LE DJURDJURA, A TRAVERS L’HISTOIRE .pdf



Nom original: LE DJURDJURA, A TRAVERS L’HISTOIRE.pdfTitre: Le Djurdjura à travers l'histoire : depuis l'Antiquité jusqu'à 1830 : organisation et indépendance des Zouaoua (grande Kabylie) / S. A. Boulifa,...Auteur: Boulifa, Ammar ou Saïd (1865-1931)

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COURS DE LANGUE BERBÈRE
A LA FACULTÉ DES LETTRES D'ALGER
ET A L'ÉCOLE NORMALE DE BOÙZARËA

CHARGÉ

DU

À. 3Li & E!ï&

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7, BOULEVARD Ï>E FRANCE, 7 - TÉL. 12-73

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LE DJURDJURA
A TRAVERS L'HISTOIRE

(depuis l'Antiquité jusqu'à IÔ3Q)

DU MEME AUTEUR
OUVRAGES

Méthode de langue kabyle

:

Cours de première année (2e édition) ; Grammaire, Exercices
et Dialogues. A, JOUBDAK, Alger.
2° Cours de deuxième année: Etude linguistique et sociologique
sur la Kabyiie du Djurdjura (texte, zouaoua avec glossaire). A. JounDiVN, Alger.
Lexique Icabyle-irançais (extrait; A. JOJJBDAK, Alger. „,-,


Recueil

cle

Poésies fcafoyles, précédé d'une élude sur la femme

berbère cl d'une notice sur le chant kabyle (airs en musique).
A- JOUKDAK, Alger, (épuisé)

Texte J3erï3ûï"s 3« ï'At'as marocain, élude languislique

cl

sociologique des ChL-nfi marocaine, ;:v;,c tradiiciion et observations gri'iinma'ikaies, Glissai ic. K: LKROUX, Paris.

ÎSSMOIFvES

Mémoire

KEÎT

l'EnseigneErent des Indigènes en Algérie

(réponse à une critique .parlementaire) paru clans le Bulletin de.
VEnseignement des Indigènes: Editeur. Adolphe JOUHDAN. 1897,
A'iger.

Katioun d'Adni, texte et traduction avec notice historique, publié

dans le Recueil de Mémoires cl de Textes de l'Ecole des Lettre s et
des Médersas, édité en l'honneur du XIV0 Congrès international
des Orientalistes, tenu à Alger en 1905.
Notice sur les Manuscrits berbers du Maroc (Mission,
Maroc), parue dans le Journal Asiatique, 1905, Paris.
Notice sur l'Inscription iibyque d'Ifïr'a (Mission, Haut-Sebaou)., Revue Archéologique, de Perrot et S. Reidach. Paris, 1909.
NouvevUix. documents archéologiques : Stèlcx et inscriptions
libuqiie (Mission, Haut-Sebaou}, Revue Africaine (1er trimestre
1911).

Nouvelle Sïlssion archéologique en Kabyiie

Rapport
adressé à M. le Ministre de l'Instruction publique et des BeauxArts, pufaiié dans le Bulletin afcliéologiquc du Comité des travaux historiques et scientifiques., eu 1912, Paris.
Trésors magiques de Kabyiie.. prochainement dans Revue
Africaine.
:

ORGANISATION ET INDÉPERDARCE

DES ZOUAOUA
(G R A.7ST DE

KABYLIE)

Avec tin© oarte liors texte
S. A.

BOULIFA

COURS DE LANGUE BERBÈRE
A LA FACULTÉ DES LETTRES D'ALGER
ET A L'ÉCOLE NORMALE DE BOUZARÊA

CHARGÉ

DU

.A. I_i

O E3 R,

IMPRIMEUR-ÉDITEUR
7, BOULEVARD DE FRANCE, 7 - TÉL. 12-73

J. BRINGAD,

19S5

Aux Maîtres
et à la Jeunesse
de nos Écoles Kabyles

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qu'elle aime
volontiers, mais le
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leurs brèches et à
consolider
prolifique et active
Garlamanics
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de voir le; Zouaoua
conte ll'amouda

Khaïr-Eddln
Imaziren,
imohhar,
la tyrannie
qu'il aime
volontiers, le moindre
abus
leurs brèches, à consolider
prolifiques et actives
Garamaiites
Souama'
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l'on peut piller
le Zouaoui
d'arriver à se dégager

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des Biban
devant Bougie ; cédant
qu'elle ne s'étendît
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recueil
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qu'il fait dé l'usage de
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Autant la prise d'arme
de 1857, inspirée par...
l'imam El-Mahdi

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des Bibans
devant Bougie oédant
qu'elle ne s'étendit
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qu'il fait de l'application de la liberté
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AVERTISSEMENT

la suite de l'importante découverte de l'inscription libyque d'Ifir'a (1), inscription que j'ai eu
l'honneur de faire connaître dès 1909, je sollicitai
et obtins une mission d'exploration.
A

En quête d'autres inscriptions rupestres intéressant la Kabyiie ancienne, je fus trois fois de
suite' chargé officiellement de faire dans ce but
de nouvelles recherches dans le Haut-Sebaou.
Rayonnant autour d'Azazga, je fus amené à pous-

ser mes investigations jusqu'aux extrêmes limites
de la commune.
Portant mes efforts d'investigations sur le massif de Thamgout', je visitai les territoires d'un bon
nombre de tribus situées sur les deux versants de
la chaîne. Je parvins ainsi, de Makouda jusqu'à
Kebbouch, de Koukou jusqu'au col d'Akfadou,, à
explorer une vaste région où les traces de civilisations anciennes se rencontrent encore à chaque
pas.
La communication en fut faite à l'Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres par M. Gagnât dans la séance du
mois dé Décembre 1910.
(Voir sur l'importance de cette inscription la notice parue
dans la Revue archéologique, Paris, 1909).
(-1)

Mes enquêtes

sur les « dessins et écrits rupestres » se faisant surtout auprès des habitants du
territoire où le hasard me conduisait, il m'arrivait la plupart du temps, usant de l'hospitalité
des habitants, de coucher en tribu. Dans une de
mes pérégrinations à travers les territoires de la
tribu des Aïth-Djennad, je me vis un jour obligé
de demander l'hospitalité à la Zaouia de Sidi-Mançour de Thimizar, où je fus très aimablement reçu
par le personnel et surfont par son honorable et
distingué directeur, le chikh Daoui Sid Ah'med
ben Moh'ammeà.
Agé d'une cinquantaine d'années au plus, le
Chikh Sid''Ah'med a la physionomie 1res ouverte

et sympathique ; il est d'un commerce très agréable. Esprit large, affable, et serviable, instruit et
tolérant, il me fit très aimablement les honneurs
de son établissement que je ne comnaissais que
de nom. Apprenant ma qualité d'universitaire,
il s'empressa de me faire visiter son école coranique ; il me permit même de photographier un
groupe de ses élèves composé de jeunes gens de
12 à 25 ans.
Cette Zaouïa qui n'a plus la prospérité d'antan, ne se maintient que par les sacrifices que
s'impose la famille maraboutique de Thimizar
qui, .depuis l'origine, est chargé d'assurer son
existence morale et matérielle.
Avec un personnel fort réduit (le Chikh

et l'Ou-

elle.arrive à peine à recruter une vingtaine
d'élèves, tous originaires du pays.

k-il)

— III —

intéressé au fonctionnement de son
établissement, il me donna tous les renseignements que je lui demandais ; et, pour me- permettre de mieux fixer particulièrement mes idées sur
le fonctionnement et l'organisation de sa zaouïaécole, il rédigea' pour me le communiquer ensuite
un petit, mémoire où sont relatés avec une'notice
sur la vie du saint fondateur Sidi-Mançour, les
principaux articles du règlement intérieur de la
zaouïa.
Me voyant

Faire connaître ce k'anoun scolaire et déterminer avec précision l'époque de la venue de SidiMançour, en Kabyiie, telles sont les causes initiales de ce travail. Outre l'intérêt particulier que
présente un k'anoun inédit, des faits historiques
relatifs à la zaouïa aussi bien qu'à la tribu étant
aussi mentionnés dans ce manuscrit, je ne crois
pas devoir mieux faire que d'essayer de jeter un
coup d'oeil sur le passé de la tribu des Aïth-Djennad, qui occupe un territoire où le3 anciennes
civilisations (phénicienne et surtout romaine) ont
laissé des traces que ni le temps, ni les hommes
n'ont pu effacer.
Dellys, Azeffoun et Djema'a-Sahridj, sont des
centres connus dès l'antiquité, et qui se trouvent
précisément sur les limites extrêmes de la tribu
Aïth-Djennad. Le territoire de cette tribu se trouvant au milieu de ces trois centres, il s'ensuit que
le passé historique des Aïth-Djennad eux-mêmes
ne peut être relaté sans passer en revue l'historique de chacune de ces contrées.



