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L’autorité de Jésus racontée aux enfants
29 janvier 2015 N° 3622
Le cahier spirituel à détacher

Les essentiels

BRUNO ROTIVAL

« Je suis
un regardant
perpétuel »
LA VIE

31 JANVIER 2013

43

TRANSMISSION

Bruno Rotival
Son appareil en bandoulière, le photographe arpente
depuis près de 40 ans monastères et abbayes. Immergé
dans ces lieux habités, il témoigne, par ses clichés, d’une
vie menée avec simplicité, dans le monde, hors du temps.

J’aurais aimé être frère Thomas
à La Trappe, f rère Théophane à Latroun,

en Israël, frère Raoul à la Chartreuse de
Portes, frère Simon à Aiguebelle, frère
Didier à Tamié. J’aurais aimé être un
mélange de toutes ces rencontres.
Je me souviens parfaitement de ce jour
où pour la première fois j’ai eu un moine
au téléphone. Il s’agissait du prieur général de la Grande Chartreuse. À l’époque,
je voulais faire des photos pour un ouvrage
sur la région de la Chartreuse. De facto,
voir de l’intérieur le mythique monastère,
fermé au public, m’intéressait. Arrivé à
mon rendez-vous le lendemain, j’ignorais
si je devais l’appeler mon père, mon
frère… Je n’y connaissais rien, à cela près
que mon saint patron était à l’origine de
cet endroit. Lors de cette journée, j’ai pu
découvrir des hommes dont la vie en
retrait m’était totalement éloignée. Mais
rien de plus. C’est très longtemps après
que j’ai pris la mesure de cette première
rencontre avec le monde monastique…
qui allait changer ma vie, tant sur le plan
photographique que spirituel.

C’est à Madagascar que j’ai fait
mes premiers clichés. J’avais 20 ans et

une furieuse envie de découvrir le monde.
Cette année de coopération fut fabuleuse.
Rentré en France, à Lyon, j’ai commencé
à travailler à la Fnac. En parallèle, je pratiquais toujours la photographie, notamment dans le monde du théâtre.
Puis il y a eu cette autre journée
incroyable, où un cistercien de l’abbaye
de Sept-Fons, venu à la Fnac pour acheter
un agrandisseur, est tombé en arrêt
devant mes photos de chartreux, qui
étaient exposées. Je l’ai trouvé là, en habit,
recopiant dans son petit carnet un texte
sur la contemplation que j’avais écrit pour
accompagner les photos. Son invitation

à Sept-Fons a marqué la fin de mes photographies de spectacles et le début d’un
travail exclusivement tourné vers la vie
monastique. Tamié, Notre-Dame des
Neiges, Boscodon... toutes les portes se
sont ouvertes à moi, en France et à l’étranger, me dévoilant un monde qui me fascinait autant qu’il m’apaisait.

Une année complète. C
’est à peu près
le temps que j’ai passé dans les monastères
et abbayes en près de 40 ans. Soixantequinze lieux au compteur. Chartreux,
bénédictins, cisterciens, clarisses, carmélites, carmes… tous marqués par la
spiritualité contemplative. Pourquoi ce
choix ? Ces moines et moniales sont installés dans la durée. Ils ne sortent pas, ou
peu. En tant que photographe il m’est dès
lors plus facile de m’imprégner de leur
univers. Mais aussi, et surtout, être à leur
contact me procure un bien-être que je
n’ai éprouvé nulle par ailleurs.
Dès le départ, mon travail photographique et ma vie spirituelle se sont entremêlés. Lors de mes courts séjours chez
les moines ou les moniales, je ne peux
pas ne pas partager les offices. Ces temps
de communion auprès d’eux me
reconnectent avec Dieu. À l’abbaye de SeptFons, quand, plongé dans la pénombre du
soir, j’écoute un Salve Regina face à la
Vierge éclairée, je suis comme transporté,
relié à un essentiel. Plus de barrières, plus
d’écran, mais un face-à-face avec l’au-delà.
J’ai besoin de prier dans ces lieux chargés
d’histoire, réceptacles d’hommes et de
femmes de Dieu, témoins d’une prière
ardente et quotidienne depuis des siècles.
Besoin de ce silence habité, synonyme
d’absence de bruit inutile. Besoin de ces
repas en communauté, où même le tintement des couverts ne peut briser la quiétude intérieure.

