FdP5 Coup de blues couleur .pdf



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1

Au commencement, une envie…
Vous êtes-vous déjà demandé comment être libre en prison ? Et puis, est-ce qu’une prison a toujours des
barreaux ? On a tous des envies, pourquoi prennent-elles si rarement vie ?

Regardez vous, regardez nous, on est tout petits dans un monde de grands. Ces grands du monde qui
décident pour nous ce que l’on doit aimer, ce que l’on doit détester, ce à quoi l’on doit rire. On en a marre de
rire parce qu’il le faut, on veut rire parce qu’il ne le faut pas !
Les barreaux, c’est notre silence. Le silence, c’est notre enfermement volontaire. Pourtant, en vérité, on ne
veut pas se taire. On veut exprimer tous ces désirs endormis au fond de nous. Alors, on prend la parole !
Reprenons notre parole à tous. Et si nous l’avons perdue, fabriquons-la.
Contre la fatalité, crée !
Au commencement, une envie de faire quelque chose de nos vies. Parce qu’à être sûr qu’on est bloqué,
empêché d’inventer, on ne s’essaie même plus. Essayons. Contre une réalité austère et morne, nous
préférons l’imagination. Remettre du rêve dans la raison. Nous voulons cesser d’avoir peur de l’autre et de
son jugement, du risque et de son mouvement.
En baissant les masques et en ôtant les costumes, on voit sa différence. La sortie de scène révèle que
l’uniformité n’est qu’apparence.
Fin de partie, tout s’éclaire.

Loin du metteur en scène et de ses ficelles, chacun peut enfin retrouver le chemin de son imaginaire.
Marionnette n’est plus, le je renaît.
Pour que le je puisse s’épanouir, il nous faut trouver un espace libéré de toute exigence. Comment s’y
prendre ? D’abord et surtout, comme on veut ! Pourquoi débuter déjà avec des entraves ? Expérimentons la
liberté, l’absence de cadre, si ce n’est celui d’un thème choisi par qui veut. Laisser l’interprétation libre, quel
que puisse être l’abîme de folie dans lequel cela nous entraîne, il sera salvateur. Il repoussera le
conformisme qui colle un peu à la peau de chacun.
Ce que nous souhaitons ici, c’est passer à l’action, par le biais d’une revalorisation de l’imagination. Former
des idées et non les recevoir passivement. Etre librement soi-même : détaché, le temps de la création au
moins, des soucis d’utilité, de finalité, ceux de la quotidienneté, pour approcher plutôt l’instant insouciant,
ou déraisonnable au moins. Laisser aller l’envie du moment sans s’inquiéter de sa réceptivité, ou même, en
espérant un peu être mal compris, pour susciter la réaction, la réponse, l’échange. Créer ainsi un lieu
d’échos, où ceux-là ne se perdraient pas dans l’immensité du vide, mais où ils se rencontreraient et
formeraient des connivences. Rallumer notre spontanéité : quelle importance a la valeur tant qu’on a du
coeur ?
Ce que l’on voudrait aussi, ici, c’est prendre du temps pour trouver des idées et des images, et parvenir à
exprimer ce qui est tapi dans les replis de nos esprits. Ecrire, inventer, pour faire le point ; laisser
s’émanciper notre subjectivité. Et puis, partager ces pensées, cette personnalité, avec ceux qui créent avec
nous, avec ceux qui lisent avec nous.
Un thème unique pour chaque numéro : le premier choisi par nous, les suivants par vous.

Un thème qui nous réunit tous et qui pourtant nous différencie. Proclamer sa personnalité à travers les
mots, la photographie, un trait de crayon, ou tout ce que vous permet de penser votre imagination.
Parce que l'objet de notre projet est bien de se retrouver face à soi-même, loin de l'arbitraire du sens. Tout le
monde peut trouver la définition d'un mot, mais chacun voit les choses différemment. On ne cherche pas la
vérité, mais des vérités. Il n'y a ni perdant, ni gagnant, mais uniquement des histoires plurielles. Alors on
prône la pluralité contre l'uniformité. Un thème unique qui ouvre des voix uniques. Partager son regard,
voyager d'imaginaire en imaginaire, voilà ce que l'on veut. Trouver sa voix dans le monde où l'autre n'est
plus un poids, mais une vision de laquelle on s'inspire, et dans laquelle on se retrouve parfois. Mais il n'y a
plus de modèle, parce que ce qui compte vraiment c'est d'être son propre guide. Plus de définition,
seulement l'indéfini.
Un infini d'indéfinis.

