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La Presse de Tunisie ­ une­majorite­restreinte­au­gouvernement­reinstallera­la­bipolarisation  | 93659 | 02012015

Interview — Aziz Krichen, ancien conseiller de Moncef Marzouki

«Une majorité restreinte au gouvernement
réinstallera la bipolarisation »

   Propos recueillis par Olfa Belhassine
Ancien prisonnier d’opinion sous Bourguiba, intellectuel, passionné de politique depuis son
plus jeune âge, Aziz Krichen a assuré les fonctions de ministre­conseiller du président sortant
pendant deux ans. Le contrat fut rompu entre les deux hommes lorsque Moncef Marzouki
commence, selon A. Krichen, à « diriger le pays en le divisant depuis ses déclarations du Qatar
en mars 2013 contre l’opposition ». L’ex­proche collaborateur du maître de Carthage commente
dans cet entretien l’actualité politique tunisienne, tout en retournant sur ses années aux côtés
de Marzouki.
Ce qu’on appelle aujourd’hui « l’archive­gate », à savoir la tentative de Sihem Ben Sedrine, la
présidente de l’Instance vérité et dignité, de déménager les archives du palais vers le siège de
l’Instance, continue à défrayer la chronique. Alors que vous étiez conseiller de l’ex­président
Mohamed Moncef Marzouki, ce dernier a publié le « Livre noir », en puisant dans les archives
du palais de Carthage. Vous aviez déclaré alors ne pas avoir été informé de cette initiative.
N’est­ce pas étonnant notamment lorsqu’on se rappelle votre proximité avec MMM ?
Contrairement à beaucoup de Tunisiens qui ont découvert la politique en 2011, moi je m’y suis
engagé depuis 1966. Je suis un vétéran dans ce domaine, même si le grand public m’a
découvert uniquement auprès de Marzouki. Si j’ai été appelé à Carthage à la fin de l’année
2011, ce n’est pas, comme dit la rumeur, grâce à une vieille amitié avec Marzouki, mais plutôt
grâce à mon cursus. Pourtant, je n’ai jamais gardé ma langue dans ma poche. « Le livre noir » a
été publié alors que je me trouvais à l’étranger. Je n’étais réellement pas au courant de ce
projet, je l’ai dit d’ailleurs à la suite de sa parution. J’ai dit aussi que c’était là une erreur
politique grave. 
Pourquoi à votre avis Sihem Ben Sedrine a­t­elle choisi ce timing précis pour déménager les
archives ?
La dernière affaire des archives a décrédibilisé certes l’IVD. Le scandale qu’elle a provoqué
entache encore plus profondément Moncef Marzouki qui, depuis une année, ne se comporte
pas en chef d’Etat mais en chef de clan. Car Sihem Ben Sedrine n’est pas venue au palais, à la
veille de la passation des pouvoirs, de son propre chef. Rien dans le texte de la loi sur la justice
transitionnelle ne l’autorise à récupérer chez elle les archives de la présidence de la
République, ni de les déménager. Cette affaire représente une autre bêtise d’un homme qui
n’accepte pas les règles de l’alternance. 
Lorsque vous fréquentiez le palais de Carthage, avez­vous eu l’occasion de visiter l’endroit où
sont stockées ces archives ? Dans quel état se trouvent­elles ?
Selon la loi, ces archives auraient dû partir depuis quatre ans vers les Archives nationales. Je
sais deux choses sur celles du palais présidentiel. Primo : elles ont été dévastées au lendemain
du 14 janvier. Je ne sais ni par qui ni pourquoi. C’est là d’ailleurs un des trous noirs de la
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révolution. Secundo, et je l’ai vu de mes propres yeux, Ben Ali a relégué beaucoup d’objets qui
appartenaient à Bourguiba dans une partie du palais : des vêtements, des lettres, des livres
dédicacés, des photos, mais également des documents sur le mouvement national et d’autres à
caractère officiel. Tous ces documents étaient éparpillés par terre. Au début de l’année 2012,
une cellule a été mise en place pour réorganiser les archives de Carthage. La personne
chargée de cette mission m’a un jour ramené un dossier qui me concernait. Il s’agissait d’un
rapport sur ma demande d’autorisation pour créer un parti politique au début des années 90. Au
feutre vert habituel de Ben Ali, l’ex­président annotait fermement de me refuser toute requête de
ce genre. C’était amusant pour moi de lire ce document. Je me rappelle que dans une réunion
avec Marzouki, décision avait été prise pour que jamais les archives de la présidence ne soient
utilisées à des fins politiques. Mais il y a eu le «Livre noir». La décision a été trahie…Pour
certains hommes politiques, l’Etat n’est pas un objet sacré. Ils ne voient pas qu’au­dessus de
leurs propres intérêts il y a l’Etat et qu’ils ne sont pas payés pour le trahir !