LA VIE
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44

Les étapes
de sa vie

Avant cette découverte de la vie
monastique, j’étais un piètre croyant,

1951 Naissance à Lyon.
1979 Premières photos
de chartreux.
1982 Rencontre avec
le père abbé de Sept-Fons.
1990 Recueil de
photographies le Temps
du silence (Brepols).
Prix du conseil général
du Rhône.
1992 Publication de
Qui cherchait Théophane ?
(Parole et Silence).
Trente photos illustrant
un texte original
du père Samuel, prieur
de l’abbaye de Sept-Fons.
2005 Publication de la
trilogie le Temps des moines
(La Tentation du silence).
2009 Chemins de silence.
Regards sur
la vie monastique
(Parole et Silence).
2012 Sages paroles
du désert (Tarma).

n’hésitant pas à suivre un match de foot
plutôt que d’aller à la messe. Je n’en ressens aucune honte, c’est comme ça. J’ai
reçu une éducation religieuse, mais le
sujet de la foi n’était jamais abordé avec
mes parents. Malgré un manque d’assiduité dans la pratique, les rares messes
auxquelles j’assistais me menaient dans
un autre monde, doux et agréable. J’ai
toujours eu besoin de prier à mon rythme
et, encore aujourd’hui, d’aller à des offices
et à des horaires qui sont les miens, préférant le monde monacal à celui des
paroisses. Depuis la photographie monastique, je dirais que je n’ai pas vécu de
conversion fulgurante, mais expérimenté
un passage spirituel. Mon travail m’a
­rapproché de Dieu, c’est indéniable.
Aujourd’hui, j’ai des conversations intérieures avec Lui, dans mon jardin, souvent, et en étroite communion avec les
monastères, que je porte dans mon cœur.
En découvrant la vie cartusienne, il
m’était apparu évident que si je devais
un jour être appelé, je serais chartreux.
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N

TRANSMISSION
« JE SUIS UN REGARDANT PERPÉTUEL »

Il ne pouvait pas en être autrement. La
question de la vocation m’a effleuré
l’esprit il y a longtemps. Mais je me suis
rendu compte que cette envie relèverait
plus d’un refus du monde que d’un réel
appel. Voilà le paradoxe : je suis un solitaire forcené ressentant le besoin de vivre
avec le monde. Au bout de quelques jours
surgit toujours le moment où je dois
quitter le monastère. Ma place n’est plus
là. Je ne suis pas moine.

Un chartreux a dit un jour q
ue la

contemplation était l’émotion ressentie
face à quelque chose de plus beau que soi.
Le parallèle avec ma photographie me
paraît très clair. Je ne veux pas faire de

« Mes photos ne font
qu’immortaliser quelque
chose qui existe et
me dépasse totalement. »
l’esthétisme, mais simplement montrer
les choses, elles-mêmes porteuses de simplicité. Lorsque je photographie un moine
en prière, je ne fais que capter sa prière,
sans mise en scène. Je ne recherche rien,
ce sont les photos qui s’offrent à moi. Quelle
part de l’habit du moine ou de la moniale
participe au caractère spirituel de ma
photographie ? Je l’ignore. Mais sa vraie
valeur réside dans son sujet. J’ai dans mon
portefeuille le cliché d’un frère en train
de faire des yaourts. Son visage est habité.
Qu’est-ce qui me différencie de lui ? Sa
tâche, aussi anodine soit-elle, est accomplie dans les bras de Dieu.
Mes photos ne font qu’immortaliser
quelque chose qui existe et me dépasse
totalement. D’ailleurs, j’ai été dépassé par
tout ce que j’ai pu vivre. Dans mon itinéraire, je ne vois que des cadeaux. Je n’étais

pas destiné à être photographe, mais
chimiste dans un laboratoire. J’aurais été
très malheureux. Si je n’avais pas fait ces
premières photos sur la vie monastique,
je n’aurais sans doute pas consacré ma vie
à ce métier. Tout est venu à moi. Et c’est
extraordinaire. Je pense que tout le monde
pourrait faire mes photos, mais que beaucoup trouveraient cela irrespirable au bout
d’une heure. Moi, je ne m’en lasse pas.