2

10 mars 2015

Edito n°5 / par Hartman

Le coup de blues ? C'est peut-être une histoire de saison, on dit souvent que
c'est l'hiver qui en est le grand responsable, le manque de lumière et de chaleur qui
nous pousse à trouver du réconfort dans d'autres lieux, d'autres états, d'autres corps.
J'imagine que le paysage politique n'y ait pas tout à fait étranger non plus ces
derniers temps. Il a le mérite de ne pas baisser son niveau de toxicité entre l’abandon
systématique des problématiques sociales sous couvert de républicanisme bon ton,
un secteur de l'art en crise qui se meurt dans la marche de sa capitalisation, les
espaces de culture et de création de plus en plus restreints et une bêtise systémique
dont le culte ne semble pas décroitre d'un iota. En ce qui me concerne ça ne me
réjouit pas … Pour enfin en arriver à la déprime qui nous concerne dans notre
intimité et notre quotidien, ces mal-êtres passagers, nocturnes et volatiles, on attend
patiemment qu'ils se dissipent, on rêve du lendemain meilleur, des fois en vain,
parfois ça marche et ça passe.
Pourquoi Fin de Partie ? Car nous savons qu'un coup reste un coup, que le
blues doit s'épancher des fois avec fureur, d'autres fois dans le silence, mais qu'il
n'est que provisoire, erratique, inconsistant mais sans doute nécessaire à exprimer
pendant la violence de son moment. Derrière le coup, dans le coup, par delà le coup,
ce qui nous intéresse c'est ce que vous pouvez nous en dire avec votre langage.
Il s'agit toujours de la même chose ce mois-ci : un espace de création où nous
vous invitons à venir exprimer, partager, gueuler, gerber, vomir, embrasser,
enflammer, détruire, aimer, pleurer ce que vous voulez, un thème à traiter mais
jamais de contrainte ou de cadre qui viendraient ajuster ou contenir votre
imagination. Fin de partie est un visage qui se dessine selon vos envies : espace de
jouissances, d'excitations, de murmures, de confessions, de chagrins ou de joies,
c'est autant notre affaire que la vôtre, à vous de nous faire vibrer mais surtout de
vous faire vibrer. Un numéro de Fin de Partie ne se résume jamais à son thème, ce
n'est qu'une façade, ce qui importe c'est ce que vous voulez bien venir faire avec
nous par vos textes, vos dessins, vos photos, vos compositions ou autre chose …
Nous avons impatience de découvrir comment vous allez tordre le coup de blues
dans ce numéro et nous aurons la même impatience de vous retrouver le mois
prochain.

3

Howlin’ Wolf defines the blues : « What is the blues ? A lot of people want to know what is the
blues. I’m gonna tell you what the blues is. When you ain’t got no money, you got the blues. When you
ain’t got no money to pay your house rent, you still got the blues. When you ain’t got no money and can’t
pay your house rent and can’t pay you no food, you damn sure have the blues. If you ain’t got no money
you’ve got the blues, ‘cause you’re thinking evil. »
« I was broke when I was born », dit-il encore.
C’est un destin qu’on chante. De cette mauvaise fortune, faisons bon coeur. Et nous voilà réunis,
chacun voudrait se débarrasser d’un peu de sa furie, d’un certain sentiment d’enfermement, d’une trop
grande conscience d’être pris au piège.
Quel foutu piège que cette chose qu’est l’argent. Bien triste d’être ainsi «  broken  », ainsi cassé,
quand on n’a pas cette misérable denrée. Bien sûr y a pas que ça dans le blues, on le comprend rapidement
en écoutant ce que nous disent les toqués éclopés dans leurs mélopées chavirées. L’amour occupe une
place de choix dans l’enfer de leurs vies tragiques. Mais l’argent est omniprésent. Alors, quand il vient à
manquer, c’est tout simplement la vie qu’il empêche de s’écouler.
«  Let’s get lost  » est récurrent. Comme chercher à de se défaire des carcans, cuisants comme le
soleil éclatant, subit tout le jour. Enfin, aller à sa guise, exprimer sa candeur, faire voler la torpeur… Le
blues c’est ainsi une affaire d’affamés, pleins d’une soif torride de vivre, possédés par l’envie de boire à
grandes goulées toutes les jouissances qu’offre l’humanité.
Affamés qu’on ne nourrit jamais.
Alors ils crient. Mais tranquillement.
Sombre trouée dans la nuit du ciel, comme une fumée épaisse, une pluie de fiel jaillit des jukejoints. Cafard et désordre. Sueur de la danse. Toute cette chair en transe. Un vent d’oubli, fugitif, qui ne
dure qu’autant qu’il fait sombre.
Mon blues est envahissant, comme la petite des vers de Blok : « Elle est venue du dehors, rougie
par le froid, et elle a remplie la pièce… ». Il emporte tout sur son passage, le blues, il réveille, il remue le
fond des plis de nos entrailles, ce qu’on essaye à tout prix de garder recroquevillé, le voilà tout déplié.
Répandu, même, serait plus approprié.
Le blues est ce vent savoureux comme un ventre de femme. Il dit l’évanescence des soucis avant
que ne rapplique le lucide ennui d’une vie délétère, faite de misère et d’avanies. Il se développe dans un
giron aiguisé mais encore tendre qui célèbre la difficulté du quotidien autant que le souffle coupé au
dernier coup de rein. On ne respire plus, on frissonne, on pleure. On rit à la vie.
Quand ça va pas, je vais bien, parce qu’alors la folie sort en maraude. Entre insoutenable intensité et
nonchalant détachement.
Comme la neige, cette folle, qui vient et s’en va sans crier gare, sans prévenir, sans rien demander,
elle s’emballe puis s’installe, et soudain détale. Comme la neige le blues ! Comme le vent du Nord qui
renverse la pluie à l’horizontale. Révolution. Le blues dit l’indicible. Doux et violent, tout en même
temps. Parole impossible, il capte l’ambiance et nous la rend palpable. On comprend enfin ce qu’on
cherchait à enterrer, sans y penser. On observe de loin notre stratégie insensée, et on fait tout éclater en se
laissant porter par le rythme élancé de ce blues caressant.
Le blues comme terreur transmuée en ferveur.

