Revue des Missions Mars2015.pdf


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Par le temps qui court…

Crédit photo : Néhémie Prybinski, OFM

1. POUVOIR PENSER À CE
QU’ON FAIT! Rien de plus difficile
pour un individu et une génération
que de prendre conscience du
temps dans lequel ils vivent,
de chercher à le décrire et d’en
découvrir le sens et les défis. Je
tiens pour acrobatiques plusieurs
tentatives de description et
d’organisation des données d’une
époque. Et pourtant ces travaux
sont souvent remarquables et
significatifs. Bien chanceuses les
personnes qui donnent l’impression
de connaître leur époque et leur
histoire. La plupart d’entre nous
sommes incapables de parler avec
Gilles Bourdeau, OFM
justesse de notre temps! La même
remarque vaut pour tant d’efforts
collectifs de description de ce qui se passe, de lecture et d’interprétation des
signes des temps. Les temps vécus par les uns et les autres ne coïncident
pas toujours. Un même événement donne lieu à plusieurs histoires et récits.
Il y a plusieurs années, le grand penseur américain Herbert Marcuse
(1898-1979) avait traité des défis de libération des populations noires des
États-Unis. En dialoguant avec une petite noire de Harlem il a recueilli le
propos suivant : « Lorsque je serai libre, j’aurai le temps de penser à ce que
je fais ». Dans ces paroles simples, il est rappelé que la dépossession la
plus courante pour bien des personnes c’est la capacité, non pas d’avoir du
temps, mais de savoir vraiment ce qui se passe et ce qu’on est en train de
faire, donc de vivre. Manque, pour plusieurs, la conscience attentive et active
à l’égard du temps. Si la conscience du temps nous échappe, le sens du
temps et de l’histoire est encore plus rare.
Je suis toujours impressionné par les attitudes différentes de deux grands
penseurs chrétiens à l’occasion de l’invasion des Barbares dans l’ensemble
de l’Empire romain du IVe et Ve siècle et de la chute de Rome. Il est rapporté
qu’en réfléchissant sur les données des événements encourus, saint Augustin
(354-430) évêque d’Hippone, entreprit une interprétation chrétienne de ce
grand bouleversement et offrit une œuvre unique La Cité de Dieu. Saint
Jérôme (347-420), vivait à Bethléem et était engagé dans des travaux de
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