IV



et Djema'a-Sahridj, ne peuvent être utilement, étudiés et examinés dans leur
passé qu'en parcourant- l'histoire générale de la
Kabyiie duvDjurdjura. Quoique celle-ci limitée à
quelques épisodes militaires à peine connus ne
facilite guère l'élude particulière d'une tribu KaOr, Dellys, Azefl'oun

nous allons essayer, selon les faibles
moyens dont nous disposons, de chercher à déga-.
ger de cet ensemble ce qu'ont pu être les BeniDjennad qui de nos jours occupent la partie maritime de la Kabyiie.

byle,

Malgré la particularité de sa situation géographique et. de son régime social, cette Kabyiie a un
passé qui la. lie intimement à la vie politique el.
militaire du Moghrcb Centrai que les anciens
appelaient M-aurtîlauie Césarienne. Les fameux
Quinqucgentiens qui avaient glorieusement résisté à la domination romaine étaient les « cinq tribus 11 légendaires du Djurdjura.
Les renseignements que nous possédons sur
les premiers temps de celte Kabyiie sont, plutôt
vagues et nous n'en parlons que pour mémoire.
Quant aux faits relatifs à l'histoire moderne et
môme du moyen âge, certains documents d'auteurs arabes et européens nous permettent de
constater que la Kabyiie du Djurdjura loin d'avoir
vécu dans l'isolement et l'oubli, a été intimement
mêlée aux principaux événements qui se sont déroulés dans ce Moghreb central. Aussi nous estimons que c'est dans les annales de Bougie et
d'Alger qu'il faut particulièrement glaner pour

retrouver les traces de l'activité déployée par les
Montagnards contre la domination étrangère.
De l'Est comme de l'Ouest, des tentatives de
conquête ont été, certes maintes fois exercées contre le Djurdjura, mais la résistance opiniâtre de
ses habitants empêcha l'étranger envahisseur d'y
prendre pied et d'y imposer ses volontés et ses
lois. Jusqu'à 1857, ce Djurdjura a vécu libre et
indépendant.
Préciser les luttes que les Zouaoua soutinrent
pour défendre leurs libertés sociales et politiques,
dégager et fixer les principaux faits historiques
relatifs à l'indépendance kabyle toujours animée
eL maintenue par un idéal démocratique, tel est le
but de nos recherches.
Quant à la tribu des Aïth-Djennad sur laquelle
est basée notre esquisse historique, le manque de
documents précis ne nous permet d'émettre que
des hypothèses et sur son âge et sur ses origines.
Limitrophe des Aïth-Fraoussen et des Aïth-R'oubri qui l'empêchent de s'étendre vers le sud, la
tribu des Aïth-Djennad reste accrochée aux flancs
de Thamgout', pilon auréolé de mille légendes et
au pied duquel se remarquent encore les ruines de
l'antique Rus-Uzus. Ayant souvent servi d'intermédiaire entre la; mer et le Haut-Sebaou, la tribu a
joué un certain rôle dans les relations que cette
partie de la Kabyiie a eues avec l'extérieur. Et
aussi le passé militaire et politique des Aïth-Djennad reste-t-il intimement lié à la vie politique et
administrative de Dellys et de Koukou,

VI—
Dès le XII* siècle, sans parler du passage des
Romains en Kabyiie, l'influence exercée sur le
Djurdjura par- les princes H'emmadiles, H'afsides
et Abd-El-Ouadites mérite d'être notée et fixée par

l'Histoire des peuples luttant pour leur indépendance. Plus résistant que leurs frères les Sanhadja refoulés, les Zouaoua ont empêché les
Beni-Hélal de s'étendre vers le Nord et de s'emparer des deux Kabylies.
Le Djurdjura du moyen-âge luttant toujours

pour sa liberté, après avoir pris fait et. cause pour
Bougie contre Tiemcen, ne manquera pas de défendre également Koukou contre les visées et tentatives de la domination turque.
Noter les faits et en dégager les conséquences
politiques aussi bien pour la Kabyiie que pour les
conquérants de Bougie ou d'Alger, est une tâche
qui n'est pas souvent aisée, car les quelques faits
historiques cités par les auteurs ne sont pas toujours explicites quant au sens du rôle joué en la
circonslance par les montagnards.
Quoi qu'il en soit, notre documentation

sur la
•matière nous paraît assez solidement étayée, car
la source de nos renseignements est basée sur les
meilleurs auteurs de l'Histoire de l'Afrique du
Nord.

Parmi les ouvrages ou travaux consultés pour
les périodes ancienne et moderne de l'Histoire Kabyle, nous citerons, entre autres, ceux des auteurs suivants :

— VII

1'

—=

IBN-KHALDOUN ABD-ERRAH'MÀN.

Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique Septentrionale. Traduction
par de Slane, 4 vol. gd in-8, Alger 1852-1886.
2" 1»N-KHALDOUN ABOU-ZAKARIA (frère du précé-

dent).

Histoire des Béni Abd-El-Wad, Rois de Tlemcen.
Traduction par A. Bel, 1 vol. in-8, Alger 4913.
3° FOURNEL.

Etude sur la Conquête de l'Afrique par les Arabes et. recherches sur les tribus berbères qui
ont occupé le Moghreb Central. In-4, Paris 1854.
4° G. BOISSIER.

Afrique romaine, Paris.
5° A. BEL.

Les Benou-Ghania, derniers représentants de
l'Empire Almoravide. (Bulletin de correspondance africaine, in-8, Alger 1903).
6" P. CLANSOLLES.

L'Algérie pittoresque (partie ancienne),
1843.

Paris

7° L. GALIBERT.
L'Algérie ancienne -et moderne, Paris 1844.
8° CARETTE.
1° Ebude sur

la Kabyiie proprement dite, 2 vol.

in-4, Paris 1848.
2° Recherches sur i'origine et les migrations
des principales tribus de l'Afrique septentrionale, in-4, Paris 1853 (très intéressante).

VHI —•

9° MAC-CARTY.

La Kabyiie et les Kabyles. Alger 1847-48.
E. MERCIER.
Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie),
in-8, 4 vol., Alger 1888-1891.

10°

*l/i°BERBRUGGER.

Les époques militaires de ïa Grande-Kainjlie,
in-8, Paris 1850.
(Ouvrage intéressant traitant spécialement des
événements militaires de la Kabyiie).
12° HAËDO (Prêtre espagnol).

Histoire des rois d'Alger, traduction par de
Grammont, Alger 1881.
13° DE GRAMMONT.
Relations entre la France et la Régence d'Alger .'
Correspondance des consuls d'Alger de 1G0G1742. Alger.

J4"

LE GÉNÉRAL DAUMAS.
La Grande Kabyiie', in-8,

Paris 1847.

E. MASQUERAY.
Formation des Cités chez les populations sédentaires de l'Algérie. (Kabyiie, Aouras et Mzab),
Paris 1886.

15°

2° Chronique d'Abov

Zakaria, Alger, 1878.

16.° HANOTEAU ET LETOURNEUX.
1° La Kabyiie et les coutumes Kabyles, 3 vol.
gr. in-8,, Alger 1872-1873.

2° Chants populaires de la Grande-Kdbylie,

Alger.

—:

ïx —

(Intéressantes notes biographiques sur quelques
personnages Kabyles).
17° DEYÀUX.
Les Kebaïls du Djurdjura, in-12, Paris 1853.
18°

HEKRI BASSET.

Essai sur la LUléralure berbère, Alger 1920.
19° S. GSELL.

1° Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, 4 vol.
Paris 1913.
2° L'Algérie dans l'Antiquité. Alger 1903.

20'

BERNARD LUC.

Le Droit kabyle, Paris 1917.
21°

DEVAULX.

Enlèvement d'un pacha d'Alger par les Kabyles.
Rev. Air. XVII.
22° CARREY.
Récib de Kabyiie (campagne de 1857). Paris
1857.
..28" RïNN.

Marabouts et Khouan, in-8, Alger 1884.
24°

COPOLLANI ET DUPONT.

Confréries musulmanes dans l'Afrique du Nord.
25° Revue Africaine et Encyclopédie Musulmane,
Alger.
De nombreux articles ou mémoires dans Revue
Africaine sur la Kabyiie, entre autres ceux de :
MM.
.

BERRRUGGER. — Un.

Chérif kabyle en 1804 [Bel

H'arch).
AiiCAPiTAiNE.



1*

Djema'-a-Sahrhlj et Beni-Raten,

1859.
2° Notice sur la tribu des Aïth-Fraoucen (1860)
et Colonies noires en Kabyiie, etc..