R.

4

5

par Rion Duvich’ : duvichcrush.tumblr.com

Eloïse Coussy
eloo33.wix.com
/eloisecoussy

Bleu au coeur, par Corentin
Depuis quelques temps, le
sentiment d’insécurité augmente, se
développe et retombe sur nos
visages sous la forme de la peur.
L’atmosphère qu’elle crée est
spéciale. Grâce à elle, certains se
rassemblent, sans penser à leurs
différences et s’ils y pensent, c’est ça
qui fait leur force. Mais pour
d’autres, cette atmosphère leur
inspire la crainte, la haine et de
l’intolérance vis-à-vis de la
différence. En écrivant ce texte, je
pense, bien sûr, aux attentats du 7
janvier et de Copenhague. Je pense également à
la montée d’un certain parti  : le front national.
Certaines personnes croient que la solution est
donnée par le FN, alors qu’ils ne connaissent pas
réellement le programme de ce parti. Est-ce ça la
France ? Voter pour des inconnus ? Vivons nous
vraiment dans le pays des Lumières  ? Où est-ce
que nous ne sommes pas en train de descendre
dans les ténèbres ?
Aussi, pour revenir sur ce sentiment
d’insécurité, il faudrait savoir pourquoi nous la
ressentons. A qui la faute ? A ceux qui doivent
nous protéger car ils auraient échoués  ? Non,
c’est notre faute. Nous aurions dû faire attention,
être attentifs à ce qui se passe autour de nous.
Nous devons savoir que nous avons jamais été en
sécurité et nous ne le serons jamais, y croire
relève de la bêtise. Si ce sentiment d’insécurité
est élevé aujourd’hui, c’est parce que le

sentiment de sécurité que nous avions avant était
trop fort.
En France, nous possédons une magnifique
diversité, un Etat laïque, ce n’est pas un Etat de
devoir, mais un Etat de droit. Le droit à la
Liberté. Nous apprenons chaque jour ce qu’est la
culture  : le vivre ensemble. Nous vivons,
cohabitons, grâce à nos différences. En période
de crise économique et de guerre (le terrorisme
est une des formes de la guerre), nous avons trop
pris l’habitude d’être méfiants à l’égard de ce qui
est différent de nous. Primo Levi a dit  :
«  Considérer l’étranger comme un ennemi peut
conduire l’humain ordinaire à une extraordinaire
i n h u m a n i t é  » . F a i s o n s p r e u v e d ’ u n e
extraordinaire humanité en étant ordinaire, et
arrêtons de nous croire supérieurs aux autres
pour une simple différence. Nier les autres, c’est
être barbare.

Donc quand je vois que des personnes veulent
enlever cette partie de la France, le vivre
ensemble, à ce moment là j’ai peur. La France
m’a donné un passé, un présent et j’ose croire,
espérer, qu’elle pourra me donner un avenir,
sûrement imparfait mais un avenir quand même.
C’est déjà énorme, quand on sait que d’autres
n’ont rien. J’aimerais que, dans un futur plus ou
moins proche, notre France soit encore plus
forte, plus belle, plus juste que celle
d’aujourd’hui. J’espère qu’en 2017, les français
feront le bon choix, pas celui gouverné par la
déception mais par celui de la raison. Quand je
vois tout cela, j’ai un petit, même un gros coup
de blues. Je reçois un coup de poing et comme
tout coup de poing, il laisse une marque. Pas un
bleu sur le corps, c’est trop visible, mais un bleu
au cœur, plus invisible, subtil, dangereux.

6

LNA Coussy / icicoussy.tumblr.com

7

Thomas ce man / http://thomasceman.blogspot.fr et http://thomasceman.tumblr.com

8

p de bleu à l’antre rien
Un coup de reins à l’entre deux, un cou
Chrystal

Qui ne connait, parfois, cette sombre force ;
Qui la nuit tombée nous laisse éveillés,
Qui, sans bruit faire, nous transperce le torse ?
La blessure est encore là quand il faut se coucher.
De quelle texture elle est faite,
A quel obscur dessein elle répond,
Nul ne peut savoir, nul ne sait,

Qu’importe son nom : coup de blues, mélancolie,
Tristesse, fameuse Dépression ! Qu’importe le mot
Quand dans le monde plus rien ne se lit.
Devenu pantin gonflé de mépris,
Du nom de l’Artisan je me moque bien ;
Dès qu’il a réussi à me convaincre de ceci,
Qu’être une marionnette c’est déjà mieux que rien.

Car quand elle envoie ses signes glacés,
Cueillant d’un cœur sa dernière pression
Et ç’en est fini on ne peut plus penser.

