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P002-003_REB_221_Mise en page 1 19/02/15 16:09 Page3

N°221

MARS 2015
ÉDITO
Aline Gérard,
rédactrice en chef.

Cherchez l’insulte !
“Il y a dans cette société une majorité de femmes, pour beaucoup illettrées”, lançait en
septembre dernier, sur Europe 1, le jeune ministre de l’Économie Emmanuel
Macron. Les mots étaient lâchés et la polémique lancée. Les journaux et le Web
s’enflammaient : comment cet ancien banquier d’affaires, empli de suffisance, osaitil traiter d’illettrés des salariés de l’usine Gad en difficulté ? Non seulement ces
ouvriers se retrouvant sur le carreau étaient bafoués dans leur dignité mais pire,
c’était la Bretagne tout entière qui venait d’être insultée.
Il n’est pas question ici de savoir si le ministre décrivait ou non une réalité. Ou
encore si l’ensemble de ses propos, sur “ces gens-là”, étaient simplement maladroits
ou réellement teintés de mépris. Et si dans la bouche d’un autre personnage
soulevant moins d’a priori ils seraient passés inaperçus.
Mais faux procès ou pas, cette polémique en dit surtout
long sur le regard que porte notre société sur l’illettrisme.
Non, en tant que Bretonne, je ne me suis aucunement
sentie humiliée. Non par défaut d’empathie, mais parce
que je n’entendais pas dans ces mots une insulte.
Bien sûr, on peut comprendre que les personnes concernées aient mal vécu d’être ainsi stigmatisées. Il n’est
pas rare dans notre pays d’entendre encore parfois des
individus traiter ceux qu’ils méprisent de “bandes d’illettrés”, comme ils leur affubleraient le titre “d’incapables”
ou “d’imbéciles”.
Comment dans ces circonstances, alors que les foules s’accordent pour dire que le
ministre est allé trop loin, ne pas vivre l’illettrisme comme une chose qu’il convient
de cacher, par peur d’être jugé ?
De nombreux facteurs peuvent pourtant conduire à perdre les mots : un blocage à
l’école, l’oubli à force de ne plus pratiquer, puis les parades comme une fuite en
avant… Jusqu’au jour où, comme Gérard Louviot qui témoigne dans notre enquête
sur le sujet (page 28), on parvient à en parler et à se former : “Je me suis demandé
pourquoi je ne l’avais pas dit plus tôt ! Ce fut la plus belle année de ma vie, j’ai
découvert les mots.”
Tant que l’on ignorera que “ces gens-là”, ce sont potentiellement chacun d’entre
nous, que ce sont aussi bien des cadres que des ouvriers de tous secteurs. Tant que
l’illettrisme sera considéré comme une insulte, les concernés s’enfermeront dans le
mutisme, sans pouvoir avancer.
Non, dire de quelqu’un qu’il est illettré n’est pas l’insulter !
Alors n’ayez plus honte !

Comment l’ancien

banquier d’affaires,
empli de suffisance,
osait-il traiter d’illettrés
des salariés de l’usine
Gad en difficulté ?

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REBONDIR N° 221 MARS 2015 -

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