— Organisation militaire des Turcs en Kabyiie. Notes sur Agha-Yahia.

^<ROBIN.

— Notices : 1° Inscription d'Ifir'a (Revue Archéologique, Paris 1909).
2* Nouveaux documents archéologiques découverts dans le Haut-Sébaou (Revue Africaine
n° 280, Alger, 1911).

BOUHFA.

3° Kanoun d'Adni (Travaux du XIVe Congrès des
Orientalistes, Alger 1904).
4° Etude sur la Femme kabyle, servant d'introduction au Recueil de Poésies kabyles, Alger
1904, etc., etc. -

Nous devons rappeler que de tous les -auteurs
cités ci-dessus, M. Berbrugger est le seul écrivain
qui ait eu l'heureuse idée de réunir et de publier
en un petit volume, édition aujourd'hui épuisée,
les principaux événements militaires relatifs à la
Grande-Kabylie.
Conçu et présenté sous un plan différent, notre
travail, qui traite surtout.de l'Histoire sociologique, n'a rien de commun avec celui de M. Berbrugger qui s'est limité, lui, à noter et fixer les
efforts de domination tentés contre le Djurdjura
par les différents conquérants maîtres de Bougée

^T XI

et d'Alger. Dans ce sens, l'ouvrage de l'éminent
archéologue nous a été d'une grande utilité dans
la détermination de Ja plupart de nos sources.
A la suite de longues et patientes recherches,
nous avons noté et relevé les principaux faits historiques intéressant directement ou indirectement
les Kabyles du Djurjura. De cette documentation
choisie, complétée par nos connaissances personnelles sur l'esprit et le caractère du Berbère en
général et en particulier des Zouaoua du Djurdjura, nous avons essayé, de tous les renseignements ainsi disséminés, d'établir un lien commun
et d'élaborer une espèce de synthèse historique
expliquant clairement l'esprit et le caractère de
l'organisation sociale de nos montagnards actuels.
Nos commentaires sur le sens des luttes soutenues par les Zouaoua ne sont-ils pas la confirmation même de l'histoire et du caractère du Kabyle?
Aussi, espérons-nous que le lecteur suffisammentdocumenté sur le passé e{, l'esprit de la race berbère ne peut que nous savoir gré d'avoir, par
cette esquisse historique, donné un portrait fidèle
du farouche et indomptable Djurdjura.
Devenu français, il y a plus d'un demi-sièc!.3,
ce Djurdjura, doué des qualités les plus remarquables, ne peut plus vivre de cette vie d'antan ;
aujourd'hui, trouvant plus d'espace et surtout
plus de liberté, ses fils donnant libre élan à toute
leur intelligence, ne manquent pas de se faire remarquer par leur activité que d'aucuns, par un
-esprit d'égoïsme bien borné, trouvent déjà un peu
débordante.Cependant,c'est une loi dans l'évolution

— xii —

de l'être humain que le travail et l'intelligence
sont les conditions essentielles à tout homme qui
aspire au mieux-être, au Progrès.
Les efforts dépensés pour la réalisation d'une
vie meilleure sont les beautés mêmes de l'humanité. Admirablement doué par la nature, le Kabyle, comme tous les êtres humains, a le droit et
le.devoir de chercher à perfectionner sa vie et de
tendre tous ses efforts vers la réalisation de son
idéal. Aujourd'hui, comme autrefois, les bienfaits de la civilisation ne le laissent pas insen-

sible.

Engagée dans cette voie, et sous l'égide de la
France émancipatrice, la Kabylie, consciente de la
force de ses ailes, avide d'espace et de liberté,
peut en toute sécurité quitter sa cage séculaire et
s'envoler vers des horizons meilleurs. Son amour
inné pour la liberté, ses luttes pour son indépendance, ses aptitudes de travail et d'ordre, ses qualités de prévoyance et d'organisation sociales permettent de lui prédire, dans son évolution rapide
et certaine, un avenir brillant. La Civilisation, qui
lui sourit et l'attire., la comblera bientôt de ses
bienfaits.
L'oeuvre de progrès et d'émancipation entreprise par la grande et généreuse France
en Algérie ne donne, particulièrement en Kabylie,
que d'excellents résultats. Les efforts qu'on y dépense ne seront pas faits en pure perte : une récolte fructueuse et abondante en sera bientôt la
récompense. L'activité fébrile qui anime actuellement toute cette Kabylie, trop longtemps confinée

— X»! —

dans ses rochers, est une indication, des plus encourageantes pour tous ceux qui l'aiment et travaillent pour elle, pour sa. prospérité et son avenir. Le principal facteur de ce réveil est dû certes à l'Ecole de tribu qui, en détruisant les vieux
préjugés et l'ignorance, permet aux masses, aux
jeunes intelligences de s'épanouir et de produire.

Etant nous-même fils de Lalla-Khedidja, nous
serions flatté et largement récompensé de nos
efforts si la lecture de notre modeste étude, que
nous dédions à la Jeunesse de nos Ecoles 'kabyles,
pouvait être de quelque utilité à tous ceux qui
s'intéressent à l'avenir, au développement intellectuel, moral et matériel de notre « Suisse » algérienne.
Alger, le 22 février 1920. (1)

BOULIFA.
(1) La Guerre et la cherté de la main d'oeuvre qui en est
résulté ont été la cause principale qui a retardé la publication de ce travail.
Les éditeurs d'oeuvre modeste comme la nôtre étant de
nos jours de plus en plus rares, nous avons décidé, au bout
de cinq ans d'attente et de démarches inutiles, de faire, avec
nos propres moyens, les sacrifices nécessaires pour assurer
l'impression de l'ouvrage que nous sommes heureux de pouvoir livrer aujourd'hui au public. — Notre entreprise n*a
d'autre but que djêtre utile à tous ceux qui s'intéressent à
''histoire et à l'avenir du peuple berbère.
L'ouvrage intitulé « Aperçu historique sur l'Organisation
et l'Indépendance des Zouaoua », travail de vulgarisation
est complété par une carte en couleur de la Grande KabylieOutre le relief caractéristique qui délimite et protège la
Kabylie du Djurdjura, tous les noms propres des lieux et delà
plupart des tribus-et des villages cités dans le texte y sont por-



XIV



tés avec toutes les précisions voulues. — Tracée avec soin
et beaucoup de clarté par M. Jourdan, employé au service
cartographique du Gouvernement général, cette carte rendra bien des services au lecteur
Que M. De Flottede Roquevaire, Chef du Service cartographique au GouvernementGénéral de l'Algérie et M. Jour"
dan reçoivent ici, pour leur extrême obligeance, nos remerciements les plus sincères.
Qu'il nous soit permis d'exprimer également tous nos sentiments de profonde reconnaissance et de gratitude à M. Iîorluc, inspecteur général de l'Enseignement des Indigènes, îi
M. René Basset, doyen de la Faculté des Lettres, et à M.
Mirante, directeur des Affaires indigènes, pour l'intérêt qu'ils
nous portent en accordant à notre ouvrage une souscription
du Gouvernement général de l'Algérie et de l'Académie d'Alger. C'est là pour nous une aide, en même temps-qu'un
précieux encouragement. Que Monsieur le Gouverneur Général et Monsieur le Recteur en reçoivent avec l'assurance de
notre respect et de notre dévouement, notre reconnaissance
la plus vive.
Le 8 Février 1925.
B.

APERÇU HISTORIQUE



DftNS L'ftNTl&tUTE

SOMMAIRE
La Kabylie maritime et. ses relations extérieures avec les
premières civilisations. — Toponymie et industrie kabyles
ont conservé les traces des Civilisations phénicienne et
romaine : Les Ruines de Rus-Uccurus, de Rus-Uzus et de
Bida.li, etc.. — Révolte de Firmus et les colonies romaines. — Organisation d'une grande expédition contre le
Mons-Ferratus, — Répression de l'insurection par le comte
Théodose ; refoulement et translation des tribus quinquéaenUennes. — Identification de Us us, de Faraxen et des
Iflensés avec les lazouzen, les Fraoussen et lés Iflissen de
nos jours. — Les tribus transplantées sont remplacées par
quelques autres tribus ? — Sans doute d'autres .tribus berbères amies des Romains sont venues de l'Est (Numidie)
prendre possession de la Kabylie maritime. — Traces de
leur passage : inscriptions et dessins rupestres découverts
dansla Kabylie romaine semblent confirmer cette hypothèse
Décadence et. chute de la domination romaine. — L'élément autochtone reprenant sa prépondérance dans tout le
Djurdjura, de nouvelles tribus se reforment au détriment
des populations berbéro-romaines.

