Rapport Jacques Attali la francophonie conomique.pdf


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SYNTHÈSE

Le potentiel économique de la francophonie est énorme et insuffisamment exploité par
la France.
L’effacement progressif des frontières nationales impose d’autres critères
d’appartenance identitaire : la langue et la culture constituent la nouvelle géographie.
L’espace géolinguistique économique de la francophonie va au-delà des frontières
institutionnelles de la francophonie et recouvre les cinq continents. Il inclut les pays
francophones non membres de l’OIF (Algérie) ; les pays où une proportion de la population
parle le français (Israël) ; les pays dits ici « francophiles » qui ont un intérêt économique à
apprendre le français (Nigeria1). Il inclut les diasporas francophones, les réseaux d’anciens
élèves de l’enseignement français. A cela s’ajoutent les 50 millions d’apprenants du français
comme langue étrangère à travers le monde, ainsi qu’une élite de plusieurs milliers
d’« influenceurs francophilophones » (cf. annexe 3) qui occupent des postes économiques,
culturels et politiques stratégiques dans des pays non francophones. La francophilophonie
regroupe donc les pays francophones, les pays francophiles et les francophones et
francophiles du reste du monde.
La francophonie est le 6ème espace géopolitique par sa population et peut devenir le 4ème à
horizon 2050. 230 millions de gens parlent français aujourd’hui.
Au total, l’ensemble des pays francophones et francophiles représente 16 % du PIB
mondial, avec un taux de croissance moyen de 7 %, et près de 14 % des réserves
mondiales de ressources minières et énergétiques, alors que les francophones ne
représentent encore que 4 % de la population mondiale.
Deux pays partageant des liens linguistiques tendent à échanger environ 65 % plus
que s’ils n’en avaient pas. Les échanges commerciaux induits par le partage du français
entre une trentaine de pays francophones sont à l’origine de 6 % de la richesse par
habitant en moyenne pour ces pays et de 0,2 point de taux d’emploi 2.
Trois évolutions pourraient accélérer la croissance économique des pays
francophones d’ici à 2050 : le nombre de francophones pourrait atteindre 770 millions ; le
besoin en infrastructures pourrait porter la croissance des pays francophilophones ; le
développement des nouvelles technologies pourrait accélérer leur développement (paiement
mobile, e-santé, big data, etc.).
Cependant, faute d’un effort majeur, on pourrait assister en effet à un recul de l’espace
francophilophone : le nombre de francophones pourrait décroître, sous la pression de la
concurrence des autres grandes langues internationales, des langues locales, et face aux
difficultés de certains pays francophones du Sud à assurer l’accès à l’éducation de leurs
populations en situation d’explosion démographique. Le nombre de francophones en 2050
pourrait alors être inférieur à celui d’aujourd’hui, au lieu de croître jusqu’à 770
millions.

Géant anglophone de l’Afrique, tant par sa population (177 millions d’habitants, soit plus de la moitié
de celle de toute l’Afrique occidentale), que par son poids économique, le Nigéria a un intérêt
stratégique à développer l’apprentissage du français, afin de renforcer son autorité sur une sousrégion majoritairement francophone.
2 En France, l’appartenance à cet espace francophone a engendré un gain de 710 euros par habitant en
2006 et une réduction de 28 600 du nombre de chômeurs.
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