À chaque séjour, c’est comme si
je retrouvais une grande famille
d
ans laquelle j’avais une place, mes

repères, mes souvenirs. Ces 40 années
passées dans les monastères m’ont fait
pénétrer les coulisses de ces femmes et
hommes de Dieu, êtres de chair et
de sang, non moins humains que
les autres. J’en ai vu évoluer, changer, vieillir. J’ai tissé de grandes
amitiés, perdu des êtres chers.
Conversé avec certains, prié avec
d’autres. J’aime ces ­premières
journées, retrouvailles faisant suite à un
court ou long temps d’absence. À l’abbaye
de Sept-Fons notamment, que j’affectionne particulièrement. Procession
dans le chœur, petit signe de tête.
Esquisse d’un sourire, échanges de
regards complices. Litanie des saints…
« Bruno », puis « Théophane », « Lucie »…
mes deux enfants. Je sais qu’ils ne sont
pas énoncés par hasard. Les moines
savent que je suis là. Montée de larmes.
Émotion spirituelle.
Un familier des contemplatifs. Voilà
ce que je suis devenu. Chez les chartreux,
on nomme «  regardants  » ceux qui
viennent séjourner chez les moines, en
vue d’une potentielle vocation. Moi, je
suis un regardant perpétuel.



INTERVIEW ANNE-LAURE FILHOL
PHOTOS ALBERT FACELLY POUR LA VIE

Chemins de silence

profondeur et délicatesse, Bruno Rotival nous transL Avec
porte dans le monde monastique, de la sphère communau-

taire à la sphère solitaire, cheminant du cloître à la cellule, parcourant coulisses et recoins de ces havres spirituels.
150 photographies en noir et blanc, magnifiquement légendées,
à la lisière du temporel et de l’éternel (voir notre sélection page 48).
Chemins de silence. Regards sur la vie monastique,
photographies Bruno Rotival, textes de Catherine Thivent,
Parole et Silence, 19 €.

LA VIE
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MES CONSEILS POUR

s’imprégner de la
spiritualité cartusienne
1 

PASSEZ UNE JOURNÉE AUTOUR
DE LA GRANDE CHARTREUSE
Même si le monastère est fermé au public,
vous pouvez vous imprégner de ses alentours. Partez tôt le matin, garez votre
voiture en bas du chemin, puis empruntez-le sur 3 km jusqu’au monastère. Faites
le tour de la clôture, regardez ses toits
d’ardoise, écoutez les cloches sonner,
imaginez les 30 moines vivant dans cet
espace clos, priant jour et nuit pour le
monde. Les savoir là, tout près, a un côté
magique et envoûtant.
Le monastère ouvre ses portes une fois
par an, à la Saint-Bruno, le 6 octobre. Les
visiteurs sont invités à se retrouver pour
la messe dans une petite chapelle. Vous
pouvez aussi aller au musée de la Grande
Chartreuse, mais je vous conseille de le
faire en toute fin de visite, après vous être
plongé dans la profondeur des lieux en
pleine nature.

2 

FAITES UNE RETRAITE
CARTUSIENNE
Les Chartreux n’acceptent pas de retraitants, mais la chartreuse de Sélignac, à
Simandre-sur-Suran, dans l’Ain, a été

t­ ransformée pour permettre à toute personne de vivre la spiritualité des fils de
saint Bruno. Le temps de la retraite est
de huit jours minimum (pour plus d’informations : selignac.chartreux.org ou téléphonez au 04 74 51 79 20.)

3 

N’HÉSITEZ PAS
À VOUS DOCUMENTER
De nombreux ouvrages ont été consacrés
à la vie de saint Bruno, ou plus largement
à la spiritualité cartusienne, toute dirigée
vers le silence et la contemplation. Parmi
les spécialistes, Nathalie Nabert, fondatrice du Centre de recherche et d’études
de spiritualité cartusienne (Cresc) qui a
notamment publié : les Larmes, la nourriture, le silence (Beauchesne) ainsi que
les Moniales chartreuses (Ad Solem), où
elle retrace l’histoire de la branche féminine des Chartreux, illustré par certaines
de mes photographies.
Regardez le Grand Silence, de Philip
­Gröning. Durant six mois, le réalisateur
a arpenté couloirs et ermitages de la
Grande Chartreuse. En résulte un
­documentaire proche de la méditation
silencieuse sur la vie monacale.