N.

9

Duckshoot par Pixelglitter

I got the blues
Bleuet c'est rigolo, bleuet des bords
de route, bleuets et coquelicots,
bleuet bleuet, bleuet quand on
divague. Caresse printanière sur le
macadam du vague à l’âme.
Bleu caeruleum, imprononçable
inconnu. Bleu céruléen, c'est plus
joli. Un air d’antiquité qui rime avec
matin. Matin antique, Martin unique.
Bleu ciel, peut-être un peu simple.
Mais qu'est ce que c'est beau. Sans lui
le blues serait partout.
Moi j'aime bien le bleu cyan. Bleu
cyan, c'est pas mal. Un peu pétard.
En plus ça rime avec Boris Vian,
avec Cioran, mais pas avec Kim
Kardashian !

Bleu denim, comme la toile des
jeans. Le denim de Nîmes, les
américains nous ont bien eu.
Bleu faïence, comme les yeux de Lola, dans les hoquets du pianola.
Bleu de France, non merci. Ça fait rance.
Bleu fumée. A peine allumé, déjà évaporé.
Bleu électrique.
Bleu givré, blue lagoon. La folie, presque cassée.
Bleu horizon, à bas la guerre, vive l'anarchie. Soldats rouges changés en bleu pour moins
tomber.
J'ai mal au bleu, bleu à l'âme, comme une dague.
Bleu cerise, bleu lolita, bleu à lunettes en forme de cœur, bleu à la sucette.
Bleu d'enfer. Et damnation. Moi l'enfer je le trouve plutôt rouge. C'est quand dieu te dit :
« toi mon petit pote tu vas pas avoir la vie facile ». Mais ça je le verrais plutôt vert foncé.
Bleu Klein, clinquant, clinquamarre, mais on se marre pas.
Bleu marine. On évite ? Bah oui.
Bleu de minuit, on n'y voit rien, un peu son destin. Con ! Tout est clair.
Bleu nuit, tous les chats sont bleus, pendant que les souris dansent. Mais non, c'est gris.
Bleu pétrole, ça pollue.
Bleu Tiffany, bleu Titi, comme les anglais. J'aime bien ça. La nièce à Fanchon. C'est une
pensée de l'Angleterre.
Bleu martin pêcheur, qui file au ras de l'eau, à peine entrevu, qui aime nourrir le tapis de
la mer Titi.
M.T.C.P.

10

Un presque vestige, collé sur la vitrine d'un réel vestige de boutique.
L'homme qui passe devant ne prête pas même attention au sujet. Ou
peut-être l'a-t-il trop vu, trop lu par ailleurs.
C3D

11

Quentin Dufour / http://kent3000.tumblr.com

12

REBETIKO

Un coup de blues grec
C’était une note colorée coincée entre deux
étoiles, perdue entre Afrique et Amérique en plein
océan. La détresse a enfanté une musique et la
musique a transmis quelque chose de bleu, de
noir, que beaucoup d’autres ont reconnu en eux.
Alors le blues s’est remis à voyager. Quelquefois, il
s’est perdu mais souvent, il a trouvé d’autres
notes qui lui ont semblé des sœurs. C’est ainsi
qu’on a parlé de blues grec.
Le rebetiko rencontre le blues en mer, dans les
villes cosmopolites et injustes, dans la pauvreté et
l’exclusion. Il le perd en Orient où il prend aussi sa
source, héritier des musiques savantes byzantines
et ottomanes, dansé par ceux qui se nomment
derviches et fument le narguilé. C’est une
musique insaisissable, nichée entre des mondes
qui s’ignorent sans échapper à une fascination
réciproque: Orient, Occident, fastes des grandes
villes et misère des laissés pour compte.
En 1922, Robert Johnson n’a pas encore touché à
une guitare. A l’autre bout du monde, grecs et
turcs se déchirent et un exil organisé a lieu, un «
échange de populations ». Smyrne brûle, des grecs
originaires d’Asie mineure fuient vers une « mère
Grèce » pas toujours accueillante. Dans les basfonds du Pirée, des musiciens mêlent des
traditions différentes dans une alchimie déjà
pratiquée à Constantinople ou Thessalonique, des
cités où grecs, arméniens, juifs et ottomans se
côtoient depuis plusieurs siècles.

Toute liberté est l’ennemi du pouvoir et de
l’argent qui ne cessent de la détourner et de lui
trouver des substituts. Le rebetiko ne se voulait
pas politique et il a pourtant été interdit par le
dictateur grec Métaxas en 1936. La musique et la
poésie sont des libertés trop évidentes... Plus tard,
le genre est devenu à la mode et le bouzouki est
sorti des taudis, de manière ironique et peut-être
hypocrite, pour se produire dans les boîtes de la
bonne société. Aujourd’hui, combien de touristes
égarés dans des parodies de tavernes connaissent
l’histoire des rebetes ?
Je rentre chez moi, le cœur un peu lourd :
combien passeront la nuit dehors aujourd’hui ? La
pluie est si froide qu’elle déchire comme autant de
petites lames. Je grignoterai un peu avant de
m’asseoir devant mon bureau, mes livres, et
j’écouterai des rebetika. J’ai honte. Rien de tout
cela ne m’appartient, car moi j’ai chaud, même
sous la pluie que mon manteau pourrait presque
me faire oublier. Le blues, le rebetiko, un livre,
une œuvre d’art, ne se possèdent pas. Ce ne sont
pas des objets qui s’enferment dans un coffre pour
servir de justification à une « culture ». Ce sont
des sourires, des mains tendues, des larmes, des
échos sous les ponts entre les hommes.
Alexandre Trogadis

