir
parlé de « prof pédophile ». Cependant, « la confiance
n’étant pas gagnée », elle lui indique qu’un nouvel
inspecteur viendra le voir.

que deux relatives à l’éthique du fonctionnaire et à
la connaissance de la langue française… Autant dire
que c’est un peu court pour enseigner, à quelque
niveau que ce soit. Mais au moins, M. Meziti ne
pourra pas dire qu’il a été discriminé en raison de
ses réflexions sur la laïcité puisque cette compétence
(«Agir en fonctionnaire de l’État et de façon éthique et
responsable», compétence 1) est validée.
« Une administration qui a préféré sortir le
parapluie »
En l’attaquant sur ses compétences pédagogiques,
l’inspection a-t-elle cherché à couvrir le dérapage
d’une de ses inspectrices ? « Il y a peutêtre eu un réflexe corporatiste dans cette affaire,
avec une administration qui a préféré sortir le
parapluie », s'interroge Jean-Marc Guérécheau, le
délégué syndical.

À partir de là, tout se met à dérailler pour Kamel
Meziti. Dans les mois qui suivent, il reçoit trois visites
d’inspecteurs. Au cours de cette année de stage, il
a donc eu quatre entretiens avec trois inspecteurs
différents. « Un record ! », souligne ironiquement
son délégué syndical, Jean-Marc Guérécheau. « C’est
d’autant plus bizarre qu’ils n’arrivent pas à inspecter
tout le monde et que des stagiaires sont régulièrement
titularisés sans avoir vu un seul inspecteur.»

Rapport d'inspection de M. C.

Au vu du dossier complet de cet enseignant
contractuel, difficile en effet de ne pas s’interroger. De
2000 à 2012, les chefs d’établissement qui l’emploient
sont unanimes sur ses qualités d’enseignant et ce
dans des contextes variés et parfois difficiles. Collège,
lycée général, lycée professionnel, établissement
régional d’enseignement adapté… À chaque fois, il
donne entière satisfaction, comme a pu le constater
Mediapart qui a eu accès à l’ensemble de ses rapports
d’évaluation. Tous louent son « engagement », son
« sérieux », son souci « de l’intérêt et des progrès de
ses élèves ».

Mais Kamel Meziti semble être devenu un cas sur
lequel l’inspection de l’éducation nationale a décidé
de se pencher avec la plus grande attention. Alors
qu'il exerçait depuis treize ans en étant toujours très
bien noté par ses tuteurs et chefs d’établissement,
qu'il vient de passer avec succès l’écrit du Capes, il
devient subitement un enseignant très médiocre. Voire
gravement insuffisant.
M. C., le nouvel inspecteur, qui le rencontre à
deux reprises, émet finalement un avis défavorable
à sa titularisation. Sur les dix compétences
professionnelles à maîtriser, il ne lui en reconnaît

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L’année où l’inspection décrète qu’il ne maîtrise pas
les huit compétences sur dix nécessaires pour être
professeur – notant, par exemple, que cet enseignant,
par ailleurs chargé de cours à l’université du Maine et
docteur en histoire, manque « de culture générale » –
son tuteur, enseignant d’anglais expérimenté, a quant à
lui validé 9 compétences sur 10, précisant qu’il devait
améliorer l’organisation de ses cours (compétence 4).
Son chef d’établissement, le proviseur M. Gateau,
salue, lui, un « professeur sérieux, qui a la volonté de
parfaire ses méthodes de travail et qui tient compte des
conseils prodigués ».

Avis du tuteur :

Avis du chef d'établissement :

Contrairement aux inspecteurs de l’éducation
nationale, ceux qui le voient travailler au quotidien
émettent donc le même avis favorable à sa
titularisation.
Las, fin juin, l’inspection lui indique qu’il n’est pas
titularisé mais – tout n’est pas perdu – admis à
redoubler.
Ironie d’une administration qui vient de le juger
incapable d’évaluer les élèves (compétence 7, jugée
« insuffisante » par l’inspection), l’éducation nationale
n’hésitera pas à le convoquer quelques semaines plus
tard pour corriger les épreuves du bac, tâche dont il
s’acquitte depuis des années.

rapport du tuteur pour l'année 2013-2014

Malgré ses sollicitations, Kamel Meziti ne pourra
jamais obtenir d’explications auprès de l’inspection
sur ce fameux jour d’octobre 2013. Contacté, le
rectorat nous a tout d'abord indiqué ne pas s’exprimer
sur des dossiers individuels. Toutefois, en raison peutêtre de l’intérêt médiatique et associatif suscité par
son cas – le MRAP et le Conseil français du culte
musulman (CFCM) ont tous deux fait des démarches
auprès du ministère de l'éducation nationale –, le
rectorat lui a enfin proposé un rendez-vous, le 13
novembre dernier. Rendez-vous purement formel
puisque le recours hiérarchique qu’il avait adressé au
recteur avait de toute façon déjà été rejeté.

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Oralement, les responsables du rectorat ont
simplement admis que des « maladresses » avaient
pu être commises, mais rejettent tout lien entre le
fait qu’il ait dénoncé des préjugés inacceptables et sa
non-titularisation. On lui a également fait comprendre
qu’agiter la presse n’était pas le meilleur moyen
d’apaiser les choses…

en est persuadé, ce combat n’est pas que le sien.
Pour un comme lui qui a osé dénoncer des préjugés
inacceptables, beaucoup peut-être les ont subis sans
rien dire.
Boite noire
Le rectorat nous a répondu par courriel qu'il ne
s'exprimerait pas sur les dossiers individuels. Les deux
inspecteurs cités dans l'article, contactés par courrier
électronique, ne nous ont pas répondu.

[[lire_aussi]]
Rue de Grenelle, l’affaire semble susciter plus
d’embarras. L’entourage de la ministre Najat VallaudBelkacem indique ainsi « regarder cette situation
de très près », tout en précisant, lorsqu’on pose la
question d’une possible discrimination, que « pour
l’instant, l’enchaînement des faits ne révèle pas cela ».
Confronté aux contradictions de l’inspection qui rend
des avis favorables pendant treize ans sur ce professeur
et le trouve soudain incapable d’enseigner, le cabinet
de la ministre affirme ainsi qu’il est normal d’être
« plus exigeant pour une titularisation » que pour un
enseignant contractuel.

Au cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, le cas, comme
indiqué dans l'article, est suivi de près. Sans doute
plus parce que Kamel Meziti a commencé à alerter
la presse que parce que l'intéressé connaît Bertrand
Gaume, l'actuel directeur de cabinet de la ministre de
l'éducation nationale, qui a dirigé le bureau des cultes
au ministère de l'intérieur.
Les propos tenus lors de l'inspection de Mme R. ont été
retranscrits dans cet article car ils ont été confirmés par
le tuteur présent ce jour-là. L'inspectrice ne les a par
ailleurs jamais contestés, hormis la référence à un «
prof pédophile », comme elle l'indique dans un mail
que nous avons pu consulter.

Bien que physiquement et moralement très affaibli,
Kamel Meziti est aujourd’hui bien décidé à ne
pas céder devant ce qu’il considère comme des
intimidations de l’institution. Il a d’ores et déjà saisi
le défenseur des droits et va porter l’affaire devant
le tribunal administratif. Pour faire reconnaître son
préjudice personnel, mais aussi et surtout parce qu’il

Suite à une conférence de presse, les accusations
portées par M. Meziti ont été relayées par divers
organes de presse : la quotidien algérien El Watan, un
blog du Point ou encore le site Bella Ciao.

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