LA VIE
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TRANSMISSION

Un regard
sur le monde
monastique

De ses séjours dans le monde monacal,
le photographe a tiré un livre : Chemins de silence,
avec des textes de Catherine Thivent.
Rencontre avec les fils de saint Bruno.

Je contemple de loin
le monastère où je vis.
J’ai besoin de faire une pause
dans ma vie.
J’ai choisi une certaine forme
de liberté.
Toi seul Seigneur connaît
le fond de ma pensée.

Présences
M’accompagnent
Écriture
Me nourrit
Univers de vie
Me fortifie
Aux aléas de la vie.

À VOIR
Le site internet de Bruno Rotival
bruno.rotival.pagesperso-orange.fr

Le long corridor de pierre invite à des pas lents, mesurés,
La lumière fuse doucement par les fenêtres ouvertes,
Les arcades solides sont comme des bornes qui rythment l’espace
Éclairant le chemin.
Où me portent mes pas ?

LA VIE
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48

LA VIE
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LIRE LA BIBLE SIMPLEMENT

Porte-parole de Dieu18, 15-20
Deutéronome

Au milieu de vous

Le Deutéronome légifère au cœur
d’Israël conçu comme un peuple
de frères (« vous ») ou comme
une personne collective (« tu »).
Notre passage appartient à ce qu’on
nomme le « code deutéronomique »
(chapitres 12 à 26), le noyau central
du livre, dans une partie
où l’on évoque rois, prêtres, juges
et prophètes (16 à 18).

Un prophète comme moi

Le Deutéronome 34, 10 dit :
« Il ne s’est plus levé en Israël
de prophète pareil à Moïse. »
La formule indique un registre
d’excellence, non une exclusion.
Qui alors peut être comparé à Moïse ?
Élie, déclaré « sans égal »
(Ben Sirac le Sage 48, 4) ?
Jésus, que certains tiennent
pour « le prophète » (Jean 7, 40) ?

Je ne veux plus

La terreur s’était emparée du peuple
quand il entendait Dieu et voyait
les manifestations qui accompagnaient
cette Parole. Le peuple craignait
d’en mourir (Exode 20, 19 ;
Deutéronome 5, 25). Le prophète
est médiateur : il fait entendre
la parole du Dieu dont il s’approche
et la transmet à ses frères.

Ils ont bien fait

Remarque sans doute ironique de Dieu.
Il constate que le peuple ne sait
pas coexister avec lui : c’est tout
un apprentissage à entreprendre.
Sa présence, vécue par Moïse
comme la douceur d’une rencontre
amicale (Exode 33, 11), est ressentie
par le peuple comme une expérience
violente, tonitruante.

Moïse disait au peuple :
« Au milieu de vous,
parmi vos frères,
le Seigneur votre Dieu
fera se lever un
prophète comme moi,
et vous l’écouterez.
C’est bien ce que vous
avez demandé au
Seigneur votre Dieu,
au mont Horeb,
le jour de l’assemblée,
quand vous disiez :
“Je ne veux plus
entendre la voix
du Seigneur mon Dieu,
je ne veux plus voir
cette grande flamme,
je ne veux pas mourir !”
Et le Seigneur
me dit alors :
“Ils ont bien fait
de dire cela.
Je ferai se lever au

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Première lecture

milieu de leurs frères
un prophète
comme toi ;
je mettrai dans sa
bouche mes paroles,
et il leur dira tout ce
que je lui prescrirai.
Si quelqu’un n’écoute
pas les paroles
que ce prophète
prononcera
en mon nom,
moi-même je lui en
demanderai compte.

Psaume
Deuxième lecture
L’Évangile selon saint Marc

Dans sa bouche

La parole de Dieu n’est pas un concept :
c’est une réalité concrète qui rejoint
la chair. Dieu met avec sa main sa parole
dans la bouche de Jérémie (1, 9). Moïse
oppose à Dieu ses problèmes buccaux :
il ne peut parler car sa bouche
est pesante (Exode 4, 10), et Dieu
va éduquer cette bouche handicapée.