Dans ses chansons, le rebetiko évoque la drogue,
la prostitution, l’alcool, les amours malheureuses
mais aussi l’amitié des « manges », ces
personnages réels et fantasmés, à la fois
musiciens, poètes et trafiquants. Le bouzouki, le
baglamas et la lyre sont autant de compagnons
pour le mangas, qui parcourt les dromoi, les
chemins, équivalent des modes musicaux qu’en
turc on nomme makam. Dans les fumeries de
haschisch, on danse le zeybekiko, chtonien et
mystique : un homme seul tourne sur lui-même,
les yeux clos et frappe parfois le sol des mains.

13

Guillaume C. Artis
Cadavre exquis.
Eclair & Eclaté
Immensité perdue, nous en voilà revenues / de ce point de départ ténu / comme un fil sur lequel l’équilibre est si
difficile / mais je suis ce relatif qui toujours réveille / au tintement d’une fléchette de pub sur le sol / de pierres où
les pieds nus reposent parfois / comme ce matin-là où j’ai rêvé en vers / une route désorientée où erre seulement la
vengeance / du temps jamais vécu mais dont tu es nostalgique / vivante, virulente, purulente, puante / ou bien
arrogante telle la pluie d’ici qui tombe à l’horizontale, pleine d’audace / je survivrai, relevée étourdie, je somnole /
et puis je m’enfonce dans la neige toute molle / et peut-être trouée mais j’avance noblement / et je souffle dans mes
mains, précisément / le point final de ce qui n’a toujours été que le commencement.

14

— Coup de blues —
Les français consommeraient plus d’anti
dépresseurs que n’importe quel autre peuple. Cela colle
bien avec notre réputation de peuple pessimiste, plaintif
et, si l’on en croit l’opinion du village monde, interdit
de bonheur. Car un tel bien, ça se mérite et ces blues
men de français n’ont pas le (la) moral(e) pour. Nous
sommes bien loin d’un autre peuple, lui promis au
bonheur : les américains. Ces derniers vont de l’avant,
pratiquent la psychologie positive et la positive attitude
en vue de ce souverain bien qu’est le bonheur.
L’American way of life se résume en quatre mots : the
pursuit of happiness. Brillant projet de civilisation et
Aristote, soyons en sûrs, n’aurait pas fait mieux. Bien
entendu, la tâche n’est pas aisée et le peuple américain
ne peut s’arrêter en route au risque de voir cette
promesse d’une vie meilleure s’éloigner. Dans ce
contexte, difficile de s’offrir ce luxe si français du blues
et les seuls blues men foulant la même terre que les
pionniers de l’ex-nouveau monde sont des musiciens.
Mais comment sont nés ces musiciens   ? Des nègres
exploités dans des champs de coton et dont l’amertume
façonna ce qui allait s’appeler le blues. La légende dit
qu’un vieil homme pactisa avec le diable pour jouer
divinement bien le blues et ce, en échange de son âme.
Dans ce mythe, je vois une similitude et une différence
entre ce vieux blues man et l’Amérique comme nous la
connaissons aujourd’hui. L’Amérique a elle aussi
pactisé avec le diable, promettant son âme contre la
richesse et la prospérité mais, à l’inverse du blues man,
elle est incapable de ressentir le blues, de l’accepter. Car
elle sait que sentir l’amertume affecterait mortellement
sa constitution, et laisserait son âme au diable. Ça n’est
donc pas pour une vie meilleure que l’Amérique se bat,
simplement pour une vie. Le coup de blues est ce qui
pourrait lui arriver de pire. C’est toujours le cas pour un
conquérant, et cette nation est conquérante. Elle est le
fruit d’une terre conquise et la dynamique de conquête
ne s’est pas essoufflée depuis l’arrivée des européens
sur cette terre promise, le dernier habitant de cette
contrée n’ayant pas en tête cette obsession de conquête