.Quand on se rend par mer d'Alger à Bougie, on
côtoie, dès le Gap Matifou, un littoral assez élevé, très
accidenté et presque sans plage ; à part quelques

_2_
anfractuosités pouvant à peine servir d'abri, par un
temps calme, à un petit côtier, bateau de faible tonnage,
il n'existe sur cette côte inhospitalière de la Kabylie.
aucun refuge sérieux contre une grosse mer ou une.
tempête. Ceci est dû en partie au système orographique
du pays kabyle. La chaîne du Djurdjura, qui décrit un
arc de cercle, se termine à l'Ouest au cap Djinet près
du col des Beni-Aïcha et à l'Est, au piton de Lalla-Gouraya qui domine Bougie. D'un accès difficile, cette
chaîne isole la Kabylie du reste de l'Algérie : par un
système de ramifications continues et régulières, elle
protège ainsi contre toutes les incursions possibles du
dehors le pays et ses habitants appelés Zouaoua.
Du côté du Nord, une série de chaînons parallèles au
littoral complète cette protection ; quoique d'une
altitude moins élevée que la chaîhe-mère, leur masse,
également peu accessible, se présente comme une muraille, un rempart qui s'oppose aux moindres tentatives
d'empiétements extérieurs aussi bien des hommes que
des éléments.
Cette conformation géographique fait de la Kabylie,
comme une île inabordable, une région qui restera longtemps fermée à la curiosité et aux ambitions de l'étranger ou du conquérant.
Vue de la mer, la Kabylie présente avec ses hautes
montagnes un aspect peu attrayant et peu hospitalier.
Les chaînons qui la ferment et la détendent du côté du
Nord sont généralement dénudés ou couverts de broussailles, mais rarement de bois, de haute futaie ; ailleurs,
ce sont des falaises inaccessibles ou des ravins escarpés
et sans issue. Si ture petite vallée se présente, elle est
étroite et sans profondeur ; d'immenses rochers la

— 3 —

dominent, de hautes crêtes la cachent et la ferment à
tout regard indiscret.
Ainsi protégé par ses montagnes, l'habitant de ces
liantes régions eut la bonne fortune de se préserver
du joug de l'étranger. La Kabylie du Djurdjura, jalouse i
sans doute de ses intérêts et de son indépendance, ,
résistant à toute pénétration d'allure même pacifique,
vécut de sa vie libre ; et pendant des siècles elle
échappa à la violence et à. la domination des diverse
conquérants de l'Afrique du Nord.
De toutes les influences

extérieures qui se sont mani-;
lestées, de toutes les civilisations qui se sont succédé
en Berbérie, seule, la civilisation française a pu, grâce
à son génie et à la force de ses armes, pénétrer au;
coeur même de cette Kabylie, forteresse naturelle que
les Romains, un moment les maîtres du monde, désignaient sous le nom caractéristique de « MONS FER-i

>
!

RATUS ».
Si cette Kabylie

s'est longtemps préservée contre une
domination' étrangère, est-ce à dire qu'elle a vécu indifférente aux influences du dehors ? — S'est-elle, renfermée dans sa coquille, refusée à toutes -iations extérieures et. rendue impénétrable au progrès, aliment
nécessaire, indispensable même à la vie humaine ?
Cela ne lui était guère possible tant par l'exiguité de
son territoire que par la pauvreté de son sol. La densité de sa population, qui semble avoir été de tout
temps assez élevée, lui défendait la politique de cloison
étanche.
Manquant donc de moyens suffisants pour assurer
son existence, la Kabylie -ne put à aucun moment de son
2

histoire se permettre de vivre de son isolement absolu.
Bien souvent, elle fut, soit par voie diplomatique ou
par des concessions onéreuses, soit par la force des
armes, obligée de se donner de l'air et de s'ouvrir un
passage vers le dehors. Les nécessités de l'existence
la forçaient donc à ouvrir les portes de sa prison.
« Nécessité oblige », c'est une loi que nul ne peut
enfreindre sans péril. Nombreux sont les cas où, poussée par cette nécessité, elle ne put mieux faire, dans
son désir de sociabilité et de vie, que de rompre ellemême son isolement et de chercher, par des relations
avec l'extérieur, à assurer son existence.
Selon l'histoire, la Kabylie 'fut, dès l'antiquité, connue pour avoir participé précisément à l'une des premières manifestations de l'intelilgence humaine. On
sait que le « lac intérieur », la Méditerranée, a été,
pour l'Orient d'abord et pour l'Occident ensuite, le
foyer de grandes civilisations dont l'action s'est étendue
à tous les rivages baignés par ses eaux.
Se trouvant sur une des rives du lac et à proximité
du rayonnement du foyer, la Kabylie ne put qu'être
une des premières régions éclairées.
En effet, la civilisation carthaginoise qui avait régné
sur tout le bassin méditerranéen ne semble pas avoir
négligé de comprendre le Djurdjura dans son champ
d'action. Formant une bonne clientèle, les nombreuses
populations du « Mons Ferratus » durent, dès l'antiquité, être recherchées par le trafic carthaginois : par
mer ou par terre, la Kabylie devait, en échange de ses
fruits, de ses essences et peut-être aussi de ses richesses minérales, recevoir aisément de Carthage ce qui lui

— 5 —

manquait : armes, étoffes et outils de toutes sortes.
En commerçants habiles et pacifiques, en trafiquants
aux moeurs douces et affables, les Carthaginois ne
durent pas y rencontrer de grosses difficultés pour se
l'aire accepter par les montagnards ; ceux-ci, heureux
sans doute de tirer profit des produits de leur sol, ne
pouvaient que se féliciter de pouvoir se procurer en
échange des objets aussi précieux qu'utiles.
Les avantages que de pareilles relations procuraient
aux uns comme aux autres, étant reconnus des plus
appréciables, l'installation de lieux d'échanges organisés et fixes devint bientôt une nécessité.
L'établissement de comptoirs phéniciens sur la côte
kabyle permit ainsi au Djurdjura de s'initier aux bienfaits d'une des premières civilisations de l'>antiquilé.
Située sur la route d'Occident et à proximité de Cartilage, la Kabylie put donc de bonne heure être pourvue de ports dont, les plus importants furent Chullu,
Djeldjel, Salclëa et Rus-Gunëa,
Entre Bougie et Matifou, des comptoirs de second
ordre furent créés ; Rus-Uccurus, Rus-Upicir et RusIJzus étaient particulièrement chargés d'approvisionner
le Djurdjura proprement dit.
Le système d'échange organisé par les Phéniciens
procura donc de réelles ressources au pays. Mais
comme de ces relations commerciales aux relations
amicales il n'y. avait qu'un pas, l'intérêt- créant des
sympathies, il arriva que l'influence carthaginoise ne
tarda pas à s'infiltrer et à s'implanter pacifiquement
jusque dans l'intérieur du pays. Le Djurdjura, éclairé
par les lumières de la resplendissante Garthage, eut

_6—
donc, dès son premier âge, le bonheur de connaître et
d'apprécier les bienfaits d'une des plus grandes civilisations du monde.
Les traces que cette civilisation a laissées dans le
Djurdjura sont faciles à relever dans les annales de la
vie domestique, sociale et religieuse de nos Kabyles. —
Les aptitudes industrielles, agricoles et artistiques du
montagnard datent, pensons-nous, de la Cartilage anti-

que (1).
Bientôt adoptée et appréciée dans tous ses avantages
par les aborigènes, cette civilisation n'eut pas de meilleurs défenseurs pour la propager. Grâce à la maind'oeuvre indigène, Carthage ne tarda pas à donner à
son trafic commercial et à son domaine colonial toute
la consistance voulue. Sa prospérité a fait sa force et
sa grandeur ; sa politique de collaboration à l'égard de
ses sujets n'a pu que lui assurer le beau rôle de civilisatrice à travers l'histoire de l'humanité.
De cette civilisation africaine qui rayonna dans tout le
bassin méditerranéen, les Berbères en furent les premiers partisans ; sous les noms de Numides ou de
Libyens, ils eurent l'honneur d'avoir été les premiers
soldats appelés à soutenir et à défendre le génie et les
armes de Carthage.
Nous disons donc que la Kabylie, si fermée fût-elle,
était connue dès l'antiquité par les marins et les commerçants carthaginois. Si les historiens anciens sont
plutôt sobres en ce qui concerne la vie et le passé des
habitants du Djurdjura, la mention faite par eux de
(1) Voir Van Gennep,

