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Perspectives culturelles

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Présentation
Il existe en France un gigantesque malentendu sur Charles Baudelaire, un malentendu exprimé par
exemple en février 2012 par Marine Le Pen : « Le livre sur ma table de chevet, ce sont les Fleurs du mal
de Baudelaire et je ne suis pas une droguée syphilitique. » Telle est la triste image accordée à Charles
Baudelaire par l'idéologie dominante : il ne serait qu'un demi-fou, consommant du haschisch et de
l'opium, écrivant des poètes hallucinés dont le sens échappe nécessairement, lui-même ne vivant que dans
une grande dépression, une grande détresse.
Une telle vision est, bien entendu, erronée, elle est le fruit d'une reconstruction de la figure de Charles
Baudelaire, sans juste compréhension de son époque, de la culture de son époque, de l'idéologie
dominante. En réalité, Charles Baudelaire était particulièrement critique des drogues, sa seule
perspective étant la quête esthétique de l'idéal. Il est souvent présenté comme quelqu'un préfigurant le
symbolisme, cependant il est surtout une grande figure du romantisme. S'il fallait définir Charles
Baudelaire, alors il faudrait dire : c'est un romantique. Il voit bien que la bourgeoisie qui domine se
moque de l'esthétique, même si certains esprits jouent aux mécènes. Alors il cherche dans les marges une
certaine vérité, à défaut de la rechercher dans le prolétariat – c'est là qu'il est un romantique et non
quelqu'un ayant le même parcours que Karl Marx (né en 1818, Charles Baudelaire étant né en 1821).
Charles Baudelaire explique ainsi que : « Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu'il soit
volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis
qu'il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie non voulue, inconsciente, et que c'est cette
bizarrerie qui le fait être particulièrement le Beau. »
Cela l'amène d'un côté à l'idéalisme le plus complet, à la croyance d'un monde mystique parallèle –
comme dans « Correspondances », dont le principe est emprunté au mystique suédois Emmanuel
Swedenborg (1688-1772), et dont la conception est expliquée de manière extrêmement approfondie dans
le roman Séraphîta d'Honoré de Balzac, qui est pratiquement une œuvre de philosophie très avancée,
d'une grande complexité. Parfois, Charles Baudelaire utilise la mise en avant des aspects négatifs pour
souligner la dimension positive — une démarche tout à fait mystique, celle d'une certaine interprétation
de la Kabbale juive, reprise par des courants magico-religieux. C'est particulièrement apparent dans le
poème « Une charogne », où l'on a l'impression fausse que Charles Baudelaire célèbre un cadavre
pourrissant, alors que les derniers vers montrent qu'il célèbre le caractère éternel de la personne, de son
âme, au-delà du corps. Il est vrai qu'ici Charles Baudelaire a, comme on dit, tendu le bâton pour se faire
battre, et son mysticisme le fait aisément passer pour quelqu'un du même ressort que le protagoniste du
roman Le Horla de Guy de Maupassant.
Toutefois, sa situation amène aussi Charles Baudelaire à une critique sociale, au nom du beau, qui tend
nettement à rejoindre les exigences du marxisme. Dans « Le mauvais vitrier », si Charles Baudelaire a
une attitude personnelle préfigurant clairement la posture fasciste, sa critique du vitrier a une résonance
communiste : « Enfin il parut : j’examinai curieusement toutes ses vitres, et je lui dis : « — Comment ?
vous n’avez pas de verres de couleur ? des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de
paradis ? Impudent que vous êtes ! vous osez vous promener dans des quartiers pauvres, et vous n’avez
pas même de vitres qui fassent voir la vie en beau ! » »
Charles Baudelaire est ainsi un véritable romantique, avec deux aspects très prononcés, qui s'expriment
finalement dans Les Fleurs du mal particulièrement « esthète » et mystico-religieux, et un Spleen de
Paris qui confine parfois à un réalisme brillant. En ce sens, Charles Baudelaire présente d'une manière
certaine les contradictions de l'artiste dans la société bourgeoise : la position de l'artiste, qui vit aux
dépens de la bourgeoisie et de son idéalisme mais tente d'aller plus loin et d'être concret, est celle du
peintre de la nouvelle Le Chef-d’œuvre inconnu d'Honoré de Balzac. Sans doute que pour comprendre
Charles Baudelaire, et tous les romantiques, il faut commencer par cette nouvelle, tout au moins pour
comprendre véritablement leur exigence d'absolu et leur échec idéaliste. Après, on pourra s'interroger sur
la nature de leur mysticisme, justement présenté par Honoré de Balzac dans le roman Séraphîta. Mais ce