En mon nom

La parole venue de Dieu n’est pas
amoindrie quand elle est apportée
par un humain : par lui, c’est Dieu
qui parle. De même, quand elle est
écrite, elle reste la Parole issue
de la bouche de Dieu (Exode 31, 18).
Le Verbe ne cesse de s’incarner
dans le prophète et sur des supports
pour nous rejoindre.

Mais un prophète qui
aurait la présomption
de dire en mon nom
une parole que je ne lui
aurais pas prescrite,
ou qui parlerait au
nom d’autres dieux,
ce prophète-là 
mourra.” »

Ce prophète-là mourra

Il faut du discernement pour évaluer
vrais et faux prophètes. Moïse
lui-même a été suspecté par le peuple
(Exode 16, 2-3, etc.), par son frère
et par sa sœur (Nombres 12, 2). Jérémie
est aux prises avec un faux prophète,
Hananya, qui meurt après avoir
énoncé des prophéties non reçues
de Dieu (Jérémie 28).

Retrouvez le commentaire
de Philippe Lefebvre
en page suivante.

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N

POUR ALLER PLUS LOIN

Le prophète
au milieu
de nous
PAR PHILIPPE LEFEBVRE

PHILIPPE
LEFEBVRE
est frère
dominicain,
professeur
d’Ancien
Testament
à la faculté
de théologie de
Fribourg (Suisse).
Dernier ouvrage :
Ce que dit
la Bible sur...
la famille
(Nouvelle Cité).

à tout Israël, dans le désert ». Moïse y répète un certain nombre
de faits racontés dans les livres précédents depuis l’Exode, et
il y rappelle certaines lois ; Deutéronome signifie la « Loi une
seconde fois ». Rien n’est dit tout à fait de la même manière, et
il y a des nouveautés. Mais il est vrai que le principe de la
répétition constitue la base de cet ouvrage. On avait entendu
la Loi de la bouche de Dieu une première fois, voici qu’elle est
exposée par un humain, Moïse. Au buisson ardent, au moment
de son appel, celui-ci regimbait à devenir le porte-parole du
Seigneur et disait : « Je ne suis pas un homme à parole (…) car
je suis pesant de bouche et pesant de langue » (Exode 4, 10).
Quand, donc, le Deutéronome commence en annonçant « Voici
les paroles de Moïse », on comprend qu’un grand chemin a été
fait ; celui qui ne pouvait pas parler profère maintenant une
parole divine. Par Moïse, la parole de Dieu nous parvient, mais
une parole qui a traversé la chair d’un humain. D’une certaine
manière, le Verbe s’est fait chair.

Ce n’est pas tout : s i Dieu donne sa Parole à Moïse, Moïse
lui-même annonce qu’elle n’achève pas sa course avec lui. Un
autre prophète se lèvera, qui à son tour la redira. La parole de
Dieu déborde, ressurgit. Qui est donc ce prophète que Moïse
annonce ? On pense d’abord à Josué, le successeur de Moïse,
que ce dernier investit en lui imposant les mains. On peut aussi
en évoquer d’autres, tel Jérémie qui reprend les formules de
la sortie d’Égypte dirigée par Moïse pour désigner en son temps
le retour d’exil (voir Jérémie 23, 7-8). Mais la question persiste
comme une énigme, comme si aucune attribution ne donnait
totalement satisfaction.
Au début de l’Évangile de Jean, elle réapparaît à propos
de Jean Baptiste. « Es-tu le prophète ? », lui demande-t-on,
faisant allusion à celui qu’annonçait Moïse. Mais Jean en
désigne un autre : « Au milieu de vous se tient quelqu’un que
vous ne connaissez pas » (Jean 1, 26). La formule rappelle celle
de notre passage du Deutéronome quand Dieu déclare : « Je
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MOÏSE SUR LE MONT SINAÏ ( tapisserie
d’après les cartons de Jules Romain,
XVIe siècle, musée du Dôme, Milan).