dans:la Revue d'Ethnographie et de Socio-

logie de nov,-décembre 1912,

quelques termes topographiques nous rappelle que ce
pays ne fut pas inconnu dans l'antiquité.
Nous trouvons, en effet, dans la toponymie de la côte
kabyle, un certain nombre de caps à l'abri desquels se
trouvaient sans doute des pêcheries ou même de petites
villes désignées par des termes phéniciens souvent complétées de mots berbères ; tels sont entre autres : Rusgunéa, Rusuccurus, Ruspicir, Rusizus, etc.
A part « Rusgunéa » (1), nom ancien du cap Matifou,
qui est plus à l'ouest et presque en dehors de la chaîne
du Djurdjura, on sait d'une façon certaine que les autres termes désignaient tous des pointes, des caps ou
des centres situés sur le littoral kabyle.
Outre les renseignements géographiques donnés par
les anciens écrivains, la découverte d'inscriptions latines, sur les différents points de la côte, ne fait que
confirmer l'identification des lieux ainsi nommés.
D'autre part, les noms désignant les particularités
géographiques transmis à travers les siècles jusqu'à
nous sont là un indice notable des relations intimes qui
existaient entre Phéniciens et aborigènes. La composition de ces termes est elle-même un témoignage linguistique qui confirme nos convictions sur l'infiltration de
cette civilisation en Kabylie.
Voici un exemple frappant de l'influence des Phéniciens en Kabylie et que la linguistique éclairée par les
jusqu'à nos jours sous la forme de Rachegoun :=: agouni (berbère) plateau, plaine élevée, mot qui dérive de
la racine GNqu'a donné gen, dormir d'où asgoun, gite ; quant â la
partie initiale, elle est purement d'origine phénicienne et dont la
forme s'est légèrement altérée : Rous — Rach = tête ; Rus = Rach
= sar (arabe), cap. Rachegoun signifie donc « cap du Plateau »,
(1) Nom conservé

- 8.lumières de l'épigraphie explique de la façon suivante :
aq'arou = q'ar = car, tête en berbère, correspond
exactement au sens du mot phénicien rus = ras en
arabe et à celui du mot latin capui.
En berbère, aq'arou, mis au génitif, devient ouq'arou — ucuru ; d'où Rus ucuru = cap d'Ucuru,
signifiant exactement : tête de la tète, cap du cap (1).
Quant à Rus Upicir et Rus Uzus, les déterminatifs
Upicir et Uzus = Apicir et Azous qui devaient être des
noms propres de personnes, probablement des noms de
chefs de tribus, sont des termes conservés, jusqu'à nos
jours, sous les formes de Abizar et Ia'zouzen, pour
désigner le premier un village important des AïthDjennad et l'autre le nom actuel d'un des douars
situés sur la côte, non loin du village d'Aze'ffoun (2).
(1) CÀBETTE. — D'aucuns prétendent que le mot Car est'lui-même
d'origine phénicienne et que les Carthaginois l'ont employé comme
préfixe dans les noms de quelques villes créées par eux : Carthage
Garthagène, etc. — Etudes sur la Kabylie proprement dite. Tome II,
p. 19.

toutes ces étymologies généralement admises par tous les
écrivains modernes, celle dé Rus-TJccuru, que l'on avait tout
d'abord traduite par Cap de Poisson, vient d'être contestée par
M. G. Mercier.
Par une ingénieuse conjecture, l'auteur, dans une note parue
dans le Recueil de Notices et Mémoires de la Société Archéologique de Constantine, T. XLVII, 1915, p. 94 et 95, prétend que le
Rus-Uccurus des auteurs latins est une forme altérée de Rus-Usekkour.= Rous-Ousekkour, le dernier terme étant berbère et au génitif, la forme Ousekkour mise pour Asekkour = perdrix ; Rus-Uccuru
signifierait donc cap de la Perdrix. (Voir Revue Africaine n° 229, 2e
trimestre 1919. Rapport de R. Basset).
En fait d'étymologie des termes anciens, tout est possible, même
les hypothèses les plus fantaisistes. Ne disposant pas de ses moyens
en pareille matière de contrôle, la critique n'y peut rien.
Quant au vocable Azus = A'zouz, plur. Ia'zouzen ; avec le z = d
et le z = c, permutations admises et expliquées par la phonétique
berbère, ce vocable est nettement donné par une inscription latine
de Thamgout' sous la forme dé Rusadicani désignant les habitants
(2) De



9—

Nous disons que le nom antique Abizar, autrefois
employé pour désigner la cité sur les ruines de laquelle
se trouve actuellement le village kabyle de Thaqsebfh
des Illissen, s'est conservé jusqu'à nos jours chez les
Aïih-Djennad. Avec les Illissen, cette grande et puissante tribu est celle qui occupe précisément une bonne
partie de la chaîne maritime de la grande Kabylie.

.

Nous venons de voir que c'est par cette voie que la
civilisation phénicienne s'est infiltrée en pays kabyle ;
ce fut par là aussi que, quelques siècles plus tard,
l'arrogante et insatiable Rome chercha à entamer, pour
le dompter, le bloc du « Mons Ferratus ».
Si 3a civilisation carthaginoise arriva

par les procédés

les plus pacifiques à n'exercer qu'une certaine influence
et toute morale sur les populations primitives du Djurdjura, il n'en l'ut pas de même de la conquête romaine
qui fut plus brutale et dont les vestiges d'une domination matérielle se constatent, cette fois, au coeur même
de la Kabylie.

Contrairement à la politique de Carthage, Rome
n'employa pas, en effet, d'autre politique que celle de
la force ; aussi, n'est-il pas douteux que les légions de
de Rusazus qui avaient participé à la réédification de la tour démolie, sans doute, à la suite d'une révolte de Quinquégentiens.
Le poste de Daouark sur la l'hamgout' admirablement bien
situé comme poste-vigie était un point d'observation qui permettait, en cas de révolte dans le Sébaou, de donner le signal d'alarme
aux villes du littoral.
Quoique cette intéressante inscription figure déjà au Corpus,
deux estampages, pris par nous, ont permis à M. Gsell de la compléter, et ainsi rectifiée, de la publier à nouveau. (Voir Bulletin
Archéologique du Comité des Travaux historiques et scientifiques,
juin 1911, Paris.)

— 10

-

Rome ont dû livrer de véritables combats avant de
prendre pied sur le sol kabyle ; la. lutte a dû être
longue et pénible pour les envahisseurs dont la domination ne semble être définitivement assise dans la vallée du Sebaou qu'après la défaite et la mort du fameux
Fi.1>mus et de ses frères, c'est-à-dire vers le IIP siècle

après J.

C.

Mais, de cette conquête, l'Histoire en garde un
silence complet.ou n'en donne que de vagues renseignements. Même l'époque florissante du règne de Juba 11
ne semble pas avoir conservé un souvenir du Djurd-

jura.

C'est ainsi que nous ne savons rien des moyens politiques et militaires employés par les Romains pour
pénétrer et s'établir en Kabylie.
Venus par mer et débarqués sur la côte, quel temps
ont-ils mis pour imposer leur autorité à des tribus
aussi belliqueuses que celles du Djurdjura ?
Quelles devaient être ces tribus conquises ? Quels
noms avaient-elles ?
Quinquégentiens, nous disent quelques auteurs, surnom ou épithète qui pouvait être appliqué à n'importe
quel groupe de « cinq peuplades » ; ce n'était là qu'un
vocable ordinaire .exprimant l'idée de collectivité, l'idée
de nombre, mais nullement un terme ethnique, un nom
particulier propre à une famille, une tribu, une confédération dont les membres descendraient du même
ancêtre.
La tradition kabyle assure que le premier habitant
du Djurdjura étaiti un géant qui avait laissé « cinq »
enfants, tous garçons. Devenus grands et mariés, ils

"*- 11

--

devinrent bientôt pères et chefs de famille. Chaque
l'amitié, vivant séparément, prit ie nom du fondateur.
Bientôt, à ces cinq familles en pleine prospérité vinrent
s'ajutiter de nouveaux groupements de familles moins
importants. >Ce lut ainsi que chacune des cinq familles
primitives donna, avec son nom, naissance .à une tribu
et les. cinq tribus réunies formèrent plus tard la confédërai'ion des Zouaoua. C'est cette collectivité formée
par les « cinq tribus » qui, pour défendre sa liberté,
lutta longtemps contre la domination des Romains.
quinquégentiens » ne serait donc qu'un
emprunt fait à ia légende des montagnards.
Le vocable

«

Les « Isallensès » ou « illensès », qu'on identifie avec
les lf lis en de nos jours, se trouvent être le seul nom de
famille, de tribu kabyle, que l'histoire ait pu nous transmettre. En dehors de ce terme, nous n'avons aucune
autre mention de noms propres relative aux tribus qui
se révoltaient contre les empiétements des Romains.