On remarque que vos critiques envers MMM se sont beaucoup durcies depuis la première
interview que vous avez donnée à Telvza TV en avril 2014 à la suite de votre démission. Que
s’est­il passé entre­temps ?
Non, je ne suis pas dans la rancune, au contraire j’éprouve de la compassion pour cet homme.
Entre Marzouki et moi, il n’y a jamais eu d’histoire d’amour déçue. Mais j’estime que par son
obsession du pouvoir, il fait beaucoup de tort à lui­même et à sa famille.
Depuis l’accès de Marzouki à la présidence, on a beaucoup parlé de sa supposée « instabilité
psychologique ». Vous qui l’avez connu de près, que pouvez­vous dire à ce sujet ?
Nous avons vécu sous une dictature pendant plus de cinquante ans, où la majorité des gens
avait peur de parler. Après la révolution, il y a eu un déferlement de la parole. Certains ont
commencé à dire n’importe quoi, à exprimer des fantasmes. On a beaucoup parlé de
« l’alcoolisme » de Marzouki  au lieu d’évoquer les problèmes politiques réels, d’interroger ses
programmes et ses actions. Il fallait le juger en fonction de ses actes. Par exemple, le pays a
traversé pendant l’été 2013 une crise politique grave. Il y avait un risque que les choses
deviennent incontrôlables. Qu’a fait Marzouki à ce moment­là ? Au lieu de soutenir le projet du
Dialogue national initié par le Quartet, on a assisté à des tentatives répétées de la part du
président de saboter ce dialogue par l’entremise de son parti, le CPR.
Mais n’est­ce pas normal que les citoyens se préoccupent de la santé mentale d’un homme qui
se trouve au sommet de l’Etat. Il me semble que les gens qui ont des ambitions de pouvoir ne
sont pas « normaux » dans la plupart des cas. Il faut être doté d’un niveau de narcissisme
poussé à l’extrême pour vouloir devenir président de la République !
Le 23 décembre dernier, le président sortant annonçait la création de Mouvement du peuple
citoyen (Harak chaâb al mouwatinin). De quoi ce mouvement peut­il être le nom ?
La charge identitaire a marqué la campagne de Marzouki. Dans la mesure où la direction
d’Ennahdha était en difficulté au moment de l’élection présidentielle, il est parvenu à mobiliser à
son profit des franges de son électorat en adoptant son discours. Et voilà qu’il essaye avec le
harak de récupérer pour lui les bases militantes d’Ennahdha. Son initiative le met directement
en conflit avec la direction du parti islamiste. Elle est d’autant plus malheureuse qu’il pense faire
de cette base autre chose qu’elle ne l’est. On ne crée pas un mouvement politique en essayant
de voler aux autres leurs militants mais en construisant une identité politique et culturelle propre
à soi. C’est d’ailleurs là le vrai problème de son parti, le CPR, qui n’a pas de base culturelle
spécifique. Entre l’idéologie droit­de­l’hommiste et les références à l’identité arabo­musulmane,
les dirigeants du CPR n’ont pas réussi à sortir avec une synthèse. D’où leur incapacité d’avoir
une position unifiée devant les évènements et ensuite l’explosion du parti au bout de trois ans
en quatre formations politiques différentes. Avec un suivisme flagrant vis­à­vis d’Ennahdha.
Certes, de temps en temps perçait au niveau du CPR une attitude critique envers les islamistes,
non pas lorsque ceux­ci s’éloignaient de la démocratie mais au contraire lorsqu’ils s’en
rapprochaient comme au moment du Dialogue national.