n’est sûrement pas un visage pâle. Terre promise… la
promesse est le leitmotiv de ceux qui, fut un temps,
s’élançait par millions sur l’océan tels des explorateurs
avides de ruée vers l’ouest. L’Amérique est de nos jours
comme un bateau dont les marins se nourrissent, ou
plutôt sont nourris tant leur agonie est profonde, de la
perspective d’une terre vierge à conquérir. Paradis,
bonheur, liberté, avenir, foi, quelque soit le nom de cette
terre, elle est l’idéal vers lequel tendent les américains.
Et si cette perspective vient à s’effacer de l’esprit des
hommes, le blues se glisse alors doucement dans les
cœurs. Je ne sais pas exactement qui est le capitaine de
ce bateau, à mon avis personne ne le sait vraiment, mais
une minorité, elle bien identifiée, doit craindre la
mutinerie… ou se réjouir du pouvoir dont elle jouit.
La dynamique est justement orchestrée, un nombre
impressionnant
de
mécanismes
sociaux
conditionnement la vie des américains. Ne vous y
trompez pas, ce nombre impressionnant n’évoque en
aucun cas une grande diversité des modes de vies mais
plutôt des curseurs au service de la pensée unique et qui
maintiennent la population dans le droit chemin. Le
génie de cette mécanique bien rodée réside dans le fait
que la plupart de ces mécanismes n’ont pas d’ancrage
législatif, ils sont comme inscrits dans les mœurs et
s’imposent à travers des habitudes socio-économiques
dont la visée première est la croissance, une croissance
qui bénéficie à la minorité gouvernante. Ainsi, dès qu’il
est sorti du nid, l’américain sait plus ou moins ce qui lui
reste à faire. Le plan est de vol est clair. Toute sa vie
sera jalonnée par une dévotion au système et des actes
donc, si tant est qu’il y ait une once d’activité dans cette
démarche, socio-économiques. En échange de cette
contribution, et pour entretenir l’agonie, la civilisation
met à disposition des récompenses. Ainsi, l’individu
recherchera la valorisation sociale lorsqu’il s’agira
d’intégrer une université, d’acheter un mac mansion, de
tondre sa pelouse, d’acheter un pick up Ford ou
simplement d’adopter la positive attitude au quotidien.
Autant d’actes qui constituent des événements
marquants et font tourner le manège. N’oublions pas
que le manège tourne à crédit, vous n’avez plus d’argent
pour monter ? Pas de problème, on vous en prête. L’idée
étant que personne ne descende.

15

Pour quiconque jette un regard un tant soit peu critique
sur tout ce beau monde, la farce est évidente. S’en
extraire est une autre paire de manches. C’est dans deux
productions américaines justement que j’ai trouvé des
« témoignages » fictifs intéressants quant au ressenti de
ceux qui sortent du coma.
Premier témoignage, celui d’une mère de famille dans
le film Boy Hood, une mère qui voit son deuxième
enfant quitter le nid familial pour l’université :
« C’est la pire journée de toute ma vie, je savais que ça
arriverait un jour. Tu sais ce que je réalise ? C’est que
ma vie va s’en aller en un clin d’œil. La série
d’événements majeurs   : se marier, avoir des enfants,
ensuite divorcer (…) se marier à nouveau, obtenir mon
master, avoir le job que je voulais, vous envoyer à
l’université. Et tu sais ce qui suit ?! C’est mes obsèques
qui vont suivre ! (…) Je croyais qu’il y aurait plus
que ça. »

n’admet pas que le bateau dérive : soit il vogue vers un
cap, soit il chavire. Contrairement au blues man,
l’Amérique ne veut pas que le pacte avec le diable
débouche sur le blues, cet entre deux mondes, ce Styx.
C’est l’Olympe ou l’Hadès et la sentence se veut
tranchante à l’égard de ceux qui s’égarent. Cette
nécessité du basculement d’un côté ou de l’autre est
corrélative de la vision manichéenne du monde prônée
par les Etats-Unis d’Amérique : il n’y a rien par delà le
Bien et le Mal. Bien sûr, mon propos tend à considérer
le coup de blues comme un mal de part son caractère
dangereux, et pourtant il n’a rien de commun avec le
Mal, valeur sans ambiguïté qui justifie son existence par
le maintien du Bien en tant que concept populaire. Et le
représentant par excellence du Mal, celui qui préserve
l’Amérique, c’est l’ennemi.

Deuxième témoin, Marty, inspecteur de police de la
série True Detective et dont la vie défile sous ses
pieds :
« Le travail, la famille, les enquêtes… Je commence à
m’dire… Y’a que je file sur mes quarante et c’est
comme si j’étais dans la peau du coyote dans les
cartoons, comme si je courrais au-dessus du vide et
tant que je lève les yeux et que je continue de courir,
je peux peut-être m’en tirer mais… Je suis
complètement pommé. »
On assiste là à ce qui est communément appelé la
« crise de la quarantaine » et les mots parlent d’euxmêmes. Dans les deux cas, on retrouve l’idée d’un
chemin, de trajectoire de vie jalonnée par plusieurs
étapes clés. La thématique de la route est tellement
récurrente dans l’imaginaire collectif de cette
nation… Lorsqu’on est jeune, tout s’enchaîne et ces
deux personnages ne le sont plus. Le réveil est dur. Il
n’est pas facile de relativiser l’importance de ce qui a
fondé notre vie et ce cher Marty n’arrive d’ailleurs
pas à envisager l’arrêt du véhicule. Si on arrête la
marche en avant, on tombe. Le coup de blues est
interdit.
Ces mots sonnent comme une prise de conscience du
blues, or le gêne de la civilisation américaine, inscrit en
chaque citoyen tel un surmoi, tolère mal l’égarement.
Ce gêne est clivant, à l’image de l’Amérique, et

par HYDE / www.facebook.com/omegahyde

Pour éviter le coup de blues, l’Amérique a besoin d’un
ennemi, car si le coup de blues plonge la victime dans

