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INTRODUCTION GENERALE

Le secteur de la construction a souvent défrayé la chronique, mais on a peu fait la chronique
de la construction. Il semble qu’on n’en connaisse que les phénomènes extrêmes : réalisations
grandioses (type viaduc de Millau), « affaires » judiciaires (corruption, « coups de filet » dans
des entreprises employant des sans-papiers...), faits divers tragiques (chutes de grue,
effondrement de bâtiments). Mais la routine du travail de la construction demeure obscure.
C’est d’elle pourtant qu’émergent les éclats disparates qui nous parviennent à l’occasion. Et
ce sera le personnage principal de cette thèse : il faudra la décrire en évitant tout exotisme, et
en éliminant les tautologies qui consistent à expliquer ce qui se passe sur les chantiers par « la
culture particulière du bâtiment ».

C’est une question classique qui est posée ici : comment gère-t-on et mobilise-t-on la maind'œuvre dans le bâtiment ? Mais il ne s’agit pas d’un manuel de management, car il y sera
beaucoup question des personnels dont les managers, précisément, ne veulent plus s’occuper :
les sous-traitants, les intérimaires, tous ceux qui ne participent à aucune « culture
d’entreprise » consacrée, n’ont de lien avec aucune direction des ressources humaines.
Travailleurs « extérieurs » dit-on parfois, bien qu’ils soient de plus en plus nombreux, souvent
majoritaires sur les chantiers, et œuvrent au cœur du processus de production. Travailleurs qui
malgré tout, comme les autres, font l’objet d’une gestion, certes plus décentralisée, moins
formalisée, moins « manuelisée » – et peut-être moins avouable. Il sera question ici des
modalités de leur venue dans le bâtiment, des forces qui les poussent à partir ou les
contraignent à rester, de leurs relations avec les hiérarchies, de leurs résistances, de leurs
accommodements.

Le tout ramassé dans une thèse : 1) Les entreprises du bâtiment ont tendance à n’employer
qu’une minorité des effectifs qu’elles utilisent, la destinant à encadrer les autres personnels.
Tous ceux qu’elles se refusent de salarier directement sont relégués dans des réseaux plus
précaires d’emploi. La discipline de ces derniers provient avant tout de la contrainte qui pèse
sur eux, et qui prend plusieurs formes : menace du chômage, fragilité du séjour en France
puisqu’il s’agit très majoritairement d’immigrés, contrôle sur le chantier. La question que les

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