Cependant, nous savons qu'avec « Firmus et Gildon »,
les deux frères qui, à la tête des terribles Quinquégentiens, avaient causé tant d'inquiétudes au gouvernement romain, ces tribus récalcitrantes étaient nombreuses et portaient des noms patronymiques diffé-

rents.
Nous n'avons, à l'occasion des divers mouvements
insurrectionnels du Djurdjura, trouvé chez les auteurs
aucun autre nom d'individu, ni de tribu. Cependant,
faisant appel à une autre source, nous constatons que
l'épigraphie latine semble avoir fixé et conservé le souvenir de ces époques agitées.

- 12inscription recueillie par M. Renier mentionne
les tribus « fraxinensiennes » qui, par de fréquentes
razzias, ravageaient ta Numidie et les deux Mauritanies.
Une autre inscription, tracée en l'an 261 de J. C. et
trouvée à Aumale, parie d'un chef également « Quinquégentien » qui s'appelait « Faraxen » et qui l'ut pris et
tué avec ses partisans.
' On peut supposer, avec M. Berbrugger, que les mots
« Fraxen » et « Fraouçen » sont identiques et que ce
nom est celui que porte de nos jours une des principales
tribus de la Grande Kabylie.
Avec des tribus aussi nombreuses que belliqueuses,
le séjour des Romains dans le Djurdjura ne fut pas des
plus calmes. L'agitation débordante des « Quinquégentiens » se fit sentir jusqu'en Numidie.
En l'an 297 après J. C, à la suite d'une grande
révolte des mêmes Quinquégentiens, l'empereur Maximilien Hercule fut obligé lui-même d'intervenir pour
réprimer le soulèvement des montagnards qui, descendus dans les basses régions occupées par la colonisation romaine, commirent tant de ravages ; après avoir
pillé Rusgunéa, Icossium et Tipaza, ils menacèrent
Césaréa (Gherchell), la capitale de la Mauritanie centrale (1).
Line

D'après les récits de certains auteurs, il semble que
le général Comte Théodose, envoyé contre les insurgés,
infligea un dur châtiment aux peuplades du Djurdjura.
Outre les contributions de guerre et les séquestres
dans l'Antiquité — et Guide archéologique
des Environs d'Alger (Cherchell-Tipaza et Tombeau de la Chrétienne), par M. Gsell.
(1) Voir L'Algérie

-

13 —

imposés aux insurgés, un certain nombre de leurs tribus furent, dit-on, saisies et « transplantées ».
Si les tribus ainsi refoulées ou enlevées dé force de
leur pays d'origine étaient de la Grande Kabylie, on se
demande ce qu'elles devinrent et par qui elles furent
remplacées ?
Il est permis de supposer que si le fait cité est réel, le
territoire vidé de ses premiers habitants ne resta pas
longtemps vide et inoccupé.
Devenu domaine de l'Etat, il a dû, aussitôt acqui3,
être donné, en récompense de leurs services, à d'autres
tribus berbères, amies ou alliées des Romains, et que
ces nouvelles tribus ne pouvaient évidemment être de la
grande famille des « Quinquégentiens » que, de nos
jours, nous appelons tribus Zouaoua.
Cette hypothèse admise, les nouveaux venus dans le
Djurdjura occupèrent, donc les territoires qui leur
.
avaient été assignés et formèrent la base de la colonie
romaine en Kabylie.
Quoique limitée dans ses territoires aux crêtes de la
chaîne des Aïth-Djennad et d'une partie de la vallée du
Sébaou, cette colonie ne manqua pas de se développer
et, dans sa prospérité, de tracer des routes, de créer
de nouvelles cités et d'embellir sa nouvelle capitale
Djema'a-Sahridj (Sida ou Bida).
En résumé, à part les vagues termes de « Inflenses »
et de « Faraxen », Illissen et Âïth-Fraoussen, identification possible, ni l'histoire, ni l'épigraphie ne donnent
un renseignement précis sur les noms et le passé des
tribus « Quinquégentiennes » réfraetàires ou soumises
à la domination romaine,

,_

14

_-

Quant aux puissantes et grandes tribus des ÀïthOuagnoun et des Aïth-Djennad qui occupent actuellement la partie septentrionale de la Kabylie, région
située précisément entre l'antique Bida municipia (Djema'a^Sahridj) et Rusupicir (Thaq'seMh g Illissen n Lebh'er), elles paraissent être de formation relativement
récente, c'est-à-dire dix à douze siècles environ après
la chute de la domination romaine.

Sur les « Quinquégentiens », ia conjecture possible
que l'histoire nous autorise à émettre est que les À'ithFraoussen et les Illissen semblent être les seules tribus
identifiées comme faisant partie des « cinq peuplades »
du Djurdjura.
En vérité, le manque de documents rend l'étude historique de la Kabylie antique des plus malaisées. Les Romains y ont passé, et, en leur, lieu et place, nous avons
de nos jours des tribus dont il est difficile de déterminer l'origine et l'âge.
La formation en tribus des Aïth-Djennad et des ÀïthOuaguenoun, dont certaines familles se reconnaissent
descendre des Romains, ne s'est réalisée que fort tard,
vers la fin du moyen âge. Dans tous les cas, ces deux
tribus occupent actuellement des territoires où les
traces de civilisation ancienne se rencontrent un peu
partout.
Depuis ThamgouV jusqu'à Dellys, les vestiges des
« Djouhala » clans l'intérieur du pays sont assez abondants ; sans parler des ruines du littoral en partie connues ; nous en avons rencontré sur les crêtes et sur les
flancs des montagnes, nous en avons vu sur des cols
et dans d'étroites vallées.

— 15 —



'

Le piton de Thamgout' et le rocher de Makouda

étaient pourvus de solides fortins romains présentant
d'excellents observatoires d'où l'on dominait et surveillait non seulement la région soumise du littoral, mais
aussi toute la Kabylie du Djurdjura.
Malgré cette pénétration' certaine de l'influence
romaine en Kabylie, le passé, l'existence et le nombre
des tribus anciennes restent obscurs. Sur les Àïth-Djennad, eux-mêmes, nous ne connaissons ni l'origine de
leur ancêtre, ni la date approximative de leur formation
en tribu.
L'origine et la composition des tribus kabyles sont,
nous le répétons, par suite de l'absence de documents
historiques, des questions trop complexes pour être
résolues par données de légendes ou par simples conjectures (1).

Çarette : Recherches
sur l'origine et les migrations des principales tribus: de l'Afrique
septentrionale et particulièrement de l'Algérie, in-4, Paris, 1853.
(1) Voir pour plus de détails les travaux de

II. PERIODE &RftBE

SOMMAIRE

La première invasion arabe comme celle des Vandales
n'a guère exercé d'influence sur l'indépendance du Djurdjura. — Au XI» siècle, l'arrivée des Benou-Hîlal a seule
provoqué un grand bouleversement parmi les berbères.
Beaucoup de familles quittent leurs pays d'origine et èmigrent vers l'Ouest. ; d'autres sont refoulées vers le sud.
Résistance de l'élément berbère dans le Tell. Le Djurdjura inquiet se prépare à la lutte en s'organisant. Les
principales tribus Zouaoua, selon les généalogistes berbères
et arabes. — Puissance et indépendance des Aïth-Iratlien
et des Aîth-Fraoussen d'après Ibn-Khaldoun.
Origine de la tribu Aïth-Djennad de nos jours. — Sa présence en Kabylie dès le XIe siècle sur le littoral à l'est de
Mers-Eddjadj, selon El-Béhri. — L'âge de la tribu des AïthDjennad de nos jours ne remonte donc pas au delà du XIV»
siècle.

Le grand historien berbère Iben-Khaldoun qui écrivait vers la fin du XIV° siècle et qui avait habité Bougie
ne mentionne, dans son ouvrage ni les Àïth-Djennacl,
ni les Aîth-Ouaguenoun.

Parlant du, pays Zouaoua,

il

dit

:

— 17 —

«
«

Selon les généalogistes berbères, les Zouaoua se
partagent en plusieurs branches telles que les Medjesta, les Melikech, les Beni-Koufi, les Mecheddala,
les Beni-Zericof, les Beni-Gouzit, les Keresfina, les
Ouzelda, les Moudja, les Zeglaoua et les Beni-Mra?-

«

na...

«

«
«

(1) »

Et il ajoute

(,

:

De nos jours, les tribus zouaviennes les plus mar« quantes sont : les Beni-Idjer, les Beni-Manguellat, les
«

<(

«
«
«

Beni-Itroum, les Beni-Yanni, les Beni-Boughardan,
les Beni-Itouregh, les Beni-Bou-Youçaf, les BeniChaïeb, les Beni-Eïci, les Beni-Sadca, les BeniGuechtoula, les Beni-Ghobrin. » (2)

Dans cette nomenclature, qui est certes incomplète,
nous ne trouvons ni les Beni-Djennad, ni les Iflissen ;
toutes les tribus du littoral sont passées sous' silence
par le célèbre historien berbère.
(1) Ibn-Khaldoun. Hist. des Berbères, traduction de Slane, Tome
I, page 256.
Remarquons que certains noms de ces tribu» sont inconnus de

nos jours.