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une forme d’isolement, l’Amérique doit à tout prix
l’éviter. L’ennemi permet de préserver la fameuse
dynamique, il est celui auquel on fait face et sa présence
induit l’état d’alerte, un qui-vive rendant le coup de
blues fatal. De l’ennemi peut venir le coup, mais pas le
blues car l’ennemi est ce corps extérieur, objet de la
riposte, vers lequel l’Amérique tend comme un seul
homme au moment de laver l’affront et de rendre
justice. Si le coup ne vient pas d’un corps extérieur, le
blues n’est pas loin. Lorsqu’un adolescent entre dans le
réfectoire d’un highschool pour fusiller à tout va, on ne
sait pas contre qui riposter, et encore moins contre quoi.
Il s’agit alors de se questionner, longuement quand on a
affaire au processus éducatif profond de la plus
puissante démocratie du monde. Le coup est rude et, à
l’image de celui qui ne veut pas se retrouver seul par
peur de se regarder, l’Amérique a le blues.
Les américains redoutent plus le blues que le coup, le
coup est synonyme pour eux de reconstruction, c’est-àdire de dynamique économique, sociale et morale.
Puisque les ennemis au sens classique se font plus rares,
l’Amérique contemporaine semble même prête à se
porter elle-même le coup pour éviter le blues. Comme
celui qui se pince pour se réveiller. D’ailleurs c’est tout
le système économique de ce pays qui paraît bâti autour
du couple « crise – reprise », un véritable capitalisme de
crise permettant notamment de trouver de nouvelles
sources de croissance. Car, aussi triste que ce soit, une
destruction appelle nécessairement une force productive
en vue de la reconstruction. Et qui dit production dit
croissance. Ainsi une marée noire contribue à gonfler la
croissance. Un exemple qui, pris de manière isolée,
transforme notre sacro saint indicateur de réussite
économique en outil obsolète. La crise est donc un
réflexe défensif de la civilisation américaine contre la
perte de rythme, le changement de rythme, le blues.
Après tout, la dynamique de conquête qui précède
l’éclatement d’une bulle va si bien au cowboy. Le
problème étant toujours que les américains se voilent la
face en remettant le courant, mais n’acceptent pas la
phase de transition, de blues, de deuil qui refonde une
société et met en lumière les limites d’un système voire
d’une civilisation. Finalement, un coup de blues est ce
qui pourrait leur arriver de mieux.
D’un point de vue cinématographique, l’Amérique a
institutionnalisé la gestion du coup. Des extraterrestres
aux allemands puis aux russes et aux terroristes
islamistes, en passant par les catastrophes naturelles,

nucléaires ou encore la transformation du genre humain
en hordes de zombie, le cinéma américain a traité de
toutes les façons possibles d’en terminer avec sa patrie.
Tous ces films sont autant de manuels de la conduite à
tenir en cas de coup, autant de produits qui intiment la
marche à suivre aux masses.
Bien sûr, toute la production culturelle américaine
n’adhère pas à cette culture dominante et il existe une
réelle contre-culture aux Etats-Unis. Le premier courant
qui me vient à l’esprit, c’est la beat generation avec ses
Jack Kerouac et autre Neal Cassidy. Tout ce qui sort de
ce mouvement m’insuffle littéralement la vie quand j’y
touche mais je ne peux m’empêche de penser que la
beat generation, en tant que contre culture, a les mêmes
démons que la culture dominante : encore et toujours
cette activité incessante. Tel père tel fils dirait on. Il n’y
a qu’à s’appuyer sur l’œuvre de Kerouac Sur la route
pour illustrer ce rapprochement. Des jeunes dévorés par
la fureur de vivre, sans foi ni lois qui dansent, boivent,
fument et prennent tout ce qui passe dans tous les sens
du terme. Ils bougent d’une ville à l’autre, assez vite
pour ne pas prendre racine, assez longtemps pour
s’éclater. Et par s’éclater, j’entends partir dans tous les
sens, soit être constamment en route, sur la route.
J’entends aussi s’éparpiller, or comment sonder une
âme fragmentée   ? Ces jeunes ont tout aussi peur du
blues que leur mère patrie, ils feintent de vivre l’instant
présent mais projettent la mort comme une échéance et
la vie comme un espace vide à remplir d’ici là. Ils
n’acceptent pas le vide et c’est comme si, à travers ce
live fast die young qui leur fait office de devise, ils
cherchaient à mourir avant la crise de la quarantaine. Il
y a donc un point commun entre cette contre culture et
la culture dominante aux Etats-Unis : l’allure.
L’Amérique toute puissante s’est construite sur des
conquêtes, des performances, des comparaisons et des
ennemis externes   ; autant d’étapes qui ont nourri les
mythes fondateurs, carburant indispensable aux
mécanismes sociaux anti-coup de blues. Mais voilà,
l’Amérique est aujourd’hui son propre ennemi et sa trop
vive allure la promet au précipice. Ne lui reste qu’à
faire demi-tour pour changer de route et c’est là que
débute ce vaste pèlerinage qu’est le blues.
J’aurais pu conclure l’article sur cette phrase mais,
puisque je suis libéré de toute contrainte formelle, je
suis prêt à sacrifier une belle conclusion pour continuer
d’écrire.

