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Linguistique française
Sandrine Zufferey

Séminaire 6
Corrigé

UNE BRÈVE HISTOIRE DE LA LINGUISTIQUE :
DE SAUSSURE À CHOMSKY
1. SAUSSURE ET LES FONDEMENTS DE LA LINGUISTIQUE STRUCTURALE
1.1. Quel doit être l’objet d’étude de la linguistique selon Ferdinand de Saussure ?
La grande innovation de Ferdinand de Saussure par rapport aux linguistes de son époque a
été de séparer l’objet d’étude de la linguistique de sa matière. En effet, cette dernière inclut
toute forme de langage sans aucune distinction, ce qui la rend impossible à étudier dans son
ensemble. En revanche, l’objet de la linguistique se limite à un sous-ensemble de la matière. Il
constitue un tout structuré qui résulte de décisions prises par le linguiste, notamment en
fonction de l’aspect de la matière que ce dernier souhaite étudier. L’objet ainsi défini doit
permettre de classifier la matière afin de mieux la comprendre.
En ses propres termes : « celui qui se place devant l’objet complexe qu’est le langage pour en
faire son étude abordera nécessairement cet objet par tel ou tel côté, qui ne sera jamais tout
le langage […]. Or, il y a ceci de primordial et d’inhérent à la nature du langage que, par
quelque côté qu’on essaie de l’attaquer – (justifiable ou non) –, on ne pourra jamais y
découvrir d’individus, c'est-à-dire d’êtres (ou de quantités) déterminés en eux-mêmes sur
lesquels s’opère ensuite une généralisation. Mais il y a d’abord la généralisation, et il n’y a
rien en dehors d’elle : or, comme la généralisation suppose un point de vue qui sert de critère,
les premières et les plus irréductibles entités dont peut s’occuper le linguiste sont déjà le
produit d’une opération latente de l’esprit.1 »
Par ailleurs, Saussure a fait quelques distinctions importantes pour définir l’objet d’étude de
la linguistique. Tout d’abord celle entre langue et parole. Selon lui, la langue est « à la fois un
produit social de la faculté de langage et un ensemble de conventions nécessaires ». En
d’autres termes, la langue est un code commun partagé par l’ensemble des membres d’une
communauté linguistique mais qui n’est représentée dans sa totalité chez aucun d’entre eux.
En revanche, la parole comprend les manifestions uniques et imprévisibles du langage qui
sont propres à un locuteur. Saussure a ainsi posé le primat de la langue sur la parole, seul
objet d’étude possible pour le linguiste.
Il a également distingué l’étude de l’évolution du langage dans le temps (diachronique) à
celle de l’état du langage tel qu’il est partagé par l’ensemble des locuteurs à un moment
donné (synchronique). Il privilégie l’étude synchronique du langage, c’est-à-dire à un moment
donné dans le temps (qui n’est pas nécessairement l’époque actuelle).
Enfin, il a distingué la linguistique interne et la linguistique externe. Selon Saussure, l’étude
de la langue doit être interne, c’est-à-dire limitée à ce qui est inhérent au système, comme
par exemple les différents sons qui composent une langue ou la manière dont ils se
combinent pour former des mots. L’étude de la linguistique selon Saussure n’inclut donc pas
la mise en rapport du système de la langue avec des faits qui lui sont extérieurs (externes),
comme sa relation avec l’histoire, la politique ou la société.

1

De Saussure F. (2002), Écrits de linguistique générale. Paris, Gallimard, pp. 22-23.
1