DAGLI ORTI

DR

Le Deutéronome, comme les premiers mots de ce
livre le disent, est constitué des « paroles que Moïse adressa

« Par le Christ, avec lui et en lui,
chacun peut devenir ce prophète
annoncé par Moïse qui écoute sans
peur la Parole et l’incarne en sa vie. »
ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète. » Dans les
Actes des Apôtres (3, 22-23), Pierre, dans sa deuxième adresse
au peuple cite largement la prophétie de Moïse et l’applique
au Christ. La Parole de Dieu devient chair, pleinement, définitivement en Jésus.

Il faut un prophète pour recueillir et transmettre
la Parole : le peuple ne peut supporter d’entendre Dieu direc-

tement. Pourtant, Moïse s’écrie un jour en une prière prophétique : « Ah ! Puisse tout le peuple du Seigneur être prophète,
puisse le Seigneur placer sur eux son esprit » (Nombres 11, 29).
Quand Pierre cite Moïse annonçant un prophète qui n’est autre
que le Christ, c’est après la Pentecôte où s’est accompli le vœu
de Moïse : l’Esprit a été donné à tous pour constituer un peuple
de prophètes. Par le Christ, avec lui et en lui, chacun peut
devenir ce prophète annoncé par Moïse qui écoute sans peur
la Parole et l’incarne en sa vie.



LA VIE
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N

LES DIMANCHES ET LES FÊTES

RACONTÉS AUX ENFANTS

« Tu es le saint
de Dieu »

Alors que Jésus entame sa vie publique, un esprit mauvais
qui tourmentait un homme révèle qu’il est Dieu. C’est
ce que raconte l’Évangile de ce dimanche (Marc 1, 21-28)
TEXTE STÉPHANIE COMBE ILLUSTRATION FRÉDÉRIQUE BERTRAND POUR LA VIE

Jésus enseigne avec autorité…

À la synagogue, Jésus prodigue un enseignement nouveau,
avec autorité. Ses contemporains remarquent qu’il « n’enseigne
pas comme les scribes », ces lettrés qui ont une bonne
connaissance de la Loi. À Capharnaüm, ces scribes
peuvent lire et interpréter les Écritures. Leur autorité
est reconnue, et ils ne vont guère apprécier d’être ainsi
dénigrés. Mais Jésus va faire plus encore.

… et commande aux esprits impurs

Un homme « tourmenté par un esprit impur » se trouve là.
Cet esprit mauvais a pris possession de son corps, de sa volonté,
rendant l’homme esclave. Par la bouche de ce malheureux,
l’esprit crie à Jésus : « Es-tu venu pour nous perdre ? » Il sait
que le Christ est une menace pour les ténèbres. « Jésus
l’interpella vivement : “Tais-toi ! Sors de cet homme !” » Après
des convulsions et un grand cri, celui-ci obéit et quitte
l’homme. Par cette délivrance spectaculaire, Jésus révèle
la toute-puissance de Dieu. Il manifeste aussi qu’il vient libérer
les opprimés du mal qui empêche d’accueillir Dieu.

La divinité du Christ

Mais qui est donc ce Jésus ? Avant d’être expulsé, l’esprit impur
a confessé : « Tu es le saint de Dieu. » La sainteté étant l’essence
même de Dieu, il a donc reconnu la divinité du Christ, alors
que celui-ci commence tout juste à enseigner. « Sa renommée
se répandit aussitôt partout. » Jésus va ensuite parcourir la
Galilée, guérir les malades, expulser les démons et proclamer
l’Évangile. Il va peu à peu révéler son identité et sa mission
sur terre. Et moi, puis-je dire à Jésus : « Je sais qui tu es ? »
Suis-je assez libre pour l’accueillir pleinement ? Quel esprit
m’en empêcherait ? En quoi puis-je davantage le suivre ?
LA VIE
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LA VIE
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55

LA CHRONIQUE
DU MOINE

BENOÎT BILLOT

chose me réveille. Dans une chambre
voisine, l’un des frères aurait-il bougé
trop b
­ ruyamment ? Ou bien aurait-il
parlé dans son sommeil, et du coup
aurait interrompu le mien ? Maintenant,
il suffit d’attendre avec patience que
revienne l’endormissement. Or voici que
passent les minutes, puis les quarts
d’heure ; et ça ne revient pas. Pendant

ce temps surgit le souvenir de tout ce
que j’ai à faire. Animations à préparer,
messages auxquels il faut rapidement
répondre, écrits que l’on m’a demandés…
Mais aussi les incidents ou conflits des
jours passés, les problèmes à résoudre,
et je ne sais quels fantasmes nocturnes.
Je me tourne sur mon côté droit :
vais-je m’endormir ? Comme rien ne
vient, j’essaye le côté gauche, sans plus
de succès, puis la position ventrale. En
désespoir de cause, voici la position