Vous écriviez dans un article paru le 19 décembre sur Leaders deux jours avant le second tour
de la présidentielle : « Je demande que l’on vote massivement en faveur de Caïd Essebsi.
J’ajouterai qu’il est souhaitable qu’il devance nettement Moncef Marzouki ». Pourquoi cette
prise de position plus que favorable envers l’adversaire de Marzouki ?
Il y a une idée basique qui a dicté mon choix : un chef d’Etat doit être un facteur de
rassemblement. C’est un principe général dans une étape transitoire, qui devient vital
notamment lorsque le tissu culturel et économique du pays est marqué par la fragilité et la
précarité. Ce qui est le cas de la Tunisie. En politique, on choisit entre les scénarios existants.
J’étais convaincu que Marzouki ne pouvait pas rassembler puisque j’ai expérimenté l’homme et
son action. Depuis ses fameuses déclarations du Qatar en mars 2013 contre l’opposition, il n’a
fait que raviver les clivages parmi la population. Et on ne peut pas diriger le pays en le divisant !
La seconde raison a trait à la sécurité de notre pays. Nous sommes en guerre contre le
terrorisme, un phénomène lié à des réseaux criminels et mafieux. Un candidat qui construit sa
stratégie de campagne sur un flirt avec les salafistes n’est pas apte à mon avis à conduire le
pays. Cela ne veut pas dire que BCE soit capable de régler tous les problèmes. Mais à ce
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moment précis où il a fallu faire un choix entre deux candidats, j’ai estimé qu’il était dangereux
d’opter pour le président sortant.
Comment voyez­vous la forme que prendra le nouveau gouvernement de cette nouvelle étape:
union nationale, technocrates, nidaiste ou…troïka de nouveau entre Nida, Afek et l’UPL ?
A mon avis, nous devons faire face aujourd’hui à de gros défis sécuritaires, économiques et
sociaux. Si on avait à les affronter dans un contexte de division, cela rendrait la tâche des
gouvernants plus compliquée. De plus, les périodes de transition politiques ne se gèrent jamais
avec une majorité de 51%. Il faut trouver des compromis, le moyen de rassembler le maximum
de formations politiques et sociales pour aboutir à une majorité extrêmement confortable. Il
faudrait en même temps que ce soit un gouvernement ramassé pour qu’il fonctionne d’une
manière efficace. Le chef de gouvernement doit avoir une réelle autorité pour pouvoir s’attaquer
aux problèmes du pays. Si on va opter pour une majorité restreinte, on réinstallera la
bipolarisation. On aura à subir alors des années de crise rappelant celles que nous avons
vécues sous la Troïka, en sachant que les difficultés sécuritaires, économiques et de disparités
régionales  se sont aggravées entre­temps.
Les pourparlers se poursuivent à propos du profil et de l’identité du chef de gouvernement. Mais
pourquoi semble­t­il si compliqué pour Nida de choisir un nom pour ce poste clé de la IIe
République ?
A cause de deux choses. Tout d’abord, nous disposons d’un système constitutionnel
profondément contradictoire. C’est un système parlementaire, où les principales prérogatives
sont concentrées au niveau de l’Assemblée nationale et du chef de gouvernement, qui détient,
lui, l’essentiel du pouvoir exécutif. De l’autre côté, le chef de l’Etat, qui a des attributions
moindres, dispose toutefois d’une légitimité très forte qu’apporte le suffrage universel. Au même
moment, nous avons besoin aujourd’hui d’un chef de gouvernement qui soit fort. BCE
l’acceptera­t­il ? Trouver un équilibre entre ces deux personnages au sommet de l’Etat semble
compliqué. Ensuite, si on ne prend pas le temps de se concerter avec les autres formations
politiques et sociales quant au choix de l’identité du chef de gouvernement et de toute son
équipe, on peut aboutir à un blocage. Prendre le temps ici n’est pas une mauvaise chose,
notamment si l’on sait que cela permettra de donner un élan à l’action politique et à faire
avancer la machine. Si on tient à vivre dans un système démocratique, il faut accepter les
lenteurs. Car seuls les dictateurs vont vite, puisqu’ils n’ont pas avec qui négocier !
Ajouté le : 02­01­2015

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