Il est généralement admis que les Zouaoua comprennent indistinctement toutes les tribus du Djurdjura ou de,la grande Kabylie. Les écrivains arabes ne se sont pas servis, pour désigner
collectivement les habitants de cette région, d'autre terme que du
(2)

mot « Zouaoua ».
Or, la liste des tribus donnée par Ibn-Khaldoun ne renferme
même pas les Aith-Frabussen et les Iflisseu, qui étaient toutes des
tribus aussi anciennes que celles dont il est question. L'argument
tendant à faire supposer que ces tribus non citées n'existaient pas
à l'époque où l'historien berbère écrivait, reste sans valeur. Nous
pensons q ue les Iflissen, les Aïth-Djennad, ainsi que les Zerekhfaoua et les Ia'zouzen vivaient en groupe formant tribus tout comme
leurs frères du Sud, les Aïth-R'oubri, les Aïtb-Fraoussen et les
Aïth-Irathen.

— 18 —

Est-ce par ignorance de l'auteur ou par le manque
d'importance qu'avaient les groupes de berbères qui
vivaient alors entre la mer et la. rive droite du Sebaou ?
H est difficile de donner une réponse plausible à la
question, mais nous inclinons pour la seconde conjecture. 11 est probable que la région maritime de la Kabylie, qui fut des plus prospères dans l'antiquité, devint,
à un moment donné, un pays désolé et abandonné. La
richesse du pays à l'époque phénicienne et romaine surtout est indéniable ; les vestiges qui en témoignent sont
nombreux.
Ayant eu l'occasion de parcourir en fous sens cette
région, nous fûmes plus d'une fois frappé de rencontrer
sous nos pas les traces de cités anciennes. Sur les
flancs dès collines ou sur les crêtes dénudées, formés
de rochers calcaires ou d'épaisses couches schisteuses
sur lesquelles rien ne pousse, on remarque sur plus
d'un point de vastes ruines de gros villages berbères
qui devaient abriter de sérieuses agglomérations d'individus. Une population assez dense et policée y avait
sûrement vécu et prospéré.

Jouissant des bienfaits des civilisations nouvelles et
favorisées par un climat tempéré et une fertilité du sol
remarquable, ces générations, à. en juger par l'étendue
et la multiplicité de leurs cités, paraissent avoir eu une
grande prospérité.
aujourd'hui dégradé au
point de le rendre inculte, pauvre, et rocailleux, devait
sûrement avoir un autre aspect : des cultures de toutes
sortes devaient couvrir cette terre alors plus fertile ;
Ce sol, que les érosiens ont

-

19 —

celle des arbres fruitiers semble particulièrement y être
des plus développées. L'olivier, entre autres, croissait
en abondance ; les moulins à huile, les emplacements
de pressoirs, taillés à même sur le roc que l'on rencontre dans la forêt de la Mizrana et dans les bois ou
maquis du massif de Thamgout', sont des vestiges qui
témoignent de la prospérité et de la fertilité de cette
région que nous voyons actuellement si pauvre et si
triste. Malgré les siècles et malgré cette désolation du
sol, la Kabylie maritime porte sur ses flancs les marques d'une époque où l'habitant jouissait d'une civili-

sation assez avancée.
Ce changement d'aspect, cet appauvrissement du sol,
la destruction de belles et florissantes cités, l'anéantissement de tant de richesses sont en partie l'oeuvre de
l'homme, car tout cela ne peut être attribué qu'aux
révolutions innombrables et aux guerres sans fin qui
se sont succédé dans cette Afrique du Nord.
Sans parler des luttes sanglantes du début de la conquête, luttes que les Romains durent engager et soutenir contre les Montagnards du Djurdjura, les soulèvements inévitables de l'époqile décadente de l'Empire
Romain, les guerres intestines entre tribus, les soubresauts causés par l'arrivée des Vandales et, plus tard,
les secousses produites par celle des Arabes, tout cela
fut en partie la cause principale du fléau qui désola
pour longtemps cette partie de la Kabylie.
Se trouvant sur la voie naturelle des incursions étran-

gères tant par mer que par terre, cette région ainsi
ouverte et exposée aux influences extérieures ne pour
vait échapper aux atteintes et appétits néfastes des



20-,

conquérants et des envahisseurs de tous les temps et
de toutes les civilisations.
D'ailleurs, au moment de la chute de l'Empire Romain, suivant l'exemple des Vandales, les habitants du
haut Djurdjura, longtemps confinés dans leurs rochers,
profitant de la débâcle générale, ne durent-ils pas se
ruer sur les riches et fertiles régions occupées par les
Romains, leurs ennemis séculaires ?
La politique orgueilleuse, l'administration fyrannique
des proconsuls romains ne firent de leur immense empire colonial, on le sait, qu'un vaste champ d'exploitation dont les habitants furent maintenus dans l'esclavage. 11 est assez reconnu que les Romains ne s'imposèrent aux peuplades que par la force.
Aussi, le jour où l'insolente et brutale Rome n'eut plus
les moyens d'imposer ses volontés, les empires d'Occident et d'Orient s'écroulèrent dans le sang et dans la
cendre : malgré le contact de cinq siècles de domination en Afrique, le moment de la débâcle sonné, les Romains furent balayés et anéantis par leurs sujets trop
longtemps tenus sous le joug de l'oppression et de la
tyrannie.
Les forts détruits, les garnisons chassées ou massacrées, lés riches propriétés, les fermes opulentes, les
luxueuses villas, tout fut saccagé et razzié par la colère
et la haine des opprimés qui firent dans l'oeuvre
d'anéantissement, peut-être autant, sinon plus, que les
Vandales et leurs partisans.
Ceci explique la destruction complète de tout ce qui
avait été aux Romains dans la Grande Kabylie où ni les
Vandales, ni les HilaUens (Arabes) n'avaient jamais pu

— 21 —

pénétrer. En cette circonstance, la Kabylie s'était chargée avec ses propres moyens de châtier ses oppresseurs et de reprendre avec ses libertés, ses terres
envahies.
Les Kabyles du Djurdjura, aidés sans doute dans
cette oeuvre d'anéantissement par tous les mécontents
du gouvernement romain, se chargèrent de réduire en
poussière par le feu et par le fer tout ce qui touchait
de loin ou de près les Romains exécrés.
11 n'est pas douteux que les tribus fidèles, en partie
j'omanisées ou seulement soumises à i'influence de la
domination romaine, durent subir le même sort de la
part de leurs voisins indépendants.
Ainsi dispersés, quelques débris des populations de
la chaîne septentrionale du massif de Thamgout' furent
sans doute refoulés sur l'arrière et obligés d'abandonner pour toujours leurs territoires. Les territoires
ainsi repris aux partisans des Romains restèrent donc
entre les mains des nouveaux conquérants. Après avoir
tout razzié, la plupart des tribus victorieuses durent se
retirer avec de riches butins sur leurs cantonnements
primitifs, c'est-à-dire sur les massifs du centre de la
Kabylie, mais sans abandonner pour cela leurs droits
de conquête sur les régions du nord de la Kabylie qui,
après de pareils bouleversements, furent sans doute

laissées longtemps inoccupées.
Cet abandon du pays ravagé par le pillage et l'incendie permit à la nature réparatrice d'effectuer en partie
les outrages des temps passés : en couvrant toutes lés
régions dévastées d'une flore nouvelle et en attirant
ainsi pour y vivre des familles nouvelles.

— 23 —

D'ailleurs, ces transplantation» de tribus, leur changement continu d'habitat n'a rien qui puisse nous étonner. Nous avons vu qu'à une époque, le Comte Théodose
a vidé de ses premiers habitants le territoire situé sur
la rive-droite du Sebaou et que le général romain l'a
fait aussitôt occuper par d'autres.
11 semble que les Berbères lettrés, qui ont laissé de
nombreuses traces de leur civilisation dans la vallée
des Isser et sur toute la rive droite du Sebaou (1), ne
sont que ces transfuges, amenés sans doute par les Romains, de la Numidie ou des environs, région où l'usage
de l'écriture libyque était le mieux pratiqué.
Sans parler des découvertes que l'on fait chaque jour
sur cette épigraphie antique et intéressante, l'histoire
de Cirta nous apprend que cette écriture était très en
honneur parmi tous les sujets de Massinissa. Bien plus,
la grande bibliothèque de Carthage, détruite par les
Romains, renfermait, dit-on, de nombreux ouvrages en
langue libyque. L'historien Salluste a eu connaissance
de quelques-uns de ces documents trouvés chez des
princes berbères.
La prise de Carthage, l'élévation et la décadence de
Rome ne purent certes s'effectuer sans provoquer de
grands bouleversements parmi les grandes familles berbères (2).
(1) ROULIFA. — Inscriptions libyques, Revue Africaine, T. IV,
p. 153 et 237 ; Bulletin de correspondance africaine, 1882, fascicule
1, p. 39 ; iîeuue archéologique, 1909, p. 388-414 ; Revue Africaine
n° 280, 1911 ; Bulletin Archéologique du Ministère de l'Instruction
publique et Beàùx-Arts, juin 1912.
8£(2) Voir, sur les émigrations des tribus berbères, les travaux de
Garette, déjà cités, intitulés : Recherches sur l'Origine et lès Migrations des principales tribus de l'Algérie », et ceux de Mercier,
principalement I', « Histoire de l'établissement des Arabes dans
l'Afrique- septentrionale».