«  Faire son lit,
c’est tous ces
préparatifs qui,
accomplis dans
la tranquillité,
introduisent
au grand mystère
nocturne. »

DR

Insomnies
Très fatigué, je sombre dans
l’inconscience aussitôt couché.
ais vers 2 heures du matin, quelque
M

brutalement coupé plus tard par le
réveil, qui m’appelle à la prière des
laudes. Pendant un instant d’hébétude,
je me demande où je me trouve.

­ orsale, grâce à laquelle je peux essayer
d
les techniques souvent conseillées : faire
descendre le souffle jusqu’aux extrémités corporelles ; ensuite conscientiser
chacune des parties du corps pour y
susciter repos et détente. Puis visualiser
un paysage calme : lac paisible, vaches
qui broutent, lapins qui trottent…
Hélas ! le résultat est désespérément
nul. Enfin, j’ai beau m’adonner à la
prière, au risque de l’instrumentaliser,
je n’y vois pas plus d’effet que le reste.
Alors je me lève et vais à la salle à manger pour préparer une tisane chaude,
avant de me recoucher. Peut-être est-ce
vers les 5 heures que revient le sommeil,

Malgré une certaine sensation
d’instabilité, j e me dirige vers la cha-

pelle ; et me revient alors en mémoire le
verset extraordinaire du Psaume 126 :
« En vain tu devances le jour et retardes
le moment de ton repos ; tu manges un
pain de douleur, alors que Dieu comble
son bien-aimé qui dort. » Bien sûr, je le
sais depuis toujours, et constamment je
l’oublie : la mère du repos se nomme
Dame Confiance. Sauf en certains cas
particuliers, un bon sommeil naît
de la conscience que je ne suis
BENOÎT BILLOT e st bénédictin, moine
dans la ville au prieuré d’Étiolles,
pas le seul acteur de ma vie. Tant
dans l’Essonne. Adepte du zazen,
d’autres la construisent avec
il a fondé en 1989 la Maison de
moi : les frères avec qui je vis, tous
Tobie. Dernier ouvrage paru : l’Énergie
ceux et celles avec qui j’accomplis
féconde des sacrements (Médiaspaul).
les tâches quotidiennes, la foule
humaine, le cosmos qui m’environne, et surtout l’Esprit saint.
Ne peut-on se souvenir de cette
parole du Christ : « Je suis avec vous
jusqu’à la fin des temps » ? Elle figure
dans nos textes sacrés pour rappeler que
Son souffle inspire et dynamise toute
personne qui veut bien s’y ouvrir. Entre
donc dans la confiance, ami !

CIROU/ALTOPRESS/ANDIA

Tout de même, n’oublions pas les
éléments secondaires qui préparent

LA VIE
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56

le sommeil. Le soir, souper légèrement,
assurer aération et fraîcheur dans la
chambre, s’abstenir de lectures ou de
spectacles excitants, accueillir tranquillement le fait qu’on ne pourra tout accomplir aujourd’hui, et surtout garder un bon
moment de prière ou de méditation.
Je me demandais autrefois ce que
signifiait le proverbe « Comme on fait
son lit, on se couche. » Je le comprends
mieux : « faire son lit », c’est l’ensemble
de ces préparatifs qui, accomplis dans
la tranquillité, introduisent au grand
mystère nocturne. Car la nuit n’est pas
seulement le moment nécessaire pour
la réfection des corps et des esprits. Elle
est aussi ce temps sacré où émergent
des profondeurs de l’Homme des continents nouveaux à découvrir, des peurs
ancestrales à calmer, des intuitions
­nouvelles et parfois des Paroles divines
murmurées dans le secret.



LA VIE
29 JANVIER 2015

57

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reste encore méconnue et est souvent assimilée à un simple temps
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