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Chapitre un
Sam se tapit dans l'ombre de broussailles. La silhouette tordue passa devant elle sans
la remarquer. La tentation de foncer et de frapper effleura les pensées de la jeune femme,
mais elle la jugea imprudente. Son ventre rebondi l'encombrait et gênait ses mouvements, la
créature en elle ne cessait de bouger, surtout la nuit, et la fatigue consécutive altérait les
réflexes indispensables à une attaque. Dépitée, elle regarda s'éloigner la malade. Du sang
couvrait son visage et ses mains, tachait ses vêtements en lambeaux, elle avançait sans but
véritable, hormis celui de dénicher de la viande.
Sam l'envia un instant, elle avait faim aussi, encore plus depuis le début de sa
grossesse. Cet enfant, elle n'avait pas encore décidé de son avenir. Elle ne le voulait pas,
c'était sa seule certitude. Une idée lui venait bien parfois, mais elle la repoussait de toutes
ses forces. Le meilleur moyen trouvé pour calmer son esprit était de dégotter un animal. Elle
avait découvert une pâture depuis plusieurs semaines. Des moutons y étaient parqués. Des
bêtes laissées à l'abandon, comme tout. De la nourriture facile, surtout dans son état. La
clôture qui entourait le pré les avait protégées d'attaques sauvages, un ruisseau pourvoyait à
leur abreuvement. Elles avaient maigri avec le manque d'herbe et les années, mais des
agneaux naissaient régulièrement.
Après s'être assurée qu'il n'y avait plus de danger aux alentours immédiats, elle se
remit en marche. Le pré jouxtait le bois, non loin, et elle ne rencontra plus âme qui vive,
hormis les oiseaux et les insectes volants. Ceux-ci s'étaient multipliés les derniers mois. Seuls
à bénéficier d'une relative sécurité, ils avaient vu le nombre de leurs prédateurs diminuer.
Les zombies appréciaient toutes les viandes pourvu qu'elles soient vivantes, et les
mammifères ou les rongeurs apparaissaient souvent sur le menu. Par un phénomène
étonnant, ceux-ci peinaient à détecter la présence de leurs nouveaux agresseurs.
Sam détestait ce mot. "Zombies" ne représentaient pour elle que monstres imaginaires
exploités dans le cinéma bis ou la littérature de genre. Elle aurait préféré un autre terme, un
qui dépeindrait la réalité actuelle. Mais l'appellation s'était imposée dans la citadelle, et elle
avait fini par l'utiliser aussi. Au fond, elle décrivait bien ce qu'étaient devenues toutes celles
touchées par le virus. Des êtres dépourvus de toute conscience, abêtis dans leurs capacités
mentales, mais dotés de plus de force qu'auparavant, et surtout animés d'un appétit
insatiable pour une alimentation carnée. Leurs proies préférées, ou les plus faciles à repérer
et attaquer, étaient les hommes. Sam les comprenait, elle éprouvait la même envie, jusqu'à
présent, elle y avait résisté. Les animaux suffisaient à la rassasier, autant pour la faim
normale que pour celle conséquente à la maladie.
Sa nourriture à quatre pattes attendait sagement son arrivée. Sam prit son temps pour
repérer sa proie, une bête jeune où l'on devinait encore l'agneau, un peu isolée du troupeau.
La suite se révéla aussi facile que les fois précédentes. Les ovins oubliaient le danger qu'elle
représentait et, conditionnés par des décennies de domestication, se laissaient approcher
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