-33

-

Quelques siècles après la chute de l'empire romain,
ne voyons^nous pas que certaines tribus de ces grandes
familles ont été refoulés ou même anéanties, alors que
d'autres groupes berbères ont survécu et prospéré en
leurs lieu et place ?
Malgré ce flux et reflux, le fond berbère résiste et ne
change guère. Entre le libyen d'Hérodote et le kabyle
de Masqueray, il n'y a pas de différence, quant à l'allure
el au caractère. Le maintien de ses moeurs et de son
parler jusqu'à nos jours nous montre que le berbère se
dénature difficilement.
Ibn-K.hatdoun, parlant des Kabyles du Djurdjura, dit
que le ierritoire des Zouaoua, à l'époque arabe, faisait
partie de la province de Bougie et que ses habitants
vivant indépendants résistaient à tout contrôle de l'administration et même au pouvoir du fisc ; grâce à leurs
montagnes inaccessibles, ils restaient inabordables et
échappaient ainsi au joug de l'étranger.
» Ils habitent, dit-il, au "milieu des précipices formés
« par des montagnes tellement élevées que la vue en
« était éblouie, et tellement boisées qu'un voyageur ne
« saurait y trouver son chemin (1). »
Les Aïlh-R'oubri, qui sont de nos jours au sud de
Thamgout', sont signalés par le même écrivain comme
habitant le Ziri ou le « DjebeLEzzan », tandis que les
Beni-Fraoussen occupaient la région située entre Bougie
et Tedelles, c'est-à-dire qu'au XIV* siècle tout le territoire du littoral depuis Bougie jusqu'à Dellys était,
d'après l'auteur, entre les mains des deux grandes

tribus Aibh-Irathen et ÂithrFraoussen.
(1) Ibn-Khaldoun, traduction de Slane, Tome I, pag« 256.

-24 —
Est-ce à dire que cette vaste région côtière n'était
pas, au XIV0 siècle, aussi peuplée que de nos jours,,
pour ne pas y abriter quelques tribus autonomes, et
indépendantes des Àïth-Iraten et des Aïth-Fraoussen ?
Pareille hypothèse ne saurait être admise, car les
Iflissen et les la'zouzen sont de vieilles tribus sur l'âge
desquelles nous avons déjà donné, notre avis ; avec
leurs noms antiques, qu'elles ont conservé jusqu'à nos

jours, elles se retrouvent à la place où elles étaient déjà
reconnues dès l'antiquité.
Sans doute moins puissants que leurs frères de l'intérieur, et ne jouissant d'aucune influence politique, les
Iflissen et les la'zouzen ont dû être placés par le vxakhzen de Bougie sous l'égide et le contrôle des Aïth-Irathen
et des Àïth-Fraoussen. Ce qui se dégage de tout cela
est que, dès cette époque (XIV* s.), la suprématie de
ces dernières tribus sur toute la Kabylie étaient donc
nettement marquée.

.

.Cette extension d'hégémonie donnée arbitrairement
à ces deux tribus ne s'arrêta pas là. Les Àïth-Djennad
et les Àïth-Ouaguenoun, situés actuellement au milieu
des quatre groupes Irathen et Fraoussen d'une part,
et Iflissen et la'zouzen de l'autre, durent, englobés et
submergés, subir sans doute le même sort que les Iflissen et les la'zouzen ; à moins qu'à cette époque, ce qui
est encore fort probable, ils fussent encore inconnus
comme tribus dans les régions où nous les voyons de
nos jours.
.
L'admission de cette dernière hypothèse expliquerait
le silence d'Ibn-Khaldoun sur les Beni-Djennad, dont le
territoire fut, à cette époque, reconnu comme faisant

— 25 —

partie du domaine exclusif de la confédération des Aïthlraten et des Àïth-Fraoussen.
Dès lors, la question relative à l'existence des BeniDjennad comme tribu importante de la Kabylie paraît
résolue puisque sa formation et son autonomie ne semblent pas remonter au delà du XIVe siècle de J.-C; mais
n'exagérons rien. Le silence d'Ibn-Khaldoun ne signifie
pas inexistence, au XIVa siècle, de cette tribu en pays
zouaoua. On n'ignore pas que l'élément autochtone,
ainsi qu'il a été déjà dit précédemment, a subi au XI"
siècle de rudes poussées de la part des Arabes qui,
pour rester les seuls maîtres des basses et riches terres des plaines, refoulèrent les tribus berbères vers les
hautes régions du Tell ou les sables brûlante du Désert.
De tout temps, l'Atlas, avec ses ramifications, et le
Sahara, avec ses plaines désertiques, ont été le refuge
par excellence des familles berbères, dont certaines,
fuyant devant l'envahisseur, subirent des émigrations
forcées et passèrent successivement aux quatre points
cardinaux de l'Afrique du Nord : de la Tripolitain'e au
grand Atlas, des rives de la Méditerranée aux Bords
du Sénégal ; tel est, d'une façon générale, l'immense
parcours d'habitat clans lequel la race berbère s'est,
malgré tout, confinée et développée, à travers les siècles, dans tous ses éléments.
Dans cette immense arène, les tribus berbères, pour
des raisons multiples, ont été souvent poussées à chevaucher les unes sur les autres, et parfois, par esprit
de conquête, à s'anéantir.
Dégagées de la mêlée, des fractions s'échappaient et
allaient se reformer ailleurs où, aidées par les circons-

— 26 —

tances et surtout par leur valeur numérique et guerrière, elles arrivaient à former de nouvelles tribus.
Que les Beni-Djennad soient, à l'origine, une de ces
épaves qui, à une époque lointaine et à la suite d'une
de ces tourmentes, ait pu venir s'échouer sur un coin
du Djurdjura, cela ne parait guère impossible (i).
Dès lors, favorablement accueillis par leurs frères de
race et de langue communes, les nouveaux transfuges
reçurent, avec l'hospitalité et la protection, des territoires où, avec le temps, ils purent, dans leur prospérité, se développer et former une tribu autonome suffisamment armée pour vivre de ses propres moyens.
Emancipée, organisée, devenue aussi forte que ses
aînées, elle dût bientôt se passer de l'aide et de la tutelle
de ses protectrices ; selon l'esprit et le caractère de la
race, les Àïth-Irathen et les Àïth-Fraoussen durent, être
les premiers à vouloir cette séparation par la reconnaissance pure et simple d'une autonomie complète
La linguistique semble confirmer l'hypothèse par laquelle les
Aïth-Djénnad et autres tribus de. la rive droite du Sebaou seraient
étrangères au Djurdjura. Le principal phénomène phonétique à
signaler dans le parler des Aïth-Djennad. Aïth-R'oubri et AïthIdjer est le remplacementdu L Zouaoua en Z, phénomène spécial
aux dialectes de la Zenatia ; Ex. : Tala-Gala (Fontaine de Gala),
près d'Ifir'a, est prononcé par les femmes et les enfants Taza-Gaza
(voir note donnée plus loin sur l'étymologie du Djennad et Zenat
(1)

= Zénata.

Quant au nom donné à cette source, il est à remarquer que le
second terme Gala (Goula) se trouve être le nom propre même du
père de Massiriissa, chef des Numides Massyliens et adversaire de
Syphax. qui, poursuivi après la bataille de Zama (19 oct. 302 avJ. C.), fut fait prisonnier par Scipion et emmené à Albe, où il mourut dans les tortures et les fers de l'esclavage.
Ce nom qu'on se trouve étonné de rencontrer dans le Djurdjura,
n'a pu être introduit que par ceux-là mêmes que nous supposons
venus de l'Est, car les habitants du Djurdjura confinés dans leurs
montagnes ne connaissant pas le personnage ne pouvaient donner
à une de leurs sources le nom de Gala, dont ils ignoraient peuttre même l'existence.


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