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cette coloration et elle doit lever le voile et voir la
noirceur de son âme. Il y a aujourd’hui une Amérique
qui subit l’Amérique, peut-être autant que les esclaves
noirs dans les champs de coton. D’une certaine façon il
y a toujours des places attribuées dans le bus. Cette
Amérique là, tel un membre qu’on laisse pourrir, est
bien obligé d’accueillir le blues et il ne reste plus que la
musique pour pleurer… En espérant que la mélodie
cesse un jour.
Je n’arrive pas à conclure. Je laisse donc un grand
auteur américain, obscur peintre de son pays et de son
époque, le faire pour moi. Ces lignes sont signées Philip
Roth dans la Pastorale américaine et relatent l’état
d’esprit d’un homme, incarnation du rêve américain,
dont la fille, incarnation du rejet de ce rêve, a choisi la
voie du terrorisme. La lumière de la réussite l’a aveuglé
et à son réveil, c’est un monde qui s’écroule :

Selon moi, puisque je n’ai pas assez donné mon opinion
personnelle, l’Amérique ne pourra accepter le coup de
blues tant qu’elle ne se sera pas accepter elle-même et
cette acceptation passe par la fin du déni, la fin du rêve
américain. Après des années de fuite en avant, pas facile
de s’arrêter pour se regarder dans le rétro ; le bluesman
lui, a le blues et n’en est pas à son coup d’essai. Il l’a
accepté et c’est un sentiment dont il s’accommode. Pour
accepter le blues, il faut accepter de regarder la noirceur
du monde et de son âme, puis de faire naître
l’interaction entre cette partie et le tout. Accepter que
l’on vit dans un monde corrompu et que sa noirceur
colore notre âme, que le monde est corrosif. Le corps
collectif de la nation américaine n’est pas à l’abri de

« Lorsque l’inexplicable s’était enclenché, le tourment
de l’examen de conscience n’avait plus eu de fin. Les
réponses avaient beau être bancales, il n’était jamais à
court de questions, lui qui auparavant n’avait aucune
interrogation significative. Après la bombe, il fut
incapable de prendre la vie comme elle venait, de croire
que la réalité n’était pas si différente des apparences. Il
se prit à se rappeler le bonheur de sa propre enfance. La
réussite de son adolescence, comme si c’était là la cause
de leur malheur. Lorsqu’il approfondissait, tous ses
triomphes lui paraissaient superficiels ; plus surprenant
encore, ses vertus même lui semblaient des vices. Il n’y
avait plus d’innocence dans ce qu’il se rappelait de son
passé. Il comprenait que les mots disent moins ou
davantage que ce qu’on voudrait. Que les actes ont un
effet moindre ou plus grave. Les paroles et les actes ont
des conséquences, certes, mais pas celles qu’on
voudrait. »
Et quelques lignes plus loin, je tiens ma conclusion :
« Sa vie était une pensée de bègue, elle divaguait, elle
échappait à son contrôle. »
Antoine


«This ain’t a hate thing, it’s a love thing » Blasé, Archie Shepp
Comme si tu étais tout, tu envahis ma pensée,
occupation tyrannique, tu prends toute la place.
Comme si tu étais tout, alors que tu n’es rien.

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Eloïse Coussy / eloo33.wix.com

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Si vous voulez participer
• Création absolument libre
• Participation ponctuelle ou
régulière
• Tous supports imaginables :
dessin, poème, photo, collage,
nouvelle, écrit farfelu ou
grave, blague, critique, citation, etc.
• Tous genres confondus : historique, social, politique, poétique,
satirique, scientifique, humoristique, tragique, définition, etc.
• Environ une parution par mois : le présent numéro est sorti le 10
mars, donc vous avez environ un mois pour nous envoyer vos
productions. La date de clôture de la participation sera annoncée
plus précisément dans le cours du mois sur Facebook et sur le site
wordpress.
• Signez (comme vous voulez) si vous voulez.
• Toute idée est bienvenue.
Si vous souhaitez réagir à l’un des contenus ou bien si cela vous a
inspiré quelque chose que vous souhaiteriez voir publié, on réserve de
la place pour les réponses dans le numéro qui suit. Vous pouvez faire
bouger un peu le site internet et la page Facebook en vous y exprimant,
sans retenue.
Pour nous contacter, vous pouvez utiliser la boite mail de Fin de partie
: de.partie.fin@gmail.com, le site revuefindepartie.wordpress.com ou via
Facebook sur la page Fin de partie.

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Eloïse Coussy / eloo33.wix.com

On vous rappelle que Fin de partie est un fanzine participatif, donc n’hésitez pas à vous laisser inspirer
par le thème du prochain numéro :

« Et la tendresse ? »
L’impression de ce numéro a été possible grâce à l’aide de l’Université Bordeaux Montaigne.

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